• Barroso à Goldman Sachs : l’arbre qui cache la forêt
    https://www.pantouflewatch.org/2016/07/14/barroso-a-goldmans-sachs-larbre-qui-cache-la-foret

    Vendredi 8 juillet, la banque d’affaires américaine Goldman Sachs a annoncé avoir engagé l’ancien président de la Commission européenne José Manuel Barroso pour la conseiller. Cette annonce a provoqué de vives réactions. Pour Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, ça n’est pas moins qu’un « bras d’honneur à l’Europe ». Dans son interview du 14 juillet, François Hollande a quant à lui jugé « moralement inacceptable » le recrutement de l’ancien président de la Commission par Goldman Sachs. Ce pantouflage spectaculaire est pourtant un arbre qui cache la forêt : à la Commission comme dans la fonction publique française, de tels allers retours entre administration et grandes entreprises sont monnaie courante.


  • Barroso à Goldman Sachs : l’arbre qui cache la forêt
    https://www.pantouflewatch.org/2016/07/14/barroso-a-goldmans-sachs-larbre-qui-cache-la-foret

    Vendredi 8 juillet, la banque d’affaires américaine Goldman Sachs a annoncé avoir engagé l’ancien président de la Commission européenne José Manuel Barroso pour la conseiller. Cette annonce a provoqué de vives réactions. Pour Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, ça n’est pas moins qu’un « bras d’honneur à l’Europe ». Dans son interview du 14 juillet, François Hollande a quant à lui jugé « moralement inacceptable » le recrutement de l’ancien président de la Commission par Goldman Sachs. Ce pantouflage spectaculaire est pourtant un arbre qui cache la forêt : à la Commission comme dans la fonction publique française, de tels allers retours entre administration et grandes entreprises sont monnaie courante.


  • Les hommes de main de la « Dame de fer »
    https://www.dessousdebruxell.es/spip.php?article124

    Les électeurs britanniques ont tranché le 23 juin : la Grande-Bretagne va quitter l’Union européenne. C’est l’occasion de revenir sur l’influence considérable exercée par ses représentants dans les institutions bruxelloises depuis les années 80. Nous republions cet article en date du 4 juin 2010 et qui revenait sur le rôle des « hommes de main » de l’emblématique Premier ministre britannique, Margaret Thatcher.


  • Pantouflage en Europe : le capitalisme de connivence
    http://pantouflewatch.org/2016/07/05/pantouflage-en-europe-le-capitalisme-de-connivence

    Nous achevons notre série sur le livre noir des banques avec un dernier extrait sur le pantouflage dans les milieux politiques européens (« revolving doors » en anglais). Une pratique répandue : au terme de leur mandat, des femmes et hommes politiques rejoignent le privé pour vendre une influence acquise dans le public. Symétriquement, il arrive qu’on fasse appel, pour contrôler ou réformer la finance… à d’anciens banquiers.


  • Trésor et inspection générale des Finances, la caste des pantouflards
    http://pantouflewatch.org/2016/06/28/tresor-et-inspection-generale-des-finances-la-caste-des-pantouflards

    Dans la suite de la série entamée la semaine dernière, nous publions un nouvel extrait du livre noir des banques. Ce passage revient sur les allers retours incessants entre la haute administration de Bercy et les grandes banques. Et cite quelques cas emblématiques de pantouflage, dont les énarques de l’inspection générale des Finances se sont fait une spécialité. A la clé : collusion, consanguinité et conflits d’intérêts… Source : Pantoufle Watch

    http://seenthis.net/messages/504280 via Rezo


  • Trésor et inspection générale des Finances, la caste des pantouflards
    http://pantouflewatch.org/2016/06/28/tresor-et-inspection-generale-des-finances-la-caste-des-pantouflards

    Dans la suite de la série entamée la semaine dernière, nous publions un nouvel extrait du livre noir des banques. Ce passage revient sur les allers retours incessants entre la haute administration de Bercy et les grandes banques. Et cite quelques cas emblématiques de pantouflage, dont les énarques de l’inspection générale des Finances se sont fait une spécialité. A la clé : collusion, consanguinité et conflits d’intérêts…


