• Attentat / Canada : Trudeau prend Fox en flagrant délit d’infaux - Arrêt sur images
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    Attentat / Canada : Trudeau prend Fox en flagrant délit d’infaux
    Par la rédaction le 02/02/2017 - 16h50 - lu

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    Après l’attentat meurtrier contre une mosquée au Canada, dimanche dernier, une armée de faux comptes sur Twitter assurait que le principal suspect était de nationalité syrienne. Une information erronée que plusieurs médias n’ont pas hésité à partager. C’est le cas de Fox News qui, après vérification, a finalement mis à jour son article, sans effacer cependant l’un de ses tweets relatif à l’affaire. Sous la pression du gouvernement canadien, et après maintes interpellations sur le réseau social, la chaîne américaine conservatrice a finalement retiré le tweet.

    Vérifier ses sources : une règle journalistique dont Fox News, chaîne de télévision la plus regardée aux Etats-Unis, s’est vraisemblablement abstenue cette semaine. Dimanche dernier, la mosquée de Sainte-Foy, dans la ville de Québec, au Canada, est touchée par une attaque meurtrière. Six personnes sont tuées et une douzaine blessés. Sur Twitter, une armée de faux comptes assurent que le principal suspect serait de nationalité syrienne.

    Bots Twitter

    La chaîne américaine conservatrice Fox News partage, elle aussi, cette rumeur à ses 11 millions d’abonnés sur Twitter – tout en déclarant que l’homme en question n’est non plus syrien mais marocain. Mais quelques heures plus tard, l’identité du suspect numéro un tombe. Il se nomme Alexandre Bissonnette. C’est un homme blanc de 27 ans, Canadien francophone. Fox News met à jour son article en ligne. Toutefois, un tweet, daté du 30 janvier, accompagné d’une photo de Justin Trudeau et contenant des propos erronés sur l’identité du principal suspect reste présent sur le profil de Fox News pendant plusieurs jours.

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    Interpellée sur Twitter, la chaîne ne bouge pas. Kate Purchase, directrice de la communication de Trudeau, envoie alors un mail à Bill Shine, co-président de Fox News. « Ces tweets déshonorent la mémoire des six victimes et de leurs familles en partageant de fausses informations, en jouant sur les identités politiques et en alimentant la peur et la division entre nos communautés. » L’initiative est concluante. Le 1er février, sur le profil Twitter de Fox News, on ne trouve plus une trace du tweet en question. Dans un message adressé au National Post, la chaîne dit regretter son erreur.

    (Valentin Etancelin)


  • observatoire du 01/02/2017 par Juliette Gramaglia
    iTELE : L’heure des pros à la recherche du buzz
    Disputes et dérapages en série chez Praud

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    Mots-clés : Hélène Pilichowski, iTele, Pascal Praud

    Comment faire remonter les audiences d’iTELE, qui se relève d’une grève qui l’a privée de deux tiers de ses journalistes ? En créant une émission de débat « polémique ». Depuis la mi-novembre, la chaîne d’info continue, propriété de Vincent Bolloré, présente L’heure des pros. L’émission, quotidienne, est présentée de 9h à 10h par le journaliste sportif Pascal Praud, qui avait déclaré , dans un journal de Bolloré, « aime[r] la contradiction ». @si a régardé presque un mois d’émission : on s’y dispute beaucoup, sans crainte d’aller (souvent) trop loin. Praud, ou de l’art de pousser le débat au dérapage.

    C’est l’émission « dérapages » de ce début d’année. L’heure des pros, diffusée sur iTELE depuis la fin de la grève qui a vu partir les deux tiers de ses journalistes, est une émission de débat présentée par le journaliste sportif Pascal Praud. Et qui s’est fait remarquer, le 23 janvier dernier, avec une invitée ayant nié les statistiques officielles sur les viols en France. Il s’agissait de l’éditorialiste Hélène Pilichowski, qui commentait des propos sexistes tenus par un professeur d’université. Condamnant, mollement, les propos de ce professeur, qui avait déclaré au sujet d’un micro « c’est comme les femmes, il faut taper dessus deux fois pour qu’elles comprennent », Pilichowski est vite partie en roue libre. Au cours de la discussion, elle a ainsi assuré que les chiffres du Ministère de l’Intérieur sur le viol étaient « gonflés » et « excessifs ».

    Pilichowski n’en était pas à son coup d’essai. Le 10 janvier dernier, lors d’une émission consacrée aux inégalités salariales hommes-femmes, la journaliste en avait profité pour dérouler à nouveau son argumentaire anti-féministe. Elle dénonçait une « propagande » qui veut faire croire que « les femmes sont brimées dans la société ». Elle était soutenue, cette fois, par la directrice de rédaction de Causeur, Elizabeth Lévy, et par le philosophe Olivier Rey. Lévy avait notamment assuré que le véritable problème des femmes était « une progression de l’islam radical » - une déclaration qui, en plus de faire rire certaines invitées sur le plateau, a interpellé notre chroniqueuse, Océanerosemarie.

