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  • La ruée vers l’herbe aux Etats-Unis

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/11/17/la-ruee-vers-l-herbe-aux-etats-unis_5216162_3234.html

    Avec la légalisation de la consommation de marijuana à des fins thérapeutiques dans vingt-neuf Etats, la production de cannabis est devenue une industrie florissante. Reportage dans la plus grande usine de marijuana, située au Massachusetts.

    http://img.lemde.fr/2017/10/27/445.5/0/5343/2671/644/322/60/0/092a0ea_24747-1uz0elq.f03fvfgvi.jpg

    C’est un entrepôt coincé entre l’autoroute et la forêt, dans la banlieue de Boston. Sur la façade bleue, aucune enseigne ni logo ne révèle ce qui se cache derrière les portes : l’une des plus grandes fermes de marijuana de la Nouvelle-Angleterre.

    Le parfum des fleurs, mélange de réglisse et d’herbe coupée, accueille les visiteurs dès l’entrée, et les escortera dans les moindres recoins de cette « usine ». Sur près de 3 000 mètres carrés, une succession de serres éclairées par de puissants projecteurs abrite une petite fortune : environ 1 million de dollars (849 304 euros) entre les plants et les fleurs déjà récoltées.

    Le propriétaire, Sage Naturals, a investi plus de 10 millions de dollars pour reconvertir cet ancien entrepôt. « Cela m’a pris beaucoup de temps de lever les fonds nécessaires », raconte Michaël Dundas, qui, jusqu’en 2012, exerçait comme avocat à San Francisco, conseillant des start-up dans la téléphonie mobile.

    La compagnie a planté ses premières graines à Milford à l’été 2016. Cette petite ville du Massachusetts est l’emblème du « green rush » – la ruée vers l’herbe – qui conquiert peu à peu l’Amérique. Dans cet Etat, la consommation de marijuana à des fins thérapeutiques a été légalisée en 2012. Toujours illégale au regard de la loi fédérale, la consommation de marijuana a été ainsi autorisée dans vingt-neuf Etats du pays, le premier à avoir statué étant la Californie, en 1996.

    « Flower rooms »

    Devenu une véritable industrie, le cannabis a ses entrepreneurs, ses investisseurs, et même son salon, le MJBiz, organisé du 14 au 17 novembre à Las Vegas (Nevada). Ces pionniers du green business convoitent le marché nord-américain estimé à près de 7 milliards de dollars en 2016, et plus de 22 milliards à l’horizon 2021 selon ArcView, un cabinet de conseil.

    Dans l’une des « flower rooms », la récolte bat son plein. Posés sur des grilles à 40 cm du sol, des milliers des pots s’alignent en rangs serrés. Au plafond, des rangées de spots miment l’alternance du jour et de la nuit tandis qu’un système de climatisation sophistiqué régule la température et l’humidité.

    Casquette sur la tête et lunettes sur le nez, deux salariés coupent les branches avant de les suspendre à un cintre. Un plant donne entre 500 grammes et 1 kg de fleurs, et dans cet environnement parfaitement contrôlé, il est possible de réaliser plusieurs récoltes par an. « Nous cultivons entre 4 000 et 5 000 plants et produisons entre 400 et 500 livres de cannabis par mois [soit 180 à 220 kg] », indique Marc Vlachos, le responsable des cultures, recruté par Sage fin 2014 pour préparer les demandes d’autorisation.

    Chaque plant porte une étiquette avec un code-barres permettant une traçabilité tout au long de la chaîne, et le nom de la variété : Chocolope, Tangie, Grandaddy Purple ou encore Kushberry. Sage Naturals cultive une soixantaine de variétés de cannabis. Leur teneur en principes actifs – le THC et le CBD – diffère, et leurs propriétés supposées sont mises en avant pour séduire les patients. Les plants issus de croisements « maison » sont des secrets bien gardés. Une petite équipe de jardiniers veille sur la pépinière où les jeunes pousses grandissent, avant d’être replantées et placées dans les « flower rooms ».

    Soulager l’anxiété

    Une fois récoltés, les plants sont méticuleusement effeuillés et les fleurs mises à sécher. Dans les salles et les couloirs immaculés, des piles de seaux rouges et bleus abritent la précieuse récolte. Les grappes de bourgeons sont d’abord soigneusement détaillées. « Je travaille ici à mi-temps et le reste de la journée dans un salon de coiffure de la région. Quel que soit le lieu, je coupe ! », plaisante Karen Selznik, une employée de Sage Naturals.

    Son voisin, lui, est arrivé il y a un mois du Colorado, un des Etats pionniers dans le business de la marijuana, comme la Californie. « Cela fait dix ans que je travaille dans cette industrie, j’ai déménagé pour suivre son développement ici », explique Tommy Burgett, ses bras tatoués posés sur un bac de fleurs. De nombreux passionnés sont venus comme lui travailler à Milford, ou dans les deux dispensaires que Sage Naturals a ouverts près de Boston.

    Le premier a été inauguré en mars 2017 à Cambridge, à quelques minutes de la prestigieuse université Harvard. Situé en sous-sol, on y accède par un escalier discret, après avoir montré sa carte de patient. Sésame pour acheter de la marijuana, elle est délivrée par des médecins après une consultation médicale. Un peu plus de 41 000 patients ont ainsi été certifiés.

    Jason Sparrow, est l’un d’eux : ancien militaire, il a été grièvement blessé à la jambe gauche « Je viens de subir ma troisième opération. Le cannabis m’aide à supporter la douleur et m’a permis de réduire ma consommation de médicaments à base d’opiacés », explique-t-il. Vétéran de la guerre du Golfe, il a commencé à fumer du cannabis à son retour pour soulager l’anxiété liée à ce qu’il avait vécu pendant cette période. « Je devais m’approvisionner auprès des dealers dans la rue, mais je n’avais aucune idée de ce que j’achetais », ajoute Jason Sparrow qui estime dépenser 300 dollars par mois en marijuana.

    « Même atmosphère qu’à Amsterdam »

    Une centaine de patients viennent chaque jour s’approvisionner dans le dispensaire de Sage Naturals. Un menu leur est proposé avec différentes variétés de fleurs, mais aussi des huiles, des joints prêts à l’emploi, ou encore des brownies, tous fabriqués et emballés à Milford.

    « C’est très professionnel, on retrouve la même atmosphère qu’à Amsterdam », se félicite Lucas, qui préfère ne pas donner son nom de famille afin d’éviter des ennuis avec son employeur. Venu ici pour la première fois sur les conseils d’un ami, il consomme de la marijuana pour soigner une douleur au genou.

    Une autre cliente, Kristyna Gignac, fume pour diminuer son anxiété. « Ici, c’est un peu plus cher que dans la rue, mais les variétés sont meilleures. J’ai dépensé 400 dollars en une semaine car je voulais tout essayer ! », raconte-t-elle. Selon ArcView, les patients du Massachusetts devraient consacrer cette année 100 millions de dollars à leurs achats de marijuana et plus de 1 milliard de dollars dès 2020.

    Dans son cabinet situé dans un quartier chic de Boston, le docteur Robert Dye voit défiler toute sorte de patients, « de 20 à 90 ans ». « Ceux qui souffrent d’un cancer me sont adressés par les hôpitaux. Dans ces établissements, les médecins ne sont pas autorisés à délivrer des certificats car ils reçoivent des fonds fédéraux », souligne ce médecin old school, une gravure de chasse et son diplôme d’Harvard accrochés au-dessus de la tête.

    Bonne affaire pour les finances de l’Etat

    Depuis qu’il est autorisé à prescrire du cannabis, les patients se bousculent dans son cabinet. Une consultation supplémentaire a même été ajoutée le samedi. « Nous avons des publicités sur deux sites Internet spécialisés et nous venons juste de publier une annonce dans un journal local en espagnol », se félicite Jeannette Upil, son assistante. Un peu plus de 200 médecins ont été accrédités dans l’Etat.

    La marijuana est aussi une bonne affaire pour les finances du Massachusetts. Ce « green business » lui a déjà rapporté 7 millions de dollars en taxes et droits d’entrée, et la cagnotte ainsi constituée devrait atteindre 13 millions de dollars fin 2017. La légalisation de la marijuana à usage récréatif, votée en 2016, devrait doper ces revenus.

    Dans le Nevada, où c’est le cas depuis juillet, le gouvernement a empoché près de 3,7 millions de dollars en un seul mois et table sur un revenu annuel de 120 millions. En Californie, où la vente de la marijuana sera autorisée à partir du 1er janvier 2018, le gouvernement compte percevoir jusqu’à 1 milliard par an.

    Le Massachusetts pourrait ainsi empocher un peu plus de 180 millions de dollars, calcule Jeffrey Miron, professeur d’économie à l’université Harvard et auteur d’une étude publiée en 2010 sur l’impact budgétaire de la légalisation des drogues aux Etats-Unis. Selon ses estimations actualisées pour 2015, les Etats et le gouvernement fédéral pourraient collecter 21 milliards de dollars de taxes en légalisant la marijuana et économiser 17 milliards de dépenses liées à la prohibition.

    Le bénéfice pourrait être encore plus grand

    Outre la Californie, les grands gagnants seraient le Texas (avec une cagnotte évaluée à 738 millions de dollars), la Floride (545 millions) et l’Etat de New York (531 millions). « La marijuana peut être taxée jusqu’à 20 %-30 %. Au-delà, une partie des transactions bascule vers le marché noir », souligne l’universitaire.

    Selon lui, le bénéfice pourrait être encore plus grand si le commerce de la marijuana était purement et simplement dérégulé. « Toutes ces règles et autorisations sont inutiles. Personne ne se prononce sur le nombre de Starbucks dans la ville de Boston », plaide Jeffrey Miron, selon qui les dispensaires devraient être logés à la même enseigne que les autres commerces.

    De quoi faire s’étrangler Jeff Sessions, le ministre américain de la justice, qui déclarait en septembre : « Je n’ai jamais pensé qu’il était opportun de légaliser la marijuana. Il ne me paraît pas évident que le pays se porterait mieux, si on pouvait en acheter à tous les coins de rue. »

    https://seenthis.net/messages/645352 via enuncombatdouteux


  • 10% du trafic Internet est sécurisé par un mur de lampes à lave

    https://motherboard.vice.com/fr/article/59yapb/10-du-trafic-internet-est-securise-par-un-mur-de-lampes-a-lave

    Pour générer des clés de chiffrement aléatoires, la société Cloudflare, un des plus gros DNS au monde, utilise un algorithme, une caméra et une centaine de lampes à lave aux couleurs chatoyantes.

    https://video-images.vice.com/articles/5a0c0b2f732e3d797af04b9f/lede/1510738736373-391535735_80350a4e23_o.jpeg?crop=1xw:0.84375xh;center,center&resize=1200:*

    Cloudflare est un DNS qui gère, protège et sécurise des millions de noms de domaine de sites Web, en servant d’intermédiaire entre le fournisseur d’hébergement du site et l’utilisateur. Chaque jour, selon le site d’analyse W3tech, entre 6 et 10% des requêtes http et HTTPS transitent ainsi par les canaux sécurisés de l’entreprise. Un flux absolument colossal pour ses data centers, qui doivent impérativement être protégés contre les attaques – et plus particulièrement contre les attaques par déni de service (DDoS) – sous peine d’un nouveau scénario à la Mirai (le botnet qui a terrassé le DNS Dyn, rendant inopérant une partie de l’Internet américain pendant toute la journée du 21 octobre).

    Pour éviter ce genre de mésaventure, Cloudflare sécurise ses données en les chiffrant. Et c’est là que les lampes à lave rentrent en scène.

    Voilà donc comment fonctionne LavaRand (« rand » signifiant ici une fonction aléatoire, « random »), le système conçu par Cloudflare à partir d’un concept imaginé par la firme Silicon Graphics et dont le brevet remonte à 1996. Le mur de lampes génère des bulles de cire de manière imprévisible ; une caméra fixée dans un coin de la pièce filme le tout ; les images sont transformées en « un flux de bits aléatoires et imprévisibles », qui sont ensuite fournis au générateur pseudo-aléatoire, lequel se charge à son tour de générer d’énormes volumes de nombres à partir de cette « graine » pour chiffrer le trafic de données.

    Outre ses lampes à lave, le DNS possède d’autres systèmes physiques pour générer des clés inviolables, explique ZDNet : le bureau de Londres dispose d’un « pendule chaotique » composé de trois éléments, et celui de Singapour base son chiffrement sur une source radioactive.

    https://seenthis.net/messages/645106 via enuncombatdouteux


  • L’anomalie géologique de Rochechouart
    https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences/Lanomalie-geologique-Rochechouart-2017-11-14-1200891821?from_univers=lacro

    Pour la première fois en France, des géologues forent à l’endroit où, il y a 200 millions d’années, une météorite se serait écrasée.

    https://img.aws.la-croix.com/2017/11/14/1200891821/Image-synthese-realisee-representant-forme-lastrobleme-Rochechouart-Chassenon-quelques-anneeslimpact_0_511_383.jpg

    Voici « environ 200 millions d’années, avant le jurassique et avant même la séparation des continents, une météorite de près d’un kilomètre de diamètre et de 6 milliards de tonnes s’est écrasée ici, à la vitesse de 72 000 km/h »

    Inutile de préciser que l’atterrissage d’un tel bolide sur Terre a laissé des traces. Mais ce qu’on appelle l’astroblème (du grec blêma, coup, jet), un cratère formé par la chute d’une météorite, partiellement détruit par l’érosion ou recouvert par des sédiments, est difficilement décelable.

    Témoignage rare en Europe occidentale, l’impact de Rochechouart a la particularité d’être situé tout près de la surface et ressemble à « une assiette creuse aux rebords érodés ». « On marche dessus ! Il n’y a pas de couche sédimentaire à creuser pour l’atteindre », jubile Philippe Lambert.

    En tout 20 carottes seront prélevées d’un à 120 mètres de profondeur, en huit sites choisis sur les 50 hectares que comporte la réserve. D’un coût total de 150 000 euros, financés à 80 % par l’État et l’Union européenne, cette campagne pourrait être le début d’une vaste aventure scientifique. Une fois traités et archivés, les échantillons de roches de l’astroblème de Rochechouart pourront être prêtés ou donnés dans le cadre de recherches.

    https://seenthis.net/messages/644675 via enuncombatdouteux


  • À 12 ans, elle fait un procès au gouvernement américain pour légaliser le cannabis |

    http://m.slate.fr/story/153798/proces-gouvernement-americain-legalisation-cannabis

    Alexis Bortell a dû déménager dans le Colorado pour soigner son épilepsie ; elle engage des poursuites pour que le cannabis médical soit légalisé partout dans le pays.

    https://pbs.twimg.com/media/DJseZyuVYAA6e2z.jpg

    Depuis qu’elle se soigne en ingérant de l’huile de cannabis deux fois par jour, Alexis Bortell ne souffre plus des crises d’épilepsie qui l’empêchaient d’avoir une vie normale. Les médicaments traditionnels ne marchaient pas et les médecins avaient recommandé une chirurgie expérimentale du cerveau.

    Mais afin de se soigner en toute légalité, Bortell et sa famille ont dû quitter le Texas pour le Colorado, où le cannabis à usage médical et récréatif a été légalisé.

    Bortell, qui a douze ans, fait désormais un procès avec quatre autres plaignants pour que le cannabis soit légalisé partout aux États-Unis. Sa famille et elle aimeraient bien retourner vivre au Texas, où son traitement est hors-la-loi.

    Actuellement, le cannabis médical est autorisé dans 29 États américains sur 50. Mais comme le cannabis reste classifié en tant que drogue interdite au niveau fédéral, il est illégal d’en transporter –même sous forme d’huile– entre différents États.

    Il serait par exemple illégal pour Alexis Bortell de se rendre au Capitole de Washington, où elle voulait rencontrer des représentants politiques, car son traitement cannabique est interdit dans les bâtiments du gouvernement.

    https://seenthis.net/messages/644659 via enuncombatdouteux


  • Trump lance une campagne anti-fuites, par Jesselyn Radack

    https://www.les-crises.fr/trump-lance-une-campagne-anti-fuites-par-jesselyn-radack

    Le programme Insider Threat n’est pas une création de l’ère Trump. Lors d’un témoignage secret devant le Congrès en 2012, le responsable de la Direction du renseignement national, Robert Litt, a présenté le programme original Insider Threat comme le point culminant des efforts administratifs visant à « sanctionner et dissuader » les fuites. Dans le passé, la formation du programme Insider Threat incluait à dessein des images de type « WANTED » de lanceurs d’alerte aux côtés d’espions réels et de meurtriers de masse.

    https://www.les-crises.fr/wp-content/uploads/2017/11/PP-3-1.jpg
    Affiche du gouvernement des États-Unis qui utilise des photos de lanceurs d’alerte au milieu de meurtriers et d’espions.

