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  • Christophe Dejours, psychiatre : « Les soignants sont contraints d’apporter leur concours à des actes qu’ils réprouvent »

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/15/christophe-dejours-psychiatre-les-soignants-sont-contraints-d-apporter-leur-

    Depuis quatre ans, ce psychiatre reçoit en consultation des « grappes » de médecins, souvent chefs de service, dans des états psychiques préoccupants.

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    Psychiatre, psychanalyste, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), Christophe Dejours est spécialiste en psychodynamique du travail. Il a récemment publié Le Choix. Souffrir au travail n’est pas une fatalité (Bayard, 2015) et Situations du travail (PUF, 2016).

    Depuis quelques années, vous recevez dans votre cabinet des psychiatres des hôpitaux en grande souffrance. Que se passe-t-il ?

    Il s’agit souvent de chefs de service, qui sont dans des états psychiques préoccupants – états de confusion mentale, problèmes somatiques gravissimes. J’ai commencé à les voir arriver par grappes il y a environ quatre ans. Or, si de nouvelles formes de pathologie liées au travail apparaissent, c’est que quelque chose a changé dans son organisation. En l’occurrence, la généralisation des méthodes du New Public Management [« nouvelle gestion publique », NPM] aux services de soins.

    En quoi ces techniques de gestion rendent-elles malades les psychiatres hospitaliers ?

    Tous me font une description similaire de leur situation. Ce sont toujours des cliniciens fortement engagés, depuis de longues années, dans la pratique en institution. La décompensation psychopathologique survient quelques mois ou quelques années après l’arrivée d’un nouveau directeur, le plus souvent un jeune gestionnaire. Après un audit, celui-ci met en place des outils d’évaluation et des protocoles de soins. Avec deux priorités : des objectifs quantitatifs et des performances mesurables. Entre les deux, le gestionnaire ne veut rien savoir. Résultat : des conditions de travail ingérables pour les chefs de service. Ils doivent d’un côté diriger des équipes qui n’arrivent plus à fonctionner, de l’autre affronter une administration qui ne cesse de les harceler avec une série d’exigences n’ayant rien à voir avec leur métier. Cela provoque chez nombre d’entre eux des décompensations brutales qu’on ne voyait pas auparavant.

    Recevez-vous également des médecins hospitaliers non psychiatres ?

    Moins. D’une part parce que les psychiatres sont plus habitués que d’autres, quand ils vont mal, à aller voir un psychanalyste, d’autre part parce qu’ils connaissent mieux la psychodynamique du travail. Mais la souffrance est la même pour le cardiologue, le radiologue, l’anesthésiste ou le diabétologue.

    Pourquoi les méthodes du NPM sont-elles néfastes au travail des praticiens ?

    Autrefois, les hôpitaux étaient systématiquement dirigés par un médecin formé en administration-gestion. Depuis le tournant gestionnaire des années 2000, ils sont dirigés par un gestionnaire. La gouvernance par les nombres a ainsi remplacé un gouvernement qui faisait référence à des règles. Des règles de droit (du travail, de la protection des salariés), mais aussi des règles de métier, des manières de travailler qui exigent le respect de certains principes. L’administrateur d’un service hospitalier dirigeait sur la base de ces règles de métier, dont il connaissait le langage et les valeurs. Cela produisait ce qu’on appelle l’ethos professionnel : une éthique fondée sur la connaissance du métier, qui organise le savoir-vivre, la convivialité et le respect de l’autre sur le lieu du travail.

    Comment cet ethos est-il affecté par la gouvernance du nombre ?

    Les gestionnaires ne connaissent pas le travail et ne veulent pas le connaître. Cela fait partie des principes des sciences de la gestion : ne rien savoir des règles de métier, pour asseoir sa domination et ne pas avoir à faire de compromis. Tout ce qui importe, c’est de mesurer les performances. Or les performances en question ne mesurent pas le travail du soin, et ne le mesureront jamais. On peut mesurer la qualité d’un traitement – et encore. Mais la relation avec le patient est du domaine de la subjectivité, sa qualité ne dépend pas que du soignant. Elle dépend aussi du patient, de la coopération qui se constitue entre le prestataire et le destinataire du service du soin. Que vous soyez cardiologue, gastro-entérologue ou cancérologue, il faut que le patient travaille avec vous à son traitement. Et ça, ce n’est pas mesurable.

    Les médecins en souffrance que vous recevez évoquent toujours un contexte marqué par la solitude. Que devient, dans ce système managérial, la solidarité professionnelle ?

    Elle est réduite à néant, à l’aide d’un outil très simple : l’évaluation individualisée des performances. Cette dernière, qui est aussi une menace de sanction ou de licenciement, a des effets extrêmement puissants sur les relations entre les gens. Elle ouvre la voie à la concurrence déloyale, elle altère le savoir-vivre, le respect de l’autre, la solidarité, elle casse le collectif et introduit la peur dans le monde du travail. Il en résulte un affaiblissement de chacun et un accroissement de la solitude.

    Cette gestion entraîne donc la détérioration de notre travail, qui fait elle-même le lit de la maltraitance. Les soignants sont ainsi contraints d’apporter leur concours à des actes qu’ils réprouvent moralement : c’est ce que l’on appelle la souffrance éthique. Or cette souffrance est extrêmement grave : à force de trahir les règles du métier, à force de trahir les collègues qu’on ne défend pas, on finit par se trahir soi-même, ce qui ruine les bases éthiques de l’identité.

    Avec quelles conséquences ?

    Face à cette souffrance éthique, il y a deux réactions possibles. Soit on parvient à développer une stratégie de défense, ce qui produit une insensibilisation du soignant à la souffrance de l’autre. C’est la porte ouverte à la maltraitance chronique, et cela explique également les mauvais traitements que subissent, sur leurs lieux de stage, les étudiants – dont la bonne volonté et la sensibilité à la souffrance des malades réveillent la mauvaise conscience des soignants, heurtant de plein fouet leurs stratégies de défense. L’autre réaction, c’est la décompensation brutale, avec le risque de passage à l’acte. Cette souffrance éthique est l’élément déterminant de l’apparition des suicides sur les lieux de travail, chez les médecins et soignants hospitaliers comme partout ailleurs.

    https://seenthis.net/messages/669681 via enuncombatdouteux


  • Une langue inconnue découverte en Malaisie

    http://www.lefigaro.fr/sciences/2018/02/15/01008-20180215ARTFIG00136-une-langue-inconnue-decouverte-en-malaisie.php

    Les chercheurs ont baptisé cette langue le jedek. Elle est parlée par 280 personnes. Pourtant, le village n’était pas inconnu et avait déjà reçu la visite d’anthropologues. Mais il a fallu le discernement de linguistes pour découvrir cette nouvelle langue. Ils étudiaient le jahai, une autre langue aslienne (elles sont donc maintenant 19), dans une population Semang (descendants à peau noire des premiers malaisiens). Ils ont constaté qu’une partie d’un village parlait une autre langue.

    http://i.f1g.fr/media/figaro/805x453_crop/2018/02/15/XVM593b3aa6-1239-11e8-8c8d-d16d3f1b496d.jpg

    Le jedek reflète le mode de vie de cette communauté de chasseurs-cueilleurs. Il y a moins de différences hommes-femmes que dans nos sociétés, la violence entre personnes est quasi inexistante, les parents encouragent leurs enfants à ne pas faire de compétition. Chacun participe à la vie du groupe sans que des « métiers » soient individualisés. Le jedek ne comporte pas de mots pour loi, tribunal ou pour voler, emprunter, acheter ou vendre. En revanche, la langue est riche en termes concernant le partage et les échanges.

    https://seenthis.net/messages/669658 via enuncombatdouteux


  • Quel est le mal mystérieux dont souffrent les diplomates américains à Cuba ?

    http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/02/15/quel-est-le-mal-mysterieux-dont-souffrent-les-diplomates-americains-a-cuba_5

    Un rapport médical précise les troubles neurologiques persistant depuis plus de trois mois chez 21 ex-employés de l’ambassade de La Havane, sans en expliquer la cause.

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    A la fin de l’année 2016, des fonctionnaires affectés à l’ambassade des Etats-Unis à La Havane ont commencé à se plaindre de divers symptômes neurologiques, incluant des anomalies de l’audition, de l’équilibre et de la sensibilité. Ces signes se manifestaient soit dans les locaux diplomatiques, soit dans leur chambre d’hôtel. L’accumulation de cas – vingt-quatre employés de l’ambassade ont fait état de ces maux –, a fait naître à Washington des soupçons d’attaques coordonnées, ce dont se sont vigoureusement défendues les autorités cubaines. En septembre 2017, plus de la moitié des diplomates américains en poste à La Havane ont été rappelés par le département d’Etat américain. De son côté, Cuba a accusé les Etats-Unis d’entraver son enquête en refusant aux enquêteurs cubains l’accès aux victimes ou à leurs dossiers médicaux.

    Aucune explication plausible n’a été apportée à ce jour à ces troubles. Le suivi médical des fonctionnaires concernés s’est poursuivi, sous la coordination des chercheurs du Centre pour les lésions cérébrales et leur réparation de l’université de Pennsylvanie, à Philadelphie. Jeudi 15 février, ces derniers ont publié en libre accès sur le site du Journal of the American Medical Association un rapport préliminaire de leurs constatations. Il ne s’agit toutefois que d’une description des troubles persistants présentés par les employés de l’ambassade, qui ne propose pas d’hypothèse sur leurs mécanismes déclencheurs.

    Le département d’Etat américain a recensé des témoignages faisant état de phénomènes sonores ou sensoriels émanant d’une direction précise mais sans qu’une source puisse être identifiée. Sur les vingt-quatre fonctionnaires susceptibles d’avoir été exposés, vingt et un ont passé un bilan médical pluridisciplinaire complet, en moyenne sept mois après l’apparition des troubles. Cette évaluation incluait divers tests d’équilibre, de motricité oculaire, de cognition (mémoire, jugement, compréhension, raisonnement) et d’audiométrie, ainsi que des examens d’imagerie médicale.

    Anomalies cognitives

    Dans une forte proportion des cas, des symptômes persistant plus de trois mois à compter de l’exposition ont été signalés chez ces vingt et une personnes. Par ordre de fréquence, les fonctionnaires se plaignaient de troubles visuels et de difficultés à dormir (86 % des cas), de troubles cognitifs (81 %), de céphalées (76 %), de problèmes d’équilibre (71 %) et d’audition (68 %). Les tests pratiqués ont mis en évidence des troubles de l’équilibre (81 %), ainsi que des anomalies cognitives (76 %) et des troubles de la mobilité des yeux (71 %). De plus, trois individus présentaient une baisse de l’audition.

    Les troubles du sommeil et les maux de tête dont se plaignaient les diplomates ont nécessité un traitement médicamenteux pour respectivement quinze et douze d’entre eux. Quatorze ex-employés de l’ambassade étaient en arrêt de travail lorsque le bilan a été pratiqué. La moitié d’entre eux ont par la suite repris une activité, mais de manière restreinte et en suivant un programme de rééducation.

    Les médecins de l’université de Pennsylvanie estiment que ces manifestations « pourraient représenter une nouvelle entité clinique, qui semble avoir résulté d’un dysfonctionnement étendu du réseau cérébral (cognitif, oculo-moteur et vestibulaire) tel qu’on l’observe dans les lésions traumatiques peu sévères du cerveau ou les commotions cérébrales ».

    A cette différence près que, dans le cas des employés de l’ambassade à Cuba, il n’y a aucune notion de traumatisme crânien. Les chercheurs écartent comme peu plausibles un phénomène d’hallucination collective, une infection virale ou l’action d’un agent chimique.

    https://seenthis.net/messages/669536 via enuncombatdouteux


  • Le jeune geek qui concurrence le bitcoin

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/02/15/le-jeune-geek-qui-concurrence-le-bitcoin_5257146_3234.html

    Vitalik Buterin, un jeune Canadien d’origine russe, est l’inventeur de l’ether, une monnaie électronique qui connaît un succès planétaire dans l’ombre du bitcoin, dont il a amélioré le modèle.

    http://img.lemde.fr/2018/02/14/277/238/3177/1588/644/322/60/0/604047e_18590-owz5us.97ee.jpg

    San Francisco, Moscou, Singapour, Paris, New Delhi, Bombay, Séoul, Londres, Tokyo, Haïfa, Hong­kong, Shanghaï, Cancun… Depuis un an, Vitalik Buterin, 23 ans, voyage beaucoup, et semble disposé à tenir ce rythme encore longtemps. A ceux qui veulent savoir dans quel pays il habite, ce Canadien d’origine russe explique, sur son site personnel, vivre « dans les avions de la compagnie Cathay Pacific ». Il parcourt le monde de conférences en séminaires, pour vanter les mérites de l’ether, la cryptomonnaie électronique qu’il a inventée à l’âge de 19 ans, et d’Ethereum, la plate-forme chargée de gérer les transactions en ethers et les applications liées à cette monnaie.

    Le jeune homme n’a pourtant rien d’un gourou charismatique. Visage d’adolescent, corps long et maigre, il apparaît toujours vêtu d’un jean et d’un tee-shirt bon marché – lui dont la fortune se compte en millions de dollars. Certains le trouvent parfois étrange et solitaire, voire un rien autiste, mais ceux qui ont travaillé avec lui sont unanimes : c’est un génie singulier, au QI exceptionnel. Il parle vite, sur un ton à la fois intense et décontracté, parfaitement à l’aise sur tous les sujets liés aux monnaies électroniques : technique, théorie, prospective… S’il s’exprime le plus souvent en anglais, il maîtrise le russe, un peu le français, et s’initie depuis quelque temps au chinois grâce à une appli sur son téléphone.

    Contrairement à l’inventeur du bitcoin, ­soucieux de rester anonyme, Vitalik Buterin assume sa célébrité. Il se pose même en leader intellectuel de la communauté Ethereum, un groupe sans frontières, fort de plusieurs dizaines de milliers de personnes, développeurs, entrepreneurs, ingénieurs, militants libertaires, spéculateurs, ainsi que des professionnels issus de la finance classique. Partout où il va, il fait salle comble. Ses interventions, diffusées sur YouTube et Facebook, sont analysées, commentées, car ses avis ont presque force de loi. Entre deux conférences, il trouve le temps de rencontrer des dirigeants mondiaux, y compris, en juin 2017, le président russe Vladimir Poutine, en marge du forum économique de Saint-Pétersbourg.

    Décentralisation générale, l’idéologie des hackers

    Né en 1994 en Russie, Vitalik Buterin arrive à Toronto (Canada) à l’âge de 6 ans, quand ses parents parviennent à émigrer. Dès l’enfance, grâce à son père informaticien, il se tourne vers les ordinateurs. Il pratique beaucoup le jeu en ligne World of Warcraft. Dans une mini-autobiographie humoristique publiée sur un site personnel, il confie d’ailleurs que la création d’Ethereum a germé dans son esprit à la suite d’un événement traumatisant pour lui : en 2010, la société propriétaire de World of Warcraft modifie la règle du jeu (en limitant les super-pouvoirs d’un sorcier), sans consulter les fans :

    « J’ai longuement pleuré avant de m’endormir, et ce jour-là j’ai découvert les horreurs provoquées par les systèmes centralisés. Peu après, j’ai décidé d’abandonner ce jeu. »

    En 2011, à 17 ans, il découvre le bitcoin, première monnaie électronique, et la technologie révolutionnaire qui le sous-tend : la « blockchain », répertoire unique de toutes les transactions, hébergée et gérée collectivement, de façon transparente et décentralisée, par la communauté des utilisateurs. Plus besoin de banques ou d’Etats, jugés encombrants et dominateurs : pour garantir la fiabilité des transactions, il suffit de « faire confiance aux mathématiques ».