    Le féminisme est d’ailleurs un thème qui revient régulièrement dans L’heure des pros. Comme ce mardi 31 janvier, où le concours de Miss Univers aura été l’occasion pour Ivan Rioufol, polémiste attitré du Figaro, d’attaquer le « féminisme punitif » qui ne dénonce pas l’oppression des femmes par les musulmans, face à une porte-parole de l’association « Osez le féminisme », Céline Piques.

    Mais le féminisme et Pilichowski n’ont pas l’exclusivité des dérapages dans l’émission de Praud, qui avait assuré dans une interview à Direct Matin (propriété de Bolloré comme iTELE) « aime[r] la contradiction ». Le 12 janvier dernier, le directeur adjoint de la rédaction du Point Jérôme Béglé réclamait en plateau l’intervention de l’armée dans les cités de Compiègne pour régler les problèmes de drogue.

    La fabrique à buzz, Par Pascal Praud

    Trois semaines, trois dérapages, trois buzz. Comment en arrive-t-on à ce résultat ? En construisant toute son émission dans l’idée que le débat va, et doit, dégénérer. Premier ingrédient : la récurrence des invités « experts », souvent des éditorialistes. C’est Pilichowski qui remporte la palme de l’invitée préférée : six venues en un mois. Un record, à égalité avec Bruno Roger-Petit, de Challenges. Suivi de près par la journaliste Rokhaya Diallo (cinq fois, dont deux face à Pilichowski), Anne Fulda, du Figaro (quatre fois, dont une pour parler de l’école, sujet dont elle a avoué ne pas être « une spécialiste »), l’avocate Sophie Obadia (quatre fois) ou encore Rioufol (quatre fois également). Rioufol, invité il y a quelques années sur le plateau d’@si pour parler, justement, de la multiplication des duels d’éditorialistes à la télé.

    Tout sujet est bon pour créer la confrontation en direct, face à un Praud qui, très souvent, « tombe de sa chaise » face à ce qu’il apprend de ses invités. Des invités qu’il n’arrive pas à « mettre d’accord », mais qu’il est « très heureux de recevoir ». Heureux, surtout, de voir s’affronter, et sur tous les sujets. Souvent, lors de ces émissions, les invités parlent en même temps, le brouhaha est incompréhensible. Mais ce n’est pas grave : il y a eu « débat », et c’est tout ce qui compte.

    Hormis le féminisme, souvent évoqué, le débat peut porter sur tout. Les primaires de la gauche, François Fillon et le « PenelopeGate », la monarchie, le froid... ou encore l’astrologie (mais attention, l’astrologie sérieuse, de celle qu’aime David Pujadas). Tout est bon pour que ne restent à la fin que les petites phrases péremptoires : du veganisme, ce mode de vie « contre-nature, irréaliste et utopique » (dixit Sophie de Menthon), aux artistes engagées, ces « chasseurs en meute » (Béglé, face au directeur du Théâtre du Rond-Point, Jean-Michel Ribes). Le tout sous le sourire ravi de Praud, toujours de bonne humeur.

    L’heure des pros Praud

    C’est d’ailleurs Praud lui-même qui donne le ton. A l’instar de l’émission sur la politique anti-pollution de la maire de Paris Anne Hidalgo, le 17 janvier dernier. « Anne Hidalgo veut éradiquer la voiture à Paris, comme Cruella d’Enfer veut tuer les dalmatiens, chez Walt Disney », lance le journaliste en ouverture. Le ton est donné, et bien suivi durant l’émission.

    Praud tente donc de lancer sa machine à buzz. Pas sûr, cependant, qu’elle atteigne un grand public. D’abord parce qu’elle est difficile à retrouver après diffusion : hormis deux émissions de novembre, L’heure des pros est introuvable sur le site d’iTELE. Et même en direct, les audiences ne sont pas faramineuses : en janvier 2017, la chaîne d’info en continu avait, avec 0,6% de parts d’audience, une audience plus de quatre fois inférieure à celle de sa principale concurrente, BFMTV, qui pointait à 2,5% de parts d’audience.


  • Immigration : réseaux sociaux et médias mobilisent contre le décret de Trump - Arrêt sur images
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    observatoire du 29/01/2017 par Robin Andraca
    Immigration : réseaux sociaux et médias mobilisent contre le décret de Trump
    Twitter, Google, Facebook et le New York Times : même combat

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    Mots-clés : Bannon, Facebook, google, MuslimBan, Trump, Twitter

    Quelques jours après "La marche des femmes", plusieurs milliers d’Américains ont manifesté dans une demi-douzaine d’aéroports du pays pour obtenir la libération de passagers d’origine étrangère détenus par les services d’immigration, en vertu d’un décret signé vendredi soir par Trump. La levée de boucliers était aussi visible dans les médias et sur les réseaux sociaux, dessinant en creux deux Amériques : d’un côté, Google, Facebook, Twitter et les médias traditionnels. De l’autre, Trump et Breitbart.