    Une partie de la formation « Divulgation non autorisée » comprend le fait de regarder un extrait de Fox News sur la répression des fuites et la déclaration du procureur général Jeff Sessions annonçant une augmentation des enquêtes sur les fuites criminelles. Un guide des étudiants de la formation Insider Threat Awareness comprend la demande ‘McCarthyesque’ que les employés se dénoncent les uns les autres pour « comportement général suspect », y compris « loyauté nationale douteuse » tels que « faire preuve de loyauté douteuse envers le gouvernement ou la société américaine » ou « commentaires Anti-U.S. ». Peu importe que le seul serment que les employés du gouvernement prennent soit à la Constitution américaine, pas à n’importe quel fonctionnaire du gouvernement ou le gouvernement américain lui-même et certainement pas à une entreprise privée.

    Les nombreuses formations au secret sont faites avec des affiches promotionnelles avec des slogans aux rimes simplettes dignes des défenseurs du Premier amendement et des professionnels du marketing, comme « Il n’y a pas de suppression lorsque vous tweetez » ou « Les tweets coulent les flottes ». L’affiche avec le slogan « Chaque fuite nous rend faibles » s’accompagne d’une info-graphique du drapeau américain en train de s’effacer. Ensuite, il y a l’affiche la plus anti-presse, un faux site de journaux avec le slogan « Pensez avant de cliquer », avec en rouge, en style Trump, tout en capitales « C’EST UN CRIME ». Le message est si lourd qu’il serait drôle si les conséquences n’étaient pas la liberté de parole et la liberté de la presse.

    « Lanceurs d’alerte coupables ou héros ? »
    https://www.youtube.com/watch?v=_62qa0OY7a8

    https://seenthis.net/messages/644529 via enuncombatdouteux


  • The Secret Correspondence Between Donald Trump Jr. and WikiLeaks

    https://www.theatlantic.com/politics/archive/2017/11/the-secret-correspondence-between-donald-trump-jr-and-wikileaks/545738

    The transparency organization asked the president’s son for his cooperation—in sharing its work, in contesting the results of the election, and in arranging for Julian Assange to be Australia’s ambassador to the United States.

    https://cdn.theatlantic.com/assets/media/img/mt/2017/11/RTX36MFT/facebook.jpg?1510591697

    Just before the stroke of midnight on September 20, 2016, at the height of last year’s presidential election, the WikiLeaks Twitter account sent a private direct message to Donald Trump Jr., the Republican nominee’s oldest son and campaign surrogate. “A PAC run anti-Trump site putintrump.org is about to launch,” WikiLeaks wrote. “The PAC is a recycled pro-Iraq war PAC. We have guessed the password. It is ‘putintrump.’ See ‘About’ for who is behind it. Any comments?”

    The next morning, about 12 hours later, Trump Jr. responded to WikiLeaks. “Off the record I don’t know who that is, but I’ll ask around,” he wrote on September 21, 2016. “Thanks.”

    The messages, obtained by The Atlantic, were also turned over by Trump Jr.’s lawyers to congressional investigators. They are part of a long—and largely one-sided—correspondence between WikiLeaks and the president’s son that continued until at least July 2017. The messages show WikiLeaks, a radical transparency organization that the American intelligence community believes was chosen by the Russian government to disseminate the information it had hacked, actively soliciting Trump Jr.’s cooperation. WikiLeaks made a series of increasingly bold requests, including asking for Trump’s tax returns, urging the Trump campaign on Election Day to reject the results of the election as rigged, and requesting that the president-elect tell Australia to appoint Julian Assange ambassador to the United States.

    https://seenthis.net/messages/644518 via enuncombatdouteux


  • Le recours à l’automatisation menace les emplois des informaticiens indiens

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/11/04/le-recours-a-l-automatisation-menace-les-emplois-des-informaticiens-indiens_

    A Bangalore, les informaticiens déchantent. Le secteur informatique en Inde a perdu de son lustre et voit la croissance de ses exportations diminuer.

    http://img.lemde.fr/2017/11/04/0/0/1595/1938/534/0/60/0/17913ac_25387-19fq5pa.lgmyzj8aor.jpg

    Il y a encore quelques mois, Sanjay (un nom d’emprunt), 43 ans, était un ingénieur fier de son parcours chez Capgemini, l’entreprise française de services informatiques, dont près de la moitié des employés travaillent en Inde. Originaire d’une petite ville du sud de l’Inde, il s’était acheté une maison à Bangalore, la capitale indienne de l’informatique, avait inscrit ses enfants dans une école privée et voyageait régulièrement à l’étranger pour des missions de quelques mois. Jusqu’au jour où les responsables des ressources humaines l’ont convoqué pour un entretien. « Ils m’ont demandé de démissionner contre le versement de trois mois de salaires, explique Sanjay, et, si je refusais, ils menaçaient de me licencier en écrivant sur mes lettres de “décharge” que j’étais incompétent. »

    Ces lettres d’appréciations, comparables aux livrets d’ouvriers en vogue au XIXe siècle, sont données à chaque employé indien pour qu’il les fasse lire à de potentiels recruteurs. Quelques mois auparavant, Sanjay avait reçu une mauvaise note lors de l’entretien d’évaluation. « Mon manageur m’a dit que j’avais fait du bon travail, mais que la politique de l’entreprise l’obligeait à me donner une mauvaise appréciation. Il avait en fait un quota d’employés à licencier dans son équipe. »

    Sanjay a ensuite été « mis sur le banc » pendant cinq mois, l’expression qui désigne la période pendant laquelle les ingénieurs sont entre deux missions. Ils n’ont alors accès à aucun ordinateur, n’ont plus de poste de travail et doivent passer leurs journées à la cantine, parfois dans la salle d’accueil.

    Mis à l’écart, poussés à la démission

    Les plus chanceux suivent de courtes formations. D’autres employés indiens de Capgemini contactés par Le Monde témoignent des mêmes pratiques : leurs compétences professionnelles sont dépréciées, ils sont ensuite mis à l’écart et, enfin, poussés à la démission. Une employée a pu enregistrer ses échanges tendus avec deux responsables des ressources humaines de Capgemini.

    Un enregistrement audio auquel a eu accès Le Monde. « Savez-vous pourquoi vous avez été convoquée ? », lui demandent ses deux interlocuteurs. « Oui, vous allez me dire qu’il n’y a plus d’opportunités pour moi dans l’entreprise et que je dois démissionner », répond l’employée, avec huit ans d’expérience dans l’entreprise.

    L’une des responsables des ressources humaines acquiesce. L’employée tente alors de sauver son cas, expliquant qu’elle est prête à prendre n’importe quel poste ailleurs en Inde, puis les supplie de lui laisser deux mois supplémentaires avant de démissionner. « Avez-vous clairement indiqué que vous étiez prête à prendre une mission n’importe où en Inde ? En êtes-vous certaine ? Je vous le répète pour la troisième fois : êtes-vous certaine ? Et si ce n’est pas le cas ? », lui demande l’un des responsables, avant que sa collègue n’embraye : « Alors, si c’est le cas, cela nous facilite la tâche. Nous sommes dans une situation où Capgemini ne se porte pas bien du côté du banc. Nous avons beaucoup trop d’employés sur le banc. »

    « L’industrie indienne devrait être en panique »

    Contactée par Le Monde, l’entreprise française reconnaît que « l’évaluation des compétences des collaborateurs (…) conduit, chaque année, un nombre variable d’employés à quitter l’organisation ». Sur l’année 2017, Capgemini a prévu le recrutement en Inde de 20 000 employés, soit le cinquième de ses effectifs dans le pays… et le départ de 11 000 autres.

    Capgemini est loin d’être la seule entreprise accusée, en Inde, de pousser ses employés à la démission, pour éviter les procédures longues et coûteuses de licenciements. Entre avril et septembre, les effectifs de Cognizant, Infosys, Wipro and Tech Mahindra ont été réduits. Le secteur informatique indien a perdu de son lustre. L’industrie, qui pèse environ 150 milliards de dollars (129 milliards d’euros), soit 0,7 % du produit intérieur brut de la péninsule, voit la croissance de ses exportations diminuer. Celle-ci est passée de 13,8 %, lors de l’année fiscale 2013-2014 (close fin mars), à 10,3 % en 2015-2016, et devrait se situer entre 7 % et 8 % pour 2017-2018.

    La stratégie de réduction des coûts atteint ses limites. « L’industrie indienne devrait être en panique, et à juste titre, puisqu’elle n’a pas tenu le rythme de l’innovation », a expliqué l’ancien patron du cabinet de conseil McKinsey, Rajat Gupta, à New York en mai.

    Elle est désormais menacée par l’automatisation de certaines tâches les moins qualifiées, comme la gestion d’infrastructures ou le développement d’applications, et par la nouvelle politique de restriction des visas accordés aux ingénieurs indiens, décidée par Donald Trump, alors que le marché américain constitue un débouché important. « Les ingénieurs indiens ont préféré devenir des manageurs, diriger des équipes, plutôt que d’acquérir des compétences dans les nouvelles technologies », souligne un analyste qui tient à rester anonyme. Les gagnants de la mondialisation sont en train de devenir les perdants de l’automatisation des tâches informatiques. L’industrie, qui a si longtemps dépendu de la sous-traitance à bas coût, doit changer de modèle. « Entre 60 % et 65 % des ingénieurs informatiques ne peuvent pas être formés à nouveau, a toutefois prévenu Srinivas Kandula, le directeur de Capgemini en Inde, lors d’une conférence en février. Le chômage va toucher en majorité les ingénieurs des échelons intermédiaires ou supérieurs. » En Inde, les entreprises informatiques se séparent de leurs seniors peu qualifiés pour recruter des jeunes diplômés spécialisés dans des domaines comme l’Internet des objets ou l’intelligence artificielle.

    « Nous ne connaissions rien au droit du travail »

    Pour la première fois, des articles de journaux donnent des conseils en matière de licenciement. « Respectez ceux qui quittent l’entreprise. Montrez-leur la même considération que lorsque vous les avez intégrés » ou « échelonnez le départ des salariés dont les enfants passent des examens ou qui doivent s’occuper de parents malades », préconisait le magazine Business Standard à ses lecteurs, en septembre.

    Les ingénieurs indiens commencent à mieux comprendre ce qui est arrivé à leurs collègues européens ou américains il y a deux décennies, lorsque leurs entreprises ont commencé à sous-traiter leurs tâches informatiques en Inde.

    Le premier syndicat d’ingénieurs de la péninsule, le Forum for IT Employees (FITE), est sur le point d’être enregistré, ce qui était impensable il y a encore quelques années. « Nous avons pris conscience que nous ne connaissions rien au droit du travail. Nous avons vu les premiers employés partir sans trop nous poser de question jusqu’au premier plan social de 2014 chez Tata Consultancy Services, explique, dans un café de Bangalore, Raghu (un nom d’emprunt), l’un des responsables du FITE. Ce plan social a été un choc, car nous pensions que notre métier était garanti à vie, un peu comme dans la fonction publique. »

    « Les employés sont isolés »

    Ceux qui demandent de l’aide au FITE sont en majorité des cadres de plus de 40 ans, qui peinent à retrouver du travail. « Dans une entreprise informatique, les employés sont isolés. Ils ne connaissent pas leur voisin de bureau, travaillent chez les clients ou dans des équipes qui disparaissent au bout de quelques mois », témoigne Raghu. FITE travaille essentiellement sur les réseaux sociaux pour se faire connaître. Il est suivi par près de 20 000 internautes sur Facebook, et compte un millier de membres. Une goutte d’eau sur les 4 millions de salariés que compte le secteur.

    Les fondateurs du FITE ont découvert un vide juridique en matière de droit du travail. Les ingénieurs informatiques doivent utiliser une vieille loi encadrant le travail dans les usines et prouver qu’ils sont des exécutants, comme des ouvriers, pour défendre leurs droits. « Les industries informatiques se sont développées en bénéficiant d’avantages fiscaux, de terrains gratuits, les autorités n’ont pensé qu’à leur développement sans penser aux droits des informaticiens », affirme Raghu avec amertume.

    Pour les centaines de milliers d’ingénieurs indiens arrivés sur le marché du travail dans les années 2000, leur licenciement est vécu comme un déclassement social. « Toutes nos vies se sont construites autour de nos salaires, explique Vinod A.J., membre du FITE, et quand vous tombez au chômage, votre vie s’effondre, car tout se paie en Inde, de l’éducation à la santé. »

    Après sa démission forcée, Sanjay s’est payé une formation pour retrouver un emploi, en vain. « Si Bangalore est devenue si riche, c’est grâce à nous, et pourtant, le gouvernement nous oublie », se lamente Sanjay. L’ancien employé de Capgemini lit des ouvrages de développement personnel pour garder confiance en lui. Dans quelques mois, s’il est toujours au chômage, il repartira dans son village se lancer dans l’agriculture biologique ou – peut-être – ouvrir une concession automobile.

    https://seenthis.net/messages/642329 via enuncombatdouteux


  • Le « cancer » de l’assistanat : origine d’un préjugé

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/10/26/les-procureurs-de-l-assistanat_5206354_3232.html

    Quelque 71 % des Français estiment que la lutte contre l’« assistanat » est une priorité. Comment cette peur du « profiteur » a-t-elle envahi l’esprit des politiques et des citoyens ?

    http://img.lemde.fr/2017/10/24/0/0/4195/4911/534/0/60/0/3663ee7_6830-4kfp92.kvmanvobt9.jpg

    Deux petites lettres ont suffi pour ­jeter l’opprobre sur le monde fragile des déshérités. En préférant le néologisme « assistanat » au mot traditionnel d’« assistance », Laurent Wauquiez, qui brigue la présidence des Républicains (LR), ­remet en cause la légitimité des politiques ­sociales qui viennent en aide depuis plus d’un siècle aux démunis. Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes instruit jour après jour le procès de la solidarité nationale : il dénonce inlassablement les « dérives », voire le « cancer » de l’assistanat.

    Au fil des ans, le mot s’est imposé dans le discours d’autres élus de droite – Nicolas Sarkozy juge la République « incompatible avec l’assistanat » et l’ancien député LR Hervé Mariton regrette que la France plébiscite « la culture de l’assistanat ». Avec un indéniable succès : selon une enquête Ipsos Sopra-Steria réalisée en mars, 71 % des Français estiment que la lutte contre l’« assistanat » est une priorité. Inusité il y a une vingtaine d’années, le terme semble désormais banal, évident, presque incontournable.

    Parasites sociaux

    Né au début des années 2000, le mot assistanat appartient pourtant au registre du vocabulaire politique de combat. « Au XIXe siècle et jusqu’en 1953, l’assistance était un terme juridique neutre, utilisé pour désigner l’aide sociale, rappelle Axelle Brodiez-Dolino, chargée de recherche CNRS en histoire au Centre Norbert-Elias, à Marseille. S’il a pu être valorisé au XXe siècle, il est devenu un peu vieillot après les années 1950 mais n’avait pas de connotation péjorative. Ce n’est pas le cas du mot assistanat, un terme un peu nauséabond et répréhensible. »

    Nul besoin de faire parler longtemps les pourfendeurs de l’assistanat pour comprendre en effet que ce mot n’est pas le synonyme, mais le dévoiement de l’assistance. Leurs discours évoquent plus ou moins explicitement une cohorte de parasites sociaux qui vivent indûment de la solidarité nationale alors que d’autres s’échinent à travailler. Ces propos ne visent pas uniquement les fraudeurs : bien qu’ils vivent dans le dénuement – pour une personne seule, le RSA s’élève à 545 euros par mois –, tous les allocataires des minima ­sociaux sont, à leurs yeux, des privilégiés qui profitent du système.

    Selon le philosophe Frédéric Worms, cette « idéologie » repose sur un double soupçon : celui de la passivité et celui de la ruse. « L’assisté est conçu soit comme un être entièrement passif, soit comme un être instrumentalisant l’assistance, expliquait-il en 2012. C’est une ­ambivalence aussi ancienne que la philosophie du soin, du secours ou même de l’éducation. Si vous ouvrez l’Emile, de Jean-Jacques Rousseau [1762], vous comprenez que le nourrisson est à la fois un être passif qui ne peut rien faire et un être qui peut, dès la naissance, devenir un tyran en abusant du pouvoir paradoxal que lui ­donnent sa faiblesse et le dévouement de ceux qui le secourent. »

    Accents moraux

    Dans la France de 2017, le discours politique sur l’assistanat se caractérise avant tout par ses accents moraux : au lieu d’analyser les ­mécanismes économiques et sociaux qui précipitent certains dans la pauvreté, il emprunte le vocabulaire de l’opprobre et de l’infamie pour montrer du doigt les paresseux. S’il les condamne, c’est au nom de l’amour du labeur, du sens de l’effort, du devoir de la volonté. « Le discours sur l’assistanat néglige les questions qui touchent au droit, à la citoyenneté et à l’égalité », résume le sociologue Nicolas Duvoux, professeur de sociologie à l’université Paris-VIII-Saint-Denis.