    Devenu un expert dans ce domaine, Vitalik Buterin crée une publication intitulée Bitcoin Magazine, qui le fait connaître dans ce milieu. Très vite, il adopte les convictions des hackeurs et des pionniers de cryptomonnaies, selon lesquels le monde contemporain souffre d’une grave maladie : la centralisation des pouvoirs politique et économique, couplée à l’opacité des mécanismes de décision. Le remède serait donc la décentralisation générale – un mode de gouvernance participatif, transparent, plus efficace et plus équitable. Dans ce scénario, les Etats sont perçus comme des adversaires ou des obstacles à surmonter, jamais comme des alliés. Les militants de la décentralisation en réseau sont persuadés de pouvoir réaliser leur rêve grâce à une « arme » révolutionnaire, la block­chain.

    Une gamme étendue de services automatisés

    En 2012, Vitalik Buterin commence des études d’informatiques à l’université de Waterloo (Ontario), mais, au bout d’un an, il se dit qu’il progressera davantage en s’éduquant lui-même : « Mes projets de cryptomonnaie me prenaient trente heures par semaine, alors j’ai arrêté la fac. J’ai fait le tour du monde, j’ai exploré de nombreux projets de cryptomonnaie, et j’ai fini par comprendre qu’ils étaient tous trop centrés sur des applications spécifiques, pas assez généralistes. » C’est ainsi qu’il se lance dans la conception d’Ethereum, une blockchain multi-usage plus sophistiquée que celle du bitcoin, définie comme un « réseau de création de monnaie décentralisée combiné à une plate-forme de développement de logiciels ».

    Concrètement, Ethereum offre une gamme étendue de services automatisés fondés sur des « contrats intelligents », c’est-à-dire « des applications fonctionnant exactement comme elles ont été programmées, sans possibilité de panne, de censure, de fraude ni d’interférences ». Ainsi, on peut programmer des paiements pour une date ultérieure, lancer des campagnes de financement, gérer des titres de propriété, des places de marché, et même des sociétés par actions. Au-delà, Ethereum peut servir de plate-forme pour des élections en ligne, et devenir un outil de démocratie directe.

    Quand il publie une première ébauche de son projet, en 2014, il est aussitôt rejoint par des codeurs et des mathématiciens enthousiastes, prêts à l’aider à l’affiner et à le concrétiser. Des investisseurs issus de la finance classique et de la Silicon Valley décident également de s’associer à lui. Avant même d’exister, Ethereum repose ainsi sur des bases solides. La construction de la plate-forme se fera grâce à une campagne de financement en bitcoins.

    Les cours s’envolent

    A l’été 2015, les développeurs ayant travaillé à titre bénévole sur le projet reçoivent gratuitement des lots d’ethers. Les autres peuvent en acheter. Surprise : cette mystérieuse monnaie attire aussitôt toutes sortes de spéculateurs. Sa valeur atteint d’emblée 1,35 dollar. Pendant un an, la montée du cours est lente, mais, à compter du printemps 2017, tout s’accélère : en juin, l’ether vaut environ 400 dollars. Ensuite, le cours s’affole dans les deux sens, mais, à partir de décembre, il connaît une nouvelle flambée : à la mi-janvier 2018, il dépasse les 1 300 dollars, avant de retomber autour de 800 dollars (environ 650 euros) début février. Les 98 millions d’ethers en circulation sont déposés dans près de 25 millions de comptes anonymes, et les transactions quotidiennes dépassent les 3 milliards de dollars. L’ether a déjà fait des millionnaires, dont Buterin lui-même, qui assure son train de vie en vendant des lots d’ethers.

    Aujourd’hui, son Ethereum est hébergée de manière collective dans plus de 27 000 ordinateurs répartis dans le monde entier. Parallèlement, près de 20 000 nouveaux ethers sont fabriqués chaque jour par des « mineurs », des professionnels possédant des batteries d’ordinateurs dotés de cartes graphiques puissantes. Leur travail consiste à inscrire les transactions des utilisateurs sur la blockchain en résolvant des équations. Pour cela, ils sont rémunérés en ethers.

    Entre-temps, plusieurs compagnons de la première heure du jeune homme se sont impliqués dans le projet. Parmi eux, le Canadien Joseph Lubin, un roboticien reconverti dans la finance chez Goldman Sachs puis dans un hedge fund, un fonds spéculatif. Dès 2015, il a créé à New York la société ConsenSys, incubateur de start-up Ethereum et agence de conseil pour les entreprises et administrations désireuses de se lancer dans l’aventure de la blockchain.

    Il finance des start-up travaillant sur la « blockchain »

    Parallèlement, pour structurer le projet, ­Buterin et ses associés lancent la Fondation Ethereum. Afin d’échapper dès à présent à l’emprise des grands Etats fortement réglementés, ils décident de la domicilier en Suisse, dans le canton de Zug, connu pour offrir des conditions avantageuses aux sociétés financières internationales. Ils montent aussi l’association Enterprise Ethereum Alliance, chargée de nouer des partenariats avec des entreprises intéressées par la technologie de la blockchain. Par ailleurs, Buterin participe à la gestion de la société chinoise Fenbushi, un fonds d’investissement consacré au financement de start-up travaillant sur la blockchain.

    Grâce à ces diverses structures, des centaines de jeunes entrepreneurs lancent des opérations de financement participatif pour créer des start-up Ethereum. Certains projets sont sérieux et innovants. D’autres, farfelus ou carrément malhonnêtes, parviennent à gruger des novices. Depuis peu, certains Etats tentent de réglementer ou d’interdire ces levées de fonds sauvages mais, à ce jour, elles se poursuivent. La vie d’Ethereum n’est pas pour autant sans risque : la plate-forme a déjà été victime de piratages sophistiqués et de vols massifs. Heureusement, dans cet univers, tout est possible, y compris les voyages dans le temps : en remontant dans la blockchain jusqu’à la veille de la date d’un vol d’ethers, Buterin et ses codeurs ont réussi, en 2016, à restituer aux victimes une partie des fonds dérobés.

    Face aux tricheries, au déchaînement spéculatif et à la prolifération des applications dénuées de toute ambition « décentralisatrice », il tente d’abord de calmer le jeu, et d’encourager les start-upeurs à se tourner vers des applications utiles au public. Fin 2017, il se met à tirer le signal d’alarme, désolé de constater la cupidité, l’immaturité et l’arrogance de certains acteurs : « Si tout ce que nous accomplissons, ce sont des mèmes ­ [éléments propagés massivement sur le Net] sur les Lamborghini et des blagues infantiles sur les pets foireux, je m’en irai. »

    Cryptologie et thé vert

    Mais ce coup de blues semble passager. ­Début 2018, il est toujours aux commandes, et travaille à améliorer Ethereum, notamment la confidentialité des transactions et leur vitesse d’exécution. Il va aussi mettre fin au « minage » actuel, qui utilise trop de machines et d’électricité, et le remplacer par un système de création monétaire plus souple, cogéré par les principaux détenteurs d’ethers.

    En attendant, il demeure un geek authentique. Il n’a pas de temps à consacrer aux mondanités ni aux vieux médias, et discutera bien plus volontiers avec un codeur inconnu pour décortiquer, entre initiés, un problème technique. A l’entendre, sa vie est d’une absolue sagesse : sa « drogue » favorite serait le thé vert, sa religion la cryptologie. Côté politique, il se définit comme un cuckservative (terme inventé par les militants d’extrême droite américains pour désigner les conservateurs modérés contaminés par les idées libérales). Il pratique aussi l’autodérision : « Mon passe-temps préféré est le countersignalling », une attitude faussement humble consistant à se mettre en valeur en affichant une extrême simplicité. Autant dire qu’il devrait rester fidèle aux tee-shirts bariolés.

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  • Une énergie nucléaire sans danger ni déchets, c’est la promesse, longtemps sabotée par les lobbies de l’énergie et de la défense, que brandissent les partisans du #thorium. Ce combustible alternatif, découvert à la fin du XIXe siècle, représente-t-il une piste sérieuse pour échapper aux dangers et à la pollution induits par l’utilisation du plutonium par l’industrie atomique ?

    https://www.arte.tv/fr/videos/050775-000-A/thorium-la-face-gachee-du-nucleaire
    98 min.
    Disponible du 08/02/2018 au 09/05/2018

    Une énergie nucléaire « verte » ? Au début de la série Occupied, diffusée par ARTE fin 2015, le nouveau chef écologiste du gouvernement norvégien, pour mettre un terme à l’exploitation pétrolière, inaugurait une centrale fonctionnant au thorium. Une hypothèse nullement fictive, selon ce documentaire, qui montre combien ce combustible alternatif, découvert à la fin du XIXe siècle et répandu sur toute la planète, représente une piste sérieuse pour échapper aux dangers et à la pollution induits par l’utilisation du plutonium par l’industrie atomique. Si le #nucléaire n’avait pas été inventé pour bombarder Hiroshima et propulser des flottes militaires, nos centrales fonctionneraient sans doute aujourd’hui avec des réacteurs à sels fondus de thorium. Tchernobyl et Fukushima seraient peut-être restés des points anonymes sur la carte du monde. La surexploitation de l’énergie fossile aurait probablement cessé beaucoup plus tôt, et le changement climatique se révélerait moins alarmant qu’il ne l’est aujourd’hui…

    La Chine à l’avant-garde ?
    Pour réaliser ce scénario, qui semble aujourd’hui utopique, il aurait peut-être suffi de s’intéresser vraiment aux travaux visionnaires du physicien américain Alvin Weinberg qui, après avoir participé à la fabrication de la bombe atomique, a voulu travailler sur une utilisation civile et pacifique de l’atome. Il s’est acharné de 1945 à sa disparition, en 2006, à inventer les conditions d’une #énergie nucléaire propre reposant sur des #réacteurs révolutionnaires et sur l’extraction du thorium. Mais les intérêts liés aux lobbies de l’énergie et de la défense en ont décidé autrement. Les États qui ont opté pour l’énergie atomique ont longtemps cherché à étouffer l’éolien et le solaire, et aucun n’a voulu prendre en compte les problèmes bien connus d’enfouissement des matières fissiles. Aujourd’hui, pourtant, l’idée d’un recours à des combustibles nucléaires liquides et à des réacteurs à sels fondus refait surface, défendue par le monde de la recherche et même par des écologistes combattant l’industrie nucléaire. Le gouvernement chinois a décidé d’investir 350 millions de dollars pour étudier cette filière révolutionnaire. La Fondation de Bill Gates s’y intéresse aussi. L’Europe va-t-elle rester à la traîne ? Un voyage teinté d’espoir vers la face gâchée du nucléaire.

    https://seenthis.net/messages/668934 via Vanderling


  • En visite en centre de rétention, trois députés constatent entorses à la loi et locaux dégradés

    http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2018/02/13/en-visite-en-centre-de-retention-trois-deputes-constatent-entorses-a-la-loi-

    Avant de discuter la loi asile et migration qui arrivera prochainement en débat, et prône plus de cent jours de rétention pour préparer l’expulsion d’un étranger, contre quarante-cinq aujourd’hui, Mme Braun-Pivet, Naïma Moutchou (LRM, Val-d’Oise) et Stéphane Peu (GDR, Seine-Saint-Denis) sont venus lundi après-midi constater sur le terrain qui on enferme en CRA et dans quelles conditions.

    http://img.lemde.fr/2018/02/13/0/0/6144/3072/644/322/60/0/a5edfdf_10751-6qkpkn.alm7f.jpg

    La réponse leur est rapidement apparue sous les traits d’une toute petite fille de 13 mois, qui entamait lundi sa deuxième semaine de privation de liberté, accrochée au dos de sa mère. Cette dernière, une Ivoirienne de 20 ans, avait pourtant deux bonnes raisons au moins de ne pas se trouver là avec son enfant. Ayant laissé ses empreintes pour la première fois en Europe en Italie, elle pouvait y être renvoyée au nom des accords de Dublin. Et la Cour de cassation a estimé, le 27 septembre 2017, que rien dans le droit français ne permettait de placer un « dubliné » en rétention…

    La France condamnée six fois

    A ce premier contournement de la loi s’ajoute le fait que la France a déjà été condamnée six fois par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour la privation de liberté d’un mineur… Mais les préfectures continuent de passer allègrement outre les décisions des juridictions françaises et européennes.

    Au Mesnil-Amelot, les députés ont également découvert un nouveau profil de « retenu » qui donne au centre de faux airs de hall d’aéroport. Une jeune Hondurienne en route pour l’Espagne tourne en rond après avoir passé une dizaine de jours en zone d’attente à Roissy. Elle a été transférée là après son refus de monter dans un vol retour.

    Non loin, une Tunisienne, munie d’un visa pour étudier en Ukraine, traîne sa tristesse à l’idée que ses « cours de biologie ont déjà commencé ». Elle aussi se retrouve là pour avoir refusé un retour. « Normal, rétorque-t-elle, il n’est pas question que je retourne en Tunisie puisque je vais en Ukraine. »

    https://seenthis.net/messages/669209 via enuncombatdouteux


  • Bataille d’Afrine : la trahison des Kurdes par les Occidentaux

    http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/02/09/31002-20180209ARTFIG00284-bataille-d-afrine-la-trahison-des-kurdes-par-les-

    Face à l’intervention turque et de ses alliés syriens, les Kurdes du canton d’Afrine qui résistent depuis plus de trois semaines, n’ont d’autre perspective que de vendre chèrement leur peau. En effet les forces russes, après négociations avec la Turquie, ont quitté l’enclave et les États Unis ne se sont pas opposés à l’offensive turque.

    http://i.f1g.fr/media/figaro/805x453_crop/2018/02/09/XVMde632bf8-0dbb-11e8-a078-08d943ba6803.jpg

    Les forces alliées syriennes de la Turquie ne sont, pour l’essentiel, rien d’autre que des djihadistes, soit de « l’État Islamique », soit d’autres organisations aux idéologies similaires. Ces alliés sont qualifiés d’« Armée Syrienne Libre », - une entité plus ou moins fantôme aujourd’hui - et l’intervention militaire turque s’appelle « rameau d’olivier ». On a beau être une dictature, les apparences sont respectées avec une pointe d’humour noir.

    Les Kurdes de Syrie constituent un mouvement politico-militaire, qui depuis plusieurs années s’est battu contre l’Organisation de l’État Islamique. Il est discipliné et hautement motivé (comme j’ai pu le constater sur le terrain en 2016), avec une importante participation de combattantes, à la fois par choix politique et sociétal mais aussi pour permettre de quasiment doubler les forces armées d’une communauté minoritaire. Leur efficacité est perçue haineusement par les mâles d’une société où la femme est considérée comme un objet, ainsi que le démontrent les exactions commises à l’encontre de cadavres féminins.

    Par Gérard Chaliand

    https://seenthis.net/messages/668749 via enuncombatdouteux


  • En Turquie, anatomie d’une purge

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2018/02/13/en-turquie-anatomie-d-une-purge_5255858_3214.html

    Accusé d’appartenir au réseau du prédicateur Fethullah Gülen, le cerveau du putsch, selon les autorités turques, le policier Kürsat Cevik comparaît mardi 13 février. Son épouse, franco-irlandaise, se bat depuis la France pour prouver son innocence.

    http://img.lemde.fr/2018/02/13/448/0/4969/2482/644/322/60/0/3516ad8_10847-127hw77.netn.jpg

    La vie sans nuage d’Elaine Ryan, mère de famille franco-irlandaise de 37 ans, s’est assombrie après le putsch raté du 15 juillet 2016, lorsque son mari turc, Kürsat Cevik, commissaire de police, a été arrêté avec une quinzaine de ses collègues.

    Accusé d’appartenir à « une organisation terroriste armée » (le réseau du prédicateur Fethullah Gülen, le cerveau du putsch, selon les autorités turques), Kürsat Cevik a été incarcéré à la prison de Sanliurfa, non loin de la frontière syrienne, où il partage une cellule prévue pour dix avec vingt-quatre autres prisonniers. La dernière audience de son procès aura lieu mardi 13 février.

