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  • Un document signé Jacques Foccart établit la pratique des assassinats ciblés de l’Etat français

    http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/09/05/enquete-sur-un-permis-de-tuer-signe-jacques-foccart_5181120_1653578.html

    Un document extrait des archives du conseiller du général de Gaulle montre comment, pendant la guerre d’Algérie, un ingénieur allemand s’est retrouvé dans la mire des services extérieurs.

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    Au cœur de l’été 1958, dans le plus grand secret d’un pouvoir gaulliste tout juste sorti de sa traversée du désert grâce au putsch d’Alger du 13 mai, la France n’entend négliger aucun moyen, même les plus illégaux, pour mener une guerre qui va encore durer quatre ans. Si certaines forces françaises ont recours à la torture sur le sol algérien, le dernier gouvernement de la IVe République, dirigé par le général de Gaulle, ordonne, de son côté, des opérations clandestines dans le reste du monde contre ceux qui menacent ses intérêts en Algérie. Assassinats ciblés, attentats, avertissements sous forme d’agressions, ces pratiques sont monnaie courante – « des centaines », dira Constantin Melnik, coordinateur des services de renseignement de 1959 à 1962.

    Considérant agir en toute légitimité même s’il est en totale infraction avec le droit international ou domestique, l’Etat français, que ce soit en 1958 ou en 2015, sous la présidence de François Hollande, s’est toujours réservé cette liberté, marquant ainsi les limites du contrôle de l’usage de la force, y compris dans les plus grandes démocraties. Levant un tabou, M. Hollande l’a même confirmé, oralement, dans plusieurs ouvrages, fin 2016. Mais il n’existait aucune trace écrite de ces décisions, du moins jusqu’à la découverte d’un document unique dans le fonds d’archives de Jacques Foccart, l’homme des services secrets et des basses œuvres du gaullisme, également connu comme le père de la Françafrique.

    Daté du 1er août 1958 et annoté de la main de Foccart, ce document non seulement livre les détails d’une condamnation à mort « d’un sujet allemand, (…) dont l’action est très néfaste aux intérêts français en Algérie », mais donne également les identités de la cible et de tous ceux ayant concouru au feu vert donné à son élimination physique. La lecture de cette pièce offre, enfin, une connaissance du processus d’autorisation qui fait intervenir les plus hautes autorités du pays et pose, même soixante ans plus tard, la question de la responsabilité d’un Etat.

    « Le traiter discrètement par toxique indétectable »

    Le Monde a reconstitué l’histoire de cet homme et les raisons qui ont conduit la France à vouloir le tuer. Cette plongée permet de découvrir un épisode méconnu de la guerre d’Algérie : l’action d’un réseau germanophone de soutien au FLN, qui a organisé la désertion de plus de 4 000 légionnaires, via Tétouan, au Maroc. Elle lève aussi le voile sur une guerre secrète qui a opposé la France et l’Allemagne de l’Ouest (la RFA), sur fond de fin de l’empire colonial français, alors qu’au grand jour ces deux pays unissaient leurs voix pour bâtir une Europe pacifique après deux conflits mondiaux meurtriers.

    Intitulée « Fiche relative à la désignation d’un objectif », la note est directement adressée par le service action du Sdece (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage) à Jacques Foccart, qui est, à Matignon, conseiller technique du général de Gaulle – président du conseil pendant six mois avant de faire entrer la France dans la Ve République et de s’installer à l’Elysée. « Schulz-Lesum, sujet allemand, résidant à Tétouan, dit la note, est le chef d’une organisation de désertion de légionnaires français. (…) A la suite d’une mission de reconnaissance, un contact commercial a été établi avec Schulz-Lesum. Ce contact entretenu par correspondance doit nous permettre d’attirer l’objectif dans un lieu favorable au Maroc et de le traiter discrètement par toxique indétectable et à effet différé. »

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    La « fiche relative à la désignation d’un objectif », annotée de la main de Jacques Foccart, qui commandite l’élimination de l’ingénieur allemand Wilhelm Schulz-Lesum. DR
    « Reçu le 3 août 1958, ai donné accord de principe », écrit, dans un premier temps, Jacques Foccart. Dans un second temps, de la même encre bleue, il ajoute, « accord de l’amiral Cabanier le 4 août, transmis aussitôt au colonel Roussillat », avant d’apposer son paraphe, identifiable sur de nombreux autres documents officiels. On relève que le ministre de la défense n’apparaît pas dans le circuit de décision. Le document mentionne que c’est le chef d’état-major général de l’armée, Paul Ely, qui a demandé cette élimination au Sdece. L’amiral Cabanier n’est autre que le chef d’état-major de la défense nationale attaché au général de Gaulle à la présidence du conseil. Le colonel Robert Roussillat est alors le chef du service action du Sdece, chargé de mettre en œuvre cette décision.

    Désertions de légionnaires

    Selon l’historien autrichien Fritz Keller, qui est l’un des rares à mentionner son nom dans ses travaux sur les réseaux d’aide au FLN, la cible, Wilhelm Schulz-Lesum, est née en 1896. D’après le Sdece, il serait alors « à Tétouan, depuis de nombreuses années ». Ingénieur de formation et officiellement responsable d’une société d’import-export, il agit, en réalité, pour le compte des autorités ouest-allemandes. Ses contacts avec la diplomatie de Bonn au Maroc et en Espagne sont avérés et fréquents.

    Son rôle est au cœur d’un rapport transmis, le 31 octobre 1957, par le chef des Renseignements généraux (RG) à Oran au général Salan, commandant la 10e région militaire. Largement nourrie par les informations des RG de Sidi Bel Abbès, où est implanté le quartier général de la Légion, cette enquête est adressée, en copie, au chef du Sdece. « Il s’avère que l’officine mise sur pied en vue de favoriser la désertion des légionnaires allemands existe effectivement. Elle a pour responsable un certain Schulz-Lesum, non identifié, ingénieur à Tétouan, représentant de l’ambassade allemande de Madrid, titulaire de nombreuses décorations honorifiques de la République fédérale de Bonn », y est-il précisé.

    En 1957, les Français assurent que le dénommé Schulz-Lesum est chargé de réceptionner les légionnaires déserteurs à Tétouan et de les diriger sur Madrid via Ceuta et Algésiras. Pour ce faire, il leur fournit des titres de transport et une attestation d’identité contre l’engagement de rembourser la totalité des frais de rapatriement. « Il ressort que des contacts auraient été décelés entre légionnaires allemands et émissaires du FLN à Saïda [Algérie]. Ces contacts seraient pris dans cette ville à l’intérieur du Café des Sports », poursuit le rapport des RG de Sidi Bel Abbès.

    « Révolutionnaire au prestige extraordinaire »

    Le service de rapatriement des légionnaires déserteurs a été créé en octobre 1956 par le Conseil national pour la révolution algérienne (CNRA), et son installation à Tétouan a été confiée à Abdelhafid Boussouf, alias « Si Mabrouk », ex-chef de la wilaya (circonscription administrative) V, perçu par le Sdece comme un « révolutionnaire au prestige extraordinaire, plus proche des combattants du maquis que de l’aile bourgeoise du Front ». En 1953-1954, la Légion comprend 55 % d’Allemands, chiffre qui descend à 35 % entre 1956 et 1962, selon l’historienne Mathilde von Bulow, auteure d’un ouvrage sur l’Allemagne de l’Ouest au temps de la guerre froide et de la guerre d’Algérie. Un bon tiers a moins de 21 ans, et beaucoup ont même moins de 18 ans.

    Le but, pour le FLN, est de structurer un phénomène de désertions croissant. Le 23 août 1955, le général Lorillot, prédécesseur de Salan au commandement de la 10e région militaire, écrit ainsi au ministre de la défense pour lui faire part de « l’augmentation sensible des désertions dans les unités de la Légion étrangère ». Mais il se veut alors rassurant. Cela ne serait dû, selon lui, qu’à « la fin des opérations actives en Indochine », à « la modicité de la solde en Afrique du Nord par rapport aux soldes en Extrême-Orient » et « à la situation de demi-repos (…) propice aux tentatives de fugue ». Néanmoins, il estime nécessaire de « suivre de très près les questions de sécurité interne ».

    L’inquiétude s’accroît pourtant vite. Le 22 octobre 1956, l’interception de l’avion transportant cinq chefs du FLN permet aux Français de trouver sur l’un des leaders, Mohamed Boudiaf, un extrait d’interrogatoire réalisé par les autorités espagnoles d’un légionnaire allemand déserteur âgé de 23 ans, Ludwig Trapp. On peut y lire des informations précieuses sur l’organisation et la sécurité interne de la Légion, ses lieux d’implantation en Algérie. Le 14 décembre 1956, le ministre résident en Algérie assure au secrétaire d’Etat aux affaires étrangères que « les ingérences espagnoles dans la rébellion en Afrique du Nord sont indéniables ».

    Réseaux de solidarité

    Le même 14 décembre 1956, le légionnaire Manfried Kober, de la 5e compagnie du 1er régiment étranger d’infanterie, rejoint ainsi dans le maquis une unité du FLN avec vingt camarades, avec armes et équipements. Ils sont pris en charge pendant vingt et un jours, avant d’être acheminés vers le Sud marocain, en territoire espagnol. Par bateau, ils font ensuite le trajet Ifni-Tétouan. Schulz-Lesum leur fait gagner Tanger, puis Madrid par avion. Kober est accueilli par le consul d’Allemagne dans la capitale espagnole, qui lui remet une somme d’argent, un passeport et un billet d’avion.

    A Berlin, Kober est reçu par un pilier de cette filière de rapatriement, membre du « Nordafrikanischer Club », un certain Lindemann, qui lui demande le remboursement des 600 marks, prix de son retour au pays. L’hebdomadaire Jours de France, en juillet 1957, évoque l’existence de ce réseau allemand, à Berlin. Dirigé par Hans-Peter Rullman, converti à l’islam et membre d’un mouvement pour la réunification de l’Allemagne patronné par la CDU (Union chrétienne démocrate) du chancelier Adenauer, il se livre à l’achat et à la livraison d’armes pour la « résistance algérienne ». Mais son activité principale reste l’organisation de la désertion des légionnaires allemands en Afrique du Nord.

    M. Lindemann, qui prétend avoir 3 200 désertions à son actif, affirme même envoyer des émissaires qui, une fois introduits dans la Légion, endoctrinent des jeunes recrues et les incitent à déserter. De nombreux réseaux de solidarité se montent par ailleurs en Allemagne, dans les milieux étudiants, catholiques, protestants, communistes, trotskistes et syndicaux. Hans-Jürgen Wischnewski, député SPD (Parti social-démocrate), est la figure politique de ce mouvement de soutien. Adenauer, qui ne veut pas laisser la main au parti de l’opposition SPD, laisse faire, persuadé qu’un jour l’Algérie sera indépendante.

    Tétouan, centre de transit

    Le FLN a confié à Abdelkader Chanegriha la coordination de quatre brigades spéciales, chargées du franchissement de la frontière. Deux voies principales d’exfiltration sont empruntées jusqu’à Nador par les déserteurs allemands, vers le sud, puis à l’ouest, suivant l’itinéraire El Aricha, Berguent, Oujda, à pied, puis de Nador à Tétouan, en taxi. Une seconde officine existe à Mascara, le trajet des légionnaires étant alors Dublineau, Tlemcen, Oujda, puis de Nador à Tétouan. « A Nador, ils seraient pris en compte par le gouverneur civil de ce centre puis dirigé sur Tétouan où Schulz-Lesum se chargerait de leur acheminement sur l’Allemagne », conclut le rapport des RG de Sidi Bel Abbès. Le centre de transit de légionnaires déserteurs à Tétouan est établi dans le quartier de Malaga, à une centaine de mètres du cinéma Le Victoria.

    La base de Nador, située au bord de la mer, à l’extrémité est de l’ex-Maroc espagnol, à près de 100 kilomètres de la frontière algéro-marocaine, est le siège de l’état-major rebelle du Comité de libération du Maghreb arabe, mais aussi la plaque tournante du trafic d’armes et du regroupement des Algériens et Marocains partant combattre dans les maquis d’Algérie. « Il existe des ateliers à Nador où des spécialistes (parfois d’anciens légionnaires) fabriquent des grenades et des mines, dit le renseignement militaire. Une usine de fabrication de grenades et de mines se serait récemment montée à Tétouan, à l’embranchement de l’ancienne et de la nouvelle route de Ceuta, sous la direction de deux ingénieurs allemands. »

    Contacté en Algérie par Le Monde, Mohammed Lemkami, ex-membre des renseignements du FLN, se souvient des activités de ces Allemands de Tétouan, notamment de Winfried Müller, devenu officier de l’Armée de libération nationale (ALN) sous le nom de Si Mustapha Müller, dont seul le nom restera dans l’histoire du rapatriement des légionnaires. Son bac en poche en 1954, Lemkami devient instituteur dans son village natal de Khemis, à 45 kilomètres de Tlemcen. Petite main du FLN, il participe peu à peu à des missions de convoyage d’armes à la frontière algéro-marocaine et escorte des chefs de l’ALN avant d’intégrer le ministère de l’armement et des liaisons générales (MALG, le service de renseignement du FLN), créé en 1957 par Boussouf.

    « Ils ont été efficaces »

    « Les contacts avec les légionnaires se faisaient à l’intérieur du pays et ont été initiés par le FLN, se souvient-il. Parfois, en un seul jour, une petite dizaine d’entre eux désertaient, parfois personne. Certains légionnaires venaient avec leurs armes. Ils nous donnaient des informations sur les activités de la Légion, qui était la plus crainte au sein de l’armée française. On leur faisait passer la frontière et on les conduisait dans une ferme à Tétouan. C’est là que le réseau de Si Mustapha Müller prenait le relais pour les rapatrier. Ils ont été efficaces, car il y avait beaucoup d’Allemands et d’Autrichiens dans la Légion. »

    Mohammed Lemkami œuvre alors également au sein du contre-espionnage du MALG. « En 1957, on a intercepté deux hommes du Sdece à la frontière marocaine, se remémore-t-il. Ils se faisaient passer pour des légionnaires déserteurs. S’ils ne répondaient pas à nos questions, ils mourraient, alors ils nous ont donné tout ce qu’ils savaient sur le Sdece au Maroc et en Algérie. Ils nous ont donné les noms des Marocains et des Algériens qui travaillaient pour eux. » Le renseignement est une priorité du FLN. Le Sdece signale, le 29 août 1958, qu’un légionnaire artificier ayant participé à la pose de mines et du réseau électrifié dans la région de Port-Say « aurait déserté et aurait donné tous les plans du réseau ».

    Pour ses activités, Wilhelm Schulz-Lesum est décoré, en 1957, par le président allemand, Theodor Heuss, de la croix fédérale du mérite. Le 2 avril 1958, la présidence autrichienne l’honore également pour son rôle dans le retour de légionnaires autrichiens, qu’il négocie avec l’ambassadeur d’Autriche à Madrid. Dès le 7 février 1957, le Sdece a informé la présidence du Conseil sur « la position autrichienne [qui] risque d’être influencée par l’esprit anti-colonialiste de certains secteurs socialistes. Dans ces conditions, il y a lieu de prévoir soit l’abstention de l’Autriche, soit l’alignement sur l’attitude des Etats-Unis ». Karl Blecha, futur ministre de l’intérieur autrichien, alors président de l’Union des étudiants socialistes, se rend, en 1958, en Afrique du Nord pour rencontrer des membres du FLN.