    Parce qu’ils s’inscrivent dans ce registre moral, les procureurs de l’assistanat distinguent volontiers les « bons pauvres » des « mauvais pauvres ». Les premiers sont les personnes âgées ou handicapées victimes de l’âge ou de la maladie ; les seconds, les chômeurs qui pourraient travailler s’ils s’en donnaient la peine. Les premiers ne sont pas responsables de leur mauvaise fortune ; les seconds doivent leur malheur à eux-mêmes. Les premiers reçoivent légitimement le minimum vieillesse ou l’allocation handicapé ; les seconds profitent indûment du RSA. Les premiers méritent notre compassion, les seconds, nos reproches.

    Ces discours puisent dans une imagerie très ancienne. Depuis plus de sept cents ans, la ­figure du mauvais pauvre traverse en effet l’histoire de France – et c’est sans doute pour cette raison qu’elle est parvenue, dans les ­années 2000, à s’imposer aussi rapidement dans le débat public. « L’idée du “mauvais ­pauvre” est ancrée au plus profond de notre histoire politique, religieuse et économique, analyse l’historienne Axelle Brodiez-Dolino. Elle repose sur des préjugés concernant la ­sédentarité et le labeur qui se sont installés dans nos mentalités au Moyen Age. »

    Les bons et les mauvais pauvres

    La première pierre de cet édifice est posée dès la fin du XIIIe siècle, à une époque où la croissance démographique, les disettes, les guerres et les épidémies jettent sur les routes des ruraux à la recherche de travail. « Redoutant ces errances, les autorités prennent peur et instaurent une dichotomie entre les bons et les mauvais pauvres », raconte Axelle Brodiez-Dolino. Les bons pauvres sont les « gens contre­faits, aveugles, impotents et autres misérables personnes » qui méritent l’aumône, estime le roi de France, Jean II le Bon, dans une ordonnance de 1351. Les mauvais sont les « gens sains de corps et de membres qui puissent besogne faire dont ils puissent gagner leur vie », proclame-t-il.

    Face à la pauvreté, le monde médiéval ­oscille entre la potence et la pitié, analyse l’historien Bronislaw Geremek : les vieillards, les veuves, les malades et les femmes en ­couches bénéficient de la charité chrétienne alors que les vagabonds sont durement persécutés. « On les marque au fer rouge, on les cloue au pilori, on les envoie aux galères et, surtout, on les enferme, comme l’ont notamment montré les travaux de Michel Foucault, raconte Axelle Brodiez-Dolino. Nous sommes les héritiers de cette violence qui imprègne ­depuis des siècles les mentalités et le droit : il a fallu attendre 1994 pour que la France abroge le délit de vagabondage ! »

    A la faveur de la Révolution française, la ­figure du mauvais pauvre, cependant, se transforme. Pour lutter contre le dénuement, les hommes de 1789 préfèrent l’arme du droit au geste de la charité chrétienne : en 1790, le Comité de mendicité proclame que tout homme a droit aux secours de la société et, en 1793, la Constitution affirme que l’aide publique constitue une « dette sacrée ». L’émergence du droit ne fait pas pour autant disparaître la figure du « mauvais pauvre » : si la société doit porter secours aux miséreux, l’oisiveté reste sévèrement condamnée. « Le droit individuel de protection trouve son symétrique dans le devoir de travailler », résume, en 2012, Colette Bec, professeure à l’université Paris-Descartes.

    « Pauvrophobie »

    Cette figure du mauvais pauvre change de ­visage un siècle plus tard, au début de la IIIe République, au moment où apparaît une politique d’assistance envers les déshérités. Sous l’influence de la doctrine solidariste du député radical Léon Bourgeois, qui plaide en faveur de la mutualisation des risques dans son ouvrage Solidarité (1896), les républicains de la fin du XIXe et du début du XXe siècle ­instaurent l’assistance médicale gratuite, le placement des orphelins, l’aide aux vieillards, aux infirmes et aux incurables, les secours aux femmes en couches sans ressources et l’aide aux familles nombreuses nécessiteuses.

    Dans ce paysage politique radicalement nouveau, le visage du mauvais pauvre évolue : il n’est plus un citoyen oisif qui refuse de travailler, mais un profiteur qui abuse ­indûment de la solidarité nationale. « Avec l’instauration du droit arrive la terreur de la corruption et du détournement, explique ­Nicolas Duvoux. C’est une forme de pessimisme anthropologique : on craint que les ­parasites ne jouent pas le jeu de la solidarité qui est au fondement de l’assistance, et qu’ils bénéficient sans contribuer. »

    Aujourd’hui, cette peur du profiteur semble plus vivante que jamais. Multiplication des arrêtés anti-mendicité, mobilier urbain anti-sans-abris, discours politiques stigmatisant le « piège » de l’assistanat, selon la formule de François Fillon lors de la campagne prési­dentielle : certaines associations caritatives dénoncent, dans la France de 2017, une « pauvrophobie » qui s’exprime sans détours dans les sondages d’opinion – en juin 2016, 36 % des personnes interrogées considéraient que les personnes pauvres « ne faisaient pas ­d’effort pour s’en sortir ».

    « Lassitude compassionnelle »

    Si la hantise du mauvais pauvre semble si forte, c’est parce que la France est atteinte, ­depuis le début des années 2000, d’une forme de « lassitude compassionnelle », analyse Julien Damon, professeur associé à Sciences Po. « A la fin des années 1980, au ­moment de la création du revenu minimum d’insertion (RMI), les deux tiers des Français estimaient que la pauvreté n’était pas liée au comportement individuel des gens mais aux défaillances du marché du travail. Dans les ­années 1990 et surtout 2000, ils se sont cependant montrés de plus en plus critiques envers les allocataires du RMI, puis du revenu de solidarité active, le RSA. »

    Nulle surprise, dans ce climat, à ce que les discours sur l’assistanat s’imposent avec tant de facilité dans le débat public. Quand ­Laurent Wauquiez somme les allocataires du RSA de faire « des efforts », il convoque l’antique ­figure du mauvais pauvre qui se complaît dans l’oisiveté au lieu de retrousser ses manches. Ce plaidoyer, qui semble convaincre nombre de Français, colle pourtant mal aux réalités : tous ceux qui côtoient le monde des déshérités savent qu’il ne suffit pas de faire des efforts pour s’extraire de la misère.

    Dans une société qui compte 3,7 millions de chômeurs, la pauvreté n’a en effet pas grand-chose à voir avec l’absence de courage ou la faiblesse de la volonté. « Quand on a commencé à réfléchir au RSA, dans les années 2005-2007, le marché du travail était beaucoup moins dégradé qu’aujourd’hui, raconte Julien Damon, qui était à l’époque chef du ­département Questions sociales au Centre d’analyse stratégique. Notre ambition d’aider les allocataires à retrouver le chemin de l’emploi paraissait donc réaliste. Mais la crise de 2008 a fait brutalement remonter le chômage. Cet effet de conjoncture a rendu la politique de retour à l’emploi extrêmement difficile. »

    Si la détermination ne permet pas, à elle seule, de quitter le monde de la pauvreté, c’est aussi parce qu’elle est le fruit d’une longue liste de handicaps – absence de formation et de qualification, problèmes de logement, ­difficultés de transport, conséquences d’un divorce, rareté des modes de garde, fréquence des maladies… « Même l’entrée sur le marché du travail n’est plus une garantie de sortir de la précarité, pourraient témoigner un million de travailleurs pauvres », constatait, en mars, le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE).

    Si les allocataires du RSA étaient vraiment les profiteurs que décrivent les discours sur l’assistanat, ils vivraient en outre leur oisiveté avec légèreté – ce qui n’est pas le cas. « Les études montrent qu’il y a une immense souffrance et un énorme déni de dignité à vivre des minima sociaux, souligne Axelle Brodiez-Dolino. La pauvreté est une source de stigmatisation et d’isolement extraordinaire : on survit plus qu’on ne vit. » Depuis des siècles, la pauvreté est – parfois volontairement – associée à l’indignité : pour l’économiste britannique Thomas Malthus (1766-1834), l’assistance doit toujours s’accompagner d’« un peu de honte ».

    Contrairement à ce que disent les procureurs de l’assistanat, l’aide sociale, encore aujour­­d’hui, est une épreuve, dont l’importance du taux de non-recours est devenu le symbole. Ce terme quelque peu abscons désigne la part des citoyens qui ne touchent pas le RSA alors qu’ils y ont droit. Et il est incroyablement élevé : selon une enquête quantitative de la Dares, le service des études du ministère du travail, menée en 2011, il atteint 35 % pour le RSA-socle et 68 % pour le RSA-activité. Nombreux sont donc les citoyens qui, loin de leur image de profiteurs, renoncent à toucher les prestations d’assistance qui leur sont pourtant destinées.

    « Etiquette infamante »

    Certains sont mal informés, d’autres se découragent à l’idée de remplir d’épais dossiers aux guichets de l’aide sociale, mais plus d’un quart d’entre eux disent ne pas avoir envie « de dépendre de l’aide sociale, de devoir ­quelque chose à l’Etat ». Deux grandes idées ressortent de l’examen de ce non-recours, ­estimait en 2010 Pierre Mazet, ingénieur d’études au laboratoire Pacte-CNRS-Sciences Po Grenoble, dans un article du magazine La Vie des idées : les individus précaires sont capables de choix et d’autonomie ; la non-demande montre ce qu’il en coûte de requérir des protections et d’être protégé.

    De la même manière, certains allocataires du RSA choisissent de reprendre le travail alors qu’ils y perdent financièrement. « Le RSA équivaut, grosso modo, à un demi-smic, souligne Julien Damon. Sur le papier, beaucoup d’allocataires du RSA n’ont aucun intérêt à travailler à mi-temps – d’autant que le travail engendre parfois des coûts de garde d’enfants ou de transports. Pourtant, beaucoup le font parce que le travail leur est essentiel. Cela concerne une proportion substantielle des allocataires du RSA. Ils veulent se défaire de cette étiquette infamante et subvenir à leurs besoins. »

    Dans un article publié en 2002 dans la Revue française de sociologie, François Dubet et ­Antoine Vérétout décryptaient cette perte – apparente – de la « rationalité » en écoutant la voix de RMIstes qui avaient repris le travail. « Même s’ils se sentent exploités et fatigués le soir, c’est une autre fatigue que celle de l’inactivité qui les clouait dans l’apathie et la solitude. (…) Ils parlent beaucoup moins de l’activité proprement dite que de la sociabilité du travail, des collègues, de la fierté retrouvée, de ce que l’on appelait l’éthique du travail, celle qui ­permet de “se regarder en face” parce que les autres vous regardent “en face”, enfants, ­famille, voisins, collègues. »

    Avec ces regards, on est loin, très loin, des ­discours de tous ceux qui, en dénonçant l’assistanat, renvoient les déshérités à une forme d’inutilité sociale – une notion qui déplaît profondément au philosophe Patrick Savidan. « On accuse les pauvres d’être des parasites mais, au fond, comment mesurer la contribution de chacun à la coopération ? Un pauvre qui s’investit dans une association ou qui s’occupe d’une personne âgée a une utilité sociale, même si elle n’est pas mesurée en termes ­économiques. Les perspectives utilitaristes mal comprises nous rendent aveugles à la contri­bution de ceux qui ne sont pas inscrits dans le marché du travail. »

    Patrick Savidan va plus loin. « Les vrais assistés ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Si l’on mesurait la part des budgets publics qui va aux pauvres et celle qui va aux privilégiés, on aurait sans doute des surprises. Les citoyens les plus riches mobilisent une part importante des subsides de l’Etat : ils vivent dans des quartiers bien entretenus, ils profitent presque exclusivement de certains investissements publics et leurs enfants suivent des études longues, en grande partie financées par l’Etat, ce qui n’est pas le cas des pauvres. » Laurent Wauquiez n’apprécierait sans doute pas ce renversement de perspective, qui fait du pourfendeur de l’assistanat… un assisté qui s’ignore.

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  • «Fusées» par Charles Baudelaire ( 1867 )

    http://enuncombatdouteux.blogspot.fr/2017/10/fusees-par-charles-baudelaire-1867.html

    La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous toute la partie spirituelle, que rien, parmi les rêveries sanguinaires, sacrilèges ou anti-naturelles des utopistes, ne pourra être comparé à ses résultats positifs. Je demande à tout homme qui pense de me montrer ce qui subsiste de la vie.

    https://4.bp.blogspot.com/-3LJMBy11XEY/Weu5MZ5OWII/AAAAAAAAA4Q/byYJ_MXM_CE0VmC3IH_nytd1ZPr96QAnwCLcBGAs/w1200-h630-p-k-no-nu/1200px-E%25CC%2581tienne_Carjat%252C_Portrait_of_Charles_Baudelaire%252C_circa_1862.jpg

    — Ces temps sont peut-être bien proches ; qui sait même s’ils ne sont pas venus, et si l’épaississement de notre nature n’est pas le seul obstacle qui nous empêche d’apprécier le milieu dans lequel nous respirons ?

    https://seenthis.net/messages/639041 via enuncombatdouteux


  • Un document signé Jacques Foccart établit la pratique des assassinats ciblés de l’Etat français

    http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/09/05/enquete-sur-un-permis-de-tuer-signe-jacques-foccart_5181120_1653578.html

    Un document extrait des archives du conseiller du général de Gaulle montre comment, pendant la guerre d’Algérie, un ingénieur allemand s’est retrouvé dans la mire des services extérieurs.

    http://img.lemde.fr/2017/07/19/92/0/2669/1331/644/322/60/0/dc00344_22759-rtui1f.cgkxaxxbt9.jpg

    Au cœur de l’été 1958, dans le plus grand secret d’un pouvoir gaulliste tout juste sorti de sa traversée du désert grâce au putsch d’Alger du 13 mai, la France n’entend négliger aucun moyen, même les plus illégaux, pour mener une guerre qui va encore durer quatre ans. Si certaines forces françaises ont recours à la torture sur le sol algérien, le dernier gouvernement de la IVe République, dirigé par le général de Gaulle, ordonne, de son côté, des opérations clandestines dans le reste du monde contre ceux qui menacent ses intérêts en Algérie. Assassinats ciblés, attentats, avertissements sous forme d’agressions, ces pratiques sont monnaie courante – « des centaines », dira Constantin Melnik, coordinateur des services de renseignement de 1959 à 1962.

    Considérant agir en toute légitimité même s’il est en totale infraction avec le droit international ou domestique, l’Etat français, que ce soit en 1958 ou en 2015, sous la présidence de François Hollande, s’est toujours réservé cette liberté, marquant ainsi les limites du contrôle de l’usage de la force, y compris dans les plus grandes démocraties. Levant un tabou, M. Hollande l’a même confirmé, oralement, dans plusieurs ouvrages, fin 2016. Mais il n’existait aucune trace écrite de ces décisions, du moins jusqu’à la découverte d’un document unique dans le fonds d’archives de Jacques Foccart, l’homme des services secrets et des basses œuvres du gaullisme, également connu comme le père de la Françafrique.

    Daté du 1er août 1958 et annoté de la main de Foccart, ce document non seulement livre les détails d’une condamnation à mort « d’un sujet allemand, (…) dont l’action est très néfaste aux intérêts français en Algérie », mais donne également les identités de la cible et de tous ceux ayant concouru au feu vert donné à son élimination physique. La lecture de cette pièce offre, enfin, une connaissance du processus d’autorisation qui fait intervenir les plus hautes autorités du pays et pose, même soixante ans plus tard, la question de la responsabilité d’un Etat.

    « Le traiter discrètement par toxique indétectable »

    Le Monde a reconstitué l’histoire de cet homme et les raisons qui ont conduit la France à vouloir le tuer. Cette plongée permet de découvrir un épisode méconnu de la guerre d’Algérie : l’action d’un réseau germanophone de soutien au FLN, qui a organisé la désertion de plus de 4 000 légionnaires, via Tétouan, au Maroc. Elle lève aussi le voile sur une guerre secrète qui a opposé la France et l’Allemagne de l’Ouest (la RFA), sur fond de fin de l’empire colonial français, alors qu’au grand jour ces deux pays unissaient leurs voix pour bâtir une Europe pacifique après deux conflits mondiaux meurtriers.

