• NANTES – 13 DÉCEMBRE 2018
    Café-Diplo

    Le jeudi 13 décembre, à 19 heures, au café « Le Flesselles », 3, allée Flesselles : échanges autour de deux articles publiés dans le numéro de novembre 2018 :

    Mathilde Harel « Prostituées nigérianes victimes du « juju » »

    En France, désormais, l’importance des réseaux de prostitution nigérians dépasse celle des filières chinoises ou est-européennes. Présentes dans toute l’Europe, ces jeunes filles y sont le plus souvent attirées par des compatriotes plus âgées qui leur font miroiter une vie meilleure. Et qui, au moment du départ, s’assurent de leur docilité en confectionnant un petit objet doté de pouvoirs magiques : le « juju ».

    Olivier Barbarant « L’éloquence ou le bagou ? »

    Bien s’exprimer est depuis longtemps un signe de distinction sociale et un outil de pouvoir. En vogue aujourd’hui, l’apprentissage de la parole en public affiche des objectifs divers, de la célébration du bagou à la recherche d’une expression libérée de ses empêchements, en passant par l’efficacité managériale.

    Paul Ariès « Eloge de la gratuité »

    Le projet de revenu universel suscite l’enthousiasme de certains, dans leur immense majorité animés par un souv-ci d’équité et de générosité.Mais leur ambition repose-t-elle sur des fondations solides dès lors qu’elle postule sur une crise du travail laquelle suggère qu’une partie de plus en plus importante de la population ne trouvera plus à s’employer ?

    Contact :
    claudie.desfosses@orange.fr


  • Le film A BREAD FACTORY - PART 1 : CE QUI NOUS UNIT de Patrick Wang est programmé à Nantes au Cinéma Le Concorde en 2ème semaine et il arrive au Cinématographe à partir du 6/12 ! Une comédie réjouissante sur le pouvoir collectif de résister et d’inventer un autre monde : C’est possible :)

    Ce jeudi 06/12, séance exceptionnelle au Cinématographe en présence du réalisateur Patrick Wang avec la projection à 18h00 de la Part 1 : CE QUI NOUS UNIT puis à 20H30 (en avant-première) de la Part 2 : UN PETIT COIN DE PARADIS.

    « Patrick Wang confirme qu’il est un des cinéastes les plus originaux – et vitaux – apparus cette décennie aux Etats-Unis. » Les Inrockuptibles

    Tous les horaires des séances via allociné :
    http://www.allocine.fr/seance/film-255986/pres-de-101187/date-2018-12-11

    Il y a quarante ans, dans la petite ville imaginaire de Checkford dans l’État de New-York, Dorothea et Greta ont transformé une boulangerie industrielle désaffectée en un espace collectif dédié aux arts et au spectacle vivant : La BREAD FACTORY. Mais le lieu est menacé de perdre ses subventions au profit d’un célèbre couple de performeurs chinois. Avec humour et mordant, les habitants de Checkford sont décidés à se battre et à faire vivre l’utopie réjouissante de leur BREAD FACTORY.

    Page facebook du film
    https://www.facebook.com/eddistribution

    Le film est composé de deux parties : A BREAD FACTORY - PART 1 : CE QUI NOUS UNIT (2h02) qui sort ce 28 novembre, et A BREAD FACTORY - PART 2 : UN PETIT COIN DE PARADIS (2h00) qui sortira le 2 janvier 2019. Il est soutenu par L’Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion (ACID).

    Un film à voir et à partager autour de vous !


  • Une sélection de lecture : (archives du Diplo)

    > Octobre 1994, pages 16 et 17

    Généralisation du capitalisme et rapports d’argent
    Le basculement du monde

    Marchandisation généralisée des activités sociales et de tous les aspects de la vie humaine, vérités irréfutables du marché autorégulateur, et globalisation des sphères monétaires et financières, le capitalisme triomphant, débarrassé de toute alternative crédible, instaure la croissance économique comme unique fondement du bonheur et horizon indépassable de l’humanité. Devant cette évolution en apparence irrésistible, comment ne pas souhaiter un sursaut collectif ?
    par Michel Beaud

    En moins d’un quart de siècle, nous avons assisté, dans le monde occidental, à l’essoufflement des croissances, à la perte d’efficacité des politiques économiques nationales, à la mise en question de l’Etat-providence, à l’abandon (trahison ici, retrait maîtrisé ailleurs) des projets socialistes ainsi qu’à la fulgurante affirmation des idéologies du marché et de l’argent. De plus en plus disparate, l’ancien tiers-monde se désagrège, tandis que s’efface le souvenir de l’espérance tiers-mondiste. Quant aux pays qui se réclamaient du socialisme, ils ont tous, sous une forme ou une autre, signé l’échec radical de l’étatisme généralisé : par l’abandon du système antérieur (Union soviétique, Europe de l’Est), l’enfermement dans une situation bloquée (Cuba, Corée du Nord) ou l’ouverture pragmatique de nouvelles voies (Chine).

    Dans ce mouvement, s’est effondré un système mondial fondé sur le face-à-face de deux camps, avec deux superpuissances, deux conceptions de la société, deux systèmes de valeurs. S’il conserve son influence en Amérique latine, en Afrique, en Europe de l’Est, l’Occident paraît impuissant face aux dérèglements et aux drames de ces régions. Face à lui, l’Asie, avec le poids et les capacités de ses populations, ses dynamiques industrielles et commerciales, des ambitions qui s’affirment, se prépare à occuper une place essentielle dans le monde du XXIe siècle.

    L’idéologie du libre marché triomphe, et l’espérance socialiste d’une société démocratique, fraternelle, solidaire n’a plus guère d’expression politique crédible. En même temps, presque partout, les aspirations des sociétés paraissent se réduire à la recherche de points de croissance ; les Etats-nations subissent les jeux d’une sphère financière et monétaire qui les dépasse ; le poids des grandes multinationales s’accroît, mais aussi celui des mafias ; de nouvelles technologies touchant la matière, la vie, l’image, l’information, la pensée, la décision surgissent et sont mises en œuvre sans qu’on en maîtrise toutes les incidences.

    La prospérité d’un milliard d’humains a commencé à porter atteinte aux équilibres fondamentaux de la Terre ; un autre milliard paraît engagé dans une course acharnée pour les rejoindre ; mais, sous la triple pression de la lumpen-modernisation, de la croissance démographique et de la rapacité des oligarchies, le milliard le plus pauvre s’enfonce dans des spirales mortifères de déracinements, d’appauvrissements et de déchirements.
    Le règne de la marchandise

    Crises économiques ; crises des sociétés et des relations entre elles ; crises des relations entre les hommes et leur planète : la conjonction de ces crises constitue l’amorce d’un « tournant historique mondial (1) », peut-être même d’un « basculement du monde. » Tentons d’en dégager les principales dimensions.

    Un enfant et son père se promènent dans la campagne ; soudain l’enfant s’arrête, inquiet, et demande : « Dis, papa, à qui on paie ? » Parcs de loisirs, pistes de ski de fond à péage, plages payantes..., de moins en moins d’activités de plein air échappent à l’argent.

    L’eau de la fontaine était gratuite ; dans les villes, des porteurs d’eau en vendirent, assez tôt, la livraison ; aujourd’hui, l’eau du robinet est payante parce qu’elle est devenue une marchandise produite ; et la vente (en bouteilles, bonbonnes ou « fontaines » pour les collectivités) des eaux minérales ou de source progresse dans tous les archipels d’opulence de notre monde ; tandis que, dans nombre de bidonvilles, le contrôle d’un robinet d’eau douteuse est occasion de racket. La production de l’eau potable est devenue une activité économique à part entière ; demain, pour certains pays, ce sera son importation.

    Un processus semblable a commencé pour l’air : air purifié ; bouffées d’oxygène payantes à certains carrefours de Mexico ; constructions de plus en plus nombreuses impliquant l’air conditionné ; projets de « cités artificielles » que préfigurent quelques prototypes. Insidieusement se met en place l’air-marchandise.

    Prenons la santé. Apparemment, il a toujours fallu payer médecins et apothicaires. En profondeur, tout a changé : systèmes de santé de plus en plus coûteux, enjeux de recherche, de production et de marché des laboratoires pharmaceutiques, lobbies médicaux. En témoigne l’affaire des contaminations du sang de la transfusion. Ses racines profondes ­— intérêt national, nécessité d’écouler les stocks, compétition des laboratoires ­— relèvent de l’économie, avec l’entrelacs des trois logiques, étatique, capitaliste et marchande. En témoigne aussi la multiplication des affaires d’argent touchant la médecine, la chirurgie, la procréation, les prélèvements d’organes ou de tissus. L’argent domine, comme il tend de plus en plus à le faire pour l’éducation et la formation, la presse, la culture, l’art, le sport, les loisirs...

    De même dans le domaine du stockage, de la diffusion et du traitement électroniques des informations. On aurait pu imaginer que s’instaure une gratuité, de type service public ou d’un type nouveau. Mais ce sont les logiques du marché et du profit qui prédominent, un petit nombre de groupes capitalistes pesant à la fois sur l’essor des besoins, la définition des normes et la structuration de l’offre.

    Ainsi s’élargit, se renforce le règne de la marchandise. Mais ce n’est plus principalement à travers la multiplication et l’amoncellement des marchandises matérielles, comme on a pu le pressentir au XIXe siècle et l’observer au XXe, aux plus beaux jours de la société de consommation. Ce sera —­ cela commence à être ­— la marchandisation de tous les moments de la vie des hommes, de toutes les fonctions des sociétés et, de plus en plus, de toutes les dimensions d’une Terre réduite à n’être que l’environnement des hommes. En bref la marchandisation de l’homme, des sociétés et de la Terre.

    Cette mutation a, depuis Colin Cark, été saisie dans un de ses aspects les plus visibles : le recul de la prédominance de l’industrie et la progression des services (2).

    Aux Etats-Unis, la part du tertiaire dans l’emploi total est passée de 17 % en 1850 à 77 % en 1992, sa part dans le produit intérieur brut dépassant 70 % en 1991 (3). Plus largement, pour 16 pays de l’OCDE, la part du tertiaire dans l’emploi total, qui était en moyenne de 24,3 % en 1870, a atteint 38,7 % en 1950, 53,4 % en 1973, 63,5 % en 1987 (4).

    Inversement, le poids de l’industrie chute. Sa part dans l’emploi total est tombée, entre 1950 et 1987, en Belgique de 46,8 % à 27,7 %, aux Pays-Bas de 40,2 % à 26,3 %, au Royaume Uni de 46,5 % à 29,8 % (5). Comme cela a été le cas pour l’agriculture, la place de l’industrie, tant dans l’emploi que dans la production, est, dans les pays occidentaux, en train de passer au deuxième rang.

