• Netflix : quand la série s’adapte aux goûts du client
    https://www.franceinter.fr/emissions/la-fenetre-de-la-porte/la-fenetre-de-la-porte-09-octobre-2018

    #Netflix personnalise le visionnage des séries et des films. Mais avec des fins alternatives, on franchit une étape supplémentaire, puisque l’objet lui-même s’adapte aux goûts du client de Netflix (et on pourrait tout à fait imaginer que bientôt, la plateforme choisisse la fin pour moi, parce qu’après tout, ayant des données très précises sur mon visionnage, elle connaît mes goûts). 

    Si tant est que ce type d’initiative se développe, cela pose question sur la capacité à créer du récit commun. 

    Si on n’a pas vu la même fin de film, la même fin de série, comment on va en parler ensemble ? 

    Comment va-t-on l’interpréter ? 

    Comment ça va nous servir pour nous construire ? 

    Bref, il me semble que ça relève d’une incompréhension assez fondamentale de ce à quoi sert la #fiction

    Personnellement, je n’ai pas envie qu’on me demande de choisir la fin d’une histoire. En matière de fiction, je jouis de me soumettre à l’autorité. Et donc, je me permets ici de prédire solennellement l’échec de cette initiative.

    #personnalisation #black_mirror @xporte

    https://seenthis.net/messages/729669 via tbn


  • Je découvre un #podcast complètement barré sur la #littérature et la #philosophie, Comme en passant. Par exemple dans cet épisode, qui clôt une série autour des #monstres, Gilles Deleuze, Michel Foucault et d’autres participent au podcast et dialoguent avec son producteur.
    https://commeenpassant.fr/monstrueux-phenomene-de-bordure

    - Et d’abord, pourquoi vous rappliquez tous là aujourd’hui ? (...) Michel, pourquoi t’es là ?
    – J’aimerais vous interroger un peu sur le mot pourquoi.
    – Bon, joue pas au plus con, parce que tu sais très bien que tu vas perdre.

    https://audio.ausha.co/brQGF5KpG1vy.mp3

    #audio

    https://seenthis.net/messages/728742 via intempestive


  • #Netflix consomme 15% de la bande passante dans le monde
    https://www.zdnet.fr/blogs/digital-home-revolution/netflix-consomme-15-de-la-bande-passante-internet-dans-le-monde-39874491.htm
    https://www.zdnet.fr/i/edit/ne/2018/09/sandvine001.png

    Le rapport de Sandvine passe en revue les usages d’internet, et sans surprise, c’est la #vidéo qui arrive en tête du classement.

    https://www.sandvine.com/phenomena

    La vidéo représente 56% de tout le trafic sur Internet ; et ce qui est encore plus impressionnant, c’est que les flux de contenus en 4K sont une goutte d’eau dans cet océan d’images ; on peut donc s’attendre à une augmentation de la place de la vidéo dans les prochaines années. 

    Aux Etats-Unis, le premier service de vidéo est Netflix, Youtube ne pointe qu’en 5ème position, alors que Amazon Prime se hisse à la quatrième place. Sur la zone Europe, c’est Youtube qui arrive en première position, suivi par Netflix en deuxième place et Amazon en quatrième position. Enfin, dans la zone Asie-Pacifique, ce sont les autres sites de vidéo (HTTP Media Stream) qui occupent la première position, suivis de Facebook et Netflix. Au global, on comprend à travers ces #chiffres que l’empire vidéo de Netflix s’est imposé partout dans le monde.

    https://seenthis.net/messages/726681 via tbn


  • L’ONU s’inquiète des conditions de travail des ouvriers du clic
    https://www.blogdumoderateur.com/onu-conditions-travail-ouvriers-clic
    http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---dgreports/---dcomm/---publ/documents/publication/wcms_645337.pdf

    L’étude publiée par L’Organisation internationale du travail des Nations Unies est la première sur ce sujet qui est pourtant un phénomène de grande ampleur. Les plateformes Amazon Mechanical Turk, Crowdflower, Clicworker ou Prolific rassemblent entre 45 et 90 millions de travailleurs. Ces travailleurs invisibles ont des conditions de travail qui sont particulièrement inquiétantes d’après l’étude. Elle porte sur 3500 travailleurs, répartis sur 75 pays.
    https://ressources.blogdumoderateur.com/2018/09/onu-travail.jpg

    #digital_labor

    https://seenthis.net/messages/726451 via tbn





  • Un Lion d’or pour Netflix, ça change quoi ?
    https://www.telerama.fr/cinema/un-lion-dor-pour-netflix,-ca-change-quoi,n5799775.php

    En consacrant une production Netflix (“Roma”, d’Alfonso Cuarón), la 75e Mostra de Venise ouvre la voie à un nouveau regard de la profession sur l’ambition artistique de la plateforme.

