• « #Grexit », un coût élevé mais temporaire
    http://www.monde-diplomatique.fr/2015/07/LAPAVITSAS/53222

    (…) Pour commencer, Athènes suspend sa participation à l’#UEM sans revenir sur son adhésion à l’Union européenne. Les traités prévoient en effet la sortie de l’Union ; or ce qui s’applique au tout (l’Union) s’applique nécessairement à la partie (l’UEM).

    La #Grèce interrompt le remboursement de sa #dette publique à l’étranger, c’est-à-dire, principalement, au Fonds monétaire international (#FMI) et à la Banque centrale européenne (#BCE). Le pays pourrait choisir de continuer à honorer ses engagements auprès des créanciers privés, de façon à faciliter son retour ultérieur sur les marchés. Athènes propose une conférence internationale afin d’obtenir une restructuration de ses créances, y compris celles liées au FMI. Le gouvernement s’emploie à rembourser l’ensemble des agents domestiques.

    Le pays reprend le contrôle de sa banque centrale, laquelle quitte l’Eurosystème, mais pas le Système européen des banques centrales (3). Le système bancaire est nationalisé et de nouveaux établissements, sains, voient le jour. L’Etat organise la restructuration des emprunts réalisés par des entreprises et des particuliers en difficulté (notamment dans le domaine immobilier), dont le montant n’a cessé de croître au cours de la crise pour dépasser 100 milliards d’euros. Il met par ailleurs en place un contrôle des changes et des transactions bancaires, comme l’Union européenne l’a fait à Chypre en 2013, mais sans ponctionner les dépôts, lesquels sont convertis en nouvelles drachmes au taux de un pour un, tout comme les emprunts sous loi grecque.

    La nouvelle drachme se dévalue, probablement beaucoup, au cours des premières semaines, avant de se stabiliser quelques mois plus tard autour d’une décote de 10 à 20 % de sa valeur initiale (sachant que le compte courant est déjà pratiquement à l’équilibre et que l’Etat aura mis en place un contrôle des changes). Les travaux empiriques montrent que l’impact sera positif sur la production et l’emploi, tandis que l’inflation ne devrait connaître qu’une augmentation modeste.

    La satisfaction des besoins des groupes les plus vulnérables de la société en produits de base — principalement l’essence, la nourriture et les médicaments — est élevée au rang de priorité. Un minimum de préparation devrait suffire à éviter le recours aux carnets de rationnement.

    Personne ne nie qu’un défaut et une sortie de l’euro auraient un coût social élevé, en particulier dans les premiers temps. Mais il s’agirait d’une épreuve temporaire ; cela ne justifie pas que le pays tout entier accepte l’austérité qu’exige le maintien au sein de l’UEM.

    La période d’ajustement de quelques mois verra sans doute l’économie entrer en récession. Le pays peut par la suite compter sur une reprise de la croissance, grâce à la libération d’une demande domestique jusque-là comprimée et grâce à la mobilisation de ressources que l’austérité a rangées dans la naphtaline : travailleurs, usines et équipements. Sur cette base, la Grèce serait en mesure de réformer à la fois son économie et sa société, notamment en opérant un basculement des activités de service vers l’industrie et l’agriculture. En restaurant la souveraineté monétaire du pays et sa capacité à générer ses propres liquidités, un défaut suivi d’une sortie de l’UEM autoriserait en effet Athènes à procéder à des transformations aussi profondes. Le pays retrouverait par ailleurs une marge de manœuvre budgétaire qui lui permettrait de relancer l’investissement public et de soutenir son équivalent privé.

    Nous aurions, bien sûr, à défendre le nouveau taux de change, mais les ressources mobilisées n’auraient rien de comparable à celles requises par la camisole de l’UEM. Sans compter que les événements monétaires de ce type ouvrent en général de nouvelles possibilités à l’activité économique.

    A l’heure actuelle, le coût de l’austérité repose en grande partie sur les salariés, les retraités, les pauvres et les classes moyennes inférieures. Un gouvernement de gauche profiterait d’une sortie de l’euro pour reporter ce fardeau sur les épaules des mieux lotis et pour transformer le rapport de forces au sein du pays.

    A n’en pas douter, l’épisode réduirait le pouvoir d’achat de la population à travers un renchérissement des importations. Mais il raboterait d’autant la valeur réelle des crédits immobiliers et autres emprunts. La reprise de l’activité économique après le choc initial favoriserait les travailleurs en protégeant l’emploi et en facilitant une hausse progressive des salaires. La politique du gouvernement autoriserait de surcroît la redistribution du revenu national de façon à améliorer la situation des plus pauvres. L’activation du marché intérieur bénéficierait aux petites et moyennes entreprises.

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