    Le capitalisme industriel, symbolisé de 1850 à 1950 par l’usine, ses panaches de fumée, ses rythmes d’activité, sa discipline de travail, est en train de s’effacer devant une réalité nouvelle. Et avec lui la classe ouvrière, le syndicalisme ouvrier et une certaine forme de conflits et de rapports sociaux.

    Ce n’est donc pas un hasard si, dans le même temps, s’effondre toute une conception du socialisme : celle qui s’était forgée dans la lutte contre l’exploitation capitaliste dans l’industrie, qui avait fait de la classe ouvrière la force principale de l’émancipation humaine et du prolétariat industriel le messie des temps modernes. Certes, les idéaux fondateurs du socialisme ­— solidarité, équité, justice sociale, fraternité ­— survivent (6), mais doublement affaiblis : d’avoir perdu leur dynamique de luttes et d’avoir à se recomposer dans des capitalismes fragilisés par la crise. Mais se recomposer par rapport à quoi ? Cette nouvelle société en cours d’émergence, des analystes l’ont qualifiée de diverses manières : tertiaire, postindustrielle, de service, d’information, de communication... Mais est-ce bien là l’essentiel ?

    La dynamique majeure de notre temps, c’est l’extension des rapports marchands et capitalistes à presque tous les domaines : l’entretien et le bien-être des hommes comme la marche des entreprises et des organisations, le fonctionnement des systèmes d’information et de décision comme la gestion du politique, des systèmes sociaux, de l’environnement, voire de la Terre. C’est donc une nouvelle phase de la division du travail et de la sphère des marchandises, marquée par la multiplication de marchandises complexes, dont une part majeure est produite par des groupes capitalistes ou sous leur contrôle ­— cette production exigeant à la fois la disponibilité d’un travail fondé sur des compétences professionnelles (juridiques, médicales, financières, de gestion...) et de matériels et de technologies souvent sophistiqués. Ces « marchandises complexes » ne se réduisent ni à des objets matériels individualisables, ni à de simples services ; elles sont des combinaisons de matériel et d’immatériel, d’intervention directe de compétences et d’usage de biens à fort contenu technique, et donc impliquent souvent des investissements très lourds, tant en recherche qu’en production des équipements et en formation des hommes. D’où le rôle central des très grands groupes (comme dans l’informatique, les télécommunications, les multimédias, les biotechnologies, le spatial, les loisirs, l’anti-pollution, etc.).
    La société, auxiliaire du marché

    Ainsi, derrière les apparences d’un passage de l’industrie au tertiaire, le phénomène décisif est, selon nous, l’émergence d’un capitalisme généralisé.

    Son terreau est la généralisation de la marchandise : la marchandisation de l’homme (santé, commerce du sang, des organes, de la procréation, avec, pour demain, la perspective de la gestion génétique de toute son existence), des fonctions sociales (éducation et information, connaissance et gestion de l’opinion, avec en perspective la gestion de la décision politique, des tensions et des conflits), des activités humaines supérieures (recherche scientifique, élaboration des savoirs, des œuvres intellectuelles et artistiques, avec en perspective la gestion des principes et des valeurs), des relations à la nature (antipollution, production et urbanisation non polluantes, avec en perspective la gestion de la planète), etc.

    En des domaines où la reproduction ne se heurte pas aux contraintes du monde matériel (information, savoirs, culture, création), l’abondance était à la portée d’une humanité qui aurait hiérarchisé ses fins et maîtrisé ses besoins. Mais les firmes ont su imposer des monopoles, exacerber et multiplier les besoins, créer de nouvelles raretés. Et nous voici pris, à nouveau, dans presque tous les moments de notre vie, dans la dépendance de nouveaux matériels, de nouveaux logiciels, de nouveaux besoins d’informations, de nouvelles attentes, de nouveaux espoirs, qui nous enserrent dans des rets innombrables, nouvelles dépendances, nouvelles aliénations...

    Bien sûr, le capitalisme industriel ne disparaîtra pas. L’ancienne strate (du capitalisme industriel) va simplement s’amenuiser, tandis que va se renforcer la nouvelle strate (du capitalisme généralisé, appliqué à l’information, à l’homme, à la planète). Compte tenu des caractères de la marchandise généralisée, être à la pointe de ce capitalisme généralisé implique d’être maître des nouvelles avancées technologiques : informatique (avec la gestion des systèmes complexes), télétransmission (avec les nouvelles perspectives de la numérisation), biotechnologies (avec les cartographies et thérapies génétiques) ­— technologies qui, pour nombre d’applications, se rejoignent ou se combinent.

    Ainsi, après les différentes poussées de l’économie marchande et des capitalismes marchands, notamment en Europe du XIVe au XVIe siècle, après le capitalisme manufacturier (XVIIe-XVIIIe siècle) et le capitalisme industriel (XIXe-XXe siècle), le prochain siècle s’annonce comme celui du capitalisme généralisé (7). Un nouveau capitalisme va dominer le monde et nos sociétés, élément décisif du « basculement du monde » en cours, et dont on est loin d’avoir pris toute la mesure.

    L’extension des sphères du capitalisme, des marchés et des relations d’argent s’accompagne de très profondes transformations de nos sociétés : augmentation de la place de la technologie, de la recherche, de la science ; division sans cesse accentuée du travail, accroissant les interdépendances, mais suscitant aussi, par ses exigences, de nouvelles marginalisations ; démultiplication des besoins et renouvellement de leurs formes comme de leurs modes de satisfaction ; transformation des valeurs, des structures sociales, des motivations et des comportements ; dispersion des lieux de décision et dilution de la responsabilité. En même temps, les activités productives, qui jusqu’aux temps modernes avaient été servantes des sociétés, tendent à devenir prédominantes par rapport à l’ensemble des autres activités sociales. L’économique s’autonomise par rapport aux sociétés humaines.

    Cette autonomisation a été rendue possible par la destruction, souvent violente, des formes sociales antérieures, dans lesquelles les dimensions mêlées du religieux, du social, de l’économique et du politique, les liens familiaux, les relations de dépendance, de soumission ou d’allégeance, les systèmes de solidarité et de redistribution créaient des tissus complexes, prenant des formes très diverses (8).

    Comme l’a observé Karl Polanyi, une fois les sociétés traditionnelles disloquées par la généralisation du « marché autorégulateur » et son extension, au-delà des marchandises, à la terre, au travail et à l’argent, « la société est gérée en tant qu’auxiliaire du marché. Au lieu que l’économie soit encastrée dans les relations sociales, ce sont les relations sociales qui sont encastrées dans le système économique (9) » . Devenu « la source et la matrice du système (10) », le marché autorégulateur réduit les relations humaines et sociales à des relations d’argent.

    Désormais, l’économie domine les sociétés. Pour nombre de questions qu’en d’autres temps on eût traitées en termes politiques ou éthiques, priment les arguments économiques. L’amélioration de la condition de chacun, l’élévation des niveaux de vie, l’existence même, voire le bonheur, semblent essentiellement dépendre de la vitalité de l’économie. Et, dans l’univers de la science économique, des courants de plus en plus puissants prétendent apporter réponse à tout grâce au simple calcul économique. Car tout désormais ne serait qu’affaire de maximisation ou d’optimisation (11). Ainsi, l’emprise croissante de l’économie sur nos sociétés tend à se doubler d’une emprise croissante du raisonnement économique sur nos mentalités, nos modes de pensée, nos jugements et nos décisions.

    Or économies nationales et sociétés humaines sont de plus en plus dominées par la sphère monétaire et financière, qui s’est développée avec la multiplication des opérations de change, le gonflement des activités financières et boursières, les spéculations incessantes et les arbitrages de plus en plus fins sur les taux d’intérêt et les taux de change, les jeux de plus en plus éthérés sur les « futures », les différentiels, les options... Cette sphère monétaire financière est en train de s’enfler puissamment et tend à s’autonomiser par rapport au fonctionnement des économies productives et marchandes. Les échanges sur les marchés monétaires, financiers et boursiers, qui représentaient deux fois les échanges de marchandises au temps de Keynes, représentent aujourd’hui cinquante fois leur valeur (12).

    Cette sphère monétaire et financière réalise d’une manière spectaculaire la tendance contemporaine à la globalisation ; elle constitue un milieu idéal pour les activités des spéculateurs internationaux, des oligarchies et dictateurs enrichis au détriment de leurs pays (13), des financiers de toutes les mafias et de tous les trafics. Agitée par les relations complexes entre monnaies nationales, finances publiques des Etats, stratégies financières des multinationales et comptes extérieurs des nations, cette sphère est aussi sujette à des impulsions et des logiques qui lui sont propres ; et leurs effets, qui jouent en temps réel au niveau de la Terre entière, risquent, en cas de crise (14), d’entraîner dans la tourmente monnaies et économies nationales, avec les sociétés humaines qui désormais en dépendent.

    Finalement, avec le double processus de la marchandisation et de la globalisation, se met en place une situation tout à fait nouvelle dans l’histoire : les sociétés de plus en plus dépendantes de l’économie ; des économies de plus en plus tributaires des tensions et des soubresauts d’une sphère monétaire et financière mondiale dont nul n’est en mesure de maîtriser les dynamiques ou d’empêcher la spirale d’une crise. Autre dimension du basculement du monde.

    Avec des valeurs érodées, des cohérences fragilisées, les sociétés contemporaines n’ont plus de projets globaux : la croissance économique est devenue leur principale finalité.

    Dans les pays riches, longtemps présentée comme le moyen d’augmenter le bien-être, elle est aujourd’hui mise en avant comme le principal remède au chômage et à la pauvreté ­— certains préférant ne pas réfléchir aux raisons pour lesquelles, après un ou deux siècles de croissance, les pays capitalistes subissent encore ces maux. Dans les pays déjà transformés par plusieurs vagues de modernisation et d’industrialisation, la croissance apparaît comme la voie obligée pour rejoindre les pays riches. Et dans les pays les plus pauvres, aux sociétés souvent disloquées tant par des chocs externes et des déchirements internes que, trop souvent, par l’incurie et l’avidité des familles dirigeantes, croissance démographique et extrême dénuement rendent indispensable une relance de la production.
    Une ère d’irresponsabilité illimitée

    Dès lors que l’économie domine les sociétés, il ne reste à celles-ci plus guère d’autre perspective, peut-être même d’autre espérance, que la croissance de l’économie.

