• Notre #enquête #vidéo : comment la police a #éborgné un « #gilet_jaune » le 16 novembre sur la #place_d’Italie à Paris
    https://www.lemonde.fr/police-justice/video/2019/12/11/notre-enquete-video-comment-la-police-a-grievement-blesse-un-gilet-jaune-le-

    "Le 16 novembre, à Paris, le manifestant « gilet jaune » Manuel Coisne est touché au visage par une grenade lacrymogène. Un projectile qui lui ouvre le globe oculaire gauche, et lui fait perdre définitivement l’usage de son œil.

    Grâce à la collecte et à l’analyse de plusieurs heures de vidéos, diffusées en direct ou publiées après la manifestation, et réalisées par des amateurs et des journalistes professionnels, l’enquête vidéo du Monde permet de reconstruire précisément la séquence qui a mené à grave blessure de Manuel Coisne.

    À la violence des échauffourées qui opposent manifestants et CRS à 14 h 40 succèdent au moins deux tirs de grenades lacrymogènes qui posent question. L’enquête du Monde révèle que l’un de ces tirs, effectué avec un angle de 15° et un dispositif de propulsion de 100 m, est très probablement celui qui a touché Manuel Coisne, situé 55 m plus loin.

    Dans cette affaire, une information judiciaire a été ouverte par le parquet de Paris pour « violences volontaires par une personne dépositaire de l’autorité publique suivies de mutilation ou infirmité permanente »."

    https://seenthis.net/messages/815290 via ant1


  • « La langue ne ment pas » est l’adaptation télévisuelle de l’ouvrage que Victor Klemperer (1881-1960) a écrit à partir de son journal intime, pour la période 1933-1947, LTI - Lingua Tertii Imperii. Carnet d’un philologue, 1947 (pour la version en allemand). Il y décortique la novlangue des nazis et leurs procédés discursifs.
    Œuvre d’un intérêt indéniable par les temps qui courent...

    https://dl.dropbox.com/s/uujc8al9se8vggp/radio.jpg?dl=0
    Ci-dessus, une affiche publicitaire pour le Volksempfänger, la radio nationale ns, outil de la propagande de Goebbels&co.

    (Il y a eu des signalements sur seenthis, mais je ne vois pas le film.)

    Ici, l’adaption filmique en 4 parties :
    https://www.dailymotion.com/video/x13vw6


    https://www.dailymotion.com/video/x13xrd

    https://www.dailymotion.com/video/x13yin

    https://www.dailymotion.com/video/x13z50

    Sur le livre, multi-réédité et traduit :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Lingua_Tertii_Imperii

    #langage #novlangue #propagande #manipulation #troisième_Reich

    https://seenthis.net/messages/814072 via Nepthys


  • Vous avez aimé ceci, vous aimerez cela
    https://www.latribune.fr/opinions/blogs/homo-numericus/vous-avez-aime-ceci-vous-aimerez-cela-834486.html

    HOMO NUMERICUS. Les algorithmes savent presque tout de nous. Ces outils omniprésents dans les nouvelles technologies iront-ils jusqu’à nous ravir notre libre arbitre ? Par Philippe Boyer, directeur de l’innovation à Covivio.

    « Inspiré de votre historique de navigation », «  Notre sélection pour vous » ou encore « Vous avez aimé ceci, vous aimerez cela » ... sont des injonctions que nous connaissons presque tous pourvu que nous achetions déjà sur Amazon, Netflix, Deliveroo et bien d’autres plates-formes numériques. Derrière ces phrases en apparence anodines se cachent une mécanique algorithmique bien huilée destinée à alimenter une stratégie de big data et d’intelligence artificielle qui vise à inciter les utilisateurs à passer toujours plus de temps, et accessoirement dépenser plus d’argent, sur ces sites.

    Grâce aux multiples traces numériques que nous laissons derrière nous, nous devenons de plus en plus prévisibles au point que les applicatifs technologiques en arriveraient presque à anticiper notre propre avenir sans que nous ayons besoin d’y penser nous-mêmes, sorte de renoncement à notre libre-arbitre à « l’insu de notre plein gré ».

    Leibniz
    Pour qui s’intéresse à la philosophie, ces questions de l’affirmation de l’individu face à une entité qui dirige et décide de tout ont animé de très nombreux débats, en particulier au 17ème siècle, quand Descartes et Leibniz, philosophes de la modernité naissante, se demandaient déjà comment affirmer sa liberté face à Dieu, par nature omniscient et grand ordonnateur de toute chose. Leibnitz, est sans conteste le philosophe dont nous pourrions le plus nous inspirer aujourd’hui pour décrire la puissance des algorithmes développés par les entreprises du numérique. Qu’expose-t-il ? Dans son écrit paru en 1714, Monadologie, il oppose deux principes censés fondés l’équilibre du monde. D’une part, la connaissance scientifique, nécessairement vraie. En écrivant que la somme des angles d’un triangle est forcément égale à 180°, il s’agit-là d’une vérité universelle, que le philosophe appelle « principe de contradiction ». Et d’autre part, le « principe de raison suffisante » via lequel des événements se produisent en raison d’un nombre infini de causes qui, assemblées les unes aux autres, finissent par produire un résultat au-dessus de ce qu’un simple humain aurait été capable de penser, de prédire et a fortiori de réaliser.

    Si dans l’esprit du philosophe du 17ème siècle, cette « force obscure » se nomme Dieu, appliqué à notre quotidien du 21ème siècle, imprégné d’algorithmes, une telle « force » pourrait prendre l’appellation de « #big_data » en tant que collecte d’un nombre colossal de données qu’aucun être humain ne pourra jamais ingurgiter. C’est logiquement grâce aux corrélations établies entre toutes ces informations que l’on en arrive ensuite à la mise au point d’algorithmes, pour certains d’entre eux qualifiés de « prédictifs », en ce sens qu’ils peuvent prévoir, voire prédire, certaines de nos futures actions en nous envoyant des recommandations hyper-personnalisées.

    Sommes-nous à ce point transparents ?
    Comment se prémunir face à cette prégnance algorithmique dans laquelle nos comportements numériques sont scrutés, analysés et stockés dans les moindres détails ? Dans une vision dystopique, des algorithmes pourraient-ils finir par nous connaître mieux que nous nous connaissons nous-mêmes ? Sans que nous le sachions, se pourrait-il qu’ils fixent ce que nous pourrions faire sans que nous en ayons pleinement conscience ? Pour ne pas succomber à ce fantasmagorique futur, des débuts de réponses existent. Qu’il s’agisse de la récente législation européenne qui encadre l’usage des données personnelles (RGPD), en passant par nos actions individuelles consistant, sur les principaux moteurs de recherche, à désactiver l’affichage d’annonces basées sur ses propres centres d’intérêt, de nouveaux comportements apparaissent à l’heure d’une prise de conscience grand public de l’usage de ces données et de ses éventuels détournements (on se souvient du scandale Cambridge Analytica ayant eu pour cause la fuite de données personnelles de 87 millions d’utilisateurs Facebook).

