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  • Le #Liban précipité dans l’abîme
    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/07/04/suicides-faillites-licenciements-le-liban-precipite-dans-l-abime_6045193_321
    https://img.lemde.fr/2020/07/04/544/0/6532/3266/1440/720/60/0/446246d_755370758-000_1TA4DV.jpg

    Des fleurs pour un dernier hommage. Des cris de colère et de douleur. Des Libanais se sont rassemblés, vendredi 3 juillet, dans le quartier de Hamra à Beyrouth, après le suicide d’un homme, sur fond de dégringolade économique et financière. Dans ce lieu commercial jadis vibrant, Ali Al-Haq, 61 ans, s’est ôté la vie, en plein jour et en pleine rue, en se tirant une balle. « Il s’est tué à cause de la faim ! », a dénoncé son cousin. Le même jour, un autre suicide a été rapporté par la presse, commis dans une région au Sud de la capitale par un chauffeur de minibus en difficulté financière. Ces morts violentes ont suscité une onde de choc.

    Ce n’est plus une crise que traverse le Liban. C’est une tornade, un déclassement à toute allure, un début d’apocalypse. « On se réveille épuisés le matin, sans aucune certitude », s’exclame Maria, une thérapeute. Au fil des guerres et des crises politiques qu’a connues le Liban, vivre au jour le jour est devenu une philosophie. Mais cette crise, comme jamais auparavant, est marquée par une dépossession du pouvoir d’achat, des licenciements massifs, et une perte de repères. Nul ne sait jusqu’où ira la chute. « C’est un choc énorme, bien pire que la Grèce, que vit le Liban », diagnostique l’économiste Charbel Nahas, l’un des très rares à avoir averti, dès l’automne 2018, du séisme qui guettait le pays.

    A Beyrouth, les rideaux de fer des magasins sont toujours plus nombreux à rester baissés, signe des faillites ou de l’activité au ralenti. « On a réduit les horaires, car il n’y a pas assez de travail : les clients ne peuvent pas faire face à l’inflation. J’ai peur que les propriétaires ferment le supermarché, peur de perdre mon travail », dit Hania, une caissière. Son salaire ne vaut plus grand-chose, mais c’est tout ce qui lui reste.

    Dans certaines boutiques, les prix ne sont plus affichés : il est devenu trop compliqué de les modifier chaque jour. La majorité de ce qui est consommé est importé en dollars, dont le prix ne cesse d’évoluer sur le marché noir, et trois taux se juxtaposent : l’un officiel (1 500 livres pour un dollar), l’autre pratiqué par les banques (3 850 livres pour un dollar) et le dernier en vigueur sur le marché noir (au-delà de 8 000 livres pour un dollar). « On ne sait plus à quel prix vendre », dit Hassan, qui tient une petite épicerie. La viande est devenue un produit de luxe : l’armée a annoncé l’avoir retirée des repas de ses soldats. A certaines intersections, s’ajoutent, aux petits mendiants présents depuis des années, des silhouettes jamais vues, celles de personnes âgées qui vendent des bricoles en échange d’un billet. Pour ne rien arranger, Beyrouth est plongé dans le noir, la nuit, depuis plusieurs jours, faute d’alimentation en électricité.

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