    Or la croissance des deux derniers siècles, et particulièrement des dernières décennies, a commencé à porter atteinte au fragile équilibre physico-chimique qui a rendu possible la vie sur la Terre (15) ; atteintes multiples qui se situent à tous les niveaux, du local au global.

    Le Nord a incontestablement été, et demeure encore, la principale source de prélèvements, de pollutions et de déséquilibres environnementaux. Depuis une vingtaine d’années, et d’abord sous la pression du mouvement écologiste, il a commencé à réduire les atteintes les plus brutales, ce que facilitent le reflux du capitalisme industriel et la délocalisation de certaines activités. Le capitalisme généralisé s’annonce moins polluant, même si l’on peut redouter certains effets des nouvelles technologies, manipulations de la vie et de la matière notamment.

    C’est désormais au Sud, avec les croissances démographiques, l’urbanisation et la fascination du luxe du Nord pour les plus riches et de la société de consommation pour les autres, que va, inexorablement et massivement, se développer dans les prochaines décennies l’essentiel des processus destructeurs. Deux situations font aujourd’hui contraste : celle caractérisée par une rapide industrialisation, le passage à des agricultures utilisant massivement des intrants chimiques et de fortes croissances des productions et des consommations ; celle dominée par la pression démographique, le dénuement, parfois même l’extrême misère.

    Dans les deux cas, bien des dégradations ­— certaines irréversibles —­ seraient évitées si les détenteurs de moyens financiers et de savoirs techniques engageaient les actions nécessaires. Mais qui ne voit la tragique distorsion entre l’ampleur des enjeux de notre temps et l’incapacité de nos sociétés à les prendre en charge ?

    Ne sommes-nous pas entrés dans une ère d’irresponsabilité illimitée ? Car, dès lors que le marché pourvoit à tout, c’est au consommateur de faire le bon choix ; dès lors que l’argent est la valeur suprême, ceux qui n’en ont pas sont hors jeu ; dès lors que les marchés, notamment financiers, sont mondiaux, les dirigeants nationaux ont bien des excuses pour laisser faire. Firmes, gouvernements, professionnels (de la santé ou de la finance), savants ne lésinent certes pas sur les appels, les déclarations, les codes (de bonne conduite ou d’éthique) : témoin, s’il le faut, la conférence de Rio-de-Janeiro. Mais, face aux processus en cours qui déstructurent nos sociétés, mettent en péril la Terre, menacent l’humanité, nul lieu où s’élabore et se mette en œuvre la stratégie pluridimensionnelle dont nous avons besoin.

    Ainsi le pire est-il peut-être en train de se préparer.

    Le pire, c’est, déjà aujourd’hui, une humanité plus riche que jamais qui accepte qu’un milliard des siens s’enfoncent dans la misère ; c’est l’intolérable inégalité qui caractérise notre temps, née de la combinaison de celle de chaque société et de celle qui se creuse entre les sociétés ­— et qui atteint aux limites dès lors que, partout, domine l’argent. Pour la population mondiale saisie dans son ensemble, les 20 % les plus pauvres disposent de 0,5% du revenu mondial et les 20 % les plus riches de 79 % (16). Certaines familles très riches ont en revenus l’équivalent monétaire de ce que perçoivent des centaines de milliers de familles très démunies. Nul n’ose le dire, mais —­ avec d’un côté, au Sud comme au Nord, des archipels d’opulence, de bien-être, de sécurité sous protection, de nature entretenue ou... simulée, et, tout à l’entour, au Nord comme au Sud, des zones, des océans de dénuement et de misère, où manque souvent l’essentiel, eau potable, air respirable, de quoi manger, et jusqu’aux racines mêmes des cultures et des sociétés ­— ce qui est en train, en silence, de s’instaurer, c’est un nouvel apartheid à l’échelle du monde.

    Le pire, ce serait aussi le sacrifice imposé aux générations à venir par les rapacités et les démissions d’aujourd’hui, à travers les ressources pillées et gaspillées, l’eau dégradée, les sols détruits, les déchets chimiques et radioactifs rejetés dans les terres et les eaux, les sites nucléaires (civils ou militaires) à entretenir... Ils seront plusieurs milliards de plus (autre irresponsabilité de ceux qui s’opposent à la maîtrise de la démographie) et ils auraient à gérer les dégâts, les risques et les raretés que nous leur aurons légués. Au lieu de connaître une nouvelle étape de l’émancipation humaine, ils seraient soumis à la pression de nouvelles contraintes et de nouvelles nécessités.

    Compte tenu de la puissance des dynamiques en cours, de la force de l’accélération qui caractérise pratiquement tous les aspects de l’évolution de notre monde et de l’absence d’alternative crédible, il ne reste guère qu’à se tenir, mais fermement, à quelques garde-fous : pour empêcher la domination générale de la marchandise, sauvegarder ou recréer des espaces de gratuité et de petite production familiale ou communautaire, redéfinir à chaque niveau (du local au mondial) un espace des biens publics, de la responsabilité des pouvoirs publics ; pour bloquer l’émergence d’un apartheid mondial, arrêter l’aggravation des inégalités, puis travailler à les réduire, réaffirmer, restaurer ou instaurer des systèmes multiples de solidarité, de redistribution et de protection sociale ; et puis concevoir et mettre en œuvre des stratégies qui à la fois soient des réponses à des besoins urgents (eau, habitat, santé, etc.) et suscitent le développement d’activités et d’emplois, tout en contribuant à promouvoir des formes de production et de vie non destructrices des ressources et des équilibres de notre Terre.

    En attendant qu’un sursaut ­— humaniste, éthique, politique ­— ouvre de meilleures perspectives.

    Michel Beaud
    Professeur à l’université Paris VII - Denis Diderot

    (1) On renverra, sans en reprendre la démarche, aux travaux de Robert Bonnaud, Y a-t-il des tournants historiques mondiaux ? Kimé, Paris, 1992 ; les Alternances du progrès, Kimé, Paris, 1992 ; les Tournants du XXe siècle. Progrès et régressions, L’Harmattan, Paris, 1992.

    (2) Colin Clark, The National Income, 1924-1931, Londres, Macmillan, 1932 ; The Conditions of Economic Progress, Londres, Macmillan, 1940 ; trad. fr., les Conditions du progrès économique, Paris, PUF, 1960.

    (3) US Labour Statistics Bureau et OCDE, d’après The Economist, 20 février 1993, p. 63.

    (4) Angus Maddison, Dynamic Forces in Capitalist Development. A Long-Run Comparative View, Oxford University Press, 1991, pp. 248-249..

    (5) Angus Maddison, op. cit., pp. 248-249.

    (6) Voir Michel Beaud, le Socialisme à l’épreuve de l’histoire, le Seuil, Paris, 1982.

    (7) Voir Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, Armand Colin, Paris, 1979, et la Dynamique du capitalisme, Flammarion, 1985 ; Karl Polanyi, The Great Transformation, 1944, trad. fr. la Grande transformation, Gallimard, Paris, 1983.

    (8) Selon Karl Polanyi, jusqu’à la fin de la féodalité, les systèmes sociaux de l’Europe occidentale « étaient organisés selon les principes soit de la réciprocité ou de la redistribution, soit de l’administration domestique, soit de la combinaison des trois » .

    (9) Ibid., p. 88.

    (10) Ibid., p. 21.

    (11) On pense notamment à Gary Becker. Voir Michel Beaud et Gilles Dostaler, la Pensée économique depuis Keynes, Paris, le Seuil, 1993, pp. 161 s. et 238 s.

    (12) Autre évaluation, le rapport entre l’ensemble des achats et des ventes de monnaies sur les marchés des changes et l’ensemble des opérations liées au commerce mondial de marchandises était de 6 en 1979 et de 20 en 1986. Voir Michel Beaud, l’Economie mondiale dans les années 80, La Découverte, Paris, 1989, pp. 128-129.

    (13) Dans les années 80, pour treize pays fortement endettés du tiers-monde, les avoirs à l’étranger estimés comme correspondant aux fuites de capitaux représentaient 40 à 50 % du stock de la dette extérieure de ces pays (« United Nations Conference on Trade and Development », International Monetary and Financial Issues for the 1990’s, Nations unies, New-York, vol. III, 1993, p. 66).

    (14) Deux alertes sérieuses en témoignent : la crise boursière de l’automne 1987, d’une part, et les attaques spéculatives contre des monnaies du système monétaire européen au premier semestre et dans l’été 1993, d’autre part. Les optimistes peuvent ainsi penser que l’on saura toujours éviter le pire ; les pessimistes peuvent craindre qu’une autre fois toutes les digues ne soient emportées.

    (15) Voir notamment Michel Beaud, Calliope Beaud et Mohamed Larbi Bouguerra (dir.), l’Etat de l’environnement dans le monde, La Découverte, Paris, 1993, première partie, « Les hommes et la planète ».

    (16) Programme des Nations unies sur le développement (PNUD), Rapport mondial sur le développement humain 1992, Economica, Paris, 1992, p. 40.


  • NANTES – 15 NOVEMBRE 2018
    Café-Diplo

    Le jeudi 15 novembre, à 19 heures, au Théâtre Universitaire de Nantes, rue de la Censive du Tertre : « café-Diplo » autour de deux articles :

    de l’article de Renaud Lambert & Sylvain Leder « Face aux marchés, le scénario d’un bras de fer », publié dans le numéro d’octobre 2018.

    Après un premier article analysant l’emprise de la finance sur les États (« L’investisseur ne vote pas », juillet 2018), ce second volet s’intéresse aux moyens d’y résister. Sur le mode de la fiction, il imagine une crise profonde conduisant une population à engager le combat, avant de proposer un plan de bataille ouvrant des perspectives d’émancipation, mais sans en ignorer les coûts.

    de Laurent Bonelli & Fabien Carrié « En finir avec quelques idées reçues sur la radicalisation » (Le Monde diplomatique, septembre 2018).

    N’importe quel bavard a son idée arrêtée sur la « radicalisation » et sur le terrorisme. Désormais, il est possible de confronter toute cette glose à la réalité des dossiers instruits par la justice française. Et on découvre alors la place réelle qu’occupent l’échec scolaire, les réseaux sociaux, la volonté de provoquer, la sexualité, la religion dans le basculement de milliers de jeunes vers la violence.

    Claudie Desfosses | claudie.desfosses@orange.fr
    Autres contacts :
    amdnantes44@gmail.com
    nora.robin@yahoo.fr


  • NANTES – 11 OCTOBRE 2018
    Café-Diplo

    Le jeudi 11 octobre, à 19 heures, au café « Le Flesselles », 3, allée Flesselles : « café-Diplo » autour de deux articles :

    de Arlie Hochschild « Anatomie d’une colère de droite » (Le Monde diplomatique, août 2018).