    Maquiller les opérations

    Reimar Holzinger, un socialiste autrichien né en 1921, qui a rencontré Si Mustapha Müller en 1955, est devenu son alter ego et s’occupe de l’exfiltration des déserteurs autrichiens. Il prend également en charge les Hongrois qui ont intégré la Légion après les événements de 1956 à Budapest. Bruno Kreisky, alors ministre des affaires étrangères autrichien, soutient le gouvernement algérien en exil et le réseau Holzinger. « Quand un Autrichien désertait, le service de rapatriement contactait l’ambassade d’Autriche à Madrid, laquelle se chargeait d’organiser le transfert en bateau de Barcelone à Gênes et de là vers l’Autriche », a rapporté Holzinger à l’historien Fritz Keller.

    C’est dans ce contexte que le service action du Sdece va tenter de mettre en œuvre l’ordre d’éliminer Wilhelm Schulz-Lesum. Pour maquiller ce type d’opération, la France étant déjà critiquée au sein de l’ONU pour sa politique algérienne, le Sdece fait croire qu’un groupe mystérieux appelé La Main rouge opère de manière autonome et mène, seul, des actions contre les soutiens actifs au FLN. Un grand nombre d’opérations étant perpétrées en Allemagne de l’Ouest, il s’agit aussi de ne pas heurter l’allié allemand. Selon un ancien du 11e régiment parachutiste, bras armé du Sdece, l’opération d’approche mentionnée dans la note Foccart auprès de Schulz-Lesum était la spécialité d’un groupe d’agents du Sdece mené par Jean-Pierre Lenoir, expert dans la traque des trafiquants d’armes et très actif en Espagne.

    Le rôle de faux nez joué par La Main rouge n’a guère trompé les autorités allemandes, qui mènent, de leur côté, un double jeu. Dans leur Histoire des services secrets allemands (Nouveau monde, 2009), Michael Mueller et Erich Schmidt-Eenboom indiquent que le BND, l’équivalent allemand du Sdece, disposait d’un bureau au siège des services français, à Paris, et qu’il prêtait main-forte dans la traque aux réseaux de soutien au FLN, y compris sur le sol allemand.

    Quand l’Allemagne équipait le FLN

    Mais, à la fin des années 1950, pour s’attirer les faveurs de pays arabes tout juste sortis du joug colonial, la RFA envoie aussi ses agents du BND former les services de sécurité de la Syrie, du Soudan et de l’Egypte, pays où les renseignements allemands dialoguent avec le FLN et son gouvernement provisoire. La RFA considérait favorablement le rapatriement de légionnaires allemands, estimant que leur présence dans cette force coloniale française était une atteinte à sa souveraineté et à son image. En 1958, un agent expérimenté du BND, Richard Christmann, lui-même ex-légionnaire, se rend d’ailleurs à Sidi Bel Abbès pour rendre compte des activités du réseau.

    Les menaces du Sdece n’ont pas été sans effet. Le BND semble avoir prévenu Wilhelm Schulz-Lesum du danger. Lorsque la sentence mortelle est prononcée à son encontre, le 4 août 1958, dans le secret du bureau de Foccart, l’homme est déjà en partance vers Madrid. Le Sdece relève d’ailleurs, le 4 juin 1958, que les déserteurs sont désormais accueillis, à Tétouan, par un autre Allemand, Otto Berger, également agent consulaire de la République fédérale allemande.

    Tétouan, terre d’espions et point d’observation régional au cœur de l’empire colonial français en train de s’affaiblir, intéresse alors tous les services secrets étrangers. D’après l’historien Kader Benamara, qui a travaillé avec M. Keller sur les réseaux de solidarité autrichiens en faveur du FLN, « Si Mustapha Müller avait été contacté par la CIA pour connaître le rôle du Parti communiste au sein de la rébellion algérienne ». Le FLN était, selon le renseignement militaire français, équipé d’« appareils portatifs de fabrication américaine » fournis par l’Allemagne.

    « Déviance titiste »

    Le même Müller avait déserté, pendant la seconde guerre mondiale, la Wehrmacht pour rejoindre l’Armée rouge, au sein de laquelle il a joué un bref rôle de propagandiste communiste à destination des soldats allemands. Exclu d’une école de cadres communistes, en 1950, pour « déviance titiste », il tente, en vain, d’entrer dans la Légion étrangère, le 2 février 1951, à Landau, en Allemagne, puis débarque à Paris, en 1953, où il devient chef du protocole d’un diplomate sud-américain dont la femme ne saura jamais que sous son lit étaient cachés des lots de grenades destinés aux amis du FLN. Repéré par les services français, il fuit vers le Maroc en 1956, où il noue vite des relations étroites avec les représentants consulaires et diplomatiques de la République fédérale allemande.

    Les Soviétiques, proches alliés du FLN, étaient également présents à Tétouan et n’ont pas perdu le contact avec Müller. Un télégramme du 26 mai 1959 du consulat général de France de Tétouan à son ministère à Paris indique, laconique, qu’un « service commercial russe aurait loué des bureaux par l’intermédiaire de M. Garcia Rivera, vente de produits agricoles ». La tête de Müller est mise à prix 50 000 marks, mais il est moins facile à atteindre que Schulz-Lesum. Il échappe à un explosif caché dans un livre envoyé du Caire qui l’attend à la poste de Tétouan. Quatre gardes du corps le suivent en permanence et des chiens protègent sa maison, à Tétouan, des agents de La Main rouge.

    La vindicte est retombée

    Comme bon nombre d’opérations commandées au Sdece à cette époque, finalement avortées ou abandonnées, celle ayant visé Wilhelm Schulz-Lesum paraît ne pas avoir été menée à son terme. Après des recherches en Algérie, au Maroc, en Allemagne et en Autriche, Le Monde a finalement retrouvé sa trace, en juin 1965, à Madrid, où l’ingénieur de 69 ans a renoué avec ses premiers centres d’intérêt. Il y dépose, le 1er juin 1965, un brevet technique sur un extincteur d’incendie. Il a retrouvé une vie normale. La vindicte française est retombée.

    Trois ans plus tôt, en effet, le 15 septembre 1962, Si Mustapha Müller a annoncé la fin des activités du service de rapatriement de légionnaires déserteurs « eu égard au rétablissement de l’indépendance de l’Algérie et compte tenu de l’accord franco-algérien d’Evian ». Parmi les 4 111 légionnaires déserteurs rapatriés par le réseau figurent 2 783 Allemands, 489 Espagnols, 447 Italiens, 137 Hongrois, 87 Yougoslaves, 41 Belges, 35 Suisses, 31 Autrichiens, 16 scandinaves, 19 Hollandais, 7 Luxembourgeois, 3 Grecs, 9 Britanniques, 2 Américains, 3 Latino-Américains, 1 Coréen et 1 Bulgare.

    Wilhelm Schulz-Lesum redevient l’un des acteurs anonymes d’une aventure collective tombée dans l’oubli, qui fut résumée, en avril 1961, par le journal américain de Francfort The Overseas Weekly sous un titre évocateur : « Le service qui a volé une brigade entière de la Légion étrangère sans tirer un coup de fusil ».

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  • Le marché et l’électricité, le dogme perd l’Europe

    http://huet.blog.lemonde.fr/2017/09/04/le-marche-et-lelectricite-le-dogme-perd-leurope

    Peut-on faire confiance à un « marché » qui, pour une même marchandise, proposerait un prix fluctuant entre 3000 euros et… mieux que la gratuité, le producteur vous payant pour que vous consommiez son produit ?

    http://huet.blog.lemonde.fr/files/2017/09/Léclairage-en-europe-montre-le-réseau-électrique.-En-rouge.jpg

    Le livre de Hansen et Percebois conduit à s’interroger sur les deux « transitions » du système électrique européen.

    La première, celle de la fin des services publics, a échoué. Absolument rien ne permet de penser qu’une amélioration de la gestion des monopoles historiques sur la base de prescriptions publiques fondées sur des objectifs clairs – efficacité opérationnelle, recherche du système de production et de transport optimal en coûts (y compris par une augmentation des échanges frontaliers), dé-carbonisation de la production pour respecter l’impératif écologique – n’aurait pas eu de résultats meilleurs. Et comme les Britanniques discutent d’une renationalisation de leurs chemins de fer après l’échec cinglant des privatisations, celle des systèmes électriques doit être rediscutée sur la place publique.

    La seconde, celle du défi de la dé-carbonisation de la production d’électricité – le secteur le plus émetteur de CO2 au plan mondial en raison de la domination du charbon et du gaz – suppose une intervention publique décisive. Aucun marché ne peut déboucher sur une planification judicieuse et de long terme des moyens de production et des réseaux de transport visant cette transition au moindre coût. Et ceci quelques soient les moyens dé-carbonés utilisés : hydrauliques, éoliens, photovoltaïques, marins, géothermiques, biomasse, biogaz, nucléaire. Ce que le marché dicte, ce sont les moyens de production à la rentabilité immédiate la plus élevée, gaz naturel et charbon. Les choix optimaux entre ces différents moyens ne peuvent être identiques selon les pays et les régions, les ressources naturelles et les impératifs de l’énergie nucléaire sûre et à bas coût n’y étant pas les mêmes.

    https://seenthis.net/messages/627173 via enuncombatdouteux


  • Qualifié de « dictature » par France 2, l’Azerbaïdjan poursuit la chaîne en justice

    http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2017/09/05/qualifie-de-dictature-par-france-2-l-azerbaidjan-poursuit-la-chaine-en-justi

    L’Azerbaïdjan occupe la 162e place sur 180 au classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières en 2017.

    http://img.lemde.fr/2016/09/29/0/0/5616/2808/644/322/60/0/6875b6d_7254-wtzzrt.JPG

    C’est un reportage vieux de deux ans qui va être revu par le tribunal correctionnel de Nanterre, mardi 5 septembre. L’Azerbaïdjan poursuit la chaîne France 2, et la journaliste Elise Lucet, pour un sujet de l’émission « Cash investigation » diffusé le 7 septembre 2015, dans lequel le pays était qualifié de « dictature ». L’Azerbaïdjan demande 1 euro symbolique, en réparation du préjudice.

    La cour d’appel de Versailles avait confirmé en mai un non-lieu en faveur d’un député français poursuivi par l’Azerbaïdjan pour l’avoir qualifié le pays d’« Etat terroriste » sur un site Internet, au motif qu’un Etat étranger ne peut attaquer en diffamation. L’Etat du Caucase s’est pourvu en cassation dans cette affaire.

    Pour les mêmes motifs, le tribunal correctionnel de Paris a jugé irrecevable deux actions en diffamation du Maroc contre le boxeur Zakaria Moumni, qui affirme avoir été torturé dans son pays. Le Maroc a fait appel.

    https://seenthis.net/messages/627166 via enuncombatdouteux


  • *A l’Observatoire de Paris, un bureau d’enquêtes (presque) incollab le*

    http://www.lemonde.fr/sciences/article/2017/09/04/a-l-observatoire-de-paris-un-bureau-d-enquetes-presque-incollable_5180957_16

    Enigmes criminelles ou archéologiques, fêtes cultuelles ou curiosités profanes… A l’Observatoire de Paris, on répond à toutes les questions sur la marche du ciel.

    http://img.lemde.fr/2017/09/04/327/0/1648/824/644/322/60/0/cdcab4f_19291-10fdxkm.yereqdj9k9.jpg

    Lorsque la lettre, signée ­Patrick Kearney, portant l’adresse de la prison d’Etat de Mule Creek (Californie) est arrivée, Pascal Descamps a d’abord cru à une plaisanterie. Mais, vérification faite, l’auteur de ce courrier aux larges caractères manuscrits était bel et bien le célèbre tueur en série californien des années 1970. Condamné à la réclusion à perpétuité pour 21 meurtres, mais probablement responsable au total de 43, l’assassin qui exécutait ses victimes (souvent des homosexuels) dans sa voiture, avant de les violer, de les découper en morceaux et de les abandonner dans le désert, posait à l’astronome une question simple mais curieusement décalée au regard de sa ­situation personnelle. En admettant que cela soit possible, interrogeait-il depuis sa cellule, combien de temps faudrait-il à un vaisseau spatial, soumis à une accélération constante de 9,81 ms-2, pour ­atteindre la vitesse de la lumière ? Serait-ce 353 jours, 19 heures, 45 minutes et 23 secondes ?

    « Un statut d’expert »

    Responsable, et unique employé, du trop confidentiel Service de calculs astronomiques et de renseignements de l’Institut de ­mécanique céleste et de calcul des éphémérides (IMCCE) de l’Observatoire de Paris et du CNRS, Pascal Descamps a vite appris à n’être surpris de rien. Conformément à une tradition ancienne, remontant à l’époque, antérieure à 1998, où le Bureau des longitudes, créé par la Convention, avait seul en France la capacité de prévisions en matière de mouvements des corps célestes, il est chargé de ­répondre aux questions adressées à l’Observatoire de Paris par le ­public. Qu’il s’agisse de particuliers, de professionnels ou de la justice. Successeur de Patrick ­Rocher, parti à la retraite en juillet 2015, il en avait, au 1er mai, déjà traité 616, consacrant à cette activité la moitié de son travail de chercheur, là où l’administration avait prévu un tiers de mi-temps.

    C’est que, explique-t-il, donner une suite à ces sollicitations, ­reçues par la poste ou par courriel, peut être « chronophage ». Passe encore, lorsqu’il s’agit uniquement, comme six fois sur dix, de fournir une éphéméride d’heure de lever et de coucher du soleil et de la lune ou de décrire des phénomènes célestes tels que l’éclipse solaire du 21 août. Admettons également que peu de temps soit ­nécessaire pour dissiper les craintes de ceux qui, comme cette dame, s’inquiètent systématiquement de savoir si les astéroïdes ­géocroiseurs évoqués à la radio ne vont pas s’écraser incessamment sur Terre. Tout cela était prévu !

    Mais lorsque le problème touche à un point particulier de l’histoire de l’astronomie ou concerne une technique spécifique impliquant des calculs poussés, la ­réponse peut être longue à formuler. Une récente controverse à propos de la démonstration de la bissection de l’excentricité de l’orbite terrestre par l’astronome du XVIIe siècle, Jean Dominique ­Cassini (1625-1712), n’a-t-elle pas entraîné deux mois de travail pour Pascal Descamps ?

    Or, ce dernier est également tenu d’aider les lycéens à préparer leur travail d’initiative personnelle encadré (TIPE), d’indiquer aux différents cultes français qui en font la demande les dates et heures des fêtes religieuses liées aux cycles lunaire et solaire – comme le début du ramadan ou la rupture du jeûne qui dépendent de la position géographique des ­fidèles. Et de fournir, contre rétribution, aux journaux de chasse, de pêche et depuis peu d’agronomie – avec le développement de la culture du vin par « biodynamique lunaire » – les éphémérides qu’ils commandent.

    « Enfin, rappelle Pascal Descamps, l’Observatoire de Paris a un statut d’expert. Et, à ce titre, il répond à des réquisitions judiciaires. » La reconstitution d’un assassinat nocturne oblige les juges d’instruction à s’informer des phases de la Lune et des conditions d’éclairement à l’heure supposée du crime. Et il n’est pas rare que la police judiciaire veuille vérifier si un éblouissement, causé par une position particulière du Soleil, pourrait expliquer certains accidents mortels de voiture, ­d’hélicoptère ou d’avion. Dans les ­années 1990, le témoignage d’un conducteur qui avait écrasé un piéton avait ainsi été validé.