    Ironie du sort : pile à l’heure où le Lion d’or de la 75e Mostra de Venise était remis à Roma, du Mexicain Alfonso Cuarón, premier film #Netflix à triompher dans l’un des trois grands festivals, les spectateurs du 44e festival de Deauville regardaient, eux, le film de clôture. Et il s’agissait aussi d’un film Netflix : Opération finale, de l’Américain Chris Weitz. Il n’est pas sûr que ce récit romancé (et suranné) de la traque du nazi Adolf Eichmann par des agents du Mossad fasse cesser, malgré quelques jolies scènes entre Oscar Isaac (le chasseur) et Ben Kingsley (la proie), l’habituelle rengaine du « Netflix bashing » : les séries Netflix, OK ; les films présents sur la plateforme, une majorité de navets…

    Mais la simultanéité des événements prouve l’influence grandissante de la plateforme et le Lion d’or vénitien rebat les cartes : oui, des films d’auteur et même des films d’auteur réussis vont être proposés aux abonnés Netflix (130 millions dans 190 pays dont plus de 3,5 millions en France) ; oui, comme un studio de Hollywood, la plateforme de S-VOD offre films grand public formatés et œuvres plus ambitieuses.

    https://www.youtube.com/watch?v=HBy4cjQEzLM

    Justement, cette chronologie est actuellement en renégociation, sous la houlette énergique (pour une fois) de la ministre de la Culture : le Lion d’or attribué à Roma sera sans doute au cœur des dernières discussions, mais le projet actuel ne résout rien. Très favorable à Canal+, qui, c’est vrai, contribue fortement à maintenir le niveau de production en France, la chronologie mise à jour n’autoriserait au mieux Netflix (sous réserve de multiples engagements, assez improbables) à diffuser les films que quinze mois après leur sortie. Netflix ne s’y pliera évidemment pas.

    Et maintenant ? Le grand gagnant du jury vénitien est, d’abord, Thierry Frémaux. Le patron de Cannes a toujours été farouchement partisan de considérer les films Netflix comme des œuvres à part entière, et c’est, selon lui, la meilleure manière de négocier avec la plateforme – y compris d’éventuelles sorties en salles. Il n’a pas caché avoir voulu montrer Roma à Cannes ; le règlement l’en a empêché. Le succès du film valide son goût et la venue d’Alfonso Cuarón à « son » Festival Lumière de Lyon, où sera montré également le dernier film d’Orson Welles, De l’autre côté du vent, restauré et achevé par Netflix, pimente singulièrement l’événement cinéphile de l’automne.

    Les aléas de la sortie en salles

    Ce n’est pas tout à fait nouveau, mais peut-être n’avait-on pas voulu le voir : en 2017, le Festival de Cannes avait présenté, en compétition, Okja, du Coréen Bong Joon-ho, et The Meyerowitz Stories, de l’Américain Noah Baumbach. Sifflets à l’apparition du logo de Netflix, œuvres sous-estimées par la critique, immédiat rétropédalage du conseil d’administration du Festival, au grand dam, sans doute, du délégué général, Thierry Frémaux. La décision était prise d’interdire les films Netflix en compétition à Cannes. Ou, plutôt, d’interdire de faire participer à la compétition des films sans sortie salles programmée en France. Or, à la différence d’Amazon, Netflix veut servir d’abord ses abonnés et refuse, à une poignée d’exceptions près, l’exploitation traditionnelle de ses films.

    Et Roma ? Alfonso Cuarón rêve de la salle, qui permet le mieux d’apprécier l’esthétique soignée de son film (noir et blanc, objectifs des vieilles caméras 70 mm). Netflix ne serait pas contre un « day-and-date » (sortie simultanée en salles et sur le site) a condition qu’il fût surtout symbolique : on apprenait ainsi hier soir que Roma serait projeté dans un #cinéma bruxellois le 12 décembre prochain. En France, c’est pour le moment impossible : toute sortie intègre le film à la #chronologie_des_médias, fixant des écarts temporels précis entre la salle, la télé, l’exploitation en ligne. Si Roma sort en salles, il ne sera sur le Netflix français que trois ans plus tard… Impensable pour la plateforme.

    Vers une Palme d’or Netflix ?

