Le Monde diplomatique

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  • La bien triste Europe de monsieur Leparmentier
    http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20150206trib083bb894c/la-bien-triste-europe-de-monsieur-leparmentier.html

    Au reste, le miracle balte n’est pas si radieux. Si la Lituanie a retrouvé en 2013 son niveau de PIB de 2007, ce n’est pas le cas de la Lettonie qui est encore 10 % en deçà. L’émigration a été massive, dans des pays à la démographie déjà déclinante. Ce « miracle balte » pourrait être un mirage, car il a gravement obéré l’avenir de ces pays.

    Mais peu importe : si la politique appliquée sous les applaudissements des belles âmes européennes en Grèce depuis 2010 n’a pas donné les mêmes résultats que dans les pays baltes, c’est bien une raison suffisante pour en changer. Et, dès lors, le raisonnement économique de Syriza de stopper l’austérité est pleinement justifié.

    Au final, cette course aux taux de croissance après les ajustements est un peu dérisoire. Après la pluie vient le beau temps. En détruisant un quart de la richesse du pays, en coupant les salaires à la hache, il est logique que la croissance revienne ou qu’à tout le moins le PIB se stabilise. Mais est-ce le modèle que l’Europe propose aujourd’hui à ses peuples ? Détruire de la richesse pendant quelques années pour avoir le plaisir d’afficher de beaux taux de croissance « à la balte » afin de « rattraper » les effets de cette chute ? A n’en pas douter, l’enthousiasme ne saurait manquer devant un tel projet !

    Dans l’Europe d’Arnaud Leparmentier, tous les États sont strictement indépendants les uns des autres. Les résultats des pays sont mesurés à l’aune de la détermination des peuples à réaliser leurs « ajustements nécessaires » en silence. Il loue ainsi la « discrétion » de la #Lettonie. Là encore, c’est un beau projet pour l’Europe que de mettre en permanence en concurrence des États en leur demandant d’être plus compétitifs que leurs voisins. C’est un beau projet pour l’Europe que de comparer sans cesse Baltes et Grecs, Allemands et Français, etc. Là encore, la fraternité entre les peuples ne manquera pas d’en sortir grandie.

    Dans le numéro de septembre 2009, Philippe Rekacewicz et Ieva Rucevska revenaient sur cette « réussite lettone » censée illustrer un soi-disant « miracle balte »…
    http://www.monde-diplomatique.fr/2009/09/REKACEWICZ/18160

    Il aura fallu beaucoup de courage politique au premier ministre Valdis Dombrovskis pour oser, dans le cadre du plan d’économies de 500 millions de lats (715 millions d’euros) imposé par le Fonds monétaire international (#FMI), supprimer les conseils d’administration de toutes les entreprises publiques, chasse gardée très rentable d’une poignée de politiciens influents et véritable machine à recycler collègues, cousins, neveux, amis, chauffeurs et fils de chauffeurs... Lesquels, en cumulant les sièges, pouvaient recevoir en jetons de présence quelques dizaines de milliers de lats par an. Pour « stabiliser l’économie », le FMI a consenti un prêt de 7,5 milliards d’euros, financé partiellement par l’Union européenne, la Suède, ainsi que... la République tchèque et l’Estonie. Les conditions drastiques l’accompagnant rappellent les pires souvenirs des ajustements structurels. Elles imposent à la Lettonie un effort qui est en train de désintégrer la société.

    Lire aussi « Lettonie, l’industrie à la peine »
    http://www.monde-diplomatique.fr/2009/09/REKACEWICZ/18050

    A propos de Leparmentier, lire aussi Pierre Rimbert, « les joies de l’écriture automatique » (mai 2015)
    http://www.monde-diplomatique.fr/2015/05/RIMBERT/52912

    cc @monachollet