• Tout ce que vous ne savez pas sur le Venezuela
    9 février 2019
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    En ces temps de dictature de la circonstance, de sages experts émergent. Néanmoins, la plupart d’entre eux ne réussiraient pas le moindre test de connaissance de l’objet en question. A quelques exceptions près, parmi ceux qui écrivent ou parlent du Venezuela, aucun n’a la moindre idée si Lara est une ville ou un état, encore moins où elle se situe géographiquement. Autrement dit, cela manque un peu de bases pour s’aventurer à donner des leçons.
    Pour corriger certaines erreurs grossières qui conditionnent les analyses et les commentaires, si vous me le permettez, voici quelques données « inconnues » pour contribuer à une meilleure santé du débat général sur le Venezuela :

    Juan Guaidó a été élu par le même organe électoral qui a élu le Président Maduro. Guaidó a obtenu 97.492 voix dans l’État de Vargas en 2015.
    L’Organisation des États américains n’a pas reconnu Guaidó comme président de quoi que se soit. Son secrétaire général l’a fait à ses risques et périls, mais pas les États membres de l’OEA en tant que bloc. Les Nations unies n’ont pas non plus reconnu Guaidó, ce qui a été clairement indiqué dans une lettre publiée par son secrétaire général, António Guterres, qui a donné son accord pour apporter une aide humanitaire dans la mesure où elle serait demandée par le gouvernement actuel. Le pape François ne s’est pas non plus joint à la proposition de Trump concernant Guaidó en réponse à une question explicite d’un journaliste sur le vol qui le ramenait du Panama. Les pays d’une certaine importance géopolitique, comme la Chine, la Russie, la Turquie, l’Iran, le Mexique et l’Afrique du Sud, ne cautionnent pas non plus l’option d’un autre président que Maduro. Tous les pays de l’Union européenne (UE) ne se joignent pas au reniement de Maduro. Jusqu’à présent, l’Italie, la Grèce, la Roumanie, l’Irlande, la Bulgarie, Chypre, Malte et la Slovaquie ne l’ont pas fait. Autre fait : la chef de la diplomatie européenne, l’Italienne Federica Mogherini, a accepté de se rendre à Montevideo le 7 février pour entamer le dialogue au sein du groupe de contact international sur le Venezuela. Pour sa part, le Parlasur, le parlement du Mercosur, n’a considéré en aucune façon l’existence d’un président autre que Maduro.
    Avec des réserves reconnues, le Venezuela est le huitième pays au monde ayant les plus grandes réserves de gaz ; le premier en pétrole ; en or, la valeur de ses réserves dépasse le PIB du Chili ou du Danemark ; en fer, la valeur dépasse le PIB du Mexique ou de l’Espagne ; en diamants, le chiffre est supérieur au PIB du Paraguay ou de la Bolivie ; de plus, il a été démontré récemment qu’il y a beaucoup de coltan sur son territoire.
    En termes de propriété, 98,5% des sociétés constituées au Venezuela sont privées ; 0,5% sont mixtes et 1% sont entièrement publiques. Et un autre fait : 80% des médias au Venezuela appartiennent au privé.
    Selon un article du New York Times, conformément aux estimations du gouvernement Trump, les nouvelles sanctions coûteront à l’économie vénézuélienne 11 milliards de dollars en revenus pétroliers perdus. Cela s’ajoute aux effets déjà provoqués par les décrets précédents. Le premier a été celui d’Obama, approuvé le 9 mars 2015, où les premières sanctions contre le Venezuela ont été annoncées sur la base d’un « risque extraordinaire » pour la sécurité des États-Unis, suivi de beaucoup d’autres, avec l’administration Trump en cours.
    Au XXIe siècle, le Venezuela a diversifié ses relations économiques et politiques. La Chine est devenue l’un de ses principaux partenaires. Par exemple, le Venezuela représente 40% du financement que Pékin accorde à toute l’Amérique latine. La Russie et la Turquie jouent également un rôle clé dans ces nouvelles alliances.
    On oublie parfois que le Venezuela a une frontière avec les États-Unis réglementée par le Traité sur les Frontières Maritimes signé en 1978, qui établit les frontières maritimes entre les îles du Venezuela en mer des Caraïbes et les territoires dépendants des États-Unis (Porto Rico et îles Vierges).

    À partir de là, l’analyse de l’avenir devient un exercice très complexe. La seule chose qui est certaine, c’est que chaque fois que les États-Unis parlent d’aide humanitaire, les choses ne finissent pas bien. Espérons que ce coup-ci tout reste dans le même genre de guerre que Trump a déclarée contre la Corée du Nord, ou dans le mur qui ne pourra jamais être construit à la frontière mexicaine. On verra.

    Alfredo Serrano Mancilla, directeur du Celag.

    Source : https://www.alainet.org
    http://venesol.org/2019/02/09/ce-que-vous-ne-savez-pas
    #Venezuela