Hélène Richard

Journaliste au « Monde diplomatique »

  • Joseph Deniaud de syndicaliste à patron chez Harmonie Mutuelle
    EMMANUEL GUIMARD

    Les échos, 26/09/2013
    #mutuelles
    @mb

    Le nouveau président d’Harmonie mutuelle a débuté sa vie professionnelle avec un simple CAP de mécanicien. Joseph Deniaud est désormais aux commandes de la première mutuelle de santé de France.

    Ce fils d’agriculteur, cadet d’une fratrie de six enfants, récuse pourtant le terme d’ « ascenseur social » pour qualifier sa carrière. « L’essentiel de mon parcours est le fait de mandats électifs », souligne ce dirigeant de soixante-cinq ans, chevelure de neige, regard de jais, empathie contrôlée.

    En 1971, le jeune mécanicien ajuste ses premières pièces chez Tréfimétaux, près de Nantes, puis chez Alstom, à Montoir-de-Bretagne, où l’on fabrique de gros moteurs diesel. Et rapidement « Jo Deniaud », tel que ses collègues le surnomment, est élu délégué syndical CFDT. « Une histoire de rencontres », expose ce proche de Jean-Marc Ayrault. Des rencontres fructueuses. Car dès 1979, le syndicat le place à la tête de l’Union locale de Saint-Nazaire. Le voilà syndicaliste professionnel, au coeur d’un bastion ouvrier souvent turbulent. « J’ai connu d’emblée quatre gros conflits sociaux », se souvient ce dirigeant qui, avec les élus de la CGT, l’éternelle rivale, ne manquait pas de « s’accrocher sur le soutien à Solidarnosc. Eux, soutenaient Brejnev ! » s’amuse-t-il. En 1984, il passe « plus vite que prévu » au stade de l’Union départementale CFDT, un poste en vue en Loire-Atlantique.

    Mais une fois son mandat terminé, en 1994, il doit « chercher du travail ». Il a quarante-cinq ans, et la fibre sociale : ce grand amateur de football, qui consulte chaque lundi dans le journal les résultats du club de sa ville natale de Montbert, saura rebondir. Il est embauché comme directeur d’un Plan local d’insertion et de l’emploi (Plie) pour le sud de l’agglomération nantaise. Six ans après, la Communauté urbaine le charge d’une mission alliant développement économique et emploi. C’est en parallèle, dès 1993, que se dessine son engagement mutualiste. D’abord en tant qu’administrateur de Loire-Atlantique Mutualité, qui fédère 34 mutuelles locales. Joseph Deniaud y gravit les échelons et accède, sept ans plus tard, à la présidence de ce poids lourd de l’assurance santé, doté de ses propres cliniques et infrastructures.

    12.000 salariés, 2,3 milliards d’euros de cotisations

    La suite de l’histoire est une succession de fusions et de rapprochements, pour aboutir à la création d’Harmonie Mutuelle, en janvier dernier. Désormais, l’entité nationale encaisse 2,3 milliards d’euros de cotisations et emploie 12.000 salariés pour 4,5 millions de personnes couvertes. Une taille critique, « devenue indispensable pour converser avec le régime obligatoire. Le marché est devenu national, il faut atteindre cette dimension pour apporter des services », explique son nouveau numéro un, alors que le gouvernement vient de dévoiler, lundi, sa « stratégie nationale de santé ». Fraîchement élu, Joseph Deniaud est un ardent partisan du modèle mutualiste : « Le mouvement syndical et celui du mutualiste vont de pair. J’ai toujours considéré comme une priorité la prise en charge de la complémentaire santé par les entreprises », affirme ce père de trois enfants. D’ailleurs, cet ancien syndicaliste devenu patron ne renie rien : « Je combats aussi le transfert de la Sécurité sociale vers les complémentaires. Car la Sécu reste la forme la plus aboutie de solidarité. »