  • Bercy et le Trésor, matrice de la pensée unique
    http://pantouflewatch.org/2016/06/21/bercy-et-le-tresor-matrice-de-la-pensee-unique

    Nous publions aujourd’hui, et dans les semaines qui suivent, une série d’extraits du livre noir des banques. L’extrait qui suit revient sur le rôle joué par le ministère des Finances et sa puissante direction du Trésor, à l’heure du capitalisme financiarisé. Y sont évoqués l’influence de l’administration de Bercy et le poids de ses haut-e-s fonctionnaires – et en particulier de l’inspection générale des Finances. En dépit des alternances politiques, ielles garantissent une continuité dans les décisions prises en matière de politique économique… pour le plus grand profit des banques


  • Le Figaro à Saint-Denis : Désinformation-sur-Seine
    http://www.acrimed.org/Le-Figaro-a-Saint-Denis-Desinformation-sur-Seine

    Samedi 21 mai 2016, Le Figaro Magazine publiait l’enquête de Nadjet Cherigui sur la ville de Saint-Denis renommée pour l’occasion « Molenbeek-sur-Seine ». À la demande de plusieurs dionysiens et internautes effarés par l’angle choisi et les « insinuations abjectes », nous avons donc remis nos trenchs d’enquêtrices pour aller démêler le vrai du faux. Après deux semaines de rencontres, de présence sur place et d’entretiens, notamment avec les personnes citées, nos doutes quant à l’utilisation de procédés journalistiques équivoques et de simplifications outrancières ont été confirmés. Manipulation, déformation, falsification de plusieurs citations, informations non vérifiées devenues assertions, occultation délibérée de propos pouvant nuancer l’enquête : le résultat est pour le moins accablant. Ce que Le Figaro a présenté comme une enquête de trois mois, puis d’un mois et demi, n’est en fait qu’une succession de biais réducteurs et de témoignages peu fiables. Décryptage, point par point, ligne par ligne, d’un dossier désormais emblématique de la désinformation-sur-Seine.


  • Bercy et le Trésor, matrice de la pensée unique
    http://pantouflewatch.org/2016/06/21/bercy-et-le-tresor-matrice-de-la-pensee-unique

    Nous publions aujourd’hui, et dans les semaines qui suivent, une série d’extraits du livre noir des banques. L’extrait qui suit revient sur le rôle joué par le ministère des Finances et sa puissante direction du Trésor, à l’heure du capitalisme financiarisé. Y sont évoqués l’influence de l’administration de Bercy et le poids de ses haut-e-s fonctionnaires – et en particulier de l’inspection générale des Finances. En dépit des alternances politiques, ielles garantissent une continuité dans les décisions prises en matière de politique économique… pour le plus grand profit des banques


  • Le Figaro à Saint-Denis : Désinformation-sur-Seine
    http://www.acrimed.org/Le-Figaro-a-Saint-Denis-Desinformation-sur-Seine

    Samedi 21 mai 2016, Le Figaro Magazine publiait l’enquête de Nadjet Cherigui sur la ville de Saint-Denis renommée pour l’occasion « Molenbeek-sur-Seine ». À la demande de plusieurs dionysiens et internautes effarés par l’angle choisi et les « insinuations abjectes », nous avons donc remis nos trenchs d’enquêtrices pour aller démêler le vrai du faux. Après deux semaines de rencontres, de présence sur place et d’entretiens, notamment avec les personnes citées, nos doutes quant à l’utilisation de procédés journalistiques équivoques et de simplifications outrancières ont été confirmés. Manipulation, déformation, falsification de plusieurs citations, informations non vérifiées devenues assertions, occultation délibérée de propos pouvant nuancer l’enquête : le résultat est pour le moins accablant. Ce que Le Figaro a présenté comme une enquête de trois mois, puis d’un mois et demi, n’est en fait qu’une succession de biais réducteurs et de témoignages peu fiables. Décryptage, point par point, ligne par ligne, d’un dossier désormais emblématique de la désinformation-sur-Seine.