    Dans un État américain très pauvre comme la Louisiane, souillée par les marées noires, une majorité de la population vote pour des candidats républicains hostiles aux allocations sociales et à la protection de l’environnement. Sociologue, femme de gauche, Arlie Hochschild a enquêté sur ce paradoxe. Quelques mois plus tard, M. Donald Trump l’emportait très largement en Louisiane.

    de Guillaume Pitron « Voiture électrique, une aubaine pour la Chine » (Le Monde diplomatique, août 2018).

    En finir avec le pétrole et les gaz à effet de serre : telles sont les promesses de la voiture électrique. Mais l’enthousiasme actuel occulte les nouvelles pollutions et les dépendances géopolitiques que cette révolution implique. Car, grâce à son monopole de certaines matières premières, Pékin pourrait devenir la capitale mondiale de l’automobile.

    Claudie Desfosses | claudie.desfosses@orange.fr


  • Café-Diplo Nantes / septembre 2018

    La rentrée du CAFE DIPLO s’organise à PORNIC

    le jeudi 20 septembre de 19h30 à 21h30

    Bar du Phare
    à la THALASSO de Pornic
    Plage de la Source

    Nous échangerons autour des artcles suivants :

    Le système Pierre Rabhi par Jean-Baptiste Malet - Août 2018

    La panne des grandes espérances politiques remet au goût du jour une vieille idée, pour changer le monde il suffirait de se changer soi-même et de renouer avec la nature des liens détruits par la modernité. Portée par des personnalités charismatiques, comme le paysan ardéchois Pierre Rabhi, « cette insurrection des consciences » qui appelle « chacun à faire sa part » connait un succès grandissant.

    et

    Déjouer la résignation, retour sur une victoire électorale

    Il y a un an, les élections législatives françaises offraient à M Emmanuel Macron une très large majorité parlementaire. Pourtant, dans la Somme, un candidat de gauche, M François Ruffin, parvenait contre toute attente à battre le candidat du parti du président et celui du Front national. La chronique de sa victoire locale tire les leçons plus générales sur le militantisme de terrain et les cohalitions sociales.

    Venez nombreux à Pornic jeudi 20 septembre 19h30 !

    Contact : claudie.desfosses@orange.fr
    Autre contact : amdnantes44@gmail.com


  • NANTES – 7 JUIN 2018
    Café-diplo

    Le jeudi 7 juin, à 19 heures, l’Alter café, 21, quai des Antilles à Nantes : « café-Diplo » autour de deux articles :

    de Michel Pigenet & André Vitalis « Épineuse indépendance syndicale » (Le Monde diplomatique, mai 2018).

    Certains proposent de la « réinterroger », d’autres de la « dépasser ». Parce qu’elle affirme l’indépendance des syndicats à l’égard des partis politiques, la charte d’Amiens est parfois présentée comme un obstacle à la convergence des luttes. Adopté par la Confédération générale du travail en 1906, ce texte fondateur ne se résume pourtant pas à une séparation hermétique entre social et politique.

    de Kyle G. Brown « L’Afrique dépouillée de ses poissons » (Le Monde diplomatique, mai 2018).

    Les océans font l’objet d’une exploitation si intense qu’elle met en péril la reproduction de nombreuses espèces. L’accaparement des eaux poissonneuses de l’Afrique par les chalutiers industriels français, espagnols, chinois, coréens, japonais ou russes menace la sécurité alimentaire du continent. Il prend une forme légale avec les accords ouvrant les zones côtières aux navires des pays riches, auxquels s’ajoute un pillage à grande échelle contre lequel la lutte semble inégale.

    Nous ajouterons Vous n’aurez pas ma souffrance de Walter Benn Michaels, dernière page - mai 2018.

    Claudie Desfosses | claudie.desfosses@orange.fr
    Autre contact : amdnantes44@gmail.com


  • NANTES – 17 MAI 2018
    Café-Diplo

    Le jeudi 17 mai, à 19 heures, au café « Le Flesselles », 3, allée Flesselles : « café-Diplo » autour de deux articles :

    de François Pellegrini & André Vitalis « L’ère du fichage généralisé » (Le Monde diplomatique, avril 2018).

    Au nom de la lutte contre l’usurpation d’identité (quelques centaines chaque année), le gouvernement français a autorisé en 2016 la création d’un mégafichier regroupant les données, notamment biométriques, de tous les titulaires d’une carte d’identité ou d’un passeport. Passée inaperçue dans le contexte sécuritaire actuel, cette décision ne pourrait que servir un éventuel régime autoritaire.

    de Anne-Cécile Robert « L’ordre international piétiné par ses garants » (Le Monde diplomatique, février 2018).

    En violant les résolutions des Nations unies sur Jérusalem, les États-Unis illustrent l’un des dangers majeurs de la géopolitique actuelle : l’affaiblissement des fondements de la légalité internationale, née en 1945 d’une certaine idée de la civilisation. Alors que la fin de la guerre froide offrait l’occasion de réaffirmer une règle commune, les Occidentaux ont poussé leur avantage et donné le mauvais exemple.

    Claudie Desfosses | claudie.desfosses@orange.fr

    Autre contact : amdnantes44@gmail.com ; nora.robin@yahoo.fr


  • COMMUNIQUE : SCIENCES PO ENTRE DANS LA LUTTE
    Les étudiant.e.s de Sciences Po Paris réuni.e.s en AG ce 17 avril ont pris collectivement la décision d’occuper pacifiquement le bâtiment principal de l’école de manière reconductible. Cette décision vaut jusqu’au retrait de la loi ORE et de toutes les lois antisociales et racistes portées par ce gouvernement (loi asile et immigration, casse de la fonction publique...), et pour lesquelles le terrain est préparé depuis de nombreuses législatures maintenant. Face à cette vaste entreprise néolibérale et raciste menée sur tous les fronts par Macron, nous considérons comme essentiel de nous mobiliser de manière concrète, en bloquant les lieux de production de richesses et de savoir.

    En tant qu’étudiant.e.s à Sciences Po, certaine.s diront que nous n’avons pas notre mot à dire dans le mouvement social étudiant actuel contre la sélection, puisque notre école est par essence sélective : nous estimons que notre école sert de laboratoire aux politiques d’éducation néolibérales et racistes telles que celles orchestrées aujourd’hui par le gouvernement.

    Malgré les mesures mises en place en faveur de plus de diversité, Sciences Po nous laisse un aperçu de ce à quoi ressemblera l’enseignement supérieur si nous laissons faire Macron. L’accès à l’école reste fortement inégalitaire, une sélection sociale qui se renforce au cours de la scolarité du fait de la pression scolaire et mentale subie. A cela s’ajoutent de fortes violences sexistes, racistes et de classe reproduites tant par l’institution que par le corps enseignant et étudiant et contre lesquelles rien n’est fait.

    De plus, occuper Sciences Po est fortement symbolique : en tant que fac où a étudié Emmanuel Macron et de nombreux membres de sa majorité parlementaire, celle-ci se fait le relais académique et symbolique de l’idéologie néolibérale et raciste dominante, qui transparaît tant dans la gestion de l’école que dans les contenus des enseignements. De nombreuses multinationales subventionnent notre école pour que soient vantées dans nos cours leurs pratiques d’exploitation des travailleur.euse.s, d’appropriation des ressources naturelles dans les pays du Sud Global, de violations des droits humains et de destruction de la planète. Cours d’économie néolibérale obligatoire en première année, cours néocoloniaux sur entrepreneuriat en Afrique, sur le droit du pétrole en master Énergie, sur la meilleure manière de licencier des salarié.e.s en master Ressources Humaines... Notre école est pleine de ces modules visant à former les hauts fonctionnaires zélés du régime libéral et autoritaire et les délinquants à col blanc qui ne cessent de renforcer leurs positions.

    Pour ces raisons, nous appelons tou.te.s les étudiant.e.s révolté.e.s par la politique de Macron, de Mion et de leurs allié.e.s à nous rejoindre pour faire de Sciences Po un lieu ouvert à tou.te.s, étudiant.e.s, chômeur.se.s, précaires, salarié.e.s, exilé.e.s, avec ou sans papiers, en vue de briser ce temple de l’enseignement injuste, inégalitaire et élitiste que l’on essaie de nous imposer.
    Nous, étudiant.e.s de Sciences Po réuni.e.s en AG :
    - tenons avant tout à préciser que les appariteur.se.s et personnels de sécurité ne sont pour rien dans notre mobilisation, et qu’aucune sanction ne sera tolérée contre elles et eux.
    - demandons la non-comptabilisation des absences les jours de manifestation, afin de permettre à chacun.e.s de pouvoir y participer et de se mobiliser pour ses droits.
    - actons le fait que le pouvoir est entre les mains d’une élite, et que les tractations de couloir sont malheureusement très efficaces pour faire advenir le changement. Aussi, nous demandons à Frédéric Mion, directeur de l’IEP, de faire marcher ses réseaux pour obtenir le retrait de tous les projets de loi que nous condamnons. Si des ordonnances permettent de les appliquer, deux ou trois coups de téléphone seront bien en mesure de les abroger.
    - Nous invitons les enseignant.e.s à réfléchir et discuter avec nous afin de construire une pédagogie nouvelle et de décloisonner les savoirs. Les enseignant.e.s vacataires, précarisé.e.s par les mêmes logiques qui conduisent aujourd’hui à la sélection, réclament que leurs cours soient payés quand bien même ils ne seraient pas assurés du fait de l’occupation.

    Aujourd’hui, nous occupons Sciences Po pour bloquer la production de ce savoir dominant qui forme les fondations du monde actuel qui sont classistes, racistes, sexistes.
    Nous occupons Sciences Po pour bloquer la reproduction des élites libérales, celles qui aujourd’hui sélectionnent aux frontières et à l’université, privatisent le pays et précarisent les plus exposé.e.s.
    Nous occupons Sciences Po car nous ne voulons plus écouter la litanie de vos théories dominantes, qui ne laissent aucun espace aux savoirs critiques et passent au rouleau compresseur la possibilité d’inventer un autre savoir pour un autre monde.
    Nous occupons Sciences Po contre leurs contrôles et leurs caméras, et avec notre désir de faire de notre école un lieu de rencontre et d’émancipation ; contre leur néo-management, nous affirmons l’entraide, la solidarité, l’autogestion et la lutte concrète et efficace contre toutes les formes d’oppression.
    Nous occupons Sciences Po en soutien à tou.te.s les exilé.e.s et notamment celleux qui occupent le bâtiment A de Paris 8 et leur demande de régularisation collective.
    Nous occupons Sciences Po parce que Macron en est sorti, et que nous ne voulons pas finir comme lui.