    Ce 28 janvier 2017, la statue de la Liberté est en pleurs. Tout du moins en une du très modéré New York Daily News, imprimé à plus de 700 000 exemplaires jour et qui titre, après la signature d’un décret interdisant l’accès au territoire américain aux ressortissants de sept pays musulmans : "Fermeture de la Porte d’or".

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    Il y eut ces deux derniers jours dans les médias quelques larmes, mais surtout beaucoup de colère. Comme dans une tribune publiée le 27 janvier par le New York Times, signée de l’éditorialiste Roger Cohen : "Le président n’aime pas les musulmans. C’est très clair. C’était déjà évident quand il a proposé, pendant la campagne, de leur interdire temporairement l’entrée aux Etats-Unis. C’était aussi évident quand il avait affiché son mépris pour la famille d’un militaire américain musulman, tué en Irak (…) Une traduction rugueuse du slogan de Trump, « L’Amérique d’abord », pourrait être « Les musulmans en dernier »". Avant d’ajouter : "Pour Trump, ce n’est pas un décret anti-musulmans. Non, c’est juste un décret contre beaucoup de musulmans".

    Un avis partagé par la chaîne CNN, qui avait failli se faire virer de la première conférence de presse de Trump président et qui affichait en bandeau ce 28 janvier un très ironique "134 000 000 de personnes n’ont plus le droit de rentrer aux Etats-Unis".

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    Autre angle d’attaque : le site économique Bloomberg note que le décret anti-immigration de Trump exclut les pays avec lesquels sa société, la Trump Organization, est engagée commercialement. L’Egypte (où Trump détient deux sociétés), la Turquie (où deux Trump Towers ont été construites), et l’Arabie Saoudite (où la Trump Organization est en négociations pour plusieurs contrats à Jeddah, deuxième plus grande ville du pays) ne sont pas, en effet, concernés par le décret signé vendredi soir.

    La faute à Obama ou aux Fake News ?

    Cette offensive contre Trump est relativisée par Glenn Greenwald, à l’origine des révélations d’Edward Snowden et fondateur du site The Intercept. Dans une longue tribune publiée le 28 janvier, le journaliste estime que ce décret anti-immigrants n’est pas la faute de Trump, mais le "point culminant" de la guerre contre le terrorisme lancée par les Etats-Unis au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. "Cinq des septs pays sur la liste de Trump ont été bombardés par Obama, alors que les deux restants, l’Iran et le Soudan, ont été durement sanctionnés par son administration", rappelle le journaliste américain. Pour lui, la proposition "honteuse" de Trump ne vient pas de nulle part : elle est la "manifestation la plus logique et grotesque" de la politique menée par les Etats-Unis depuis des années au Moyen-Orient. Pour leNew York Times, ce sont plutôt les fake-news sur les réfugiés, diffusées ces derniers mois par des deux médias phares de l’extrême droite américaine,Breitbart et InfoWars, qui ont conduit à la situation actuelle.

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    Justement, que dit Breitbart, dirigé il y a encore peu par Steven Bannon (qui vient d’être nommé à la tête du Conseil National de Sécurité, qui décide de la politique étrangère américaine) de ce décret ? Que du bien. "Des groupes violents lié à CAIR provoquent le chaos et encouragent les manifestations et actions en justice, alors que Trump protège la Nation", titre le site. Dans le viseur du site d’extrême droite qui veut s’implanter en France : le Conseil des relations américano-islamiques (CAIR), une association de défense des droits des musulmans américains, accusée sans preuve d’être à l’origine des nombreux rassemblement spontanés et pacifiquesqui ont eu lieupour obtenir la libération des passagers d’origine étrangère détenus par les services de l’immigration.

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    Twitter, Google et facebook contre Trump

    Sur les réseaux sociaux, la gronde s’est organisée derrière le hashtag #MuslimBan. Des dizaines de milliers de messages ont été publiés depuis le 27. D’abord pour dénoncer le décret signé par Trump, ensuite pour montrer en photos ou en vidéos les foules qui se rassemblaient progressivement autour des aéroports, et enfin pour saluer l’action de la juge fédérale de Brooklyn, Ann Donnelly, qui a ordonné aux autorités de ne procéder à aucune expulsion des ressortissants des sept pays concernés si ces derniers disposent des papiers les autorisant à entrer aux Etats-Unis. Les vidéos des ressortissants libérés, en pleurs au moment de retrouver leur famille, ont ensuite été partagés des milliers de fois sur ces mêmes réseaux.

    Plusieurs représentants politiques ont également pris la parole sur Twitter pour dénoncer ce décret. C’est notamment le cas d’Hillary Clinton, qui a dit "soutenir les gens réunis dans tout le pays ce soir pour défendre nos valeurs et notre constitution. Ce n’est pas ce que nous sommes".

