• La couverture des attentats dans les journaux télévisés : compassion ou voyeurisme ? - Acrimed | Action Critique Médias
    http://www.acrimed.org/La-couverture-des-attentats-a-la-television-compassion-ou-voyeurisme
    par Mathias Reymond, Jeudi 19 Novembre 2015

    Dans la foulée des terribles attentats commis dans la soirée du vendredi 13 novembre 2015 à Paris et Saint Denis, les télévisions étaient au rendez-vous. À l’aide des réseaux sociaux, elles ont retracé le « film des évènements ». Pour le meilleur (rarement) et pour le pire (souvent).
    Autocongratulation
    L’autosatisfecit fut quasi général du côté des chaînes de télévision puisqu’elles n’avaient pas, cette fois, entravé le déroulement des interventions policières (notamment au Bataclan), ainsi que le souhaitait le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel en insistant sur « la nécessité de ne donner aucune indication susceptible de mettre en cause le bon déroulement des enquêtes en cours ». Comme le rapporta confraternellement Le Figaro [1], « les chaînes d’info ont retenu les leçons de Charlie ».

    Par exemple, Guillaume Zeller, le directeur de I>Télé, s’était voulu rassurant : « Nous avons fait le choix délibéré de ne pas diffuser d’image de l’assaut du Bataclan, ni de diffuser des sons. Nous avons aussi limité au maximum les superlatifs et les propos anxiogènes tout au long de la soirée. »Certes, les images de l’assaut donné par les forces de l’ordre ne furent pas diffusées, mais celles de la fusillade, oui. De son côté, Catherine Nayl, directrice de l’information du groupe TF1, avait applaudi ses équipes : « Depuis un an, avec Charlie, le Thalys et les autres attentats, les journalistes ont acquis une grande maturité face à ces événements tragiques. Et en régie, nous étions là pour maintenir un grand degré de précision et de pondération des propos. » « Heureusement », serions-nous tentés d’ajouter…

    En effet, les journaux télévisés de TF1 et France 2 – sans parler des « éditions spéciales » des chaînes d’information en continu – n’ont pas brillé par leurs nuances ni par leur retenue. Et force est de constater que la télévision française ressemble de plus en plus à celle des États-Unis où la mise en scène spectaculaire des images violentes (le sang, les fusillades, les poursuites) et des émotions (larmes des proches, angoisse des passants, recueillement) relèvent souvent du voyeurisme, mais surtout évincent toute analyse : le commentaire de l’action primant sur la réflexion.