  • Café-Diplo à Nantes
    Le jeudi 19 avril, à 19 heures, au café « Le Flesselles », 3, allée Flesselles : « café-Diplo » autour du numéro de mars 2018 :

    de Claire Lecœuvre « Pourquoi manger bio ? ».

    L’association Générations futures a dévoilé le 20 février un rapport sur la présence de pesticides dans les produits agricoles : 73 % des fruits analysés pendant cinq ans et 41 % des légumes étaient contaminés. De quoi renforcer encore l’intérêt pour l’agriculture biologique. Mais que disent les études scientifiques sur les bienfaits de cette dernière en termes d’environnement comme de santé ?

    de Gérard Pommier « La médicalisation de l’expérience humaine ».

    Une perturbation de l’humeur, des moments de chagrin ou de tension sont-ils toujours signes de maladie ? La psychiatrie européenne a longtemps su en évaluer la gravité et trouver les prescriptions appropriées, du médicament à la cure psychanalytique. L’industrie pharmaceutique incite en revanche, sous couvert de science, à transformer des difficultés normales en pathologies pour lesquelles elle offre une solution.

    Claudie Desfosses | claudie.desfosses@orange.fr


  • NANTES – JEUDI 22 MARS 2018
    CAFÉ-DIPLO
    à 19 heures, au café « Le Flesselles », 3, allée Flesselles

    Deux sujets :

    – Le saint empire économique allemand" de Pierre Rimbert (Monde Diplomatique Février 2018)

    – Overdoses sur ordonnance
    « café-Diplo » autour de l’article de Maxime Robin « Overdoses sur ordonnance », paru dans Le Monde diplomatique de février 2018.

    Ils tuent davantage que les accidents de la route ou les armes à feu. Après avoir ravagé les ghettos noirs dans les années 1990, les opiacés déciment désormais les banlieues pavillonnaires et la petite classe moyenne américaines. Inédite par son ampleur et par ses victimes, cette épidémie d’overdoses l’est aussi par son origine : les consommateurs sont devenus dépendants en avalant des antidouleurs prescrits par leur médecin.

    Contact :
    Claudie Desfosses | claudie.desfosses@orange.fr


  • Larzac 1973

    L’émission Concordance des temps sur France culture vient de consacrer une émission au conflit du Larzac dans les années 1970. Les paysans-travailleurs de Loire-Atlantique, sous la houlette du charismatique Bernard Lambert, firent beaucoup pour le succès du grand rassemblement de l’été 1973.

    Emission à écouter en streaming à cette adresse : https://www.franceculture.fr/emissions/concordance-des-temps/le-conflit-du-larzac-archaique-ou-moderne


  • « Café-Diplo » à Nantes

    Le jeudi 15 février, à 19 h 30, au café « Le Flesselles », 3, allée Flesselles : « café-Diplo » autour du numéro de janvier 2018 et notamment deux articles :

    de Nabil Mouline « Petits arrangements avec le wahhabisme ».

    Héritier du trône, le Prince Mohammed Ben Salman entend réformer le royaume saoudien de manière profonde et sur tous les plans. Ses promesses de s’attaquer aux causes de l’extrémisme ne sont pas forcément synonymes d’une « déwahhabisation » du pays. Soutien et caution religieuse de la monarchie, les dignitaires wahhabites ont toujours su s’adapter aux précédentes tentatives de contrôle.

    de Vincent Sizaire « Le juge européen peut-il être un contre-pouvoir au service de la démocratie ? ».

    L’application du droit de l’Union européenne par la Cour de justice de Luxembourg verrouille l’empire du néolibéralisme sur la conduite des politiques publiques. Mais les ressources du droit européen dépassent ce cadre et cette grille de lecture. Déjà régulièrement garant des droits civils et politiques, le juge pourrait être saisi plus souvent sur l’application des droits sociaux.

    Contacts :
    claudie.desfosses@orange.fr
    nora.robin@yahoo.fr
    amdnantes44@gmail.com


  • Prochain café diplo à Nantes : 16/11 19h30

    Au café le Fleyselles, 3 allée Fleyselles. Nantes 44000

    Autour des articles
    – « L’enfer du miracle allemand », paru dans le numéro de septembre 2017
    – « Le complot des anticomplotistes », paru dans le numéro d’octobre 2017

    Débat animé par Claudie DESFOSSES (claudie.desfosses@wanadoo.fr)


  • AMD NANTES – 11 OCTOBRE 2017
    L’Empire de l’or rouge. Enquête mondiale sur la tomate d’industrie

    Le mercredi 11 octobre, à 19 h 30, au Flesselles, 3, allée Flesselles, rencontre avec Jean-Baptiste Malet autour de son ouvrage L’Empire de l’or rouge. Enquête mondiale sur la tomate d’industrie (Fayard) et de son article « Le capitalisme raconté par le ketchup » dans Le Monde diplomatique de juin.

    Réservation auprès de Claudie Desfossés : claudie.desfosses@wanadoo.fr

    La force d’un système économique tient à sa capacité à s’insinuer dans les moindres replis de l’existence, et en particulier dans nos assiettes. Une banale boite de concentré de tomate contient ainsi deux siècles d’histoire du capitalisme. Pour son nouvel ouvrage, Jean-Baptiste Malet a mené une enquête au long cours sur quatre continents. Une géopolitique de la « malbouffe » dont il présente ici un tour d’horizon inédit.


  • Prochain Rdv des AMD Nantes
    Débat conférence sur le commerce de la tomate

    Le 11 OCTOBRE, nous accueillerons Jean-Baptiste Malet de 19h00 à 22h au Fleyselles autour de son enquête mondiale sur la tomate « L’Empire de l’Or rouge » dont un extrait est paru dans le Monde Diplomatique de Juillet. Il viendra exposer son travail et nous pourrons débattre avec lui de cet exemple de développement du capitalisme mondial et de ses conséquences.
    A cette occasion, il dédicacera son livre. (Jean-Baptiste Malet est un jeune journaliste précaire)

    Venez nombreux.

    Contact :
    claudie.desfosses@wanadoo.fr


  • AMD Nantes

    Le premier documentaire de Jonathan Attias et Alexandre Lumbroso, « Des Clics de Conscience », sort le 4 octobre.

    Le film est notamment soutenu au niveau national et au niveau local par les Amis du Monde Diplomatique.

    Synopsis :
    Des pétitions, nous en signons de plus en plus sur internet. Mais que deviennent réellement ces clics une fois nos signatures récoltées ? En lançant #YesWeGraine, pétition destinée à préserver les semences traditionnelles, Alexandre et Jonathan ont mis en lumière la puissance du pouvoir citoyen.
    D’espoirs en désillusions, des potagers à la COP21, du Mexique au Sénat, Des Clics de Conscience fait germer le désir d’une reconquête démocratique.

    Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=Rp44nMlVYcQ



    ► Une avant-première du film à eu lieu jeudi 21 septembre à 20h30 au Cinéma Le Concorde de Nantes, suivie par un ciné-débat avec Alexandre Lumbroso (co-réalisateur et protagoniste) en présence des AMD de Nantes.


  • AMD Nantes
    Débat conférence le 11/10/17
    « L’Empire de l’Or rouge »

    Le 11 OCTOBRE, nous accueillerons Jean-Baptiste Malet de 19h00 à 22h au Fleyselles autour de son enquête mondiale sur la tomate « L’Empire de l’Or rouge » dont un extrait est paru dans le Monde Diplomatique de Juillet. Il viendra exposer son travail et nous pourrons débattre avec lui de cet exemple de développement du capitalisme mondial et de ses conséquences.
    A cette occasion, il dédicacera son livre. (Jean-Baptiste Malet est un jeune journaliste précaire)

    Le nombre de places étant limité, il est impératif de s’inscrire et en cas de nombre important de participants, nous organiserons 2 interventions : l’une à 19H l’autre à 20H30.
    Merci de contacter Claudie Desfosses | claudie.desfosses@orange.fr


  • AMD Nantes 3 dates à retenir :
    – 14/09/17 Café-Diplo
    – 20/09/17 Cinéma le Concorde, en avant première : "Des clics de conscience"
    – 11/10/17 Débat-conférence autour d’une enquête mondiale sur la tomate "l’Empire de l’or rouge"

    Café-Diplo à Nantes

    Le jeudi 14 septembre, à 19 h 30, au café « Le Fleyselles », 3, allée Fleyselles : « café-Diplo » autour de deux articles du numéro d’août :

    « Anatomie d’une triple crise » de Razmig Keucheyan

    Il y a dix ans éclatait la crise financière la plus grave depuis 1929. Les banquiers ont repris leurs affaires habituelles, mais l’onde de choc continue de se propager. Elle a rendu caducs certains modèles de croissance et provoqué un discrédit massif du monde politique. À ces deux crises s’ajoute celle, écologique, qui menace la planète elle-même. Comment les pensées critiques articulent-elles ces trois dimensions ?

    et « L’air conditionné à l’assaut de la planète » de Benoît Bréville

    Qui n’a jamais rêvé, quand la chaleur devient étouffante, de brancher le climatiseur pour profiter d’une brise de fraîcheur ? Alimentée par les canicules à répétition, cette tentation n’a rien d’anodin : l’air conditionné change les modes de vie des pays où il s’implante.

    Cinéma

    Les Amis du Monde Diplomatique soutiennent le premier documentaire de Jonathan Attias et Alexandre Lumbroso "Des clics de conscience" qui sort le 4 Octobre

    EN AVANT PREMIERE A NANTES LE 20 SEPTEMBRE à 20H30

    ► au Cinéma Le Concorde de Nantes, la projection sera suivie d’un ciné-débat avec Alexandre Lumbroso (co-réalisateur et protagoniste).

    Synopsis :
    Des pétitions, nous en signons de plus en plus sur internet. Mais que deviennent réellement ces clics une fois nos signatures récoltées ? En lançant #YesWeGraine, pétition destinée à préserver les semences traditionnelles, Alexandre et Jonathan ont mis en lumière la puissance du pouvoir citoyen.
    D’espoirs en désillusions, des potagers à la COP21, du Mexique au Sénat, Des Clics de Conscience fait germer le désir d’une reconquête démocratique.