    Il n’est pas non plus impossible que, malgré l’hostilité réitérée des exploitants (représentés au conseil d’administration), Cannes songe à assouplir ses règles. Si The Irishman, de Martin Scorsese, financé par Netflix (parce qu’aucun studio américain ne voulait le faire) est prêt pour mai 2019, le sélectionneur fera tout pour l’avoir… Une Palme d’or Netflix ? En 2017, le scandale eût été à son comble. Aujourd’hui, le précédent vénitien crée une grosse brèche. Comme, peut-être, l’annonce prochaine que Le Livre d’image, le nouveau film de Jean-Luc Godard, en compétition au dernier Festival de Cannes, ne sortira malgré tout pas dans un circuit traditionnel…

    Les dirigeants de Netflix, eux, vont continuer leur politique effrénée d’acquisition et de production : l’arrivée prochaine d’entrants (Apple, Disney) sur le nouveau marché, très lucratif, de la VOD par abonnement, va changer la donne, mais la plateforme de Ted Sarandos a de l’avance. D’autres cinéastes vont aller y chercher de quoi faire des films ambitieux et différents – à condition que la concurrence ne pousse pas à la surenchère de blockbusters, une hypothèse possible. Mais les auteurs verront toujours qu’une fois sur Netflix leurs créations seront englouties dans un catalogue géant, jamais exploitées en DVD, jamais diffusées à la télévision. Même si le CNC donne un visa exceptionnel à Roma, pour une sortie « hors chronologie » dans une poignée de salles, cela changera à peine le destin du film.

    https://www.youtube.com/watch?v=pRwMrNAr0h0

    Dans une conférence qu’il a donnée au début de l’été au Festival Cinema ritrovato, à Bologne, Thierry Frémaux regrettait que les films Netflix n’appartiennent pas vraiment à l’histoire du cinéma. Il rappelait aussi les débats des deux inventeurs concurrents du septième art : « Lumière a triomphé d’Edison, il y a cent vingt-cinq ans, parce qu’il a eu cette idée de la projection collective. Edison soutenait, lui, que les images animées devaient êtres vues de façon individuelle et payante. C’est Netflix ! Peut-être assistons-nous à la victoire posthume d’Edison sur Lumière… » Ou plutôt, on l’espère, à une coexistence pacifique des deux visions complémentaires.

    via @lucile

    https://seenthis.net/messages/721197 via tbn


  • Portait de l’artiste en travailleur exproprié – – S.I.Lex
    https://scinfolex.com/2018/09/05/portait-de-lartiste-en-travailleur-exproprie

    (…) La question qu’on est en droit de se poser est de savoir pourquoi les auteurs acceptent d’être rémunérés en fonction d’une #propriété et pas de leur #travail ? La réponse est de deux ordres : le premier élément qui joue est que le fait d’être édité apporte aussi à l’auteur une rémunération symbolique, car encore aujourd’hui, c’est le passage par le livre édité qui « créée » le statut d’auteur. En rejetant 99% des manuscrits qu’ils reçoivent, les éditeurs sont là pour maintenir une rareté des auteurs dans la société, ce qui rend cette qualité d’autant plus désirable. Cette dimension « psychologique » est d’ailleurs assez éclatante dans le témoignage de l’écrivain public, qui explique que le fait d’être payé pour son travail l’aide à accepter de renoncer complètement à la rémunération symbolique liée au fait de pouvoir revendiquer la paternité des textes qu’il produit :

    “c’est assez important d’être payé car le degré d’implication est tel qu’il vaut mieux faire appel à un professionnel. On arrive à se distancier des textes parce qu’on est payé, on compartimente d’autant mieux étant donné que l’argent est aussi un symbole de séparation. Tandis que si quelqu’un se dévouait corps et âme sans être payé il aurait plus de mal à faire le deuil de son travail, de cette absence, d’être seulement la mère porteuse mais pas la mère.”

    Le second élément qui fait que les auteurs s’accrochent – de manière assez irrationnelle – à la propriété plus qu’au travail est que toute personne vit dans l’illusion qu’elle peut avoir beaucoup de succès en produisant un « best-seller ». Uniquement dans ce cas – statistiquement improbable, mais pas impossible – le fait de pouvoir revendiquer une propriété va être plus profitable que celui de faire payer le travail concret. On est donc dans une situation proche des joueurs de loto, dont chacun espère qu’il sera le gagnant d’un gros lot, alors qu’en réalité, les perdants sont innombrablement plus nombreux et permettent par leur implication dans le processus de « fabriquer » artificiellement les rares succès qui entretiennent la machine à rêves.

    Le marché de la #culture est donc structurellement fait pour aboutir à une dichotomie entre un sous-prolétariat massif de créateurs expropriés et une minorité de « stars » qui constituent en réalité des rentiers, avec dans les deux cas une négation du travail.

