• L’encampement du monde | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-plein-droit-2011-3-page-21.htm

    une poétique de l’exil a édifié le portrait romantique de l’exilé, nous lui attribuions une dimension spirituelle, très forte sur le plan intellectuel et artistique. De grandes figures ont émergé de cette situation de déracinement, jusqu’à s’affirmer dans une véritable littérature d’exil. Je pense notamment à l’intellectuel américain d’origine palestinienne Edward Saïd, dont les Réflexions sur l’exil ont été un des points de départ de ma réflexion. Ou encore à la philosophe Hannah Arendt qui, la première, a pensé le statut des « sans État » et des réfugiés, en partie à partir de sa propre expérience de réfugiée allemande aux États-Unis. Malgré les pertes, les incertitudes et la souffrance produites par l’exil, les sujets de l’exil ont ainsi pu redonner sens à leur existence, se ré-ancrer, trouver une place, être bien là tout en pouvant « penser ailleurs » (selon les mots de Nicole Lapierre qui désigne le regard critique qu’offre l’exil lui-même). Cette présence au monde, si particulière et riche, s’est exprimée, selon les parcours des uns et des autres, sous les formes de la performance politique, artistique, ou narrative : par le récit de soi, faire de soi un autre et ainsi se détacher d’un soi laissé « en souffrance »… le sujet de l’exil arrive ainsi à exister quand il est objectivement à nouveau ancré.