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    C’est aussi le cas de Justin Trudeau, premier ministre canadien, qui a écrit sur le même réseau, en réponse à Trump : "A ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre,sachez que le Canada vous accueillera indépendamment de votre foi. La diversité fait notre force #BienvenueAuCanada". Message approuvé par la Première ministre d’Ecosse, Nicola Sturgeon, et son hashtag #BienvenueEnEcosse.

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    Twitter, lui-même a affiché, son soutien aux manifestants en publiant le message suivant : "Twitter a été construit par des immigrants de toutes les religions. Nous sommes à leurs côtés, comme nous l’avons toujours été". C’est en réalité une grande partie de la Silicon Valley qui s’est mobilisé contre Trump : le fondateur de Facebook Mark Zuckerberg est sorti de sa réserve habituelle pour partager son "inquiétude" sur son profil personnel, tandis que le PDG de Google s’est mêlé à une manifestation dans un aéroport de San Francisco.

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    En France, la compagnie aérienne Air France a déjà refusé d’embarquer une quinzaine de personne vers les Etats-Unis depuis la signature du décret. "Nous avons pris en charge tous ces passagers, personne n’est bloqué à Paris, on a pris les dispositions nécessaires pour réacheminer ces personnes à leur point d’origine", a indiqué un porte-parole du groupe.

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    Photo prise depuis Paris par une journaliste de Télérama, Julia Vergely

    Du côté du gouvernement français, pas de tweet, mais un communiqué publié par l’Elysée le 28 janvier après un entretien téléphonique entre Trump et Hollande. Le président français a appelé son homologue américain à respecter le principe de l’accueil des réfugiés, "fondement de nos démocraties". "Le repli sur soi est une réponse sans issue" estime François Hollande. La chancelièreallemande Angela Merkel s’est montrée plus offensive en déclarant que Trump faisait "fausse route", estimant que "même la lutte la plus énergique contre le terrorisme ne justifie pas de placer sous soupçon généralisé des personnes d’une provenance ou d’une religion particulière".


  • Télévision Chronique

    La télé claque l’écran au nez de Benoît Hamon
    29 janvier 2017 Par Antoine Perraud

    La télévision hait le mouvement qui déplace les lignes. Elle chasse à coups de canne les trublions, surtout s’ils sont de gauche. Dimanche soir, on se serait cru avec les émigrés de Coblence pendant la Révolution française ! À n’en pas croire ses oreilles…

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    Un pool de commentateurs a trouvé un couteau : Benoît Hamon. Sur les écrans de télévision, de sept à neuf, souffle l’anti-hamonisme primaire. La coterie ayant voix au chapitre cathodique fait la fine bouche et tord le nez. Ce choix n’est pas le sien. Sur France 2, Nathalie Saint-Cricq n’en est pas revenue – ce qui ne l’empêche pas d’être là : « Qu’ont-ils tous à vouloir du pain alors que nous avons de la brioche ? », semble-t-elle enrager, yeux au ciel et lèvres pincées.

    Idem sur BFM TV ou i-Télé : parmi la caste qui cause dans le poste, s’affiche ou suinte le dégoût de ce vainqueur si peu ragoûtant. Il n’est pas de notre monde, signifient chaque mot et chaque phrase de tous ces éditorialistes. Comme s’ils étaient habitués à se servir chez Fauchon mais se trouvaient soudain confrontés à un produit Lidl – pire qu’Ed, qui peut au moins sonner à leurs oreilles comme un rappel… d’Édouard (Balladur) !

    En France, où tout finit par des chansons à boire, un envoyé spécial à la Mutualité note, avec cet art achevé de meubler dans l’attente des résultats officiels : « Il y a du vin rouge, du vin blanc, mais pas de champagne. » Nathalie Saint-Cricq, interrogeant Gérard Collomb en représentant d’Emmanuel Macron, lui lance : « Sans faire de la politique politicienne, ce soir, c’est champagne pour vous ! »

    Le champagne signale son entre-soi naturellement dominant. Comment peut-on s’en passer ? Comment prétendre gouverner sans champagne ? Benoît Hamon n’a pas fini d’expier cette faute de goût, cette intolérable façon de trahir la gauche caviar. Les marquis poudrés et les rombières emperlousées de la télé ne comprennent pas comment la canaille – quelque 2 millions de gueux sortis voter par temps froid – peut à ce point se tromper. Ils avaient le choix entre deux chauffeurs Uber (même costume et même cravate) : ils ont pris le mauvais !

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    « Mitterrand reviens, ils sont devenus fous ! », lance sur i-Télé un « consultant politique », Jean-Luc Mano, blanchi sous le harnais – dans l’autre siècle, l’élection de François Mitterrand le fit passer de L’Humanité à TF1, avant qu’il ne profitât du nouveau millénaire pour devenir PDG de BFM en 2001. Et le voici qui lance, sur la chaîne d’information en continu concurrente, ce dimanche 29 janvier 2017, un grand cri empli d’angoisse nostalgique. Ah ! le Mano.

