Hélène Richard

Journaliste au « Monde diplomatique »

  • La Russie critique le rôle de l’UE dans les Balkans – EURACTIV.fr
    http://www.euractiv.fr/section/l-europe-dans-le-monde/news/russia-commission-should-play-a-more-positive-role-in-the-western-balkans
    http://www.euractiv.fr/wp-content/uploads/sites/3/2017/03/Hahn-and-Damjanovic.jpg
    #Russie
    #Balkans

    L’ambassadeur russe auprès de l’UE, Vladimir Chizhov, s’interroge sur la gestion des crises en Macédoine et au Kosovo par la Commission européenne. Il regrette que son pays soit accusé d’interférer au Monténégro.

    Vladimir Chizhov a émis de vive critiques face au soutien de la Commission pour un gouvernement macédonien qui serait mis en place en échange de l’approbation de la « plateforme albanaise ».

    Le 1er mars, le président macédonien, Gjorge Ivanov, a en effet refusé d’autoriser une coalition de sociaux-démocrates et de partis représentant l’importante minorité ethnique albanaise du pays pour former un gouvernement, en raison de leur volonté d’autoriser officiellement un usage plus répandu de la langue albanaise.

    Le diplomate russe accuse aussi autant le président du Conseil, Donald Tusk, que le commissaire à la politique européenne de voisinage, Johannes Hahn. « Quand je lis des déclarations de représentants de l’UE, y compris du président du Conseil européen en personne, mentionnant les interférences extérieures en Macédoine, je prends ces affirmations comme une autocritique de sa part. Quand le commissaire Hahn s’adresse au président macédonien et lui conseille de ne pas s’interposer dans le processus constitutionnel de son pays, je me demande : ‘N’est-ce pas au président, qui est le chef de l’État, de garantir le respect de la constitution ?’ »

    Vladimir Chizov fait référence à l’accord d’Ohrid du 13 août 2001 entre le gouvernement de Macédoine et les représentants de la minorité ethnique albanaise, qui a mis fin au conflit entre l’« Armée de libération nationale » albanaise et les forces de l’ordre macédoniennes. L’accord comprenait des dispositions visant à modifier les langues officielles du pays, stipulant que toute langue parlée par plus de 20 % de la population deviendrait une autre langue officielle de la Macédoine au niveau municipal.

    « L’accord d’Ohrid a été négocié par mon vieil ami Francisco Javier Solana. Je l’avais alors averti des possibles dangers de cet accord, qui fixait un quota pour la représentation albanaise », a indiqué Vladimir Chizhov.

    Le diplomate russe a précisé que les partis albanais avaient été « convoqués par Tirana, par le cabinet du Premier ministre albanais » et « avaient signé ce que l’on appelle aujourd’hui la plateforme albanaise, qui aurait donné plus de droits à la minorité albanaise, à un niveau équivalent à ce qui, dans d’autres pays, est offert au niveau fédéral ».

    « Le chef de l’opposition, Zoran Zaev, avait accepté cette plateforme, qui est contraire à la constitution macédonienne. L’UE a négligé tout cela, indiquant qu’avec une coalition de 67 députés sur 120, Zoran Zaev devait être élu Premier ministre et laisser le processus continuer dans cette direction. Bien évidemment, le président, Gjorge Ivanov, ne pouvait pas accepter une telle situation. L’UE aurait dû jouer un rôle positif et non nuisible », a déploré Vladimir Chizhov.

    >> Lire : La crise politique en Macédoine hypothèque son adhésion à l’UE

    Silence radio sur la Serbie-Kosovo

    Vladimir Chizov estime que la situation concernant le dialogue entre Belgrade et Pristina inquiète non seulement la Russie, mais aussi l’UE. « Je pense que cela découle de l’approche biaisée de l’UE », a-t-il ajouté.

    Le pont qui relie les deux rives de l’Ibar dans la ville de Mitrovica et qui est devenu le symbole des divisions entre les Albanais dans le sud et les Serbes dans le nord. Au lendemain de la crise du nord du Kosovo, en 2013, la municipalité à majorité serbe du nord de Mitrovica a été créée, divisant la ville en deux unités administratives opérant cependant toutes deux dans le cadre législatif kosovar.

    « Quand l’affaire de l’amphithéâtre de Mitrovica a été révélée [les Serbes de la région avaient construit une structure en béton en forme d’amphithéâtre pour empêcher aux véhicules de traverser le pont], et que la colère est montée du côté de Pristina, qui demandait que la structure soit démolie, l’UE est intervenue. Elle a obtenu l’accord des Serbes de démolir l’amphithéâtre en échange du retrait des forces kosovares au sud du pont. Mais qu’en est-il de l’obligation de Pristina de créer une assemblée de municipalités serbes ? Non seulement les Kosovars, mais aussi l’UE n’en parlent plus », fait remarquer le diplomate.

    >> Lire : La reconnaissance du Kosovo fait tanguer les négociations d’adhésion de la Serbie

    Coup d’État au Monténégro

    Depuis l’élection du 16 octobre, quand 20 personnes ont été arrêtées pour avoir tenté d’organiser un coup d’État, les tensions n’ont cessé de s’intensifier dans le petit pays des Balkans occidentaux.

    D’après la presse britannique, qui cite des sources parlementaires, le coup visant à attaquer le parlement monténégrin et tuer le dirigeant pro-occidental aurait été orchestré par des responsables des services de renseignement russes, avec le soutien et l’accord de Moscou pour saboter les intentions du pays d’intégrer l’OTAN.

    >> Lire : Le Monténégro déstabilisé après une tentative de coup d’Etat

    « Malheureusement, un sentiment anti-Russie est en train de s’installer au Monténégro, avec la complicité des États-Unis et de certains États membres de l’UE. Le coup d’État présumé n’a cependant jamais été attesté, et encore moins le lien avec la Russie », a-t-il ajouté.

    Vladimir Chizhov s’est exprimé au sujet des deux ressortissants russes dont les noms ont été cités par le procureur en charge de l’enquête sur la tentative de coup d’État :

    « Mais qui sont-ils ? Est-ce que quelqu’un les a vus ? » Il a ajouté : « Ce n’est pas sérieux. Oui, nous nous opposons à l’adhésion du Monténégro à l’OTAN. Nous considérons cette idée nuisible aux efforts de renforcement de la sécurité en Europe. Il s’agirait de surmonter les défis sécuritaires du 21e siècle avec des moyens datant de plus de cinquante ans. »

    Il a précisé que la Russie n’était pas contraire à l’adhésion du Monténégro à l’UE. « Vous voulez le Monténégro ? Ce ne sera qu’un poids supplémentaire pour l’UE », assure-t-il.

    >> Lire : Mogherini s’inquiète de l’instabilité politique des Balkans occidentaux