    @calimaq via @osezkarl

    https://seenthis.net/messages/720294 via tbn




  • Oui, FIP est bien la meilleure radio au monde
    http://www.slate.fr/story/151271/fip-radio-jack-dorsey-fipettes
    http://www.slate.fr/sites/default/files/styles/1200x680/public/fiphome.jpg

    Pour ne pas disparaître et garder ses admirateurs, la station a fait l’inverse de ses concurrents : peu de prises de parole en direct et une grande diversité musicale. « FIP, c’est une radio sans vedettes et sans robots », glisse le spécialiste des médias Christian Desplaces avec la délectation du bon mot. « Il y a tout un vocabulaire qui n’appartient pas à notre radio. On travaille avec les outils du monde moderne mais en faisant de l’artisanat », affirme la fipette Jane Villenet.

    Sur FIP, en effet, pas d’algorithme ni de robot pour programmer la grille musicale de la journée. Une poignée de producteurs décident au jour le jour de la suite de morceaux à diffuser aux fidèles auditeurs. « Tout est manuel, sauf pour la playlist de nuit entre 22-23 heures et 7 heures du matin. Quand j’arrive le matin, je ne sais jamais ce que je vais programmer dans les jours à venir. Cela peut être un truc que j’ai écouté chez moi, un disque qui traîne sur le bureau... Puis, un morceau en entraîne un autre », note Luc Frelon, programmateur « made in FIP ».

    Les enchaînements musicaux obéissent tout de même à quelques règles. Il y a d’abord une alternance de deux morceaux chantés avec un instrumental. Ensuite, un titre ne sera jamais diffusé plus d’une fois la même journée –et un artiste au maximum deux. Ce qui éloigne FIP de la dictature des promotions de maisons de disques et du piège des playlists qui tournent en rond.

    Et c’est très marrant cette histoire de communauté entière de fans en Angleterre

    La déclaration d’amour du fondateur de Twitter à FIP n’est donc pas une exception. La radio jouit aujourd’hui d’une image mythique, presque légendaire dans certaines contrées. L’épicentre de cette folie contagieuse est sûrement Brighton, dans le sud de l’Angleterre.

    Pendant dix ans, de 1997 à 2007, FIP a été diffusée sur une fréquence pirate par un ou plusieurs habitants de la ville portuaire. Certains adorent tellement la station française qu’ils se réunissent en club tous les jeudis soir pour écouter collectivement « Jazzafip », émission phare de la radio. Le programmateur Luc Frelon est allé plusieurs fois à la rencontre de ces fous de FIP.

    « En 2009, j’ai été invité à mixer en tant que “DJ FIP” -même si ça n’avait rien d’officiel- par une association de fans. Dans la ville, il y a des restos qui indiquent qu’ils diffusent FIP, vous entendez la radio dans des taxis... c’est assez dingue. Une fois, un chauffeur m’a demandé pourquoi je venais à Brighton. Quand je lui ai dit que je venais car je travaillais pour FIP, il m’a dit que la course était pour lui. »

    Dans un article publié en 2007 lors de la fermeture de la fréquence pirate par les autorités à la suite d’une plainte, le journal local The Argus expliquait que la radio française « attirait des auditeurs de différents horizons, des tenanciers de boutiques jusqu’aux politiciens, avec sa musique excentrique et son absence de publicité et de bavardages ». The Argus ajoutait même que certains habitants de la ville « avaient déménagé uniquement pour pouvoir capter la station ».

    #musique #radio #FIP #meilleure_radio_musicale_du_monde

    https://seenthis.net/messages/706941 via RastaPopoulos




  • « Diogène au pays des gauchistes » ou « Agamben vu par “Le Figaro” » (09/05/2018)
    http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/05/09/31003-20180509ARTFIG00353-diogene-au-pays-des-gauchistes.php

    Giorgio Agamben, soleil de la gauche la plus illuminée, était de passage à Paris la semaine dernière, au moment des « célébrations » des 50 ans de 68. Mais le philosophe italien vaut beaucoup mieux que ça !

    Il y a mille manières de revenir sur les événements de Mai 1968. L’une d’elles est d’écouter la conférence d’un des grands insoumis du moment. Ce que nous fîmes, le 4 mai dernier, jour officiel du début des « événements » de mai. L’Italien Giorgio Agamben était l’invité de l’École pratique des hautes études, qui célèbre cette année le 150e anniversaire de sa création. Agamben est un homme de 76 ans de fine silhouette, le visage ovale, légèrement couronné de cheveux. Il est semblable à l’idée vague que l’on se fait d’un Diogène souple et ironique. C’est un polyglotte et un érudit. Il s’exprime en un français à peine accentué. Il a un côté Umberto Eco de l’ultra-gauche - sans le chapeau à bords mous. Il se promène avec une facilité envoûtante dans le jardin des lettres et de la philosophie européenne.