    Intitulée « Fiche relative à la désignation d’un objectif », la note est directement adressée par le service action du Sdece (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage) à Jacques Foccart, qui est, à Matignon, conseiller technique du général de Gaulle – président du conseil pendant six mois avant de faire entrer la France dans la Ve République et de s’installer à l’Elysée. « Schulz-Lesum, sujet allemand, résidant à Tétouan, dit la note, est le chef d’une organisation de désertion de légionnaires français. (…) A la suite d’une mission de reconnaissance, un contact commercial a été établi avec Schulz-Lesum. Ce contact entretenu par correspondance doit nous permettre d’attirer l’objectif dans un lieu favorable au Maroc et de le traiter discrètement par toxique indétectable et à effet différé. »

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    La « fiche relative à la désignation d’un objectif », annotée de la main de Jacques Foccart, qui commandite l’élimination de l’ingénieur allemand Wilhelm Schulz-Lesum. DR
    « Reçu le 3 août 1958, ai donné accord de principe », écrit, dans un premier temps, Jacques Foccart. Dans un second temps, de la même encre bleue, il ajoute, « accord de l’amiral Cabanier le 4 août, transmis aussitôt au colonel Roussillat », avant d’apposer son paraphe, identifiable sur de nombreux autres documents officiels. On relève que le ministre de la défense n’apparaît pas dans le circuit de décision. Le document mentionne que c’est le chef d’état-major général de l’armée, Paul Ely, qui a demandé cette élimination au Sdece. L’amiral Cabanier n’est autre que le chef d’état-major de la défense nationale attaché au général de Gaulle à la présidence du conseil. Le colonel Robert Roussillat est alors le chef du service action du Sdece, chargé de mettre en œuvre cette décision.

    Désertions de légionnaires

    Selon l’historien autrichien Fritz Keller, qui est l’un des rares à mentionner son nom dans ses travaux sur les réseaux d’aide au FLN, la cible, Wilhelm Schulz-Lesum, est née en 1896. D’après le Sdece, il serait alors « à Tétouan, depuis de nombreuses années ». Ingénieur de formation et officiellement responsable d’une société d’import-export, il agit, en réalité, pour le compte des autorités ouest-allemandes. Ses contacts avec la diplomatie de Bonn au Maroc et en Espagne sont avérés et fréquents.

    Son rôle est au cœur d’un rapport transmis, le 31 octobre 1957, par le chef des Renseignements généraux (RG) à Oran au général Salan, commandant la 10e région militaire. Largement nourrie par les informations des RG de Sidi Bel Abbès, où est implanté le quartier général de la Légion, cette enquête est adressée, en copie, au chef du Sdece. « Il s’avère que l’officine mise sur pied en vue de favoriser la désertion des légionnaires allemands existe effectivement. Elle a pour responsable un certain Schulz-Lesum, non identifié, ingénieur à Tétouan, représentant de l’ambassade allemande de Madrid, titulaire de nombreuses décorations honorifiques de la République fédérale de Bonn », y est-il précisé.

    En 1957, les Français assurent que le dénommé Schulz-Lesum est chargé de réceptionner les légionnaires déserteurs à Tétouan et de les diriger sur Madrid via Ceuta et Algésiras. Pour ce faire, il leur fournit des titres de transport et une attestation d’identité contre l’engagement de rembourser la totalité des frais de rapatriement. « Il ressort que des contacts auraient été décelés entre légionnaires allemands et émissaires du FLN à Saïda [Algérie]. Ces contacts seraient pris dans cette ville à l’intérieur du Café des Sports », poursuit le rapport des RG de Sidi Bel Abbès.

    « Révolutionnaire au prestige extraordinaire »

    Le service de rapatriement des légionnaires déserteurs a été créé en octobre 1956 par le Conseil national pour la révolution algérienne (CNRA), et son installation à Tétouan a été confiée à Abdelhafid Boussouf, alias « Si Mabrouk », ex-chef de la wilaya (circonscription administrative) V, perçu par le Sdece comme un « révolutionnaire au prestige extraordinaire, plus proche des combattants du maquis que de l’aile bourgeoise du Front ». En 1953-1954, la Légion comprend 55 % d’Allemands, chiffre qui descend à 35 % entre 1956 et 1962, selon l’historienne Mathilde von Bulow, auteure d’un ouvrage sur l’Allemagne de l’Ouest au temps de la guerre froide et de la guerre d’Algérie. Un bon tiers a moins de 21 ans, et beaucoup ont même moins de 18 ans.

    Le but, pour le FLN, est de structurer un phénomène de désertions croissant. Le 23 août 1955, le général Lorillot, prédécesseur de Salan au commandement de la 10e région militaire, écrit ainsi au ministre de la défense pour lui faire part de « l’augmentation sensible des désertions dans les unités de la Légion étrangère ». Mais il se veut alors rassurant. Cela ne serait dû, selon lui, qu’à « la fin des opérations actives en Indochine », à « la modicité de la solde en Afrique du Nord par rapport aux soldes en Extrême-Orient » et « à la situation de demi-repos (…) propice aux tentatives de fugue ». Néanmoins, il estime nécessaire de « suivre de très près les questions de sécurité interne ».

    L’inquiétude s’accroît pourtant vite. Le 22 octobre 1956, l’interception de l’avion transportant cinq chefs du FLN permet aux Français de trouver sur l’un des leaders, Mohamed Boudiaf, un extrait d’interrogatoire réalisé par les autorités espagnoles d’un légionnaire allemand déserteur âgé de 23 ans, Ludwig Trapp. On peut y lire des informations précieuses sur l’organisation et la sécurité interne de la Légion, ses lieux d’implantation en Algérie. Le 14 décembre 1956, le ministre résident en Algérie assure au secrétaire d’Etat aux affaires étrangères que « les ingérences espagnoles dans la rébellion en Afrique du Nord sont indéniables ».

    Réseaux de solidarité

    Le même 14 décembre 1956, le légionnaire Manfried Kober, de la 5e compagnie du 1er régiment étranger d’infanterie, rejoint ainsi dans le maquis une unité du FLN avec vingt camarades, avec armes et équipements. Ils sont pris en charge pendant vingt et un jours, avant d’être acheminés vers le Sud marocain, en territoire espagnol. Par bateau, ils font ensuite le trajet Ifni-Tétouan. Schulz-Lesum leur fait gagner Tanger, puis Madrid par avion. Kober est accueilli par le consul d’Allemagne dans la capitale espagnole, qui lui remet une somme d’argent, un passeport et un billet d’avion.

    A Berlin, Kober est reçu par un pilier de cette filière de rapatriement, membre du « Nordafrikanischer Club », un certain Lindemann, qui lui demande le remboursement des 600 marks, prix de son retour au pays. L’hebdomadaire Jours de France, en juillet 1957, évoque l’existence de ce réseau allemand, à Berlin. Dirigé par Hans-Peter Rullman, converti à l’islam et membre d’un mouvement pour la réunification de l’Allemagne patronné par la CDU (Union chrétienne démocrate) du chancelier Adenauer, il se livre à l’achat et à la livraison d’armes pour la « résistance algérienne ». Mais son activité principale reste l’organisation de la désertion des légionnaires allemands en Afrique du Nord.

    M. Lindemann, qui prétend avoir 3 200 désertions à son actif, affirme même envoyer des émissaires qui, une fois introduits dans la Légion, endoctrinent des jeunes recrues et les incitent à déserter. De nombreux réseaux de solidarité se montent par ailleurs en Allemagne, dans les milieux étudiants, catholiques, protestants, communistes, trotskistes et syndicaux. Hans-Jürgen Wischnewski, député SPD (Parti social-démocrate), est la figure politique de ce mouvement de soutien. Adenauer, qui ne veut pas laisser la main au parti de l’opposition SPD, laisse faire, persuadé qu’un jour l’Algérie sera indépendante.

    Tétouan, centre de transit

    Le FLN a confié à Abdelkader Chanegriha la coordination de quatre brigades spéciales, chargées du franchissement de la frontière. Deux voies principales d’exfiltration sont empruntées jusqu’à Nador par les déserteurs allemands, vers le sud, puis à l’ouest, suivant l’itinéraire El Aricha, Berguent, Oujda, à pied, puis de Nador à Tétouan, en taxi. Une seconde officine existe à Mascara, le trajet des légionnaires étant alors Dublineau, Tlemcen, Oujda, puis de Nador à Tétouan. « A Nador, ils seraient pris en compte par le gouverneur civil de ce centre puis dirigé sur Tétouan où Schulz-Lesum se chargerait de leur acheminement sur l’Allemagne », conclut le rapport des RG de Sidi Bel Abbès. Le centre de transit de légionnaires déserteurs à Tétouan est établi dans le quartier de Malaga, à une centaine de mètres du cinéma Le Victoria.

    La base de Nador, située au bord de la mer, à l’extrémité est de l’ex-Maroc espagnol, à près de 100 kilomètres de la frontière algéro-marocaine, est le siège de l’état-major rebelle du Comité de libération du Maghreb arabe, mais aussi la plaque tournante du trafic d’armes et du regroupement des Algériens et Marocains partant combattre dans les maquis d’Algérie. « Il existe des ateliers à Nador où des spécialistes (parfois d’anciens légionnaires) fabriquent des grenades et des mines, dit le renseignement militaire. Une usine de fabrication de grenades et de mines se serait récemment montée à Tétouan, à l’embranchement de l’ancienne et de la nouvelle route de Ceuta, sous la direction de deux ingénieurs allemands. »

    Contacté en Algérie par Le Monde, Mohammed Lemkami, ex-membre des renseignements du FLN, se souvient des activités de ces Allemands de Tétouan, notamment de Winfried Müller, devenu officier de l’Armée de libération nationale (ALN) sous le nom de Si Mustapha Müller, dont seul le nom restera dans l’histoire du rapatriement des légionnaires. Son bac en poche en 1954, Lemkami devient instituteur dans son village natal de Khemis, à 45 kilomètres de Tlemcen. Petite main du FLN, il participe peu à peu à des missions de convoyage d’armes à la frontière algéro-marocaine et escorte des chefs de l’ALN avant d’intégrer le ministère de l’armement et des liaisons générales (MALG, le service de renseignement du FLN), créé en 1957 par Boussouf.

    « Ils ont été efficaces »

    « Les contacts avec les légionnaires se faisaient à l’intérieur du pays et ont été initiés par le FLN, se souvient-il. Parfois, en un seul jour, une petite dizaine d’entre eux désertaient, parfois personne. Certains légionnaires venaient avec leurs armes. Ils nous donnaient des informations sur les activités de la Légion, qui était la plus crainte au sein de l’armée française. On leur faisait passer la frontière et on les conduisait dans une ferme à Tétouan. C’est là que le réseau de Si Mustapha Müller prenait le relais pour les rapatrier. Ils ont été efficaces, car il y avait beaucoup d’Allemands et d’Autrichiens dans la Légion. »

    Mohammed Lemkami œuvre alors également au sein du contre-espionnage du MALG. « En 1957, on a intercepté deux hommes du Sdece à la frontière marocaine, se remémore-t-il. Ils se faisaient passer pour des légionnaires déserteurs. S’ils ne répondaient pas à nos questions, ils mourraient, alors ils nous ont donné tout ce qu’ils savaient sur le Sdece au Maroc et en Algérie. Ils nous ont donné les noms des Marocains et des Algériens qui travaillaient pour eux. » Le renseignement est une priorité du FLN. Le Sdece signale, le 29 août 1958, qu’un légionnaire artificier ayant participé à la pose de mines et du réseau électrifié dans la région de Port-Say « aurait déserté et aurait donné tous les plans du réseau ».

    Pour ses activités, Wilhelm Schulz-Lesum est décoré, en 1957, par le président allemand, Theodor Heuss, de la croix fédérale du mérite. Le 2 avril 1958, la présidence autrichienne l’honore également pour son rôle dans le retour de légionnaires autrichiens, qu’il négocie avec l’ambassadeur d’Autriche à Madrid. Dès le 7 février 1957, le Sdece a informé la présidence du Conseil sur « la position autrichienne [qui] risque d’être influencée par l’esprit anti-colonialiste de certains secteurs socialistes. Dans ces conditions, il y a lieu de prévoir soit l’abstention de l’Autriche, soit l’alignement sur l’attitude des Etats-Unis ». Karl Blecha, futur ministre de l’intérieur autrichien, alors président de l’Union des étudiants socialistes, se rend, en 1958, en Afrique du Nord pour rencontrer des membres du FLN.

    Maquiller les opérations

    Reimar Holzinger, un socialiste autrichien né en 1921, qui a rencontré Si Mustapha Müller en 1955, est devenu son alter ego et s’occupe de l’exfiltration des déserteurs autrichiens. Il prend également en charge les Hongrois qui ont intégré la Légion après les événements de 1956 à Budapest. Bruno Kreisky, alors ministre des affaires étrangères autrichien, soutient le gouvernement algérien en exil et le réseau Holzinger. « Quand un Autrichien désertait, le service de rapatriement contactait l’ambassade d’Autriche à Madrid, laquelle se chargeait d’organiser le transfert en bateau de Barcelone à Gênes et de là vers l’Autriche », a rapporté Holzinger à l’historien Fritz Keller.

    C’est dans ce contexte que le service action du Sdece va tenter de mettre en œuvre l’ordre d’éliminer Wilhelm Schulz-Lesum. Pour maquiller ce type d’opération, la France étant déjà critiquée au sein de l’ONU pour sa politique algérienne, le Sdece fait croire qu’un groupe mystérieux appelé La Main rouge opère de manière autonome et mène, seul, des actions contre les soutiens actifs au FLN. Un grand nombre d’opérations étant perpétrées en Allemagne de l’Ouest, il s’agit aussi de ne pas heurter l’allié allemand. Selon un ancien du 11e régiment parachutiste, bras armé du Sdece, l’opération d’approche mentionnée dans la note Foccart auprès de Schulz-Lesum était la spécialité d’un groupe d’agents du Sdece mené par Jean-Pierre Lenoir, expert dans la traque des trafiquants d’armes et très actif en Espagne.

    Le rôle de faux nez joué par La Main rouge n’a guère trompé les autorités allemandes, qui mènent, de leur côté, un double jeu. Dans leur Histoire des services secrets allemands (Nouveau monde, 2009), Michael Mueller et Erich Schmidt-Eenboom indiquent que le BND, l’équivalent allemand du Sdece, disposait d’un bureau au siège des services français, à Paris, et qu’il prêtait main-forte dans la traque aux réseaux de soutien au FLN, y compris sur le sol allemand.

    Quand l’Allemagne équipait le FLN

    Mais, à la fin des années 1950, pour s’attirer les faveurs de pays arabes tout juste sortis du joug colonial, la RFA envoie aussi ses agents du BND former les services de sécurité de la Syrie, du Soudan et de l’Egypte, pays où les renseignements allemands dialoguent avec le FLN et son gouvernement provisoire. La RFA considérait favorablement le rapatriement de légionnaires allemands, estimant que leur présence dans cette force coloniale française était une atteinte à sa souveraineté et à son image. En 1958, un agent expérimenté du BND, Richard Christmann, lui-même ex-légionnaire, se rend d’ailleurs à Sidi Bel Abbès pour rendre compte des activités du réseau.

    Les menaces du Sdece n’ont pas été sans effet. Le BND semble avoir prévenu Wilhelm Schulz-Lesum du danger. Lorsque la sentence mortelle est prononcée à son encontre, le 4 août 1958, dans le secret du bureau de Foccart, l’homme est déjà en partance vers Madrid. Le Sdece relève d’ailleurs, le 4 juin 1958, que les déserteurs sont désormais accueillis, à Tétouan, par un autre Allemand, Otto Berger, également agent consulaire de la République fédérale allemande.

    Tétouan, terre d’espions et point d’observation régional au cœur de l’empire colonial français en train de s’affaiblir, intéresse alors tous les services secrets étrangers. D’après l’historien Kader Benamara, qui a travaillé avec M. Keller sur les réseaux de solidarité autrichiens en faveur du FLN, « Si Mustapha Müller avait été contacté par la CIA pour connaître le rôle du Parti communiste au sein de la rébellion algérienne ». Le FLN était, selon le renseignement militaire français, équipé d’« appareils portatifs de fabrication américaine » fournis par l’Allemagne.

    « Déviance titiste »

    Le même Müller avait déserté, pendant la seconde guerre mondiale, la Wehrmacht pour rejoindre l’Armée rouge, au sein de laquelle il a joué un bref rôle de propagandiste communiste à destination des soldats allemands. Exclu d’une école de cadres communistes, en 1950, pour « déviance titiste », il tente, en vain, d’entrer dans la Légion étrangère, le 2 février 1951, à Landau, en Allemagne, puis débarque à Paris, en 1953, où il devient chef du protocole d’un diplomate sud-américain dont la femme ne saura jamais que sous son lit étaient cachés des lots de grenades destinés aux amis du FLN. Repéré par les services français, il fuit vers le Maroc en 1956, où il noue vite des relations étroites avec les représentants consulaires et diplomatiques de la République fédérale allemande.