    Dans ses nouvelles fonctions, se félicite l’astronome, il y a toujours l’excitation de l’insolite. Cette ­succession d’énigmes grandes ou moins grandes, posées par des particuliers, qu’il faut s’efforcer de résoudre en glanant renseignements et astuces dans le champ fertile du savoir humain. Certes, admet le scientifique, le lot cache quelques fruits gâtés, comme ce courriel anonyme relatif à la date prochaine d’une obscure conjonction astrale liée manifestement à des actes de sorcellerie, ou cette lettre signée « Langage de velours » dont l’auteur refusait obstinément de recourir au genre féminin et s’obligeait à employer un ­curieux vocabulaire où les mots « Terre » et « galaxie » étaient remplacés par ceux, improbables, de « planétoïde » et de « galactisme ».

    Questions diverses

    Mais ces courriers recèlent aussi de véritables perles, souvent poétiques. Ecrivain de science-fiction souhaitant connaître l’effet qu’aurait la présence de deux ou trois lunes supplémentaires autour de la Terre. Violoniste désireux de débuter un concert à ­l’instant exact du crépuscule. ­Publicitaire aspirant à organiser un événement une nuit où la pleine lune serait posée juste au sommet de la tour Eiffel observée depuis le Trocadéro…

    Beaucoup de questions, précise le chercheur, proviennent d’historiens et d’archéologues qui en ­appellent aux astronomes pour associer des dates aux phénomènes célestes dont ils retrouvent les traces dans des archives. Ces derniers leur servant aussi bien de jalons pour établir des chronologies d’événements que, comme dans le cas des gravures rupestres des Pléiades de la montagne sacrée du Bego (Alpes-Maritimes) ou celui de l’alignement des fours du premier âge du fer d’Eyrein (Corrèze), d’indices de la présence d’un rituel.

    Ainsi, Pascal Descamps raconte avoir expertisé des graffitis de la cathédrale de Nevers (Nièvre) faisant allusion à une possible, mais imaginaire après vérification, éclipse du Soleil en l’an 1606. Et son prédécesseur Patrick Rocher se souvient avoir fourni des renseignements sur des questions aussi diverses que l’état de la voûte céleste au moment des expéditions de La Pérouse, la façon particulière dont était fixée l’heure du début de la journée dans la ville de Florence à l’époque de Mona Lisa, ou encore le moment des lunaisons qui marquaient, pense-t-on, le commencement des cérémonies cannibales des Taïnos des Caraïbes. En relevant la longueur des ombres sur une vieille photographie, le même spécialiste, en poste de 2002 à 2015, a réussi à découvrir à quelle ­période de l’année 1916 était survenue, dans le quartier du Montparnasse à Paris, une rencontre, longtemps inconnue des historiens, entre le peintre Picasso et le poète et romancier Max Jacob.

    La méthode n’a pas, pour autant, réponse à tout, surtout lorsque les événements recherchés remontent loin dans le passé. En raison des incertitudes de positionnement causées par le ralentissement irrégulier de la rotation de la Terre, Patrick Rocher a dû se ­contenter d’une fourchette de cent huit ans (entre 1848 et 1740 av. J.-C), pour préciser l’année d’une éclipse solaire citée dans un calendrier ­babylonien qu’une assyriologue souhaitait dater. Et selon Pascal Descamps, faute de nouvelles sources, il ne sera jamais possible de savoir quand exactement est survenue la bataille de Gabaon au cours de laquelle, comme chacun le sait, Josué a obtenu de Dieu qu’il « arrête le Soleil ».

    Mais qu’importent ces échecs ! Le métier apporte assez de satisfactions pour ne pas perdre son temps en vaines lamentations. Pascal Descamps a, par exemple, rendu récemment un petit service aux responsables d’une mosquée en construction à Clamart (Hauts-de-Seine), qui s’interrogeaient sur le meilleur moyen de déterminer la direction de La Mecque. Le défi était ici de proposer une méthode élégante par sa simplicité. Celle adoptée ne faisait ainsi appel ni à un GPS ni à une boussole, mais à la seule arme que le sage s’autorise à porter : un simple bâton fiché dans le sol dont l’ombre portée, à un certain moment, indiquait aux croyants vers où se tourner pour retrouver la ville sainte.

    Les Indiens caraïbes et la constellation du Scorpion

    « Pourriez-vous me fournir les dates des levers et des couchers ­héliaques de la constellation du Scorpion et de l’amas des Pléiades pour l’année 1650 dans les Petites Antilles ? » Telle est la question qu’a adressée Benoît Roux, doctorant à l’université de Reims-Champagne-Ardenne spécialiste des « Indiens caraïbes » du XVIIe siècle, à l’astronome Pascal Descamps. Le lever héliaque (dit du « matin ») d’un astre indique le moment de l’année où ­celui-ci devient visible avant le lever du Soleil. Très utilisé dans l’Antiquité, il était signalé dans les calendriers pour les étoiles les plus remarquables. Des sources européennes rendent compte de cette pratique chez les Amérindiens. Mais, explique Benoît Roux, « ces documents ne donnent pas de détails sur les observations ni sur la conjoncture astrale tenue pour significative ». En comparant les dates calculées par Pascal Descamps aux temps – celui de la guerre, de la pêche… – marquant la vie des Amérindiens, et aux événements climatiques saisonniers de la région, l’étudiant espère affiner la connaissance du calendrier caraïbe.

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  • Comment cinq phrases ont précipité la crise des opioïdes

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/09/02/comment-cinq-phrases-ont-precipite-la-crise-des-opioides_5180036_3232.html

    Les médecins américains ont prescrit en masse ces antidouleurs sur la foi d’un faux consensus construit dans la littérature biomédicale, relate notre journaliste Stéphane Foucart dans sa chronique.

    http://img.lemde.fr/2017/09/03/648/0/5760/2880/644/322/60/0/43f0b25_11905-3rqb8o.gcsfumzpvi.jpg

    CHRONIQUE. Ne s’intéresser qu’aux conséquences des phénomènes, et non à leurs causes, est l’une des malédictions de notre époque. Tout ou presque a ainsi été écrit sur les effets désastreux de l’épidémie d’addiction aux opioïdes qui frappe les Etats-Unis, mais très peu sur ses causes profondes. Relativement méconnue en France, cette crise sanitaire est certainement l’une des plus graves menaces à laquelle est confrontée la société américaine. A quoi est-elle due ? On croit le savoir : à la mise sur le marché, au milieu des années 1990, de proches cousins de la morphine et de l’héroïne, massivement prescrits dans le traitement des douleurs chroniques. Mais pourquoi les médecins nord-américains ont-ils autant prescrit ces substances ?

    Quatre chercheurs et médecins canadiens conduits par David Juurlink (Sunnybrook Research Institute, à Toronto) se sont posé la question. Leur réponse, publiée cet été dans le New England Journal of Medicine (NEJM), compte au nombre des textes les plus surprenants et perturbants récemment publiés. « Entre 1999 et 2015, plus de 183 000 morts [par overdose] d’opioïdes ayant été prescrits ont été rapportés aux Etats-Unis, et des millions d’Américains sont dépendants à de telles substances, écrivent les auteurs. La crise est survenue en partie parce qu’il a été dit aux médecins que le risque d’addiction était faible lorsque les opioïdes étaient prescrits pour les douleurs chroniques. » Toute la question étant de savoir pourquoi tant de professionnels de santé, en majorité scrupuleux et honnêtes, ont procédé de la sorte.

    Un simple courrier

    Pour comprendre, M. Juurlink et ses coauteurs ont ausculté la littérature scientifique. Ils ont constaté qu’un nombre considérable d’articles publiés dans les revues savantes tenait pour acquis le fait que les opioïdes présentaient peu de risques d’addiction. Une écrasante majorité d’entre eux citaient à l’appui de cette affirmation : « Porter J., Jick H., “L’addiction est rare chez les patients traités avec des narcotiques”, NEJM, 1980, vol. 302 (2), p. 123. » L’absence de risque d’addiction aux opioïdes a-t-elle été démontrée dans cette publication de 1980 ? M. Juurlink et ses collègues sont allés y voir de plus près.

    En réalité, la publication en question n’était pas une étude, mais un simple courrier, un petit paragraphe de… cinq phrases. Deux médecins signalaient seulement que, sur quelque 12 000 patients hospitalisés ayant reçu « au moins un narcotique », seuls quatre avaient contracté une addiction. Ils évoquaient donc des malades traités au cours de leur hospitalisation – rien à voir avec les effets de prescriptions au long cours, pour des douleurs chroniques.

    Cette lettre a été citée plus de 600 fois

    M. Juurlink et ses collègues ont compté : cette lettre a été citée plus de 600 fois dans la littérature biomédicale ! Dans la majorité des cas (72,2 %), elle l’a été sans recul critique. Les auteurs tenaient pour acquis qu’elle dédouanait les opioïdes de tout risque d’addiction. Autant dire que les médecins et chercheurs l’ayant mentionnée de la sorte ne l’ont pas lue. Ils ont négligemment recopié une référence piochée dans des études antérieures. Un peu comme les rumeurs se propagent sur les réseaux sociaux.

    Les médecins américains ont donc prescrit en masse ces opioïdes sur la foi d’un faux consensus construit dans la littérature savante. A la faillite des régulateurs ayant autorisé ces médicaments s’est ajoutée celle de la communauté médicale, qui a collectivement cherché à légitimer leur utilisation. De fait, il faut attendre 1996 et la mise sur le marché du premier de ces antalgiques pour voir s’envoler le nombre de citations du bref courrier incriminé…

    LES PREMIÈRES ESTIMATIONS CHIFFRENT, POUR LA SEULE ANNÉE 2016, ENTRE 59 000 ET 65 000 MORTS PAR OVERDOSE

    Fréquente dans le monde académique, cette forme de conservatisme, consistant à tenir pour certaine l’innocuité d’un produit parce qu’il a été autorisé à être mis sur le marché, a parfois des conséquences désastreuses. Elles sont ici incalculables. Aux millions d’Américains entrés dans la dépendance par le biais de leur ordonnance et aux 183 000 morts par overdose d’opioïdes prescrits entre 1999 et 2015, il faudrait ajouter les milliers de morts annuels d’overdose à l’héroïne et au fentanyl, illégalement achetés par ceux dont la prescription n’a pas été renouvelée. Le bilan est énorme et s’aggrave rapidement. Les premières estimations chiffrent, pour la seule année 2016, entre 59 000 et 65 000 morts par overdose, très majoritairement dues aux opioïdes, soit plus que les accidents de la route et plus que les armes à feu. Et autant que la somme des deux.

    https://seenthis.net/messages/626669 via enuncombatdouteux


  • Presque tous les pays dans le monde pourraient se lancer dans le 100% énergies renouvelables

    http://www.slate.fr/story/150372/pays-monde-energies-renouvelables

    La planète est prête pour dire au revoir aux énergies fossiles. C’est en tout cas ce qu’affirme une étude publiée dans le journal Joule et relayée par le site Popular Science. Elle propose une feuille de route pour l’énergie pour 139 pays responsables de 99% de la pollution mondiale, expliquant à chaque fois quelles ressources sont nécessaire pour que chacun puisse se passer des énergies fossiles et adopter les renouvelables. « Selon les résultats de l’analyse, la planète est pratiquement prête à se reposer uniquement sur le renouvelable d’ici 2050 », note Popular Science.

    http://www.slate.fr/sites/default/files/styles/1090x500/public/wind-power.jpg

    Mark Jacobson et son équipe ont listé l’énergie solaire, la géothermie ainsi que le vent à disposition de chaque pays. Ensuite, ils ont calculé combien d’énergie il faudrait pour atteindre 80% d’énergies vertes d’ici 2030 et 100% d’ici 2050. « J’étais surpris de voir combien de pays avaient des ressources suffisantes pour s’alimenter en énergie renouvelable à 100% avec le vent, l’eau et le soleil », explique Jacobson.

    Si toutes les entreprises décident de passer à l’énergie renouvelable (rêvons un peu), il y a une phase où sa production baissera. Mais il ne faut pas oublier qu’une partie des énergies renouvelables déjà produite sert à financer l’utilisation des énergies fossiles, et qu’au final, chaque pays pourrait se reposer sur ces ressources non polluantes. « Nous pensons qu’une transition est possible et bénéfique de bien des façons, et il y a peu de défauts, conclut le chercheur. Comme pour tout, vous ne voulez pas changer, et c’est difficile de changer si ce qui est en place fonctionne. Mais, actuellement, les choses fonctionnent avec des conséquences monstrueuses. »

    https://seenthis.net/messages/624627 via enuncombatdouteux


  • De la fin d’un monde à la renaissance en 2050

    http://www.liberation.fr/debats/2017/08/23/de-la-fin-d-un-monde-a-la-renaissance-en-2050_1591503

    Alors que s’ouvrent les Journées d’été d’EE-LV à Dunkerque, l’ancien ministre de l’Environnement Yves Cochet examine l’effondrement mondial imminent et la nécessité d’un projet décroissant.

    http://md1.libe.com/photo/1049080-le-corps-etherique.jpg?modified_at=1503512059&picto=fb&ratio_x=191&ratio_y=100&width=600

    Initialement munis d’une immense générosité intellectuelle et porteurs de la seule alternative nouvelle à la vieille gauche et à la vieille droite, les écologistes politiques ont aujourd’hui presque tout perdu, même leurs sièges. Ils apparaissent périmés, faute d’être présents au réel.

    Celui-ci a beaucoup changé depuis trente-trois ans, particulièrement par le passage du point de bascule vers un effondrement global, systémique, inévitable. Jadis, inspirés par le rapport Meadows ou les écrits de Bernard Charbonneau, René Dumont et André Gorz, nous connaissions déjà les principales causes de la dégradation de la vie sur Terre et aurions pu, dès cette époque et à l’échelle internationale, réorienter les politiques publiques vers la soutenabilité. Aujourd’hui, il est trop tard, l’effondrement est imminent.

    L’effondrement de la première étape est possible dès 2020, probable en 2025, certain vers 2030. Une telle affirmation s’appuie sur de nombreuses publications scientifiques que l’on peut réunir sous la bannière de l’Anthropocène, compris au sens d’une rupture au sein du système-Terre, caractérisée par le dépassement irrépressible et irréversible de certains seuils géo-bio-physiques globaux. Ces ruptures sont désormais imparables, le système-Terre se comportant comme un automate qu’aucune force humaine ne peut contrôler.

    La seconde étape, dans les prochaines années 30, sera la plus pénible au vu de l’abaissement brusque de la population mondiale (épidémies, famines, guerres), de la déplétion des ressources énergétiques et alimentaires, de la perte des infrastructures (y aura-t-il de l’électricité en Ile-de-France en 2035 ?) et de la faillite des gouvernements.