    Notre philosophe est à mille lieux des célébrations fiévreuses de 1968. Pourtant, comme un signe ironique que les temps ont bien changé, la conférence d’Agamben a failli être annulée par les mouvements de grève universitaires qui tentent, en vain, de ressusciter les débordements de 1968. Deux jours plus tôt, en effet, les normaliens de l’ultragauche ont fêté leur idole dans les jardins de la rue d’Ulm. Avec sa morale diogénienne, l’idole aurait dû les envoyer promener, mais il accepta l’échange. Sur ces entrefaits, les black blocs, ces philosophes à coups de matraque, ont occupé l’École normale, la main dans la main avec les enfants turbulents de l’élitisme républicain. La Sorbonne, inquiète des fréquentations d’Agamben, ou du sillage insurrectionnel qui l’entoure, a refusé au philosophe italien l’amphithéâtre promis.

    Ainsi, il dut migrer jusqu’à l’École de chimie, toujours dans le Quartier latin. La communication d’Agamben était intitulée « la voix comme problème philosophique ». L’assistance fut calme et studieuse. Nul charivari, nulle interpellation. Nul cri. À ses côtés se tenait le philosophe spécialiste des religions, Vincent Delecroix - auteur d’un texte récent Non ! De l’esprit de révolte - mais aussi Christian Jambet, qui connut les pavés de 1968 et la gauche révolutionnaire, avant de « brûler des voitures » autrement, par l’étude passionnée et érudite de la philosophie chiite, à la suite du regretté Henry Corbin.

    Agamben n’a rien à voir avec les autres gourous de la pensée de gauche, comme Alain Badiou. Vu des fortins de l’ordre libéral que représente Le Figaro, Badiou n’atteint ni en finesse, ni en ironie, ni en radicalité mordante, le subtil Agamben. Le premier étant le triste épigone d’un 1968 ivre encore du mot déjà fatigué de révolution. Le second, tout aussi sévère à l’égard du monde comme il va, un porteur de l’anarchisme pur, un continuateur de la branche situationniste - il était proche de Guy Debord -, une espèce de curé défroqué un peu quiétiste, un peu poète.

    Fidèle à sa méthode philologique, Agamben a analysé la voix humaine sous sa forme exclamative, celle par laquelle on s’adresse à quelqu’un. Il a donné l’exemple de Moby Dick : « Appelle-moi Ismaël ! » Le vocatif, nous a-t-il fait entendre, est le seul cas grammatical qui laisse place à la tonalité singulière et vivante de celui qui parle, et résiste à l’ordre réglé du discours, dont la fonction est de dire quelque chose sur quelque chose d’autre. « On a la philosophie de sa grammaire », résume l’Italien qui voudrait faire de ce « moment vocatif » une autre manière de « décider de l’humain en nous ». Être humain, selon Agamben, et pour autant que l’on puisse le dire si vite, c’est refuser de se soumettre aux ruses de « la biopolitique », ce système complexe de contrôle de nos vies par la bureaucratie, le droit, l’argent, les conventions etc. Bienvenue au pays des anarchistes, dont Diogène est un habitant dilettante. Dans ce pays-là, on retrouve des enfants qui regardent par la fenêtre, des artistes, des moines peut-être, et quelques anachorètes.

    On était donc très loin de l’hédonisme proclamé de l’année 68. Les soixante-huitards ont voulu faire table rase du passé et de l’avenir, au nom du présent. Agamben n’avait rien à leur dire, hier, comme il n’a rien à dire, aujourd’hui, aux hystériques de Nuit debout. Il est ailleurs. Il a substitué l’attente de l’apocalypse à celle de la révolution. Il a remis la théologie au premier plan, elle qui avançait masquée, sous la forme du marxisme. Et il fixe un point inatteignable - on a vu ce qu’il en coûtait de vouloir l’atteindre ici et maintenant - qui n’est même pas la fin de l’histoire, mais ce qui se passe après la fin de l’histoire. Avec un sens aigu de la citation, il fait revivre pour nous les eschatologies juives et chrétiennes, les prophéties messianiques, les textes millénaristes qui décrivent la mort vaincue, l’injustice abolie, la souffrance dépassée, et la fusion du règne humain et animal.

