7h37

La sélection de Seenthis, maison-mère du Zinc. Une minute plus tard.



  • De la violence, par Tagrawla Ineqqiqi, quelque part sur FB

    https://www.facebook.com/tagrawlai/posts/2288371061237352?__tn__=K-R

    J’ai déjà mainte fois raconté cette histoire et je la radoterai jusqu’à la fin de mes jours. Parce que les jeunes ne le savent pas. Parce que les vieux ne sont plus là. Et parce que les autres, surtout s’ils sont censément cultivés, ne veulent surtout pas regarder ces choses-là : ça leur ôterait de leur supériorité s’ils devaient regarder la vraie violence en face, celle qu’ils n’ont pas subie.

    Je ne sais plus trop quel âge j’avais quand j’ai compris dans quel monde j’allais devoir vivre. Moins de dix ans, ça j’en suis sûre, mais je ne saurais être plus précise. Par contre, je me souviens très bien de comment j’ai compris la nature de ce monde. C’est que tout près de l’endroit où j’ai grandi, il y avait l’hôpital de la société des mines. Si vous n’avez grandi vous-mêmes ni dans le Nord ni en Lorraine, vous n’avez sans doute jamais entendu parler de ce genre d’organismes. Les mineurs n’étaient pas affiliés au régime général de sécurité sociale. Ils n’avaient pas non plus les mêmes médecins, ni les mêmes hôpitaux. Ils devaient se faire suivre dans ces structures financées par leurs employeurs. Et c’était fort pratique parce que ça coûtait beaucoup moins cher à la société. En effet, nombre de mineurs étaient malades de la silicose. C’est une maladie pulmonaire absolument épouvantable : on perd peu à peu sa capacité pulmonaire, et on finit par mourir étouffé. Ça ne se soigne pas. On peut seulement apporter un peu plus d’oxygène pour s’étouffer moins vite. Alors quand j’étais gamine, dans mon bassin minier en général et devant l’hôpital des mines en particulier, je voyais sans cesse des messieurs avec un tuyau dans le nez qui tiraient derrière eux une bouteille d’oxygène montée sur des roulettes. Ils avançaient à petits pas. On entendait leur respiration sifflante de très loin. Mon grand-père en est mort bien avant ma naissance – et bien avant ses cinquante ans – si bien que j’en ai souvent entendu parler. Bien avant mes dix ans, je savais qu’on pouvait attraper des maladies extrêmement graves uniquement de par son travail. Et comme les adultes parlent beaucoup devant les enfants sans toujours se rendre compte que les enfants comprennent bien plus de choses qu’ils ne le croient, j’avais aussi parfaitement compris que la violence qui leur était faite ne s’arrêtait pas là.

    Les mineurs et anciens mineurs malades étaient indemnisés en fonction d’un pourcentage reconnu de silicose. Ce pourcentage était évalué par les médecins des mines, payés par les sociétés des mines, elles-mêmes chargées des indemnisations. Alors on voyait de pauvres bougres traîner leur bouteille d’oxygène de cabinet médical en administration dans l’espoir improbable de gagner 5 % de reconnaissance supplémentaire, histoire d’avoir quelques francs de plus pour nourrir une famille à laquelle ils le laisseraient rien à leur mort. Leurs maisons appartenaient aussi aux sociétés des mines. Et leurs salaires de misère ne leur avaient pas permis de laisser un quelconque capital à transmettre. Ils ne coûtaient vraiment pas cher à la société.

    J’ai grandi, j’ai appris. J’ai appris que la richesse de la France s’était très largement développée sur l’exploitation du charbon. J’ai appris que je vivais dans un pays riche d’avoir maltraité ceux qui ont permis cette richesse. J’ai appris qu’on a laissé crever les mineurs avec un tuyau dans le nez sans trop les indemniser à coup de pognon de dingues, sans se soucier de l’avenir de leurs familles, ces riens, et que, entre autre grâce à ça, la France était une puissance mondiale. J’ai appris que j’étais née dans un monde à la fois cynique et extrêmement violent qui se contrefout des petits qui font sa richesse.

    Du scandale de l’amiante aux agriculteurs qu’on a mal informé pendant des décennies, mes ancêtres sont loin d’être les seuls à avoir pris cette violence du monde dans la gueule. Et les choses ne sont pas si différentes aujourd’hui. Les grosses entreprises prospèrent toujours grâce à la violence subie au quotidien sous des tas de formes différentes par leurs employés.

    Et voilà que les gueux se rebellent. Et que ça pousse des cris d’orfraie de tous les côtés. « Mon dieu toute cette violence ! » Pour crier si fort contre cette violence, il ne faut jamais avoir vu ou subi la violence quotidienne que les petits encaissent depuis des décennies. Au fond, il faut ne pas savoir ce qu’est la violence. Beaucoup d’entre-nous la connaissent sous des formes différentes. Pour moi, ce sont des petits vieux pas si vieux que ça qui traînent une bouteille d’oxygène derrière eux. Les « intellectuels », les « gens cultivés » voudraient que les gueux se posent à une table et discutent tranquillement. Qu’ils oublient ce qu’ils subissent au quotidien et qu’ils étalent de jolies théories comme dans les livres. Comme si leurs vies leur laissaient le temps de lire des livres. Comme si les écoles étaient suffisamment égalitaires pour que tout le monde puisse s’extraire de la violence d’un bassin minier.

    J’ai eu de la chance, j’ai pu m’en extraire. Mais je n’oublie pas d’où je viens. Je n’oublierai jamais que je n’avais pas dix ans quand j’ai compris que j’allais devoir vivre dans un monde d’une violence extrême. Je n’oublierai jamais que si j’ai pour ma part d’autres outils que mes poings pour me défendre contre ce monde, ça n’est que par un gros coup de chance. Je n’oublierai pas non plus qu’aucun corps intermédiaire pacifique n’a jamais empêché qu’on malmène de pauvres travailleurs jusqu’à la mort pour eux et jusqu’à la pauvreté pour les leurs.

    Il n’y a sans doute pas grand-chose de constructif qui ressortira de cette violence. Mais rien de constructif n’est sorti de bien des années de silence et d’absence de violence. On ne crève plus de silicose parce qu’il n’y a plus de mines, mais des gens meurent toujours de l’amiante sans que personne n’ait rien à payer. Voilà où se trouve la violence. Quelques dégâts sur un monument à la gloire d’un tyran, c’est un épiphénomène. La violence subie au quotidien par nombre de mes compatriotes habituellement silencieux, c’est un phénomène social ancré, durable, institutionnalisé et dont se foutent complètement ceux qui s’insurgent pour quelques bagnoles de luxe cramées. Quand on maltraite toujours les mêmes depuis des générations, un jour, ils se rebiffent. Si ça vous dérange, il fallait y penser avant. Il fallait regarder dans les yeux ceux qui traînaient leur bouteille d’oxygène à petits pas et à qui personne ne lâchait de miettes de pognon de dingue. Si les choses ne deviennent pas incontrôlables cette fois-ci, ça sera une autre fois. Mais un jour ou l’autre, vous verrez vraiment la violence accumulée exploser. Et aucun de vos jolis discours pacifistes n’y changera rien.

    https://seenthis.net/messages/740536 via Agnès Maillard


  • La #prison est « un moyen onéreux de fabriquer de la délinquance » | Public Senat
    https://www.publicsenat.fr/article/debat/la-prison-est-un-moyen-onereux-de-fabriquer-de-la-delinquance-135988
    https://www.publicsenat.fr/sites/default/files/styles/pse_accueil_entete/public/thumbnails/image/087b0615e59e84ebf8ab7806cc41f105aff23c5b_1.jpg?itok=mSyvYLs0

    Pour Léa Grujon, qui dirige l’association « Chantiers Passerelles », il est d’abord nécessaire de développer les peines de travail d’intérêt général. Les fameux « TIG », créés en 1983 ne représentent aujourd’hui que 7 % des peines exécutées. Une alternative qui peut s’appliquer aux individus de plus de 16 ans condamnés pour des petits délits ou des contraventions de cinquième classe. Pour cette jeune femme engagée, la prison reste « un moyen onéreux de fabriquer de la délinquance » de plus elle favorise la récidive : 61 % après une peine de prison contre 34 % après un TIG, et coûte bien plus cher à la société qu’une peine de travail d’intérêt général. Encore faut-il qu’il y ait des places… Aujourd’hui le système montre ses limites faute de structures d’accueil, et de places suffisantes.

    https://seenthis.net/messages/740631 via Agnès Maillard


  • Sur le mouvement des #Gilets_jaunes - Temps critiques
    http://tempscritiques.free.fr/spip.php?article386

    La perte de légitimité de l’État-nation

    2 À partir de la fin des années 1970, les restruc­tu­ra­tions indus­triel­les et le pro­ces­sus de glo­ba­li­sa­tion/ mon­dia­li­sa­tion s’enclen­chent alors, dans ce qui n’est pas pour nous une contre-révolu­tion (il n’y a pas vrai­ment eu révolu­tion), mais une révolu­tion du capi­tal. Elle s’initie puis prospère sur les limi­tes du der­nier cycle de lutte de clas­ses et épuise la dyna­mi­que his­to­ri­que de l’égalité portée par l’idéologie uni­ver­sa­liste de la première bour­geoi­sie sou­te­nue par la classe ouvrière au sein de l’État-nation. Désor­mais l’équité rem­place l’égalité, la lutte contre les dis­cri­mi­na­tions rem­place la lutte contre les inégalités

    3 Des formes précapi­ta­lis­tes de rap­ports sociaux subor­donnés réémer­gent alors : les rela­tions socia­les (« le piston »), l’hérédité sociale, repren­nent de l’impor­tance à l’intérieur même du pro­ces­sus démocra­ti­que comme le montre la situa­tion dans l’éduca­tion où de plus en plus d’élèves entrent dans le cycle supérieur sans que le pour­cen­tage d’enfants d’ouvriers s’élèvent pour autant ; comme le montre aussi une aug­men­ta­tion des taxes qui, dans le système redis­tri­bu­tif français où 50 % de la popu­la­tion ne paie pas d’impôt sur le revenu, est la façon la plus directe de faire contri­buer les pau­vres, comme sous l’Ancien régime fina­le­ment. Toutes ces mesu­res sont à la racine de la révolte fis­cale actuelle. C’est d’autant plus injuste que contrai­re­ment à ce qui se dit sou­vent sur la part res­pec­tive de chacun à la pol­lu­tion, ce ne sont pas les moins aisés qui pol­lue­raient le plus (on accuse l’auto­mo­bile et le diesel), mais les plus riches. Tout cela est posé en termes indi­vi­duels comme si cela était du res­sort de chacun et non pas du rap­port social capi­ta­liste dans son ensem­ble. 