    Les Soviétiques, proches alliés du FLN, étaient également présents à Tétouan et n’ont pas perdu le contact avec Müller. Un télégramme du 26 mai 1959 du consulat général de France de Tétouan à son ministère à Paris indique, laconique, qu’un « service commercial russe aurait loué des bureaux par l’intermédiaire de M. Garcia Rivera, vente de produits agricoles ». La tête de Müller est mise à prix 50 000 marks, mais il est moins facile à atteindre que Schulz-Lesum. Il échappe à un explosif caché dans un livre envoyé du Caire qui l’attend à la poste de Tétouan. Quatre gardes du corps le suivent en permanence et des chiens protègent sa maison, à Tétouan, des agents de La Main rouge.

    La vindicte est retombée

    Comme bon nombre d’opérations commandées au Sdece à cette époque, finalement avortées ou abandonnées, celle ayant visé Wilhelm Schulz-Lesum paraît ne pas avoir été menée à son terme. Après des recherches en Algérie, au Maroc, en Allemagne et en Autriche, Le Monde a finalement retrouvé sa trace, en juin 1965, à Madrid, où l’ingénieur de 69 ans a renoué avec ses premiers centres d’intérêt. Il y dépose, le 1er juin 1965, un brevet technique sur un extincteur d’incendie. Il a retrouvé une vie normale. La vindicte française est retombée.

    Trois ans plus tôt, en effet, le 15 septembre 1962, Si Mustapha Müller a annoncé la fin des activités du service de rapatriement de légionnaires déserteurs « eu égard au rétablissement de l’indépendance de l’Algérie et compte tenu de l’accord franco-algérien d’Evian ». Parmi les 4 111 légionnaires déserteurs rapatriés par le réseau figurent 2 783 Allemands, 489 Espagnols, 447 Italiens, 137 Hongrois, 87 Yougoslaves, 41 Belges, 35 Suisses, 31 Autrichiens, 16 scandinaves, 19 Hollandais, 7 Luxembourgeois, 3 Grecs, 9 Britanniques, 2 Américains, 3 Latino-Américains, 1 Coréen et 1 Bulgare.

    Wilhelm Schulz-Lesum redevient l’un des acteurs anonymes d’une aventure collective tombée dans l’oubli, qui fut résumée, en avril 1961, par le journal américain de Francfort The Overseas Weekly sous un titre évocateur : « Le service qui a volé une brigade entière de la Légion étrangère sans tirer un coup de fusil ».

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  • Le marché et l’électricité, le dogme perd l’Europe

    http://huet.blog.lemonde.fr/2017/09/04/le-marche-et-lelectricite-le-dogme-perd-leurope

    Peut-on faire confiance à un « marché » qui, pour une même marchandise, proposerait un prix fluctuant entre 3000 euros et… mieux que la gratuité, le producteur vous payant pour que vous consommiez son produit ?

    http://huet.blog.lemonde.fr/files/2017/09/Léclairage-en-europe-montre-le-réseau-électrique.-En-rouge.jpg

    Le livre de Hansen et Percebois conduit à s’interroger sur les deux « transitions » du système électrique européen.

    La première, celle de la fin des services publics, a échoué. Absolument rien ne permet de penser qu’une amélioration de la gestion des monopoles historiques sur la base de prescriptions publiques fondées sur des objectifs clairs – efficacité opérationnelle, recherche du système de production et de transport optimal en coûts (y compris par une augmentation des échanges frontaliers), dé-carbonisation de la production pour respecter l’impératif écologique – n’aurait pas eu de résultats meilleurs. Et comme les Britanniques discutent d’une renationalisation de leurs chemins de fer après l’échec cinglant des privatisations, celle des systèmes électriques doit être rediscutée sur la place publique.

    La seconde, celle du défi de la dé-carbonisation de la production d’électricité – le secteur le plus émetteur de CO2 au plan mondial en raison de la domination du charbon et du gaz – suppose une intervention publique décisive. Aucun marché ne peut déboucher sur une planification judicieuse et de long terme des moyens de production et des réseaux de transport visant cette transition au moindre coût. Et ceci quelques soient les moyens dé-carbonés utilisés : hydrauliques, éoliens, photovoltaïques, marins, géothermiques, biomasse, biogaz, nucléaire. Ce que le marché dicte, ce sont les moyens de production à la rentabilité immédiate la plus élevée, gaz naturel et charbon. Les choix optimaux entre ces différents moyens ne peuvent être identiques selon les pays et les régions, les ressources naturelles et les impératifs de l’énergie nucléaire sûre et à bas coût n’y étant pas les mêmes.

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  • Qualifié de « dictature » par France 2, l’Azerbaïdjan poursuit la chaîne en justice

    http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2017/09/05/qualifie-de-dictature-par-france-2-l-azerbaidjan-poursuit-la-chaine-en-justi

    L’Azerbaïdjan occupe la 162e place sur 180 au classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières en 2017.

    http://img.lemde.fr/2016/09/29/0/0/5616/2808/644/322/60/0/6875b6d_7254-wtzzrt.JPG

    C’est un reportage vieux de deux ans qui va être revu par le tribunal correctionnel de Nanterre, mardi 5 septembre. L’Azerbaïdjan poursuit la chaîne France 2, et la journaliste Elise Lucet, pour un sujet de l’émission « Cash investigation » diffusé le 7 septembre 2015, dans lequel le pays était qualifié de « dictature ». L’Azerbaïdjan demande 1 euro symbolique, en réparation du préjudice.

    La cour d’appel de Versailles avait confirmé en mai un non-lieu en faveur d’un député français poursuivi par l’Azerbaïdjan pour l’avoir qualifié le pays d’« Etat terroriste » sur un site Internet, au motif qu’un Etat étranger ne peut attaquer en diffamation. L’Etat du Caucase s’est pourvu en cassation dans cette affaire.

    Pour les mêmes motifs, le tribunal correctionnel de Paris a jugé irrecevable deux actions en diffamation du Maroc contre le boxeur Zakaria Moumni, qui affirme avoir été torturé dans son pays. Le Maroc a fait appel.

    https://seenthis.net/messages/627166 via enuncombatdouteux


  • *A l’Observatoire de Paris, un bureau d’enquêtes (presque) incollab le*

    http://www.lemonde.fr/sciences/article/2017/09/04/a-l-observatoire-de-paris-un-bureau-d-enquetes-presque-incollable_5180957_16

    Enigmes criminelles ou archéologiques, fêtes cultuelles ou curiosités profanes… A l’Observatoire de Paris, on répond à toutes les questions sur la marche du ciel.

    http://img.lemde.fr/2017/09/04/327/0/1648/824/644/322/60/0/cdcab4f_19291-10fdxkm.yereqdj9k9.jpg

    Lorsque la lettre, signée ­Patrick Kearney, portant l’adresse de la prison d’Etat de Mule Creek (Californie) est arrivée, Pascal Descamps a d’abord cru à une plaisanterie. Mais, vérification faite, l’auteur de ce courrier aux larges caractères manuscrits était bel et bien le célèbre tueur en série californien des années 1970. Condamné à la réclusion à perpétuité pour 21 meurtres, mais probablement responsable au total de 43, l’assassin qui exécutait ses victimes (souvent des homosexuels) dans sa voiture, avant de les violer, de les découper en morceaux et de les abandonner dans le désert, posait à l’astronome une question simple mais curieusement décalée au regard de sa ­situation personnelle. En admettant que cela soit possible, interrogeait-il depuis sa cellule, combien de temps faudrait-il à un vaisseau spatial, soumis à une accélération constante de 9,81 ms-2, pour ­atteindre la vitesse de la lumière ? Serait-ce 353 jours, 19 heures, 45 minutes et 23 secondes ?

    « Un statut d’expert »

    Responsable, et unique employé, du trop confidentiel Service de calculs astronomiques et de renseignements de l’Institut de ­mécanique céleste et de calcul des éphémérides (IMCCE) de l’Observatoire de Paris et du CNRS, Pascal Descamps a vite appris à n’être surpris de rien. Conformément à une tradition ancienne, remontant à l’époque, antérieure à 1998, où le Bureau des longitudes, créé par la Convention, avait seul en France la capacité de prévisions en matière de mouvements des corps célestes, il est chargé de ­répondre aux questions adressées à l’Observatoire de Paris par le ­public. Qu’il s’agisse de particuliers, de professionnels ou de la justice. Successeur de Patrick ­Rocher, parti à la retraite en juillet 2015, il en avait, au 1er mai, déjà traité 616, consacrant à cette activité la moitié de son travail de chercheur, là où l’administration avait prévu un tiers de mi-temps.

    C’est que, explique-t-il, donner une suite à ces sollicitations, ­reçues par la poste ou par courriel, peut être « chronophage ». Passe encore, lorsqu’il s’agit uniquement, comme six fois sur dix, de fournir une éphéméride d’heure de lever et de coucher du soleil et de la lune ou de décrire des phénomènes célestes tels que l’éclipse solaire du 21 août. Admettons également que peu de temps soit ­nécessaire pour dissiper les craintes de ceux qui, comme cette dame, s’inquiètent systématiquement de savoir si les astéroïdes ­géocroiseurs évoqués à la radio ne vont pas s’écraser incessamment sur Terre. Tout cela était prévu !

    Mais lorsque le problème touche à un point particulier de l’histoire de l’astronomie ou concerne une technique spécifique impliquant des calculs poussés, la ­réponse peut être longue à formuler. Une récente controverse à propos de la démonstration de la bissection de l’excentricité de l’orbite terrestre par l’astronome du XVIIe siècle, Jean Dominique ­Cassini (1625-1712), n’a-t-elle pas entraîné deux mois de travail pour Pascal Descamps ?

    Or, ce dernier est également tenu d’aider les lycéens à préparer leur travail d’initiative personnelle encadré (TIPE), d’indiquer aux différents cultes français qui en font la demande les dates et heures des fêtes religieuses liées aux cycles lunaire et solaire – comme le début du ramadan ou la rupture du jeûne qui dépendent de la position géographique des ­fidèles. Et de fournir, contre rétribution, aux journaux de chasse, de pêche et depuis peu d’agronomie – avec le développement de la culture du vin par « biodynamique lunaire » – les éphémérides qu’ils commandent.

    « Enfin, rappelle Pascal Descamps, l’Observatoire de Paris a un statut d’expert. Et, à ce titre, il répond à des réquisitions judiciaires. » La reconstitution d’un assassinat nocturne oblige les juges d’instruction à s’informer des phases de la Lune et des conditions d’éclairement à l’heure supposée du crime. Et il n’est pas rare que la police judiciaire veuille vérifier si un éblouissement, causé par une position particulière du Soleil, pourrait expliquer certains accidents mortels de voiture, ­d’hélicoptère ou d’avion. Dans les ­années 1990, le témoignage d’un conducteur qui avait écrasé un piéton avait ainsi été validé.

    Dans ses nouvelles fonctions, se félicite l’astronome, il y a toujours l’excitation de l’insolite. Cette ­succession d’énigmes grandes ou moins grandes, posées par des particuliers, qu’il faut s’efforcer de résoudre en glanant renseignements et astuces dans le champ fertile du savoir humain. Certes, admet le scientifique, le lot cache quelques fruits gâtés, comme ce courriel anonyme relatif à la date prochaine d’une obscure conjonction astrale liée manifestement à des actes de sorcellerie, ou cette lettre signée « Langage de velours » dont l’auteur refusait obstinément de recourir au genre féminin et s’obligeait à employer un ­curieux vocabulaire où les mots « Terre » et « galaxie » étaient remplacés par ceux, improbables, de « planétoïde » et de « galactisme ».

    Questions diverses

    Mais ces courriers recèlent aussi de véritables perles, souvent poétiques. Ecrivain de science-fiction souhaitant connaître l’effet qu’aurait la présence de deux ou trois lunes supplémentaires autour de la Terre. Violoniste désireux de débuter un concert à ­l’instant exact du crépuscule. ­Publicitaire aspirant à organiser un événement une nuit où la pleine lune serait posée juste au sommet de la tour Eiffel observée depuis le Trocadéro…

    Beaucoup de questions, précise le chercheur, proviennent d’historiens et d’archéologues qui en ­appellent aux astronomes pour associer des dates aux phénomènes célestes dont ils retrouvent les traces dans des archives. Ces derniers leur servant aussi bien de jalons pour établir des chronologies d’événements que, comme dans le cas des gravures rupestres des Pléiades de la montagne sacrée du Bego (Alpes-Maritimes) ou celui de l’alignement des fours du premier âge du fer d’Eyrein (Corrèze), d’indices de la présence d’un rituel.

    Ainsi, Pascal Descamps raconte avoir expertisé des graffitis de la cathédrale de Nevers (Nièvre) faisant allusion à une possible, mais imaginaire après vérification, éclipse du Soleil en l’an 1606. Et son prédécesseur Patrick Rocher se souvient avoir fourni des renseignements sur des questions aussi diverses que l’état de la voûte céleste au moment des expéditions de La Pérouse, la façon particulière dont était fixée l’heure du début de la journée dans la ville de Florence à l’époque de Mona Lisa, ou encore le moment des lunaisons qui marquaient, pense-t-on, le commencement des cérémonies cannibales des Taïnos des Caraïbes. En relevant la longueur des ombres sur une vieille photographie, le même spécialiste, en poste de 2002 à 2015, a réussi à découvrir à quelle ­période de l’année 1916 était survenue, dans le quartier du Montparnasse à Paris, une rencontre, longtemps inconnue des historiens, entre le peintre Picasso et le poète et romancier Max Jacob.

    La méthode n’a pas, pour autant, réponse à tout, surtout lorsque les événements recherchés remontent loin dans le passé. En raison des incertitudes de positionnement causées par le ralentissement irrégulier de la rotation de la Terre, Patrick Rocher a dû se ­contenter d’une fourchette de cent huit ans (entre 1848 et 1740 av. J.-C), pour préciser l’année d’une éclipse solaire citée dans un calendrier ­babylonien qu’une assyriologue souhaitait dater. Et selon Pascal Descamps, faute de nouvelles sources, il ne sera jamais possible de savoir quand exactement est survenue la bataille de Gabaon au cours de laquelle, comme chacun le sait, Josué a obtenu de Dieu qu’il « arrête le Soleil ».

    Mais qu’importent ces échecs ! Le métier apporte assez de satisfactions pour ne pas perdre son temps en vaines lamentations. Pascal Descamps a, par exemple, rendu récemment un petit service aux responsables d’une mosquée en construction à Clamart (Hauts-de-Seine), qui s’interrogeaient sur le meilleur moyen de déterminer la direction de La Mecque. Le défi était ici de proposer une méthode élégante par sa simplicité. Celle adoptée ne faisait ainsi appel ni à un GPS ni à une boussole, mais à la seule arme que le sage s’autorise à porter : un simple bâton fiché dans le sol dont l’ombre portée, à un certain moment, indiquait aux croyants vers où se tourner pour retrouver la ville sainte.

    Les Indiens caraïbes et la constellation du Scorpion

    « Pourriez-vous me fournir les dates des levers et des couchers ­héliaques de la constellation du Scorpion et de l’amas des Pléiades pour l’année 1650 dans les Petites Antilles ? » Telle est la question qu’a adressée Benoît Roux, doctorant à l’université de Reims-Champagne-Ardenne spécialiste des « Indiens caraïbes » du XVIIe siècle, à l’astronome Pascal Descamps. Le lever héliaque (dit du « matin ») d’un astre indique le moment de l’année où ­celui-ci devient visible avant le lever du Soleil. Très utilisé dans l’Antiquité, il était signalé dans les calendriers pour les étoiles les plus remarquables. Des sources européennes rendent compte de cette pratique chez les Amérindiens. Mais, explique Benoît Roux, « ces documents ne donnent pas de détails sur les observations ni sur la conjoncture astrale tenue pour significative ». En comparant les dates calculées par Pascal Descamps aux temps – celui de la guerre, de la pêche… – marquant la vie des Amérindiens, et aux événements climatiques saisonniers de la région, l’étudiant espère affiner la connaissance du calendrier caraïbe.

