• Contre le Front National
    Nous y sommes, dans le scénario sordide que nous redoutions tant de voir se reproduire, le Front national au second tour des élections présidentielles.

    En tant qu’enseignant.e.s, chercheur.ses, citoyen.ne.s, il nous est impossible de taire notre profonde inquiétude sur ces résultats électoraux témoignant de la banalisation du racisme et de la xénophobie au cœur de l’ADN de ce parti, et qui sont un camouflet pour celles et ceux qui, comme nous, considèrent que la connaissance du passé pourrait servir de pare-feu.

    L’histoire, car il s’agit de notre matière première, nous enseigne cet engrenage infernal qui, fort d’une crise économique précarisant des millions de personnes, nourrit des prédateurs désignant à la vindicte populaire des « indésirables », étrangers, immigrés, et surfe sur la misère en prétendant enrayer les emballements d’un « système » dont ils ne sont en réalité qu’un simple produit. Le Front National, car c’est de lui qu’il s’agit, affirme avoir achevé sa dédiabolisation, mais une lecture de son programme montre au contraire qu’une voix qui lui est donnée est une âme vendue au diable. Il faudra en effet s’interroger sur les mécanismes de choix électoral d’une partie de la population qui préfère enjamber les valeurs essentielles de la confraternité nationale et internationale, et se lancer aveuglément sur le terrain du fascisme plutôt que d’espérer et bâtir un autre monde où justice sociale et partage des richesses serviraient de boussole politique.

    Enfin, parce que nous sommes pédagogues aussi, nous ne pourrons jamais, le cas échéant, cautionner ou même appliquer sans nausée l’entreprise de propagande idéologique assignée à l’enseignement de l’histoire par le Front National : celle d’un roman national conçu comme une légende patriotique et un philtre d’amour de la nation. Nous ne sommes ni marchands de patrie, ni agents matrimoniaux. Pour nous, l’enseignement de l’histoire sert la cause de l’apprentissage de l’esprit critique et de l’émancipation de toute forme d’asservissement. Notre principe est donc celui-ci : nous ne donnerons pas une voix au Front National et nous appelons à continuer et intensifier le combat contre l’extrême-droite.
    http://aggiornamento.hypotheses.org/3701
    #fn #Aggiornamento

    • Retraité de l’Enseignement public (Lettres modernes), je partage tout à fait ce point de vue du collectif Aggiornamento histoire-géographie. Cela dit, l’on ne peut que se sentir désarmé face à ces partisans du FN qui se sentent abandonnés - à tort ? à raison ? - de la Gauche et de la Droite depuis des décennies, auprès de qui a été insidieusement distillé un discours fallacieux sur les méfaits de l’euro et de l’Europe et la théorie fumeuse du « Grand Remplacement » et qui, « subséquemment », comme dirait Jacques Brel, se targuent du mépris manifesté par la « leader » frontiste à l’égard des Institutions européennes et ferment complaisamment les yeux devant les dérives des positions qu’elle affiche. Quel discours tenir ? Le tragique de l’histoire est qu’une vérité paraît souvent si évidente (en anglais « évidence » ne signifie-t-il ; pas « preuve » ?) qu’il semble inutile de la démontrer alors qu’une contre-vérité, un mensonge maintes fois, régulièrement et fermement répétés finit par apparaître pour un grand nombre comme une vérité ...