    4 D’après des sta­tis­ti­ques3 récentes, un cadre supérieur sera beau­coup plus pol­lueur et aura une empreinte car­bone supérieure (à cause sur­tout de ses loi­sirs supérieurs et des dépenses en essence bien supérieu­res, en valeur abso­lue, à un ouvrier ou une aide-soi­gnante, mais sa dépense en essence représen­tera une part pro­por­tion­nelle bien moins impor­tante de son budget en valeur rela­tive. Statistiquement en France, les 10 % les plus riches émet­tent quatre fois plus d’empreinte car­bone que les 50 % les plus pau­vres donc chaque foyer des 10 % des plus riches émet­tent vingt fois plus que les plus pau­vres alors que le mode de vie des plus riches (avions, gros­ses voi­tu­res, 4x4) est non seu­le­ment préservé, mais en voie de démocra­ti­sa­tion avec crédit et voya­ges low cost4. Ces données s’ins­cri­vent en faux contre l’image donnée des Gilets jaunes comme de gros beaufs pol­lueurs. Certes, ils accor­dent sûrement moins d’atten­tion idéolo­gi­que à l’écolo­gie que les cadres ou pro­fes­sions intel­lec­tuel­les, mais leurs pra­ti­ques sont moins contra­dic­toi­res que les leurs.

    5 L’aug­men­ta­tion de la CSG avait déjà eu cet effet de taxa­tion de tous (pau­vres comme retraités), mais comme toutes les taxes, elle est pro­por­tion­nelle et non pas pro­gres­sive avec donc elle n’a aucun caractère redis­tri­bu­tif, bien au contraire puis­que cer­tai­nes taxes tou­chent des pro­duits qui représen­tent une plus grande part du budget des famil­les en dif­fi­culté que des famil­les riches (c’est par exem­ple le cas de la TVA). Il ne faut donc pas s’étonner de voir des petits retraités dont beau­coup vivent mal le paie­ment de la CSG, être très actifs sur les bar­ra­ges, d’autant qu’ils ont le temps dis­po­ni­ble pour eux. C’est donc la fonc­tion sociale de l’impôt qui est remise en ques­tion du fait du sen­ti­ment de déclin des ser­vi­ces publics de proxi­mité au profit de leur contrac­tua­li­sa­tion (pres­ta­tions-clients, numérisa­tion) par­ti­culièrement évidente en ce qui concerne la SNCF, ce qui pro­duit une réaction indi­vi­duelle face à l’impôt fai­sant la balance entre ce qui est payé et ce qui est reçu. Toute soli­da­rité, même abs­traite, s’efface devant des réflexes indi­vi­dua­lis­tes qui se por­te­ront faci­le­ment vers et sur des boucs émis­sai­res.

    6 Si toute aug­men­ta­tion des prix sur des pro­duits de consom­ma­tion cou­rante a ten­dance à plus tou­cher les ménages à petit budget, les indi­vi­dus réagis­sent en général moins à ces mou­ve­ments de prix qui leur appa­rais­sent comme quasi natu­rels, au moins dans les pays capi­ta­lis­tes développés. Néanmoins, de plus en plus de prix leur appa­rais­sent comme des prix arti­fi­ciels soit parce qu’ils sont admi­nistrés par l’État et subis comme des prix poli­ti­ques entraînant une aug­men­ta­tion des dépenses contrain­tes, soit comme des prix de mono­pole imposés par les firmes mul­ti­na­tio­na­les et la grande dis­tri­bu­tion. Mais, hormis dans les DOM-TOM et encore aujourd’hui à la Réunion, ces prix sont rare­ment attaqués de front dans des émeutes popu­lai­res qui exis­tent pour­tant dans les pays pau­vres (Tunisie, Égypte). Il n’y a pas d’émeutes de la faim dans des pays comme la France et la lutte contre les prix s’avère indi­recte dans le cadre d’une lutte contre les aug­men­ta­tions de taxes qui appa­rais­sent sou­vent incompréhen­si­bles, du moins en France, vu le prin­cipe de non-affec­ta­tion. Il n’en faut donc pas plus pour que les Gilets jaunes et leurs sou­tiens refu­sent une taxa­tion soi-disant « verte » qui en fait ren­floue la caisse glo­bale de l’État qui ensuite seu­le­ment procède aux arbi­tra­ges budgétaires5. Question sociale et ques­tion envi­ron­ne­men­tale res­tent donc séparées, même si elles sont reconnues comme légiti­mes, car beau­coup de présents sur les bar­ra­ges ou dans les mani­fes­ta­tions refu­sent l’image de « beauf » qui leur a été collée et qu’ils res­sen­tent comme un mépris de caste si ce n’est de classe. Il n’empêche que la phrase énoncée dans les ras­sem­ble­ments : « Les élites par­lent de la fin du monde quand nous par­lons de fin du mois » est peut être la plus forte enten­due parce qu’elle consa­cre cette ten­sion.

    7 La révolte contre l’impôt ou les taxes ne peut donc être assi­milée au refus pur et simple exprimé par de nom­breu­ses cou­ches supérieu­res, pro­fes­sions libérales et autres petits patrons crou­lant sous les char­ges socia­les.

    8 D’où aussi des contes­ta­tions contre les nou­veaux « privilèges », et contre la paupérisa­tion de la vie quo­ti­dienne. Un autre argu­ment joue en faveur de cette thèse d’un soulèvement du peuple fédéré : la carte des révoltes et des soulèvements des Fédérés de l’été 17936 cor­res­pond assez bien à la carte des régions où les blo­ca­ges et les actions des Gilets jaunes sont les plus forts. Mais, là encore, la spécifi­cité de l’État français et de son cen­tra­lisme qui per­dure malgré la crise générale de la forme État-nation, empêche cette révolte de suivre la ten­ta­tion ita­lienne ou espa­gnole de l’auto­no­mie (Padanie) ou de l’indépen­dance (Catalogne) ou encore de la séces­sion européenne comme avec le Brexit7. Il n’empêche que le redéploie­ment de l’État-nation en État-réseau ne se fait pas d’un coup de baguette magi­que. La contra­dic­tion entre le ver­ti­ca­lisme cen­tra­liste de ce qui per­dure d’État-nation dans la ges­tion des rap­ports sociaux se heurte à la forme décen­tra­lisée que prend l’aménage­ment des ter­ri­toi­res. Une forme qui privilégie le dévelop­pe­ment des métro­po­les au détri­ment des villes peti­tes et moyen­nes qui se trou­vent dans le dilemme inso­lu­ble d’avoir à pren­dre plus de choses en charge avec moins de moyens. D’où le mou­ve­ment de démis­sions des maires qui se pro­duit aujourd’hui et un sen­ti­ment de solde pour tout compte qui fait resur­gir un « Peuple » qui n’a pas attendu Marine Le Pen où Mélen­chon et leur notion de « peuple cen­tral » pour être affirmé. Une notion qu’on retrou­vait déjà chez Arlette Laguiller dont on se moquait de la for­mule plus popu­laire que prolétarienne : « tra­vailleu­ses, tra­vailleurs, on vous exploite, on vous spolie8 » et qui semble assez proche de la per­cep­tion actuelle de beau­coup de mani­fes­tants qui ont à la fois l’impres­sion d’être exploités (chômage, CDD, allon­ge­ment des temps de trans­port) et spoliés par des taxes qui por­tent en soi l’injus­tice dans la mesure où elles tou­chent pro­por­tion­nel­le­ment davan­tage les pau­vres que les riches. C’est parce qu’ils sont arrivés à une grande connais­sance intui­tive de cette situa­tion d’exploi­ta­tion (qui ne passe pas par la case « cons­cience de classe ») que la radi­ca­li­sa­tion du méconten­te­ment n’épouse pas les formes d’orga­ni­sa­tion tra­di­tion­nel­les (par exem­ple syn­di­ca­les) et diffère dans sa com­po­si­tion sociale. Mais pour­quoi s’en étonner quand les restruc­tu­ra­tions du capi­tal ont liquidé les ancien­nes for­te­res­ses ouvrières et qu’on est bien loin de l’époque où domi­nait la figure de l’ouvrier-masse de Renault ou de Fiat. L’ouvrier de petite entre­prise, du bâtiment, des ser­vi­ces, l’employé du Mac Do trou­vent à cette occa­sion un lieu d’expres­sion de la révolte qui a du mal a existé sur des lieux de tra­vail frac­turés où les col­lec­tifs de tra­vail pei­nent à s’agréger. L’ancrage local des points de fixa­tion ren­force cette pos­si­bi­lité de ras­sem­ble­ment, hors des cadres struc­turés et ins­ti­tu­tion­na­lisés. Cette connais­sance intui­tive s’appuie sur le fait que la crois­sance des reve­nus en valeur abso­lue qui apparaît dans les sta­tis­ti­ques et qui est répercutée par les médias entre en contra­dic­tion avec une baisse du pou­voir d’achat à cause de l’aug­men­ta­tion des dépenses contrain­tes (char­ges fixes). Mais cette connais­sance intui­tive n’est pas sans matérialité objec­tive. En effet, si ce sont les habi­tants des régions rura­les et périur­bai­nes qui ont ten­dance à mani­fes­ter c’est aussi en rap­port avec un budget dédié à la « cohésion ter­ri­to­riale » qui vient d’être amputé de 1,4 Mds d’euros.