    Sans surprise, hélas, notre perspective générale ne semble pas encore partagée par la majorité des écologistes qui tiennent leurs Journées d’été européennes à Dunkerque. Ainsi, la plénière finale du samedi 26 août est-elle en partie consacrée au « développement industriel » en Europe. Un élan vers le pire.

    https://seenthis.net/messages/624515 via enuncombatdouteux


  • Quand les nazis s’inspiraient des lois raciales américaines

    http://www.slate.fr/story/150024/nazis-inspiration-lois-racistes-americaines

    il y a quatre-vingt ans, des Allemands voyaient dans l’Amérique et ses lois raciales la promesse d’un futur radieux. Une histoire « négligée » que raconte un livre stimulant récemment publié aux États-Unis, Hitler’s American Model : The United States and the Making of Nazi Race Law.

    http://www.slate.fr/sites/default/files/800px-Nuremberg_laws.jpg

    Son auteur, James Q. Whitman, professeur de droit comparé à l’université de Yale, centre son analyse sur deux des trois lois de Nuremberg adoptées par le Reichstag le 15 septembre 1935, qui constituèrent une étape essentielle de l’exclusion des Juifs de la société allemande, prélude à leur extermination. La « loi sur la citoyenneté du Reich » distinguait entre deux catégories d’Allemands, les citoyens, qui jouissaient de leurs droits politiques, et les ressortissants, qui en étaient privés. La « loi de protection du sang et de l’honneur allemands », elle, interdisait les mariages entre Juifs et non-Juifs. Les deux, selon Whitman, ont connu une influence, sinon une inspiration, commune : les lois raciales américaines.

    Les mariages « interraciaux », eux, sont interdits entre blancs et noirs dans une majorité des États avant la Seconde Guerre mondiale, et très souvent aussi entre blancs et Asiatiques ou blancs et Amérindiens –les nazis observèrent ainsi avec intérêt le Cable Act de 1922, qui permettait de dépouiller de sa nationalité une Américaine qui épousait un Asiatique.

    Deux mois plus tôt, en effet, des militants communistes s’étaient introduits sur le paquebot SS Bremen, qui mouillait dans le port de New York, et avaient déchiré le drapeau à croix gammée avant de le jeter dans l’Hudson. Quelques jours plus tard, les coupables étaient libérés par un magistrat juif, Louis B. Brodsky, qui assimilait le drapeau à croix gammée au « drapeau noir de la piraterie » et qualifiait le nazisme de « révolte contre la civilisation ». Le secrétaire d’État Cordell Hull présenta ses excuses à l’Allemagne, poussant Hitler, à Nuremberg, à féliciter l’administration Roosevelt pour sa réponse « digne et honorable », tandis que Goering dénonçait le « juif arrogant » qui avait libéré les déchireurs de drapeau. Huit décennies plus tard, James Q. Whitman a choisi de dédier son livre « au fantôme de Louis B. Brodsky ».

    https://seenthis.net/messages/624501 via enuncombatdouteux


  • En 1840, Etienne Cabet rêvait un paradis rouge

    http://www.lemonde.fr/festival/article/2017/08/25/en-1840-etienne-cabet-revait-un-paradis-rouge_5176317_4415198.html

    COMME SUR L’ÎLE D’UTOPIE DE THOMAS MORE OU DANS LA CITÉ DU SOLEIL DE CAMPANELLA, RIEN NE SE VEND, RIEN NE S’ACHÈTE : L’USAGE DE LA MONNAIE EST INTERDIT AUX PARTICULIERS

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    Il fallait oser. Ecrire un récit de voyage au XIXe siècle, une époque où le genre semble avoir fait long feu, n’a rien d’évident. En ce temps-là, plus personne ne s’assume utopiste – sauf Etienne Cabet, l’auteur de Voyage en Icarie, d’abord paru en 1840 sous le titre de Voyage et aventures de lord William Carisdall en Icarie. Contrairement à la plupart de ses contemporains, cet ancien militant républicain qui a lutté contre la monarchie de Juillet ne craint pas de revendiquer l’héritage du premier utopiste, Thomas More, pour expliquer sa conversion au communisme.

    Alors que Thomas More s’adressait, au XVIe siècle, aux humanistes, le livre d’Etienne Cabet est, lui, à destination des ouvriers. « Il a dans l’idée qu’il faut d’abord remodeler les imaginaires afin de pouvoir transformer le réel », affirme François Jarrige, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Bourgogne. Pour faciliter la lecture de son livre, il choisit de recourir à la forme éprouvée du récit de voyage et il adopte un style simple, sans se perdre dans des analyses austères. A rebours d’un Charles Fourier dont l’écriture est empreinte d’une sécheresse mathématique, il met en œuvre une « stratégie publicitaire », estime encore l’historien.

    Langage des masses

    A la fin de son utopie, Etienne Cabet s’en explique : « Il y a deux manières d’écrire pour le Peuple ; l’une, (…) d’embrouiller et d’obscurcir les choses simples et claires, souvent pour avoir l’air d’être savant ; l’autre, d’éclaircir les choses les plus embrouillées, de faire de la science sans le dire et de tout faire comprendre en employant la langue vulgaire. » Il choisit la deuxième option : parler le langage des masses exige, selon lui, des compromis. « Cabet n’est pas anticlérical mais, dans une société encore très chrétienne, tenir un discours religieux en expliquant que le vrai christianisme est en Icarie vise à gagner le peuple à sa cause sans l’effrayer », poursuit l’historien François Jarrige.

    La mise en scène de Voyage en Icarie sera on ne peut plus classique : parti le 22 décembre 1835, Lord William Carisdall arrive au port de Camiris, sur la côte orientale du pays imaginaire des Marvols. Icarie, dont le nom évoque une île grecque de la mer Egée, en est séparé par un bras de mer qui se traverse en six heures. Dans cette contrée passionnée d’égalité qui ne figure sur aucune carte, seuls sont admis les étrangers parlant la langue icarienne. Très facile à apprendre, elle est destinée à devenir « la langue de toute la terre » : « parfaitement rationnelle, régulière et simple », elle « s’écrit comme elle se parle et se prononce comme elle s’écrit ». Les règles y « sont en très petit nombre, et sans aucune exception » et « tous les mots (…) ont une signification parfaitement définie ».

    Le navigateur débarque dans la ville « neuve et régulière » de Tyrama, avec ses rues « droites, larges et parfaitement propres » qui rappellent au narrateur la rue de Rivoli, à Paris. Tout y est « charmant » – les maisons, les jardins, les fermes, les villages, les coteaux, les enfants… « C’était la plus jolie de toutes les villes que je connaissais », écrit Etienne Cabet, non sans une pointe de naïveté. A l’arrivée de Lord William Carisdall, les autorités du pays lui demandent de s’acquitter de la somme de deux cents guinées : la nation se chargera ensuite de lui fournir ce dont il a besoin pendant ses quatre mois de séjour. Car en Icarie, comme sur l’île d’Utopie de Thomas More ou dans la Cité du soleil de Campanella, rien ne se vend, rien ne s’achète : l’usage de la monnaie est interdit aux particuliers.

    A la pointe de la technologie

    Voyage en Icarie ne fantasme pas un mode de vie simple et champêtre, comme c’est souvent le cas dans le genre utopique. « C’est l’une des premières utopies communistes fondée sur la technique et sur le déploiement de machines », relève François Jarrige. Cabet raconte l’émerveillement de son voyageur. « Nous atteignîmes un grand chemin de fer sur lequel la vapeur nous transporta avec la rapidité du vent ou de l’éclair. » Plus surprenant pour l’époque, les Icariens ont des sous-marins et voyagent en ballon. « Le voyage aérien est non seulement le plus rapide et le plus agréable, mais encore celui qui présente le moins d’accidents et de dangers », pressent l’auteur. Autant dire qu’il préfigure l’avion, inventé à la toute fin du XIXe siècle.

    Ce pays à la pointe de la technologie vit sous le régime d’une démocratie absolue. En Icarie, les deux mille députés qui sont élus pour deux ans sont choisis parmi les citoyens les plus habiles. Le peuple souverain donne mandat à cette représentation nationale. Chargé d’exécuter les décisions du pouvoir législatif, le pouvoir exécutif est quant à lui « comptable, responsable et destituable ». On ne le confie pas à un seul homme mais à un corps qui inclut le président.

    Les citoyens forgent leur sens politique et débattent des affaires publiques dans mille assemblées populaires. On y traite d’importantes questions : « pour jouir plus souvent de la campagne », faut-il travailler sept heures et trente minutes par jour au lieu de sept afin d’avoir un jour de repos tous les cinq jours, et non tous les dix jours ? Dans ce débat, Cabet est en avance sur son temps : en France, les premières réglementations sur la durée du travail des enfants sont adoptées un an après la publication de son livre, en 1841 – la journée de dix heures à Paris et onze heures en province sera, elle, actée en 1848 par le gouvernement provisoire de la République.

    Réseau de disciples

    Davantage propagandiste que philosophe, Etienne Cabet maîtrise à la perfection les outils de la communication politique. Il possède un réseau de disciples dévoués qui compte beaucoup de femmes et d’ouvriers. Organisés autour de son journal, Le Populaire, ils sont présents dès 1846 dans tous les départements français. Cabet désigne en outre des « correspondants » qui récoltent des signatures pour des pétitions et collectent des fonds. Surtout, « ils veillent au respect des principes icariens : la réprobation des sociétés secrètes, le refus absolu de participer aux actes de violence », rappelle François Fourn, docteur en histoire, contributeur du Dictionnaire des utopies (Larousse, 2002).

    La diffusion des idées d’Etienne Cabet est telle qu’avant 1848 la plupart des communistes français sont icariens, constate François Fourn. « Jusqu’à la caricature, [Cabet] donne à son Icarie toutes les apparences d’un incroyable pays de cocagne, d’un paradis terrestre pour les ouvriers », résume-t-il. Cabet souhaite cependant que ce rêve devienne réalité : le 9 mai 1847, il lance un cri enthousiaste dans les colonnes de son journal : « Allons en Icarie ! » Depuis un an, la France est en proie à une crise économique, le communisme fait peur et cet utopiste revendiqué est en mauvaise posture – le pouvoir l’accuse d’être la cause de la moindre émeute et il est lâché par les réformateurs.

    Son appel s’adresse aux Icariens. « Persécutés comme Jésus et ses disciples par de nouveaux Pharisiens, retirons-nous comme eux dans le désert, dans une terre vierge, pure de toute souillure, qui nous offrira tous les trésors de sa fécondité. » Des terres sont achetées aux Etats-Unis et soixante-neuf hommes partent du Havre le 3 février 1848 pour rejoindre le nord du Texas. Trois semaines plus tard, la révolution éclate en France : Cabet y participe mais finit par rejoindre ceux qui ont émigré de l’autre côté de l’Atlantique.

    Là-bas, c’est le fiasco. Mal préparés, les ouvriers qui rêvent d’une république idéale se retrouvent plongés dans des marais. Après avoir marché pendant des semaines et contracté des maladies, ils finissent par battre en retraite et se replier sur La Nouvelle-Orléans (Louisiane). D’autres les rejoignent, sans savoir ce qui les attend. Et, quand Cabet arrive à son tour, il fonde avec les disciples qui n’ont pas baissé les bras la communauté de Nauvoo, une ville située dans l’Illinois. Considéré comme un petit dictateur, il est cependant mis en minorité en 1856. Son rêve américain tourne court puisqu’il meurt la même année.

    Très célèbre de son vivant, plus connu que Proudhon et même que Marx, Etienne Cabet est oublié aussitôt après sa disparition. Au XXe siècle, seuls les communistes de Russie, où son livre est traduit, continuent de s’intéresser à son modèle centralisé et étatiste. Sans doute l’expérience de l’URSS a-t-elle joué en sa défaveur. Mais, par-delà les réinterprétations anachroniques, Etienne Cabet soulève une question toujours d’actualité : il prétend que les machines vont permettre, en remplaçant les ouvriers, de réduire la durée journalière du travail. Près de deux siècles plus tard, le débat sur l’automatisation de l’emploi agite plus que jamais le débat politique.

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  • Changement climatique : le double discours d’Exxon Mobil

    http://www.lemonde.fr/climat/article/2017/08/24/changement-climatique-le-double-discours-d-exxon-mobil_5175970_1652612.html

    Dès 1979, le pétrolier connaissait les effets des énergies fossiles, mais prétendait le contraire vis-à-vis du grand public

    http://s1.lemde.fr/image/2017/08/24/644x322/5175966_3_59e9_des-1979-le-petrolier-connaissait-les-effets-d_4396af7d2db45483dcf974564e95f8e6.jpg

    Le document a beau dater de 1979, il n’a rien à envier aux textes les plus anxiogènes publiés aujourd’hui sur le changement climatique : « Au rythme actuel de leur combustion, les ressources fossiles provoqueront des effets environnementaux dramatiques avant 2050. » Qui produisait ce genre de littérature voilà près de quatre décennies, dix ans avant la création du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ?

    Ce n’est ni une organisation écologiste, ni un gouvernement, ni une agence des Nations unies, mais les scientifiques du pétrolier Exxon – célèbre pour avoir financé, des années durant, le mouvement climatosceptique américain. Le texte en question n’était pas destiné à être rendu public : il fait partie des dizaines de documents internes de l’entreprise révélés en 2015 par le site InsideClimate News et le Los Angeles Times, montrant que les cadres de la société avaient une connaissance fine du risque climatique dès le début des années 1980.

    Dans une étude publiée mercredi 23 août par la revue Environmental Research Letters, Geoffrey Supran et Naomi Oreskes, deux historiens des sciences de l’université Harvard (Cambridge), ont comparé ces documents confidentiels – ainsi que d’autres textes rédigés par des chercheurs d’Exxon pour des colloques ou des revues savantes – à ceux que le pétrolier destinait au grand public sur le réchauffement. Ils ont ainsi étudié plus de 150 documents scientifiques produits entre 1977 et 2014 par Exxon, Mobil ou ExxonMobil – le fruit de la fusion des deux entreprises en 1998 – et les publirédactionnels publiés par ces sociétés dans le New York Times au cours de la même période.

    http://s2.lemde.fr/image/2017/08/24/534x0/5175968_6_a58a_publi-redactionnel-publie-par-la-societe_d8b0fa38ae9138811ae1704c044c0d93.jpg

    Publi-rédactionnel publié par la société Mobil en 1996 dans le New York Times.

    Selon les auteurs, « en tenant compte des expressions de doute raisonnable, 83 % des articles scientifiques et 80 % des documents internes [de l’entreprise] reconnaissent que le changement climatique est réel et causé par l’homme, contre seulement 12 % de ses publirédactionnels, dont 81 % expriment au contraire des doutes » sur la réalité du phénomène ou sur sa cause anthropique. « Etant donné cette divergence, nous concluons qu’ExxonMobil a trompé le public », ajoutent les auteurs.

    Le double langage est parfois saisissant. Ainsi, en 1982, un document interne d’Exxon, faisant état des débats en cours dans la communauté scientifique sur le sujet, indique : « Notre meilleure estimation est que le doublement de la concentration atmosphérique actuelle [de CO2] pourrait élever la température moyenne d’environ 1,3 °C à 3,1 °C. » Or, en 1997, alors que le réchauffement anthropique n’est déjà plus une simple projection mais une réalité mesurable, Mobil fait paraître un communiqué assurant, entre autres : « Les scientifiques ne peuvent pas prédire avec certitude si les températures augmenteront, ni de combien, ni où les changements se produiront. »

    http://s1.lemde.fr/image/2017/08/24/534x0/5175967_6_bf10_publi-redactionnel-publie-en-mars-2000-par-la_e5a84cba516367d9d13e2462d771f835.jpg

    Publi-rédactionnel publié en mars 2000 par la société Exxon Mobil, dans le New York Times.

    Dans les années 1990 et 2000, ExxonMobil s’offre avec régularité ces publi-informations, évoquant systématiquement la science climatique comme « incertaine », trop en tout cas pour justifier des mesures. « Il ne faut pas mettre la charrue politique avant les bœufs scientifiques », argumentait l’un de ces textes.