    « Le mino, c’est ainsi qu’on le nommait au Parti socialiste. L’éternel minoritaire, Benoît Hamon, devient majoritaire. Il faudra essayer de le comprendre », glisse une voix sur le même plateau d’i-Télé. La partie n’est pas gagnée – tenter de comprendre cette victoire de la part de ceux qu’elle révulse.

    L’inconscient d’Hervé Gattegno parle à ciel ouvert lorsqu’il évoque « le mauvais jugement porté par les électeurs de gauche sur le bilan du quinquennat ». « Mauvais jugement » : erreur d’entendement ou évaluation sévère ? Le journaliste, qui s’est peut-être fait, à son esprit défendant, plus fin qu’il n’était, rétablit bien vite la brutalité de sa vision des choses : « Hamon a réussi l’exploit de défendre une politique qui n’apparaît pas très sérieuse d’une façon sérieuse. »

    Chez cette petite société faisant office de climatiseurs du conformisme politique ambiant, le mot « utopie » est une injure dégradante, qu’Éric Brunet brandit avec une ironie carnassière. « Grand bond en arrière », décrète quant à lui, sur France 2, Nicolas Beytout, tandis que Laurent Delahousse, le questionneur aux questions très arrêtées, lâche des noms infamants à ses yeux pour définir Hamon : Corbyn, Sanders…

    La palme revient peut-être à celle qui pilonne sans relâche le vainqueur annoncé depuis 19 heures, Anna Cabana : « L’inexpérience tient lieu de brevet de modernité. » Ainsi s’agite un petit clan, payé pour gloser ad nauseam. Il a fini par s’identifier à une aristocratie et sent son Ancien Régime à vingt pas. Ces talons rouges autoproclamés s’avèrent, dès qu’ils ouvrent la bouche, garants de l’opinion unique à même d’étouffer toute pensée singulière.

    Cramponnés à leur poste et se sentant confusément menacés par tant de cocotiers ainsi secoués, de suffrage populaire en suffrage populaire, ces privilégiés imbus de leurs préjugés fulminent : « Il y a une part de revanche, Benoît Hamon, c’est l’un des licenciés, des frondeurs de ce quinquennat », lâche, avec un mépris doublé d’une incompréhension un tantinet apeurée, Ruth Elkrief. Qui sait si nous ne passerons pas de la révolte à la révolution, avec ces hordes issues « de la gauche protestataire, de la gauche du non, qui a fait florès en Espagne et ailleurs » – dixit toujours Ruth Elkrief. Un confrère rappelle que Hamon est entouré de personnages qui osèrent voter non à la belle Europe marchande en 2005. Et une écharpe rouge (Christophe Barbier) s’égosille : « Simulacre d’un grand congrès du PS ! »

    Un Petit Chose quasiment armé d’une fourche a donc gagné, c’est officiel à 20 h 45. Comment se rassurer ? En le faisant déjà rentrer dans le rang. Anna Cabana : « Sera-t-il capable d’une deuxième métamorphose, lui qui n’était que la gauche raillée du PS mais qui s’est élevé au niveau de Valls ? » Hervé Gattegno : « Il a besoin d’une métamorphose supplémentaire pour dialoguer en position de force ou pas trop défavorable face à Jean-Luc Mélenchon. »

    Comment transformer cette vague en digue ? Comment assainir ce qu’il y a de dangereux pour l’ordre établi chez ce Hamon, dont Éric Brunet rappelle qu’il « a capté Nuit Debout et toute la logique un peu écolo-citoyenne de petits mouvements nés comme ci comme ça » ? En le liant à Valls, farouche vaincu qui vaincrait ainsi son farouche vainqueur : « Benoît Hamon doit construire un programme qui nous rassemble et qui nous ressemble », prescrit la vallsiste Juliette Méadel, interrogée à point nommé.

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    Défendre Valls : « Vous dites des horreurs », s’indigne Nathalie Saint-Cricq. Elle gourmande Leila Chaibi – soutien de Mélenchon –, qui venait de se réjouir d’être débarrassée de l’ancien premier ministre. Si Manuel Valls n’a, hélas !, pas gagné, il gagnera en reprenant le PS à sa main, après l’échec programmé de Benoît Hamon à la présidentielle. Tous les éditorialistes brodent sur ce thème. Et TF1 soutient curieusement « un droit au silence », signe d’une « objection de conscience » pour le politicien autoritaire injustement battu.