    9 Il y a conjonc­tion entre trois éléments, un « ça suffit » qui ne vise pas seu­le­ment Macron, comme avec le « Dix ans ça suffit » contre de Gaulle, en Mai-68, mais l’ensem­ble du corps poli­ti­que ; une exi­gence d’égalité, de jus­tice et de fra­ter­nité, même si on ne sait pas bien jusqu’où s’étend cette dernière, devant des rap­ports sociaux dont la dureté ne semble plus com­pensée par les acquis sociaux des années 1960-1970 et l’air de grande liberté (“libération”) qui l’accom­pa­gnait ; enfin des condi­tions matériel­les de vie sou­vent dif­fi­ci­les eu égard aux stan­dards en cours dans une société capi­ta­liste avancée.
    La soudaineté de l’événement

    10 Ce mou­ve­ment échappe aussi aux divers cor­po­ra­tis­mes qui ont pu être à la base d’autres mou­ve­ments plus anciens sou­vent désignés comme « inclas­sa­bles » comme l’était celui de Poujade (rat­taché aux commerçants et arti­sans avec l’UDCA9). La preuve en est qu’alors que les syn­di­cats de taxis et des trans­ports rou­tiers (FNTR) res­tent à l’écart ou même condam­nent le mou­ve­ment (la FNTR demande au gou­ver­ne­ment de dégager les routes !) puis­que ce sont des orga­ni­sa­tions qui ont négocié et obtenu quel­ques avan­ta­ges, de nom­breux rou­tiers et des chauf­feurs Uber sont aperçus sur les blo­ca­ges. Les rou­tiers jouant d’ailleurs sou­vent au « bloqué-blo­queur » et conseillant par­fois les novi­ces du blo­cage à déter­mi­ner les bons objec­tifs comme les dépôts d’essence (cf. Feyzin dans le Rhône, Fos-sur-Mer ou Brest). De la même façon, cer­tains s’aperçoivent que les blo­ca­ges des grands axes ont des réper­cus­sions sur l’appro­vi­sion­ne­ment en pièces pour les gran­des entre­pri­ses qui sous-trai­tent au maxi­mum. Ainsi, l’usine Peugeot de Montbéliard s’est retrouvée momen­tanément à l’arrêt.

    11 On assiste bien là à un sur­gis­se­ment événemen­tiel qui se situe en dehors des habi­tuel­les conver­gen­ces ou appels à conver­gence des luttes socia­les tra­di­tion­nel­les, parce qu’il pose, dans l’immédiateté de son expres­sion directe sa capa­cité à faire ras­sem­ble­ment10 en mêlant à la fois le caractère « bon enfant » et une grande déter­mi­na­tion. Il faut dire que beau­coup de mani­fes­tants en sont à leur première mani­fes­ta­tion. Ils s’éton­nent, naïvement de l’écart entre les enga­ge­ments for­mels à par­ti­ci­per qui pleu­vent sur les réseaux sociaux et le nombre rela­ti­ve­ment res­treint des présents sur les bar­ra­ges et aux mani­fes­ta­tions. Le fait de les inter­ro­ger sur leur absence ou indifférence aux mani­fes­ta­tions de ces dernières années les inter­lo­quent, mais ne les aga­cent pas tant ils ont l’impres­sion d’un dévoi­le­ment sou­dain, d’être à l’ori­gine de quel­que chose de nou­veau. Certains res­sen­tent bien la contra­dic­tion entre d’un côté le fait de rester calme et en même temps la nécessité de rester décidés et déterminés dans une ambiance qui ne peut tour­ner qu’à la confron­ta­tion (deux morts, 500 blessés, dont une ving­taine de graves, y com­pris chez un com­man­dant de police11) si ce n’est à l’affron­te­ment vio­lent (le 24 novem­bre à Paris). Il s’en suit un chan­ge­ment de posi­tion pro­gres­sif vis-à-vis des forces de l’ordre qui passe par­fois de la compréhen­sion mutuelle à l’invec­tive ren­forcée par le fait que le mou­ve­ment ne cher­che pas d’abord et avant tout à négocier et ne déclare pas ses points de blo­cage, qu’il développe des moyens de com­mu­ni­ca­tion par réseau et des moyens d’action qui sont plus ceux des asso­cia­tions que des grou­pes poli­ti­ques ou syn­di­cats (les « flash­mob12 », par exem­ple). De la même façon qu’une ligne de par­tage de classe ne par­court pas le mou­ve­ment (nous y revien­drons), les tenants de la ligne amis/enne­mis, comme ceux de la ligne droite/gauche en seront pour leur frais. Certains s’essaient à des varian­tes comme « la France d’en bas contre la France d’en haut » ou, plus ori­gi­nal, comme D. Cormand, secrétaire natio­nal d’Europe-écolo­gie-les-Verts qui retient la sépara­tion entre ceux qui crai­gnent la fin du monde et ceux qui crai­gnent la fin du mois13 ou une déloca­li­sa­tion et le chômage comme les salariés de Renault-Maubeuge qui ont eu le gilet jaune facile avant l’action du samedi 17 car l’exem­ple ne vient évidem­ment pas d’en haut, bien au contraire. La com­mu­ni­ca­tion gou­ver­ne­men­tale, par­ti­culièrement mala­droite parce que peu au fait des stratégies poli­ti­ques s’avère par­ti­culièrement contre-pro­duc­tive. Les phra­ses macro­nien­nes sur le fait de n’avoir qu’à tra­ver­ser la rue pour trou­ver du tra­vail ont fait plus pour réintégrer les chômeurs dans la com­mu­nauté vir­tuelle du tra­vail que tout popu­lisme de gauche. De même la phrase de cer­tains élus de la majo­rité sur les Gilets jaunes « de la clope et du diesel » a exprimé au grand jour que la ciga­rette n’était pas, pour l’État et le pou­voir une ques­tion de santé publi­que, mais de santé morale dans le monde asep­tisé dont ils rêvent14.

    La tarte à la crème de l’interprétation en termes de classes moyennes

    12 On ne sait pas encore si c’est « l’insur­rec­tion qui vient », mais comme dit Patrick Cingolani dans Libération du 21 novem­bre 2018, on a déjà « un peuple qui vient ». Il est tou­jours dif­fi­cile de savoir ce qu’est « le peuple », mais concept mis à part, faut-il encore que ce « peuple » ne soit pas celui cons­titué autour de l’iden­tité natio­nale, fut-elle de gauche qui clôture­rait le choix entre popu­lisme de droite et popu­lisme de gauche, mais un « peuple » qui se cons­ti­tue­rait dans le mou­ve­ment en dépas­sant la coexis­tence de différentes luttes et dans une sorte de coex­ten­sion.

    https://seenthis.net/messages/740658 via colporteur




  • « Une taxe sur les transactions financières pourrait remplacer tous les impôts actuels » - Le Temps

    https://www.letemps.ch/economie/une-taxe-transactions-financieres-pourrait-remplacer-impots-actuels
    https://assets.letemps.ch/sites/default/files/styles/share/public/media/2016/10/12/dd.jpg.png?itok=ESS7WoNZ

    Dans son dernier ouvrage*, Marc Chesney dresse un parallèle entre la Première Guerre mondiale et la crise financière de 2008. Pour le professeur de finance de l’Université de Zurich, une société civilisée vacille dans les deux cas. Aujourd’hui, une aristocratie financière a pris le pouvoir au détriment du reste de la population, dénonce-t-il, tout en proposant des solutions. Entretien.

    Lire aussi : « Un jour, nous nous demanderons comment nous avons pu vivre sans revenu universel de base »

    #finance #criminalité_financière #banque #capitalisme #impôts

    https://seenthis.net/messages/740620 via Reka


  • Un texte de Plenel sur les Gilets Jaunes et les enjeux :

    La révolte des « gilets jaunes » est un événement pur : inédit, inventif et incontrôlable. Comme tout surgissement spontané du peuple, elle déborde les organisations installées, bouscule les commentateurs professionnels, affole les gouvernants en place. Comme toute lutte sociale collective, elle s’invente au jour le jour, dans une création politique sans agenda préétabli, où l’auto-organisation est le seul maître du jeu. Comme toute mobilisation populaire, elle brasse la France telle qu’elle est, dans sa diversité et sa pluralité, avec ses misères et ses grandeurs, ses solidarités et ses préjugés, ses espoirs et ses aigreurs.

    Devant l’inconnu, la première responsabilité du journalisme est, avant de juger, de donner à entendre pour chercher à comprendre. C’est ce que Mediapart s’est efforcé de faire depuis le début en prenant le temps d’aller y voir, au plus près du terrain, rencontrant une diversité de motivations, de générations et de milieux, montrant l’implication inédite des retraités et la forte présence des femmes (lire notamment les reportages de Mathilde Goanec et François Bonnet). En ne se limitant pas à la chronique fait-diversière des incidents racistes, anti-migrants ou anti-journalistes, qui ont parfois émaillé et discrédité la mobilisation, nos reportages ont ainsi mis en évidence l’authentique conscience politique qui traverse cette révolte spontanée : d’une part, la perception aiguë de l’injustice sociale ; d’autre part, l’exigence forte d’une démocratie radicale.

    La question fiscale a servi de révélateur social. Tout un peuple a compris que le pouvoir sorti des urnes en 2017 assume sans vergogne une politique au bénéfice d’intérêts économiques socialement minoritaires. Emmanuel Macron a sciemment appauvri l’État au bénéfice des ultra-riches, tout en faisant peser sur les revenus du plus grand nombre les conséquences d’une politique de classe qui ruine triplement les solidarités : en affaiblissant les services publics de tous, en allégeant les impôts d’une minorité et en augmentant ceux de tous les autres. Largement documentée sur Mediapart (lire notamment les articles de Romaric Godin), la froideur des chiffres s’est soudain muée en chaleur des indignations.

    Le 2 août dernier, avant même que survienne la révolte des « gilets jaunes » contre la taxe carbone, le ministère des comptes publics publiait la situation du budget de l’État à fin juin 2018, soit à la moitié de l’année. Comme l’a d’emblée souligné Alternatives économiques, il en ressortait déjà qu’à périmètre constant, les recettes fiscales avaient reculé de 2,4 % par rapport au premier trimestre 2017, baisse qui, en volume, est en réalité de 4,5 %, si l’on tient compte de l’inflation, soit un trou énorme de 14 milliards d’euros sur l’année. Or ce recul est dû, et seulement dû, à l’injustice fiscale de la politique gouvernementale : tandis que les taxes qui pèsent sur le plus grand nombre ont continué d’augmenter, la chute des recettes fiscales vient des cadeaux faits aux entreprises et aux fortunés. À périmètre constant, entre le premier semestre 2017 et le premier semestre 2018, leur recul est de 10,5 % pour l’impôt sur les sociétés et de carrément 39 % pour l’impôt de solidarité sur la fortune, supprimé pour un impôt sur la fortune immobilière, les droits de succession et l’imposition du capital !