    D’autres revendiquent même un certain « droit au mensonge numérique » visant à déjouer les moteurs de recherche à qui nous confions nos questions et nos pensées les plus intimes. S’appuyant sur les recherches Google de millions d’Américains, Seth Stephens-Davidowitz, ancien data scientist de Google, détaille combien ce « sérum de vérité numérique » qu’est le big data et les algorithmes qui sont par la suite construits sur cette matière brute, exposent nos comportements réels. Outre l’exploration de ce que le Big Data nous révèle de notre quotidien, le bien-nommé chapitre « Big Data, big n’importe quoi ? Ce que les données ne peuvent faire » décortique les limites de ce big data en prenant soin d’exhorter ses lecteurs à ne pas s’abandonner à la fatalité qui consisterait à penser que la technologie prendrait systématiquement le pas sur les humains.

    Préserver notre libre arbitre
    La quantité massive de données collectées associée aux algorithmes transforment notre rapport au monde. Ce dernier, c’est un fait, devenant toujours plus objectif, quantifié et mesurable. Face à cette situation, l’une des questions qui se pose est bien celle de la préservation de notre libre arbitre face à cette omniprésence des algorithmes. Pour Aurélie Jean, scientifique reconnue et éminente spécialiste de ces sujets, il s’agit de rappeler « qu’un algorithme ne connaîtra jamais tout de nous pour la bonne et simple raison qu’il n’atteindra jamais complètement notre inconscient. Les algorithmes nous faciliteront la vie de plus en plus à l’avenir, ils nous connaîtront davantage, mais ils ne peuvent pas se substituer à notre libre arbitre, car sans libre arbitre nous ne sommes rien. » et d’ajouter ce message de bon sens destiné, d’une certaine manière, à clore les débats, du moins les plus anxiogènes d’entre eux : « Certes les algorithmes sont plus performants que nous dans de nombreux domaines. Mais il en existe aussi de mal conçus, ou truffés de biais... Dirigeants, journalistes, consommateurs ou citoyens : tous, à notre niveau, nous devons améliorer notre culture algorithmique, et urgemment. »

    Qu’en penserait Leibniz ? Je suggère de poser la question à Google...

    https://seenthis.net/messages/814055 via Simplicissimus


  • Recension de «Twitter & les gaz lacrymogènes» par Stéphane Bortzmeyer
    https://www.bortzmeyer.org/twitter-gaz-lacrymos.html

    https://cfeditions.com/lacrymo/ressources/couv_lacrymo_grand.jpg

    Beaucoup de textes ont été écrits sur le rôle de l’Internet, et des réseaux sociaux centralisés, comme Facebook ou Twitter, dans des évènements politiques. Ce fut le cas, par exemple, du printemps arabe. L’auteure explore, dans ce livre très riche et très rigoureux, tous les aspects de cette relation entre les militants et les techniques d’information et de communication. Twitter peut-il battre les gaz lacrymogènes ?

    Une des raisons pour lesquelles bien des discours sur les mouvements politiques utilisant l’Internet sont très unilatéraux est que beaucoup de leurs auteurs sont des férus de technique qui ne connaissent pas grand’chose à la politique, et qui découvrent comme s’ils étaient les premiers à militer, ou bien ils sont des connaisseurs de la politique, mais complètement ignorants de la technique, dont il font un tout, animé d’une volonté propre (les fameux « algorithmes »), et pas des outils que les gens vont utiliser. L’auteure, au contraire, informaticienne, puis chercheuse en sciences politiques, connait bien les deux aspects. Elle a étudié en profondeur de nombreux mouvements, les zapatistes au Mexique, Occupy Wall Street, l’occupation du parc Gezi, Black Lives Matter, les révolutions tunisienne et égyptienne, en étant souvent sur le terrain, à respirer les gaz lacrymogènes. (Les gilets jaunes n’y sont pas, bien que ce mouvement mériterait certainement d’être étudié dans son rapport à Facebook, mais le livre a été publié avant.) Et elle analyse le rôle de l’Internet, en chercheuse qui le connait bien, en voit les forces et les limites.

    Parmi les affordances de l’Internet, il y a le fait que beaucoup de choses sont possibles sans organisation formelle. Des mouvements très forts (comme celui du parc Gezi) ont été possibles sans qu’un parti traditionnel ne les structure et ne les dirige. Mais, bien sûr, cet avantage a aussi une face négative : puisque la nécessité d’une organisation n’est pas évidente, on peut se dire qu’on peut s’en passer. Au début, ça se passe effectivement bien, sans les lourdeurs bureaucratiques exaspérantes. Mais, ensuite, les problèmes surgissent : le pouvoir en place fait des ouvertures. Comment y répondre ? Ou bien il change de tactique, et le mouvement doit s’adapter. Et, là, l’absence d’un mécanisme de prise de décision commun se fait sentir, et beaucoup de mouvements s’affaiblissent alors, permettant à la répression de disperser ce qui reste.

    Léger reproche à l’auteure : elle ne discute pas ce qui pourrait arriver avec d’autres outils que les gros réseaux centralisés étatsuniens comme Facebook ou Twitter. Il est vrai qu’on manque encore d’exemples détaillés à utiliser, il n’y a pas encore eu de révolution déclenchée sur le fédivers ou via Matrix.