  • Pantouflages et collusions entre la fonction publique et le monde des affaires
    http://pantouflewatch.org/2016/06/06/pantouflage-kezako

    Nommé en juin 2014 par François Hollande à la tête de la puissante administration du Trésor, l’inspecteur des Finances Bruno Bézard serait sur le point de rejoindre un fonds d’investissement chinois, Cathay Capital. Il s’agit là du dernier exemple en date d’une pratique courante au sommet de la fonction publique : le « pantouflage ». Un jeu de chaises musicales entre l’administration et le monde des affaires qui pose un problème majeur du point de vue de l’intérêt général


  • Tribunaux médiatiques pour syndicalistes « radicalisés »
    http://www.acrimed.org/Tribunaux-mediatiques-pour-syndicalistes

    La mobilisation contre la Loi Travail a pris une nouvelle dimension la semaine dernière, avec une série de grèves dans différents secteurs. Les « experts » et autres éditocrates n’ont pas manqué de dénoncer des blocages jugés « irresponsables ». Mais l’hostilité médiatique à l’égard des grèves s’est aussi exprimée au travers de plusieurs interviews de syndicalistes, dont certaines se sont transformées en véritables interrogatoires.


  • Loi travail : matraquages médiatiques sur les manifestations
    http://www.acrimed.org/Loi-travail-matraquages-mediatiques-sur-les

    Jeudi 28 avril et dimanche 1er mai 2016 se tenaient deux journées de manifestation, respectivement contre la loi travail et pour la journée internationale des travailleurs. Et sans surprise, ce sont les affrontements entre la police et certains manifestants qui ont monopolisé l’attention des médias.
    La couverture de ces violences témoigne des travers déjà bien connus du traitement médiatique des mobilisations sociales : reprise en boucle, au moins dans un premier temps, des chiffres et éléments de langage de la Préfecture ; dénonciation des violences contre la police, silence sur les violences policières ; débats anémiés, se résumant à des injonctions à se positionner pour ou contre les « casseurs » ; et en définitive oubli de l’objet même des mobilisations et des revendications des manifestants. Quand les grands médias ne prennent plus la peine de questionner les sources policières, l’information passe à la trappe…


  • Nuit debout : il faut (encore) sauver le soldat Finkielkraut
    http://www.acrimed.org/Nuit-debout-il-faut-encore-sauver-le-soldat

    Indignation générale : Alain Finkielkraut se serait fait « expulser », selon ses propres termes, de la place de la République où se tenait une assemblée générale du mouvement Nuit debout. Et l’académicien d’expliquer qu’« on a voulu purifier la place de la République de [s]a présence ». Dans la foulée, les médias dominants se sont empressés de reprendre à leur compte la version des faits présentée par Alain Finkielkraut. Pourtant d’autres témoignages, ainsi que des vidéos filmées sur place, montrent que les événements ne se sont pas exactement passés ainsi. Peu importe : la machine médiatique s’est déjà emballée, et auto-entretient un torrent de commentaires indignés et de débats faussés… Énième expression des solidarités de caste à l’œuvre dans l’éditocratie, dont nombre de représentants ne semblent s’intéresser aux mobilisations sociales que lorsqu’il est question de délégitimer ces dernières.


  • « Panama Papers » : des militant⋅e⋅s d’Attac bloquent l’accès à l’agence de banque privée Société générale Paris Bourse
    https://france.attac.org/actus-et-medias/salle-de-presse/article/panama-papers-des-militant%E2%8B%85e%E2%8B%85s-d-attac-bloquent-l-acce

    Ce jeudi matin, depuis 8 h 30, des militant·e·s d’Attac bloquent l’accès à l’agence de banque privée [1] Société générale de Paris Bourse au 134, rue Réaumur dans le 2e arrondissement. Ils dénoncent l’implication de la banque dans le scandale des « Panama Papers » et lancent un appel au blocage des 103 agences de banques privée de Société générale partout en France.