    Elaine ne sera pas présente, « l’ambassade de France me l’a déconseillé ». Rentrée en France avec leurs deux enfants en bas âge, elle a très peu de contacts avec son conjoint. Pas de correspondance, c’est interdit. Ils se parlent dix minutes chaque quinze jours par téléphone.

    Comme la plupart des 50 000 personnes arrêtées depuis le coup d’Etat manqué, l’officier de police est accusé d’avoir chargé sur son portable l’application mobile ByLock, décrite par Ankara comme l’outil de communication des conjurés du 15 juillet, ce qu’il nie.

    La justice maintient l’accusation alors qu’« en dix-huit mois d’instruction, le procureur n’a pas pu apporter une seule preuve allant dans ce sens », déplore Elaine, qui se bat depuis la France pour prouver l’innocence de son époux.

    « En deux ans, il a été muté sept fois »

    Avoir l’application sur un téléphone suffit-elle à faire de son détenteur un putschiste ? Tous les doutes sont permis, surtout depuis que le parquet d’Ankara a reconnu, le 27 décembre 2017, que ByLock pouvait être installée sur un smartphone à l’insu de son propriétaire. C’est le cas pour 11 480 téléphones portables, reconnaît le parquet.

    Par ailleurs, ByLock est une preuve seulement « s’il est établi techniquement et de façon irréfutable que la communication a eu lieu dans le cadre de l’organisation [le mouvement Gülen] », a statué la Cour suprême en juin 2017. Débordés, soumis aux pressions politiques, les tribunaux n’en tiennent pas compte. Les dossiers d’accusation sont tous bâtis sur le même modèle.

    « Dans ce genre d’affaires, les procès-verbaux d’interrogatoires comportent sept questions-type systématiquement posées à l’accusé », explique une avocate soucieuse d’anonymat. Avoir eu ByLock sur son téléphone portable, un compte à la banque Asya, des enfants scolarisés dans les écoles du réseau Gülen, une bourse d’études pour une université étrangère, sont autant d’éléments à charge.

    La bourse d’études obtenue en 2008 par Kürsat Cevik, officier de police bien noté qui mena à bien une thèse de doctorat à l’université de Nottingham en Grande-Bretagne, est une tache noire dans son dossier. Proposées alors de façon tout à fait légale aux policiers, ces bourses, constatent aujourd’hui les juges, étaient « monopolisées par les membres du FETÖ », selon l’acronyme utilisé par les autorités pour désigner le mouvement gülen.

    « Les purges ont visé essentiellement des personnes éduquées qui, pour la plupart, avaient fait des études dans des universités étrangères. Les collègues de mon mari les plus diplômés sont aujourd’hui derrière les barreaux », assure Elaine. Avant de partir à l’étranger, l’officier travaillait à direction pour la lutte contre le crime organisé (KOM) à Ankara mais à son retour en Turquie, il en a été écarté.

    Cette direction était notoirement l’une des plus noyautées par le mouvement Gülen. Réelle, l’infiltration des organes de police et de justice par le mouvement a eu lieu avec le plein aval du gouvernement islamo-conservateur. Recep Tayyip Erdogan, alors premier ministre, et Fethullah Gülen, l’imam turc installé en Pennsylvanie (Etats-Unis), furent longtemps les meilleurs associés avant de devenir les pires ennemis. En 2013, leur alliance vole en éclats.

    C’est à ce moment-là que Kürsat Cevik rentre au pays. « Les purges ont commencé. En deux ans, il a été muté sept fois », raconte Elaine, certaine que son mari n’a jamais été güleniste.

    Un verdict inversé après un tweet du gouvernement

    Elle a frappé à toutes les portes, en vain. « Les avocats qui acceptent de défendre des accusés gülenistes demandent des honoraires exorbitants. J’ai tenté d’en trouver par le biais d’ONG, mais je n’ai reçu aucun soutien car mon mari est officier de police, et, en Turquie, les ONG se consacrent à la défense des militants des droits de l’homme et à celle des Kurdes. »

    En avril 2017, le groupe de travail sur les détentions arbitraires des Nations unies (WGAD) a qualifié le cas de son mari d’« arbitraire ». Ankara est restée sourde à cette exhortation.

    « En représailles, les médias pro-gouvernementaux ont accusé Kürsat d’être un espion français. »
    Vers qui se tourner ? La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui a vu les requêtes venues de Turquie augmenter de 276 % en 2016, a déclaré irrecevables les dossiers liés à l’état d’urgence imposé après le putsch raté. Le requérant doit d’abord épuiser les voies de recours internes. La Cour constitutionnelle turque en est une, ou plutôt elle l’était avant le 4 février.

    Ce jour-là, ses juges ont ordonné le maintien en prison des journalistes Mehmet Altan (66 ans) et Sahin Alpay (73 ans), en détention provisoire depuis 2016. Le 11 janvier, les mêmes juges s’étaient prononcés pour leur remise en liberté. Il aura suffi d’un tweet de Bekir Bozdag, le porte-parole du gouvernement, dénonçant « un mauvais verdict », de la part d’une Cour ayant « outrepassé ses pouvoirs législatifs et constitutionnels », pour que la décision soit inversée dans le sens voulu par le pouvoir politique.

    https://seenthis.net/messages/668745 via enuncombatdouteux


  • Sweden tried to drop Assange extradition in 2013, CPS emails show | Media |

    https://www.theguardian.com/media/2018/feb/11/sweden-tried-to-drop-assange-extradition-in-2013-cps-emails-show

    UK prosecutors tried to dissuade Swedish counterparts from doing so, exchange shows

    https://i.guim.co.uk/img/media/4f47d4bf2cd8517a5efe9cb58f7b2f6bc4d1d162/0_0_3685_2212/master/3685.jpg?w=1200&h=630&q=55&auto=format&usm=12&fit=crop&crop=faces%2Centropy&bm=normal&ba=bottom%2Cleft&blend64=aHR0cHM6Ly91cGxvYWRzLmd1aW0uY28udWsvMjAxOC8wMS8zMS9mYWNlYm9va19kZWZhdWx0LnBuZw&s=973535f84afb677d2de7b57e4d1f0290

    Swedish prosecutors attempted to drop extradition proceedings against Julian Assange as early as 2013, according to a confidential exchange of emails with the Crown Prosecution Service seen by the Guardian.

    The sequence of messages also appears to challenge statements by the CPS that the case was not live at the time emails were deleted by prosecutors, according to supporters of the WikiLeaks founder.

    The newly-released emails show that the Swedish authorities were eager to give up the case four years before they formally abandoned proceedings in 2017 and that the CPS dissuaded them from doing so.

    Some of the material has surfaced from an information tribunal challenge brought late last year by the Italian journalist Stefania Maurizi.

    The CPS lawyer handling the case, who has since retired, commented on an article which suggested that Sweden could drop the case in August 2012. He wrote: “Don’t you dare get cold feet!!!”.

    As the case dragged on, the Swedish director of public prosecutions, Marianne Ny, wrote to the CPS on 18 October 2013 explaining that she had few options left. “There is a demand in Swedish law for coercive measures to be proportionate,” she informed London.

    https://seenthis.net/messages/668569 via enuncombatdouteux


  • U.S. Intelligence Shuts Down Damning Report on Whistleblower Retaliation

    https://www.thedailybeast.com/us-intelligence-shut-downs-damning-report-on-whistleblower-retaliatio

    A top watchdog investigated 190 cases of alleged retaliation against whistleblowers—and found that intelligence bureaucrats only once ruled in favor of the whistleblower.

    https://img.thedailybeast.com/image/upload/v1518397673/180211-poulson-whistleblower-lede_mzbqsp.jpg

    The nation’s top intelligence watchdog put the brakes on a report last year that uncovered whistleblower reprisal issues within America’s spy agencies, The Daily Beast has learned. The move concealed a finding that the agencies—including the CIA and the NSA—were failing to protect intelligence workers who report waste, fraud, abuse, or criminality up the chain of command.

    The investigators looked into 190 cases of alleged reprisal in six agencies, and uncovered a shocking pattern. In only one case out of the 190 did the agencies find in favor of the whistleblower—and that case took 742 days to complete. Other cases remained open longer. One complaint from 2010 was still waiting for a ruling. But the framework was remarkably consistent: Over and over and over again, intelligence inspectors ruled that the agency was in the right, and the whistleblowers were almost always wrong.

    The report was near completion following a six-month-long inspection run out of the Intelligence Community Inspector General office. It was aborted in April by the new acting head of the office, Wayne Stone, following the discovery that one of the inspectors was himself a whistleblower in the middle of a federal lawsuit against the CIA, according to former IC IG officials.

    https://seenthis.net/messages/668564 via enuncombatdouteux


  • La nouvelle illusion d’optique qui rend fou les internautes : ces deux images sont parfaitement identiques

    https://sciencepost.fr/2018/02/nouvelle-illusion-doptique-rend-fou-internautes

    Notre cerveau semble parfois se compliquer la tâche tout seul. Si certaines illusions d’optique nous jouent effectivement des tours, il semble que celle-ci n’ait, à première vue, rien de complexe. Après tout, il ne s’agit que de deux photos, qui sont exactement les mêmes, et qui sont simplement disposées l’une à côté de l’autre. Pourtant, cela n’en empêche pas certains d’avoir l’illusion que ces deux clichés ont été pris d’un angle différent.

    https://sciencepost.fr/wp-content/uploads/2018/02/BBIMFDz.img_.jpeg

    Selon The Independent, cette illusion d’optique serait due à un phénomène expliqué en 2007 dans « l’illusion de la Tour qui penche ». En effet, lorsque l’on procède à la même expérience avec la célèbre Tour de Pise, c’est-à-dire qu’on met deux fois la même photo, disposées côte à côte, on obtient la même illusion que l’une est bien plus penchée que l’autre.

    Cela s’explique par le fait que notre cerveau traite l’information comme une seule image, à savoir une scène en 3D et « corrige » la perspective pour faire en sorte que l’une des deux tours penche plus que l’autre sur l’interprétation en 2D. Étant donné le système n’est pas parfait, lorsque deux photos identiques lui sont présentées, il va mal les interpréter. Notre cerveau a beau nous jouer des tours, c’est bien la même photo !

    https://seenthis.net/messages/668265 via enuncombatdouteux


  • Le neurodroit, oublié du débat sur la bioéthique

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/11/le-neurodroit-oublie-du-debat-sur-la-bioethique_5255105_3232.html

    Le recours à l’imagerie cérébrale dans le domaine judiciaire est autorisé en France depuis 2011. Dans une tribune au « Monde », deux chercheurs en sociologie s’en inquiètent, alors que se tiennent les Etats généraux de la bioéthique.

    http://img.lemde.fr/2018/02/08/23/0/578/288/644/322/60/0/5c5f5fc_12190-1bu8eic.ochv.jpg

    Par Julien Larregue et William Wannyn

    Tribune. La loi bioéthique de 2011 a fait de la France le premier pays du monde à autoriser dans un texte législatif le recours à l’imagerie cérébrale dans le domaine judiciaire. Depuis cette date, l’article 16-14 du code civil autorise un magistrat à mandater un expert en neurosciences afin qu’il évalue les risques de récidive, la véracité d’un témoignage ou le degré de responsabilité pénale d’un prévenu. Cette expertise peut prendre la forme d’une analyse de l’activité électrique et/ou hémodynamique de certaines zones cérébrales pendant que l’individu répond, par exemple, à un interrogatoire de police.

    Malgré ses répercussions potentielles, l’adoption de cet amendement proposé et défendu par Jean Leonetti est passée relativement inaperçue. Plus grave encore, elle s’est faite contre l’avis des chercheurs présents lors des auditions préparatoires qui s’y étaient unanimement opposés, craignant que cette législation ouvre la porte à des dérives sécuritaires. Alors que les Etats généraux de la loi bioéthique ont débuté le 18 janvier, il est primordial d’ouvrir le débat public sur l’utilisation des neurosciences dans le domaine judiciaire si l’on ne veut pas reconduire le rendez-vous manqué de 2011.

    Comme la nomination récente du neuroscientifique Stanislas Dehaene à la tête du Conseil scientifique de l’éducation nationale, l’autorisation de l’expertise neuroscientifique dans le cadre judiciaire illustre bien les attentes sociales et politiques croissantes qui sont placées dans la recherche sur le cerveau. L’utilisation des neurosciences pour orienter les politiques publiques en France remonte à 2009, lorsque le Centre d’analyse stratégique, organe qui assiste le premier ministre dans la formulation des principales réformes gouvernementales, s’est doté d’un programme « Neurosciences et politiques publiques ».

    Ce programme a notamment donné lieu à la publication d’un rapport ambivalent sur le neurodroit coordonné par Olivier Oullier, professeur de psychologie et de neurosciences à l’université d’Aix-Marseille. Tout en insistant sur les limites actuelles des connaissances neuroscientifiques, les auteurs appelaient à augmenter les financements de la recherche sur le cerveau, afin que les neurosciences puissent un jour servir à améliorer le système de justice.

    Ce recours tous azimuts aux neurosciences est problématique, puisque les connaissances dans le domaine sont encore fragiles. Les théories et les techniques neuroscientifiques sont de fait vivement critiquées depuis le début des années 2000, comme en atteste un nombre croissant d’articles scientifiques démontrant les limites des analyses statistiques utilisées dans une large portion de la littérature neuroscientifique.

    S’agissant du neurodroit, l’idée que l’imagerie cérébrale puisse un jour permettre de révéler des prédispositions à la violence, à la récidive ou permettre de détecter le mensonge est loin de faire consensus au sein de la communauté scientifique. Si elles peuvent se révéler précieuses pour évaluer le niveau de compensation de certaines affections neurophysiologiques (traumatisme cérébral lié à un accident du travail par exemple), les neurosciences demeurent très limitées dans leur compréhension de comportements humains aussi complexes que ceux que doivent juger les tribunaux.

    Les magistrats français restent d’ailleurs hermétiques à cette nouveauté introduite par la loi de 2011, comme en atteste l’absence à ce jour de jurisprudence notable recourant à l’expertise neuroscientifique dans le cadre d’une procédure pénale. Les décideurs politiques doivent se montrer sceptiques face à la rhétorique de la promesse qu’emploient certains chercheurs soucieux de les convaincre que la solution aux problèmes sociaux les plus divers se trouve dans le cerveau. La révision de la loi bioéthique doit être l’occasion d’un réel débat public autour des enjeux du recours aux neurosciences dans le domaine judiciaire.

    Julien Larregue est docteur en droit, postdoctorant à la chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences de l’université du Québec, à Montréal (larregue.julien@uqam.ca)
    William Wannyn est doctorant en sociologie à l’université de Montréal (william.wannyn@umontreal.ca)

    https://seenthis.net/messages/668227 via enuncombatdouteux


  • Erik Prince, un « chien de guerre » dans les arcanes de la Maison Blanche

    http://www.lemonde.fr/international/article/2018/02/09/erik-prince-un-chien-de-guerre-dans-les-arcanes-de-la-maison-blanche_5254319

    Cet ancien militaire et fondateur de la société privée de sécurité Blackwater, jugée responsable d’exactions en Irak, a désormais ses entrées à Washington et envisage de se lancer en politique.

    http://img.lemde.fr/2015/03/09/292/0/3504/1752/644/322/60/0/0d75e0c_4687-1ysdyvh.jpg

    Certains épisodes d’une vie ont l’apparence d’une incroyable répétition. Le 30 novembre 2017, la fine fleur du renseignement américain a les yeux rivés sur le Congrès, à Washington. Erik Prince, costume sombre et cravate rouge, cheveux ras, est convoqué par une commission d’enquête de la Chambre des représentants. Le fondateur de société militaire privée Blackwater et frère de la ministre de l’éducation Betsy DeVos est soupçonné d’avoir rencontré un financier russe aux Seychelles, neuf jours avant l’investiture du président Donald Trump, dans le but de créer un canal de communication discret entre le nouveau président des Etats-Unis et Vladimir Poutine. Cette rencontre, révélée en avril 2017 par le Washington Post, a encore un peu plus épaissi la ténébreuse affaire dite du Russiagate, l’enquête sur les interférences russes durant la présidentielle américaine.

