Hélène Richard

Journaliste au « Monde diplomatique »

  • Thierry Beaudet : « Pour innover et investir, nous avons besoin de changer d’échelle »
    Propos recueillis par L. T. - Les Echos | Le 12/01/2015

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    Thierry Beaudet, président du groupe MGEN, et Joseph Deniaud, président d’Harmonie Mutuelle.

    C’est peu dire que la perspective d’un rapprochement entre vos deux groupes a surpris. Vous dites que ce choix s’est imposé naturellement...

    Joseph Deniaud. Nous sommes les deux plus grandes mutuelles françaises. A ce titre, nous avions admis l’idée qu’il fallait un échange fertile entre nous dans l’intérêt de toutes les mutuelles. Et nous avions donc eu des raisons d’échanger depuis quelque temps.

    Thierry Beaudet. Nous avons appris à mieux nous connaître. Et nous avons des analyses extrêmement convergentes sur l’évolution de notre environnement.

    Quel a été le déclencheur ?

    Joseph Deniaud. Plusieurs éléments de contexte nous ont poussés à nous rapprocher. Notre métier central, la complémentaire santé, évolue beaucoup. Il est toujours plus réglementé. De plus en plus d’obligations nous sont imposées par l’Etat ou par les partenaires sociaux, comme nous avons pu le voir avec l’ANI [accord national interprofessionnel de janvier 2013 sur la généralisation de la complémentaire santé d’entreprise, NDLR]. On constate aussi une préoccupation de plus en plus marquée de nos adhérents concernant le coût de la complémentaire santé et la hausse du reste à charge.

    Thierry Beaudet. La question qui nous sera posée demain, à nous complémentaires santé, c’est bien celle du reste à charge. Or, pour pouvoir agir sur le reste à charge, il faut pouvoir agir sur l’organisation du parcours de santé, passer des accords avec les prestataires et les professionnels de santé. La MGEN tout comme Harmonie Mutuelle ont déjà chacune de leur côté une certaine expérience du conventionnement. Nous sommes assez sûrs de nos forces respectives. Si nous les réunissons, nous aurons la possibilité de démultiplier ce que nous faisons et ce que nous prévoyons de faire. Pour innover, pour investir, pour créer de nouvelles solutions mutualistes, nous avons en effet besoin de changer d’échelle.

    Joseph Deniaud. Il nous semble qu’il vaut mieux être deux pour appréhender tous ces défis. On pourrait aussi évoquer les nouvelles technologies. Le sujet se pose aujourd’hui, pas dans dix ans. Il faut être capable de s’organiser différemment, au plus vite, pour se mettre en ligne.

    Quelles seront les ambitions du groupe que vous allez former ?
    Thierry Beaudet. A bien des égards, nous sommes très complémentaires, puisque nous nous adressons à des publics très différents. Nous pensons donc pouvoir nous adresser de manière pertinente à l’ensemble de la population française, les fonctionnaires comme les non-fonctionnaires, en matière de contrats à adhésion individuelle comme de contrats collectifs.

    Joseph Deniaud. Nos deux groupes avaient chacun fait le choix de se poser en « acteur global de santé ». Il s’agit de pouvoir répondre au mieux aux besoins des adhérents tout au long de leur vie. Ceux-ci attendent des réponses assurancielles mieux organisées en termes de prévoyance ou de dépendance, ainsi que des services.

    Quelles synergies comptez-vous réaliser ?
    Thierry Beaudet. Nous ne sommes pas dans une logique première de regroupement de moyens ou de nos réseaux de distribution. Nous voulons créer, à travers des investissements communs, des solutions et des services pour nos adhérents, qui entretiendront la dynamique de chacune de nos mutuelles. Ce rapprochement ne sera bénéfique à nos adhérents que si nos deux groupes demeurent forts.

    Votre projet aura-t-il un impact sur l’emploi ?
    Joseph Deniaud. C’est un projet de développement, pas de repli. La problématique de l’emploi n’est pas posée.

    A vous deux, vous comptez 8,2 millions de personnes protégées. Est-ce suffisant ?
    Thierry Beaudet. Dans notre lettre d’intention, nous associons dans cette démarche les mutuelles partenaires de nos mutuelles respectives. Si on agrège la population gérée par l’ensemble de nos unions respectives, nous en sommes à plus de 11,5 millions de personnes protégées. L’intention de la MGEN est d’embarquer les mutuelles d’Istya dans ce projet, et je suis convaincu qu’elles seront de l’aventure.

    Joseph Deniaud. Du côté Harmonie Mutuelle, je peux également affirmer que toutes les mutuelles associées sont intéressées par ce processus.

    A terme, envisagez-vous d’accueillir d’autres partenaires dans votre groupe ?
    Joseph Deniaud. Nous sommes entrés dans une négociation exclusive à deux. Et la porte reste ouverte, mais toujours à deux.

    Thierry Beaudet. Nous sommes pragmatiques et nous n’excluons donc rien.
    Propos recueillis par L. T.