• « Plus que jamais nous avons besoin d’être mus par un récit collectif.
    Quel sera celui que nous proposera le pouvoir exécutif français ? Je n’en sais rien. Mais en voici un possible. » via Isabelle Delannoy :

    Entrée en matière. Dans Acteurs de l’économie—La tribune du mois d’octobre. Isabelle Delannoy répond aux mots d’Edouard Philippe et présente un programme face à l’effondrement.

    « Un changement ce n’est jamais facile, un effondrement c’est toujours terrible » a martelé ces derniers mois Edouard Philippe, notre premier ministre. Sommes-nous au bord de l’effondrement de nos civilisations industrielles, de nos sociétés démocratiques et des équilibres écologiques qui régulent notre planète ? Je le crois.
    Que ce discours habituellement confiné à la sphère activiste ait rejoint la plus haute sphère politique, cela est une bonne chose. Plus que jamais nous avons besoin d’être mus par un récit collectif. Quel sera celui que nous proposera le pouvoir exécutif français ? Je n’en sais rien. Mais en voici un possible.

    En priorité n°1, régénérons les écosystèmes vivants de notre planète à la base des équilibres climatiques globaux. Les techniques issues de la permaculture nous le permettent dans nos jardins maraîchers, dans nos grandes cultures avec l’agro-foresterie, dans nos villes avec l’ingénierie écologique. Elles recréent du paysage, de la beauté dans nos lieux de vie, absorbent le carbone en excès dans l’atmosphère. Elles ouvrent de nouvelles filières à haute valeur ajoutée par les biomatériaux qu’elles produisent. Elles nous rendent même plus productifs au travail car leur beauté régénère nos capacités mentales. Hissons cette action au rang de l’intérêt général au-dessus de tout intérêt privé. L’heure est à l’urgence.

    En priorité n°2, investissons pour déployer des plateformes de réseaux sociaux open source, ouverte, où nos données seront protégées par une gouvernance qui nous y associe. Des plateformes qui relient l’entreprise, la collectivité, le citoyen. Où le petit commerçant pourra s’ouvrir au E-commerce, mutualiser des services de livraison en utilisant les services nés localement, comme ces associations qui s’évertuent à recenser les acteurs économiques les plus favorables à la prospérité écologique, économique et sociale, qui proposent des services de livraison mutualisée à vélo, des systèmes de gouvernance locaux en concertation avec la population, ou encore même des services de monnaie locale, qui remettent de la fluidité économique là où l’euro devient rare.
    Il aura fallu à peine 15 ans aux géants de l’Internet pour passer du rang de la start-up à celui de compagnies plus puissantes que les Etats, et par leur capitalisation boursière et par l’étendue de leur emprise sur la population mondiale. Cela a déjà des conséquences politiques comme le Brexit ou l’élection de Donald Trump. L’union des investissements publics, privés et citoyens peut reprendre la main sur ces infrastructures majeures du XXIe siècle. Faisons-en l’outil pour des démocraties vivantes et non manipulées, et le moteur de la prospérité de chacun et non de quelques-uns.

    En priorité n°3, réinvestissons les industries de nos territoires. En vendant le service rendu plutôt que le bien, de nombreuses entreprises sont aujourd’hui devenues leader sur leur marché. Elles récupèrent les composants de leur machine et s’affranchissent peu à peu de leur dépendance aux fluctuations du cours des matières premières. Elles substituent à une place de marché globale et mondialisée de plus en plus opaque des places de marché locales et reliées, créatrices d’emplois, mues par des relations directes et des intérêts communs. Inventons les tiers lieux de l’innovation, de l’assemblage, de la distribution locale, et de l’investissement coopératif basé sur l’intérêt commun. 77% de l’innovation réelle vient des usagers. Pourquoi s’en priver ? Développons-la.
    (Pour la petite histoire, je l’ai écrite la veille de la démission de Hulot.) »

    #economie #economiesymbiotique #France #politique