    Agamben a joué, tout jeune, le rôle de Philippe, disciple du Christ, dans le magnifique Évangile selon saint Matthieu (1964) de Pasolini. Ami de ce dernier, il aurait pu, aussi bien, jouer le personnage du jeune homme scandaleux hébergé par une famille bourgeoise dans Théorème. Mais il a arrêté là sa carrière d’acteur. À la place, il a suivi les séminaires de Heidegger à Thor, avec et grâce à René Char. Sa lecture de l’Épître de Paul dans Le temps qui reste (Ed. Rivage) est un tour de force. Sa critique franciscaine du principe de propriété dans De la très haute pauvreté, en est un autre. Car évidemment, il y a une parenté spirituelle avec le fondateur de l’ordre franciscain. Avec l’Église aussi. Agamben n’a-t-il pas fait l’éloge du renoncement de Benoît XVI ? La fascination apocalyptique dans le discours de cet italien charismatique n’a pas échappé au pape François. Et on susurre que le philosophe est un visiteur du soir du commandeur des catholiques.

    Tout cela agace les gauchistes qui se réclament d’Agamben. C’est le cas du « Comité invisible », à l’origine de la tentative supposée de sabotage d’une ligne de chemin de fer à Tarnac, qui ont finalement bénéficié d’une relaxe récemment. Sans doute l’ont-ils mal lu. Car la pensée dont ils se réclament devrait les déprendre de l’injonction à l’action. L’oeuvre du philosophe fait de son mieux pour nous libérer de l’efficacité, pour en appeler au désoeuvrement, et à la grève indéfinie. Agamben est à la recherche d’un mode d’être radicalement nouveau et presque insaisissable. Malgré ses variations de style et de ton, ce n’est peut-être pas Diogène qui domine chez lui, mais le pessimisme des gnostiques à l’égard de la Création. Si le monde est mauvais sur toute la ligne, il ne peut donc changer que par la fin des temps. C’est pourquoi, bien sûr, nous ne le suivons pas. Car nous pensons comme les Grecs qu’il faut d’abord comprendre ce qui est, et dans ce qui est ce qui est beau, pour mieux admirer et mieux aimer le monde tel qu’il va.

    https://seenthis.net/messages/716337 via tbn


  • L’enfer du « social ranking » : quand votre vie dépend de la façon dont l’État vous note
    https://www.mediapart.fr/journal/international/180818/l-enfer-du-social-ranking-quand-votre-vie-depend-de-la-facon-dont-l-etat-v

    Par le biais d’applications pour smartphone, l’État chinois, en partenariat avec des entreprises privées, note les citoyens. Ce classement social a des implications concrètes : pouvoir louer un vélo, obtenir un prêt, accéder à certains services sociaux, s’inscrire sur un site de rencontres… Plongée vertigineuse dans la nouvelle gouvernementalité numérique. En 2015, lorsque Lazarus Liu rentra en Chine après avoir étudié pendant trois ans la logistique au Royaume-Uni, il se rendit bientôt compte que (...)

    #Alibaba #Tencent #Baidu #WeChat #Weibo #smartphone #algorithme #CCTV #contrôle #surveillance #web #vidéo-surveillance #Ant (...)

    ##SocialCreditSystem
    https://static.mediapart.fr/etmagine/default/files/2018/08/18/chine-copie.jpg

    https://seenthis.net/messages/715999 via etraces


  • Quantifying Biases in Online Information Exposure | Center for Complex Networks and Systems Research, Indiana University
    https://arxiv.org/abs/1807.06958
    https://arxiv.org/pdf/1807.06958.pdf

    Our consumption of online #information is mediated by filtering, ranking, and recommendation algorithms that introduce unintentional biases as they attempt to deliver relevant and engaging content. It has been suggested that our reliance on online technologies such as search engines and social media may limit exposure to diverse points of view and make us vulnerable to manipulation by disinformation. In this paper, we mine a massive dataset of Web traffic to quantify two kinds of bias: (i) homogeneity bias, which is the tendency to consume content from a narrow set of information sources, and (ii) popularity bias, which is the selective exposure to content from top sites. Our analysis reveals different bias levels across several widely used Web platforms. Search exposes users to a diverse set of sources, while social media traffic tends to exhibit high popularity and homogeneity #bias. When we focus our analysis on traffic to news sites, we find higher levels of popularity bias, with smaller differences across applications. Overall, our results quantify the extent to which our choices of online systems confine us inside “social bubbles.”