    À l’image d’Étienne Mougeotte et Jean-Pierre Elkabbach ne pouvant cacher, le 10 mai 1981, leur mine renfrognée lors de la défaite de M. Giscard, la télévision offre le visage de possédants normatifs agrippés à leurs apanages vermoulus. Un monde s’effondre et ils se prennent pour les colonnes du temple. Seul le comédien Jacques Weber – pourtant pas le plus précaire ni le plus gauchiste ! – refuse d’imprimer une telle cadence, sur France 2, durant les trente secondes qui lui sont allouées pour commenter ce résultat de la primaire socialiste. Cela lui paraît un heureux « autre son de cloche » que le sempiternel « il n’y a pas d’autre solution que le libéralisme ». Un ange passe, juste avant le journal de 20 heures.

    Celui-ci commence dans la liesse : « Un sacre annoncé que rien ne pouvait contrarier », trompette la voix annonçant les titres. Mais il s’agissait de handball.


  • observatoire du 27/01/2017 par Matthieu Beigbeder
    Fillon : la folle matinée où iTELE a cessé d’être une chaîne d’info
    Nedjar : « On enlève des JT tout ce qui concerne l’affaire Fillon » (Les Jours)

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    Le 25 janvier, l’espace de trois heures, l’affaire Penelope Fillon a disparu d’iTELE. La faute au directeur de la chaîne, Serge Nedjar, selon Les Jours, qui aurait ordonné à ses (minces) équipes d’enlever des JT tout ce qui concernait l’affaire Fillon, sous couvert de présomption d’innocence (déjà invoquée lors de l’affaire Morandini). Comment s’est traduit ce choix éditorial à l’antenne ? @si a été faire un tour sur iTELE, la chaîne d’info qui censure des infos.

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    i-Censure. Ce mercredi 25 janvier, date de sortie du Canard enchaîné qui révèle l’emploi supposé fictif de Penelope Fillon, femme du candidat de la droite à la présidentielle, les médias sont en ébullition. Particulièrement BFM, qui tourne en boucle sur l’affaire depuis 5h20 du matin.

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    iTELE aussi est à bloc : dès 6h, à l’ouverture du premier journal de la journée, l’information figure en premier titre : « Penelope Fillon a-t-elle bénéficié d’un emploi fictif ?, s’interroge alors la présentatrice Clélie Mathias. Le Canard enchaîné assure que l’épouse du candidat de la droite a été rémunérée pendant 8 ans comme attachée parlementaire. Pourtant, certains collaborateurs affirment n’avoir jamais travaillé avec elle. La polémique enfle », conclut-elle.

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    A l’instar de son concurrent BFM, un sujet complet, résumant les informations du Canard enchaîné, a même été monté pendant la nuit, et diffusé à l’ouverture de l’antenne. Et ce, pour les journaux de 6h, 6h30, et 7h. L’affaire était même présentée ainsi en bandeau : « L’épouse de F. Fillon a été rémunérée 500 000€ bruts durant 8 ans en tant qu’attachée parlementaire (Canard Enchaîné) ».

    Puis arrive 7h30. Et là, c’est le drame : Clélie Mathias ouvre son journal avec une info du Parisien relative au nombre d’islamistes radicaux en France, puis enchaîne sur les chiffres du chômage, puis sur l’arrivée en salles du film La La Land et sur l’équipe de France de handball. Plus aucune trace de Penelope Fillon, ni dans les rappels des titres, ni dans les sujets, ni au bandeau.

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    Les Césars à l’honneur pendant deux heures

    Idem à 9h, à « l’Heure des Pros » de Pascal Praud. Ce « contradicteur » autoproclamé devrait sûrement se délecter d’une telle affaire. Espoir déçu : c’est Roman Polanski, qui avait annoncé la veille renoncer à présider les Césars à la suite de la polémique entourant sa nomination, qui est au centre des débats. Puis l’équipe de Praud aborde la brûlante question des prisons françaises et la récidive des détenus.

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    A 10h, alors qu’Hervé Liffran, journaliste au Canard Enchaîné et co-auteur de l’enquête sur Penelope Fillon, apparaît dans le premier sujet de BFM, c’est « place aux nominations ! » sur i-Télé. Au bandeau de la 16, tandis que l’on est toujours sans aucune nouvelle de Penelope Fillon, l’antenne part sur un direct à la conférence des nominations des Césars. A 10h43, le journaliste culture d’i-Télé, Olivier Benkemoun, se lance dans une interview avec Gérald Brice-Viret, directeur des antennes du groupe Canal+ ,dont fait partie iTELE. Les présentations sont faites au moment de rendre l’antenne, après avoir longuement vanté les Césars, diffusés sur Canal+ évidemment. « Merci Gérald Brice-Viret, qui s’occupe des antennes de Canal+, évidemment ».