    Débat conférence

    Le 11 OCTOBRE, nous accueillerons Jean-Baptiste Malet de 19h00 à 22h au Fleyselles autour de son enquête mondiale sur la tomate "L’Empire de l’Or rouge" dont un extrait est paru dans le Monde Diplomatique de Juillet. Il viendra exposer son travail et nous pourrons débattre avec lui de cet exemple de développement du capitalisme mondial et de ses conséquences.
    A cette occasion, il dédicacera son livre. (Jean-Baptiste Malet est un jeune journaliste précaire)

    Le nombre de places étant limité, il est impératif de s’inscrire et en cas de nombre important de participants, nous organiserons 2 interventions : l’une à 19H l’autre à 20H30.
    Merci de contacter Claudie Desfosses | claudie.desfosses@orange.fr


  • NANTES – 14 SEPTEMBRE 2017
    Café-Diplo à Nantes

    Le jeudi 14 septembre, à 19 h 30, au café « Le Fleyselles », 3, allée Fleyselles : « café-Diplo » autour de deux articles du numéro d’août :

    « Anatomie d’une triple crise » de Razmig Keucheyan

    Il y a dix ans éclatait la crise financière la plus grave depuis 1929. Les banquiers ont repris leurs affaires habituelles, mais l’onde de choc continue de se propager. Elle a rendu caducs certains modèles de croissance et provoqué un discrédit massif du monde politique. À ces deux crises s’ajoute celle, écologique, qui menace la planète elle-même. Comment les pensées critiques articulent-elles ces trois dimensions ?

    et « L’air conditionné à l’assaut de la planète » de Benoît Bréville

    Qui n’a jamais rêvé, quand la chaleur devient étouffante, de brancher le climatiseur pour profiter d’une brise de fraîcheur ? Alimentée par les canicules à répétition, cette tentation n’a rien d’anodin : l’air conditionné change les modes de vie des pays où il s’implante.

    Claudie Desfosses | claudie.desfosses@orange.fr

    Nora Robin
    AMDNantes44@gmail.com


  • http://www.amis.monde-diplomatique.fr/article111.html

    glossaire néo-libéral
    Voici la sixième édition de ce glossaire, enrichie de nouvelles contributions (comme celles de Paul Laurendeau et Mathieu Gauthier, du Canada, de Bernard Berthelot, de Saint-Quentin, dans l’Aisne, de Christian Paroissin, de Paris, de David Krieff, de New York, de Robert Libiszewski (que j’invite à me préciser le sens de Performance), de Maisons-Lafitte, et d’un lecteur – auteur de Rebondir – dont j’ai malheureusement perdu le nom et que j’invite à me recontacter). Je vous signale aussi la nouvelle adresse électronique de Gérard Leduc, à l’origine de cette initiative : yg.leduc@wanadoo.fr Pour rendre le texte plus visible, j’en ai aussi changé le titre.

    Le glossaire ci-après, avec l’introduction de Gérard Leduc (Ami du Diplo de Tours), constitue un travail de fond des Amis du Diplo de Tours. L’idée qui a présidé à sa naissance est que le maître des mots est maître des idées et celui-ci maître des esprits. En ce sens, il se situe dans le droit fil des préoccupations du Diplo, qui avait établi, il y a plusieurs années, que le communisme (entendu au sens courant) avait perdu la bataille des mots – donc la bataille des idées – bien avant de s’écrouler, à Berlin, le 9 novembre 1989. Ce glossaire est destiné à s’enrichir au fil des séances, au gré de l’imagination de chacun de nous. Il a pour dessein d’inciter le lecteur à débusquer, derrière des termes innocents, les perversions du langage provoquées par la doxa néo-libérale. Il s’agit donc, en décapant chaque mot, de repousser l’emprise du vocabulaire des nouveaux chiens de garde. Il n’est pas nécessaire d’éliminer les mots en question, il suffit de supprimer leur halo. Je m’explique : chaque mot ne se termine pas lorsqu’on a fini de l’énoncer. Le sens qu’il porte, comme la couleur d’un objet, irradie les termes environnants (ex. : le bleu ou le rouge n’apparaissent pas semblables selon qu’ils reposent sur une surface jaune, blanche ou noire). Il en est ainsi des mots qui, judicieusement disposés dans un discours, « colorent » ce discours d’une façon particulière. Leur influence est d’autant plus grande – et plus pernicieuse – qu’il s’agit de mots a priori « neutres ». Si nous les identifions, non seulement nous supprimons leur halo mais nous en éliminons l’influence, puisque leur force est précisément d’être invisibles. C’est le « test de Dracula » : exposés à la lumière, ils meurent.

    Albanais : modèle social paranoïaque, autarcique et bunkérisé de feu Enver Hodja auquel les zozos altermondalistes veulent délibérément ramener notre pays alors que celui-ci doit s’engager plus que jamais sur la voie de la repentance et du rattrapage économique par le truchement de sa douloureuse mais nécessaire modernisation. (Définition aimablement proposée par Jean-Luc Perrin).

    Archaïque (archaïsme) : traction hippomobile, lampe à pétrole, moulin à eau, impôt, salaire minimum, congés payés, grève, conventions collectives, retraite par répartition, refus de la Bourse. Les Français, non contents de garder leurs habitudes archaïques, s’y vautrent. Ainsi en est-il de leur regrettable réticence à l’égard de la Bourse, de leur attachement lamentable à des pratiques incompréhensibles, telle la réduction du temps de travail, que les pays étrangers (voir ce nom) considèrent avec la condescendance qui sied à ce genre de fantaisie. Superlatif : paléolithique (voir ce mot).

    Suite sur ce lien :
    http://www.amis.monde-diplomatique.fr/article111.html


  • NANTES – 22 JUIN 2107
    Café-Diplo

    Le jeudi 22 juin, à 19 h 30, au café « Le Fleyselles », 3, allée Fleyselles : « café-Diplo » autour de deux articles du numéro de mai :

    « Le talon d’Achille du nucléaire français » d’Agnès Sinaï

    Pendant le prochain quinquennat, 53 des 58 réacteurs du parc atomique français dépasseront les quarante années de fonctionnement. Faudra-t-il prolonger leur exploitation au-delà de la durée prévue lors de leur conception, remplacer ces centrales par une nouvelle génération ou sortir progressivement du nucléaire ? L’histoire édifiante d’une pièce essentielle du dispositif de sûreté interroge les choix à venir.

    et « Les réfugiés, une bonne affaire » de Nicolas Autheman

    Les désastres humanitaires ne sont pas désastreux pour tout le monde. Cabinet d’audit, vendeur de cartes de paiement ou géant de l’ameublement : sitôt qu’un camp ouvre, des entreprises se précipitent pour profiter d’une « industrie de l’aide » dont le volume annuel dépasse 25 milliards de dollars.

    Claudie Desfosses | claudie.desfosses@wanadoo.fr

    Nora Robin
    amdnantes44@gmail.com


  • AMD Nantes
    Café-Diplo

    NANTES – 4 MAI 2017
    Et cette fois encore, le piège du vote utile ?

    Le jeudi 4 mai, à 19 h 30, au café « Le Fleyselles », 3, allée Fleyselles : « café-Diplo » autour de l’article de Serge Halimi « Et cette fois encore, le piège du vote utile ? » paru dans le numéro d’avril 2017.

    Le premier tour de l’élection présidentielle, le 23 avril, à opposé onze candidats aux opinions très diverses. Ce pluralisme a été en partie éclipsé par les affaires judiciaires et par la place que les médias ont consacrée au bal incessant des sondages. Néanmoins, la perception de la nature profondément antidémocratique des institutions françaises et européennes gagne les esprits. Mais la traduction en termes électoraux de cette conscience nouvelle risque d’être dévoyée par le piège d’un « vote utile » qui choisirait comme opposant à l’extrême droite un adorateur de la mondialisation.

    La discussion sera précédé d’un vote des participants, dont nous pourrons tiré les enseignements.

    Claudie Desfosses | claudie.desfosses@wanadoo.fr

    Nora Robin
    amdnantes44@gmail.com

    • http://www.monde-diplomatique.fr/2017/04/HALIMI/57398

      Avril 2017, pages 1, 16 et 17
      FRANCE : PAYSAGE AVANT LA BATAILLE ÉLECTORALE

      Et cette fois encore, le piège du vote utile ?
      Le premier tour de l’élection présidentielle, le 23 avril, opposera onze candidats aux opinions très diverses. Ce pluralisme a été en partie éclipsé par les affaires judiciaires et par la place que les médias ont consacrée au bal incessant des sondages. Néanmoins, la perception de la nature profondément antidémocratique des institutions françaises et européennes gagne les esprits. Mais la traduction en termes électoraux de cette conscience nouvelle risque d’être dévoyée par le piège d’un « vote utile » qui choisirait comme opposant à l’extrême droite un adorateur de la mondialisation.
      par Serge Halimi
      Et cette fois encore, le piège du vote utile ?↑

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      Théo Haggaï – de la série « Cailloux »
      http://theo-haggai.tumblr.com
      Nous entrons dans une ère politique où bien des phrases qui commencent par « Ce serait la première fois que... » semblent annoncer la réalisation d’une éventualité jusqu’alors inconcevable. En ce printemps 2017, l’élection présidentielle française marque ainsi la première fois que l’on ne s’interroge plus sur la présence du Front national (FN) au second tour : on pose l’hypothèse, encore très improbable, de sa victoire. La première fois que nul ne défend le bilan d’un quinquennat alors même que deux anciens ministres du président sortant, MM. Benoît Hamon (Parti socialiste, PS) et Emmanuel Macron (En marche !), participent au scrutin. La première fois aussi que les candidats du PS et de la droite, qui ont gouverné la France sans discontinuer depuis le début de la Ve République, pourraient être conjointement éliminés dès le premier tour.

      On chercherait également en vain des précédents à une campagne aussi parasitée par l’information continue, les affaires judiciaires, l’incapacité générale à fixer son attention plus de vingt-quatre heures sur une question essentielle. Et on ne trouve assurément aucun cas antérieur d’un postulant important à la magistrature suprême poursuivi pour détournement de fonds publics alors qu’il proclame depuis dix ans que la France est en faillite.

      Le renoncement du président sortant à briguer un second mandat risque de dissimuler le point de départ de tous ces dérèglements. Le quinquennat qui s’achève a vu M. François Hollande devenir le chef d’État le plus impopulaire de la Ve République, et ce juste après que son prédécesseur, M. Nicolas Sarkozy, eut déjà été répudié. Or, le président socialiste l’a admis lui-même, il a « vécu cinq ans de pouvoir relativement absolu (1) ». En juin 2012, pour la première fois de son histoire, le PS contrôlait en effet la présidence de la République, le gouvernement, l’Assemblée nationale, le Sénat, 21 des 22 régions métropolitaines, 56 des 96 départements et 27 des 39 villes de plus de 100 000 habitants.