    Je n’ai donné qu’une idée très limitée de ce livre. Il est très riche, très nuancé, l’auteure a vraiment tenu à étudier tout en détail, et aucun résumé ne peut donc suffire. En conclusion, un livre que je recommande à toutes celles et tous ceux qui veulent changer le monde et se demandent comment faire. Il n’est ni optimiste, ni pessimiste sur le rôle de l’Internet dans les révolutions : « ni rire, ni pleurer, mais comprendre »

    #Zeynep_Tufekci #C&F_éditions #Stéphane_Bortzmeyer

    https://seenthis.net/messages/806399 via Articles repérés par Hervé Le Crosnier


  • Mise en perspective des impacts écologiques du numérique | Raphaël Lemaire
    https://raphael-lemaire.com/2019/11/02/mise-en-perspective-impacts-numerique

    La vidéo est de loin le sujet principal quand on parle de données.
    https://raphael-lemaire.com/wp-content/uploads/2019/11/bande_passante.png
    Mais là on est dans le pur numérique. Pour comparer avec d’autres choses du quotidien, j’ai ensuite pris une métrique pour laquelle on trouve des données facilement : les émissions de GES, mesurées en kg équivalent co2.

    https://raphael-lemaire.com/wp-content/uploads/2019/11/co2_1.png
    Il faut aussi

    visualiser l’impact de la fabrication des appareils, là où se trouve vraiment le sujet des impacts écologiques du numérique

    https://raphael-lemaire.com/wp-content/uploads/2019/11/co2_2.png

    Bien sur il y a plein d’autres choses à prendre en compte, notamment l’épuisement des métaux et autres matériaux rares pour la fabrication des appareils. Ces métriques montreraient également la domination de la fabrication par rapport à l’usage.

    Laissez vos emails tranquilles, la grosse bonne action en numérique est de faire durer le plus longtemps possible les appareils et d’éviter d’acheter des gadgets. Ensuite on peut réduire son usage de vidéo ou réduire la résolution.

    #empreinte_numérique #CO2 #émissions_gaz_effets_de_serre #transition_écologique

    https://seenthis.net/messages/813454 via rumor


  • Ouverture du marché de l’électricité : souriez ! Vous êtes piégé·es ! Deux articles des Échos qui t’expliquent que grâce à la « concurrence libre et non faussée », les tarifs de l’#électricité, tous fournisseurs confondus, vont encore augmenter. Elle est pas belle la vie (en Extrême-Libéralie) ?
    Et là, y aura pas de #BlackFriday. Juste un gros risque de #BlackOut.

    Le 22/11/2019
    https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/lelectricite-plus-chere-faute-dacces-au-nucleaire-1149881#xtor=CS1-26

    Les prix de l’électricité devraient à nouveau augmenter l’an prochain en France. La période pendant laquelle les concurrents d’EDF peuvent demander d’avoir accès à l’électricité d’origine nucléaire, à un prix fixe de 42 euros le mégawattheure (contre environ 48 euros sur le marché non régulé) s’est achevée jeudi 21 novembre. Or la probabilité est grande que leurs demandes aient largement excédé la limite des volumes prévus par la loi.

    Le 29/11/2019
    https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/les-concurrents-dedf-se-ruent-sur-lelectricite-nucleaire-1152531

    Comme prévu , les concurrents d’EDF ont explosé le plafond. Ils ont demandé à avoir accès à 147 térawattheures d’électricité au tarif de l’Arenh (l’accès régulé à l’énergie nucléaire historique), bien au-delà des 100 térawattheures prévus par la loi, a annoncé la Commission de régulation de l’énergie (CRE) ce vendredi soir. Les prix de l’électricité devraient encore augmenter l’année prochaine, même si l’impact exact de ce dépassement sur les tarifs réglementés n’est pas encore connu.

    #comme_prévu (en conchiant « la loi » pour faire plaisir aux copains) #CRE (Commission de régulation de l’énergie) #ARENH (Accès régulé à l’énergie nucléaire historique)

    https://seenthis.net/messages/813618 via Sombre


  • « Faire plus avec moins ne marche nulle part » : l’appel de 142 collaborateurs de Radio France
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/11/28/faire-plus-avec-moins-ne-marche-nulle-part-l-appel-de-80-collaborateurs-de-r
    https://img.lemde.fr/2019/11/28/313/0/4952/2476/1440/720/60/0/470141c_fU3EFyMPFR3ZTkOhRyVdImXa.jpg

    Nous, voix, collaboratrices et collaborateurs des émissions de Radio France, tenons à nous adresser collectivement au gouvernement et au ministère de la culture, dans ce moment crucial que traverse le groupe.

    Il nous importe de signaler notre inquiétude vis-à-vis de la baisse de dotation qui provoque le plan de « réorganisation stratégique » et de « départs volontaires » communiqué par la présidence.

    Nous ne sommes ni contre le mouvement ni contre le changement. Nous avons d’ores et déjà pris à bras-le-corps la transition numérique. Nous sommes sans cesse à l’affût de nouveaux publics, notamment chez les plus jeunes.

    Nous pensons cependant qu’il n’y a pas de mystère : pour remplir nos missions de service public, il faut des moyens. Radio France a déjà consenti des réductions d’effectifs sous la présidence précédente, et a réussi l’an passé à revenir à l’équilibre de ses finances après la suppression de près de 300 postes. Faire plus avec moins ne marche ni à l’hôpital, ni à l’école, ni dans les transports, ni à l’université, ni dans les lieux d’art, etc. Pourquoi cela marcherait-il à la radio ?
    Choix politique

    Diminuer la contribution à la radio publique, c’est un choix politique. Un choix de société qui nous inquiète. D’autant plus que la réforme de l’audiovisuel public, présentée par le gouvernement cet automne, ainsi que la fin de la redevance telle que nous la connaissons ne donnent aucune piste sur la manière dont il entend la financer au-delà de 2022.

    Conscients des enjeux considérables qui touchent tous les services publics de ce pays, et des souffrances de nombre de nos concitoyennes et concitoyens, il ne s’agit en aucun cas pour nous de nous draper dans la défense de catégories professionnelles, mais bien de faire battre le cœur de notre mission à destination de tous les publics. Parmi nous, certains ont des rémunérations enviables, mais beaucoup, la plupart, ont des statuts précaires (contrats d’un an, indemnités chômage, bas salaires malgré un investissement de tous les instants pour notre auditoire, de plus en plus grand). Il nous semble difficile d’accepter une baisse supplémentaire du financement public de la radio, qui seul assure la pérennité de ce service, et nous craignons que le plan annoncé ne nous permette plus de garantir cette qualité.

    #radio #grève
    Et encore #paywall parce quand des personnes engagées ou des groupes politiques veulent prendre à partie l’ensemble de la société, pourquoi se priver de le marchandiser ? L’info a un prix, oui, mais là ce sont des tribunes produites gratuitement pour diffusion large ! Libé, autre stratégie économique, ne prend pas la peine de les éditer et il reste des fautes d’orthographe assez grossières...

    https://seenthis.net/messages/813650 via Antonin




  • Peut-on chiffrer l’effet gilet jaune sur l’économie ? Par Marie Viennot (La bulle économique, France culture)
    https://www.franceculture.fr/emissions/la-bulle-economique/peut-chiffrer-leffet-gilet-jaune-sur-leconomie
    https://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/18355-16.11.2019-ITEMA_22204812-0.mp3

    Au niveau macro-économique, la réponse est non, mais ça n’empêche pas de faire des calculs et des déclarations (d’ailleurs changeantes au cours du temps).