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    « On enlève des JT tout ce qui concerne l’affaire Fillon »

    Et Fillon dans tout ça ? Il faudra attendre 11h du matin, pour que les frasques de la femme du candidat de la droite et du centre soient à nouveau évoquées : « Dans le reste de l’actualité, annonce alors la présentatrice, ce scandale ce matin autour de la femme de François Fillon, Penelope. Selon le Canard Enchaîné, elle aurait été rémunérée en tant qu’attachée parlementaire de son mari ». Pendant combien d’années ? Personne ne le sait. Surtout, la présentatrice n’explique pas que c’est la présomption d’un emploi fictif qui fait scandale. iTELE enchaîne alors sur un duplex à Bordeaux, où François Fillon s’est exprimé, puis diffuse sa défense, lors de laquelle il dénonce la « misogynie de l’article du Canard ». Au bandeau, c’est encore pire : aucune mention de Penelope Fillon avant… 16h. Une éternité à l’échelle d’une chaîne d’info en continu. Sans parler du site d’iTELE, en jachère depuis la fin de la grève, en novembre dernier : le premier sujet sur l’affaire Fillon a été mis en ligne à… 19h15, mercredi.

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    16h04, premier bandeau sur l’affaire Penelope Fillon depuis 7h30

    Comment expliquer ce silence de plusieurs heures sur Fillon ? Selon Les Jours, la censure est à imputer directement à Serge Nedjar, directeur de la chaîne et directeur de la rédaction : « Il est autour de 7 heures du matin, mercredi, racontent Les Jours, quand le portable du rédacteur en chef de la Matinale d’i-Télé retentit. C’est Serge Nedjar, le grand chef, quoi. Et il donne l’ordre : on enlève des JT tout ce qui concerne l’affaire Penelope Fillon ». Sa justification ? La « présomption d’innocence ».

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    Vous avez dit « censure » ? Nedjar avance que « ce sont les infos du Canard enchaîné », que « rien n’est avéré » et que « tout doit disparaître ». Ordre exécuté.


  • Et l’équipe de Trump inventa la « réalité alternative » - Arrêt sur images
    http://www.arretsurimages.net/articles/2017-01-23/Et-l-equipe-de-Trump-inventa-la-realite-alternative-id9487
    http://www.arretsurimages.net/media/article/s95/id9487/original.95793.jpg

    Et l’équipe de Trump inventa la "réalité alternative"
    Guerre d’images après l’investiture du président américain

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    Mots-clés : investiture, Kellyanne Conway, sean spicer, Trump

    A peine intronisé, et déjà une polémique. Depuis deux jours, Trump et ses équipes soutiennent que le nouveau président a rassemblé davantage de gens qu’Obama en 2009, pour son discours d’investiture, alors que les images semblent dire le contraire. Interrogé à ce sujet, l’une de ses attachées de presse préfère parler de "faits alternatifs".

    On savait les relations tendues entre Trump et les médias : elles ne se sont pas réchauffées depuis que le candidat républicain est devenu président des Etats-Unis. De passage au siège de la CIA samedi 21 janvier, au lendemain de son investiture, Trump a qualifié les journalistes d’"êtres humains les plus malhonnêtes de la terre". Dans son viseur : les médias qui, la veille, avaient osé dire ou écrire que la foule était plus importante pour l’investiture d’Obama en 2009, que pour la sienne en 2017.

    Comment les journalistes s’y sont-ils pris pour comparer ces deux foules, à huit ans d’intervalle, alors que les autorités de Washington ont pour règle de ne pas communiquer d’estimations de foules, afin d’éviter toute polémique ? En comparant plusieurs photos, prises en 2009 puis en 2017.

    C’est le cas du New York Times qui a comparé deux photos, toutes deux prises 45 minutes avant le serment des deux présidents. Sur ces images, le doute ne semble pas permis : il y avait beaucoup plus de monde en 2009 qu’en 2017, et l’investiture de Trump est un véritable bide.

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    Vue depuis le Washington Monument, l’obélisque qui fait face au Capitole des Etats-Unis

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    Vue depuis le Capitole

    La réalité semble, néammoins, un peu moins cruelle que les images. Il y a d’abord les chiffres : selon les différentes estimations, la cérémonie d’investiture de Trump a attiré près de 250 000 personnes, vendredi 20 janvier, à Washington. C’est loin, en effet, des quelques 1,8 millions de personnes qui sont venues écouter Obama en 2009. Mais en 2001, ils n’étaient "que" 300 000 autour du Capitole pour la première intronisation de George W. Bush, et 250 000 en 1997 pour la seconde de Bill Clinton (qui avait, en revanche, attiré 800 000 personnes en 1993). Pas si ridicule Trump donc, comme le note Le Monde.

    Et puis il semblerait que les pelouses du Capitole, recouvertes pour l’occasion de bâches blanches pour les protéger, n’aient pas toujours été aussi clairsemées que sur les photos du New York Times. Il y a d’abord cette photo (voir ci-dessous), publiée sur plusieurs sites pro-Trump, et reprise en France par le site d’extrême droite Dreuze.info, qui laisse planer le doute. Mais la perspective n’étant pas la même, impossible de comparer et d’affirmer, comme Dreuze le fait, que les médias ont menti.