    Devant une vingtaine d’élus, Erik Prince apparaît droit dans ses bottes, raide dans ses commentaires, sûr de lui. Lui, le baroudeur, l’ex-commando du corps d’élite des Navy Seals, l’ancien patron de l’armée privée la plus puissante au monde, le généreux donateur du Parti républicain et conseiller officieux du président. Il arbore un léger sourire en coin, presque hautain, impatient. Devant les élus, il ne dira pas grand-chose. Erik Prince accusera l’administration Obama de l’avoir surveillé illégalement, sans donner ses sources, ni convaincre les congressistes.

    Le rendez-vous aux Seychelles n’aurait, lui, duré qu’une demi-heure, peut-être même moins. Le temps d’une bière au bar d’un hôtel de luxe, « quatre étoiles ou plus », mais dont le nom lui échappe. Une discussion banale en somme, entre deux hommes d’affaires : « Je me souviens lui avoir dit que si Franklin Roosevelt a pu travailler avec Joseph Staline pour battre les nazis, alors Trump pourrait certainement travailler avec Poutine pour vaincre le fascisme islamique. Il semblait d’accord. » Rien d’autre. Pas de deal, aucun autre rendez-vous. Il ne se souvient même pas avoir échangé une carte de visite.

    « Rencontre d’affaires informelle »

    Le fait que son interlocuteur, Kirill Dmitriev, soit le patron du Fonds russe d’investissements directs, un consortium sous le coup de sanctions américaines depuis 2015, n’a pas l’air de l’émouvoir. Tout comme le fait que ce même Dmitriev, issu des premiers cercles de Poutine, croisera à Davos, une semaine après leur rencontre, Anthony Scaramucci, alors conseiller du président Trump avant de devenir brièvement son porte-parole.

    Le feu roulant de questions n’a pas d’effet. Erik Prince reste flou sur l’initiateur de la rencontre, « un des frères », se souvient-il vaguement, du prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed Ben Zayed. Un prince héritier présent lui aussi sur l’île des Seychelles le jour de la rencontre et avec lequel Prince dit s’être entretenu un peu plus tôt dans la soirée pour « parler affaires de manière informelle » et « partager quelques points de vue » sur le théâtre du monde, « ou ce genre de choses comme le terrorisme en Somalie, en Libye, au Nigeria ».

    Erik Prince restera tout aussi évasif sur une éventuelle intermédiation d’un de ses proches, Steve Bannon. L’éminence grise et directeur de campagne de Donald Trump avait rencontré discrètement l’homme fort d’Abou Dhabi en décembre 2016, à New York, dans la Trump Tower, en compagnie du gendre du président, Jared Kushner, et de Michael Flynn, alors futur conseiller à la sécurité nationale, aujourd’hui poursuivi dans l’enquête du Russiagate.

    Zones d’ombre

    Etrange prestation. L’audition aura duré plus de trois heures sans qu’Erik Prince ne dévoile quoi que ce soit. Trois heures pour protéger ses réseaux et défendre ses proches. Tout comme il l’avait fait il y a dix ans, ici même, au Capitole, devant une autre commission de la Chambre, le 2 octobre 2007. Ce jour-là, pour la première fois, le nom de M. Prince renvoyait à un visage. Et il affichait déjà un aplomb déconcertant. Jeremy Scahill, auteur à l’époque d’une somme sur le personnage (Blackwater : l’émergence de l’armée de mercenaires la plus puissante au monde, Actes Sud, 2008), dira même qu’il était « provocant ». Lui était là pour répondre sur les agissements de sa société Blackwater devenue le symbole d’une entreprise de cow-boys hors de contrôle et profiteurs de la guerre en Irak. Deux semaines plus tôt, le 16 septembre, une de ses équipes avait tué 17 civils irakiens place Nisour, en plein centre de Bagdad.

    Dix ans séparent les deux auditions. Dix années truffées de zones d’ombre. Comme si la vie d’Erik Prince n’était qu’une longue nage en eaux troubles, jalonnée de hauts et de bas, mais jamais terminée. Assis au bar du Mayflower, hôtel iconique de Washington, surchauffé en cette froide journée de janvier, l’homme sourit en attendant son rendez-vous avec Le Monde. Pendant tout l’entretien, il ne prononcera pas un mot de plus sur son escapade dans l’océan Indien. « Tenez-vous en au transcript de l’audition », conseille-t-il. Et puis ceci :

    « On me prête beaucoup, surtout les médias de gauche qui sont le plus grand fléau de notre démocratie. Ils cherchent à faire leurs choux gras sur mon nom depuis tant d’années. Oui, je représente tout ce que les démocrates aiment détester. »
    Pour comprendre ce qui anime Erik Prince, il faut explorer son histoire personnelle, démêler aussi les liens qu’il a tissés au fil de son ascension avec la frange la plus religieuse et conservatrice du Parti républicain, aujourd’hui au pouvoir. Né en 1969 à Holland, dans un quartier calme et tranquille, le jeune Prince appartient à une très riche et puissante famille de l’Etat du Michigan. Son père, Edgar, qui s’engagea deux ans dans l’US Air Force, fait fortune en créant une entreprise de pièces détachées pour automobiles, la Prince Manufacturing. Il sera l’inventeur du pare-soleil au miroir éclairé par un spot lumineux, un accessoire qui allait équiper pratiquement chaque voiture dans le monde et envoyer la famille Prince dans la sphère des milliardaires.

    Figure paternelle forte

    Les journées de seize à dix-huit heures ont raison de la santé du père, frappé au début des années 1970 par une crise cardiaque, à laquelle il survit. Déjà très croyant, Edgar Prince se rapproche encore un peu plus de Dieu. « C’est à ce moment-là, allongé dans son lit d’hôpital à méditer sur tout ce que son labeur lui avait apporté qu’il a renouvelé sa foi en Jésus-Christ », dira l’ami de la famille, Gary Bauer, un des leaders de la droite religieuse et fondateur du lobby chrétien de droite, le Family Research Council.

    Fidèle soutien du Parti républicain, adepte d’une économie de libre marché et désormais grand propagandiste des valeurs chrétiennes, l’industriel marie sa fille Betsy, sœur aînée d’Erik, à Dick DeVos. Le père du jeune homme, Richard DeVos, est le fondateur d’Amway, le géant de la vente directe en réseaux. Une entreprise qui deviendra dans les années 1990 une des sociétés les plus actives dans le processus électoral américain, en utilisant son infrastructure comme un réseau d’organisation politique. Unis, les clans DeVos et Prince deviennent également les principaux financiers du Forum familial du Michigan (MFF), la branche locale de Focus on the Family de James Dobson, une puissante organisation de la droite religieuse et des extrémistes chrétiens.

    Erik Prince est très proche de son père. Dès son enfance, il règle son pas sur le sien. « Je passais des heures à parler avec lui », se souvient-il. Jeune sportif, il joue au foot et au basket dans les écoles chrétiennes de Holland, soutenues financièrement par sa famille. Dans l’entreprise paternelle, il se familiarise avec les principes de la firme reproduits dans ses brochures : « Ce sont les gens qui font la différence » ou encore « l’excellence est le résultat de l’engagement et du dur labeur de personnes dévouées ». « Je crois que j’ai toujours sa voix au-dessus de ma tête, affirme Erik Prince. Cette idée d’être toujours le bon gars dans ce qu’on fait, faire le plus avec ce que l’on a. »

    « Vision du Bien et du Mal »

    Pour ses 7 ans, il s’envole avec ses parents en Europe. Au programme, les plages de Normandie, Munich et le camp de Dachau, Berlin et son Mur : « Cela a marqué le gamin que j’étais. Cette haute muraille, les champs de mines, les pièges à chars, les barbelés et tous ces fusils m’ont renvoyé l’image d’une nation devenue une gigantesque prison. La vision du Bien et du Mal s’est ancrée en moi, même si celle-ci s’est nourrie d’un peu de cynisme avec le temps. »

    Dans la maison des Prince, Erik croise régulièrement un nouvel ami de la famille, Chuck Colson, l’ancien conseiller spécial de Richard Nixon, perçu par beaucoup comme le « génie du mal » de l’ancien président. Colson fut la première personne à être condamnée dans l’affaire du Watergate après avoir plaidé coupable d’obstruction à la justice. Une fois sorti de prison, il écrivit Born Again, un livre évoquant sa conversion, et deviendra une des voix les plus influentes des mouvements évangéliques.

    Après le lycée, il rentre à l’Académie navale du Maryland. L’atmosphère ne lui plaît pas, trop dilettante et en même temps trop politiquement correcte à ses yeux. Il démissionne pour s’inscrire au Hillsdale College du Michigan, l’établissement le plus conservateur du pays d’après un classement de la Princeton Review. « Erik Prince était brillant et parlait bien, déclarera un de ses professeurs d’économie. Ce qui est bien chez lui, c’est qu’il comprend la relation entre le marché et le système politique. »

    Engagement politique

    Avec l’âge, Erik s’engage de plus en plus en politique. Il décroche un stage de six mois à la Maison Blanche sous George Bush père. Il a 19 ans et fait son premier don, d’un montant de 15 000 dollars, au Comité national républicain du Congrès. Un soir, sur une piste de bowling, il croise l’élu républicain californien Dana Rohrabacher. Prince lui fait part de ses critiques à l’égard d’une administration qu’il trouve trop peu conservatrice. Alors assistant spécial et rédacteur des discours de Ronald Reagan, il l’invite à travailler un temps dans son bureau. Les deux hommes ne se perdront plus de vue.

    Au cours de la première audition d’Erik Prince au Congrès, Dana Rohrabacher le soutiendra à sa manière, affirmant que son ami « était sur la voie pour devenir un héros américain tout comme l’était Oliver North », l’ancien colonel de l’armée américaine impliqué dans le scandale de l’Irangate au milieu des années 1980. L’élu ultraconservateur se rendra célèbre par la suite pour ses prises de position pro-russes. Plus récemment, il essaiera d’obtenir la grâce de Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, auprès du président Trump. Depuis décembre 2017, Rohrabacher fait partie de la liste de personnalités interrogées dans le cadre de l’enquête russe.

    En 1992, Erik Prince s’emballe pour le candidat Pat Buchanan qui se présente avec un programme d’extrême droite, contre l’immigration, contre l’avortement et contre les homosexuels. La même année, il intègre les commandos Seals. Il servira en Haïti, en Bosnie et au Moyen-Orient, la plupart des points chauds du premier mandat Clinton. C’est durant ces quatre années, entre 1992 et 1996, qu’il rencontrera la plupart des personnes avec lesquelles il lancera Blackwater.

    Rester lié à l’armée

    Avec la mort de son père et un cancer en phase terminale diagnostiqué chez sa première femme, Erik Prince quitte les Seals en 1996 pour revenir auprès de sa famille. Celle-ci décide de vendre la société au groupe Johnson Controls pour 1,35 milliard de dollars, cash. « Je voulais rester lié à l’armée, expliquera Erik Prince quelques années plus tard. J’ai donc construit un complexe pour offrir un site de première classe aux militaires américains et aux alliés étrangers, ainsi qu’aux organismes de maintien de l’ordre, privés et gouvernementaux, qu’ils puissent se préparer à affronter le Mal. » En clair, un centre d’entraînement, qu’il inaugure en décembre 1996, à Moyock (Caroline du Nord), dans une immense tourbière située près de la base navale de Norfolk. L’année suivante, il acquiert plus de 2 000 hectares dans les comtés de Currituck et Camden voisins.

    L’époque est porteuse. Blackwater naît au moment d’une privatisation massive et sans précédent de l’armée, un mouvement lancé entre 1989 et 1993 par Dick Cheney du temps où il était le secrétaire à la défense de Bush père. Le budget de la défense est réduit de 10 milliards de dollars. Le nombre de soldats passe de 2,2 à 1,6 million. « L’idée était de réserver les troupes régulières pour le combat, tandis que les soldats privés s’occuperaient de la logistique à l’arrière-plan », écrit Dan Briody dans son livre The Halliburton Agenda (John Wiley and Sons Ltd, 2005, non traduit) sur l’entreprise Halliburton, premier fournisseur de matériel pour l’armée, que Cheney, futur vice-président de Bush fils, dirigea entre 1995 et 2000...

    Grâce à ses relations nouées dans l’armée, et aussi à celles tissées par son père et la famille DeVos au sein du Parti républicain, Erik Prince obtient rapidement des contrats avec le département de la défense, le renseignement et la police. En octobre 2000, l’attaque-suicide lancée par Al Qaida contre le destroyer USS Cole dans le port d’Aden (Yémen) jette une lumière crue sur les besoins en matière de protection de la marine américaine. Blackwater y gagne un contrat de 35,7 millions de dollars. Le 11-Septembre provoquera, lui, une nouvelle accélération cette privatisation de la chose militaire, reprise à son compte par le nouveau secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld.

    Proche d’une « société secrète »

    Prince est dans son élément. L’administration Bush fait appel à la droite la plus conservatrice et aux chantres du moins d’Etat. Le jeune homme d’affaires a maintenu des relations très proches avec certains acteurs du Conseil de la politique nationale (CNP), une organisation quasi secrète considérée comme l’un des piliers de la nouvelle droite, décrite par le New York Times comme « un club peu connu de quelques centaines des plus puissants conservateurs du pays qui se retrouvent derrières les portes fermées dans des lieux non divulgués pour une conférence confidentielle ».

    Le père Prince y avait exercé la fonction de vice-président. George W. Bush s’adressa au groupe en 1999, à la recherche de soutiens pour sa candidature. Dick Cheney, Donald Rumsfeld, John Bolton, ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, et John Ashcroft, procureur général, participent à ses réunions, tout comme un certain Dan Senor, qui deviendra le premier assistant de Paul Bremer, le « pro-consul » américain en Irak de 2003 à 2005.

    Erik Prince est également un proche d’Alvin « Buzzy » Krongard, le directeur exécutif de la CIA. A l’époque, l’agence a besoin de protection en Afghanistan. Elle manque de personnel, tout comme l’armée, qui manque d’agents de sécurité statiques. Krongard signera plusieurs contrats avec Blackwater pour la protection de sites secrets ou stratégiques de la CIA aux quatre coins du globe, en pleine « guerre contre la terreur ».

    « Mr. Fix-it »

    Dès 2001, Blackwater devient un des principaux supplétifs de l’armée en Afghanistan, puis en Irak deux ans plus tard. Erik Prince passera également de multiples contrats avec le département d’Etat pour assurer la sécurité de ses agents et diplomates. Dans l’administration, on le surnomme « Mr Fix-it » (M. Le Réparateur). Il trouve les failles, pointe les erreurs des déploiements militaires, formule des propositions clés en main.

    « Le Pentagone a construit une puissance militaire considérable ces soixante-dix dernières années pour vaincre l’URSS, explique-t-il. Mais utiliser ces tactiques, ces équipements, ce potentiel pour combattre des gars en pick-up chaussés en tongs, cela ne marche pas. Comment expliquer que, pour un soldat américain déployé en première ligne, il faut douze hommes derrière ? Qu’un ravitaillement opéré par des hélicoptères sur des navires nécessite 35 hommes de la Navy alors que nous le faisons avec huit ? Blackwater était là pour fournir des approches viables et à moindres coûts. Notre business avait l’avantage d’être un mélange de mentalité de commando et des meilleures pratiques commerciales existantes. »

    Jusqu’au point de rupture. En 2007, 177 « sociétés militaires privées » (SMP) exercent en Irak. Près de 48 000 contractuels y sont répertoriés, soit quasiment un privé pour un soldat. Blackwater fait alors partie des trois plus importants fournisseurs avec 1 200 hommes en permanence sur place, 155 véhicules et 26 aéronefs. Cette année-là, la société d’Erik Prince atteint le chiffre record d’un milliard de dollars de contrats signés avec le gouvernement, cinq fois plus qu’en 2000.