    Des centaines de ronds point animés, des dizaines de chansons (ici et ici notamment), 400 peines de prison ferme. 4 000 blessés... des heures et des heures de Vrai débat, de Grand débat et de parole présidentielle... le bilan chiffré du mouvement des gilets jaunes n’est pas seulement économique et ses répercussions bien plus larges.

    Mais souvenez vous, quand le mouvement a commencé, et s’est durci, ce qu’en disait le ministre des finances. Bruno Le maire, le 10 décembre. Les gilets jaunes ? Une catastrophe pour l’économie.

    C’est la réalité des chiffres. Je pense que les événements actuels devraient nous faire perdre 0.1 point de notre richesse nationale au dernier trimestre. Bruno Le Maire à RTL le 10 décembre.

    Trois mois plus tard, Bruno Le Maire doublait ce chiffre, 0.2 point de croissance en moins en 2018 à cause des gilets jaunes !

    Aujourd’hui Bercy redit 0.1. D’où vient ce chiffre ? De l’Insee.

    Pour faire cette estimation, m’écrit l’INSEE "on regarde notamment les séries de consommation, à un niveau fin, c’est à dire secteur par secteur.. et l’on tente d’isoler les variations qui vont au delà de la variabilité habituelle de ces séries mensuelles... mais ces calculs sont très incertains" reconnait l’Institut National des Statistiques, car il est impossible de construire une situation contre factuelle.

    Dit plus simplement, il est impossible de savoir ce qu’aurait été le niveau de PIB sans les gilets jaunes, puisqu’il y a eu les gilets jaunes. C’est comme quand on essai de dire quel a été l’effet de la création de l’euro sur nos économies, on ne sait pas... car on ne sait pas comment elles auraient évolué sans l’euro. On n’a pas de point de comparaison.

    Même chose pour les gilets jaunes. S’ils ne s’étaient mobilisés que dans une région, on aurait pu comparer l’évolution du PIB dans cette région et dans les régions sans gilets jaunes... mais là, non, on ne peut pas. On n’a pas de contre factuel.

    Ce manque de contre factuel n’empêche pas de faire des estimations, sinon on ne pourrait étudier l’impact d’aucune politique publique, mais il faut toujours les considérer comme des estimations, "avec toute l’incertitude qui s’y attache" insiste l’INSEE.

    Une estimation n’est pas un chiffre. Parler de réalité des chiffres comme l’a fait le ministre en décembre et en février pour la croissance n’avait donc pas de sens. À part un sens politique...

    Ces réserves en tête, interessons nous à l’année 2019. Là c’est l’Observatoire français des conjonctures économiques qui a estimé l’effet des gilets jaunes, plus précisément des mesures annoncées par le président en décembre.

    Le salaire d’un travailleur au smic augmentera de 100 euros par mois, sans qu’il en coute rien à l’employeur. Les heures supplémentaires seront exonérées d’impots et de charges, dès 2019. Les retraités constituent une partie précieuse de notre natione. Poiur ceux qui touchent moins de 2000 euros par mois, nous annulerons en 2019, la hausse de CSG subie cette année. Le Président de la République, le 10 décembre 2018.

    Parmi les annonces du président, certaines ont juste été accélérées... mais en tout, il y en a pour 10 milliards d’euros de pouvoir d’achat redistribués aux ménages en 2019. Du jamais vu depuis 2007, et la loi Travait Emploi Pouvoir d’Achat qui a suivi l’élection de Nicolas Sarkozy. 10 milliards qui ont eu pour effet d’augmenter la croissance de 0.3 point en 2019, selon l’OFCE.

    Au final l’effet des gilets jaunes sur la croissance est positif.

    La crise annoncée dans le tourisme, le commerce, les PME n’a pas eu lieu au niveau macro économique en tout cas. Mais comme l’écrit le rapport parlementaire sur les "coûts économiques, sociaux et budgétaires des blocages, violences et dégradations commis en marge du mouvement des « gilets jaunes »" les moyennes masquent des situations individuelles extrêmes.

    [Partie inédite en ligne]Si on regarde par secteurs... le tourisme a été touché au début de l’année, 2.5% de fréquentations touristiques en moins dans les hôtels au premier trimestre 2019. Mais quelle est la part de l’effet Brexit et de la baisse des touristes britanniques, quelle est la part de l’effet du ralentissement chinois, la part des gilets jaunes ? Là encore personne ne peut le dire précisément puisqu’il n’y a pas de... contrefactuel (vous suivez ! ).

    Pour le commerce, il n’y a pas eu de baisse de la consommation globale. Bercy reconnait une situation paradoxale. Des commerces de centre ville, là où il y avait des mobilisations ont perdu du chiffre d’affaire, mais il a pu profiter à d’autres commerces ailleurs. Le centre national des centre commerciaux évoque une hausse de son indice de fréquentation de 0.7% sur les 9 premiers mois de l’année 2019, comparé à 2018.

    Toujours niveau macro, sur les 9 premiers mois de l’années, il n’y a pas d’effet sur les défaillances d’entreprises qui sont en baisse de 0.7% sur un an, selon la Banque de France. Peut être que sans gilet jaune, la baisse serait encore plus grande, mais c’est impossible à dire.

    Ce qu’on peut chiffrer précisément en revanche, c’est le nombre d’entreprises qui ont demandé à l’Etat de bénéficier de reports de paiement d’impôt parce qu’elles étaient affectées par la mobilisation. Ce fut le cas de 6 375 entreprises, sur 4 millions 500 000 entreprises.

    Ce que l’on peut chiffrer aussi, c’est le nombre d’entreprises qui ont mis leur salariés à temps partiel et ont demandé à bénéficier d’une aide de l’Etat. Il y en a eu 5292, pour 75 000 salariés... sur 25 millions de salariés.

    On voit donc que c’est assez limité globalement. Limité, mais concentré sur certaines zones, notamment les centres des villes où il y a eu beaucoup de manifestations ; et où des commerces ont perdu du chiffre d’affaire, voire fermé leur porte.

    De façon plus structurelle, ce mouvement a pu aussi faire changer des habitudes de consommation, reporter le shopping sur les zones périphériques, il y a donc des commerces pour qui l’effet négatif des gilets jaunes risque peut s’étaler au delà de ce mouvement. [Fin de la partie inédite]

    Le problème avec les mesures d’urgence gilet jaune, c’est qu’elles ont réduit les recettes de la sécurité sociale de presque 3 milliards d’euros, et n’ont pas été compensées par l’Etat.