    Les « gilets jaunes » ne se révoltent pas contre l’impôt mais contre son injuste répartition. La meilleure preuve en est qu’ils demandent des services publics dotés et accessibles, défendent à leur tour ce qui fait tenir ensemble une société – des écoles, des hôpitaux, des commissariats, des transports, etc. Comme tout un chacun, ils savent que ces services publics sont financés par l’impôt, cette « contribution commune indispensable » dont la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 rappelait déjà, en son article 13, qu’« elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés ». Ce qui n’est plus supportable, c’est qu’elle soit, tout au contraire, inégalement répartie. Ce qui n’est pas admissible, c’est que le peuple acquitte de plus en plus d’impôts, alors même que l’État réduit les services qu’il lui rend, à cause de l’ampleur considérable des cadeaux fiscaux consentis aux entreprises et aux très riches.

    L’autre lucidité politique portée par cette révolte concerne le déni de démocratie. L’usage égalitaire des réseaux sociaux, le refus des récupérations partisanes, la volonté de filmer les rencontres avec les autorités, l’élaboration collective de cahiers de doléances, l’invention spontanée de nouveaux modes d’action, etc. : autant de symboles d’une exigence démocratique nouvelle, quelles que soient les tensions ou les contradictions qui la traversent. Soudain, le peuple s’empare de la question institutionnelle qui, dès lors, prend vie et corps au-delà des programmes politiques et des colloques savants. Par l’évocation de référendums, l’exigence de concertation, la demande de délibération, les « gilets jaunes » disent que la démocratie ne se réduit pas au droit de vote. Et qu’une démocratie où le peuple souverain perd tout pouvoir une fois qu’il a voté, congédié du débat politique et invité à faire silence, n’en est plus une.

    Cette exigence radicalement démocratique affronte de plein fouet l’aveuglement monarchique de la présidence Macron (lire l’analyse d’Ellen Salvi). Après s’être faite sur la promesse d’une « révolution démocratique profonde » (sic), l’improbable élection d’un outsider de la politique professionnelle s’est traduite par une accentuation des pires travers de cette dernière sous la Ve République : pouvoir d’un seul se comportant en propriétaire de la volonté de tous ; personnalisation autoritaire de la décision politique autour du « moi » présidentiel ; majorité soumise aux désirs, erreurs et errements du monarque élu, jusqu’à tolérer l’affaire Benalla ; clientèle d’intérêts privés largement récompensée par une présidence absolutiste qui s’en fait la fondée de pouvoir au détriment de l’intérêt commun.

    Emmanuel Macron n’est évidemment pas le premier président à illustrer cette régression démocratique. Mais deux caractéristiques de sa présidence aggravent son cas, au point de nourrir un rejet passionnel et virulent qui évoque, alors qu’il est encore au début de son quinquennat, la toute fin de la présidence de Valéry Giscard d’Estaing (1974-1981). Ce sont d’abord les circonstances de son élection face à l’extrême droite : au lieu de prendre en compte le sens de ce vote (nous le lui avions rappelé avant son élection), qui n’était pas d’adhésion massive mais d’obligation contrainte, au lieu de tenir compte de sa diversité et de ses contrastes par une pratique participative et délibérative du pouvoir, il s’est comporté comme si son socle de 18 % des électeurs inscrits du premier tour lui donnait un chèque en blanc pour agir, fût-ce au détriment des 82 % restants (nous le lui avons de nouveau rappelé un an plus tard).

    À cette inconscience irresponsable, tant pour l’avenir elle fait, de nouveau, le jeu de l’extrême droite, s’est ajouté un exercice personnel du pouvoir tissé de morgue et de mépris. S’il va volontiers au contact, ce président-là ne peut s’empêcher d’y faire la leçon. Il prétend savoir par avance, et mieux que les premiers concernés, ce qui est bon pour le peuple, qu’il évoque souvent comme s’il lui était extérieur, sinon étranger – ah, ces « Gaulois réfractaires » ! Cumulant mépris de classe – les plus riches – et de caste – les plus diplômés –, il incarne, par son comportement dans l’exercice du pouvoir, une politique de l’inégalité où il y a des supérieurs et des inférieurs, des esprits forts et des volontés faibles, des inclus et des exclus, des vernis et des malchanceux. L’idéologie de la réussite individuelle, au détriment des solidarités collectives, épouse l’hybris d’une aventure personnelle, cette démesure qui ne s’autorise que d’elle-même.

    Du terrain fiscal – la question sociale – au débat politique – la question démocratique –, le mouvement des « gilets jaunes » renouvelle l’exigence d’égalité qui a toujours été le ressort des combats émancipateurs. Le 10 décembre prochain, on fêtera l’adoption à Paris, il y a 70 ans, de la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont l’affirmation préalable que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits » se traduit en exigences démocratiques et sociales déclinées en 30 articles. Ce droit d’avoir des droits, de les défendre, de les revendiquer et de les inventer, ouvre en grand les possibles politiques, déplaçant des montagnes de conservatisme, bousculant des siècles de préjugés, renversant des dominations qui se croyaient inébranlables. Car c’est un énoncé sans frontières qui se dresse face à tous les tenants des inégalités naturelles : sans distinction d’origine, de condition, d’apparence, de croyance, de sexe ou de genre, nous sommes égaux en droits et en dignité.

    Selon sa traduction politique, ce « n’importe qui » démocratique est au cœur de l’avenir du mouvement des « gilets jaunes ». La sympathie active que lui déclarent droites et extrêmes droites entend l’entraîner vers une égalité trahie, celle où ne sont concédés des droits qu’à celles et ceux qui nous ressemblent, dans l’entre-soi des identités closes et fermées, repliées sur elles-mêmes, excluant les autres dans la diversité des préjugés – xénophobes, racistes, sexistes, homophobes, etc.

    À l’inverse, les convergences revendiquées par les mouvements sociaux dans leur pluralité plaident pour un surgissement des causes communes de l’égalité : salariés en lutte, comme le sont ces temps-ci les infirmières et les travailleurs des raffineries ; étudiants et lycéens contre l’augmentation des frais universitaires ; femmes de #NousToutes contre les violences sexistes et sexuelles ; populations discriminées en raison de leur origine, de leur apparence ou de leur croyance, à l’instar du mouvement #RosaParks ; gays et lesbiennes pour l’ouverture de la PMA à tous ; solidaires et hospitaliers en défense de l’accueil des migrants, etc.

    L’avenir n’est pas écrit, tant ici l’événement est maître, sans avant-garde autoproclamée ni appareil dominant. Mais, plutôt que de tenir à distance cet inédit qui les déborde et les dépasse, tous les tenants d’une République démocratique et sociale devraient mener cette bataille de l’égalité auprès des « gilets jaunes » et avec eux. S’abstenir, rester spectateur ou dubitatif, en retrait ou en réserve, ouvrirait encore plus la voie aux forces de l’ombre qui, aujourd’hui, en France et en Europe, comme à l’échelle du monde entier, entendent remplacer l’égalité par l’identité, le droit de tous par le privilège de certains.

    https://seenthis.net/messages/740517 via Agnès Maillard


  • Ils ont plongé le monde dans la crise

    https://www.pltv.fr/ils-ont-plonge-le-monde-dans-la-crise

    Mardi 4 décembre 2018 à 20h50 sur France 5 dans Le Monde en Face

    C’est une histoire d’argent, de pouvoir et d’impunité.

    https://vimeo.com/300700635

    Dix ans après la crise financière, les langues se délient. Un criminel en col blanc passe aux aveux et raconte de l’intérieur cette période qui a changé notre monde pour le pire.

    Ce documentaire est une plongée dans la tête des gangsters de la finance, un polar qui entraîne le spectateur dans la mécanique qui conduit à devenir un criminel en col blanc. Il démontre aussi comment le système utilise certains d’entre eux. Il donne la parole à leurs proches, aux insiders qui les ont côtoyés, à ceux qui ont été au coeur de la tempête.

    Au-delà de destins hors du commun, ce film raconte l’histoire des dérives de la finance de ce début de siècle et leurs conséquences dramatiques pour les citoyens. Dans ce monde, la vérité ne compte pas.

    Résumé

    LE CONDAMNÉ

    Philip Baker, 54 ans, est l’un des rares à avoir fait de la prison au lendemain de la crise financière. Il a été condamné à 20 ans de réclusion par la justice américaine. « Je suis un criminel » reconnait-il. En 2007, patron d’un fond spéculatif, il gagnait des millions de dollars. Un jackpot qu’il a décroché en mentant et en trichant. Aujourd’hui sorti de prison après un accord avec la justice américaine, Philip Baker se confesse et raconte la mécanique qui l’a conduit au crime. « Je n’étais pas un assez gros poissons » ajoute-t-il. « Les gros poissons s’en sortent. »

    LE PARRAIN

    Les gros poissons sont à Wall Street. Chez Lehman Brothers, l’un des piliers de la finance mondiale, le patron Richard Fuld a conduit la banque d’investissement à la banqueroute. Et il en a tiré profit. Entre 2002 et 2007, il empoche 530 millions de dollars. Le château de carte a fini par s’effondrer mais Richard Fuld, qui laisse des millions de victimes, n’a jamais été poursuivi.

    LE BOUC ÉMISSAIRE

    L’impunité des puissants domine le monde de la finance. Et cela a continué après la crise. Le « Liborgate » a été qualifié de « crime du siècle ». Le Libor est un taux de référence interbancaire qui peut faire monter ou descendre les valeurs de produits financiers. Plusieurs traders ont récemment été condamnés à de la prison ferme pour avoir truqué ce taux, augmentant ainsi leurs bonus. Mais ces traders n’étaient que l’instrument d’un système. Alex Pabon, l’un d’entre eux, a décidé de parler pour raconter comment sa banque l’a utilisé comme bouc émissaire pour masquer ses propres fautes.