  • Aux sources bruxelloises de la loi travail
    https://www.dessousdebruxell.es/spip.php?article134

    Les recettes libérales de la « loi travail » annoncée par le gouvernement ne sont pas nouvelles. Voilà bientôt 30 ans qu’on nous rebat les oreilles avec la « lutte contre le chômage » : les dispositifs se succèdent, et leurs échecs successifs incitent les gouvernements à pousser toujours plus loin la flexibilité et la précarité du travail. Ce véritable « modèle social », élaboré sur fond de chômage de masse, est activement promu par les institutions de l’Union européenne.


  • Finance, Bruxelles rallume la mèche, par Frédéric Lemaire & Dominique Plihon (janvier 2016)
    http://www.monde-diplomatique.fr/2016/01/LEMAIRE/54461

    Selon ses promoteurs, la mise en place d’une union des marchés de capitaux d’ici à 2019 devrait améliorer le financement des entreprises et stimuler l’investissement dans l’Union européenne. Mais ce projet, défendu par le lobby bancaire et élevé au rang de priorité par la nouvelle Commission européenne, fait craindre le retour de la crise financière.

    Les #entreprises dans l’engrenage de la finance, par @cecilecarto (janvier 2016)
    http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/engrenagefinance
    http://www.monde-diplomatique.fr/local/cache-vignettes/L276xH300/finance-f7684.png

    Le projet d’union des capitaux [#UMC] ouvrira les portes des marchés financiers aux petites et moyennes entreprises (PME), qui, d’ordinaire, se financent auprès des banques de détail. De leur côté, ces dernières pourront transformer leurs prêts en actions et les vendre à des investisseurs (titrisation) qui, à leur tour, alimenteront la spéculation. En liant une part croissante de l’économie réelle à la « #finance de l’ombre », cette réforme risque de hâter la prochaine crise.

    #Union_européenne


  • Retrouver un projet et un imaginaire de conquête à gauche
    https://blogs.mediapart.fr/frederic-lemaire/blog/221215/un-imaginaire-de-conquete-pour-la-gauche

    Le contraste est saisissant entre le succès de Podemos en Espagne et les résultats des dernières élections régionales. En France, c’est le Front national qui fait le plein de voix. La « gauche de gauche » va d’échec en échec, malgré l’impopularité des partis de gouvernement. Pourquoi ne parvient-elle pas à convaincre ?


  • Que s’est-il passé place de la République ? Informations désinformées des journaux télévisés
    http://www.acrimed.org/Que-s-est-il-passe-place-de-la-Republique-Informations-desinformees-des

    Contrairement à certains « grands médias », nous pensons que l’information nécessite vérifications, recoupements, et esprit critique vis-à-vis de la parole officielle. À moins de considérer que, état d’urgence oblige, les journalistes se doivent d’être de simples auxiliaires de police.


  • Arnaud Leparmentier chante les louanges du traité transatlantique sur France Inter

    http://www.acrimed.org/Arnaud-Leparmentier-chante-les-louanges-du-traite-transatlantique-sur-Franc

    Dans son « Édito » du 6 octobre dernier à l’antenne de France Inter, Arnaud Leparmentier s’est livré à un vibrant plaidoyer pour le libre-échange et les accords de commerce transpacifique et transatlantique. Cela ne surprendra personne : le directeur adjoint des rédactions du Monde inflige régulièrement aux auditeurs d’Inter ses partis-pris grandiloquents à la gloire du marché. C’est bien le droit d’Arnaud Leparmentier que d’exprimer son opinion ; ses éditos à sens unique révèlent cependant, par contraste, la faiblesse de l’information et du débat sur les accords de libre-échange à l’antenne de France Inter.