    Ce qu’on a donné d’une main, on l’a en partie repris... et pas à ceux/ celles qui payaient l’ISF, comme le voulaient les gilets jaunes, mais à tous les Français. En première ligne pour l’augmentation de ses moyens, le personnel hospitalier est mobilisé et en grève depuis le printemps. Il manifestait cette semaine à Paris. Le Président a promis un plan d’urgence pour l’hôpital.

    On lui serait gré d’évaluer alors le coût à long terme de la dégradation des conditions d’accueil et de travail de l’hôpital public... même si cette évaluation est difficile à faire, on ne serait pas à une estimation près, et celle ci ne serait pas de trop.

    https://seenthis.net/messages/813936 via tbn


  • Une écologie décoloniale | Afrotopiques
    https://r22.fr/antennes/afrotopiques/podcasts-afrotopiques/episode-7-malcom-ferdinand

    Dans cet épisode on rencontre Malcom Ferdinand, philosophe et auteur d’un essai qui vient de paraitre au Seuil, intitulé « Une écologie décoloniale, Penser l’écologie depuis le monde caribéen ». Malcom Ferdinand propose une conception de l’écologie radicalement en rupture avec son acception dominante. Durée : 1h10. Source : R22

    https://r22.fr/content/2-antennes/0-afrotopiques/20191027-podcasts-afrotopiques/20191006-episode-7-malcom-ferdinand/07-malcom-ferdinand-r22.mp3

    https://seenthis.net/messages/810649 via Rezo



  • Bolivia Crisis Shows the Blurry Line Between Coup and Uprising
    https://www.nytimes.com/2019/11/12/world/americas/bolivia-evo-morales-coup.html
    https://static01.nyt.com/images/2019/11/12/world/12int-bolivia1/merlin_164255727_798f62ff-14d0-4374-b3f7-616285f53ef5-facebookJumbo.jpg

    Often, they are one and the same: mass public uprisings alongside military defections that compel the resignation or removal of a country’s leader.

    But the overlapping terms often carry moral connotations that could not be more divergent: Coups, in today’s understanding, are to be condemned; revolts are to be championed.

    “People who get hung up on whether or not something is a coup or a revolution are missing the point,” said Naunihal Singh, a leading scholar of power transitions and coups. “The question is what happens next.”

    That has opened space for a kind of linguistic warfare, in which a political takeover can be portrayed as legitimate by labeling it a revolt, or illegitimate by terming it a coup.

    The narrative-building “has consequences” for what kind of government comes next, Mr. Singh said. Transitions like Bolivia’s tend to be fluid and unpredictable. The perception of legitimacy, or a lack thereof, can be decisive.

    https://seenthis.net/messages/811343 via tbn


  • « Si on est au SMIC, faut pas divorcer ! »

    Les propos de #Julie_Graziani ne sont pas un dérapage. Ils s’insèrent dans une stratégie : celle de l’#extrême_droite. Ils servent un objectif : la conquête du pouvoir.

    Décryptage de #Clément_Viktorovitch pour #CliqueTV

    https://www.youtube.com/watch?v=ldWRpySM1CM

    https://twitter.com/clemovitch/status/1191800330763288576

    Fenêtre d’Overton
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Fen%C3%AAtre_d%27Overton

    #rhétorique #Fenêtre_d'Overton

    https://seenthis.net/messages/809721 via jeanmarie


  • « Les Pays-Bas bâtissent un Etat de surveillance pour les pauvres »
    https://www.letemps.ch/monde/paysbas-batissent-un-surveillance-pauvres

    Ne cherchez plus : s’il fallait se mettre d’accord sur la ville qui incarne le mieux le libéralisme et la tolérance, Amsterdam remporterait la palme. …

    https://assets.letemps.ch/sites/default/files/styles/share/public/media/2019/11/05/file77uete76n44sog8mmn7.jpg.jpeg?itok=bfOIvoce

    https://seenthis.net/messages/809580 via davidzentao


  • On a découvert les mécanismes probables de l’addiction, et ce n’est pas ce que vous pensez, HuffPost, by Johann Hari
    https://www.huffingtonpost.fr/johann-hari/causes-addictions-drogues_b_6643266.html

    Par l’auteur de Chasing the Scream : The First And Last Days of the War on Drugs (2015)

    Dans leur grande majorité, les rats qui menaient la belle vie n’étaient pas attirés par l’eau additionnée d’héroïne. Ils buvaient en moyenne un quart de ce que les sujets isolés consommaient, et ne développaient pas de dépendance. Aucun n’y succombait. A l’inverse, les rats isolés ou malheureux devenaient rapidement accro.

    https://seenthis.net/messages/809583 via Najort


  • Le grand remplacement, un virus français (1/5) : à l’origine du mythe
    https://www.franceculture.fr/emissions/mecaniques-du-complotisme-saison-2-les-instructions-secretes-et-le-faux-complot-des-jesuites/le-grand-remplacement-un-virus-francais-episode-1-a-lorigine-du-mythe
    https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2019/11/ba651288-bb6d-4678-bb00-6a8191cf9171/720x405_invasionjaune.jpg

    Le mythe d’une invasion migratoire n’est pas un thème nouveau. A intervalles réguliers, il traverse la France depuis près d’un siècle. Belle époque, années folles, grande dépression, décolonisation : chaque décennie a connu ses prophètes de la submersion étrangère qui lancent leurs carrières littéraires et politiques sur le dos de
    l’immigration. Dès les années 1910, le mythe prend forme.

    –----

    Le grand remplacement, un virus français (2/5) : le Front National
    https://www.franceculture.fr/emissions/mecaniques-du-complotisme-saison-2-les-instructions-secretes-et-le-faux-complot-des-jesuites/le-grand-remplacement-un-virus-francais-25-le-front-national
    https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2019/11/89f959bd-74c4-4656-86e5-ef75fb30bb10/720x405_lepen_gerardjulien.jpg

    Après 1945, il faut reconstruire le pays. Un million de travailleurs venus des colonies arrivent en métropole. Mais la guerre d’Algérie et la fin des Trente glorieuses font surgir des tensions économiques et communautaires. Bientôt, des forces politiques extrêmes prospèreront sur ces fractures. Reprenant le flambeau de la peur migratoire, le Front National s’installe dans le paysage politique français.