    #personnalisation #médias_sociaux #algorithme via @pomeranian99

    https://seenthis.net/messages/715004 via tbn


  • Outil interactif sur les prénoms

    https://www.insee.fr/fr/statistiques/3532172

    Je reçois la lettre de l’Insee qui annonce cette machine à prénom qui me confirme que « Philippe » était bien le « prénom must » en 1960 !

    https://dl.dropbox.com/s/q13gki1z8xlzhcd/Capture%20d%E2%80%99%C3%A9cran%202018-08-07%20%C3%A0%2008.20.19.png?dl=0

    Classement des prénoms en France depuis 1900

    Grâce à cet outil interactif et ludique, retrouvez le classement des prénoms attribués en France depuis 1900 et des graphiques des prénoms les plus fréquents.

    #prénoms #base_de_données

    https://seenthis.net/messages/713348 via Reka


  • Je crois qu’il se passe quelque chose d’important par ici :
    https://twitter.com/jack/status/1026984242893357056
    Pas seulement parce que le patron de twitter explique pourquoi #twitter ne va pas clôturer le compte de #Alex_Jones ni de #Infowars, contrairement à la plupart des autres réseaux sociaux, mais parce qu’il réaffirme le besoin de confronter les opinions et surtout de contrer les fausses informations de manière visible, chose que peut se permettre un twitter où les commentaires sont beaucoup plus lus qu’ailleurs...

    If we succumb and simply react to outside pressure, rather than straightforward principles we enforce (and evolve) impartially regardless of political viewpoints, we become a service that’s constructed by our personal views that can swing in any direction. That’s not us.
    Accounts like Jones’ can often sensationalize issues and spread unsubstantiated rumors, so it’s critical journalists document, validate, and refute such information directly so people can form their own opinions. This is what serves the public conversation best.

    Je suis tombée là dessus grâce à un tweet de #Olivier_Tesquet qui fait un article super complet pour telerama sur la descente aux enfers des #GAFAM de Alex Jones :

    La “Big Tech” à l’épreuve du roi des conspirationnistes

    En privant Alex Jones, conspirationniste en chef de l’extrême-droite américaine, de ses comptes Facebook, Spotify ou Youtube, les géants de l’Internet prennent le risque d’ouvrir un débat sur la privatisation de la liberté d’expression.

    https://www.telerama.fr/medias/la-big-tech-a-lepreuve-du-roi-des-conspirationnistes,n5756062.php

    #liberte_d_expression #conspirationnisme #complotisme #extreme_droite ...

    https://seenthis.net/messages/713635 via ¿’ ValK.


  • Une réaction en chaîne irréversible pourrait transformer la Terre en étuve
    https://www.20minutes.fr/planete/2318199-20180807-reaction-chaine-irreversible-pourrait-transformer-terre-e

    Notre planète fonce vers un point de rupture qui déboucherait sur un scénario catastrophe irréversible. C’est l’avertissement lancé par des chercheurs internationaux dans une nouvelle étude sur le climat, publiée lundi dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PDF). Selon eux, un effet domino pourrait transformer la Terre en étuve d’ici quelques décennies, même si l’humanité parvient à limiter la hausse des températures à 2°C par rapport aux niveaux préindustriels – l’objectif fixé par l’Accord de Paris.

    Si les calottes polaires continuent de fondre, les forêts d’être décimées et les émissions de gaz à effet de serre de battre chaque année des records, la Terre va franchir un point de rupture, concluent des chercheurs de l’université de Copenhague, de l’Université nationale australienne et de l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique en Allemagne.

    Une réaction en chaîne en trois temps

    Les chercheurs ont identifié une dizaine de facteurs de risques interconnectés qui pourraient provoquer une réaction en chaîne en trois temps. Avec des puits de carbone affaiblis, des forêts qui rétrécissent et une hausse des températures comprises entre 1 et 3°C, la calotte glaciaire recouvrant la terre de l’Antarctique ouest et du Groenland, les glaciers des Alpes et la Grande barrière de corail seraient les premiers menacés.

    « Quand un seuil critique est atteint, le processus de réactions s’auto-entretient », note l’étude. La machine s’emballerait alors jusqu’à une hausse des températures de 5°C, menaçant l’Antarctique Est et le méthane et le CO2 emprisonnés dans le permafrost, sol censé être gelé en permanence en Russie ou au Canada, correspond à environ 15 années d’émissions humaines.

    Une hausse du niveau de la mer de 25 mètres

    Les conséquences seraient dévastatrices. La fonte des glaces de l’Antarctique Ouest et du Groenland conduirait à une hausse du niveau de la mer de 13 mètres. La calotte de l’Antarctique Est, plus sensible au réchauffement qu’estimé précédemment, représente 12 mètres potentiels supplémentaires. Deux-tiers des mégalopoles sont installées moins de 10 mètres au-dessus du niveau de la mer, tout comme les plaines agricoles qui les nourrissent.