    La bavure de la place Nisour

    Le carnage du 16 septembre 2007 à Bagdad marquera le début de la fin. Blackwater est mis en cause dans une dizaine d’incidents meurtriers depuis son arrivée en Irak. Mais cette fusillade est le scandale de trop. L’audition au Congrès d’Erik Prince n’y changera rien. Tout comme sa tentative de rebaptiser la firme Xe en 2009. Outre l’impunité, le grand public a pris en aversion Blackwater pour s’être enrichi sur le dos du contribuable et avoir profité des guerres en Irak et en Afghanistan. « Une armée à ce point fidèle aux causes de l’extrême droite qu’elle en est devenue une garde du Parti républicain », écrit la journaliste et essayiste Naomi Klein. Pour l’ancien ambassadeur américain en Irak Joseph Wilson, « l’histoire de cette entreprise de mercenaires démontre clairement les graves dangers qu’entraîne la sous-traitance de l’usage de la force qui est un monopole de l’Etat. »

    En 2010, Erik Prince vend la société et ses filiales pour au moins 200 millions de dollars, selon différentes sources. Deux ans plus tard, il trouve un arrangement avec le gouvernement fédéral à hauteur de 50 millions de dollars pour une longue liste de violations commises entre 2005 et 2008 au regard du droit américain. S’ensuit une longue procédure durant laquelle quatre membres de son équipe responsable de la fusillade à Bagdad seront lourdement condamnés par un tribunal de Washington. Leurs peines sont en cours de révision.

    Lui n’en démord pas. « Il n’y avait aucune raison de s’en prendre ainsi à Blackwater », soutient-il, avant d’accuser les politiques. « Il fallait cibler Erik Prince. Dès que l’administration Obama a été mise en place, j’ai subi d’énormes pressions fiscales, des audits. La justice ici n’est pas aveugle, elle est politique, qu’elle aille au diable ! »

    Diversification

    Erik Prince prend le large. Il s’installera trois ans à Abou Dhabi. Le temps d’élargir ses réseaux et trouver de nouveaux ancrages. En 2011, le New York Times révèle qu’il a signé un contrat de 529 millions de dollars pour mettre sur pied une armée secrète de 800 mercenaires pour le compte des Emirats arabes unis. D’après le quotidien, ce bataillon est chargé de mener des opérations spéciales à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, de défendre les oléoducs et les gratte-ciel contre d’éventuels actes terroristes et de réprimer les révoltes intérieures. Les officiels émiratis confirmeront dans un communiqué l’existence d’un contrat, signé avec Prince, de « formation, d’entraînement et de soutien opérationnel » à leur armée.

    Lui investit, s’essaie à la finance, crée des holdings, plusieurs sociétés écrans aussi. D’Asie en Afrique, en passant par l’Europe de l’Est et le Moyen-Orient, il se diversifie et brouille les pistes. En 2013, il crée Frontier Services Group (FSG), une société installée à Hongkong et spécialisée dans la logistique, les services de sécurité et d’aviation. Les premiers responsables sont, comme Prince, d’anciens soldats américains. Quelque 15 % du capital sont détenus par Citic, un important fonds d’investissement public chinois, très présent en Afrique. Dans la foulée, Prince achète des compagnies d’aviation au Kenya, des sociétés de transports au Congo.

    « Nous voulons être la première entreprise de logistique à couvrir l’ensemble du continent africain, même où cela semble dangereux », dit-il.
    En Autriche, il acquiert 25 % de la société d’aviation privée Airborne Technologies, spécialisée dans la transformation d’avions d’épandage agricole en vue d’une utilisation militaire ou de surveillance. Il acquiert encore 25 % encore des parts d’une entreprise chinoise ISDC, basée à Pékin, et présentée comme l’une des principales écoles de formation dans le domaine de la sécurité dans le monde.

    De nouveau, Prince est sur le devant de la scène. Le magazine Vanity Fair écrit qu’il travaille pour la CIA, Buzzfeed qu’il convoite les métaux rares en Afghanistan. Le quotidien espagnol ABC évoque un projet, financé par les Emirats arabes unis, d’invasion du Qatar, par l’armée privée de Prince. The Intercept, qui le suit à la trace, affirme que plusieurs enquêtes judiciaires américaines auraient été lancées contre lui pour avoir essayé de vendre des prestations militaires à des gouvernements étrangers. « Tout cela n’est que foutaises ! », écarte-t-il d’un revers de main. Il ne dira rien de plus.

    Le retour d’Erik Prince aux Etats-Unis correspond peu ou prou à la victoire de Donald Trump. Et visiblement, il fourmille d’idées. Au quotidien italien Corriere della Sera, il parle d’un projet destiné à résoudre la crise migratoire en Europe en créant une force de police de 650 hommes, formés par ses soins et postés à la frontière sud de la Libye. Dans un texte publié dans le Wall Street Journal, il expose un plan pour l’Afghanistan. « C’est la plus longue guerre de notre histoire, celle qui a coûté la vie à plus de 2 000 soldats américains et englouti près de 45 milliards de dollars de notre budget annuel pour un résultat désastreux », souligne-t-il. La solution passerait, selon lui, par le déploiement de moins 5 000 soldats contractuels, moins de 100 avions, pour un coût total d’à peine 10 milliards de dollars. Le pouvoir serait, lui, entre les mains un « vice-roi » américain nommé par l’administration Trump, à l’image des anciennes colonies britanniques.

    Candidat potentiel

    Le plan a été soumis à la Maison Blanche par l’entremise de Jared Kushner et Steve Bannon, qui y est très favorable. Les spécialistes l’ont vivement critiqué, le Pentagone l’a catégoriquement rejeté. « Les généraux sont très conventionnels », ironise l’homme d’affaires. De son côté, Donald Trump aurait dit à deux de ses conseillers d’examiner attentivement le projet. D’une source proche de la Maison Blanche, le secrétaire à la défense, le général issu des Marines James Mattis, aurait même apprécié l’état des lieux formulé par Prince, tout en écartant la solution proposée. « Ça viendra, glisse-t-il. La guerre a duré dix-sept ans, il faudra bien un jour ou l’autre explorer d’autres approches pour y mettre fin. »

    D’ici-là, Erik Prince dit ne pas écarter l’idée de se présenter à la primaire républicaine du Wyoming contre le sénateur sortant, le très populaire John Barrasso. Une candidature ardemment encouragée par l’ex-conseiller ultranationaliste Steven Bannon, inlassable pourfendeur de l’establishment républicain. « Le Wyoming est un des Etats les plus conservateurs du pays », explique l’ancien PDG de Blackwater, avant d’ajouter en forme d’autoportrait : « Il est composé d’hommes robustes. Les hivers y sont rudes. C’est un Etat qui a besoin d’un battant. » Les hostilités reprennent.

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  • Aux avant-postes du «  mur  » trumpien

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/02/10/aux-avant-postes-du-mur-trumpien_5254797_3234.html

    Le président républicain entend bâtir une «  barrière physique  » à la frontière avec le Mexique. Pour l’heure, celle-ci se résume à huit monolithes, symboles de la division entre pro- et anti-immigration.

    http://img.lemde.fr/2018/02/09/0/0/5603/3890/534/0/60/0/ea00eab_28657-1a4crmn.jemi.jpg
    Les huit prototypes du « mur » voulu par le président Donald Trump à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, en octobre 2017.

    Le « grand et beau mur » promis par Donald Trump à ses concitoyens tient pour l’instant en huit panneaux géants installés à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, au sud de San Diego, en Californie. Huit monolithes de neuf mètres de haut et autant de large, postes avancés de la forteresse America First prônée par le président républicain.

    Du côté américain, il est impossible d’approcher. Les prototypes sont situés sur un terrain appartenant au gouvernement. La Border Police (police des frontières) a suspendu ses visites guidées, dans l’attente de celle de Donald Trump. Le président a promis de se déplacer pour inspecter lui-même les éléments précurseurs de « l’imposante barrière physique » qu’il espère laisser au pays. Mais sa venue, plusieurs fois annoncée, n’est toujours pas confirmée.

    Du côté mexicain, il faut franchir la frontière au poste d’Otay Mesa, à 20 km à l’est de Tijuana, puis prendre le boulevard Garita et la calle 12. On traverse les maquiladoras, ces vastes ateliers d’assemblage menacés par la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena) entré en vigueur en 1994. Près de 700 multinationales, dont Sony, Samsung et General Motors, y sont installées. Les pièces arrivent d’Asie, débarquent au port de Los Angeles, traversent la frontière en duty free (sans taxe) et sont montées à Tijuana. Les produits finis sont réexportés vers les Etats-Unis.

    Des projets pilotes

    Depuis vingt ans, les soutiers de la mondialisation viennent s’entasser pour des salaires de misère (deux dollars par heure, soit cinq fois moins qu’aux Etats-Unis) dans ce faubourg poussiéreux de Las Torres, traversé par les semi-remorques rutilants, les poules et les chiens errants. Beaucoup ont fait le mur, et les narcotrafiquants ont construit des tunnels à la faveur de la prolifération des maquiladoras. Depuis 2006, une quinzaine de ces tunnels ont été mis au jour à Tijuana, certains longs de plus de 500 mètres.

    Les huit prototypes dépassent de six mètres la barrière de tôle couleur rouille héritée de Bill Clinton, qui sert de ligne de démarcation. La police des frontières leur a attribué des numéros. A la suite d’un appel d’offres lancé par le département de la sécurité intérieure, six compagnies ont été retenues pour construire des projets pilotes.

    W.G. Yates & Sons, du Mississippi, a érigé un mur de métal de couleur sable pour 458 000 dollars (payés par le contribuable américain), soit environ 375 000 euros ; Fisher Sand & Gravel, de l’Arizona, un pan de béton minimaliste (365 000 dollars). KWR, également de l’Arizona, a ajouté un tube métallique au sommet afin d’empêcher les échelles de s’accrocher. Le numéro 3 se distingue par sa couleur bleue : c’est le projet de l’ELTA, un sous-traitant des forces armées israéliennes.

    Prouesses de l’armée américaine

    De la fenêtre sans vitre de son abri, à l’ombre d’un demi-palmier, Alexis Franco Santana, 22 ans, a vue sur le prototype numéro 6, celui est surmonté d’un grillage de barbelés. Devant la masure s’empilent les déchets de plastique livrés par les camionnettes de recyclage. Le jeune homme est chargé du triage, moyennant 50 dollars par semaine. Casquette retournée, short extra-large de basketteur, il a tout d’un jeune Américain, jusqu’à l’accent, mais il se plaint de son peu de vocabulaire.

    Les prototypes n’ont pas eu raison de sa bonne humeur. « C’est comme un jeu, s’esclaffe-t-il. On dirait que Trump est allé à Toys’R’Us et qu’il s’est acheté des Lego. » Pour cinq dollars, le jeune homme loue aux touristes une échelle que lui a laissée un visiteur de passage. Au cas où Donald Trump confirmerait son arrivée, une télévision américaine a pris une option sur le gruyère de planches qui lui sert de toit.

    Le jeune Mexicain a assisté tout le mois de janvier aux prouesses de l’armée américaine. Pendant trois semaines, des éléments des forces spéciales venus de Floride et les unités paramilitaires de la police des frontières ont pris d’assaut les prototypes hauts de trois étages, à coups de « pioche », de « marteau-piqueur », de « burin », de « cric de voiture » et de « chalumeau », selon la liste dressée par la Border Police. Un seul des militaires est parvenu à se hisser au sommet. Fin janvier, les Américains ont été informés que les prototypes avaient passé avec succès le test de résistance aux envahisseurs. Alexis hausse les épaules. « Il faut qu’on traverse de toute façon. Que ça soit avec des cordes ou des tunnels. Pour nous, c’est une nécessité. »

    Craintes de manifestations et d’incidents

    Un mirador a dû être construit pour surveiller les prototypes. Coût pour le comté de San Diego : près d’un million de dollars, ce qui fait grimacer jusqu’aux républicains. Les autorités locales craignaient les manifestations et les incidents. Du côté de l’extrême droite, un groupe se réclamant de « l’identité européenne » est venu faire des selfies. Et le cercle des bordertown patriots y a relancé son bon vieux slogan de campagne : « Build the wall ! » (« construisez le mur ! »). « C’est dissuasif, explique Tom, un militant de ce groupe anti-immigration, qui préfère conserver l’anonymat. On sait bien que ça ne va pas totalement arrêter les clandestins. » Il garde toute confiance en Trump. « En un an, il a déjà réussi à construire les prototypes. Il suffit que chaque foyer paie 200 dollars et, en huit ans, le mur pourra être fini. » Sinon, prévoit-il, « les Etats-Unis ne seront plus les Etats-Unis ».

    Les défenseurs des immigrants, eux, ne se sont pas dérangés. « Pour Trump, c’est un outil de propagande. Nous n’avons pas de temps à perdre à aller crier devant ces prototypes », déclare Christian Ramirez, de l’ONG Alliance San Diego. Ce militant a été arrêté le 11 décembre à Washington, au cours d’un sit-in au Congrès. « Notre combat, ce n’est pas le mur, souligne-t-il. C’est la régularisation des “Dreamers” » (les jeunes amenés aux Etats-Unis par leurs parents avant l’âge de 16 ans). Donald Trump a mis leur sort dans la balance dans son épreuve de force avec les démocrates : 800 000 « Dreamers » – il a même poussé jusqu’à 1,6 million de bénéficiaires –, contre 25 milliards de dollars pour le mur. Les responsables latinos sont opposés à un tel marchandage. Pas question que les « Dreamers » soient « utilisés comme monnaie d’échange pour faire adopter des mesures anti-immigrants », s’insurge Christian Ramirez.

    Le « mur » a une longue histoire mais, jusqu’ici, il n’a pas survécu aux aléas politiques. En 2006, grâce à la loi votée au Congrès – y compris par Barack Obama et Hillary Clinton –, George W. Bush a lancé les travaux. Quand Barack Obama a été élu à la Maison Blanche, ils ont été suspendus, « hormis quelques routes et travaux de consolidation ici ou là », précise M. Ramirez. Janet Napolitano, ex-secrétaire à la sécurité intérieure et ancienne gouverneure de l’Arizona, a remplacé le projet de béton par un « mur électronique » : des capteurs, des drones et des patrouilles renforcées. Aujourd’hui, après plus de deux milliards d’investissement, 560 km de parois empêchent le passage des piétons et 480 km d’obstacles antivéhicule, celui des voitures. Soit 1 040 km de frontière marqués par une barrière, sur un parcours total de 3 218 km entre les deux pays.

    « Plus aucun recours légal »

    Jusqu’à présent, les ONG ont réussi à retarder la construction du mur, en exploitant les dispositions réglementaires : l’obligation de procéder à des études d’impact sur l’environnement et les espèces menacées, par exemple, mais aussi la consultation des tribus indiennes ou celle des ranchers qui, au Texas, ont porté plainte contre le gouvernement qui les a expropriés, en l’accusant de minorer leurs indemnités. Cette fois, elles redoutent que Trump ne passe outre, comme une loi de 2005 – validée par la Cour suprême – l’y autorise si la sécurité nationale est en jeu.

    Ses prédécesseurs n’avaient pas abusé des dérogations (cinq tout de même pour l’administration Bush). Mais le 45e président des Etats-Unis n’a pas l’intention de s’embarrasser de délicatesses. Fin janvier, les premières dérogations ont été publiées. Elles concernent un tronçon de 20 km près de Santa Teresa, dans le désert de Chihuahua, au Nouveau-Mexique. Les bulldozers ne sont pas loin. « Nous n’avons plus aucun recours légal. Nous sommes à la merci de l’administration Trump », déplore Christian Ramirez, qui est spécialiste des droits humains dans les communautés frontalières.