    Pour ExxonMobil, jamais des travaux d’histoire des sciences n’ont eu un enjeu aussi considérable. En effet, la révélation des documents internes du pétrolier a déclenché en 2015 l’ouverture de plusieurs enquêtes aux Etats-Unis. L’agence fédérale de contrôle des marchés financiers, de même que l’Etat de New York, cherche à savoir si l’entreprise a délibérément trompé les investisseurs en leur cachant certaines informations dont elle avait connaissance. D’autres plaintes ont été récemment déposées, en particulier par des communautés touchées par l’élévation du niveau de la mer, estimant que le pétrolier a contribué à dissimuler la réalité des risques climatiques.

    Pour sa défense, ExxonMobil a mis en ligne, voilà plus d’un an, une série de documents scientifiques produits par ses propres chercheurs, arguant que la compagnie avait au contraire contribué à la connaissance du climat. « Nous ne contestons pas cela, mais il y a très peu de monde qui dispose d’un accès à la littérature scientifique et très peu disposant des compétences pour comprendre cette littérature, rétorque Geoffrey Supran. Au contraire, les publirédactionnels étaient destinés à toucher des millions de personnes et manifestaient la volonté de l’entreprise de maintenir le public et les responsables politiques dans l’ignorance des résultats de la science. » ExxonMobil n’a pas donné suite aux sollicitations du Monde.

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  • Privatiser l’imaginaire : le fantasme terrifiant des industries culturelles

    https://page42.org/privatiser-limaginaire-le-fantasme-terrifiant-des-industries-culturelles

    « Le droit des marques possède en effet l’immense intérêt d’assurer une protection éternelle, sans risque de domaine public, si les dépôts sont renouvelés en temps et en heure. »

    https://i2.wp.com/page42.org/wp-content/uploads/2017/08/reconstitution-crime-journaliste-04-1083x840.jpg?fit=1083%2C840&ssl=1

    Protéger un personnage, c’est par exemple s’assurer une manne éternelle avec les produits dérivés (mugs, figurines, sacs à dos, bouteilles thermos, papier toilette, coucou le Petit Prince et Tintin). C’est encore s’assurer que personne, y compris l’auteur original, n’utilisera le personnage en question pour publier un livre chez un autre éditeur (j’y reviendrai). C’est aussi la possibilité d’attaquer en justice un concurrent si celui-ci publie un roman dont le personnage fait étrangement penser au vôtre (disons, un jeune élève à lunettes en première année d’école de magie). Les applications sont infinies.

    Maintenant, imaginez la suite : un monde où on peut « déposer » un personnage, un lieu, une situation, au même titre qu’une marque. Je vous épargne la menace (pourtant bien réelle) des dépôts automatisés combinés aux algorithmes d’écriture et de création, qui autoriserait potentiellement des sociétés d’édition ou de production (coucou Hollywood) à utiliser le big data pour déposer tout ce qui peut l’être – gardez ça quand même en tête, car des discussions sont en cours pour tenter de conférer un droit d’auteur aux robots (hop, application directe).

    https://seenthis.net/messages/623673 via enuncombatdouteux


  • Notre cerveau est-il fragilisé par Internet ?

    http://www.lemonde.fr/sciences/article/2017/08/21/notre-cerveau-est-il-fragilise-par-internet_5174869_1650684.html

    Omniprésent, le numérique amplifie nos mémoires externes, au risque d’amenuiser nos mémoires biologiques.

    http://img.lemde.fr/2017/06/20/40/0/1280/640/644/322/60/0/ac09007_26902-knx1lu.zqdnjc3di.jpg

    Comment pallier les carences de notre mémoire biologique limitée, oublieuse, aussi labile et périssable que le tissu cérébral qui l’héberge ?

    La question taraudait déjà nos ancêtres. En réponse, ils inventèrent des systèmes d’externalisation de leurs savoirs. D’abord sous la forme d’une mémoire collective, orale, transmise entre générations. Puis « il y eut les grandes ruptures comme l’écriture, l’imprimerie, la radio ou la télévision », résume Francis Eustache, neuropsychologue (Inserm-EPHE-université de Caen). Soit autant de relais externes pour préserver et amplifier nos mémoires.

    Face à la matière molle du cerveau, les disques durs des ordinateurs et le cloud offrent désormais une capacité de stockage quasi illimitée. Nous assistons à « une explosion de l’externalisation de notre mémoire sans aucun équivalent dans toute l’histoire de l’humanité », relève Francis Eustache dans Ma mémoire et les autres (Le Pommier, à paraître le 11 septembre, 176 p., 17 euros).

    Substitution des ressources

    Comment nos sociétés vont-elles s’adapter à ce bouleversement numérique ? N’y a-t-il pas un risque d’effet pervers : au lieu d’un enrichissement de notre mémoire sociale, un affaiblissement de nos fonctions cognitives ?

    L’inquiétude est loin d’être neuve. Pour Socrate déjà, l’écriture était un « pharmakon » : un remède mais aussi un poison, qui certes corrige les failles de la mémoire, mais l’affaiblit en même temps. Au IVe siècle avant notre ère, Platon a relayé cette menace : « Cette invention, en dispensant les hommes d’exercer leur mémoire, produira l’oubli… », écrit-il dans Phèdre. « Platon s’est planté : l’effort d’écriture ou de lecture, aucontraire, entraîne un effort de mémoire », juge Francis Eustache.

    De plus, sa diffusion sociale a été très progressive, au contraire de l’irruption soudaine d’Internet. « Avec Internet, le danger est là : les ordinateurs, les smartphones rendent l’information accessible à tous. Pour autant, on mesure très mal le retentissement d’Internet sur notre cerveau. » Une étude a cependant marqué les esprits. La psychologue Betsy Sparrow, de l’université Columbia (New York), a soumis des étudiants d’une université américaine à des questions difficiles. Résultat, publié en 2011 dans Science : en priorité, ces jeunes – pourtant cultivés – ont fait appel à Internet, plutôt qu’à leurs propres ressources cognitives.

    Le danger des écrans

    « Cela pose problème. La démarche devrait être inverse : pour avoir un libre arbitre, un discernement, nous devrions nous construire une mémoire interne et y faire appel. Si nous dépendons totalement d’une mémoire externe, nous devenons des coquilles vides ! », estime Francis Eustache. « La gestion collective des traces est devenue un objet de commerce industriel », avertit le philosophe Bernard Stiegler dans Mémoire et oubli (Le Pommier, 2014).

    Ce commerce est contrôlé par des moteurs de recherche. Or ces systèmes hiérarchisent l’information « selon des impératifs économiques, et non plus noétiques [de connaissance pure]. Ces machines oublient à certains égards de moins en moins, mais d’un autre point de vue elles nous rendent de plus en plus oublieux, parce que nous sommes dépendants d’elles – et cela parce qu’elles hiérarchisent et organisent selon des procédures qui nous échappent de plus en plus ». Par exemple, « accepter les conditions de Facebook, c’est accepter d’être spolié de ses archives ». Il pointe aussi un risque de « prolétarisation de nos fonctions internes de perception, d’intuition, d’entendement et d’imagination ».

    Ne dit-on pas « surfer sur Internet » ? « Plus les informations sont traitées en surface, plus on risque de ne pas les mémoriser », note Francis Eustache. Par ailleurs, une utilisation excessive des écrans altère la durée ou la qualité du sommeil, donc nos capacités cognitives. Autre risque : l’appauvrissement de nos relations sociales et familiales.

    Dernier piège, enfin : le défaitisme et le refus du progrès. Alors, quels antidotes au numérique ? « Une thérapeutique constituée par des savoir-vivre, des savoir-faire et des savoirs spirituels », rêve Bernard Stiegler.

    Les différentes formes de mémoire

    Episodique : c’est la « mémoire des souvenirs », la mémoire à long terme des événements que nous avons personnellement vécus, situés dans un contexte spatial et temporel précis. Elle n’apparaît que vers l’âge de 3 à 5 ans. Grâce à elle, nous prenons conscience de notre propre identité, avec un sentiment de continuité temporelle. Particulièrement fragile, elle dépend d’un réseau de neurones très distribué dans le cerveau. Elle s’appuie aussi sur la mémoire sémantique.

    Sémantique : c’est la « mémoire des connaissances », une mémoire à long terme des concepts, des mots, des savoirs généraux sur le monde et sur nous-mêmes. La plupart de nos souvenirs autobiographiques se transforment progressivement en connaissances générales : ils rejoignent la mémoire sémantique.

    Autobiographique : elle mêle notre mémoire épisodique à des éléments de notre mémoire sémantique [ceux qui concernent la connaissance sur nous-mêmes].

    Déclarative (explicite) : elle concerne le stockage et la récupération des données que nous pouvons faire émerger consciemment, puis exprimer par le langage.

    Procédurale : c’est la mémoire des savoir-faire et des habiletés motrices, verbales, cognitives, quand elles sont devenues automatiques [faire de la bicyclette sans y penser, par exemple]. Ce type de mémoire est relativement épargné dans les « maladies de la mémoire », comme Alzheimer.

    Implicite : c’est une mémoire inconsciente, très émotionnelle. Elle peut contrôler, à notre insu, le rappel de certains souvenirs : par exemple, en établissant un lien entre les affects du présent et ceux de la période d’acquisition du souvenir.

    Perceptive : elle s’appuie sur diverses modalités sensorielles (vue, ouïe…) pour, par exemple, reconnaître un parcours familier sans y prêter vraiment attention.

    De travail : c’est une mémoire à court terme. Elle nous offre un « espace de travail mental » qui nous permet de stocker et de manipuler des informations pendant une période de plusieurs secondes. Et, donc, de réaliser une tâche, raisonner, comprendre ce que nous lisons, suivre le fil d’un discours… Dans nos activités quotidiennes, elle est constamment sollicitée.

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  • Le phalanstère de Charles Fourier

    http://www.lemonde.fr/festival/article/2017/08/18/le-phalanstere-de-charles-fourier_5173629_4415198.html

    « Ceci n’est pas une utopie. » Voici comment le socialiste Charles Fourier aurait pu ­légender le dessin de son phalanstère, un projet d’habitat communautaire dont on trouve des esquisses dans ­plusieurs de ses livres. Il a banni ce mot, hérité de L’Utopie deThomas More, de son vocabulaire. « C’est le rêve du bien sans moyen d’exécution, sans méthode efficace », affirme-t-il.

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    Pour lui, les « faiseurs d’utopies », comme il les appelle, ne produisent que des chimères irréalisables. Charles Fourier qualifie ainsi de « sottises dogmatiques »Les Aventures de Télémaque, un roman de Fénelon publié en 1699 qui vantait la vie frugale et heureuse des habitants de la Bétique, un pays isolé.

    Un océan sépare les deux hommes : la Révolution française. Charles Fourier, qui a 17 ans en 1789, ne rêve pas d’un monde meilleur : il aspire à transformer la société ici et maintenant. Avec l’industrialisation, affirme-t-il, les classes laborieuses s’appauvrissent, alors que les intermédiaires du monde du négoce s’enrichissent.

    Cet homme qui a grandi dans une famille de commerçants a été choqué, enfant, par l’immoralité de cette profession. Et cette impression négative a été confortée par une expérience plus tardive : en 1799, commis d’une maison de commerce de Marseille, il voit une cargaison de grains jetée à la mer parce qu’à force de spéculer sur les prix, ses propriétaires l’ont laissée pourrir.

    Ce « renversement de l’ordre naturel » le pousse à réfléchir. Charles Fourier se met en quête d’une alternative au monde qui l’entoure crédible et, quoi qu’il en dise, utopique. « Dans le cours de cette Notice, je peindrai des coutumes si étrangères aux nôtres, que le lecteur demandera d’abord si je décris les usages de quelque planète inconnue », prévient-il dans Théorie de l’unité universelle (1822). Dans sa quête d’une harmonie universelle, il imagine un lieu de vie lié à des activités agricoles – le phalanstère – qui a vocation à devenir un laboratoire social. Ce concept d’habitation dont le nom est une contraction de phalange et de monastère prend le contre-pied des théories en vogue. Au progrès fondé sur la raison, il préfère l’équilibre des passions. A l’égalité, la diversité.

    Luxe et plaisir

    En « Harmonie », lieu de vie idéal, certains sont pauvres et d’autres riches, tout le monde n’a pas les mêmes goûts, les costumes sont brillants et variés, les appartements loués à des prix différents… Pas de rejet de l’argent, ni d’uniforme austère ni de frugalité volontaire – bien au contraire : c’est une société fondée sur le luxe et le plaisir. Le confort est si important que les rues ont été remplacées par des galeries couvertes afin que personne ne prenne froid l’hiver. Appartements privés, réfectoires, salles de bal et de réunion, bibliothèques, ateliers et greniers sont reliés entre eux par des souterrains ou des couloirs élevés sur colonnes.

    En ce début de XIXe siècle, le projet de Fourier pose les bases du mouvement coopératif naissant. Qu’ils soient trois cents ou mille cinq cents, tous les sociétaires sont des copropriétaires qui détiennent des actions, lesquelles peuvent leur être remboursées s’ils le souhaitent « au prix du dernier inventaire ». En cas de fléau mettant en péril les récoltes, la communauté et la région se portent ­garantes d’un revenu minimum que chacun est assuré de recevoir.

    Dans le phalanstère de Charles Fourier, les désirs priment. Le travail n’est pas subi mais choisi, la gourmandise est source de sagesse et l’amour cimente les relations sociales. Contre la monotonie du mariage, Fourier vante les bienfaits d’une sexualité libérée autant pour les hommes que pour les femmes : la femme peut avoir à la fois un époux dont elle a deux enfants, un géniteur dont elle n’a qu’un enfant, un favori qui a vécu avec elle et ­conserve ce titre, ainsi que de multiples « possesseurs » qui ne sont rien devant la loi.

    « Prophète postcurseur »

    Connaissant le personnage, cette défense de la jouissance reste une énigme : Charles Fourier était un célibataire bougon et bourré de manies, connu pour connaître par cœur les dimensions de chaque monument parisien. « Dans ses promenades, on le trouvait occupé parfois à mesurer, avec sa canne métrique ou pas, telle ou telle façade d’un édifice, tel ou tel côté d’une place, d’un jardin public, etc. », raconte le fouriériste Charles Pellarin en 1842.

    A l’évidence, cette utopie est l’œuvre d’un original. Fourier, qui se présente comme « illettré », c’est-à-dire autodidacte, ne se veut l’héritier de personne et affirme n’être membre d’aucune famille de pensée. « Il doute de tout ce qui a été écrit avant lui et s’écarte des doctrines majoritaires de son temps, résume Florent Perrier, maître de conférences en esthétique et théorie de l’art à l’université de Rennes-II. Il dit même qu’il est le “prophète postcurseur” par rapport au Christ, mais c’est évidemment un détour qui lui permet de faire passer des idées radicales sous un côté délirant. »

    Charles Fourier se distingue ainsi des premiers utopistes qui condamnaient autant l’argent que la propriété : à ses yeux, le système coopératif du phalanstère démontre les avantages de « l’esprit de propriété ». « Un des ressorts les plus puissants pour concilier le pauvre et le riche, c’est l’esprit de propriété sociétaire ou composée, écrit-il dans Théorie de l’unité universelle. Le pauvre, en Harmonie, ne possédât-il qu’une parcelle d’action, qu’un vingtième, est propriétaire du canton ­entier, en participation. »

    Expériences communautaires

    A la fin de sa vie, Charles Fourier cherche des mécènes pour mettre son projet en pratique. Un ancien médecin, député de Seine-et-Oise, ­répond à l’appel de fonds et propose un lieu, près de Rambouillet. En 1833, le premier phalanstère, à Condé-sur-Vesgre, est créé mais Fourier se retire très vite du projet, qui tombe à l’eau trois ans plus tard. Mort en 1837, le penseur ne connaîtra pas cette communauté, finalement relancée et ­toujours active aujourd’hui. Et c’est peut-être tant mieux. « Les sociétaires s’appellent “colons” entre eux. Un anachronisme qui donne le sentiment d’une bourgeoisie occupée à se transmettre des parts de propriété », affirme Florent Perrier.