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    Il faut aller sur le site de CNN pour se faire un avis plus tranché. Une photo interactive en très haute résolution a en effet été postée aujourd’hui sur le site de la chaîne. Elle permet à l’internaute (essayez !) de zoomer, avec la mollette de sa souris, sur chaque détail de l’image. De la cravate de Trump aux spectateurs qui écoutaient son discours, debout, quelques centaines de mètres plus loin. L’occasion de voir que, pendant son discours d’investiture, la foule n’était pas aussi clairsemée que sur les photos du Timesprises, rappellons-le, 45 minutes avant que Trump ne prête serment.

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    Excédé par cette comparaison peu flatteuse, Trump a répliqué le lendemain en affirmant qu’1,5 millions de personnes s’étaient déplacées pour le voir jurer sur la Bible. Ce n’est pas tout : dans la foulée, le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, a improvisé une conférence de presse pour déclarer que cette comparaison du Times était "honteuse et fausse", et que la foule de vendredi avait "été la plus importante à avoir jamais assisté à une prestation de serment, point final".

    Point final, vraiment ? "C’était la première fois dans l’histoire de notre nation que le sol avait été recouvert pour protéger l’herbe du Mall. Ce qui a eu pour effet de mettre en évidence les zones où les gens n’étaient pas debout, alors que lors des années précédentes, l’herbe permettait d’éviter cette impression", a bien tenté d’expliquer Spicer, mais c’est faux : l’herbe avait déjà été recouverte en 2013, pour la seconde investiture d’Obama, comme une simple recherche Google permet de le vérifier. Autre argument invoqué par Spicer. "Nous savons que 420 000 personnes ont utilisé le métro de Washington hier, alors qu’ils n’étaient que 317 000 à l’avoir utilisé le jour de l’investiture d’Obama en 2013". Là aussi, c’est faux : 782 000 personnes avaient utilisé le métro de Washington DC, le jour de la seconde investiture d’Obama.

    La réalité "alternative" de l’équipe de Trump

    Le nouveau porte-parole de la Maison Blanche s’arrangerait-il avec la réalité ? La question a été posée, dimanche 22 janvier, par le journaliste de NBC Chuck Todd à sa conseillère, Kellyanne Conway. Réponse de l’intéressée, qui venait de rappeler que la veille, un journaliste de Time magazine s’était trompé en écrivant que le buste de Martin Luther King avait été retiré du Bureau ovale ? "On ne peut jamais vraiment quantifier une foule. Nous savons tous cela. Vous pouvez vous moquer autant que vous voulez, je pense que cela symbolise la façon dont nous sommes traités par la presse (...) Ne surdramatisez pas, Chuck. Vous dites des choses fausses. Et notre porte-parole, Sean Spicer, a donné des faits alternatifs". Réponse du journaliste de NBC : "Attendez une minute. Des faits alternatifs ? Quatre des cinq faits qu’il a dits... sont tout simplement faux. Les faits alternatifs ne sont pas des faits, ce sont des mensonges".

    Des "faits alternatifs". L’expression est rapidement devenu un "meme" sur Twitter où plusieurs dizaines d’internautes ont détourné les propos de Spicer derrière les hashtags #alternativefacts ou #SpicerFacts.

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    Cet épisode a aussi inspiré à la médiatrice du Washington Post, Margaret Sullivan, anciennement médiatrice du Times, une tribune intitulée : "La façon traditionnelle de couvrir le président est mort. L’attaché de presse l’a tué". Sullivan estime que cette histoire de "faits alternatifs" est, en fait, ce qui pouvait arriver de mieux aux journalistes américains. "Les déclarations officielles comptent, mais les médias ne devraient pas y accorder autant d’importance", écrit-elle, avant d’ajouter : "Les briefings de la Maison Blanche, c’est du « journalisme d’accréditation », où les communiqués officiels sont souvent pris au pied de la lettre et transformés en toute hâte en infos. Tout cela est fini. Mort". Ou comme le dit la journaliste du site d’investigation ProPrublica, Jessica Huseman, citée dans la tribune de Sullivan : "Les journalistes n’obtiendront pas de réponse de la part de Spicer. Nos réponses, nous les aurons en creusant. En se retroussant les manches". Un mal pour un bien la "réalité alternative" ?


  • Trump ou le triomphe du style paranoïaque, par Ibrahim Warde (Le Monde diplomatique, décembre 2016)
    http://www.monde-diplomatique.fr/2016/12/WARDE/56924
    http://www.monde-diplomatique.fr/IMG/arton56924.jpg

    Les ambitions présidentielles de Donald Trump ne datent pas d’hier. Dès 1988, le promoteur immobilier avait tenté de devenir le colistier de George H. W. Bush. Les convictions de celui qui, le 20 janvier prochain, deviendra le quarante-cinquième président des États-Unis demeuraient cependant floues.