    #finance #criminalité_financière #banque #capitalisme #impôts

    https://seenthis.net/messages/740627 via Reka



  • Gilets jaunes : ne croyez pas la télé !
    André Gunthert 2 décembre 2018 - 9 h 06 min

    Les préoccupations de décompte du nombre de manifestants sont totalement obsolètes. Car l’occupation spatiale des gilets n’a rien à voir avec le regroupement en bataillon d’une foule sur une avenue. Si la métaphore guerrière pouvait venir à l’esprit, c’était plutôt dans sa dimension tactique. Malgré ou plutôt à cause des blocages policiers, la signature visuelle des gilets jaunes se déplaçait sans cesse, en petits groupes mobiles, inscrivant sa souveraineté sur le territoire parisien, franchissant la Seine sans souci des itinéraires balisés, et venant interrompre la circulation à la vitesse de l’éclair, malaisément suivie par le cordon policier.

    Qu’on était loin de l’obéissance syndicale, incarnée par le respect du tracé préfectoral Bastille-Répu, et par la pression des rangées de CRS venues intimider les manifestants. Grâce à cette mobilité tactique, hier, ce qui sautait aux yeux, c’est que les gilets jaunes avaient pris Paris.

    #giletsjaunes #médias #police #tactiques #répression #syndicats #gilets_jaunes #harcèlement #cortègedetête #province #campagne #nasse #techniques_policières #répression #précariat #salariat

    http://imagesociale.fr/6807?subscribe=error#blog_subscription-3

    https://seenthis.net/messages/740485 via kaparia


  • Des millions de Chinoises abandonnées veulent retrouver leurs parents Michael Peuker/lan - 2 Décembre 2018 - RTS
    https://www.rts.ch/info/monde/10029216-des-millions-de-chinoises-abandonnees-veulent-retrouver-leurs-parents.h

    En 30 ans, des millions de petites filles chinoises ont été abandonnées, conséquence de la politique de l’enfant unique. Beaucoup d’entre elles veulent aujourd’hui retrouver leurs racines. Reportage dans le village de Zhouning, où une association tente de les réunir avec leurs parents.

    Des centaines de personnes se sont réunies un matin d’octobre dans cette petite bourgade de montagne de la province de Fujian pour tenter de retrouver un proche. 
    https://i.f1g.fr/media/figaro/orig/2018/11/14/XVMa37e5588-e805-11e8-8153-2865416f6db8.jpg
    Entre des parents en pleurs, des volontaires distribuent des photos de jeunes femmes comportant diverses données : âge, domicile et lieu d’adoption.

    Beaucoup sont venus dans l’espoir de retrouver une fille à l’occasion de la manifestation organisée par « les filles de Changle », une association visant à réunifier les familles.

    Et parfois, cela fonctionne : sur une estrade flanquée de deux énormes haut-parleurs, un couple âgé, hagard, fait face à une jeune femme en pleurs. Tremblante et émue, Zheng Qiuqing remercie l’association. Elle vient de retrouver ses parents qu’elle a recherchés des années.

    D’autres n’ont pas cette chance. Yuan Shulan espère : « je ne sais pas si ma fille va venir ou non aujourd’hui. On me l’a enlevée à 23 jours à cause du contrôle des naissances ».

    Chen Xuxiong n’a pas non plus retrouvé ses parents. Elle sait que ses parents sont là, mais ils ne se sont pas manifestés : « J’ai envie de leur dire que je ne leur en veux pas et que j’aimerais les accompagner le reste de leur vie. Rien de plus. S’ils ont peur de se faire connaître et de me rencontrer, c’est pas grave, j’attendrai qu’ils soient prêts ». 

    Tests ADN
    A l’écart de l’estrade, des hommes grisonnants font la queue devant une petite tente. Ye Sunxiao en ressort en rabattant la manche de sa chemise : « J’ai donné mon ADN pour retrouver ma fille. Ils m’enverront un rapport sous peu. Je la cherche depuis longtemps et je vois dans ce test une vraie opportunité. Ça coûte presque 100 francs. Si ça me permet de la retrouver, c’est rien du tout. Si on ne la trouve pas, c’est une grosse perte ».

    Mr Chen a aussi fait le test : "La politique de l’enfant unique marque des années très sombres en Chine. Quelqu’un est venu prendre ma fille. L’officiel du village a menacé de démolir ma maison si je ne la donnais pas. A l’époque c’était comme ça. Ils démolissaient ta maison et t’envoyaient en prison. Ils ont aussi tenté de stériliser de force. Mais il me fallait des fils pour faire le travail. Les filles qu’on a eues, on les a abandonnées pour pouvoir continuer d’essayer d’avoir un garçon

    Contrôle des naissances
    Trafic d’être humains, avortements ou stérilisations forcées sont quelques-unes des conséquences liées au contrôle des naissances.

    Cette politique ayant été assouplie en 2015, le gouvernement tente aujourd’hui de tourner la page et soutient diverses plate-formes de recherche des familles, dont celle que préside He Zhincong : « A Zhouning, dans les années 70, 80 et 90, 6000 fillettes ont été mises en adoption. A l’époque, les gens ici étaient très pauvres. La vie était difficile. Et pour être honnête il y a aussi le poids des traditions : ici les familles valorisent les garçons, alors les filles étaient abandonnées ».

    #Chinoise #enfants #Fillettes #Femmes #Chine #enfant_unique #ADN

    https://seenthis.net/messages/740466 via BCE 106,6 Mhz



  • https://dicodoc.files.wordpress.com/2018/10/temps-de-forc3aats1.jpg?w=1200

    Le temps des forêts de François-Xavier Drouet, un documentaire hautement recommandable tant par sa force cinématographique tranquille et les questions qu’il pose et la manière très efficace avec laquelle il met certains de ses protagonistes en face de leurs contradictions.

    Hier soir à la rencontre au Kosmos à Fontenay il a mentionné des extraits supplémentaires du film en ligne, mais je ne parviens pas à mettre la main dessus.

    Et sinon la bande-annonce est plutôt pas mal faite :

    https://vimeo.com/281983111

    ping @odilon

    https://seenthis.net/messages/740356 via Philippe De Jonckheere


  • Paris, hier.
    https://www.mediapart.fr/journal/france/011218/les-gilets-jaunes-debordent-dans-les-rues-de-paris

    « La mobilisation parisienne a tourné en manifestation sauvage, se mêlant parfois au défilé syndical de la CGT, mais elle fut surtout rejointe par des militants de tous horizons, pour finir dans un nuage de lacrymogènes au centre de la capitale.

    Cette fois, c’était promis, les choses se passeraient dans le calme. Ce samedi 1er décembre à Paris, le dispositif policier serait à la hauteur, et la capitale ne connaîtrait pas les scènes d’émeutes qui ont marqué les Champs-Élysées samedi 24 novembre. Le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, avait évoqué des points d’entrée rigoureusement contrôlés par les policiers, qui devaient fouiller les sacs et ne laisser passer que des manifestants pacifiques, pour garantir sérénité et sécurité aux « gilets jaunes », appelés à manifester sur les Champs-Élysées pour le troisième samedi consécutif, à 14 heures.

    Rien de tout cela ne s’est produit. La situation a dégénéré dès 10 h 30, quand les forces de l’ordre utilisaient déjà à plein gaz lacrymogènes et canons à eau, dans des situations guère éloignées de la guérilla urbaines (lire notre reportage près de la place de l’Étoile). Vers 11 heures du matin, Christophe Castaner en était déjà réduit à donner le chiffre ubuesque de « 200 manifestants pacifiques et 1 500 perturbateurs », alors que les personnes qui s’en prenaient au même instant aux forces de l’ordre ne pouvaient pas, loin de là, êtres rangées dans la classique catégorie des casseurs, qu’ils soient issus des Blacks blocs ou de l’extrême droite (même si certaines de ses figures étaient présentes).

    À 18 heures, le gouvernement annonçait 75 000 manifestants dans toute la France, mais aucun dispositif cohérent n’aura été en mesure de compter le nombre de « gilets jaunes » ou de syndicalistes parcourant Paris. Au fil des heures, des milliers de manifestants se sont retrouvés en de nombreux points de la capitale, un peu partout dans une bonne moitié de la rive droite. La préfecture de police de Paris dénombrait en fin de journée une centaine de blessés, dont 14 parmi les forces de l’ordre, un fusil d’assaut volé dans une voiture de police et 263 interpellations.

    En conséquence des sérieux affrontements qui ont opposé manifestants et forces de l’ordre du début de la matinée à la fin de l’après-midi sur les Champs-Élysées, des centaines et des centaines de « gilets jaunes » ont été refoulés lorsqu’ils ont voulu rejoindre le point de rendez-vous prévu. L’après-midi qui a suivi a donné lieu à de très inhabituelles séances de déambulations collectives dans les rues de Paris, traversées de brusques accès de tension, de scènes de panique, de débordements divers, mais aussi de quelques rencontres improvisées avec les manifestants plus aguerris qui avaient prévu de mener leurs cortèges dans l’après-midi, soit avec, soit à côté des « gilets jaunes ».

    À 13 heures, devant le parvis de la gare Saint-Lazare, un soutien est déjà en train de taguer « Justice pour Adama » sur des bâches de plastique jaunes. Autour de lui, des membres du désormais célèbre collectif contre les violences policières, des syndicalistes, des « gilets jaunes » de la région parisienne ou des militants de la première heure du mouvement social, qui se sont donné rendez-vous là en début de semaine, mais sont déjà un peu perdus.