    Une fois les projets sélectionnés, les entreprises devront soumettre un nouvel appel d’offres. Lequel devra être suivi d’une période de commentaires publics. Les prototypes n’ont pas fini d’attirer la curiosité et la créativité. Les artistes de la Light Brigade de San Diego sont venus projeter une échelle lumineuse sur les monolithes, comme pour souligner l’illusion du mur tant que les déséquilibres économiques n’auront pas été corrigés. A l’instigation du plasticien helvéto-islandais Christoph Büchel, un collectif a aussi lancé une pétition pour faire des huit prototypes un « monument national ». Une « sorte de Stonehenge [site mégalithique de Grande-Bretagne] », avance Michael Diers, historien de l’art versé dans l’iconographie politique et porte-parole de l’initiative. Un monument qui témoignerait pour la postérité de la tentation de repli de l’Amérique au temps de Donald Trump.

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  • La solitude du lanceur d’alerte

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/02/09/la-solitude-du-lanceur-d-alerte_5254286_3232.html

    Outre Edward Snowden, intervenu par liaison vidéo, trente-six personnes traquées pour avoir alerté étaient présentes au forum qui s’est tenu jeudi 25 janvier au MuCEM, à Marseille. Tous ont souligné l’importance d’une mobilisation citoyenne en soutien de leur action.

    http://img.lemde.fr/2017/12/31/1008/0/4032/2016/644/322/60/0/ba48a7d_22142-1lxhq5c.noisk.JPG

    Un frisson parcourt l’auditorium du ­Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM), à Marseille, bondé depuis plus d’une heure. Plein écran, le visage d’Edward Snowden apparaît, toujours juvénile derrière ses fines lunettes. Souriant et grave à la fois. Comme promis, l’ancien informaticien de l’Agence nationale de sécurité (NSA) américaine honore le rendez-vous du premier Forum des lanceurs d’alerte qu’accueille, ce jeudi 25 janvier, le musée national.

    Depuis son exil russe, l’Américain qui a révélé la surveillance généralisée de nos données privées par son pays ouvre une des trois tables rondes de la soirée. La connexion Internet vacille, la traduction aussi, mais Edward Snowden réussit à faire passer un message simple : « Faites pression sur vos gouvernements. Voulez-vous une Europe qui soutient la politique de Donald Trump après celle de Barack Obama dans sa guerre aux lanceurs d’alerte ? Une Europe pour qui les droits de l’homme ne sont plus qu’un patrimoine historique ? Ou une Europe qui protège ceux qui sont vulnérables aujourd’hui ? »

    Nécessaire protection

    L’intervention de celui qui incarne, avec le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, l’homme traqué pour avoir alerté est un joli coup médiatique pour le collectif citoyen Marseille en commun et le MuCEM, coorganisateurs de la soirée. Elle a également le mérite de réunir, autour d’un même symbole, deux thèmes nourrissant le débat actuel : la solitude des lanceurs d’alerte et l’organisation de leur nécessaire protection, tant au niveau français, où la loi Sapin 2 leur donne un statut depuis décembre 2016, qu’européen.

    L’engouement autour du forum marseillais marque-t-il l’amorce d’une prise de conscience générale ? « Quelque chose se passe sur l’éveil de la citoyenneté, une vraie évolution de nos sociétés », convient Nicole Marie Meyer, ex-fonctionnaire désormais chargée de l’« alerte éthique » au sein de l’association Transparency International. L’agora du MuCEM grouille de monde. Entre 18 heures et minuit, 800 personnes vont passer par là. « Marseille est gangrenée par l’affairisme, le clientélisme, la corruption. Cette soirée déclenche un fort intérêt, assure Sébastien Barles, ancien élu municipal EELV et membre de Marseille en commun. Ces événements grand public font aussi sortir les lanceurs d’alerte de leur solitude et de ce qui s’apparente souvent à un suicide social, professionnel et financier. »

    « Quand on est seuls, on peut nous tuer »

    Cette solitude, les 36 lanceurs d’alerte invités la vivent tous ou presque. Pour un Jean-Luc Touly, auteur de plusieurs ouvrages sur les multinationales de l’eau, qui assure que « documenter ces opérations mafieuses est un véritable plaisir », combien de vies brisées ? De cette déchéance, Karim Ben Ali parle simplement. Ce chauffeur routier intérimaire de 35 ans a diffusé sur Internet les vidéos des produits toxiques qu’il déversait dans la nature autour de Florange (Moselle). Ses donneurs d’ordre d’alors, Suez et ArcelorMittal, le poursuivent en justice pour diffamation. « Depuis, j’ai eu des problèmes de couple, une dépression. Je suis au RSA et n’arrive plus à trouver du travail », raconte-t-il, le regard douloureux. Jeudi, le MuCEM lui a offert une ovation. « La première fois que des gens me montrent que j’ai fait quelque chose de bien », sourit-il.

    Entourer le lanceur d’un collectif, l’aider à recueillir des preuves tangibles, à gérer le raz-de-marée médiatique et la pression juridique qui suivra. Pour tous les acteurs de l’alerte, la nécessité ne se discute plus. « Quand on est seuls, on peut nous tuer », assène Michèle Rivasi, députée européenne EELV et cofondatrice de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité. « Lorsqu’on dénonce les actes de l’Etat, la loi ne suffit pas à vous défendre », embraye Pierre-Alain Mannoni, universitaire niçois et membre de l’association Roya citoyenne, que plusieurs centaines de personnes ont accompagné au tribunal en septembre 2017. Condamné à deux mois de prison avec sursis pour avoir accueilli des migrants, il affirme : « L’engagement, la mobilisation et la médiatisation m’ont protégé. »

    Tensions

    En réponse à ce besoin de collectif, vingt et une associations, dont Transparency International, Sciences citoyennes et Anticor, annoncent pour 2018 la création d’une « maison des lanceurs d’alerte ». « Un agrégat de compétences pour apporter un soutien juridique et procédural, mais aussi un accompagnement médiatique, psychologique et financier », explique Glen Millot, chargé de l’alerte à la fondation Sciences citoyennes. Pour Eric Alt, ­d’Anticor, ce dernier volet est devenu « essentiel » depuis que le Conseil constitutionnel a annulé une disposition de la loi Sapin 2 permettant au défenseur des droits de la République de « prendre en charge financièrement » le lanceur d’alerte.

    Si l’ensemble des associations la salue comme une « avancée notable », la loi Sapin 2 cristallise encore quelques tensions. « Nous avons obtenu un statut parmi les plus avancés du monde », défend, bec et ongles, Nicole Marie Meyer. « Cette loi impose aussi un carcan », relativise Daniel Ibanez, opposant à la ligne ferroviaire Lyon-Turin qui, comme d’autres, s’inquiète de l’obligation législative pour le lanceur d’alerte de « prouver sa bonne foi » ou de passer, sauf situation d’urgence, par un canal hiérarchique au sein de son entreprise. « Si je possède une alerte d’intérêt général, quelle est la logique de la soumettre d’abord à l’expertise interne ? interroge M. Ibanez. Dans l’affaire Lactalis, l’information était disponible depuis plusieurs mois dans l’entreprise. »

    Attentives en France à l’application de Sapin 2, les associations regardent désormais vers l’Europe. Fin octobre 2017, le Parlement a adopté un rapport d’initiatives sur les « mesures légitimes visant à protéger les lanceurs d’alerte ». Présente à Marseille, sa rapporteuse, l’eurodéputée française Virginie Rozière (PRG), y voit une « injonction à la Commission pour qu’elle promeuve une loi contraignante prenant en compte la fragilité du lanceur d’alerte face à des structures qui ont les moyens d’un long combat ». « Seule la mobilisation des citoyens permettra d’y arriver, car les Etats sont réticents », prévient-elle déjà.

    https://seenthis.net/messages/667880 via enuncombatdouteux


  • Les forces américaines en Syrie repoussent une offensive des troupes pro-Assad

    http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2018/02/09/les-forces-americaines-en-syrie-repoussent-une-offensive-des-troupes-pro-ass

    La coalition internationale conduite par Washington a bombardé des partisans du régime partis à l’assaut d’une région défendue par les Forces démocratiques syriennes.

    http://img.lemde.fr/2018/02/09/498/0/4185/2092/644/322/60/0/2f1953a_28784-lihitw.sdgy.jpg

    C’est le premier accrochage d’envergure entre les forces américaines et les forces pro-régime depuis que les Etats-Unis ont annoncé leur intention, à la mi-janvier, de prolonger leur présence militaire dans l’est de la Syrie. Dans la nuit de mercredi 7 à jeudi 8 février, la coalition internationale anti-djihadiste conduite par Washington a aidé les Forces démocratiques syriennes (FDS), la milice kurdo-arabe à laquelle elle est alliée, à repousser une attaque de paramilitaires loyalistes, dans la province de Deïr Es-Zor.

    Les deux camps avaient contribué, à la fin de 2017, chacun de leur côté, à chasser l’organisation Etat islamique (EI) de cette région riche en hydrocarbures. La confrontation, qui a causé entre 45 et 100 morts dans les rangs des assaillants, a été qualifiée d’« agression » et de « massacre » par Damas. Même si un porte-parole du Pentagone a affirmé que Washington « ne cherche pas un conflit avec le régime », les partisans de Bachar Al-Assad ont promis de se venger.

    Les hostilités ont débuté lorsque des combattants affiliés au régime Assad ont franchi l’Euphrate, en violation de l’accord russo-américain qui fait du fleuve une ligne de démarcation : à l’ouest, les pro-gouvernementaux, soutenus par Moscou et à l’est, les FDS, appuyés par les Etats-Unis. Plusieurs centaines d’hommes, équipés de tanks, de mortiers et de canons de campagne, ont pris part à l’offensive, visant le secteur de Khasham, qui abrite à la fois le quartier général des FDS et un important gisement pétrolier.

    Fiasco sanglant pour les pro-régime

    Selon le Centcom, le commandement de l’armée américaine au Proche-Orient, les forces kurdo-arabes ont commencé à riposter après qu’une vingtaine d’obus se sont écrasés à 500 mètres de leurs positions. Les conseillers de la coalition anti-EI, qui sont principalement des soldats américains, ont participé à la défense de la base, au moyen de frappes aériennes et de tirs d’artillerie. Selon le Centcom, le contact a été maintenu en permanence avec l’armée russe, avant, pendant et après l’attaque.

    Celle-ci se solde sur un fiasco sanglant. Les pro-régime auraient perdu une centaine d’hommes selon un officier américain, et quarante-cinq selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Les victimes sont des membres des Forces de défense nationale, une milice supplétive de l’armée régulière, et des combattants chiites afghans, dépêchés sur le champ de bataille syrien par Téhéran, allié de Damas. En face, la coalition ne déplore qu’un blessé, dans les rangs des FDS.

    L’incursion des loyalistes à l’est de la ligne de déconfliction n’avait pourtant rien d’une opération de dernière minute. Des partisans du régime avaient annoncé son lancement la veille sur les réseaux sociaux, signe d’une préparation en amont. Selon le journaliste syrien Hassan Hassan, les combats avaient été précédés par la diffusion de rumeurs, insinuant qu’un accord secret avait été passé entre les kurdes et le régime, pour restituer l’est de l’Euphrate à ce dernier. Objectif : semer le doute parmi les partisans des FDS, au moment même où Damas mobilisait ses relais au sein des tribus, très puissantes dans l’est syrien. Mais cette manœuvre, visiblement prématurée, a fait long feu.

    Moscou fait profil bas

    Les stratèges du régime ont peut-être voulu tester la résolution de la coalition internationale, sa détermination à défendre ses alliés, maintenant que le gros de la lutte contre l’EI est terminé. « La réponse de la coalition a été claire : ce n’est pas parce que les Kurdes ont été momentanément lâchés à Afrin qu’ils le seront dans le nord-est du pays », estime une source proche de la direction kurde. Une référence à l’offensive lancée par la Turquie en janvier contre un autre bastion des FDS, dans le coin nord-ouest de la Syrie, avec l’accord tacite des Etats-Unis, qui ne disposent pas de troupes dans cette zone.

    Damas ne peut même pas se consoler auprès de Moscou. La Russie, qui a suivi la déroute des pro-régime en quasi-direct, fait profil bas, comme si elle voulait se dissocier de cette attaque mal pensée. Le ministère russe de la défense s’est contenté de déclarer que Washington ne cherche pas à lutter contre les djihadistes, mais à « saisir et à conserver des biens économiques syriens ». Tout laisse penser que le régime Assad n’est pas près de se relancer dans une attaque frontale contre les FDS.

    « Les choses ne sont pas terminées pour autant, prévient Robert Ford, ancien ambassadeur américain à Damas, aujourd’hui membre du Middle East Institute, un think-tank de Washington. Les Américains et leurs alliés locaux doivent se préparer à des actions non conventionnelles, telles que des assassinats, des attentats à la voiture piégée et des coups de main conduits par de petits groupes très mobiles ». Une confédération tribale qui a perdu plusieurs de ses jeunes dans l’offensive, a appelé à la vengeance.

    Les trois objectifs de Washington

    Le 17 janvier, lorsqu’il avait annoncé que les troupes américaines resteraient en Syrie, le secrétaire d’Etat Rex Tillerson avait justifié cette décision en citant trois objectifs : empêcher toute reformation des groupes djihadistes, lutter contre l’influence de l’Iran, et peser sur une éventuelle transition politique à Damas.

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    Des soldats américains observent la frontière avec la Turquie, près de la ville de Manbji, dans le nord de la Syrie, le 7 février.

    Lors d’une intervention devant la Commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, mercredi, Robert Ford a préféré mettre en avant le danger inhérent à ce genre d’initiative : l’enlisement. L’ancien diplomate a relevé que l’effort de « stabilisation » poursuivi par la coalition dans la zone libérée de l’EI est une forme de « nation-building », un projet pourtant prescrit par le président Donald Trump.

    « Les Américains sont isolés, confie Robert Ford. La Russie veut les sortir de l’est de la Syrie ; L’Iran veut les sortir de l’est de la Syrie ; le gouvernement syrien veut les sortir de l’est de la Syrie ; et la Turquie est très hostile à leur approche, énumère-t-il. Il est difficile de voir comment cela pourrait se terminer rapidement ou heureusement pour les forces américaines. »

    https://seenthis.net/messages/667595 via enuncombatdouteux


  • Centre d’enfouissement de Bure : l’impossible preuve scientifique de la sûreté

    http://www.lemonde.fr/planete/article/2018/02/07/centre-d-enfouissement-de-bure-l-impossible-preuve-scientifique-de-la-surete

    « Le Monde » a eu accès à la thèse d’un chercheur qui a étudié la gestion des incertitudes entourant le stockage des déchets nucléaires de la Meuse.

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    C’est un document embarrassant pour les promoteurs du Centre industriel de stockage géologique (Cigéo) visant à enfouir, dans le sous-sol argileux du village de Bure, dans la Meuse, les déchets nucléaires français les plus dangereux. Il décrit comment l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), faute de pouvoir démontrer de façon formelle la sûreté de cette installation pendant des centaines de milliers d’années, consacre ses efforts à convaincre les instances de contrôle du nucléaire de la faisabilité d’un tel stockage. Quitte à présenter certains de ses résultats de façon orientée ou lacunaire. Au-delà de cet établissement public, placé sous la tutelle des ministères chargés de l’énergie, de la recherche et de l’environnement, c’est aussi la chaîne d’évaluation de la sûreté nucléaire en France qui est questionnée.

    Ce document, que Le Monde a pu lire, est une thèse de 470 pages, soutenue le 11 décembre 2017 dans le cadre de l’Ecole des hautes études en sciences sociales et intitulée : « Enfouir des déchets nucléaires dans un monde conflictuel, une histoire de la démonstration de sûreté de projets de stockage géologique, en France ». Son auteur, Leny Patinaux, historien des sciences, a été pendant trois ans, de novembre 2012 à octobre 2015, salarié de l’Andra, qui a financé ce travail et lui a donné accès à ses archives. Parmi les membres du jury figure un membre de la direction de la recherche et du développement de l’agence, ce qui confère à son travail une forme de reconnaissance officielle.