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    Le grand remplacement, un virus français (3/5) : Renaud Camus
    https://www.franceculture.fr/emissions/mecaniques-du-complotisme-saison-2-les-instructions-secretes-et-le-faux-complot-des-jesuites/le-grand-remplacement-un-virus-francais-35-renaud-camus
    https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2019/11/59434c01-469c-41fd-9fce-c50eb64fd420/720x405_renaudcamus.jpg

    Au début des années 2000, un écrivain français jusque-là principalement connu pour sa contribution à la littérature gay des années 70 s’invite dans les débats sur l’immigration, dont il est convaincu qu’elle amènera la disparition des Français. Il résume sa pensée en deux mots : le “grand remplacement”. D’une formule, Renaud Camus parvient à cristalliser les angoisses de l’époque.

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    Le grand remplacement, un virus français (4/5) : la décennie Zemmour
    https://www.franceculture.fr/emissions/mecaniques-du-complotisme-saison-2-les-instructions-secretes-et-le-faux-complot-des-jesuites/le-grand-remplacement-un-virus-francais-45-la-decennie-zemmour
    https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2019/11/d5c57e9b-6d20-4364-8d0c-b055ff5d0f80/720x405_zemmour.jpg

    Pour populariser son concept du grand remplacement, Renaud Camus peut s’appuyer sur un homme, Éric Zemmour, et sur un contexte. En 10 ans, le polémiste médiatique devient une référence intellectuelle dans une France qui se crispe sous le coup de la crise économique, des attentats islamistes et de la vague des réfugiés syriens. En moins de 10 ans, le grand replacement est sur toutes les lèvres.

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    Le grand remplacement, un virus français (5/5) : Trump, Camus, les mots tuent
    https://www.franceculture.fr/emissions/mecaniques-du-complotisme-saison-2-les-instructions-secretes-et-le-faux-complot-des-jesuites/le-grand-remplacement-un-virus-francais-55-trump-camus-les-mots-tuent
    https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2019/11/60d3c602-03a2-4742-b480-9556bbbf447a/720x405_fachos_charlottesvile.jpg

    La France n’est pas le seul pays travaillé par l’angoisse migratoire. Par internet et Amazon, les mots de Renaud Camus traversent les frontières. Dans une extrême droite américaine traumatisée par la présidence Obama et désinhibée par les discours de Trump, le grand remplacement résonne. Inspirés par les appels à résister au “génocide par substitution”, certains vont prendre les armes. Les mots tuent.

    #extrême_droite #fascisme #xénophobie #racisme #exclusion #discrimination #proto-fascisme #néonazis #grand_remplacement

    https://seenthis.net/messages/809713 via Reka


  • Vers une histoire de la violence , Le Courrier Suisse, 3 novembre 2019, par Francois Cusset
    https://lecourrier.ch/2019/11/03/vers-une-histoire-de-la-violence

    Vers une histoire de la violence
    La violence parle le langage du pouvoir. Le terme a toujours été le pivot d’un « tour de magie ancestral », selon ­l’historien François Cusset, qui consiste à agiter le « fantasme d’une violence imminente » pour justifier une violence « présente, dûment rationalisée ». L’histoire de la violence ? « Une histoire de la stigmatisation et de l’asservissement des populations. »
    dimanche 3 novembre 2019 François Cusset
    Vers une histoire de la violence
    Déploiement de la police montée lors des manifestations du 1er mai 2019 à Paris. FLICKR/CC/JEANNE MENJOULET
    Analyse

    Quand l’oligarchie athénienne qualifie de « barbare », il y a 2500 ans, l’immense majorité de la population extérieure à l’oligarchie – femmes, non-propriétaires, esclaves, étrangers, ennemis –, ce mot suffit à justifier par avance la violence d’Etat qui pourra être exercée contre eux. Et l’opération est plus explicite encore quand le conseiller à la sécurité nationale du président George W. Bush déclare en 2002 : « Un Etat voyou est n’importe quel Etat que les Etats-Unis déclarent tel ». Au-delà de la paranoïa belliqueuse post-11 septembre, l’arbitraire revendiqué de la formule sert à soumettre la justice à la puissance, ancestral coup de force rhétorique qui rappelle que si, comme le posait jadis (Blaise) Pascal le janséniste, « la justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique », l’équilibre de ces deux pôles reste une vue de l’esprit, et l’usage officiel de la force sera toujours le meilleur moyen de s’arroger les vertus de la justice.

    Les exemples ne se comptent plus de cette vieille prestidigitation des pouvoirs, consistant à agiter le fantasme d’une violence imminente, et archaïque, pour justifier une violence présente, dûment rationalisée. Les migrants qu’on rafle et qu’on expulse pour le danger supposé de certains d’entre eux ou juste, à mots de moins en moins couverts, pour les emplois et les allocations qu’on ne peut pas distribuer sans limites, ni faire violence à ceux qui y auraient vraiment droit. Le missile israélien qui déchiquette quelques familles dans les territoires palestiniens pour l’attentat terroriste qu’ils seraient là-bas, d’après les services secrets, en train de fomenter dans l’ombre.

    Ou encore, moins spectaculaire, le militant écologiste qu’on jette en prison pour avoir arraché des plants de maïs, comme si les pesticides et les OGM n’exerçaient pas la plus grande des violences sur les corps et les biotopes. Et le jeune punk délogé avec brutalité de sous une porte cochère parce que sa forme de vie ou ses atours sont associés par la bien-pensance publique au parasitisme, au vandalisme ou à l’égoïsme anti-social. On n’est jamais très loin de l’autre bout du spectre, où la jeune femme venue déposer plainte pour agression sexuelle et le citadin gay pour insulte homophobe se voient reprocher plus ou moins implicitement un accoutrement ou des choix d’existence qui feraient violence à la bienséance voire à l’ordre public. Par cette inscription, cette façon de légitimer les arbitraires d’Etat, par les méfiances et les rancœurs qui relient les uns et les autres, la violence, bien plus que la déflagration d’un instant, est une chaîne de conséquences, une émotion circulatoire, le piège d’un circuit sans fin.