    « Les “Nuit debout”, ils sont où ? interroge une vieille dame. C’était dur de choisir où aller ce matin… » « De toute façon, c’est le bordel partout, lui répond son compagnon. Sur les Champs-Élysées, ils sont au régime “canons à eaux” depuis trois heures… » Janos, un Franco-Hongrois, peste contre la scission du mouvement anti-raciste entre Nation (où défile le mouvement Rosa Parks) et Saint-Lazare. Julien peste lui contre la scission du mouvement social entre la CGT à Bastille et les « gilets jaunes » partout ailleurs. « Il y a une fenêtre qui s’ouvre là, faut y aller ! »

    Comme cela a été régulièrement constaté ces trois semaines dans cette mobilisation, des primo-manifestantes sont également présentes, hôtesses d’accueil, aides-soignantes, profs… « Je peux pas faire grève. J’élève seule mes trois enfants. Mon travail, c’est tout ce qu’il me reste, explique Rahma. Venir le samedi, c’est la seule manière pour moi de montrer ma colère. » Les banderoles des unes et des autres se déploient, celles des étudiants de Tolbiac, celle rose potache du CLAQ (Comité de libération et d’autonomie queer) et bien sûr celle du comité Adama. Le plan jusque-là est toujours de se diriger le plus possible vers les Champs-Élysées, pour rejoindre le gros des « gilets jaunes ».

    De fait, rien ne se passera comme prévu. Car ce sont les « gilets jaunes » qui viennent chercher Saint-Lazare. Des centaines d’entre eux déboulent du boulevard Haussman au son de « Macron démission ». L’objectif, saisi à la volée, semble être le Louvre, mais le cortège se forme et se reforme, au fil des rues commerçantes du centre de Paris. « On va se faire un petit “Black Friday” » lance en criant un participant, pour rire, en passant tout près des grands magasins tout illuminés.

    « On s’est fait gazer ce matin, et depuis, on suit le mouvement, expliquent des amis « gilets jaunes » venus de Dordogne. Aucun ne connaît Paris et ils marchent presque en touristes. « Il paraît même qu’on peut visiter », dit l’un d’entre eux, en arrivant devant l’Opéra. L’avenue est noire de monde jusqu’au Louvre. Il est 14 heures et la mobilisation des « gilets jaunes » à Paris s’est déjà transformée en une grande manifestation sauvage dans les rues de la capitale. « Les flics doivent être débordés, on en voit pas un seul… Personne ne nous arrête ! » s’étonne un cheminot de la CGT. Les clients du très chic Café de la paix sont sidérés, alors que les voitures s’arrêtent, pour laisser passer la foule.

    Des rues s’échappent des « grève générale ! », des « anti, anti-capitalistes ! » et autres « tous ensemble ! », slogans connus des cortèges de tête syndicaux de ces dernières années. Sauf que les « gilets jaunes » sont partout et font la masse. Comme cet ingénieur automobile, « très, très en colère », de la région parisienne, qui défile seul, ayant perdu ses compagnons en route. « Le diesel, ça fait 20 ans que l’on sait que c’est dangereux. Qui nous a poussés à en bouffer à toutes les sauces ? On crache du CO2, mais on coupe les arbres à tour de bras, de qui se moque-t-on ? Moi je veux aller à l’Élysée, pour lui dire, droit dans les yeux, à Macron, que ce n’est plus possible de continuer comme ça. »

    Sauf que la déambulation dans les rues de Paris se complique, une partie des forces de l’ordre désertant manifestement les Champs-Élysées pour tenter de remettre de l’ordre dans le centre de Paris. Car les manifestants marchent au milieu des cars de touristes, des passants des paquets plein les mains, des familles, qui regardent (et filment) le cortège, certains derrière les grilles du marché de Noël, installé dans le jardin des Tuileries.

    Les « gilets jaunes », souvent non familiers de la capitale, virent des bords, ne sachant guère ou aller, et la plupart des accès pour sortir du quartier sont désormais bloqués par les gendarmes mobiles. « Faut pas partir à Bastille, il n’y a personne là-bas ! » crie un jeune homme, très équipé, avec masque à gaz, sweat-shirt noir et gilet jaune. Il essaie de dévier le flux vers la cour du Louvre, sans grand succès. Une partie des manifestants décide néanmoins de tenter de rejoindre l’autre mouvement du jour, le défilé CGT.

    Le syndicat avait en effet annoncé sa traditionnelle manifestation des précaires et des privés d’emploi depuis des semaines, entre la place de la République et celle de la Bastille, et a finalement attiré bien au-delà des militants qui participent classiquement à ce défilé. Dans le métro arrivant place de la République, des dizaines de « gilets jaunes » peuplent les rames qui arrivent régulièrement. Certains sortent à l’air libre, vers un espace libéré des gaz lacrymos, d’autres repartent, direction les Champs-Élysées, tous chantent « Macron, démission ! » Au départ du cortège, on trouve aux côtés des gilets rouges syndicalistes, de très nombreux gilets jaunes, pas seulement frappés du logo CGT.

    « Ici, c’est les pas-contents organisés, on se fera moins casser la gueule ! » rigole Franck, qui a entamé la conversation avec Marité, René et Magali, qui ne se connaissaient pas dix minutes plus tôt, mais qui ont vécu la même séquence d’événements et font les mêmes récits que leurs homologues ayant fui vers les grands boulevards.

    « On est venus ce matin aux Champs-Élysées et, lorsqu’on a voulu approcher des points d’entrée, on a immédiatement été inondés de lacrymogènes, déjà 300 mètres avant les checkpoints », raconte Franck, venu de Seine-et-Marne. La colère à peine contenue, il lâche que « Macron, il laisse gazer son peuple, comme Bachar el-Assad ! »

    Marité, retraitée venue de Rosny-sous-Bois, répète encore et encore : « Je demande pardon d’avoir voté Macron, je me dénonce devant la CGT ! » Elle a travaillé 42 ans, son mari 44, ils touchent à deux 2 900 euros de retraite et ne décolèrent pas. Elle détaille la pancarte qu’elle porte sur le dos : « En 2018, la hausse de la CSG nous a fait perdre 460 euros, et l’abattement de 30 % de la taxe d’habitation nous a rapporté 410 euros, c’est une perte nette de 50 euros ! »

    Longtemps après que les manifestants de la CGT, accompagnés de cortèges de Sud et de la FSU, ont quitté la place, des « gilets jaunes » arrivent à République, y restent quelque temps, puis repartent. Stéphane, Morgane et Marion viennent eux aussi de Seine-et-Marne. « On est venus, mais on ne savait pas où se poser. Aujourd’hui, c’est un peu partout dans Paris », glisse Stéphane. « On voulait être présents, mais sans être assimilés aux casseurs des Champs-Élysées », indique Morgane.

    En quelques minutes de conversation, les trois amis dénoncent les travaux pour la piscine au fort de Brégançon, la rénovation de la salle des fêtes de l’Élysée, la taxe carbone, « qui ne sert presque pas à la transition écologique », « les efforts qu’on demande toujours aux mêmes, aux petits », et dénoncent même les allocations obsèques offertes aux députés, « alors que toi, tu dois prendre un crédit pour payer le cercueil de ta grand-mère ». Les dents serrées, Morgane lance une phrase dont on entend des déclinaisons depuis le début du mouvement, un peu partout en France : « Marie-Antoinette s’est gavée elle aussi juste avant la Révolution. Et on lui a coupé la tête. »

    Dans le cortège de la manifestation CGT, on retrouve les marqueurs habituels de ce type de défilé. La sono envoie du Bernard Lavilliers, les slogans dénoncent la réforme de l’ISF et appellent à « éradiquer la pauvreté, [car] il n’y a pas de fatalité ! » Mais le speaker au micro du petit carré de la CGT Seine-et Marne répète aussi, dans un français fautif mais terriblement explicite, « Convergeons la colère ! »

    Pour converger, au milieu des militants syndicaux, Laurent, salarié d’Air France, a décidé de poser un jour de grève. « Je suis pour que les luttes se mettent ensemble et pour une fois, on voit que pas mal de gens, de colères, s’agrègent, s’enthousiasme-t-il. Alors, je me suis dit que suivre la CGT était pas mal, elle qui connaît bien la lutte sociale. »

    À ses côtés, une jeune femme décidée et tout de noir vêtu ne veut pas donner son prénom mais se revendique « anonyme parmi les anonymes » : « Je suis salariée d’un grand groupe français, je rejoins le mouvement de ceux qui en ont marre de tout, je veux qu’on me respecte, qu’on m’écoute. Avec le même salaire, il y a dix ans, je vivais beaucoup mieux, aujourd’hui, je m’en sors tout juste. »

    Au hasard des rues, entre République et Nation, des « gilets jaunes » auront aussi pu croiser le cortège du collectif Rosa Parks, qui avait choisi de longue date ce samedi pour manifester contre « le racisme et le néolibéralisme ». Fort de seulement quelques dizaines de personnes à Nation à 14 heures, le défilé a atteint un millier de participants une heure plus tard en arrivant place Léon Blum, devant la mairie du XXIe arrondissement. On y trouve quelques figures connues, l’organisateur Omar Slaouti, la militante antiraciste Sihame Assbague, la figure des Indigènes de la République Houria Bouteldja, l’historienne Ludivine Bantigny.

    Les slogans, explicites, dessinent les combats de ces hérauts de l’antiracisme opposés à « l’universalisme » défendu par de nombreux intellectuels français : « La loi contre le voile, contre la burqa, on n’en veut pas ! Les “Je suis Charlie”, on n’en veut pas ! Les Badinter, les Fourest, les Finkielkraut, on n’en veut pas ! L’islamophobie, ça suffit ! »

    Une belle place est faite à l’association Droit au logement, aux adversaires de la Françafrique, à la coordination des sans-papiers, dont les slogans sont acclamés. Éric Beynel, le co-porte parole du syndicat Solidaires, est dans les rangs pour démarrer son après-midi, avant de se rendre ailleurs dans les rues de Paris. « On sent une vraie révolte, constate-t-il. Et l’absence de réponses concrètes du gouvernement et du président ne peut qu’entretenir cette révolte. »

    Retour vers Concorde, où des médias télé se font huer. « Usurpateurs », crient les manifestants, furieux d’être assimilés, selon eux, à des casseurs, alors que les premiers chiffres circulent sur la mobilisation du jour à Paris. « On voulait aller calmement manifester. Je suis venu en train, j’avais ma carte d’identité dans la poche. On s’est pris tellement de lacrymos qu’on a détalé comme des lapins », raconte un « gilet jaune » d’une cinquantaine d’années. Il sort une cartouche en caoutchouc de sa poche : « Voilà ce qu’on s’est pris, des tirs de Flash-Ball ! C’est qui les casseurs ? » Deux femmes, qui cherchent encore dans quel sens aller, opinent du chef.