    « Construire un scénario »

    L’universitaire, qui revient sur la genèse du choix de l’enfouissement pour les déchets à haute activité et à vie longue et sur les recherches engagées à cette fin, explique qu’« à partir des années 2000, l’impossibilité épistémique [c’est-à-dire au regard de la connaissance scientifique actuelle] d’apporter une preuve de la sûreté d’un stockage est reconnue par l’Andra », aucun modèle scientifique ne pouvant simuler l’évolution du site sur des centaines de millénaires.

    Dès lors, poursuit-il, « la démonstration de sûreté de Cigéo ne s’apprécie pas en fonction de sa justesse, mais en fonction de sa capacité à convaincre ses évaluateurs ». En particulier la Commission nationale d’évaluation des recherches et études relatives à la gestion des matières et des déchets radioactifs, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Il s’agit pour l’Andra de produire non pas une preuve de type mathématique, mais « un faisceau d’arguments », voire de « construire un scénario comme on raconte une histoire ».

    Un scénario que, sur certains points, l’Andra semble avoir écrit à sa convenance. C’est du moins ce qui apparaît dans le compte rendu que fait le thésard de plusieurs réunions techniques, dites « revue finale des modèles et des données », auxquelles participaient une vingtaine de salariés de l’agence relevant des directions de la maîtrise des risques, de la recherche et du développement, des programmes, de l’ingénierie et du projet Cigéo. L’auteur a pu assister à plusieurs de ces sessions, entre juillet et décembre 2013, mais n’a pas été autorisé à suivre la dernière.

    Le chapitre relatant ces réunions est celui qui pose le plus question. Lors de la présentation des documents, l’Andra indique qu’« il y a un travail de “toilettage” [à faire] pour mieux expliciter certaines incertitudes, leur mettre un poids relatif et ainsi éviter toutes ambiguïtés d’interprétation ». Cela, analyse l’auteur, parce que « les responsables de la revue anticipent la possibilité d’une controverse publique », au potentiel « effet dévastateur ».

    Lors de l’examen des circulations gazeuses dans la couche argileuse endommagée par les excavations – susceptibles d’entraîner une fracturation de la roche –, un dirigeant déclare : « On a été un peu light dans les docs, volontairement. Si l’IRSN est tatillon là-dessus (…), on est limite. » Commentaire de l’auteur : « Ici, la discrétion est envisagée comme solution pour gérer l’incertitude (…) Omettre la présentation des calculs effectués doit permettre d’éviter de montrer que les salarié.e.s de l’Agence n’ont pas une connaissance très fine de l’évolution de la pression dans les ouvrages de stockage. »

    S’agissant de l’impact radiologique du stockage, un directeur adjoint redoute qu’avec les hypothèses retenues, en se plaçant dans le pire des cas (« worst case »), la limite réglementaire soit dépassée. Ce à quoi un autre responsable rétorque : « Ça se négocie ce worst case. » Autrement dit, décrypte l’auteur, « il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure que l’impact radiologique du stockage dépasse la norme autorisée : les hypothèses retenues dans la pire des évolutions possibles envisagées pour le stockage relèvent d’un choix et, de ce fait, elles peuvent être négociées ».

    A cela s’ajoute une connaissance très imparfaite des « colis » de déchets dévolus à Cigéo, qu’il s’agisse des radionucléides qu’ils contiennent ou de leur conditionnement. Ce qui oblige les chercheurs de l’Andra à affecter un « degré de confiance » aux données communiquées par les producteurs – EDF, Orano (ex-Areva) et le Commissariat à l’énergie atomique – et à déterminer des « facteurs de marge ». Il s’avère, écrit l’auteur, que « pour plus de la moitié des déchets destinés au stockage, les salarié.e.s de l’Agence estiment que les connaissances dont ils disposent sont mauvaises ou nulles ».

    Thèse à charge ? Elle est loin d’être univoque. « Les questions et les doutes présentés ne doivent pas faire oublier que l’Andra a capitalisé un nombre important de connaissances, souligne l’auteur. Il ne s’agirait pas non plus de penser que toutes les connaissances sur le stockage font l’objet d’incertitudes aussi fortes. » Le rédacteur relève du reste que, face à certaines inconnues, les ingénieurs de l’Andra ont fait le choix de « scénarios enveloppe », c’est-à-dire prenant en compte les hypothèses les plus défavorables pour la sûreté.

    « Bricolage »

    « Finalement, écrit-il, l’ensemble de ces éléments apporte des garanties que l’Andra a fait tout ce qu’elle a pu pour concevoir un stockage sûr et évaluer la sûreté de l’ouvrage. » Toutefois, ajoute-t-il, « lorsque l’Agence doit produire une analyse de sûreté globale, l’arrangement des savoirs produits en un ensemble cohérent montre néanmoins un certain bricolage ».

    Sollicité par Le Monde, Leny Patinaux n’a pas souhaité ajouter de commentaires à son travail. De son côté, l’Andra ne conteste pas les éléments rapportés dans cette étude qui, note-t-elle, « s’inscrit dans le cadre d’un travail d’histoire des sciences sur la gestion des incertitudes, qui est au cœur des problématiques et de la vie quotidienne de l’Andra, compte tenu du temps long des stockages ». Selon l’agence, « cette thèse rend compte de la démarche robuste mise en œuvre par l’Andra dans son travail de démonstration de sûreté ». Sur « de telles échelles de temps, développe-t-elle, on ne peut pas se limiter à des démonstrations purement scientifiques ». Il y faut une approche « intégrant un faisceau de connaissances scientifiques mais aussi d’incertitudes ».

    L’agence revient, point par point, sur les passages susceptibles de remettre en question la validité de son travail. « Il est nécessaire que les choix soient pris dans le cadre de débats en interne et en externe avec les évaluateurs et les autorités de contrôle (IRSN, ASN). C’est ce qu’il faut entendre par “convaincre les évaluateurs” », y explique-t-on. Quant au « toilettage » des documents préconisé, avant leur diffusion, elle est ainsi justifiée : « L’objectif des débats menés en interne est de “challenger” la robustesse des argumentaires pour bâtir une évaluation de sûreté solide, et de hiérarchiser les incertitudes au regard de leur impact (…). Cela demande un travail rigoureux d’écriture et de hiérarchisation. C’est sans doute ce qu’il y a derrière le mot “toilettage”. »

    « Certains arguments peuvent être jugés comme insuffisants (ou light), cela ne veut pas dire que l’incertitude n’a pas été traitée, mais qu’elle pourra faire l’objet de demande d’approfondissement par les évaluateurs, poursuit l’Andra. Là encore, rien n’est caché. » Enfin, au sujet des hypothèses sélectionnées dans le « pire des cas », elle affirme que tous les scénarios et hypothèses sont mis « sur la table », ceux retenus comme ceux exclus. Et de préciser : « Ce ne sont pas des scénarios probables qui permettent de dimensionner l’installation, mais des scénarios très improbables qui ont pour but de tester la robustesse, la résilience de la sûreté du stockage en allant aux limites du physiquement possible (…) Ces scénarios donnent lieu à un débat interne comme externe avec l’IRSN et l’ASN. »

    Dossier consolidé

    Reste à savoir, justement, si le contrôle exercé par l’IRSN et l’ASN a pu être pris en défaut par « l’arrangement des savoirs » – pour reprendre une formule de la thèse – construit par l’Andra. En clair, ces deux organismes vont-ils devoir instruire de nouveau le dossier de Cigéo, sachant que c’est sur l’expertise scientifique et technique du premier que s’appuie le gendarme du nucléaire pour rendre ses avis et donner ses autorisations ?

    « En première analyse, non », répond François Besnus, directeur de l’environnement à l’IRSN, qui souhaite néanmoins « prendre le temps d’étudier très attentivement » cette thèse. « Dans le processus interne de débat, il est normal que des avis contradictoires s’expriment, juge-t-il. Nous-mêmes procédons de la même façon sur l’analyse de risques, en mettant le curseur très haut et très bas, puis en retenant les hypothèses les plus raisonnables. »

    Il ajoute de surcroît : « L’IRSN ne se fonde pas seulement sur les dossiers de l’Andra. Les données et les résultats qu’elle met sur la table sont la plupart du temps cohérents avec nos connaissances propres et nos modélisations. Un grand nombre de ces données sont d’ailleurs issues de la recherche publique. » Ce qui écarte donc, a priori, la possibilité de biais délibérés, dans les résultats soumis.

    Au demeurant, la thèse fait état de réunions tenues en 2013. L’Andra a pu, depuis, consolider son « dossier d’options de sûreté », sur lequel l’ASN a rendu, le 15 janvier, son avis définitif. Son président, Pierre-Franck Chevet, a qualifié le dossier de « très bon », tout en demandant à l’Andra de « revoir sa copie » par rapport au risque d’incendie de 40 000 colis de déchets enrobés dans du bitume, et de « l’améliorer » vis-à-vis de la tenue du stockage souterrain, face aux séismes notamment.

    Les opposants au centre d’enfouissement de Bure verront sans doute, dans ce document, la preuve de la « fabrique du mensonge » que constitue, à leurs yeux, le projet Cigéo. Il dévoile, plus simplement, comment la gestion des déchets radioactifs est aussi celle – à haut risque – des incertitudes.

    https://seenthis.net/messages/666937 via enuncombatdouteux


  • Le Britannique Lauri Love, accusé d’avoir piraté l’armée américaine, échappe à l’extradition

    http://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/02/05/le-britannique-lauri-love-accuse-d-avoir-pirate-l-armee-americaine-echappe-a

    La justice britannique a bloqué son extradition vers les Etats-Unis. Lauri Love est accusé d’avoir volé des données appartenant à des agences américaines.

    http://img.lemde.fr/2018/02/05/760/0/4072/2036/644/322/60/0/82124d2_0b08ebc8508043c9a60fd01f03191d3a-0b08ebc8508043c9a60fd01f03191d3a-0.jpg

    Les Etats-Unis avaient demandé que Lauri Love leur soit remis : l’homme est poursuivi dans trois Etats pour accès illégal à un ordinateur d’une agence américaine, complot, piratage informatique et vol aggravé d’identité. Il est entre autres accusé de s’être infiltré dans les serveurs de la Réserve fédérale pour y voler des informations confidentielles puis de les avoir diffusées sur Internet.

    Il est notamment soupçonné d’avoir rejoint, voire coordonné, l’opération #OpLastResort, lancée par le collectif Anonymous, en soutien à Aaron Swartz — un étudiant poursuivi pour avoir téléchargé des millions d’articles scientifiques, qui s’est suicidé le 11 janvier 2013. Des sites Internet d’agences fédérales avaient alors été piratés. Lauri Love avait été arrêté à son domicile en octobre 2013.

    https://seenthis.net/messages/666290 via enuncombatdouteux


  • D’anciens employés de Facebook et Google montent une coalition contre les entreprises qu’ils ont bâties

    http://mashable.france24.com/tech-business/20180205-anciens-employes-facebook-google-coalition

    Le Center for Humane Technology, composé d’anciens employés de Google et Facebook, a pour mission de remettre en cause les mêmes entreprises dans lesquelles ces derniers travaillaient.

    http://scd.mashable.france24.com/sites/default/files/styles/mashable_1200x675/public/thumbnails/image/fb_3.jpg?itok=AA1FRe0a

    L’ironie est totale. Si depuis quelques années, on sait que des cadres de la Silicon Valley refusent que leurs enfants utilisent des écrans et leurs produits, les critiques internes contre le centre névralgique de la tech mondiale restaient jusqu’ici assez limitées.

    « Le Center for Humane Technology, c’est son petit nom, est un groupe comprenant d’anciens employés et potes de Google, Facebook et Mozilla. Cette association à but non-lucratif s’est lancée le 4 février, dans l’espoir de sensibiliser le public aux dégâts sociétaux causés par la technologie, et dont ses membres pensent qu’ils rendent accros. Le groupe va faire du lobbying pour un projet de loi sur les effets de la technologie sur la santé des enfants. »

    Utiliser les enfants dans leur campagne est en réalité très stratégique, explique Jim Steyer, le fondateur de Common Sense, au New York Times. Selon lui, cet argument pourrait avoir une influence sur les patrons de la tech. Cette campagne, explique le quotidien new-yorkais, « prend pour exemple celles contre la cigarette, et se concentre sur les enfants en raison de leur vulnérabilité ».

    https://seenthis.net/messages/666533 via enuncombatdouteux


  • " L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproduction mécanisée. " par Walter Benjamin ( 1939 )

    https://enuncombatdouteux.blogspot.fr/2018/02/loeuvre-dart-lepoque-de-sa-reproduction.html

    https://thesleepofrigour.files.wordpress.com/2012/08/benjamin.jpg?w=220&h=300

    « Fiat ars – pereat mundus* », dit le fascisme qui, comme Marinetti le professe, attend de la guerre l’assouvissement artiste d’une perception sensorielle métamorphosée par la technique. De toute évidence, il s’agit de l’aboutissement ultime de l’art pour l’art.

    L’humanité qui, jadis, chez Homère, était pour les dieux de l’Olympe un objet de spectacle, l’est désormais devenue pour elle-même. Le détachement qu’elle éprouve à l’égard d’elle-même a atteint un point tel qu’elle peut vivre sa propre destruction comme un plaisir esthétique de premier ordre. Voilà ce qu’il en est de l’esthétisation du politique à laquelle travaille le fascisme. Le communisme lui répond par la politisation de l’art.

    * « Que l’art advienne, le monde dût-il en périr. »

    https://seenthis.net/messages/665124 via enuncombatdouteux


  • Rapport de Survie : révélations sur l’implication de Bob Denard au Rwanda, payé par les génocidaires via la BNP

    https://survie.org/themes/genocide-des-tutsis-au-rwanda/la-france-et-le-genocide-des-tutsis/article/rapport-de-survie-revelations-sur-l-implication-de-bob-denard-au-rwanda-paye

    L’association Survie publie ce jeudi un rapport avec des informations exclusives sur l’intervention d’un « corsaire de la République ». Sous une fausse identité, le célèbre mercenaire françafricain Bob Denard a aidé le gouvernement génocidaire, qui l’a rémunéré à Paris via la BNP. Cette intervention n’a pu se faire qu’avec la complaisance des autorités françaises. Ces révélations sont l’occasion pour Survie de rappeler que les procédures judiciaires en cours avancent trop lentement, quand elles ne sont pas délibérément sabotées

    L’association rappelle que plusieurs démarches judiciaires avancent trop lentement, quand elles ne sont pas sur le point d’être enterrées :

    suite à la plainte déposée par Survie contre le mercenaire Paul Barril pour son rôle au Rwanda, l’instruction avance lentement, alors que Barril est aujourd’hui âgé et malade. Cela fait pourtant déjà 4 ans et demi que l’instruction est ouverte.
    la plainte pour complicité de génocide visant les responsables militaires français qui ont laissé se poursuivre les massacres sur les collines de Bisesero fin juin 1994, semble tellement instruite à décharge que plusieurs parties civiles craignent ouvertement un non-lieu
    la plainte contre X déposée en juin par Survie avec constitution de partie civile pour des livraisons françaises d’armes aux génocidaires est apparemment restée bloquée depuis fin septembre par le silence de la direction des affaires judiciaires du ministère des Armées, qui avait un mois pour transmettre son avis au parquet. Malgré le risque permanent de déperdition des preuves, le parquet vient seulement d’émettre un réquisitoire introductif - sans l’avis en question - pour l’ouverture d’une instruction judiciaire : un juge d’instruction devrait enfin être nommé dans les prochains jours.

    https://survie.org/IMG/pdf/rapport_survie_bob_denard_rwanda_fev2018.pdf

    https://seenthis.net/messages/665270 via enuncombatdouteux


  • Perturbateurs endocriniens : le rapport-choc de l’IGAS

    http://www.lemonde.fr/planete/article/2018/02/02/perturbateurs-endocriniens-le-rapport-choc-de-l-igas_5250660_3244.html

    Le document, que « Le Monde » a pu consulter, remis au gouvernement en janvier, est l’un des premiers textes officiels décrivant les problèmes posés par ces pesticides, plastifiants et solvants, qui interfèrent avec le système hormonal des êtres vivants.

    http://img.lemde.fr/2018/02/02/0/45/810/405/644/322/60/0/1132043_15927-vmdnu7.ma2u.jpg
    Deux grenouilles mâles copulent. L’une d’elle est devenue femelle à la suite d’une exposition à l’atrazine, un pesticide.