    Au XIXe siècle, le fouriérisme essaime en Europe, mais c’est aux Etats-Unis qu’il rencontre le plus de succès. Entre 1840 et 1860, des disciples de Fourier y lancent plus de vingt expériences communautaires, dont la durée de vie dépasse rarement trois ans. D’autres cherchent sans succès à créer des phalanstères pour enfants trouvés. « Fourier pensait que les petits n’étant pas corrompus, il était plus facile de les ­former à la nouvelle société », explique Nathalie Brémand, docteure en histoire et chercheuse associée de l’université de Poitiers. Dès les années 1840, à une époque où beaucoup d’enfants ne vont pas à l’école, des polytechniciens, des médecins et des ­philanthropes s’impliquent dans la création de crèches inspirées par Fourier.

    Après une longue éclipse, le fouriérisme rejaillit en mai 1968. Certains voient en lui le père fondateur des mouvements de libération sexuelle : on redécouvre sa radicalité en matière de mœurs grâce à un ouvrage posthume, Le Nouveau Monde amoureux, qui n’est publié in extenso qu’en 1967 – sans doute parce que ses disciples étaient choqués par ses positions.

    Dans ce texte, l’auteur pourfend la monogamie et défend une égalité stricte entre hommes et femmes. Pour l’intellectuel libertaire homosexuel Daniel Guérin, auteur d’un recueil de textes intitulé Vers la liberté en amour (Gallimard, 1975), Fourier a ouvert la voie à la révolution sexuelle.

    Traces de l’utopie fouriériste

    Aujourd’hui, on trouve des traces de l’utopie fouriériste dans le mouvement des SCOP (sociétés coopératives et participatives) comme dans le modèle du kibboutz en Israël ou les expériences locales qui surgissent ici ou là. « Les jardins collectifs ou les habitats partagés qui cherchent à élaborer de nouveaux types de gouvernance, dans lesquels chaque individu est représenté, en sont les héritiers indirects », estime Nathalie Brémand. L’historien François Jarrige établit une filiation indirecte entre l’esprit de Fourier et celui des « zones à défendre » (ZAD) comme Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique). « Elles relèvent d’une conception libertaire. L’imaginaire des zadistes s’inspire des communautés anarchistes de la fin du XIXe siècle qui s’ins­crivaient dans une filiation avec le ­phalanstère fouriériste. »

    Les pédagogies alternatives de type Freinet ou Montessori lui doivent également beaucoup. « Charles Fourier est à l’origine de l’“éducation intégrale” qui visait à développer toutes les facultés des enfants et plus seulement à les ­instruire. Il préconisait notamment d’utiliser le jeu », poursuit Nathalie Brémand. Finalement, la vraie postérité de Fourier n’est pas à chercher dans le phalanstère de Condé-sur-Vesgre, mais du côté d’un imaginaire politique qui continue d’infuser.

    https://seenthis.net/messages/623084 via enuncombatdouteux


  • " En un combat douteux " par John Steinbeck ( 1936 )

    https://enuncombatdouteux.blogspot.fr/2017/08/en-un-combat-douteux-par-john-steinbeck.html

    C’est le plus dur, avoua Mac. Tout le monde nous hait. L’ennemi, et les nôtres. Si nous remportions la victoire, Jim, les nôtres nous tueraient. Je me demande pourquoi nous insistons !

    https://seenthis.net/messages/623057 via enuncombatdouteux


  • La semaine où le monde a frôlé l’apocalypse nucléaire

    http://www.slate.fr/story/149934/la-semaine-ou-le-monde-a-frole-la-guerre-nucleaire

    C’est l’un des grands mystères de la Guerre froide : comment le monde a-t-il fait pour ne pas disparaître lors de la deuxième semaine de novembre 1983 ?

    http://www.slate.fr/sites/default/files/styles/1090x500/public/archergrandformat.jpg

    Une grande partie de notre survie est due aux actions –ou plutôt à l’inaction– d’un officier de l’armée de l’air américaine, Leonard Perroots, mort en janvier dernier. Que nous ayons frôlé l’anéantissement, au contraire, est imputable au bellicisme rhétorique et militaire de Ronald Reagan, à la terreur qu’il a suscité chez les Soviétiques et au tragi-comique d’un malentendu qui aurait pu nous coûter très cher.

    Comme un National Intelligence Estimate, un document du renseignement américain venant d’être rendu public, le détaillait en 1987 :

    « La stratégie de guerre nucléaire [des Soviétiques] […] ne les prédispose pas à faire preuve de retenue s’ils estiment très probable la survenue d’une guerre nucléaire. Ils pensent d’ailleurs qu’une telle réserve pourraient mettre en péril leurs chances dans cette guerre. Les Soviétiques sont très enclins à vouloir tirer les premiers afin de maximiser les dommages infligés aux forces américaines, tout en minimisant les dégâts subis par la société et les forces soviétiques. »

    C’est à ce moment délicat que les États-Unis et leurs alliés décident de simuler une attaque nucléaire sur l’Union soviétique et ses alliés du Pacte de Varsovie. Effectué par des soldats alliés dans toute l’Europe, la simulation, surnommée Able Archer 83, fait partie d’un exercice militaire orchestré par le QG de l’Otan à Bruxelles, le ministère britannique de la Défense et le Pentagone, son objectif est de « tester les procédures de commande et de personnel, avec un accent tout particulier mis sur la transition entre des opérations conventionnelles et des opérations non-conventionnelles, y compris l’usage d’armes nucléaires ».

    C’est là qu’intervient Leonard Perroots, un agent du renseignement militaire américain dont le rôle sera crucial dans cette histoire. Quand débute Able Archer 83, cet homme originaire de Virginie Occidentale a plus de trente ans d’expérience derrière lui dans les services de renseignement de l’US Air Force en Europe. Tout en supervisant Able Archer 83, il remarque que les forces soviétiques (les vraies, pas celles de la simulation) ne cessent d’augmenter leurs niveaux d’alerte. Mais au lieu de réagir comme il se doit, Perroots ne fait rien. S’il avait relevé le niveau d’alerte des dispositifs militaires européens –ce qui n’aurait pas été absurde–, les Soviétiques auraient pu en conclure que exercice était bel et bien une préparation d’attaque déguisée. L’instinct de Perroots permettra d’arrêter la course vers la guerre et sans doute d’éviter une passe d’armes nucléaire.

    https://seenthis.net/messages/623011 via enuncombatdouteux


  • Quand des statistiques annoncent que nous sommes seuls dans l’Univers

    http://www.gurumed.org/2017/08/15/statistiques-annoncent-sommes-seul-lunivers

    Depuis plus de six décennies, le Paradox de Fermi torture les scientifiques, les chercheurs du Search for Extra-Terrestrial Intelligence (SETI) se référant à lui comme le Great Silence (Grand Silence). Pourquoi le silence ? Au fil des années, de nombreuses raisons ont été données, allant de l’idée que personne n’a trouvé d’intérêt à nous contacter, à des théories conspirationnistes paranoïaques, que des autorités terrestres ou cosmiques feraient en sorte de nous dissimuler la vérité.

    http://www.worldufoday.com/wp-content/uploads/drake-infographic.jpg

    Cependant, l’explication la plus simple est que la raison pour laquelle nous ne trouvons pas d’autres civilisations est qu’elles ne sont pas là. La position de Whitmire est que, si le concept cosmologique appelé principe de médiocrité est appliqué au Paradox de Fermi, cela donne la raison pour laquelle nous sommes seuls, que nous sommes une civilisation typique et que nous allons nous éteindre bientôt, alors que nous sommes capables de communication interstellaire.

    Le point important est que nous n’avons été capables d’envoyer des messages aux étoiles que pendant un peu plus d’un siècle après l’invention de la radio. Whitmire a constaté que s’il assume que les humains sont typiques plutôt qu’exceptionnels, la courbe en cloche produite par l’analyse statistique (principe de médiocrité) nous place au milieu des 95 % de toutes les civilisations et celles qui ont des millions d’années sont les valeurs limites des statistiques avec une très faible probabilité d’existence.

    En d’autres termes, si la race humaine est typique, alors comme nous sommes une jeune espèce technologique qui est la première de notre planète et que nous ne crapahutons dessus que depuis environ un siècle (en tant qu’espèce technologique), la même chose est vrai/ typique pour toutes les autres civilisations. Pire encore, si nous devons rester typiques, la race humaine va probablement disparaître et bientôt.

    Mais Whitmire admet qu’il y a une autre conclusion :
    Si nous ne sommes pas typiques alors mon observation initiale sera correcte. Nous serions les êtres les plus stupides de la galaxie selon les chiffres.

    #They_live

    https://seenthis.net/messages/622622 via enuncombatdouteux


  • Le gouvernement américain veut identifier plus d’un million de visiteurs d’un site anti-Trump

    http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/08/15/le-gouvernement-americain-veut-identifier-plus-d-un-million-de-visiteurs-d-u

    Le 20 janvier, 1,3 million d’internautes s’étaient rendus sur un site qui organisait des manifestations hostiles à l’investiture du nouveau président.

    http://img.lemde.fr/2017/08/15/139/0/3499/1748/644/322/60/0/ed31d75_3135-15f37a2.lb9lj9vn29.jpg

    Le gouvernement américain cherche à se procurer des informations sur tous les visiteurs d’un site Internet critique envers Donald Trump. Un mandat a été présenté par le ministère de la justice le 17 juillet à Dreamhost, l’entreprise hébergeant le site disruptj20.org (« perturbez le 20 janvier »), créé pour organiser les manifestations en marge de la cérémonie d’investiture du 45e président américain.

    Cette demande concerne 1,3 million d’internautes s’étant rendus sur le site et a pour but d’obtenir leur adresse IP (l’identifiant sur Internet de l’appareil utilisé pour se connecter) ainsi que le jour et l’heure de leur visite.

    Une adresse IP peut permettre au gouvernement d’obtenir l’identité de l’internaute qui l’utilise. Dreamhost a contesté cette demande devant la justice et a rendu publique cette procédure lundi 14 août.

    « Ces informations peuvent être utilisées pour identifier toute personne qui est allée sur ce site pour exercer et exprimer sa liberté d’expression politique, protégée par la Constitution », écrit l’entreprise sur son site, qualifiant la demande du gouvernement « d’alarmante », « un exemple d’abus de pouvoir de la part du gouvernement ».

    https://seenthis.net/messages/622561 via enuncombatdouteux


  • L’énigme du signal potentiellement extraterrestre a 40 ans

    http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/08/15/l-enigme-du-signal-potentiellement-extraterrestre-a-40-ans_5172503_4355770.h

    Le signal « Wow ! » a 40 ans. Quarante années que ce signal entretient un certain mystère parmi la communauté des astronomes, et surtout parmi le grand public. Il faut dire que celui-ci réunissait certaines caractéristiques attendues d’un signal émis par une civilisation extraterrestre.

    http://img.lemde.fr/2017/08/14/0/0/1024/578/534/0/60/0/eff7c8f_3135-us5kme.7c053o9a4i.jpg

    Car ce signal possède plusieurs caractéristiques extraordinaires. Le premier élément surprenant est son intensité exceptionnelle, le pic enregistré atteignant plus de trente fois l’intensité du bruit de fond de l’univers. Il s’agit du plus puissant signal de la sorte jamais enregistré.

    Le deuxième élément est le fait que le signal ait été émis sur une bande très étroite de fréquence : moins de 10 kHz. Or, on ne connaît, à l’heure actuelle, aucun phénomène naturel capable d’émettre sur une bande étroite et à une telle intensité. Tous les signaux émis par des corps célestes, que ce soient des étoiles, des planètes, des pulsars, etc., émettent sur de nombreuses fréquences à la fois. Au vu des connaissances scientifiques accumulées, il est aujourd’hui considéré comme hautement probable qu’un signal à bande étroite ne puisse être produit qu’artificiellement, par une civilisation technologique.

    Le troisième élément est la fréquence sur laquelle a été émis le signal : 1 420,4556 MHz. Ce chiffre ne vous dit peut-être rien, mais c’est précisément l’une des fréquences sur lesquelles les astronomes s’attendent à recevoir un message émis par une intelligence extraterrestre. Cette fréquence est extrêmement proche de la fréquence à laquelle un atome d’hydrogène émet des radiations (1 420,405751 MHz).

    #They_live

    https://seenthis.net/messages/622392 via enuncombatdouteux


  • La Chine, leader des communications quantiques

    http://www.lemonde.fr/sciences/article/2017/08/13/la-chine-leader-des-communications-quantiques_5171980_1650684.html

    Grâce au satellite Micius, des chercheurs chinois ont réussi à téléporter des informations en battant tous les records de distance.

    http://img.lemde.fr/2017/08/10/247/0/3000/1500/644/322/60/0/74064f6_3630-1mzqtd8.15s89z4cxr.jpg

    Double première mondiale pour la Chine. Grâce à deux résultats publiés le 9 août dans la revue Nature, elle ­assure sa suprématie dans des techno­logies futuristes de communications ­dites quantiques, promettant notamment plus de sécurité dans les échanges. Elle touche là les bénéfices de son investissement dans un satellite affecté à ce genre de recherche, Micius, lancé le 16 août 2016 sur une orbite basse entre 500 et 1 200 kilomètres de la Terre. Si l’on ajoute à ces deux études une publication dans Science, le 16 juin, l’équipe de Pan Jianwei, de l’université de sciences et technologie de Chine, a réalisé trois démonstrations essentielles, jusqu’alors seulement réussies au sol dans des ­fibres optiques : téléportation, intrication et cryptographie… Trois mots qui méritent quelques explications.

    Depuis la série de science-fiction Star Trek, le concept de téléportation est ­associé au déplacement instantané d’un individu d’un point à un autre de l’univers. Plus modestes, les physiciens désignent par ce terme le transfert instantané de l’état d’un système vers un autre. Plus sobrement, la polarisation d’un grain de lumière, un photon, est exactement copiée sur un autre photon distant. C’est ce que les Chinois ont fait entre un télescope au Tibet et leur satellite.

    L’intrication désigne une propriété étrange de la physique quantique, théorie qui décrit la matière aux petites échelles. C’est l’art de fabriquer une paire d’objets disposant d’un lien invisible qui fait que, même séparés, ils restent comme connectés entre eux. Agir sur l’un modifie immédiatement l’état de l’autre. Comme deux pandas jumeaux dont l’un sentirait les caresses faites à son alter ego éloigné. Là encore, les chercheurs ont utilisé des photons, envoyant les jumeaux depuis Micius jusque dans deux télescopes séparés de 1 203 kilomètres. A noter que sans intrication, aucune téléportation n’est possible.