    C’est le premier problème que posent le mot et le concept de violence, qui rend difficile le travail nécessaire, mais délicat pour historiciser ces questions. Faire une histoire de la violence, pour en comprendre les formes d’aujourd’hui et l’usage tactique dans les luttes de résistance, est donc hautement problématique. Car si la violence légitime est exercée au nom d’une violence antérieure, pour « pacifier » les sociétés comme on le dit depuis la Seconde Guerre mondiale, alors tout dans une telle histoire risque bel et bien d’être à double lecture. Et de fait, le grand tournant historique ici, autour des conquêtes coloniales et de la naissance de l’Etat moderne, sur une longue période qui va du XVIe au XIXe siècles, nous a toujours été présenté comme celui d’une atténuation et d’un encadrement juridique et politique (voire « civilisationnel ») de la violence – alors que l’historiographie récente a pu enfin démentir cette approche et démontrer que les violences d’Etat et les violences coloniales ont été bien pires, par leur bilan quantitatif comme leur ordre normatif, que la conflictualité ordinaire, celle de la vie sociale traditionnelle ou des luttes intercommunautaires, qu’elles étaient censées réduire.

    A l’insécurité résiduelle, avant le Code pénal et l’éclairage nocturne, de nos villes et nos villages, où en effet on pouvait impunément détrousser le visiteur ou occire le manant, l’Etat moderne a substitué ses cadres coercitifs, normalisateurs et centralisateurs, et sa passion punitive légale, à mesure que se creusait le fossé entre le danger objectif et la sanction pénale : entre les années 1980 et aujourd’hui, par exemple, pendant que chutaient en France les taux d’homicides, mais aussi de délits pénaux moindres, la population carcérale a été multipliée par 2,3, « inutilement » en somme.

    Pour compléter ces deux axes majeurs de l’histoire politique moderne – conquête coloniale et formation de l’Etat – on peut ajouter que celle-là s’est prolongée, une fois acquises les indépendances nationales sur les continents concernés (de 1802 pour Haïti à 1962 pour l’Algérie), sous la forme d’un endocolonialisme1 du cru, entretenu par la tutelle économique et morale des anciennes métropoles, ou des nouvelles puissances. Quant à celle-ci (la formation de l’Etat), elle est ce qui a permis aux guerres entre nations voisines, qui avaient toujours existé, d’acquérir une forme rationnelle et systématique et une échelle absolument inédite, qui culminèrent avec les deux guerres mondiales et leur mobilisation totale des corps et des esprits – pas besoin d’être un naïf anarchiste pour y voir une conséquence directe de l’inflation de la forme-Etat, d’un Etat « paroxystique ». Plus simplement dit : Napoléon fait édicter les codes civil et pénal, mais il ravage l’Europe ; les papes de la Renaissance sauvent les âmes des autochtones, mais en en faisant massacrer les corps ; la France apporte en Afrique du Nord l’éducation publique et quelques infrastructures, mais aussi la torture et le racisme d’Etat ; et si lois et normes se sont imposées peu à peu dans les foyers et les rues, d’Occident d’abord, y limitant les risques de désordres imprévus, ce fut avant tout sur les cadavres, innombrables, des insurgés de 1848, des communards de 1871, des mineurs de 1947 ou des refuzniks les plus têtus des années 1970 – ou encore, pour que nous vivions en paix à l’ère du « zéro mort » policier, sur les cadavres de Malik Oussékine, Carlo Giuliani ou Rémi Fraisse. Ou juste les 3000 blessures graves infligées par les policiers français en 30 samedis de « gilets jaunes ».

    En plus de la colonisation qui aurait sorti les peuples primitifs de l’arriération guerrière, et de l’Etat moderne qui aurait pénalisé les arbitraires locaux et les violences interindividuelles (jusqu’aux duels, dont la pratique disparaît enfin au début du XXe siècle), le troisième pilier de cette histoire de la modernité comme pacification sociale et restriction de la violence est à trouver du côté de la civilité. A partir du XVIIe siècle, la civilité est diffusée par les manuels de savoir-vivre et les nouvelles règles descendantes, prônées par l’aristocratie puis la bourgeoisie, ces règles neuves qui recommandent de ne pas se moucher dans la nappe, de discuter au lieu de frapper, d’être pudique et mesuré en toutes occasions.

    C’est la grande thèse du sociologue Norbert Elias sur le « processus de civilisation » comme intériorisation des normes et autorépression de la violence. Sauf qu’elle a été mal comprise, et que même Elias, plus subtil que ses exégètes, en énumérait les limites : la violence des barrières sociales qu’instaurent ces normes ; le mal-être et les complexes imputables à cette privatisation de l’existence ; et surtout les exceptions de taille que sont, au fil de ce processus de trois siècles, les mouvements sociaux qu’on massacre, l’Etat qui punit injustement, les peuples colonisés qui n’ont pas droit à un traitement aussi civil, les guerres de plus en plus longues et sanglantes qui dérogent à tout cela. Difficile, en un mot, de tracer ici le fil continu d’une histoire unidirectionnelle, qui verrait quand même, grosso modo, dans l’ensemble, réduite la violence collective et pacifiées les mœurs communes.

    La pire violence est rationnelle

    Une histoire de la violence à l’ère moderne doit donc être surtout une histoire de la stigmatisation et de l’asservissement des populations sous le prétexte, multiforme et récurrent, d’en prévenir, d’en punir, d’en empêcher ou d’en « civiliser » la violence première – autrement dit, la violence instinctuelle, barbare, inéduquée, infantile, subjective, incontrôlable, là où la violence punitive, parce que légitime, et ne s’appelant donc plus violence, serait rationnelle, légale, élaborée, légitime, adulte, objective, mesurée.

    Certitude intemporelle : le pouvoir n’existe que pour pointer et endiguer une violence qu’il dit originelle. Et que celle-ci soit ou non un mythe, son discours infini sur elle et ses actes officiels contre elle finissent par la faire exister, au moins dans nos esprits rompus à l’idée qu’à l’origine est la violence (du Big Bang, de l’accouchement, ou du sauvage que personne encore n’a sauvé de lui-même) et qu’au terme d’une évolution digne, se trouverait l’apaisement (par les lois, l’éducation, l’ordre, la culture, les institutions, sans même parler du commerce).

    C’est précisément ce postulat profondément ancré, ce postulat d’une violence chaotique des origines à endiguer et à prohiber, qu’une véritable contre-histoire de la violence, ou une histoire des usages de la catégorie de violence, doit avoir à cœur de démonter – de mettre à nu. C’est aussi capital, et moralement faisable, que de démonter, sous l’occupation, le mensonge des affiches de propagande nazie qui présentaient la résistance comme violence sauvage et terrorisme meurtrier. Car ce récit des origines nous voile les vérités de l’histoire, à l’instar des fictions sur « l’état de nature », bien sûr introuvable dans l’histoire réelle, qui sous-tendent les simplismes de droite, avec leur méchant Léviathan venu encadrer le chaos effrayant où « l’homme est un loup pour l’homme », aussi bien que les angélismes de gauche, avec leur bon sauvage rousseauiste et leur civilisation venue corrompre l’humain pacifique. Il n’y a pas de bon sauvage ni de loup-pour-l’homme qui tiennent : loin de ces mythes, il y a les dialectiques de l’histoire, qui ont fait de l’Etat moderne comme de la civilité partout promue des forces à double effet, émancipatrices et répressives, autorisant une rupture avec la tradition aussi bien qu’une re-normalisation coercitive.