      De ce pouvoir M. Hollande a fait un usage discrétionnaire autant que solitaire. C’est lui qui a décidé l’état d’urgence, engagé la France dans plusieurs conflits extérieurs, autorisé l’assassinat de simples suspects par voie de drone. Lui, aussi, qui a fait modifier le code du travail, contraignant sa majorité parlementaire à une réforme qu’elle refusait d’endosser (recours à l’article 49-3 de la Constitution) et pour laquelle ni elle ni lui n’avaient reçu mandat du peuple. Sans oublier la refonte de la carte des régions françaises, que le chef de l’État a redessinée de son bureau de l’Élysée.

      Voilà qui pose avec acuité la question des institutions de la Ve République, que M. Hamon et M. Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) se sont engagés à remettre en cause, mais dont M. François Fillon (Les Républicains) et M. Macron s’accommodent, tout comme Mme Marine Le Pen. Aucune autre démocratie occidentale ne connaît une telle concentration du pouvoir entre les mains d’un seul. Au-delà du danger, bien réel, de voir un jour en disposer un chef de l’État moins débonnaire que celui qui achève son mandat, les proclamations ronflantes sur la démocratie française, la République, butent sur un constat que la présidence de M. Hollande a rendu aveuglant : l’exercice solitaire du pouvoir conforte la faculté illimitée de piétiner les engagements d’une campagne qui pourtant devrait fonder le mandat du peuple souverain.

      M. Hollande s’engageait à défendre la sidérurgie française, il a entériné la fermeture du site de Florange ; il devait renégocier le pacte de stabilité européen, il y a renoncé dès le premier jour de son mandat ; il promettait d’« inverser la courbe du chômage » avant la fin de l’année 2013, elle a poursuivi son envol trois ans de plus. Toutefois, si un sentiment de trahison s’est ancré aussitôt dans les esprits, c’est sans doute en raison d’une phrase qui a marqué sa campagne de 2012 et que chacun a réentendue cent fois depuis : « Mon seul adversaire, c’est le monde de la finance. » Or M. Hollande a pris sitôt élu un ancien banquier de Rothschild pour conseiller à l’Élysée, avant de lui confier les clés du ministère de l’économie.

      L’actuelle faveur dont semble bénéficier M. Macron dans l’opinion est d’autant plus déconcertante qu’elle risque de propulser vers le pouvoir suprême le digne héritier, fût-il parricide, de ce président sortant à l’impopularité inégalée. « Emmanuel Macron, c’est moi, a lâché un jour M. Hollande, il sait ce qu’il me doit. » Assurément, M. Macron n’est pas socialiste, mais M. Hollande non plus. L’un le proclame, l’autre biaise. Les propos du premier tournent le dos à une tradition de gauche qui pourfendait « l’argent » ou « la finance », mais cela correspond aux convictions que le second exprimait dès 1985 dans un ouvrage, La gauche bouge, qui avait également pour auteurs l’actuel ministre de la défense et le secrétaire général de l’Élysée (2).

      Dans ce livre, on trouvait déjà l’idée chère à M. Macron, même si elle est chez lui ensevelie sous des amas de mots cotonneux et creux, d’une nouvelle alliance sociale entre les classes moyennes cultivées et le patronat libéral, soudés par la volonté conjointe de se déployer dans un marché mondial. « Entrepreneuriat » plutôt qu’« assistanat », profit plutôt que rente, réformistes et modernistes contre extrémistes et passéistes, refus de la nostalgie « des chameliers et des porteurs d’eau » : entendre M. Macron, c’est réécouter ce que proclamaient M. William Clinton dès 1990, MM. Anthony Blair et Gerhard Schröder quelques années plus tard (3). Et le suivre reviendrait à s’engager plus hardiment encore que M. Hollande dans la « troisième voie » du progressisme néolibéral. Celle qui a enjôlé le Parti démocrate américain et la social-démocratie européenne, les laissant dans le ravin où ils gisent en ce moment.

      « Le projet d’Emmanuel Macron, c’est le marchepied du Front national »

      « Mondialistes » et « parti de Bruxelles » contre « patriotes » : Mme Le Pen se réjouirait que l’affrontement politique se résume à cette dialectique. Député PS et pilier de la campagne de M. Macron, M. Richard Ferrand semble devancer ses désirs : « Il y a, estime-t-il, d’une part, les néonationalistes réactionnaires et identitaires ; et, de l’autre, les progressistes qui pensent que l’Europe est nécessaire (4). » Une telle structuration du débat idéologique n’est pas innocente. Il s’agit, de part et d’autre, de submerger la question des intérêts de classe en alimentant pour les uns des terreurs « identitaires », en vitupérant pour les autres des pulsions « réactionnaires ».

      Mais, n’en déplaise à tous les progressistes de marché, ceux « qui pensent que l’Europe est nécessaire » sont situés socialement. Les « travailleurs détachés » qu’une directive bruxelloise de 1996 a enfantés, et dont le nombre a décuplé ces dix dernières années, sont plus souvent ouvriers du bâtiment ou salariés agricoles que chirurgiens ou antiquaires. Or ce que « pensent » les victimes de ce dispositif est aussi et d’abord le produit de ce qu’ils appréhendent, c’est-à-dire un dumping salarial qui menace leurs conditions d’existence. Pour eux, l’Europe ne se résume pas au programme Erasmus et à l’Ode à la joie.

      Stratège politique de M. Donald Trump, M. Stephen Bannon a compris le parti que la droite nationaliste pouvait tirer du déclassement social qui accompagne presque toujours les célébrations du village global. « Le cœur de ce que nous croyons, explique-t-il, c’est que nous sommes une nation avec une économie, et pas une économie dans je ne sais quel marché mondial aux frontières ouvertes. Les travailleurs du monde en ont assez d’être soumis au parti de Davos. Des New-Yorkais se sentent désormais plus proches des habitants de Londres ou de Berlin que de ceux du Kansas ou du Colorado, et ils partagent avec les premiers la mentalité d’une élite qui entend dicter à tous la façon dont le monde sera gouverné (5). » Quand, dans ses réunions publiques constellées de drapeaux européens, M. Macron exalte la mobilité, réclame la « relance par les marges des entreprises » et s’engage à supprimer les indemnités de chômage après le deuxième refus d’une « offre d’emploi décente (6) », comment distinguer ses propositions des intérêts des oligarques de l’argent et du savoir qui composent le « parti de Davos » ? On imagine les dégâts démocratiques qui découleraient d’un éventuel face-à-face entre lui et Mme Le Pen, celui-là même que les médias s’emploient à installer.

      Depuis plus de vingt ans, prôner le « vote utile » revient à présenter les deux partis dominants en remparts contre une extrême droite dont leurs choix successifs et concordants ont favorisé l’envol. « Aujourd’hui, estime M. Hamon, le projet d’Emmanuel Macron, c’est le marchepied du Front national (7). » Mais, réciproquement, la puissance du FN a affermi le monopole du pouvoir de ses adversaires, socialistes compris (8). Dès 1981, François Mitterrand calculait qu’une extrême droite puissante obligerait la droite à faire alliance avec elle, au risque de devenir ainsi inéligible (9). La manœuvre s’est renversée en avril 2002, quand M. Jean-Marie Le Pen a affronté M. Jacques Chirac lors du second tour de l’élection présidentielle. Depuis, la droite n’a plus qu’à devancer le PS dans n’importe quel scrutin, national ou local, pour devenir aussitôt aux yeux de presque toute la gauche l’archange de la démocratie, de la culture, de la République.

      Des institutions monarchiques qui permettent toutes les roueries, tous les reniements ; une vie politique verrouillée par la peur du pire ; des médias qui s’accommodent des unes tout en se repaissant de l’autre ; et puis, il y a… l’Europe. La plupart des politiques économiques et financières de la France y sont étroitement subordonnées, ce qui n’empêche pas l’essentiel de la campagne de s’être déroulée comme si le prochain président allait pouvoir agir en toute liberté.

      Une victoire de Mme Le Pen pourrait signer la fin de l’Union européenne — elle a prévenu : « Je ne serai pas la vice-chancelière de Mme Merkel. » Dans l’hypothèse où l’un des favoris du scrutin — et de Mme Angela Merkel —, c’est-à-dire M. Fillon ou M. Macron, s’installait à l’élysée, la continuité avec les présidents qu’ils ont servis respectivement serait en revanche assurée, la cohérence avec les orientations de la Commission européenne préservée et l’hégémonie allemande et l’ordolibéralisme confirmés, l’une faisant office de gardienne sourcilleuse de l’autre. La question se poserait différemment pour M. Hamon ou pour M. Mélenchon. Mis à part les tentations fédéralistes du premier et son appui à l’idée d’une défense européenne, leurs objectifs peuvent paraître proches. Mais leurs moyens de les atteindre diffèrent du tout au tout, au point que leurs deux candidatures se concurrencent et font courir à chacun le risque de l’élimination.

      Avec M. Hamon, difficile d’échapper à un sentiment de déjà-vu. Cherchant à concilier son attachement à l’Union européenne et son désir de la voir rompre avec l’austérité pour conduire une politique plus favorable à l’emploi et à l’environnement et moins impitoyable envers des États comme la Grèce que leur endettement accable, le candidat socialiste doit se persuader que la réorientation à laquelle il aspire est possible, y compris dans le cadre des institutions actuelles ; qu’il est concevable d’« atteindre des résultats tangibles sans se mettre à dos toute l’Europe ». Et il fonde son espérance sur un regain d’influence de la gauche européenne, allemande en particulier.

      Or c’est presque exactement l’hypothèse qu’avait laissée miroiter M. Hollande il y a cinq ans. Le 12 mars 2012, s’engageant « solennellement » devant ses camarades européens réunis à Paris à « renégocier le traité budgétaire » qu’avaient conclu Mme Merkel et M. Sarkozy, il précisait : « Je ne suis pas seul parce qu’il y a le mouvement progressiste en Europe. Je ne serai pas seul parce qu’il y aura le vote du peuple français qui me donnera mandat » (lire « L’engagement trahi »).

      Mme Cécile Duflot, qui devint sa ministre du logement, nous rappelle la suite : « Tout le monde attendait que [M. Hollande] engage le bras de fer avec Angela Merkel. (…) Nous allions enfin tourner le dos au Merkozy. (...) Tout libéral et rigide qu’il est, l’Italien Mario Monti comptait sur la France pour inverser la tendance. Le très conservateur Mariano Rajoy voyait dans l’élection de François Hollande la possibilité de desserrer l’étau qui étreignait l’Espagne. Quant à la Grèce et au Portugal, ils étaient prêts à suivre n’importe quel sauveur pour éviter la ruine (10). » On sait ce qu’il advint.