    Et alors que le ciel au-dessus de la grande roue se noircit de la fumée des voitures incendiées, au point de friction entre les plus remontés et les forces de l’ordre, et que l’air sature à force de gaz lacrymogènes, certains poursuivent leurs discussions, imperturbables : « Si on lance un processus de destitution, ça peut faire avoir un effet », assure l’un, quand une autre se lamente : « Notre problème, c’est que nous ne sommes manifestement pas d’accord sur tout. Je ne vous connais pas mais j’imagine qu’on n’a pas voté pareil… Mais ce qui nous rassemble, c’est quand même que tous ici on trouve anormal de ne pas pouvoir vivre correctement avec un Smic, non ? » Un homme et sa belle-sœur, venus de l’Oise par le train de l’après-midi, laissent filtrer leur amertume et leurs idées politiques : « Il n’y a pas beaucoup de migrants avec nous ici, pourtant, avec tout l’argent qu’ils touchent ! »

    La réponse des forces de l’ordre finit par porter ses fruits et les « gilets jaunes » côté Concorde se dispersent à nouveau dans les rues adjacentes, vers 17 heures. Les gens courent dans tous les sens. Une passante demande, innocemment, rue Caumartin, qu’on lui indique où se trouve l’hôtel du Ritz, des paquets dans les mains. « Alors là, madame, pour le Ritz, ça va être compliqué… », répond le seul non-« gilet jaune » du trottoir. Sur Haussmann, que l’on avait quitté deux heures plus tôt, la situation s’est considérablement tendue. Des camions de CRS barrent le boulevard et les consignes sont donnés par mégaphone : « Dispersez-vous. Les personnes repérées en train de jeter des projectiles s’exposent à des tirs de gaz lacrymogènes. »

    Vers 16 h 30, alors que le crépuscule arrive déjà, l’ambiance devient à contrario étrangement calme place de la Bastille. Les bataillons syndicaux du cortège CGT ont disparu depuis une bonne heure. Mais des grappes de « gilets jaunes », une petite centaine peut-être, sont répartis sur toute la place, avec un attroupement prononcé au milieu du rond-point, sous la colonne de Juillet. Pas un policier en vue pendant de longues minutes, alors qu’au croisement avec le boulevard Henri IV, certains manifestants ont profité d’une rue en travaux pour monter une barricade très étendue.

    Soudainement, plusieurs cars de police arrivent et la tension monte d’un cran. À peine débarqués et sans ménagement, les policiers chassent les « gilets jaunes » de leur position sous la colonne, dans un grand nuage de lacrymos. Ils se tournent ensuite vers ceux qui tiennent la barricade. L’incompréhension est totale de la part des manifestants qui observent la scène : « Nous, on est pacifiques, et ils viennent pour nous dégager… Comme ça, ça fait des images pour BFM, voilà », glisse l’un d’eux, avant de tourner les talons, à la recherche d’un autre lieu de rassemblement.

    Et la journée n’est pas finie : plusieurs magasins, dont les Galeries Lafayette et le Printemps, ont été évacués en fin d’après-midi. Selon Le Monde, des personnes s’en sont pris en début de soirée au palais Brongniart, qui accueillait autrefois la Bourse de Paris, dans le IIe arrondissement parisien. Selon les constatations de journalistes sur place, des vitrines sont brisées et des boutiques pillées rue de Rivoli. En début de soirée, les policiers semblaient reprendre le contrôle de la place de l’Étoile, où des centaines de manifestants étaient encore présents. Les barricades montées au nord de la place de la Concorde étaient en cours de démontage. La maire de Paris a fait part de sa « profonde indignation » face aux violences dans la capitale.

    Repoussée et bloquée sur toutes les avenues menant à l’Étoile, la foule des manifestants est redescendue vers Saint-Lazare par le boulevard Haussman, où les barricades ont été nombreuses. Aux abords de la gare, les forces de l’ordre ont chargé à cheval. « Ce sont des chevaux qui n’ont peur de rien, ils sont éduqués pour », témoigne une « gilet jaune » venue avec sa fille d’une vingtaine d’années. « Les femmes descendent dans la rue, et même toutes seules, ça devrait interpeller les gens non ? Un peuple heureux ne se soulève pas. » Vers 18 h 30, des groupes de deux à trois cents personnes continuaient de renverser des voitures et d’ériger des barricades à proximité des Champs-Élysées, poursuivis par la police.

    Sous terre, c’est à peine mieux. Les agents de la RATP égrènent la longue liste des stations de métro fermées au public, sur une large partie de la rive droite. Les gens vont et viennent dans les couloirs, de plus en plus fâchés. Sur la ligne 8, un « gilet jaune » brandit un bout de carton, sur lequel il a écrit « Initiative législative citoyenne », et tente de lancer la discussion avec les passagers. Une femme décline son offre : « Non, merci, mais si vous voulez bien me dire comment rentrer chez moi, je ne suis pas contre. » »

    https://seenthis.net/messages/740432 via Agnès Maillard


  • Quatre chercheurs d’un labo toulousain en sciences sociales ont décortiqué des milliers de tweets, posts Facebook et commentaires des Gilets jaunes. Ils les ont comparés au traitement du mouvement par la presse écrite. Sur les réseaux sociaux, les chercheurs ont vu l’affirmation croissante et argumentée d’une citoyenneté.
    https://www.arretsurimages.net/articles/plus-politiques-que-dans-les-journaux-les-gilets-jaunes-dans-le-miro #giletsjaunes


  • Les pays du G20 financent et organisent l’aggravation du réchauffement climatique

    « Réunis pour deux jours en Argentine, les chefs d’Etat ou de gouvernement des vingt pays les plus puissants de la planète sont mis à l’index : le G20, à lui tout seul, est en train d’entériner un réchauffement climatique supérieur à 3,2°C. A quelques jours de la COP24, les plus grands criminels du climat sont donc connus : ils sont 20. Et ils sont réunis à Buenos Aires »

    https://blogs.mediapart.fr/maxime-combes/blog/301118/les-pays-du-g20-financent-et-organisent-laggravation-du-rechauffemen

    #Climat #G20 #Macron

    https://seenthis.net/messages/740188 via Maxime Combes


  • North Sentinel : derrière la mort d’un missionnaire, une longue histoire de résistance
    https://www.lemonde.fr/international/article/2018/11/30/north-sentinel-derriere-la-mort-d-un-missionnaire-une-longue-histoire-de-res
    https://img.lemde.fr/2018/11/30/91/0/804/402/1440/720/60/0/f6e49c7_WWqJGZF4wnxW9aCVpTFUierv.jpg

    L’archipel était connu des navigateurs chinois, malais et birmans. D’après l’anthropologue Ajay Saini, qui a publié une tribune dans le quotidien britannique The Guardian après la mort de John Allen Chau, ils y menaient des expéditions ayant pour but d’enlever certains de leurs habitants pour les réduire en #esclavage et les vendre sur d’autres rivages.

    A partir du début du XIXe siècle, les peuples insulaires d’#Andaman ont dû faire face à un ennemi encore plus destructeur : l’#Empire_britannique, qui affirmait déjà son emprise sur les #Indes, installe, après les révoltes indiennes de 1857, une colonie pénitentiaire pour les rebelles sur l’île.

    Sa construction donne lieu à de vastes campagnes de #déforestation auxquelles les habitants de l’archipel résistent. Une dizaine de peuples se liguent. Afin de défendre leur habitat, ils forment des troupes de plusieurs milliers de personnes et se préparent à attaquer la garnison britannique. Prévenues du projet par un espion, les troupes impériales écrasent les guerriers insulaires, mettant fin à leur espoir de voir les envahisseurs quitter leurs foyers au terme de cet épisode relaté par Ajay Saini dans la même tribune.

    https://seenthis.net/messages/740286 via odilon


  • Manifestations des Gilets jaunes : le maintien de l’ordre en échec - Le Parisien
    http://www.leparisien.fr/faits-divers/manifestations-des-gilets-jaunes-le-maintien-de-l-ordre-en-echec-01-12-20
    http://s1.lprs1.fr/images/2018/12/01/7958673_5075332e-f5a8-11e8-84ba-5201c571b14d-1.jpg

    Face à l’ampleur des dégradations, un haut gradé se prononce pour l’évolution de la doctrine : « La préfecture de police de Paris s’appuie sur ses effectifs pléthoriques croyant qu’il suffit de repousser les assaillants avec des canons à eau et des grenades lacrymogènes. Ce sont des méthodes dépassées. »
    Un tiers des forces en protection statique

    Le journaliste David Dufresne, auteur de « Maintien de l’ordre » (Pluriel), estime que les débordements de cette journée de revendication signent « l’échec du modèle du maintien de l’ordre à la française ». Lui met en cause la fermeté de la réponse policière aux premières heures de la manifestation : « On a déployé de gros moyens, envoyé des canons à eau et tiré un nombre conséquent de grenades lacrymogènes dès le début de matinée alors qu’elles sont généralement tirées au moment de la dispersion. »

    #GiletsJaunes #Police #Maintiendelordre

    https://seenthis.net/messages/740302 via Davduf


  • Quand l’Etat décide de sous-traiter la rédaction de « l’exposé des motifs » de la loi « mobilités »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/11/29/quand-le-gouvernement-sous-traite-a-des-avocats-l-expose-des-motifs-de-la-lo
    https://img.lemde.fr/2018/11/25/585/0/4598/2296/1440/720/60/0/0462b97_Ted6KL1Me9NdBQalZ-qC7I2W.jpg

    C’est une première en politique. Le gouvernement d’Edouard Philippe a lancé, en janvier, un appel d’offres visant à sous-traiter à une entreprise privée la rédaction de « l’exposé des motifs » du projet de loi d’orientation des mobilités présenté lundi 26 novembre en conseil des ministres, en plus d’une étude d’impact de la loi. Le marché est allé à un cabinet d’avocats international dénommé Dentons implanté à Paris et qui possède de nombreux clients dans le monde, notamment aux Etats-Unis et en Chine.