  • Alexis Tsípras et le conte de l’escalier
    http://www.dessousdebruxell.es/spip.php?article113

    Jeudi 12 janvier 2015, Alexis Tsípras affrontait sa première grève générale. Après avoir finalement cédé aux exigences des créanciers européens, le premier-ministre grec a du se résigner à appliquer les mesures d’austérité qu’il avait promis de combattre. Dans son reportage à Athènes, Fabien Perrier rapporte les propos d’un manifestant qui semblent résumer cette volte-face : « Il y a un hélicoptère de police dans le ciel. Finalement, Tsípras est devenu comme les autres. »

    La transformation du premier-ministre grec rappelle un poème en prose de l’écrivain bulgare Christo Smirnenski, publié en 1923 : le conte de l’escalier. Malgré sa mort précoce (il avait 25 ans), Christo Smirnenski a été un poète prolifique : il a produit quelque mille œuvres en prose et en vers, de différents genres, signés de près de soixante-dix pseudonymes. Sa poésie et son humour acerbe sont indissociables de son engagement politique, lucide et critique. Dans son conte de l’escalier, il raconte l’accession au pouvoir d’un jeune homme du peuple prêt à tout pour venger ses semblables.


  • Allez hop, moi aussi je ressors mon entretien avec Svetlana Alexievitch, réalisé en 2004 pour le magazine suisse "Femina".

    https://i.guim.co.uk/img/static/sys-images/Guardian/Pix/pictures/2015/10/8/1444304365858/e7cb60ee-00bf-4041-8b48-6b1120ae315a-2060x1236.jpeg?w=620&q=85&auto=format&sharp=10&s=20c58ff531404eeb69551a4d5c4f2a14

    –-
    Depuis vingt-cinq ans, elle passe son temps à écouter et à restituer dans ses livres les souffrances endurées par les hommes et les femmes ordinaires de l’ex-URSS : la Seconde guerre mondiale et le stalinisme ("La guerre n’a pas un visage de femme"), la guerre d’Afghanistan ("Les Cercueils de zinc"), la catastrophe de Tchernobyl ("La Supplication")… On s’attendrait à rencontrer quelqu’un de mélancolique ; et on se retrouve face à une femme chaleureuse, à l’allure sereine et au sourire radieux.

    Citée depuis 2001 parmi les possibles lauréats du prix Nobel de littérature (même si ça n’aura pas encore été pour cette année), Svetlana Alexievitch, qui a grandi dans la Biélorussie de l’après-guerre, a inventé un genre qu’elle appelle le « livre de voix », ou la « chronique des petites gens » : « Flaubert se définissait comme un ″homme-plume″ ; moi, je suis une ″femme-oreille″. » Pendant des heures, parfois des jours, elle recueille les récits de ceux qui ont vécu un événement historique, avant de les retranscrire et de les agencer pour composer une polyphonie unique. « Sur cent pages de témoignage, je conserve peut-être l’équivalent de deux pages, explique-t-elle. Si quelqu’un d’autre interrogeait les mêmes personnes, il ne ferait pas le même livre. Tout ce qu’on lit est la vérité, mais vue à travers mon prisme à moi ; à travers ma vision du monde et ma plume à moi. Je nettoie, je cisèle mon matériau : c’est quasiment un travail d’orfèvrerie littéraire. Je me livre à un tissage compliqué, afin de trouver, dans la combinaison des différents témoignages, une vérité qu’ils ne contenaient pas individuellement, et dont leurs auteurs n’étaient pas conscients. »

    Alors que, dans le journalisme (sa profession de départ), les personnes interrogées sont des moyens de comprendre l’événement, chez elle, c’est l’inverse. Ce qu’elle veut saisir, dit-elle, c’est « l’être humain éternel », « l’homme nu sur la terre nue » ; les événements ne font que servir à ses livres de « pivots ». Elle précise : « Je ne recherche pas l’anecdote, mais ce qui se passe là où l’historiographie s’arrête : par exemple, quand un homme en tue un autre, que se passe-t-il dans sa tête quand il se réveille le lendemain matin ? Ou quand il contemple les yeux, ou les mains de celui qu’il tue ? »