    L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) et le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) ont remis à leurs ministères de tutelle, courant janvier, un rapport d’évaluation de la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE) commandé en août 2017 par le gouvernement.

    Très attendu, le texte, que Le Monde a pu consulter, n’est pas encore rendu public ; il est singulièrement percutant. S’il dresse un bilan positif de l’action de l’Etat engagée depuis 2014 dans ce domaine, il en souligne de nombreuses limites au regard des enjeux, qualifiés de « majeurs pour la santé et l’environnement ». Les rapporteurs se montrent aussi, en creux, très critiques vis-à-vis de l’action conduite au niveau européen, notamment par la Commission de Bruxelles, et s’interrogent sur la « crédibilité » de l’action communautaire.

    Incidemment, le rapport des trois institutions forme l’un des premiers documents officiels résumant, dans un langage non technique, l’étendue des problèmes posés par les perturbateurs endocriniens (PE). Ces substances – pesticides, plastifiants, solvants, etc. – sont présentes dans une grande diversité d’objets ou de produits du quotidien et dans la chaîne alimentaire. Elles ont en commun d’interférer avec le système hormonal des humains et des animaux.

    Défi scientifique et réglementaire

    « Un certain nombre d’affections de la santé humaine sont aujourd’hui suspectées d’être la conséquence d’une exposition aux PE : baisse de la qualité du sperme, augmentation de la fréquence d’anomalies du développement des organes ou de la fonction de reproduction, abaissement de l’âge de la puberté, détaille le rapport. Le rôle des PE est aussi suspecté dans la survenue de certains cancers hormonodépendants, ainsi que des cas de diabète de type 2, d’obésité ou d’autisme. »

    Les rapporteurs ajoutent que les effets de ces substances dépendent de l’âge de l’exposition, les impacts majeurs étant la conséquence d’une exposition « au cours du développement foeto-embryonnaire, de la petite enfance et de la puberté ». Les effets attendus étant différés dans le temps ou le résultat d’une exposition chronique, « le lien de causalité reste souvent difficile à établir », ajoutent les auteurs.

    Mise en place en avril 2014, la stratégie nationale pour répondre aux défis scientifiques et réglementaires liés à ces substances est identifiée comme l’une des trois seules initiatives de ce type en Europe – avec la Suède et le Danemark. « Dans un contexte où l’Union européenne [UE], pourtant chargée de réglementer le risque chimique, est en manque de stratégie cohérente, [cette stratégie nationale] était très opportune pour affirmer la volonté politique française d’agir sur un sujet complexe (…) prioritaire en santé-environnement », estiment les auteurs du rapport.

    Inquiétudes quant aux moyens consacrés à la recherche

    Mesures de réduction de l’exposition des populations (en particulier au bisphénol A), formation de professionnels de santé, investissement dans la recherche scientifique, identification des substances les plus problématiques : la stratégie française, estiment les trois institutions, a donné des résultats positifs.

    Même s’ils « restent le plus souvent à amplifier ». En particulier, les rapporteurs notent que les travaux de recherche conduits en France sur les PE ont produit des résultats mais sont menacés par un tarissement des financements. « La réduction des moyens nationaux consacrés à la recherche depuis 2014, aggravée par les évolutions à l’échelon européen (…), a fragilisé la petite communauté scientifique qui s’est constituée depuis quelques années sur le thème des PE, ajoutent les auteurs. Celle-ci a tendance à se réduire par manque d’attractivité, avec un risque de pertes de compétences. »

    Les travaux de recherche fondamentale sont d’autant plus cruciaux que certains PE échappent aux principes classiques de la toxicologie, selon lesquels l’effet délétère attendu est toujours proportionnel à la dose. « La quantité d’hormones nécessaire au fonctionnement du système endocrinien étant extrêmement faible, la perturbation de celui-ci peut résulter d’une très faible concentration de substances perturbatrices, notent les rapporteurs, ce qui rend inopérante l’analyse toxicologique classique consistant à définir des seuils à partir desquels le produit devient nocif. »

    « Manque de confiance dans l’action publique »

    Quant à la surveillance de l’exposition des populations aux PE ou de l’imprégnation de l’environnement, le rapport la juge « hétérogène », soulignant que « la surveillance des sols est quasi inexistante, et la surveillance de l’air est très en retard comparée à la surveillance de l’eau, cadrée par une directive européenne ».

    Les impacts de ces substances sur les milieux et les écosystèmes ne sont pas suffisamment étudiés, plaident les auteurs, et ce alors qu’historiquement, les premiers effets des PE ont été relevés sur la faune et « ont servi de signal d’alarme pour la santé humaine ».

    Les rapporteurs le disent sans fard : la question n’est pas seulement sanitaire ou environnementale, mais concerne aussi la crédibilité des pouvoirs publics. « Le différentiel entre la vitesse des avancées des connaissances scientifiques et la capacité d’adaptation des règlements sur ce type de sujet émergents est de nature à nuire à la crédibilité de l’action communautaire », écrivent-ils. Or, relèvent-ils, « les perturbateurs endocriniens s’inscrivent parmi les situations à risques caractérisées par un manque de confiance dans l’action publique ».

    La Commission européenne condamnée

    Outre le renforcement de la recherche, la réduction des expositions pour les populations à risque, et la surveillance de l’environnement, les trois institutions enjoignent le gouvernement à peser au niveau communautaire pour faire évoluer la réglementation européenne. A ce jour, les textes réglementaires de l’UE ne permettent pas d’exclure les PE, la Commission ayant accumulé un retard de plus de quatre ans dans l’adoption des critères d’identification de ces substances (dans le cas particulier des pesticides) – les rapporteurs rappellent d’ailleurs que l’exécutif européen a, dans ce dossier, été condamné en décembre 2015 par la Cour de justice de l’UE, pour carence.

    Au total, le rapport plaide pour un renouvellement et un renforcement de la stratégie nationale lancée en 2014. Mais celle-ci doit être portée par l’ensemble des ministères concernés, au-delà de la santé et l’écologie, plaident les rapporteurs. « Il en va, écrivent-ils, de l’efficacité de sa mise en œuvre et de la crédibilité de l’action de l’Etat ».

    Stéphane Foucart

    Extrait :
    « Les travaux de recherche français récents sur les PE ont montré que :

    • les perturbateurs endocriniens (avérés ou potentiels) sont omniprésents ;
    • le spectre de pathologies est bien plus large que celles relevant du système reproducteur ;
    • les effets de molécules prises individuellement ne permettent pas de prédire l’effet du
    mélange ;
    • les méthodes développées pour analyser les substances semi-volatiles ayant
    des propriétés de perturbateurs endocriniens, contenues dans l’air et les poussières ont
    permis de démontrer que ces substances étaient très répandues dans l’habitat, notamment
    dans les poussières des logements, avec des concentrations très variables ;
    • l’exposition périnatale de souris à de faibles doses de bisphénol A (BPA) ou de l’un de ses
    substituts, le BPS, perturbe le métabolisme des lipides, source d’obésité ;
    • une revue de la littérature indique que les substituts peuvent être potentiellement aussi
    dangereux que la molécule interdite ;
    • les risques concernent aussi la faune sauvage et sont alarmants ;
    • les perturbateurs endocriniens représentent un coût énorme pour la société. »

    https://seenthis.net/messages/665376 via enuncombatdouteux


  • 15-Year-Old Schoolboy Posed as CIA Chief to Hack Highly Sensitive Information

    https://thehackernews.com/2018/01/crackas-with-attitude-hacker.html

    A notorious pro-Palestinian hacking group behind a series of embarrassing hacks against United States intelligence officials and leaked the personal details of 20,000 FBI agents, 9,000 Department of Homeland Security officers, and some number of DoJ staffers in 2015.

    https://1.bp.blogspot.com/-_5B3OD6I6Qk/WmMb2nGzCHI/AAAAAAAAvh8/9nzuiqIJ_R05csvN1OZMbtntL1jN8mS4QCLcBGAs/s1600/crackas-with-attitude-hacker.png

    Believe or not, the leader of this hacking group was just 15-years-old when he used “social engineering” to impersonate CIA director and unauthorisedly access highly sensitive information from his Leicestershire home, revealed during a court hearing on Tuesday.

    Kane Gamble, now 18-year-old, the British teenager hacker targeted then CIA director John Brennan, Director of National Intelligence James Clapper, Secretary of Homeland Security Jeh Johnson, FBI deputy director Mark Giuliano, as well as other senior FBI figures.

    Between June 2015 and February 2016, Gamble posed as Brennan and tricked call centre and helpline staff into giving away broadband and cable passwords, using which the team also gained access to plans for intelligence operations in Afghanistan and Iran.

    Gamble said he targeted the US government because he was “getting more and more annoyed about how corrupt and cold-blooded the US Government” was and “decided to do something about it.”

    https://seenthis.net/messages/663847 via enuncombatdouteux


  • Jean-Pierre Dupuy : « Trump n’a rien compris à la dissuasion nucléaire »

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/01/26/jean-pierre-dupuy-trump-n-a-rien-compris-a-la-dissuasion-nucleaire_5247299_3

    Dans une tribune au « Monde », Jean-Pierre Dupuy, philosophe et professeur à l’université Stanford, affirme que Trump manie mal la dissuasion nucléaire. Selon lui, un accident pourrait plonger le monde dans l’enfer.

    http://img.lemde.fr/2018/01/23/70/0/2660/1330/644/322/60/0/26d9b49_fddb7657e6c84c12b464de30553316fd-fddb7657e6c84c12b464de30553316fd-0.jpg

    Donald Trump est comme un garçon de 9 ans dont la main serait juste posée sur le bouton nucléaire. Il dispose d’un jouet formidable, l’arsenal le plus puissant du monde. Pourquoi diable ne s’en servirait-il pas quand il se trouve nargué par ce leadeur communiste paranoïaque qui menace de réduire l’île américaine de Guam en cendres radioactives ? Trump, lui, d’un coup d’un seul, peut rayer la Corée du Nord de la carte du monde.

    On a cru que l’escalade verbale entre Kim Jong-un et Donald Trump avait atteint un tel sommet que seul un échange réciproque de frappes atomiques pourrait calmer les nerfs des protagonistes, au prix de millions de morts. On a oublié que la guerre froide n’avait pas débouché sur une apocalypse en dépit de, ou, selon la théorie, grâce à des échanges de menaces non moins extrêmes.

    Mélange de rationalité et de folie

    C’est entendu, Trump a un bien plus gros organe que Kim. Le fait qu’il s’en vante montre qu’il n’a rien compris à la dissuasion. Certes, le statut de grande puissance implique aujourd’hui l’accession à la toute-puissance illusoire de l’arme atomique. Des pays comme l’Iran et la Corée du Nord en sont bien persuadés, la France n’étant pas en reste, cela lui valant de siéger au Conseil de sécurité de l’ONU. Mais la taille de l’arsenal ne devrait en principe rien faire à l’affaire. Si vous pouvez déjà détruire la terre cent fois, à quoi bon vouloir faire mieux ? La dissuasion est le grand égalisateur. Le plus faible peut encore causer des dommages irréparables chez l’ennemi. C’est la base de la doctrine française.

    Très peu de gens en vérité ont compris en quoi consistait la dissuasion nucléaire, en particulier sous sa forme pure, dénommée à juste titre MAD, pour Mutually Assured Destruction (« destruction mutuelle assurée »). Mélange paroxystique de rationalité et de folie, MAD (« fou » en anglais) implique que chaque partenaire menace son ou ses adversaires de représailles incommensurables s’ils franchissent une ligne que l’on juge fatale.

    Trump, le sosie de Nixon ?

    La seule chose que l’on puisse dire au sujet de la dissuasion, c’est qu’elle marche tant qu’elle marche. Si elle échoue, rien n’est assuré, contrairement à ce que proclame le sigle MAD. La victime d’une première frappe exécutera-t-elle sa menace de lancer l’escalade, ce qui par hypothèse mènerait à sa perte non moins qu’à celle de son adversaire et peut-être du reste du monde en prime ? Si elle possède cette rationalité minimale qu’est le souci de la préservation de soi, la réponse est négative.

    L’été dernier, les commentateurs ont cru voir en Trump le sosie de Nixon. On s’est souvenu que sous le nom de Madman Theory (« théorie du fou »), ce dernier avait eu en pleine guerre du Vietnam l’idée géniale que s’il feignait d’être exaspéré au point de commettre un acte fou, les Nord-Vietnamiens le supplieraient de faire la paix aussitôt. Trump serait donc son émule. On n’a pas compris que loin d’être une invention de Nixon, la « théorie du fou » est partie intégrante de la doctrine MAD. La rationalité de la dissuasion repose sur une menace dont la mise à exécution serait le comble de l’irrationalité.

    Pour jouer efficacement le jeu MAD, il faut être capable de tenir deux rôles à la fois, le sien, celui du stratège rationnel, et celui du cinglé. Cela implique un talent de comédien, celui qui est tout ensemble son personnage et l’acteur qui l’incarne à distance. Nixon avait ce talent, on peut douter que Trump en soit capable.

    Certains experts estiment à un risque sur trois l’éventualité d’une guerre nucléaire entre l’Amérique et la Corée du Nord avant la fin du mandat de Trump. Pourtant, ni Kim ni Trump ne veulent cette guerre. Les intentions n’ont plus d’importance. C’est un accident qui plongera le monde dans l’enfer. A la suite d’une erreur humaine, un système d’alerte signale faussement l’arrivée de missiles nucléaires. Cela s’est produit plusieurs fois pendant la guerre froide. Cela vient de se produire à Hawaï puis au Japon. Le monde a les nerfs à vif. Il n’y a plus de différence entre une vraie et une fausse alerte.

    https://seenthis.net/messages/663525 via enuncombatdouteux


  • Etats-Unis : le Pentagone envisage de développer des « mini-armes nucléaires »

    http://www.leparisien.fr/international/etats-unis-le-pentagone-envisage-de-developper-des-mini-armes-nucleaires-

    Un rapport sur l’armement américain envisage de revenir sur la non-prolifération nucléaire.

    http://s1.lprs1.fr/images/2018/01/18/7506969_8242bbea-fbdc-11e7-ac7f-d653c3b350e1-1.jpg

    Voilà qui risque de faire du bruit. Le ministère américain de la Défense veut réexaminer son arsenal nucléaire et développer un nouveau type d’armes à la puissance limitée, qui fait craindre aux experts une relance de la prolifération et un risque plus élevé de conflit nucléaire.
    Cette proposition apparaît dans une version préliminaire de la nouvelle « Nuclear Posture Review » (évaluation du dispositif nucléaire) que le Pentagone doit publier en février.

    Le Pentagone propose donc de développer de nouveaux types d’armes nucléaires à la puissance limitée, notamment des armes tactiques, parfois appelées « mini-armes nucléaires », qui ont un fort taux de pénétration et sont capables de détruire des bunkers ou des installations enterrées. Ces armes nucléaires tactiques « à faible rendement » ont toutefois une puissance équivalente à celles utilisées à Hiroshima ou Nagasaki.

    Il affirme que des armes nucléaires moins puissantes et plus nombreuses permettraient de contrer la « confiance mal placée » des ennemis des Etats-Unis dans l’idée que Washington n’utilisera jamais ses armes nucléaires conventionnelles, trop puissantes et destructrices.

    https://seenthis.net/messages/661001 via enuncombatdouteux