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La sélection de Seenthis, maison-mère du Zinc. Une minute plus tard.

  • Des femmes qui se battent sur les deux fronts

    Quelques années après l’idiot d’Aspen, j’étais à Berlin pour donner une conférence quand l’écrivain marxiste Tariq Ali m’invita à un dîner où étaient présent·es un écrivain et traducteur ainsi que trois femmes un peu plus jeunes et qui allaient rester révérencieuses et quasiment silencieuses pendant tout le repas. Tariq était formidable. Peut-être le traducteur était-il énervé que j’insistasse pour participer modestement à la conversation mais quand je fis allusion à la façon dont Women Strike for Peace (Femmes en grève pour la paix), l’extraordinaire et méconnu groupe anti-nucléaire et pacifiste fondé en 1961, contribua à la chute de la commission de la Chambre des représentants sur les activités anti-américaines (HUAC), M. Très important II se moqua de moi. La commission HUAC, insistait-il, n’existait pas au début des années 1960 et d’ailleurs aucun groupe de femmes n’avait joué un tel rôle dans sa chute. Son dédain me réduisait à néant et son assurance était si agressive que débattre avec lui semblait un exercice bien vain, l’occasion seulement de se faire insulter.

    Je crois que j’en étais à neuf livres à l’époque, dont un qui exploitait des sources de première main et des entretiens avec des membres-clefs de Women Strike for Peace. Mais les hommes qui expliquent persistent à me prendre pour une sorte de réceptacle vide attendant d’être rempli avec leur sagesse et leur savoir. Un freudien dirait qu’ils ont et que je manque mais l’intelligence n’est pas située dans le bas-ventre – même si vous êtes capable d’écrire dans la neige avec votre zizi l’une de ces longues phrases mélodieuses de Virginia Woolf sur la manière dont les femmes sont subtilement subjuguées. De retour dans ma chambre d’hôtel, j’ai fait une petite recherche en ligne et découvert qu’Eric Bentley, dans son ouvrage de référence sur la commission HUAC, reconnaît que Women Strike for Peace a « porté un coup crucial dans la chute de la forteresse HUAC ». Au début des années 1960.

    J’ai donc entamé un essai (sur Jane Jacobs, Betty Friedan et Rachel Carson) pour The Nation en rendant compte de cet échange, en partie comme un cri à la tête d’un des hommes les plus déplaisants qui m’ait un jour expliqué des choses : Mec, si jamais tu lis ces lignes, sache que tu es un furoncle sur le visage de l’humanité et un obstacle à la civilisation. Honte à toi.

    Lors de la bataille avec les hommes-qui-expliquent-des-choses, tant de femmes ont été piétinées – des femmes de ma génération, de la génération pleine de promesses dont nous avons un criant besoin, ici et au Pakistan, en Bolivie et à Java, sans compter les femmes innombrables qui nous ont précédées et qui n’ont pas eu leur place dans un laboratoire ou une bibliothèque ou une conversation ou la révolution ou même la catégorie que l’on nomme être humain.

    Après tout, Women Strike for Peace a été fondée par des femmes qui en avaient marre de faire le café ou de prendre les notes et de ne pas avoir droit de parler ou de participer à la prise de décision dans le mouvement anti-nucléaire des années 1950. La plupart des femmes se battent sur deux fronts, l’un étant celui en question et l’autre pour le simple droit de parler, d’avoir des idées, de voir reconnaître qu’elles ont avec elles des faits et des vérités, qu’elles ont de la valeur, qu’elles sont des êtres humains. Les choses s’améliorent mais cette guerre ne prendra pas fin de mon temps. Je la mène encore, pour moi assurément mais aussi pour toutes ces femmes plus jeunes qui ont quelque chose à dire, dans l’espoir qu’elles arrivent à le dire.

    #crédibilité_féminine #mecsplication #mansplaining

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