    Cette méthode de travail, elle l’a utilisée dès son premier livre, "La guerre n’a pas un visage de femme", qui est aussi le plus récemment paru en français et qui, comme les autres, stupéfie et bouleverse à chaque page. On y entend la Seconde guerre mondiale racontée par quelques-unes des innombrables femmes soviétiques qui y ont pris part : de très jeunes filles, le plus souvent (l’une d’elles se souvient que ses dents de sagesse perçaient dans le train du retour), qui partaient au front et devenaient aussi bien tireuses d’élite qu’infirmières. L’une raconte comment, courant sous le feu ennemi et ayant perdu son couteau alors qu’elle tentait de ramener un blessé sur son dos, elle a dû sectionner avec ses dents son bras à moitié arraché ; une autre, comment, après la fin de la guerre, elle a eu une violente éruption cutanée le jour où elle a mis un vêtement rouge, au point de ne plus jamais pouvoir en porter, parce qu’elle avait vu trop de sang…

    « Je me suis rendu compte que les femmes avaient une tout autre manière de parler de la guerre que les hommes, observe Svetlana Alexievitch. Les hommes – y compris dans ma famille – parlaient de gloire, d’héroïsme, de victoires ; les femmes, de pitié, de meurtre, de chagrin… Une infirmière me disait que, quand elle fouillait parmi les cadavres, après la bataille, pour rechercher d’éventuels survivants, elle avait autant pitié des morts allemands que des russes. Ce n’était pas le même texte que les hommes ; et comme, en tant qu’écrivaine, c’est le texte qui m’intéresse, cela m’a donné envie d’écrire ce livre. » En l’accueillant chez elle, une ancienne combattante lui confie qu’avant son arrivée, son mari lui a bien recommandé de parler comme il le lui a appris, « sans larmes ni détails idiots » ; et que, pour plus de précaution, il a passé la nuit à potasser avec elle l’"Histoire de la Grande Guerre patriotique" ! Dans l’univers saturé d’idéologie qu’est l’Union soviétique, La guerre n’a pas un visage de femme fait scandale. On accuse son auteur de « pacifisme » et de « naturalisme » – parce qu’elle évoque les difficultés très prosaïques rencontrées par les femmes-soldats, comme celle d’avoir ses règles à la guerre, par exemple… Ce n’est qu’avec l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev que la censure du livre sera levée.

    Toutes ces femmes se sont engagées avec enthousiasme : elles voulaient défendre la patrie, repousser l’ennemi nazi. Certaines ont triché sur leur âge, ou se sont cachées dans des transports de troupes quand on leur avait refusé l’incorporation. « Il y avait une part de conditionnement idéologique, bien sûr, commente Svetlana Alexievitch. J’ai rencontré une femme dont le père et le mari avaient été déportés en Sibérie. Sa fille et elle ont été mobilisées toutes les deux. La fille a protesté : ″Mais comment, maman, après ce qu’ils nous ont fait, nous allons partir nous battre ?!″ Et la mère lui a répondu : ″C’est vrai, nous souffrons, mais il faut mettre nos griefs entre parenthèses jusqu’à la victoire.″ C’était ça, la mentalité de l’époque ! Les gens étaient endoctrinés, mais en même temps, ils se dévouaient sincèrement. Ils avaient vraiment le désir de débarrasser l’Europe du nazisme, ils étaient conscients de leur responsabilité. Et puis, le peuple russe a toujours été très combatif : toute la population a pris part à la guerre contre les armées de Napoléon, par exemple… »

    Elle se dit « très énervée » de constater qu’on oublie aujourd’hui, soixante ans après, que l’Europe a aussi été libérée par l’Est, et qu’on attribue la victoire sur le nazisme au seul débarquement américain : « On réécrit l’Histoire de façon inacceptable. De manière générale, on minimise le rôle qu’a joué la Russie au XXe siècle ; on la traite comme un pays mineur. Mais qu’on pense seulement à son influence sur les intellectuels communistes du monde entier… Certes, en Russie, le communisme a pris une forme sanglante, mais je crois très naïf d’imaginer que l’idée de communisme peut tomber en désuétude pour autant. Elle était déjà là à l’époque des cavernes, quand l’un de nos ancêtres se demandait pourquoi son voisin avait un plus gros morceau de viande que lui ! On n’éradiquera jamais l’idée que le monde est injuste, et qu’il faut lutter contre cette injustice. »