    La démarche suivie par le gouvernement est inédite. Car « l’exposé des motifs » d’une loi n’est autre que l’argumentaire politique du gouvernement qui la soumet au législateur. C’est une explication de texte visant à faire connaître l’esprit et la finalité d’un texte de façon concise, ainsi que les modifications apportées au droit. Donc un acte de pure politique, qu’aucun gouvernement jusqu’ici ne s’était risqué à sous-traiter.

    De telles pratiques s’observent dans les pays anglo-saxons où le recours au privé est admis, au point même que certaines lois ou instructions fiscales, par exemple, s’écrivent avec des cabinets privés. Mais elles restent taboues en France, où même l’externalisation des études d’impact des lois auprès d’autorités administratives indépendantes fait débat. L’Etat perdrait, ce faisant, de son pouvoir, et cela nourrirait le risque de conflits d’intérêts, font valoir les opposants à la sous-traitance.

    https://seenthis.net/messages/740280 via Simplicissimus


  • CIA Intercepts Underpin Assessment Saudi Crown Prince Targeted Khashoggi - WSJ
    Conclusion that Mohammad ‘probably ordered’ killing relies in part on 11 messages he sent to adviser who oversaw hit squad around time it killed journalist

    https://www.wsj.com/articles/cia-intercepts-underpin-assessment-saudi-crown-prince-targeted-khashoggi-154364

    WASHINGTON—Saudi Crown Prince Mohammed bin Salman sent at least 11 messages to his closest adviser, who oversaw the team that killed journalist Jamal Khashoggi, in the hours before and after the journalist’s death in October, according to a highly classified CIA assessment.

    The Saudi leader also in August 2017 had told associates that if his efforts to persuade Mr. Khashoggi to return to Saudi Arabia weren’t successful, “we could possibly lure him outside Saudi Arabia and make arrangements,” according to the assessment, a communication that it states “seems to foreshadow the Saudi operation launched against Khashoggi.”

    Mr. Khashoggi, a critic of the kingdom’s leadership who lived in Virginia and wrote columns for the Washington Post, was killed by Saudi operatives on Oct. 2 shortly after entering the Saudi consulate in Istanbul, where he sought papers needed to marry his Turkish fiancée.

    Excerpts of the Central Intelligence Agency’s assessment, which cites electronic intercepts and other clandestine information, were reviewed by The Wall Street Journal.

    The CIA last month concluded that Prince Mohammed had likely ordered Mr. Khashoggi’s killing, and President Trump and leaders in Congress were briefed on intelligence gathered by the spy agency. Mr. Trump afterward questioned the CIA’s conclusion about the prince, saying “maybe he did; and maybe he didn’t.”

    The previously unreported excerpts reviewed by the Journal state that the CIA has “medium-to-high confidence” that Prince Mohammed “personally targeted” Khashoggi and “probably ordered his death.” It added: “To be clear, we lack direct reporting of the Crown Prince issuing a kill order.”

    The electronic messages sent by Prince Mohammed were to Saud al-Qahtani, according to the CIA. Mr. Qahtani supervised the 15-man team that killed Mr. Khashoggi and, during the same period, was also in direct communication with the team’s leader in Istanbul, the assessment says. The content of the messages between Prince Mohammed and Mr. Qahtani isn’t known, the document says. It doesn’t say in what form the messages were sent.

    It is unclear from the excerpts whether the 2017 comments regarding luring Mr. Khashoggi to a third country cited in the assessment are from Prince Mohammed directly, or from someone else describing his remarks.

    Saudi Arabia has acknowledged Mr. Khashoggi was murdered in the consulate. But it has denied Prince Mohammed had any role and blamed the operation on rogue operatives. The Saudi Public Prosecutor’s office last month announced charges against 11 Saudis in connection with Mr. Khashoggi’s death, saying it would seek the death penalty in five cases. The office didn’t release their names.

    The U.S. Treasury Department in mid-November slapped sanctions on 17 Saudis whom it linked to the killing. But Mr. Trump, in a statement days later, said he intended to maintain strong relations with the crown prince because of Saudi Arabia’s opposition to Iran, its investments in the U.S. and its role in the oil market.

    The Trump administration’s posture has angered many in Congress, and the intercepts and intelligence gathered by the CIA may complicate Mr. Trump’s efforts to maintain relations with Prince Mohammed, the de facto leader one of the world’s biggest oil producers. The two are among the world’s leaders meeting this weekend in Buenos Aires for a summit of Group of 20 nations.

    Earlier this week, the Senate voted to begin consideration of a resolution to withdraw U.S. support for a Saudi-led military coalition fighting against Houthi rebels in Yemen, with senators venting their frustration over Mr. Trump’s reluctance to hold Prince Mohammed responsible for Mr. Khashoggi’s death.

    https://seenthis.net/messages/740221 via Nouvelles d’Orient


  • Justice. Ces petites mains qui doivent 2,8 millions à leur patron | L’Humanité
    https://www.humanite.fr/justice-ces-petites-mains-qui-doivent-28-millions-leur-patron-664437

    Justice. Ces petites mains qui doivent 2,8 millions à leur patron
    Vendredi, 30 Novembre, 2018
    Tania Meller

    Des employés d’une société de nettoyage sont sommés de rembourser des milliers d’euros de primes, en raison d’une disposition de la loi El Khomri, renforcée par les ordonnances Macron en 2017.

    Ils doivent rembourser jusqu’à 30 000 euros de primes à leur employeur : une centaine de salariés d’une société de nettoyage va contester devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) un arrêt récent de la Cour de cassation. « Pour la grande majorité des salariés, cela représente entre 17 000 et 25 000 euros à rembourser. Ces personnes, qui touchent des petits salaires, avaient gagné en justice à deux reprises et donc encaissé l’argent quand on a changé les règles du jeu », a dénoncé auprès de l’AFP maître Roger Vignaud, qui a annoncé qu’il allait saisir la Cour européenne des droits de l’homme.
    Remboursement ou huissiers

    Rappel des faits : en première instance devant les prud’hommes en 2008, puis devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence en 2016, quelque 200 employés, payés au Smic et le plus souvent à temps partiel, pour nettoyer les hôpitaux et cliniques de la ville, avaient obtenu le versement de primes, à la suite de l’intégration de nouveaux salariés au sein de la société de nettoyage Elior Services. Dans ce secteur, la loi prévoit en effet une « continuité de contrat », c’est-à-dire que lorsqu’une entreprise remporte un marché elle doit reprendre aussi les salariés de la société qui opérait avant elle. Les salariés « historiques » d’Elior avaient donc demandé l’application pour eux des primes que touchaient leurs nouveaux collègues. Elior avait été condamnée à payer ces primes refusées aux nouveaux salariés, avec effet rétroactif. « À travail égal, salaire égal », défend Othmane Boussala, secrétaire général CGT du syndicat des entreprises de propreté des Bouches-du-Rhône, contacté par l’AFP. La justice avait estimé que les employés avaient « le droit de se comparer entre eux, et de prétendre aux mêmes primes pour le même travail », abonde Me Vignaud. Une interprétation validée à plusieurs reprises, par les conseils de prud’hommes de Marseille, Martigues, Aix, Sète, Montpellier ou Grenoble, suivie d’une confirmation par les cours d’appel de Montpellier et d’Aix. En mai dernier, ce sont ces deux décisions qu’a cassées la Cour de cassation.

    Selon l’avocat, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire a appuyé sa décision sur la loi travail El Khomri, qui interdit désormais de se comparer mais n’était pas rétroactive, et sur les ordonnances Macron qui ont ajouté à ce principe celui de la rétroactivité. Avec ce changement des règles du jeu, les 200 salariés sont priés de reverser un total de 2,8 millions d’euros. L’employeur a indiqué « essayer de trouver les modalités les plus adaptées pour chaque situation », selon la direction des ressources humaines d’Elior Services. L’entreprise, dont le chiffre d’affaires en 2016 s’élevait à près de 400 millions d’euros, et dont la maison mère, Elior Group, affiche en temps réel sur la page d’accueil de son site Internet son cours en Bourse, n’est pas prête à renoncer à se faire rembourser ces primes. Ainsi, pour ceux qui ont quitté l’entreprise, Elior Services a déjà fait appel à une société de recouvrement. Laquelle ne fait pas dans les sentiments, « les salariés ont des appels tous les jours, on les menace de faire venir les huissiers s’ils ne payent pas », s’est indigné Othmane Boussala. « On a une collègue, elle est en invalidité, elle gagne 850 euros par mois, confie une déléguée syndicale CGT. La société de recouvrement veut lui prendre 350 euros par mois, pendant des années. » « Il y a des gens au bord du suicide, il y aura des morts », s’est confié un salarié au journal la Provence. « On les pousse dans la misère, c’est la première fois que je vois appliquer cette notion de rétroactivité de la loi », s’indigne également Tony Hautbois, secrétaire de la fédération nationale des ports et docks CGT, auprès de la Provence. Le journal relève que, pour certains agents, ces primes équivalaient à deux ans de salaire, qu’il s’agirait de rembourser dix ans plus tard. Le recours devant la Cour européenne des droits de l’homme s’annonce long, et n’empêche nullement Elior de réclamer l’argent dans l’intervalle.

    https://seenthis.net/messages/740164 via Sombre



  • Des agents de ménages sommés de rembourser 2,8 millions d’euros à leur employeur
    https://www.bastamag.net/Des-femmes-de-menages-sommees-de-restituer-2-8-millions-d-euros-a-leur

    183 femmes et hommes de ménage marseillais, payés au Smic et souvent à temps partiel, doivent rembourser entre 5000 et 30 000 euros à leur employeur, la société de nettoyage Elior Services. Soit 2,8 millions d’euros au total, comme le rapporte le journal La Provence. La société réclame à ces employés le remboursement de primes qu’elle avait été précédemment contrainte par la #Justice de leur verser. « On pousse les gens dans la misère », s’indigne Tony Hautbois, syndicaliste CGT. Comment en est-on arrivé à (...)

    En bref

    / #Syndicalisme, Justice, #Inégalités, #Conditions_de_travail

    https://seenthis.net/messages/740009 via Basta !