• L’ENTRETIEN - Au coeur de l’expérience des "biffins" (partie 2)
    https://www.youtube.com/watch?v=az47U5ZDHeQ&feature=youtu.be

    Yvan Grimaldi, fondateur et ancien directeur du Carré des biffins de la porte Montmartre, co-auteur de « De seconde main » Vendeurs de rue et travailleurs sociaux face à face dans la crise (aux éditions de l’Harmattan).

    Samuel Le Cœur, fondateur de l’Association des marchés économiques locaux individuels et organisés du recyclage (AMELIOR).


  • En Italie, la lente déconnexion entre le pays réel qui souffre de la crise et le système politique se poursuit

    Les résultats des élections du 31 mai sont très intéressants et confirment des tendances qu’on retrouve partout en Europe. Sept régions votaient ( Campanie, Ligurie, Ombrie, Toscane, Vénétie, Pouilles, Marches) et plus de un millier de municipalités aussi. Avant que les commentateurs expliquent que le Parti Démocrate de Matteo Renzi termine en première place - ce qui est vrai -, voici ce que je retiens : d’abord l’abstention, toujours plus forte dans un pays où la vie locale est pourtant très importante. Cette fois-ci, la participation aux élections régionales a chuté de 11 points par rapport à 2010 (65%) pour venir d’établir à 53%. Elle était de ... 72% en 2005, il y a dix ans. Aux élections locales, elle atteint 65 %, contre 74% la dernière fois ( -7 points). Comme ailleurs, les italiens pratiquent de plus en plus la « grève politique » comme méthode d’action politique. Dans ce contexte, il faut souligner que c’est dans les régions anciennement « rouge » que l’abstention est souvent la plus forte. En Toscane par exemple, moins de un électeur sur deux s’est déplacé. Le cas de cette région est très symptomatique. Le PD remporte l’élection mais dans quelles conditions ?

    Regardons : l’abstention a explosé entre les élections européennes de 2014 et aujourd’hui. Le nombre de votants est passé de près de 2 millions à moins de 1,5 millions ( - 530 000). Nous sommes dans l’une des régions traditionnelles de la gauche où la fidélité au PD est forte. Cette fois-ci, le PD dégringole. Tandis qu’il avait mobilisé un peu plus de un million de votes en 2014, il n’en mobilise plus que 615 000 cette fois-ci ( - 455 000 environ).

    C’est un rapport - préoccupant - à la vie électorale qui se construit sous nos yeux. L’offre est de plus en plus rejetée, notamment par les électeurs de la gauche qui ne se retrouvent plus dans le centre-gauche qui pratique les mêmes politiques que le centre-droit et la droite, ni dans la gauche à gauche du centre gauche qui est en dessous des seuils de crédibilité ( entre zéro et quelques - Vénétie - et 6 % en Toscane).

    En réalité, on peut se demander si le rejet n’est pas celui de l’action politique dans son ensemble qui n’a plus aucun sens lorsque tout le monde pratique les mêmes politiques d’austérité et sert les intérêts de l’argent en se servant aussi au passage. D’ailleurs, ces élections se sont tenues dans un climat de retour des affaires de corruption pour plusieurs candidats du PD (dont Vincenzo De Luca qui vient de remporter de justesse la région de Campanie, il pourrait être ... déclaré inéligible) ... Ce parti, hyper notabilisé, est un cartel de carriéristes qui s’allient pour contrôler le territoire et conjuguer pouvoir politique et économique. La fusion de l’argent et de la politique annule en réalité la pertinence et l’autonomie de « la politique ». C’est cette corruption là qui est la plus grave pour la société.

    Au niveau national, les votes donnent : 23,7% pour le PD, 18% pour le Mouvement 5 Stelle de Beppe Grillo - le M5S s’ancre comme deuxième force dans tout le pays, et sur tout le territoire, ce qui est une performance -, 12,5% pour le Lega, 10,7% pour Forza Italia de Berlusconi, 4,2% pour Fratelli d’Italia, 3,5 % pour Area popolare.

    Le parti de Renzi gagne dans les Pouilles, les Marches, la Toscane, l’Ombrie et la Campanie mais perd dans son bastion de Ligurie au profit de Forza Italia et perd beaucoup de voix globalement. La Lega - c’est un point très important - remporte la Vénétie avec plus de 50 % des voix !

    Désengagement citoyen de la vie électorale, fragmentation et érosion du PD même s’il reste en tête, mobilisation des électorats de droite qui se recomposent avec le retour en force de la droite radicale de la Lega, effacement de la gauche de transformation, ancrage du M5S comme force de contestation de l’ensemble du système politique. Voici quelques uns des premiers enseignements qu’on peut observer me semble-t-il.