    Pendant ce temps, les violences insurrectionnelles décriées et brutalement réprimées, au présent de leur irruption, par les classes dirigeantes, furent la seule communauté réelle d’un peuple que tout divisait par ailleurs et, bien souvent, le seul moyen d’obtenir des avancées effectives sur le terrain du droit, des conditions de vie et de travail, de l’égalité sociale et des libertés civiles – au fil de trois siècles d’émeutes et d’insurrections noyées dans le sang, mais sans lesquelles les quelques progrès de l’histoire moderne n’eurent jamais été obtenus.

    La violence instinctuelle existe évidemment, mais elle n’est que ponctuelle, là où la violence instituée, rendue invisible par les dispositifs de justification étatico-normatifs, dévaste et tue partout et en continu. « Le plus dangereux, dans la violence, est sa rationalité », concluait Michel Foucault en 1979. Les montages financiers ultra-complexes qui mettent en faillite des pays lointains, les exploits technologico-industriels qui mettent en danger la pérennité de la vie sur Terre, ou les trésors d’intelligence stratégique et de créativité esthétique déployés pour produire à l’excès et vendre n’importe quoi ne cessent, aujourd’hui, d’en apporter la désolante illustration – outre qu’ils rappellent que derrière les guerres et les massacres, les sexismes qui tuent et les racismes qui assassinent, la violence la plus dévastatrice aujourd’hui est sans conteste la violence de l’économie. Et ce, d’abord sur les psychés, exsangues, humiliées, pressurisées, réduites à la haine de soi et à l’horizon bouché des rivalités constantes, dont on ne se libère qu’en sautant par la fenêtre.

    Notes
    1. ↑ Forme de néocolonialisme où, malgré l’indépendance nationale, le pays colonisé reste économiquement et politiquement sous l’emprise du colon.

    L’auteur est historien des idées et professeur à l’Université de Nanterre. Récente publication : Le déchaînement du monde : logique nouvelle de la violence, La Découverte, 2018.

    Article paru (version longue) dans Moins !, journal romand d’écologie politique, dossier : « La violence en question », n°43, oct.-nov. 2019.

    https://seenthis.net/messages/809584 via Najort


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    https://seenthis.net/messages/808711 via tbn


  • Têtes de mule | Cahiers du Cinéma, Édito n°752 – février 2019
    https://www.cahiersducinema.com/produit/edito-n752-fevrier-2019

    (…) On voit déjà les accusations de « récupération » pleuvoir sur le cinéaste / journaliste / acteur / député qu’est François Ruffin, mais alors que devrait faire un représentant sinon rencontrer, écouter la parole et s’en faire l’écho ? Faire un #film, c’est aussi représenter. Il faut d’ailleurs défendre plus largement l’idée de #représentation, avec la mise à distance qu’elle implique, la réflexion, la composition, mais aussi le jeu et l’humour. Quand on voit l’état ne pas supporter des simulacres de pendaison ou de décapitation dans les manifestations, alors qu’ils tiennent du théâtre de rue ou du Grand-Guignol, il est clair que les notions de mise en scène et de représentation sont en train d’être niées par un pouvoir incapable de penser le symbolique et qui raisonne immédiatement en termes archaïques d’ »outrage » et de « provocation ». Or l’État ne peut avoir deux sons de cloche, car c’est précisément ce qu’on reprochait aux fanatiques terroristes : prendre tout au pied de la lettre, rejeter la satire, être incapable d’adopter la distance que requiert toute représentation. Il faut que le pouvoir accepte de voir représenter l’expression des passions, sinon c’en est fini pour tous de la liberté d’expression.

    cc @opironet

    Dans ce numéro, un dossier « Filmer les #gilets_jaunes » :
    – Aller voir de plus près - entretien avec François Ruffin et Gilles Perret
    – Dans l’urgence - entretien avec Pierre Carles
    – Les gilets jaunes et l’intelligence artificielle - entretien avec Florent Marcie
    – « Monter n’est pas manipuler » - rencontre avec Street Politics

    Dont @lucile parlait ici : https://www.franceculture.fr/emissions/la-dispute/cinema-le-petit-salon-synonymes-los-silencios

    https://seenthis.net/messages/808594 via tbn



  • Mastodon, Diaspora, PeerTube... : des alternatives « libres » face aux géants du Net et à leur monde orwellien
    https://www.bastamag.net/Mastodon-Diaspora-PeerTube-Qwant-framasoft-logiciels-libres-open-street-ma

    En vingt ans, Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft ont investi notre quotidien, colonisé nos imaginaires, mis la main sur nos données personnelles. Peut-on leur échapper ? Pour chacun de ces services, les alternatives aux « Gafam » existent déjà, et rassemblent, pour certaines d’entre elles, plusieurs millions d’utilisateurs. Basta ! vous les présente. Les chiffres sont à manier avec précaution, mais on estime que Google capterait à lui seul plus de 90 % des requêtes sur les moteurs de (...) #Résister

    / #Technologies_libres, Surveillance, fichage, censure : la démocratie en danger ?, #Atteintes_aux_libertés, #Multinationales, #Surveillance_et_biométrie, A la (...)

    #Surveillance,fichage,_censure:la_démocratie_en_danger ?

    https://seenthis.net/messages/805870 via Basta !


  • ça n’a pas fait de bruit, la vente de l’aéroport de Toulouse a été confirmé par le conseil d’état
    https://www.20minutes.fr/toulouse/2624319-20191009-toulouse-vente-aeroport-blagnac-actionnaires-chinois-vali

    En 2015, un consortium chinois achetait 49,99 % des parts de l’Etat dans l’aéroport de Toulouse-Blagnac.
    Une privatisation partielle attaquée devant les tribunaux par des opposants à cette vente.
    S’ils avaient obtenu l’annulation de la procédure de privatisation au printemps dernier par la Cour administrative d’appel de Paris, le Conseil d’Etat vient de les débouter en jugeant la procédure régulière.

    #privatisation #arnaque_d'état #aéroport #politique

    https://seenthis.net/messages/805805 via touti