      Une Union européenne fébrile à chaque scrutin national

      Rien d’autre au fond que ce qui s’était déjà produit quinze ans plus tôt (11). À l’époque, M. Hollande dirigeait le PS et M. Lionel Jospin le gouvernement. En guise de prélude à la monnaie unique, un « pacte de stabilité et de croissance » venait d’être négocié qui prévoyait un ensemble de disciplines budgétaires, dont des amendes en cas de déficits excessifs. Chef de l’opposition, M. Jospin n’avait pas manqué de dénoncer dans le pacte un « super-Maastricht », « absurdement concédé aux Allemands ». Devenu premier ministre en juin 1997, il en accepta néanmoins tous les termes au Conseil européen d’Amsterdam, quelques jours plus tard. Pour prix de son consentement, prétendit M. Pierre Moscovici, alors ministre des affaires européennes, il aurait arraché « la première résolution d’un Conseil européen consacrée à la croissance et à l’emploi ». Une résolution à l’impact foudroyant, comme chacun a pu en témoigner depuis.

      MM. Hamon et Mélenchon entendent à leur tour renégocier les traités européens. Cette fois, s’en donnent-ils les moyens ? M. Hamon ne remet pas en question l’indépendance de la Banque centrale européenne, mais il espère « faire évoluer ses statuts ». Il consent à la règle des 3 % de déficit public, mais « souhaite des politiques de relance » compatibles avec ses ambitions écologistes. Il propose « la constitution d’une assemblée démocratique de la zone euro », mais il précise aussitôt : « J’accepterai qu’on en discute, évidemment. Je n’irai pas à Berlin ou ailleurs en disant : “C’est cela ou rien”, ça n’a pas de sens. »

      Certaines de ces réformes exigent l’accord unanime des membres de l’Union et aucune d’elles ne peut aujourd’hui se prévaloir de l’aval de Berlin. M. Hamon espère par conséquent modifier la donne grâce à un « arc d’alliance des gauches européennes ». Et il récuse le précédent peu encourageant de 2012 : « Je crois que les Allemands sont plus ouverts aujourd’hui qu’ils ne l’étaient quand M. Hollande est arrivé au pouvoir. » La crainte d’une dislocation de l’Union européenne d’une part, la perspective d’une alternance politique en Allemagne de l’autre auraient rebattu les cartes à son profit. « Je suis du parti de l’espérance », admet-il néanmoins.

      L’espérance de M. Mélenchon, elle, a changé depuis 2012. Puisque « aucune politique progressiste n’est possible » dans l’Union telle qu’elle existe, à défaut d’une « sortie concertée des traités européens » ou de leur refonte (plan A) il n’exclut plus une « sortie unilatérale » (plan B). Comme il ne croit pas trop à une poussée prochaine et simultanée des forces de gauche, lesquelles auraient plutôt tendance à refluer ces dernières années, la France, deuxième puissance de l’Union, devient à ses yeux le « levier de la bataille européenne ». Codirecteur de la rédaction de son programme présidentiel, Jacques Généreux résume ainsi l’équation : « La sortie contrainte de la France signifierait la fin de l’euro et la fin de l’Union européenne, tout simplement. Personne n’a intérêt à prendre ce risque. Surtout pas l’Allemagne. » Par conséquent, tout en refusant de se plier aux règles européennes qui contraignent ses priorités économiques, « la France peut sans crainte, et si elle le souhaite, rester dans l’euro aussi longtemps qu’elle veut (12) ».

      L’Union européenne était devenue indifférente aux choix démocratiques de ses peuples, assurée que les orientations fondamentales des États membres étaient verrouillées par des traités. Depuis le vote du « Brexit » et la victoire de M. Trump, la politique prend sa revanche. Une Union désormais fébrile observe chaque scrutin national comme si elle y jouait sa peau. Même la victoire d’un des candidats français qu’elle a adoubés ne la rassurerait pas longtemps.

      (13)


  • Café-Diplo
    NANTES – 6 AVRIL 2017

    Le jeudi 6 avril, à 19 h 30, au café « Le Fleyselles », 3, allée Fleyselles : « café-Diplo » autour de deux articles du numéro de mars :

    « Les pompiers entre dévouement et amertume » de Romain Pudal

    Les pompiers — majoritairement de jeunes hommes blancs peu diplômés — sont en contact permanent avec les plus défavorisés. Ils assistent depuis une vingtaine d’années à la dégradation simultanée de leurs conditions de travail, sous l’effet des politiques de rigueur, et des conditions de vie de ceux qu’ils aident. Avec des conséquences politiques dont les progressistes peinent à mesurer l’ampleur.

    et « Pékin, scène rock » de Léo de Boisgisson

    Fini le temps où les jeunes amateurs de musique occidentale devaient s’échanger sous le manteau les disques des groupes venus d’Europe ou d’Amérique. Les rockeurs les plus en vue sont désormais chinois et se produisent parfois sur les scènes internationales. Devenus très créatifs, ils découvrent les joies du marché sans être toujours à l’abri de la censure.

    Claudie Desfosses | claudie.desfosses@wanadoo.fr

    Nora Robin
    amdnantes44@gmail.com


  • Le Monde diplomatique

    http://www.monde-diplomatique.fr/mav/152
    Ethnicité, minorités, diversité
    L’engrenage identitaire
    Manière de voir n°152, avril - mai 2017
    http://www.monde-diplomatique.fr/local/cache-vignettes/L300xH381/arton57312-0ceab.jpg
    Tous les pays abritent des minorités ethniques, religieuses, régionales ou linguistiques, des populations indigènes ou des immigrants. Perçue comme une richesse ou comme une menace, cette diversité s’accompagne souvent d’inégalités. Comment les pouvoirs publics y font-ils face ? Cette livraison de « Manière de voir » explore les politiques mises en place pour organiser la cohabitation, en s’attachant particulièrement au prétendu « modèle français d’intégration ».
    Disponible en kiosques et sur notre boutique en ligne
    Numéro coordonné par Benoît Bréville

    Édition : Olivier Pironet

    Conception graphique : Boris Séméniako

    Carnavals
    Benoît Bréville

    I. Identités à la carte

    L’identité d’un individu fut longtemps considérée comme une donnée objective, déterminée dès l’enfance de façon binaire : on naissait homme ou femme, national ou étranger, dans une famille bourgeoise ou ouvrière. Depuis les années 1970-1980, ce caractère inné se trouve remis en question, l’identité apparaissant comme un phénomène construit, mouvant, pluriel. Appartenance de classe, sexuelle, ethnique, religieuse, nationale ou même politique, chacun est désormais libre de composer le cocktail de son choix, au risque de favoriser une fragmentation des revendications et des engagements.

    Un problème de type « cumul des mandats »
    Vincent Descombes

    La Pachamama et la Banque mondiale
    Maurice Lemoine

    Combats pour la différence sexuelle
    Gabriel Girard et Daniela Rojas Castro

    Choc des histoires dans les lycées américains
    Serge Halimi et John Seery

    Rien n’empêche le mépris de classe
    Owen Jones

    Partager la chaîne
    Marcel Durand

    Les Tchouques contre les Tchiches
    Bertolt Brecht

    De la question noire à la révolution mondiale
    Matthieu Renault

    L’universalisme, une arme pour la gauche
    Vivek Chibber

    II. Politiques de la diversité

    Tous les pays abritent des minorités ethniques, religieuses, régionales ou linguistiques, des populations indigènes ou des immigrants. Perçue comme une richesse culturelle ou comme une menace, cette diversité s’accompagne souvent d’inégalités, de rapports de domination, voire de persécutions. Comment les pouvoirs publics y font-ils face ? Quelles politiques mettent-ils en place pour organiser la cohabitation ? Tandis que certains États reconnaissent et favorisent l’expression des particularismes, d’autres s’emploient à les gommer afin de forger un sentiment d’unité. Loin de constituer des solutions miracles, ces modèles sont le fruit de l’histoire et des traditions nationales.

    De Rome à la Chine, les leçons des empires
    Jane Burbank et Frederick Cooper

    Les castes s’exportent au Royaume-Uni
    Alexia Eychenne

    En Algérie, l’école au défi des langues
    Akram Belkaïd

    Le conflit libanais n’était pas une guerre de religion
    Georges Corm

    L’Afrique du Sud dans le piège des quotas
    Johann Rossouw

    Persécution religieuse en Birmanie
    Warda Mohamed

    États en miettes dans l’Europe des régions
    Paul Dirkx

    Petite histoire du passeport
    B. B.

    III. Intégrations à la française

    Contrairement aux autres pays européens, la France est devenue une terre d’immigration dès le milieu du XIXe siècle. Des Belges, des Italiens, des Polonais puis des Espagnols, des Portugais, des Algériens ou encore des Sénégalais sont venus y chercher du travail et s’y installer, parfois définitivement. Ces migrants n’ont pas tous suivi le même chemin pour s’insérer dans leur nouvelle société, et les gouvernements ne leur ont pas réservé le même accueil. Ces différences contredisent l’idée qu’il existe un modèle d’intégration spécifiquement français, ancré dans la tradition républicaine et inchangé depuis cent cinquante ans.

    Le mythe d’une France accueillante
    Gérard Noiriel

    Une épée de Damoclès sur les salaires
    Michelle Perrot

    Haro sur les Lumières
    Zeev Sternhell

    Juifs de France en perte de repères
    Sylvie Braibant et Dominique Vidal

    Ces Tziganes dont personne ne veut
    Chantal Aubry

    Islamophobie ou prolophobie ?
    B. B.

    Binationaux, la suspicion
    A. B.

    L’arabe, parent pauvre de l’éducation nationale
    Emmanuelle Talon

    Iconographie

    Ce numéro est accompagné de photographies de Charles Fréger : www.charlesfreger.com et de Patrick Zachmann : www.magnumphotos.com/photogr...

    Le dernier livre de Charles Fréger, Yokainoshima. Célébration d’un bestiaire nippon, est disponible aux éditions Actes Sud.

    Signes particuliers

    Roule ma poule

    Puisque Lénine ne l’a pas dit...

    Universités inclusives

    Castes sans frontières

    L’histoire comme ciment

    Une république confessionnelle

    Protection internationale

    Les panthères du Québec libre

    À coups de stylet

    Baril de poudre

    Exploitation intra-africaine

    La traversée des Pyrénées

    Par la bande...

    Les Polonais contre les nouveaux migrants

    Cartographie

    Cécile Marin

    Modèles de cohabitation

    Tentations séparatistes

    Destins des enfants d’immigrés

    Documentation

    Olivier Pironet

    Chronologie : Des Bohémiens aux Roms