    Enfin, la cryptographie quantique est une technique de chiffrement sûre. Pour chiffrer un message, il faut mélanger ce dernier avec une série de chiffres, appelée clé. Celle-ci servant également à déchiffrer, elle doit seulement être ­connue des deux personnes désirant échanger confidentiellement.

    « Gros projet d’ingénierie »

    En 1984, des chercheurs canadiens ont exposé un protocole permettant d’échanger en sécurité ces fameuses clés, non pas en interdisant l’écoute, mais en garantissant que les protagonistes sauront si l’échange a été écouté. Dans ­l’affirmative, ils n’utiliseront pas la clé et ­recommenceront. L’équipe chinoise a appliqué ce protocole entre le satellite et la Terre, parvenant pour les distances les plus faibles (600 kilomètres) à envoyer plusieurs milliers de bits d’informations par seconde. « Ils ont résolu énormément de problèmes technologiques. C’est un gros projet d’ingénierie », salue Romain Alléaume, enseignant-chercheur à l’école Telecom Paris Tech et spécialiste de cryptographie quantique. Parmi les défis relevés, la miniaturisation de composants optoélectroniques complexes, leur certification pour l’environnement spatial et surtout le développement de techniques très précises de pointage et de suivi du satellite. « C’est comme suivre un cheveu se déplaçant à 300 ­mètres de distance », décrit Pan Jianwei.

    Ces progrès sont plus technologiques que scientifiques, car chacun de ces ­exploits a déjà été réalisé sur Terre. La ­vérification de l’intrication a été faite en France au début des années 1980 par Alain Aspect. Le premier échange de clés a été réalisé en 1989 au Canada. Depuis, des entreprises, comme IDQuantique en Suisse, commercialisent même de tels systèmes. La Russie a déployé à Kazan en 2016 un réseau de quatre nœuds échangeant des clés.

    La première téléportation a été faite en Autriche en 1997 par l’équipe d’Anton Zeilinger, dans laquelle d’ailleurs le jeune Pan Jianwei travaillait. Ce groupe a par la suite multiplié les records, ­notamment en 2012, dans l’atmo­sphère, entre deux îles des Canaries ­séparées de plus de 140 kilomètres.

    « Ce sont des développements fascinants, estime Ronald Hanson, directeur d’un des plus grands laboratoires ­d’infor­mation quantique en Europe, ­Qutech, à Delft (Pays-Bas). Les expériences chinoises ouvrent une nouvelle ère. Pour la ­première fois, des tâches quantiques fondamentales sont réalisées entre la Terre et l’espace. Relier quantiquement des systèmes éloignés devient réalité. »

    Des réseaux très coûteux

    Passer par l’espace est nécessaire pour couvrir de grandes distances, car l’intrication ou la téléportation sont limitées à une centaine de kilomètres à cause de l’atténuation du signal dans les fibres optiques. Et contrairement au monde classique, il n’est pas possible en physique quantique d’amplifier et de répéter un signal. D’où l’intérêt du vide sidéral, dans lequel les pertes sont moins grandes, même en tenant compte de l’épaisseur de l’atmosphère – sauf en cas d’épais nuages. Mais à quoi bon de tels réseaux, encore très coûteux ? Un chiffrement plus sûr est évidemment une motivation, mais les techniques « classiques » actuelles fonctionnent, avec même des protocoles à clés non secrètes. « Les efforts actuels sur le calcul quantique mettent en danger ces systèmes et la cryptographie quantique est une ­réponse », précise Eleni Diamanti, chargée de recherche au CNRS à l’université Pierre-et-Marie-Curie. Les chercheurs ­rêvent aussi d’un « Internet quantique » aux propriétés nouvelles, comme celle d’y faire du calcul distribué sur plusieurs nœuds du réseau, sans que les nœuds ­accèdent aux données.

    La Chine n’est pas la seule à avoir compris ces enjeux cruciaux pour la défense ou la souveraineté nationale. La Corée du Sud, le Japon, Singapour ou le Canada ont des projets terrestres et spatiaux, ou dans l’air à partir de drones, ballons ou avions. En Europe, des chercheurs, dont Anton Zeilinger, ont tenté pour l’instant en vain de convaincre de l’intérêt de ­développer ces techniques spatiales. « Ces résultats devraient stimuler l’activité en Europe », espère Eleni Diamanti.

    Pan Jianwei veut maintenant améliorer l’efficacité du système de crypto­graphie et, surtout, utiliser son satellite comme relais entre deux stations chinoises au sol, leur permettant de chiffrer en sécurité. En fin d’article, bons princes, les auteurs évoquent aussi la possibilité de collaborer avec l’Europe pour échanger des clés entre les deux continents.

    https://seenthis.net/messages/622150 via enuncombatdouteux


  • Transparence ? L’Assemblée nationale suggère à Regards Citoyens de suspendre son site !

    http://www.capital.fr/economie-politique/transparence-l-assemblee-nationale-suggere-a-regards-citoyens-de-suspendre-s

    Depuis 2009, l’association Regards Citoyens accomplit un travail statistique remarquable de suivi de l’activité des parlementaires qui mériterait d’être reconnu d’utilité publique. Début août pourtant, les trois députés questeurs de l’Assemblée nationale - élus par leurs pairs - ont suggéré à ces bénévoles de suspendre leur site au motif qu’il nourrirait l’antiparlementarisme. David Gayou, administrateur chez Regards Citoyens, confie son incompréhension.

    https://cap.img.pmdstatic.net/fit/http.3A.2F.2Fprd2-bone-image.2Es3-website-eu-west-1.2Eamazonaws.2Ecom.2Fcap.2F2017.2F08.2F09.2Fc469c990-018c-41c8-a217-734f0228fbcd.2Ejpeg/1024x768/quality/70/c469c990-018c-41c8-a217-734f0228fbcd.jpeg

    Justement, dans cette lettre vous rappelez vos propositions pour améliorer la transparence parlementaire. On retrouve notamment la question de l’opacité de l’activité des… questeurs.

    La questure est l’un des secrets les mieux gardés du Parlement. Chaque assemblée élit en début de législature trois questeurs. Ils sont notamment chargés de régir le budget de l’Assemblée nationale ou du Sénat au moyen d’un document gardé secret : le règlement budgétaire, comptable et financier. Il n’est consultable que par les 22 députés participant aux réunions du Bureau de l’Assemblée nationale (sur 577 députés au total). Même le déontologue n’y a pas accès et, bien entendu, le public non plus. C’est sur ce document que figurent les mécanismes régissant par exemple les frais de mandat mais aussi les avantages des anciens députés. On demande simplement la publication de ce règlement, celle de la comptabilité budgétaire (c’est à dire les dépenses engagées notamment pour l’entretien des bâtiments, les frais de fonctionnement de l’Assemblée nationale, les indemnisations...) ou encore la mise en place d’un compte rendu des décisions prises, ainsi qu’un relevé de présences. Nous souhaitons que cela devienne une source officielle d’informations publiques comme les autres en somme.

    https://seenthis.net/messages/621976 via enuncombatdouteux


  • Corbyn, la renaissance surprise du Labour

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/08/11/corbyn-la-renaissance-surprise-du-labour_5171230_3214.html

    Depuis les législatives du 8 juin, le dirigeant du Parti travailliste triomphe, prêt à remplacer la première ministre, Theresa May.

    http://s1.lemde.fr/image/2017/08/11/644x322/5171225_3_f26b_silhouette-de-jeremy-corbyn-chef-de_cf60284be8f41d7d62d7d943d9269398.jpg

    Jeremy Corbyn est prêt. Prêt à négocier le Brexit, prêt à former un gouvernement. Bref, prêt à remplacer Theresa May à Downing Street. Pour la gauche britannique, qui avait fait son deuil d’un retour au pouvoir dans un avenir prévisible, les législatives du 8 juin ont sonné comme une divine surprise et pris des airs de triomphe.

    « Dans six mois, je serai premier ministre », a confié le chef du Labour à Michael Eavis, le directeur du festival de Glastonbury, grand rendez-vous estival de la scène alternative. Le 24 juin, un discours du vieux dirigeant y a attiré plus de jeunes branchés que le groupe Radiohead, la veille. « Oh, Jer-e-my Cor-byn », scandé au rythme du tube américain Seven Nation Army des White Stripes, en est devenu l’hymne.

    Sur les colliers, les T-shirts, les posters et les sculptures de sable, « Jeremy », 68 ans, était partout. Dirigé par une Theresa May en sursis, le pays prend désormais très au sérieux la possibilité que l’ancien permanent syndical, longtemps présenté comme un loser, se voie confier les clés du « number ten », le siège du gouvernement.

    Corbynmania ?

    D’ailleurs, l’intéressé reprendra sa tournée des circonscriptions dès la mi-août, prévoyant – et souhaitant – de nouvelles élections que les travaillistes pourraient gagner, selon les sondages. Pas un média qui ne s’interroge sur la Corbynmania, pas un politologue qui ne disserte sur la renaissance surprise du Labour.

    L’obscur député de Finsbury Park (nord de Londres), élu de l’aile gauche du parti depuis trois décennies, revient de loin. Voilà tout juste un an, au lendemain de la victoire du Brexit au référendum, les trois quarts des députés de son propre parti avaient voté une motion de défiance à son encontre, l’accusant d’avoir traîné les pieds pour défendre la ligne proeuropéenne du parti. Mais les adhérents de base, qui l’avaient élu une première fois à la surprise générale en septembre 2015, l’ont conforté.

    Partisan d’un grand retour de l’Etat pour lutter contre les inégalités, anti-establishment et sceptique sur l’Europe, sympathisant du Venezuela chaviste, Jeremy Corbyn évoque aujourd’hui une sorte de Jean-Luc Mélenchon britannique. A deux différences de taille près : il a été plébiscité à la tête du Parti travailliste, et se trouve aujourd’hui en position d’accéder au pouvoir.

    Car son programme, qui tourne résolument le dos au néolibéralisme du « New Labour » de Tony Blair, a drainé un nombre spectaculaire d’électeurs. Crédité de 28 % des voix au début de la campagne des législatives, en avril, le Labour de Corbyn en a rassemblé 40 % le 8 juin. Le meilleur résultat depuis M. Blair et la plus forte remontée d’une élection à l’autre depuis… Clement Attlee en 1945.

    Un programme centré sur les principaux problèmes sociaux

    L’un des partis progressistes les plus en difficulté d’Europe est devenu en quelques semaines l’un des espoirs de la gauche. La cote de popularité de son dirigeant, catastrophique à l’été 2016 (16 % contre 52 % à Theresa May), vient de dépasser celle de la première ministre (44 % contre 34 %) qui a perdu la majorité absolue au Parlement.

    « Avec Jeremy, quelque chose de vraiment nouveau est possible, pour une fois. Il est humain, proche des gens ordinaires. Ce n’est pas seulement un homme politique, c’est l’un d’entre nous », résume Louise Emmins, 37 ans, pour qui Jeremy Corbyn symbolise un double espoir : le maintien des allocations sociales pour son mari handicapé et la fin des études supérieures payantes pour leur fils. « Il est authentique, sage, constant. Il parle aux gens, pas à la presse, et donne envie de s’engager en politique », dit Wisam Wahab, un étudiant de 17 ans rencontré lui aussi lors d’un meeting.

    Les réunions de Jeremy Corbyn mêlent toujours deux publics : de vieux électeurs du Labour qui votaient en se bouchant le nez – ou ne votaient plus du tout – pendant les années Tony Blair, Gordon Brown et Ed Miliband, et des jeunes attirés par ce qu’ils perçoivent comme un programme résolument neuf : renationalisation des chemins de fer, fin de l’austérité avec relance des services publics et construction de logements sociaux financées par une hausse de l’impôt sur les sociétés, interdiction des « contrats de travail à zéro heure » sans salaire garanti.

    « For the many not for the few » (« pour le plus grand nombre, pas pour quelques-uns ») : ce slogan est la clé de voûte d’un programme centré sur les principaux problèmes sociaux – la précarité du travail, l’inaccessibilité des logements, le coût et l’inefficacité des transports, l’engorgement des hôpitaux et des écoles.

    « Il représente le changement »

    A l’instar de Jean-Luc Mélenchon, le chef de file de La France insoumise, ou de Bernie Sanders, le rival d’Hillary Clinton lors des primaires du camp démocrate américain, le vieux militant a trouvé le ton pour séduire en même temps les jeunes et les classes éduquées sans trop s’aliéner les électeurs des milieux populaires.

    Jeremy Corbyn « a réussi à rassembler les principales forces disponibles : le radicalisme anticapitaliste des jeunes, le culte bourgeois de l’authenticité et l’expression la plus crue des intérêts individuels », analyse John Gray, chroniqueur au New Statesman, un hebdomadaire de gauche. « Il représente le changement et pour bon nombre d’électeurs, cela suffit, quelle que soit la nature du changement », rétorque avec dépit Rod Liddle dans The Spectator, publication symétrique à droite qui compare son « populisme » à celui de Donald Trump.

    Les promesses de M. Corbyn, jugées impossibles à financer et démagogiques par les conservateurs, ont fait mouche, de même que son ambiguïté à propos du Brexit. Sachant que trois députés du Labour sur quatre sont élus dans des circonscriptions ayant voté pour la sortie de l’Union européenne en dépit de la consigne du parti, Jeremy Corbyn évite le plus possible d’aborder cet – énorme – sujet qui divise ses partisans. Stratégie gagnante : peu de « leavers » (pro-Brexit) travaillistes ont voté pour les europhobes du parti UKIP, et peu des « remainers » (pro-UE) ont fait défection en faveur des libéraux démocrates (LibDem) proeuropéens.

    Pour l’heure, le chef du Labour, longtemps objet du souverain mépris de Mme May, est en position de force. Les médias, où il se montre désormais très à l’aise, ont cessé de le snober. Dans le Financial Times, il évoque ses lectures de vacances, un essai sur Shelley, poète romantique aux idées révolutionnaires, son amour pour le vélo et pour son chat.

    Sur le Brexit, l’idole des jeunes joue l’ambivalence

    Augmentation du salaire des fonctionnaires, dénonciation de la dérégulation après l’incendie de la Grenfell Tower (au moins 79 morts à Londres le 14 juin), remise en cause des droits d’inscription universitaires… L’ex-outsider dicte désormais l’agenda politique à des Tories tétanisés. Theresa May lui doit probablement d’être maintenue pour l’instant au pouvoir : son éviction pourrait déboucher sur de nouvelles élections et un échec cuisant au profit du parti de M. Corbyn.

    Mais l’ambivalence de ce dernier sur le Brexit masque de moins en moins les fractures béantes du Labour sur le sujet. Comme Theresa May, le leader de gauche défend bec et ongles le Brexit et la sortie du marché unique européen, tout en promettant de négocier avec les Vingt-Sept pour obtenir le maintien du libre accès après la sortie de l’UE. Les élus Labour qui dénoncent le caractère irréaliste et démagogique de cette position sont mis à l’écart ou tancés par ses soins. Or, 66 % des adhérents du Labour sont favorables au maintien dans le marché unique.

    « Corbyn a passé sa vie à répéter que l’Europe était une partie du problème et non de la solution. Il voit le Brexit comme une chance de mettre en œuvre son programme socialiste radical de nationalisations, de retour des aides de l’Etat et de commerce administré », observe le journaliste Larry Elliott dans The Guardian.