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  • Comment cinq phrases ont précipité la crise des opioïdes

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/09/02/comment-cinq-phrases-ont-precipite-la-crise-des-opioides_5180036_3232.html

    Les médecins américains ont prescrit en masse ces antidouleurs sur la foi d’un faux consensus construit dans la littérature biomédicale, relate notre journaliste Stéphane Foucart dans sa chronique.

    http://img.lemde.fr/2017/09/03/648/0/5760/2880/644/322/60/0/43f0b25_11905-3rqb8o.gcsfumzpvi.jpg

    CHRONIQUE. Ne s’intéresser qu’aux conséquences des phénomènes, et non à leurs causes, est l’une des malédictions de notre époque. Tout ou presque a ainsi été écrit sur les effets désastreux de l’épidémie d’addiction aux opioïdes qui frappe les Etats-Unis, mais très peu sur ses causes profondes. Relativement méconnue en France, cette crise sanitaire est certainement l’une des plus graves menaces à laquelle est confrontée la société américaine. A quoi est-elle due ? On croit le savoir : à la mise sur le marché, au milieu des années 1990, de proches cousins de la morphine et de l’héroïne, massivement prescrits dans le traitement des douleurs chroniques. Mais pourquoi les médecins nord-américains ont-ils autant prescrit ces substances ?

    Quatre chercheurs et médecins canadiens conduits par David Juurlink (Sunnybrook Research Institute, à Toronto) se sont posé la question. Leur réponse, publiée cet été dans le New England Journal of Medicine (NEJM), compte au nombre des textes les plus surprenants et perturbants récemment publiés. « Entre 1999 et 2015, plus de 183 000 morts [par overdose] d’opioïdes ayant été prescrits ont été rapportés aux Etats-Unis, et des millions d’Américains sont dépendants à de telles substances, écrivent les auteurs. La crise est survenue en partie parce qu’il a été dit aux médecins que le risque d’addiction était faible lorsque les opioïdes étaient prescrits pour les douleurs chroniques. » Toute la question étant de savoir pourquoi tant de professionnels de santé, en majorité scrupuleux et honnêtes, ont procédé de la sorte.

    Un simple courrier

    Pour comprendre, M. Juurlink et ses coauteurs ont ausculté la littérature scientifique. Ils ont constaté qu’un nombre considérable d’articles publiés dans les revues savantes tenait pour acquis le fait que les opioïdes présentaient peu de risques d’addiction. Une écrasante majorité d’entre eux citaient à l’appui de cette affirmation : « Porter J., Jick H., “L’addiction est rare chez les patients traités avec des narcotiques”, NEJM, 1980, vol. 302 (2), p. 123. » L’absence de risque d’addiction aux opioïdes a-t-elle été démontrée dans cette publication de 1980 ? M. Juurlink et ses collègues sont allés y voir de plus près.

    En réalité, la publication en question n’était pas une étude, mais un simple courrier, un petit paragraphe de… cinq phrases. Deux médecins signalaient seulement que, sur quelque 12 000 patients hospitalisés ayant reçu « au moins un narcotique », seuls quatre avaient contracté une addiction. Ils évoquaient donc des malades traités au cours de leur hospitalisation – rien à voir avec les effets de prescriptions au long cours, pour des douleurs chroniques.

    Cette lettre a été citée plus de 600 fois

    M. Juurlink et ses collègues ont compté : cette lettre a été citée plus de 600 fois dans la littérature biomédicale ! Dans la majorité des cas (72,2 %), elle l’a été sans recul critique. Les auteurs tenaient pour acquis qu’elle dédouanait les opioïdes de tout risque d’addiction. Autant dire que les médecins et chercheurs l’ayant mentionnée de la sorte ne l’ont pas lue. Ils ont négligemment recopié une référence piochée dans des études antérieures. Un peu comme les rumeurs se propagent sur les réseaux sociaux.

    Les médecins américains ont donc prescrit en masse ces opioïdes sur la foi d’un faux consensus construit dans la littérature savante. A la faillite des régulateurs ayant autorisé ces médicaments s’est ajoutée celle de la communauté médicale, qui a collectivement cherché à légitimer leur utilisation. De fait, il faut attendre 1996 et la mise sur le marché du premier de ces antalgiques pour voir s’envoler le nombre de citations du bref courrier incriminé…

    LES PREMIÈRES ESTIMATIONS CHIFFRENT, POUR LA SEULE ANNÉE 2016, ENTRE 59 000 ET 65 000 MORTS PAR OVERDOSE

    Fréquente dans le monde académique, cette forme de conservatisme, consistant à tenir pour certaine l’innocuité d’un produit parce qu’il a été autorisé à être mis sur le marché, a parfois des conséquences désastreuses. Elles sont ici incalculables. Aux millions d’Américains entrés dans la dépendance par le biais de leur ordonnance et aux 183 000 morts par overdose d’opioïdes prescrits entre 1999 et 2015, il faudrait ajouter les milliers de morts annuels d’overdose à l’héroïne et au fentanyl, illégalement achetés par ceux dont la prescription n’a pas été renouvelée. Le bilan est énorme et s’aggrave rapidement. Les premières estimations chiffrent, pour la seule année 2016, entre 59 000 et 65 000 morts par overdose, très majoritairement dues aux opioïdes, soit plus que les accidents de la route et plus que les armes à feu. Et autant que la somme des deux.

    https://seenthis.net/messages/626669 via enuncombatdouteux


  • Presque tous les pays dans le monde pourraient se lancer dans le 100% énergies renouvelables

    http://www.slate.fr/story/150372/pays-monde-energies-renouvelables

    La planète est prête pour dire au revoir aux énergies fossiles. C’est en tout cas ce qu’affirme une étude publiée dans le journal Joule et relayée par le site Popular Science. Elle propose une feuille de route pour l’énergie pour 139 pays responsables de 99% de la pollution mondiale, expliquant à chaque fois quelles ressources sont nécessaire pour que chacun puisse se passer des énergies fossiles et adopter les renouvelables. « Selon les résultats de l’analyse, la planète est pratiquement prête à se reposer uniquement sur le renouvelable d’ici 2050 », note Popular Science.

    http://www.slate.fr/sites/default/files/styles/1090x500/public/wind-power.jpg

    Mark Jacobson et son équipe ont listé l’énergie solaire, la géothermie ainsi que le vent à disposition de chaque pays. Ensuite, ils ont calculé combien d’énergie il faudrait pour atteindre 80% d’énergies vertes d’ici 2030 et 100% d’ici 2050. « J’étais surpris de voir combien de pays avaient des ressources suffisantes pour s’alimenter en énergie renouvelable à 100% avec le vent, l’eau et le soleil », explique Jacobson.

    Si toutes les entreprises décident de passer à l’énergie renouvelable (rêvons un peu), il y a une phase où sa production baissera. Mais il ne faut pas oublier qu’une partie des énergies renouvelables déjà produite sert à financer l’utilisation des énergies fossiles, et qu’au final, chaque pays pourrait se reposer sur ces ressources non polluantes. « Nous pensons qu’une transition est possible et bénéfique de bien des façons, et il y a peu de défauts, conclut le chercheur. Comme pour tout, vous ne voulez pas changer, et c’est difficile de changer si ce qui est en place fonctionne. Mais, actuellement, les choses fonctionnent avec des conséquences monstrueuses. »

    https://seenthis.net/messages/624627 via enuncombatdouteux


  • De la fin d’un monde à la renaissance en 2050

    http://www.liberation.fr/debats/2017/08/23/de-la-fin-d-un-monde-a-la-renaissance-en-2050_1591503

    Alors que s’ouvrent les Journées d’été d’EE-LV à Dunkerque, l’ancien ministre de l’Environnement Yves Cochet examine l’effondrement mondial imminent et la nécessité d’un projet décroissant.

    http://md1.libe.com/photo/1049080-le-corps-etherique.jpg?modified_at=1503512059&picto=fb&ratio_x=191&ratio_y=100&width=600

    Initialement munis d’une immense générosité intellectuelle et porteurs de la seule alternative nouvelle à la vieille gauche et à la vieille droite, les écologistes politiques ont aujourd’hui presque tout perdu, même leurs sièges. Ils apparaissent périmés, faute d’être présents au réel.

    Celui-ci a beaucoup changé depuis trente-trois ans, particulièrement par le passage du point de bascule vers un effondrement global, systémique, inévitable. Jadis, inspirés par le rapport Meadows ou les écrits de Bernard Charbonneau, René Dumont et André Gorz, nous connaissions déjà les principales causes de la dégradation de la vie sur Terre et aurions pu, dès cette époque et à l’échelle internationale, réorienter les politiques publiques vers la soutenabilité. Aujourd’hui, il est trop tard, l’effondrement est imminent.

    L’effondrement de la première étape est possible dès 2020, probable en 2025, certain vers 2030. Une telle affirmation s’appuie sur de nombreuses publications scientifiques que l’on peut réunir sous la bannière de l’Anthropocène, compris au sens d’une rupture au sein du système-Terre, caractérisée par le dépassement irrépressible et irréversible de certains seuils géo-bio-physiques globaux. Ces ruptures sont désormais imparables, le système-Terre se comportant comme un automate qu’aucune force humaine ne peut contrôler.

    La seconde étape, dans les prochaines années 30, sera la plus pénible au vu de l’abaissement brusque de la population mondiale (épidémies, famines, guerres), de la déplétion des ressources énergétiques et alimentaires, de la perte des infrastructures (y aura-t-il de l’électricité en Ile-de-France en 2035 ?) et de la faillite des gouvernements.

    Sans surprise, hélas, notre perspective générale ne semble pas encore partagée par la majorité des écologistes qui tiennent leurs Journées d’été européennes à Dunkerque. Ainsi, la plénière finale du samedi 26 août est-elle en partie consacrée au « développement industriel » en Europe. Un élan vers le pire.

    https://seenthis.net/messages/624515 via enuncombatdouteux


  • Quand les nazis s’inspiraient des lois raciales américaines

    http://www.slate.fr/story/150024/nazis-inspiration-lois-racistes-americaines

    il y a quatre-vingt ans, des Allemands voyaient dans l’Amérique et ses lois raciales la promesse d’un futur radieux. Une histoire « négligée » que raconte un livre stimulant récemment publié aux États-Unis, Hitler’s American Model : The United States and the Making of Nazi Race Law.

    http://www.slate.fr/sites/default/files/800px-Nuremberg_laws.jpg

    Son auteur, James Q. Whitman, professeur de droit comparé à l’université de Yale, centre son analyse sur deux des trois lois de Nuremberg adoptées par le Reichstag le 15 septembre 1935, qui constituèrent une étape essentielle de l’exclusion des Juifs de la société allemande, prélude à leur extermination. La « loi sur la citoyenneté du Reich » distinguait entre deux catégories d’Allemands, les citoyens, qui jouissaient de leurs droits politiques, et les ressortissants, qui en étaient privés. La « loi de protection du sang et de l’honneur allemands », elle, interdisait les mariages entre Juifs et non-Juifs. Les deux, selon Whitman, ont connu une influence, sinon une inspiration, commune : les lois raciales américaines.

    Les mariages « interraciaux », eux, sont interdits entre blancs et noirs dans une majorité des États avant la Seconde Guerre mondiale, et très souvent aussi entre blancs et Asiatiques ou blancs et Amérindiens –les nazis observèrent ainsi avec intérêt le Cable Act de 1922, qui permettait de dépouiller de sa nationalité une Américaine qui épousait un Asiatique.

    Deux mois plus tôt, en effet, des militants communistes s’étaient introduits sur le paquebot SS Bremen, qui mouillait dans le port de New York, et avaient déchiré le drapeau à croix gammée avant de le jeter dans l’Hudson. Quelques jours plus tard, les coupables étaient libérés par un magistrat juif, Louis B. Brodsky, qui assimilait le drapeau à croix gammée au « drapeau noir de la piraterie » et qualifiait le nazisme de « révolte contre la civilisation ». Le secrétaire d’État Cordell Hull présenta ses excuses à l’Allemagne, poussant Hitler, à Nuremberg, à féliciter l’administration Roosevelt pour sa réponse « digne et honorable », tandis que Goering dénonçait le « juif arrogant » qui avait libéré les déchireurs de drapeau. Huit décennies plus tard, James Q. Whitman a choisi de dédier son livre « au fantôme de Louis B. Brodsky ».

    https://seenthis.net/messages/624501 via enuncombatdouteux


  • En 1840, Etienne Cabet rêvait un paradis rouge

    http://www.lemonde.fr/festival/article/2017/08/25/en-1840-etienne-cabet-revait-un-paradis-rouge_5176317_4415198.html

    COMME SUR L’ÎLE D’UTOPIE DE THOMAS MORE OU DANS LA CITÉ DU SOLEIL DE CAMPANELLA, RIEN NE SE VEND, RIEN NE S’ACHÈTE : L’USAGE DE LA MONNAIE EST INTERDIT AUX PARTICULIERS

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    Il fallait oser. Ecrire un récit de voyage au XIXe siècle, une époque où le genre semble avoir fait long feu, n’a rien d’évident. En ce temps-là, plus personne ne s’assume utopiste – sauf Etienne Cabet, l’auteur de Voyage en Icarie, d’abord paru en 1840 sous le titre de Voyage et aventures de lord William Carisdall en Icarie. Contrairement à la plupart de ses contemporains, cet ancien militant républicain qui a lutté contre la monarchie de Juillet ne craint pas de revendiquer l’héritage du premier utopiste, Thomas More, pour expliquer sa conversion au communisme.

    Alors que Thomas More s’adressait, au XVIe siècle, aux humanistes, le livre d’Etienne Cabet est, lui, à destination des ouvriers. « Il a dans l’idée qu’il faut d’abord remodeler les imaginaires afin de pouvoir transformer le réel », affirme François Jarrige, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Bourgogne. Pour faciliter la lecture de son livre, il choisit de recourir à la forme éprouvée du récit de voyage et il adopte un style simple, sans se perdre dans des analyses austères. A rebours d’un Charles Fourier dont l’écriture est empreinte d’une sécheresse mathématique, il met en œuvre une « stratégie publicitaire », estime encore l’historien.

    Langage des masses

    A la fin de son utopie, Etienne Cabet s’en explique : « Il y a deux manières d’écrire pour le Peuple ; l’une, (…) d’embrouiller et d’obscurcir les choses simples et claires, souvent pour avoir l’air d’être savant ; l’autre, d’éclaircir les choses les plus embrouillées, de faire de la science sans le dire et de tout faire comprendre en employant la langue vulgaire. » Il choisit la deuxième option : parler le langage des masses exige, selon lui, des compromis. « Cabet n’est pas anticlérical mais, dans une société encore très chrétienne, tenir un discours religieux en expliquant que le vrai christianisme est en Icarie vise à gagner le peuple à sa cause sans l’effrayer », poursuit l’historien François Jarrige.

    La mise en scène de Voyage en Icarie sera on ne peut plus classique : parti le 22 décembre 1835, Lord William Carisdall arrive au port de Camiris, sur la côte orientale du pays imaginaire des Marvols. Icarie, dont le nom évoque une île grecque de la mer Egée, en est séparé par un bras de mer qui se traverse en six heures. Dans cette contrée passionnée d’égalité qui ne figure sur aucune carte, seuls sont admis les étrangers parlant la langue icarienne. Très facile à apprendre, elle est destinée à devenir « la langue de toute la terre » : « parfaitement rationnelle, régulière et simple », elle « s’écrit comme elle se parle et se prononce comme elle s’écrit ». Les règles y « sont en très petit nombre, et sans aucune exception » et « tous les mots (…) ont une signification parfaitement définie ».

    Le navigateur débarque dans la ville « neuve et régulière » de Tyrama, avec ses rues « droites, larges et parfaitement propres » qui rappellent au narrateur la rue de Rivoli, à Paris. Tout y est « charmant » – les maisons, les jardins, les fermes, les villages, les coteaux, les enfants… « C’était la plus jolie de toutes les villes que je connaissais », écrit Etienne Cabet, non sans une pointe de naïveté. A l’arrivée de Lord William Carisdall, les autorités du pays lui demandent de s’acquitter de la somme de deux cents guinées : la nation se chargera ensuite de lui fournir ce dont il a besoin pendant ses quatre mois de séjour. Car en Icarie, comme sur l’île d’Utopie de Thomas More ou dans la Cité du soleil de Campanella, rien ne se vend, rien ne s’achète : l’usage de la monnaie est interdit aux particuliers.

    A la pointe de la technologie

    Voyage en Icarie ne fantasme pas un mode de vie simple et champêtre, comme c’est souvent le cas dans le genre utopique. « C’est l’une des premières utopies communistes fondée sur la technique et sur le déploiement de machines », relève François Jarrige. Cabet raconte l’émerveillement de son voyageur. « Nous atteignîmes un grand chemin de fer sur lequel la vapeur nous transporta avec la rapidité du vent ou de l’éclair. » Plus surprenant pour l’époque, les Icariens ont des sous-marins et voyagent en ballon. « Le voyage aérien est non seulement le plus rapide et le plus agréable, mais encore celui qui présente le moins d’accidents et de dangers », pressent l’auteur. Autant dire qu’il préfigure l’avion, inventé à la toute fin du XIXe siècle.