    #climat #capitalocène #submersion

    https://seenthis.net/messages/713380 via colporteur


  • L’affaire Benalla gonflée sur Twitter par « la communauté russophile » ? par Lynda Zerouk | Arrêt sur images
    https://www.arretsurimages.net/articles/laffaire-benalla-gonflee-sur-twitter-par-la-communaute-russophile
    https://api.arretsurimages.net/api/public/media/disinfo/action/show?format=thumbnail&t=2018-08-02T18:34:14+02:00#.png

    Selon une enquête de l’ONG européenne EU Disinfo Lab, l’affaire Benalla a été amplifiée sur Twitter notamment par des « comptes russophiles ». 2 600 comptes « suractifs » auraient tweeté près de 44 % du contenu sur le sujet, avance l’association. Sans jamais préciser s’il s’agit de bots et de compte créés pour l’occasion, l’enquête présente plusieurs limites.

    Les ONG, c’est bon, mangez-en, surtout quand vous avez besoin de faire passer un vrai scandale d’état pour un truc téléguidé par les klingons.

    https://seenthis.net/messages/712820 via BigGrizzly



  • Tomgram : Nick Turse, A Grim Inheritance | TomDispatch
    http://www.tomdispatch.com/post/176456/tomgram%3A_nick_turse%2C_a_grim_inheritance

    Le site TomDispatch est bloqué par le département de La Défense pour « racisme et incitation à la haine » alors que les sites d’extrême-droite Breitbar et Infowars sont libres d’accès....

    It looks like #TomDispatch may have a few less readers from now on. Perhaps it will surprise you, but judging by the mail I get, some members of the U.S. military do read TomDispatch — partially to check out the range of military and ex-military critics of America’s wars that this site publishes. Or rather they did read TomDispatch. No longer, it seems, if their computers are operating via Department of Defense (DoD) networks. The DoD, I’ve heard, has blocked the site. You now get this message, I’m told, when you try to go to it: “You have attempted to access a blocked website. Access to this website has been blocked for operational reasons by the DOD Enterprise-Level Protection System.” Oh, and the category that accounts for it being blocked? “Hate and racism.” Mind you, you can evidently still read both Breitbart and Infowars in a beautifully unblocked state via the same networks.

    #Etats-Unis

    https://seenthis.net/messages/713256 via Kassem


  • Losing Earth : The Decade We Almost Stopped Climate Change - The New York Times
    https://www.nytimes.com/interactive/2018/08/01/magazine/climate-change-losing-earth.html?rref=collection%2Fsectioncollection%2Fmaga
    https://static01.nyt.com/images/2018/08/05/magazine/5mag-climate-promo-FIRE/5mag-climate-promo-FIRE-facebookJumbo-v2.jpg

    This narrative by Nathaniel Rich is a work of history, addressing the 10-year period from 1979 to 1989: the decisive decade when humankind first came to a broad understanding of the causes and dangers of climate change. Complementing the text is a series of aerial photographs and videos, all shot over the past year by George Steinmetz. With support from the Pulitzer Center, this two-part article is based on 18 months of reporting and well over a hundred interviews. It tracks the efforts of a small group of American scientists, activists and politicians to raise the alarm and stave off catastrophe. It will come as a revelation to many readers — an agonizing revelation — to understand how thoroughly they grasped the problem and how close they came to solving it. Jake Silverstein

    Capitalism Killed Our Climate Momentum, Not “Human Nature”
    https://theintercept.com/2018/08/03/climate-change-new-york-times-magazine
    https://theintercept.imgix.net/wp-uploads/sites/1/2018/08/GettyImages-961874472-1533248001-e1533248043369.jpg?auto=compress%2Cformat&q=90&fit=crop&w=1200&h=800

    This Sunday, the entire New York Times Magazine will be composed of just one article on a single subject: the failure to confront the global climate crisis in the 1980s, a time when the science was settled and the politics seemed to align. Written by Nathaniel Rich, this work of history is filled with insider revelations about roads not taken that, on several occasions, made me swear out loud. And lest there be any doubt that the implications of these decisions will be etched in geologic time, Rich’s words are punctuated with full-page aerial photographs by George Steinmetz that wrenchingly document the rapid unraveling of planetary systems, from the rushing water where Greenland ice used to be to massive algae blooms in China’s third largest lake.

    #climat #inaction #long_feature

    https://seenthis.net/messages/713125 via aude_v