    Bien des jeunes, furieux contre le Brexit, se sont mobilisés pour le Labour cette année, attirés aussi par sa promesse d’un retour à la gratuité de l’enseignement supérieur. Jeremy Corbyn leur doit en partie son extraordinaire remontée électorale. Que se passera-t-il lorsque, l’épreuve de vérité des négociations de Bruxelles aidant, le quiproquo sera levé et qu’ils s’apercevront que leur idole, par idéologie, s’accommode tout à fait du Brexit ?

    https://seenthis.net/messages/621693 via enuncombatdouteux


  • Sur Neptune, une tempête surprise d’une taille proche de celle de la Terre

    http://www.slate.fr/story/149589/neptune-tempete

    On savait que le vent souffle fort sur Neptune. On n’imaginait pas que cela pouvait atteindre « un système de tempête de près de la taille de la Terre », comme le rapporte le communiqué de l’observatoire de Keck situé à Hawaï. Cette découverte a surpris les scientifiques, alors qu’ils effectuaient au début de l’été un test à l’aube, explique Atlas Obscura.

    http://www.slate.fr/sites/default/files/styles/1090x500/public/neptune.jpg

    Sur le site de l’université de Berkeley, Ned Molter, l’un des étudiants en astronomie qui était présent à ce moment-là raconte ce qu’il a pu observer :

    « Voir une tempête si lumineuse à une altitude si peu élevée est extrêmement suprenant. D’habitude, cette zone est vraiment calme et l’on ne voit que quelques nuages lumineux au niveau des bandes de mi-latitude. Alors avoir un tel nuage juste au-dessus de l’équateur est spectaculaire. »

    Contacté par National Geographic, Ned Molter explique qu’il va falloir désormais comprendre comment un tel nuage s’est formé et a pu rester au niveau de l’équateur.

    « Puisqu’il est là depuis quelques semaines au moins, quelque chose doit faire qu’il tient en place. »

    https://seenthis.net/messages/621241 via enuncombatdouteux


  • Deux psychologues seront jugés pour les méthodes de torture de la CIA après le 11-Septembre

    http://abonnes.lemonde.fr/ameriques/article/2017/08/08/deux-psychologues-seront-juges-pour-les-methodes-de-torture-de-la-ci

    James Mitchell et Bruce Jessen avaient encouragé l’utilisation de méthodes de torture comme la simulation de noyade, la faim ou le fait d’attacher les détenus dans des positions douloureuses.

    http://s1.lemde.fr/image/2017/08/08/644x322/5170184_3_64bd_the-lobby-of-the-cia-headquarters-building-in_ff889d760995995a91bc3208b030a474.jpg

    Deux psychologues qui ont aidé à concevoir le programme d’interrogatoire de la CIA après le 11-Septembre seront jugés en septembre pour avoir encouragé l’utilisation de méthodes de torture comme la simulation de noyade (waterboarding), la faim ou le fait d’attacher les détenus dans des positions douloureuses. Un tribunal fédéral de l’Etat de Washington a autorisé lundi 7 août la tenue d’un procès au nom de trois anciens prisonniers, dont l’un est mort dans une prison de la CIA à la suite d’interrogatoires particulièrement violents.

    Ce procès mené par l’ACLU, la grande organisation américaine de défense des libertés, sera le premier sur les méthodes de torture utilisées par les autorités américaines dans la « guerre contre la terreur ». Le tribunal a rejeté les tentatives du gouvernement américain d’obtenir un règlement négocié pour empêcher un procès public, arguant de la nécessité de protéger des renseignements classifiés.

    Les deux psychologues, James Mitchell et Bruce Jessen, avaient été recrutés par la CIA en 2002 pour concevoir et aider à mener des interrogatoires sur des suspects capturés en Afghanistan et ailleurs. Les deux hommes ont reçu un montant de 80 millions de dollars (68 millions d’euros) pour leur travail, notamment les interrogatoires de Khalid Cheikh Mohammed, le cerveau des attentats du 11-Septembre, et d’Abou Zoubaydah, un autre haut responsable d’Al-Qaida.

    https://seenthis.net/messages/621125 via enuncombatdouteux


  • « Le travail manuel est trop souvent dévalué »

    http://www.lemonde.fr/festival/article/2017/08/08/le-travail-manuel-est-trop-souvent-devalue_5169833_4415198.html

    L’universitaire Matthew Crawford a fait le choix, un jour, de quitter un emploi dans un prestigieux think tank pour réparer des motos. Une activité plus stimulante sur le plan intellectuel, justifie-t-il.

    http://img.lemde.fr/2017/08/06/21/2/2536/1268/644/322/60/0/075afa3_18558-gbj4rb.4o42ja714i.jpg

    Matthew Crawford est chercheur associé à l’université de Virginie, aux Etats-Unis. Après des études de physique, il se tourne vers la philosophie. Déçu par un premier emploi, il décide de se faire mécanicien. Matthew Crawford fonde Shockoe Moto, un atelier de réparation de motos. Il est également l’auteur de deux ouvrages largement remarqués : Contact (La Découverte, 2016) et Eloge du carburateur (La Découverte, 2010).

    Vous avez vous-même fait l’expérience d’un changement de carrière, en quittant la direction d’un think tank pour ouvrir un atelier de réparation de motos. Pourquoi avez-vous changé de métier ?

    Cet emploi dans un endroit consacré à la réflexion avait toutes les apparences d’un travail stimulant. C’était, il est vrai, un second choix. Jeune diplômé, j’espérais rejoindre une université, mais je n’ai rien trouvé. Lorsqu’un contact m’a indiqué que ce think tank cherchait un nouveau directeur exécutif, j’ai cru que ce poste était prometteur.

    Mais dès les premières heures, j’ai compris qu’il n’offrait aucune liberté de pensée. Il fallait simplement atteler son esprit à formuler les meilleurs arguments possibles dans un certain débat, ce qui demande de réfléchir à partir d’une conclusion prédéterminée. Il faut donc imaginer les arguments et l’enchaînement logique pour arriver au résultat attendu, ce qui est un exercice intellectuel un peu vain. Je n’arrivais pas toujours à me convaincre moi-même. C’était démoralisant.

    Comment avez-vous fait pour tenir ?

    Je n’aimais pas ce travail, mais j’avais besoin d’argent. Je suis donc resté cinq mois. Et pendant tout ce temps, je rêvais de réparer des motos. Grâce à un ami, j’avais découvert les bases de ce métier au cours de mes études post-doctorales et je me demandais déjà s’il serait possible d’en vivre. Dans ce think tank, je passais donc une partie de mes journées à feuilleter des catalogues d’outils, en comptant combien de temps je devrais garder cet emploi avant de pouvoir me les payer.

    Après cinq mois, j’avais rassemblé tout le matériel nécessaire. J’ai donc démissionné et je me suis mis à travailler sur des deux-roues. D’abord, dans mon garage, puis j’ai trouvé un peu plus grand. A vrai dire, j’avais très peu d’expérience, je connaissais mieux les voitures. J’ai donc appris sur le tas. Mais comparativement au boulot dans ce think tank, c’était génial. Avec une moto, on ne triche pas ; soit elle démarre, soit elle ne démarre pas.

    Votre expérience vous a-t-elle amené à reconsidérer la valeur du travail intellectuel ?

    Etablir un diagnostic mécanique pour une moto en panne puis la réparer constitue un travail très stimulant sur le plan intellectuel. Certaines idées préconçues nous poussent pourtant à croire le contraire. On continue d’accorder une plus grande valeur au travail intellectuel effectué dans un bureau, comme s’il était forcément plus intéressant, plus exigeant, alors qu’en fait, l’économie de la connaissance crée beaucoup de ces emplois sans intérêt, qui n’engagent en rien votre intelligence.

    Entre le travail intellectuel et le travail manuel, une opposition factice existe toujours dans l’esprit de bien des gens et conduit à dévaluer le second. Si on se salit les mains, c’est que l’on fait un boulot idiot. Ce préjugé existe toujours.

    Renverser ce préjugé demande d’établir une épistémologie du travail manuel. Quelles peuvent en être les bases ?

    Martin Heidegger m’a aidé à dépasser ces préconceptions et à mieux comprendre mon expérience du travail. C’est bien connu, ce philosophe explique que notre façon de connaître un objet provient de notre interaction avec lui. On n’apprend pas ce qu’est un marteau en le contemplant mais en l’employant. Ce fut pour moi un point de départ pour réfléchir à ce que serait une connaissance incarnée.

    Lorsque vous essayez de comprendre pourquoi une moto ne fonctionne pas, vous formulez différentes hypothèses sur l’origine de cette panne. Mais les causes peuvent interagir les unes avec les autres, ce qui rend les choses encore plus complexes. Vous lancez donc votre enquête sur la base de pressentiments plutôt que de règles. Ces intuitions sont le fruit de l’expérience. Le philosophe hongrois Michael Polanyi (1891-1976) fournit une définition de ce que pourrait être cette intuition lorsqu’il parle de connaissances personnelles, un type de connaissances acquis uniquement après avoir été longtemps en contact avec l’objet de ce savoir.

    Vous dites que le travail manuel est dénigré par des clichés persistants. Mais ne le considère-t-on pas, à l’inverse, avec un peu trop de romantisme, comme s’il permettait d’échapper aux contraintes du monde moderne ?

    Il y a en effet un grand appétit pour cette vision du travail manuel, que ce soit pour en vanter les prétendues vertus thérapeutiques, le réduire au mouvement, très populaire aux Etats-Unis du « faites-le vous-même » (« do it yourself »), ou pour l’assimiler à du développement personnel. Mais c’est avant tout la figure de l’artisan, dont certains intellectuels se sont saisis pour en développer une vision romantique, qu’il s’agisse du luthier ou du forgeron fabricant l’épée d’un samouraï. Je m’intéresse davantage aux plombiers et aux électriciens, des métiers dévalués mais qui permettent à ceux qui font le choix de cette carrière de bien vivre et de rencontrer chaque jour de nouveaux défis. En m’intéressant à ces métiers, j’ai voulu éviter toute esthétisation.

    Ma principale préoccupation consiste à rappeler qu’il est essentiel de trouver un travail qui ne vous rende pas plus idiot que vous ne l’êtes. Tant d’emplois sont abrutissants ; un sommet est atteint avec la chaîne de montage. Mais l’environnement physique dans lequel travaillent un plombier, un électricien, un mécanicien varie trop d’une journée à l’autre pour que ces métiers puissent être réduits à l’exécution répétitive d’une procédure. Il faut savoir improviser et s’adapter. Et je crois que cela permet de se sentir davantage comme un être humain et moins comme le rouage d’une machine.

    La vraie question n’est pas tant de savoir si vous travaillez avec vos mains ou dans un bureau, mais si vous exercez votre jugement au travail. Et c’est sur cette base que je crois qu’il faut renouveler notre regard sur les métiers manuels. Certes, ils ne sont pas pour tout le monde, mais trop souvent ils sont dévalués dès l’école et on rappelle trop peu les possibilités qu’ils offrent. Les enfants sont poussés à aller à l’université ; je crois qu’il est important de rappeler qu’il y a d’autres possibilités qui sont plus enrichissantes qu’on ne le dit. Il y a différentes voies d’accès à la connaissance ; s’asseoir en classe puis dans un bureau n’est pas la seule qui existe. Si vous êtes un garçon de 16 ans qui tente de construire une voiture de course, soudainement la trigonométrie va vous intéresser parce que vous en voyez l’utilité.

    Ne craignez-vous pas de dénigrer le rationalisme à une époque où la science est attaquée de toutes parts ?

    Non, je crois au contraire aider à rétablir l’importance de la science en l’inscrivant dans un contexte plus large. Travailler avec des choses physiques signifie que vous êtes constamment en contact avec les éléments de la nature. Si l’on parcourt l’histoire de l’innovation technologique, on se rend compte que très souvent des percées dans la recherche n’ont pas précédé des développements technologiques – elles en sont plutôt le fruit. Par exemple, le moteur à vapeur a été développé par des mécaniciens qui avaient observé la relation entre la température et la pression. Et c’est grâce à l’essor de ce moteur qu’une branche de la physique, la thermodynamique, est sortie de certaines impasses dans lesquelles elle se trouvait alors.

    Aristote avait également observé que si l’on se coupe des choses se trouvant dans la nature, du monde physique, il devient facile de construire des dogmes sur la base de quelques observations. Les métiers manuels se caractérisent par leur déférence envers le monde réel et je crois que c’est un trait que partage la science. Quand vous dessinez un système de ventilation pour un immeuble ou quand vous essayez de comprendre pourquoi il est en panne dix ans plus tard, ce sont des tâches qui demandent d’engager son esprit et ses aptitudes intellectuelles.

    Se rapprocher du monde matériel, comme vous le proposez, est largement une entreprise personnelle. Mais ce projet a-t-il une dimension politique ?

    Je crois que mon message peut rapprocher des électorats qui s’opposent aujourd’hui, les classes moyennes supérieures et les classes populaires. Lorsque vous entreprenez de réparer vous-même votre frigo, très rapidement vous découvrez à quel point c’est difficile. C’est une véritable leçon d’humilité. La prochaine fois que vous ferez appel à un professionnel de ce métier, vous aurez alors davantage de choses en partage, vous pourrez mieux apprécier son travail.

    Cette expérience, dans une période de profondes divisions comme aujourd’hui, est fondamentale sur le plan politique, parce qu’elle nous sort des enclaves réelles et virtuelles dans lesquelles nous vivons. Il est fort probable que ce professionnel habite dans la périphérie et qu’il se déplace dans la ville où résident ses clients. Cette ségrégation se traduit par l’érection de frontières politiques, parce que l’espace de partage entre classes sociales est en train de disparaître. Tenter de faire par soi-même ces petits travaux peut permettre de faire émerger un peu plus d’empathie entre des gens qui ne se ressemblent pas.

    https://seenthis.net/messages/621070 via enuncombatdouteux


  • Meuse : un site archéologique bloque le projet nucléaire

    https://www.ladepeche.fr/article/2017/08/02/2621803-meuse-un-site-archeologique-bloque-le-projet-nucleaire.html

    Que des archéologues rédigent une pétition en ligne (sur Change.org), voilà qui n’est pas banal. Il faut dire qu’à Bure (Meuse) et Saudron (Haute-Marne), il y a sous la terre un site néolithique fabuleux, datant du IVe millénaire et qui s’étend sur 35 hectares ! De quoi piocher, fouiller, dégager, et faire avancer de quelques jolis pas notre connaissance de cette période plutôt obscure. Un site d’autant plus exceptionnel qu’il n’est pas, comme à l’accoutumée, à côté d’une rivière, les scientifiques aimeraient savoir pourquoi…

    Mais si ce site a été découvert, c’est parce que l’Institut national des recherches archéologiques préventives y a effectué des sondages : cet endroit doit accueillir… un centre d’enfouissement des déchets nucléaires ! Et d’ailleurs, l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire n’a pas la baraka : après les traditionnelles oppositions des riverains et des antinucléaires, voici que c’est du fond des âges qu’on l’empêche de poser ses déchets.

    Dans cette bataille, la demande des archéologues de fouiller le site dans son intégralité a été partiellement refusée par la Sous-direction de l’Archéologie (SDA), alors que la Commission Interrégionale avait donné son feu vert. Les archéologues sont furieux. Quand les déchets nucléaires seront sur place, on ne pourra plus fouiller… pendant des millions d’années !

    https://seenthis.net/messages/620187 via enuncombatdouteux