    Ce pays à la pointe de la technologie vit sous le régime d’une démocratie absolue. En Icarie, les deux mille députés qui sont élus pour deux ans sont choisis parmi les citoyens les plus habiles. Le peuple souverain donne mandat à cette représentation nationale. Chargé d’exécuter les décisions du pouvoir législatif, le pouvoir exécutif est quant à lui « comptable, responsable et destituable ». On ne le confie pas à un seul homme mais à un corps qui inclut le président.

    Les citoyens forgent leur sens politique et débattent des affaires publiques dans mille assemblées populaires. On y traite d’importantes questions : « pour jouir plus souvent de la campagne », faut-il travailler sept heures et trente minutes par jour au lieu de sept afin d’avoir un jour de repos tous les cinq jours, et non tous les dix jours ? Dans ce débat, Cabet est en avance sur son temps : en France, les premières réglementations sur la durée du travail des enfants sont adoptées un an après la publication de son livre, en 1841 – la journée de dix heures à Paris et onze heures en province sera, elle, actée en 1848 par le gouvernement provisoire de la République.

    Réseau de disciples

    Davantage propagandiste que philosophe, Etienne Cabet maîtrise à la perfection les outils de la communication politique. Il possède un réseau de disciples dévoués qui compte beaucoup de femmes et d’ouvriers. Organisés autour de son journal, Le Populaire, ils sont présents dès 1846 dans tous les départements français. Cabet désigne en outre des « correspondants » qui récoltent des signatures pour des pétitions et collectent des fonds. Surtout, « ils veillent au respect des principes icariens : la réprobation des sociétés secrètes, le refus absolu de participer aux actes de violence », rappelle François Fourn, docteur en histoire, contributeur du Dictionnaire des utopies (Larousse, 2002).

    La diffusion des idées d’Etienne Cabet est telle qu’avant 1848 la plupart des communistes français sont icariens, constate François Fourn. « Jusqu’à la caricature, [Cabet] donne à son Icarie toutes les apparences d’un incroyable pays de cocagne, d’un paradis terrestre pour les ouvriers », résume-t-il. Cabet souhaite cependant que ce rêve devienne réalité : le 9 mai 1847, il lance un cri enthousiaste dans les colonnes de son journal : « Allons en Icarie ! » Depuis un an, la France est en proie à une crise économique, le communisme fait peur et cet utopiste revendiqué est en mauvaise posture – le pouvoir l’accuse d’être la cause de la moindre émeute et il est lâché par les réformateurs.

    Son appel s’adresse aux Icariens. « Persécutés comme Jésus et ses disciples par de nouveaux Pharisiens, retirons-nous comme eux dans le désert, dans une terre vierge, pure de toute souillure, qui nous offrira tous les trésors de sa fécondité. » Des terres sont achetées aux Etats-Unis et soixante-neuf hommes partent du Havre le 3 février 1848 pour rejoindre le nord du Texas. Trois semaines plus tard, la révolution éclate en France : Cabet y participe mais finit par rejoindre ceux qui ont émigré de l’autre côté de l’Atlantique.

    Là-bas, c’est le fiasco. Mal préparés, les ouvriers qui rêvent d’une république idéale se retrouvent plongés dans des marais. Après avoir marché pendant des semaines et contracté des maladies, ils finissent par battre en retraite et se replier sur La Nouvelle-Orléans (Louisiane). D’autres les rejoignent, sans savoir ce qui les attend. Et, quand Cabet arrive à son tour, il fonde avec les disciples qui n’ont pas baissé les bras la communauté de Nauvoo, une ville située dans l’Illinois. Considéré comme un petit dictateur, il est cependant mis en minorité en 1856. Son rêve américain tourne court puisqu’il meurt la même année.

    Très célèbre de son vivant, plus connu que Proudhon et même que Marx, Etienne Cabet est oublié aussitôt après sa disparition. Au XXe siècle, seuls les communistes de Russie, où son livre est traduit, continuent de s’intéresser à son modèle centralisé et étatiste. Sans doute l’expérience de l’URSS a-t-elle joué en sa défaveur. Mais, par-delà les réinterprétations anachroniques, Etienne Cabet soulève une question toujours d’actualité : il prétend que les machines vont permettre, en remplaçant les ouvriers, de réduire la durée journalière du travail. Près de deux siècles plus tard, le débat sur l’automatisation de l’emploi agite plus que jamais le débat politique.

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  • Changement climatique : le double discours d’Exxon Mobil

    http://www.lemonde.fr/climat/article/2017/08/24/changement-climatique-le-double-discours-d-exxon-mobil_5175970_1652612.html

    Dès 1979, le pétrolier connaissait les effets des énergies fossiles, mais prétendait le contraire vis-à-vis du grand public

    http://s1.lemde.fr/image/2017/08/24/644x322/5175966_3_59e9_des-1979-le-petrolier-connaissait-les-effets-d_4396af7d2db45483dcf974564e95f8e6.jpg

    Le document a beau dater de 1979, il n’a rien à envier aux textes les plus anxiogènes publiés aujourd’hui sur le changement climatique : « Au rythme actuel de leur combustion, les ressources fossiles provoqueront des effets environnementaux dramatiques avant 2050. » Qui produisait ce genre de littérature voilà près de quatre décennies, dix ans avant la création du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ?

    Ce n’est ni une organisation écologiste, ni un gouvernement, ni une agence des Nations unies, mais les scientifiques du pétrolier Exxon – célèbre pour avoir financé, des années durant, le mouvement climatosceptique américain. Le texte en question n’était pas destiné à être rendu public : il fait partie des dizaines de documents internes de l’entreprise révélés en 2015 par le site InsideClimate News et le Los Angeles Times, montrant que les cadres de la société avaient une connaissance fine du risque climatique dès le début des années 1980.

    Dans une étude publiée mercredi 23 août par la revue Environmental Research Letters, Geoffrey Supran et Naomi Oreskes, deux historiens des sciences de l’université Harvard (Cambridge), ont comparé ces documents confidentiels – ainsi que d’autres textes rédigés par des chercheurs d’Exxon pour des colloques ou des revues savantes – à ceux que le pétrolier destinait au grand public sur le réchauffement. Ils ont ainsi étudié plus de 150 documents scientifiques produits entre 1977 et 2014 par Exxon, Mobil ou ExxonMobil – le fruit de la fusion des deux entreprises en 1998 – et les publirédactionnels publiés par ces sociétés dans le New York Times au cours de la même période.

    http://s2.lemde.fr/image/2017/08/24/534x0/5175968_6_a58a_publi-redactionnel-publie-par-la-societe_d8b0fa38ae9138811ae1704c044c0d93.jpg

    Publi-rédactionnel publié par la société Mobil en 1996 dans le New York Times.

    Selon les auteurs, « en tenant compte des expressions de doute raisonnable, 83 % des articles scientifiques et 80 % des documents internes [de l’entreprise] reconnaissent que le changement climatique est réel et causé par l’homme, contre seulement 12 % de ses publirédactionnels, dont 81 % expriment au contraire des doutes » sur la réalité du phénomène ou sur sa cause anthropique. « Etant donné cette divergence, nous concluons qu’ExxonMobil a trompé le public », ajoutent les auteurs.

    Le double langage est parfois saisissant. Ainsi, en 1982, un document interne d’Exxon, faisant état des débats en cours dans la communauté scientifique sur le sujet, indique : « Notre meilleure estimation est que le doublement de la concentration atmosphérique actuelle [de CO2] pourrait élever la température moyenne d’environ 1,3 °C à 3,1 °C. » Or, en 1997, alors que le réchauffement anthropique n’est déjà plus une simple projection mais une réalité mesurable, Mobil fait paraître un communiqué assurant, entre autres : « Les scientifiques ne peuvent pas prédire avec certitude si les températures augmenteront, ni de combien, ni où les changements se produiront. »

    http://s1.lemde.fr/image/2017/08/24/534x0/5175967_6_bf10_publi-redactionnel-publie-en-mars-2000-par-la_e5a84cba516367d9d13e2462d771f835.jpg

    Publi-rédactionnel publié en mars 2000 par la société Exxon Mobil, dans le New York Times.

    Dans les années 1990 et 2000, ExxonMobil s’offre avec régularité ces publi-informations, évoquant systématiquement la science climatique comme « incertaine », trop en tout cas pour justifier des mesures. « Il ne faut pas mettre la charrue politique avant les bœufs scientifiques », argumentait l’un de ces textes.

    Pour ExxonMobil, jamais des travaux d’histoire des sciences n’ont eu un enjeu aussi considérable. En effet, la révélation des documents internes du pétrolier a déclenché en 2015 l’ouverture de plusieurs enquêtes aux Etats-Unis. L’agence fédérale de contrôle des marchés financiers, de même que l’Etat de New York, cherche à savoir si l’entreprise a délibérément trompé les investisseurs en leur cachant certaines informations dont elle avait connaissance. D’autres plaintes ont été récemment déposées, en particulier par des communautés touchées par l’élévation du niveau de la mer, estimant que le pétrolier a contribué à dissimuler la réalité des risques climatiques.

    Pour sa défense, ExxonMobil a mis en ligne, voilà plus d’un an, une série de documents scientifiques produits par ses propres chercheurs, arguant que la compagnie avait au contraire contribué à la connaissance du climat. « Nous ne contestons pas cela, mais il y a très peu de monde qui dispose d’un accès à la littérature scientifique et très peu disposant des compétences pour comprendre cette littérature, rétorque Geoffrey Supran. Au contraire, les publirédactionnels étaient destinés à toucher des millions de personnes et manifestaient la volonté de l’entreprise de maintenir le public et les responsables politiques dans l’ignorance des résultats de la science. » ExxonMobil n’a pas donné suite aux sollicitations du Monde.

    https://seenthis.net/messages/624311 via enuncombatdouteux


  • Privatiser l’imaginaire : le fantasme terrifiant des industries culturelles

    https://page42.org/privatiser-limaginaire-le-fantasme-terrifiant-des-industries-culturelles

    « Le droit des marques possède en effet l’immense intérêt d’assurer une protection éternelle, sans risque de domaine public, si les dépôts sont renouvelés en temps et en heure. »

    https://i2.wp.com/page42.org/wp-content/uploads/2017/08/reconstitution-crime-journaliste-04-1083x840.jpg?fit=1083%2C840&ssl=1

    Protéger un personnage, c’est par exemple s’assurer une manne éternelle avec les produits dérivés (mugs, figurines, sacs à dos, bouteilles thermos, papier toilette, coucou le Petit Prince et Tintin). C’est encore s’assurer que personne, y compris l’auteur original, n’utilisera le personnage en question pour publier un livre chez un autre éditeur (j’y reviendrai). C’est aussi la possibilité d’attaquer en justice un concurrent si celui-ci publie un roman dont le personnage fait étrangement penser au vôtre (disons, un jeune élève à lunettes en première année d’école de magie). Les applications sont infinies.

    Maintenant, imaginez la suite : un monde où on peut « déposer » un personnage, un lieu, une situation, au même titre qu’une marque. Je vous épargne la menace (pourtant bien réelle) des dépôts automatisés combinés aux algorithmes d’écriture et de création, qui autoriserait potentiellement des sociétés d’édition ou de production (coucou Hollywood) à utiliser le big data pour déposer tout ce qui peut l’être – gardez ça quand même en tête, car des discussions sont en cours pour tenter de conférer un droit d’auteur aux robots (hop, application directe).

    https://seenthis.net/messages/623673 via enuncombatdouteux


  • Notre cerveau est-il fragilisé par Internet ?

    http://www.lemonde.fr/sciences/article/2017/08/21/notre-cerveau-est-il-fragilise-par-internet_5174869_1650684.html

    Omniprésent, le numérique amplifie nos mémoires externes, au risque d’amenuiser nos mémoires biologiques.

    http://img.lemde.fr/2017/06/20/40/0/1280/640/644/322/60/0/ac09007_26902-knx1lu.zqdnjc3di.jpg

    Comment pallier les carences de notre mémoire biologique limitée, oublieuse, aussi labile et périssable que le tissu cérébral qui l’héberge ?

    La question taraudait déjà nos ancêtres. En réponse, ils inventèrent des systèmes d’externalisation de leurs savoirs. D’abord sous la forme d’une mémoire collective, orale, transmise entre générations. Puis « il y eut les grandes ruptures comme l’écriture, l’imprimerie, la radio ou la télévision », résume Francis Eustache, neuropsychologue (Inserm-EPHE-université de Caen). Soit autant de relais externes pour préserver et amplifier nos mémoires.

    Face à la matière molle du cerveau, les disques durs des ordinateurs et le cloud offrent désormais une capacité de stockage quasi illimitée. Nous assistons à « une explosion de l’externalisation de notre mémoire sans aucun équivalent dans toute l’histoire de l’humanité », relève Francis Eustache dans Ma mémoire et les autres (Le Pommier, à paraître le 11 septembre, 176 p., 17 euros).

    Substitution des ressources

    Comment nos sociétés vont-elles s’adapter à ce bouleversement numérique ? N’y a-t-il pas un risque d’effet pervers : au lieu d’un enrichissement de notre mémoire sociale, un affaiblissement de nos fonctions cognitives ?

    L’inquiétude est loin d’être neuve. Pour Socrate déjà, l’écriture était un « pharmakon » : un remède mais aussi un poison, qui certes corrige les failles de la mémoire, mais l’affaiblit en même temps. Au IVe siècle avant notre ère, Platon a relayé cette menace : « Cette invention, en dispensant les hommes d’exercer leur mémoire, produira l’oubli… », écrit-il dans Phèdre. « Platon s’est planté : l’effort d’écriture ou de lecture, aucontraire, entraîne un effort de mémoire », juge Francis Eustache.

    De plus, sa diffusion sociale a été très progressive, au contraire de l’irruption soudaine d’Internet. « Avec Internet, le danger est là : les ordinateurs, les smartphones rendent l’information accessible à tous. Pour autant, on mesure très mal le retentissement d’Internet sur notre cerveau. » Une étude a cependant marqué les esprits. La psychologue Betsy Sparrow, de l’université Columbia (New York), a soumis des étudiants d’une université américaine à des questions difficiles. Résultat, publié en 2011 dans Science : en priorité, ces jeunes – pourtant cultivés – ont fait appel à Internet, plutôt qu’à leurs propres ressources cognitives.

    Le danger des écrans

    « Cela pose problème. La démarche devrait être inverse : pour avoir un libre arbitre, un discernement, nous devrions nous construire une mémoire interne et y faire appel. Si nous dépendons totalement d’une mémoire externe, nous devenons des coquilles vides ! », estime Francis Eustache. « La gestion collective des traces est devenue un objet de commerce industriel », avertit le philosophe Bernard Stiegler dans Mémoire et oubli (Le Pommier, 2014).

    Ce commerce est contrôlé par des moteurs de recherche. Or ces systèmes hiérarchisent l’information « selon des impératifs économiques, et non plus noétiques [de connaissance pure]. Ces machines oublient à certains égards de moins en moins, mais d’un autre point de vue elles nous rendent de plus en plus oublieux, parce que nous sommes dépendants d’elles – et cela parce qu’elles hiérarchisent et organisent selon des procédures qui nous échappent de plus en plus ». Par exemple, « accepter les conditions de Facebook, c’est accepter d’être spolié de ses archives ». Il pointe aussi un risque de « prolétarisation de nos fonctions internes de perception, d’intuition, d’entendement et d’imagination ».

    Ne dit-on pas « surfer sur Internet » ? « Plus les informations sont traitées en surface, plus on risque de ne pas les mémoriser », note Francis Eustache. Par ailleurs, une utilisation excessive des écrans altère la durée ou la qualité du sommeil, donc nos capacités cognitives. Autre risque : l’appauvrissement de nos relations sociales et familiales.

    Dernier piège, enfin : le défaitisme et le refus du progrès. Alors, quels antidotes au numérique ? « Une thérapeutique constituée par des savoir-vivre, des savoir-faire et des savoirs spirituels », rêve Bernard Stiegler.

    Les différentes formes de mémoire

    Episodique : c’est la « mémoire des souvenirs », la mémoire à long terme des événements que nous avons personnellement vécus, situés dans un contexte spatial et temporel précis. Elle n’apparaît que vers l’âge de 3 à 5 ans. Grâce à elle, nous prenons conscience de notre propre identité, avec un sentiment de continuité temporelle. Particulièrement fragile, elle dépend d’un réseau de neurones très distribué dans le cerveau. Elle s’appuie aussi sur la mémoire sémantique.