    Cette idéologie soviétique dont était pétrie la génération de La guerre n’a pas un visage de femme, Svetlana Alexievitch en a vu le déclin, dans les années quatre-vingt, lors de l’occupation de l’Afghanistan, qu’elle a fait raconter par ses protagonistes – et surtout par les mères de soldats – dans "Les Cercueils de zinc". « Il aurait été malhonnête de ma part de ne pas aller me rendre compte par moi-même, puisque cette fois, je traitais d’une guerre contemporaine, raconte-t-elle. J’ai passé un mois en Afghanistan. Un jour, je suis montée dans un hélicoptère, et, au-dessous de nous, les cercueils de zinc contenant les corps des soldats tués, alignés par dizaines sur le sol, étincelaient au soleil. Le pilote m’a dit : ″A chaque fois que nous décollons, c’est le paysage que nous découvrons… Et nous ne savons pas pourquoi.″ C’était ça, la grande différence entre cette génération et les précédentes : leurs aînés, eux, savaient pourquoi… » Maintenant que les anciens repères ont complètement disparu, elle prépare, pour clore son projet littéraire, « un livre sur l’amour et un autre sur la mort, parce que c’est tout ce qui reste aux gens ».

    "Les Cercueils de zinc" lui a valu un procès. Plus tard, "La Supplication" a suscité l’ire des autorités biélorusses, qui faisaient tout pour dissimuler l’ampleur de la catastrophe de Tchernobyl – et leur incapacité à protéger leur population. Il y a trois ans, Svetlana Alexievitch a dû quitter Minsk pour s’installer en Italie, puis en France.

    Avec La guerre n’a pas un visage de femme, elle rêvait « d’écrire un livre sur la guerre qui donnerait la nausée même aux généraux ». Aujourd’hui, la constante réédition de ses livres, traduits dans une vingtaine de langues, ne lui apporte qu’une faible consolation : « L’humanité semble régresser plutôt qu’avancer. Nous n’avons pas tiré les leçons du XXe siècle. Voyez comment le nouveau commence… On envahit et on pilonne l’Irak, l’Afghanistan, la Tchétchénie ; on continue à croire qu’on peut résoudre les problèmes par des bombardements, alors que c’est moins vrai que jamais. On dit que les Etats-Unis sont une ″superpuissance″, mais qu’est-ce qu’une superpuissance sans une grande idée ? A quoi rime une superpuissance qui n’est rien d’autre qu’un gourdin très perfectionné ? »

    Mona Chollet

    Svetlana Alexievitch, "La guerre n’a pas un visage de femme", Presses de la Renaissance ; "Les Cercueils de zinc", Christian Bourgois ; "La Supplication", Lattès/10/18 ; "Ensorcelés par la mort", Plon.

    #Nobel #littérature #femmes #archives

    http://seenthis.net/messages/416338 via Mona


  • Air France : salariés et syndicats victimes du « lynchage » médiatique
    http://www.acrimed.org/Air-France-salaries-et-syndicats-victimes-du-lynchage-mediatique

    Lundi 5 octobre, le directeur des ressources humaines d’Air France a été pris à partie par les salariés en marge du comité central d’entreprise, qui a annoncé 2 900 licenciements d’ici 2017. Un spectacle qui a fait perdre aux éditorialistes leur sang-froid. Retour sur un « lynchage » médiatique : celui des résistances syndicales.



  • Avis de dérégulation financière en Europe
    http://www.dessousdebruxell.es/spip.php?article228

    Huit ans après la crise financière, le temps n’a jamais été aussi favorable à la finance et aux banques dans l’Union européenne. Les timides initiatives de régulation financière avancées après la crise sont déjà remises en cause. Et de nouvelles initiatives de dérégulation financière s’apprêtent à voir le jour, dans le cadre du projet d’Union des marchés de capitaux, présenté ce mercredi par la Commission européenne. L’objectif : accroître le rôle des marchés dans le financement de l’économie européenne. Au risque de préparer les catastrophes financières de demain.