    Sémantique : c’est la « mémoire des connaissances », une mémoire à long terme des concepts, des mots, des savoirs généraux sur le monde et sur nous-mêmes. La plupart de nos souvenirs autobiographiques se transforment progressivement en connaissances générales : ils rejoignent la mémoire sémantique.

    Autobiographique : elle mêle notre mémoire épisodique à des éléments de notre mémoire sémantique [ceux qui concernent la connaissance sur nous-mêmes].

    Déclarative (explicite) : elle concerne le stockage et la récupération des données que nous pouvons faire émerger consciemment, puis exprimer par le langage.

    Procédurale : c’est la mémoire des savoir-faire et des habiletés motrices, verbales, cognitives, quand elles sont devenues automatiques [faire de la bicyclette sans y penser, par exemple]. Ce type de mémoire est relativement épargné dans les « maladies de la mémoire », comme Alzheimer.

    Implicite : c’est une mémoire inconsciente, très émotionnelle. Elle peut contrôler, à notre insu, le rappel de certains souvenirs : par exemple, en établissant un lien entre les affects du présent et ceux de la période d’acquisition du souvenir.

    Perceptive : elle s’appuie sur diverses modalités sensorielles (vue, ouïe…) pour, par exemple, reconnaître un parcours familier sans y prêter vraiment attention.

    De travail : c’est une mémoire à court terme. Elle nous offre un « espace de travail mental » qui nous permet de stocker et de manipuler des informations pendant une période de plusieurs secondes. Et, donc, de réaliser une tâche, raisonner, comprendre ce que nous lisons, suivre le fil d’un discours… Dans nos activités quotidiennes, elle est constamment sollicitée.

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  • Le phalanstère de Charles Fourier

    http://www.lemonde.fr/festival/article/2017/08/18/le-phalanstere-de-charles-fourier_5173629_4415198.html

    « Ceci n’est pas une utopie. » Voici comment le socialiste Charles Fourier aurait pu ­légender le dessin de son phalanstère, un projet d’habitat communautaire dont on trouve des esquisses dans ­plusieurs de ses livres. Il a banni ce mot, hérité de L’Utopie deThomas More, de son vocabulaire. « C’est le rêve du bien sans moyen d’exécution, sans méthode efficace », affirme-t-il.

    http://img.lemde.fr/2017/07/25/0/0/2636/2096/0/0/60/0/a3c2aaf_2209-1v77z7g.1if8cnxw29.jpg

    Pour lui, les « faiseurs d’utopies », comme il les appelle, ne produisent que des chimères irréalisables. Charles Fourier qualifie ainsi de « sottises dogmatiques »Les Aventures de Télémaque, un roman de Fénelon publié en 1699 qui vantait la vie frugale et heureuse des habitants de la Bétique, un pays isolé.

    Un océan sépare les deux hommes : la Révolution française. Charles Fourier, qui a 17 ans en 1789, ne rêve pas d’un monde meilleur : il aspire à transformer la société ici et maintenant. Avec l’industrialisation, affirme-t-il, les classes laborieuses s’appauvrissent, alors que les intermédiaires du monde du négoce s’enrichissent.

    Cet homme qui a grandi dans une famille de commerçants a été choqué, enfant, par l’immoralité de cette profession. Et cette impression négative a été confortée par une expérience plus tardive : en 1799, commis d’une maison de commerce de Marseille, il voit une cargaison de grains jetée à la mer parce qu’à force de spéculer sur les prix, ses propriétaires l’ont laissée pourrir.

    Ce « renversement de l’ordre naturel » le pousse à réfléchir. Charles Fourier se met en quête d’une alternative au monde qui l’entoure crédible et, quoi qu’il en dise, utopique. « Dans le cours de cette Notice, je peindrai des coutumes si étrangères aux nôtres, que le lecteur demandera d’abord si je décris les usages de quelque planète inconnue », prévient-il dans Théorie de l’unité universelle (1822). Dans sa quête d’une harmonie universelle, il imagine un lieu de vie lié à des activités agricoles – le phalanstère – qui a vocation à devenir un laboratoire social. Ce concept d’habitation dont le nom est une contraction de phalange et de monastère prend le contre-pied des théories en vogue. Au progrès fondé sur la raison, il préfère l’équilibre des passions. A l’égalité, la diversité.

    Luxe et plaisir

    En « Harmonie », lieu de vie idéal, certains sont pauvres et d’autres riches, tout le monde n’a pas les mêmes goûts, les costumes sont brillants et variés, les appartements loués à des prix différents… Pas de rejet de l’argent, ni d’uniforme austère ni de frugalité volontaire – bien au contraire : c’est une société fondée sur le luxe et le plaisir. Le confort est si important que les rues ont été remplacées par des galeries couvertes afin que personne ne prenne froid l’hiver. Appartements privés, réfectoires, salles de bal et de réunion, bibliothèques, ateliers et greniers sont reliés entre eux par des souterrains ou des couloirs élevés sur colonnes.

    En ce début de XIXe siècle, le projet de Fourier pose les bases du mouvement coopératif naissant. Qu’ils soient trois cents ou mille cinq cents, tous les sociétaires sont des copropriétaires qui détiennent des actions, lesquelles peuvent leur être remboursées s’ils le souhaitent « au prix du dernier inventaire ». En cas de fléau mettant en péril les récoltes, la communauté et la région se portent ­garantes d’un revenu minimum que chacun est assuré de recevoir.

    Dans le phalanstère de Charles Fourier, les désirs priment. Le travail n’est pas subi mais choisi, la gourmandise est source de sagesse et l’amour cimente les relations sociales. Contre la monotonie du mariage, Fourier vante les bienfaits d’une sexualité libérée autant pour les hommes que pour les femmes : la femme peut avoir à la fois un époux dont elle a deux enfants, un géniteur dont elle n’a qu’un enfant, un favori qui a vécu avec elle et ­conserve ce titre, ainsi que de multiples « possesseurs » qui ne sont rien devant la loi.

    « Prophète postcurseur »

    Connaissant le personnage, cette défense de la jouissance reste une énigme : Charles Fourier était un célibataire bougon et bourré de manies, connu pour connaître par cœur les dimensions de chaque monument parisien. « Dans ses promenades, on le trouvait occupé parfois à mesurer, avec sa canne métrique ou pas, telle ou telle façade d’un édifice, tel ou tel côté d’une place, d’un jardin public, etc. », raconte le fouriériste Charles Pellarin en 1842.

    A l’évidence, cette utopie est l’œuvre d’un original. Fourier, qui se présente comme « illettré », c’est-à-dire autodidacte, ne se veut l’héritier de personne et affirme n’être membre d’aucune famille de pensée. « Il doute de tout ce qui a été écrit avant lui et s’écarte des doctrines majoritaires de son temps, résume Florent Perrier, maître de conférences en esthétique et théorie de l’art à l’université de Rennes-II. Il dit même qu’il est le “prophète postcurseur” par rapport au Christ, mais c’est évidemment un détour qui lui permet de faire passer des idées radicales sous un côté délirant. »

    Charles Fourier se distingue ainsi des premiers utopistes qui condamnaient autant l’argent que la propriété : à ses yeux, le système coopératif du phalanstère démontre les avantages de « l’esprit de propriété ». « Un des ressorts les plus puissants pour concilier le pauvre et le riche, c’est l’esprit de propriété sociétaire ou composée, écrit-il dans Théorie de l’unité universelle. Le pauvre, en Harmonie, ne possédât-il qu’une parcelle d’action, qu’un vingtième, est propriétaire du canton ­entier, en participation. »

    Expériences communautaires

    A la fin de sa vie, Charles Fourier cherche des mécènes pour mettre son projet en pratique. Un ancien médecin, député de Seine-et-Oise, ­répond à l’appel de fonds et propose un lieu, près de Rambouillet. En 1833, le premier phalanstère, à Condé-sur-Vesgre, est créé mais Fourier se retire très vite du projet, qui tombe à l’eau trois ans plus tard. Mort en 1837, le penseur ne connaîtra pas cette communauté, finalement relancée et ­toujours active aujourd’hui. Et c’est peut-être tant mieux. « Les sociétaires s’appellent “colons” entre eux. Un anachronisme qui donne le sentiment d’une bourgeoisie occupée à se transmettre des parts de propriété », affirme Florent Perrier.

    Au XIXe siècle, le fouriérisme essaime en Europe, mais c’est aux Etats-Unis qu’il rencontre le plus de succès. Entre 1840 et 1860, des disciples de Fourier y lancent plus de vingt expériences communautaires, dont la durée de vie dépasse rarement trois ans. D’autres cherchent sans succès à créer des phalanstères pour enfants trouvés. « Fourier pensait que les petits n’étant pas corrompus, il était plus facile de les ­former à la nouvelle société », explique Nathalie Brémand, docteure en histoire et chercheuse associée de l’université de Poitiers. Dès les années 1840, à une époque où beaucoup d’enfants ne vont pas à l’école, des polytechniciens, des médecins et des ­philanthropes s’impliquent dans la création de crèches inspirées par Fourier.

    Après une longue éclipse, le fouriérisme rejaillit en mai 1968. Certains voient en lui le père fondateur des mouvements de libération sexuelle : on redécouvre sa radicalité en matière de mœurs grâce à un ouvrage posthume, Le Nouveau Monde amoureux, qui n’est publié in extenso qu’en 1967 – sans doute parce que ses disciples étaient choqués par ses positions.

    Dans ce texte, l’auteur pourfend la monogamie et défend une égalité stricte entre hommes et femmes. Pour l’intellectuel libertaire homosexuel Daniel Guérin, auteur d’un recueil de textes intitulé Vers la liberté en amour (Gallimard, 1975), Fourier a ouvert la voie à la révolution sexuelle.

    Traces de l’utopie fouriériste

    Aujourd’hui, on trouve des traces de l’utopie fouriériste dans le mouvement des SCOP (sociétés coopératives et participatives) comme dans le modèle du kibboutz en Israël ou les expériences locales qui surgissent ici ou là. « Les jardins collectifs ou les habitats partagés qui cherchent à élaborer de nouveaux types de gouvernance, dans lesquels chaque individu est représenté, en sont les héritiers indirects », estime Nathalie Brémand. L’historien François Jarrige établit une filiation indirecte entre l’esprit de Fourier et celui des « zones à défendre » (ZAD) comme Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique). « Elles relèvent d’une conception libertaire. L’imaginaire des zadistes s’inspire des communautés anarchistes de la fin du XIXe siècle qui s’ins­crivaient dans une filiation avec le ­phalanstère fouriériste. »

    Les pédagogies alternatives de type Freinet ou Montessori lui doivent également beaucoup. « Charles Fourier est à l’origine de l’“éducation intégrale” qui visait à développer toutes les facultés des enfants et plus seulement à les ­instruire. Il préconisait notamment d’utiliser le jeu », poursuit Nathalie Brémand. Finalement, la vraie postérité de Fourier n’est pas à chercher dans le phalanstère de Condé-sur-Vesgre, mais du côté d’un imaginaire politique qui continue d’infuser.

    https://seenthis.net/messages/623084 via enuncombatdouteux


  • " En un combat douteux " par John Steinbeck ( 1936 )

    https://enuncombatdouteux.blogspot.fr/2017/08/en-un-combat-douteux-par-john-steinbeck.html

    C’est le plus dur, avoua Mac. Tout le monde nous hait. L’ennemi, et les nôtres. Si nous remportions la victoire, Jim, les nôtres nous tueraient. Je me demande pourquoi nous insistons !

    https://seenthis.net/messages/623057 via enuncombatdouteux


  • La semaine où le monde a frôlé l’apocalypse nucléaire

    http://www.slate.fr/story/149934/la-semaine-ou-le-monde-a-frole-la-guerre-nucleaire

    C’est l’un des grands mystères de la Guerre froide : comment le monde a-t-il fait pour ne pas disparaître lors de la deuxième semaine de novembre 1983 ?

    http://www.slate.fr/sites/default/files/styles/1090x500/public/archergrandformat.jpg

    Une grande partie de notre survie est due aux actions –ou plutôt à l’inaction– d’un officier de l’armée de l’air américaine, Leonard Perroots, mort en janvier dernier. Que nous ayons frôlé l’anéantissement, au contraire, est imputable au bellicisme rhétorique et militaire de Ronald Reagan, à la terreur qu’il a suscité chez les Soviétiques et au tragi-comique d’un malentendu qui aurait pu nous coûter très cher.

    Comme un National Intelligence Estimate, un document du renseignement américain venant d’être rendu public, le détaillait en 1987 :

    « La stratégie de guerre nucléaire [des Soviétiques] […] ne les prédispose pas à faire preuve de retenue s’ils estiment très probable la survenue d’une guerre nucléaire. Ils pensent d’ailleurs qu’une telle réserve pourraient mettre en péril leurs chances dans cette guerre. Les Soviétiques sont très enclins à vouloir tirer les premiers afin de maximiser les dommages infligés aux forces américaines, tout en minimisant les dégâts subis par la société et les forces soviétiques. »

    C’est à ce moment délicat que les États-Unis et leurs alliés décident de simuler une attaque nucléaire sur l’Union soviétique et ses alliés du Pacte de Varsovie. Effectué par des soldats alliés dans toute l’Europe, la simulation, surnommée Able Archer 83, fait partie d’un exercice militaire orchestré par le QG de l’Otan à Bruxelles, le ministère britannique de la Défense et le Pentagone, son objectif est de « tester les procédures de commande et de personnel, avec un accent tout particulier mis sur la transition entre des opérations conventionnelles et des opérations non-conventionnelles, y compris l’usage d’armes nucléaires ».

    C’est là qu’intervient Leonard Perroots, un agent du renseignement militaire américain dont le rôle sera crucial dans cette histoire. Quand débute Able Archer 83, cet homme originaire de Virginie Occidentale a plus de trente ans d’expérience derrière lui dans les services de renseignement de l’US Air Force en Europe. Tout en supervisant Able Archer 83, il remarque que les forces soviétiques (les vraies, pas celles de la simulation) ne cessent d’augmenter leurs niveaux d’alerte. Mais au lieu de réagir comme il se doit, Perroots ne fait rien. S’il avait relevé le niveau d’alerte des dispositifs militaires européens –ce qui n’aurait pas été absurde–, les Soviétiques auraient pu en conclure que exercice était bel et bien une préparation d’attaque déguisée. L’instinct de Perroots permettra d’arrêter la course vers la guerre et sans doute d’éviter une passe d’armes nucléaire.

    https://seenthis.net/messages/623011 via enuncombatdouteux


  • Quand des statistiques annoncent que nous sommes seuls dans l’Univers

    http://www.gurumed.org/2017/08/15/statistiques-annoncent-sommes-seul-lunivers

    Depuis plus de six décennies, le Paradox de Fermi torture les scientifiques, les chercheurs du Search for Extra-Terrestrial Intelligence (SETI) se référant à lui comme le Great Silence (Grand Silence). Pourquoi le silence ? Au fil des années, de nombreuses raisons ont été données, allant de l’idée que personne n’a trouvé d’intérêt à nous contacter, à des théories conspirationnistes paranoïaques, que des autorités terrestres ou cosmiques feraient en sorte de nous dissimuler la vérité.

    http://www.worldufoday.com/wp-content/uploads/drake-infographic.jpg

    Cependant, l’explication la plus simple est que la raison pour laquelle nous ne trouvons pas d’autres civilisations est qu’elles ne sont pas là. La position de Whitmire est que, si le concept cosmologique appelé principe de médiocrité est appliqué au Paradox de Fermi, cela donne la raison pour laquelle nous sommes seuls, que nous sommes une civilisation typique et que nous allons nous éteindre bientôt, alors que nous sommes capables de communication interstellaire.

    Le point important est que nous n’avons été capables d’envoyer des messages aux étoiles que pendant un peu plus d’un siècle après l’invention de la radio. Whitmire a constaté que s’il assume que les humains sont typiques plutôt qu’exceptionnels, la courbe en cloche produite par l’analyse statistique (principe de médiocrité) nous place au milieu des 95 % de toutes les civilisations et celles qui ont des millions d’années sont les valeurs limites des statistiques avec une très faible probabilité d’existence.

    En d’autres termes, si la race humaine est typique, alors comme nous sommes une jeune espèce technologique qui est la première de notre planète et que nous ne crapahutons dessus que depuis environ un siècle (en tant qu’espèce technologique), la même chose est vrai/ typique pour toutes les autres civilisations. Pire encore, si nous devons rester typiques, la race humaine va probablement disparaître et bientôt.

    Mais Whitmire admet qu’il y a une autre conclusion :
    Si nous ne sommes pas typiques alors mon observation initiale sera correcte. Nous serions les êtres les plus stupides de la galaxie selon les chiffres.

    #They_live

    https://seenthis.net/messages/622622 via enuncombatdouteux