La conspiration - Quand les journalistes (et leurs favoris) falsifient l’analyse critique des médias, par Serge Halimi & Arnaud Rindel (Le Mhm)

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  • La conspiration - Quand les journalistes (et leurs favoris) falsifient l’analyse critique des médias, par Serge Halimi & Arnaud Rindel
    http://www.homme-moderne.org/societe/media/halimi/conspiration.html

    Vouloir transformer toute analyse des structures de l’économie et de l’information en « #théorie_du_complot » ne constitue pas une falsification ordinaire. Elle s’inscrit dans une logique d’ensemble.
     Depuis un quart de siècle, la contre-révolution néolibérale, la décomposition des régimes « communistes » et l’affaiblissement des syndicats ont concouru à la renaissance puis à l’hégémonie d’une pensée individualiste.
     Les institutions collectives sont démantelées ; celles que l’on édifie sur leurs décombres privilégient le consommateur désaffilié, l’« individu sujet ». La nouvelle idéologie dominante, qui accompagne cette grande transformation, la rend plus fluide, plus insensible aussi, en la proclamant « naturelle », produite par des forces telluriques auxquelles nul ne pourrait résister et qui, de surcroît, apporteraient dans leur sillage de nombreux bienfaits partagés.
     Dorénavant perçues comme « marxistes » et donc dévaluées à l’égal des régimes qui se prétendaient tels, les analyses structurelles de l’histoire, de la politique et des médias sont par conséquent dédaignées. Le refus de postuler que la spontanéité des « acteurs » et l’élan impétueux des « droits de l’homme » seraient les principes essentiels guidant la mondialisation expose au risque d’être qualifié d’archaïque, d’extrémiste ou de paranoïaque.

     Mais il faut bien « informer » et le faire à rebours des explications institutionnelles dorénavant proscrites. Les grands médias présentent alors l’actualité internationale et sociale sous forme d’une fable morale, à base d’affrontements binaires entre Bien (nous) et Mal (les autres), de portraits de grands hommes (tantôt héroïques, tantôt maléfiques), d’émotions successives propres à susciter la compassion unanime et le consensus apitoyé. La trappe de la « fin des idéologies » condamne à la pendaison les « grands récits collectifs » construits autour d’une histoire sociale conflictuelle. De tels ancrages intellectuels auraient, prétend-on, favorisé un « totalitarisme », un « populisme » toujours menaçants — deux termes dont la généralisation dans la vulgate dominante suggère assez leur profit politique. Ne permettent-ils pas, au demeurant, de fustiger de concert des développements qui n’ont eu en commun que de mettre en cause la démocratie bourgeoise et son système de représentation, désormais sacralisés ?

    #conspirationnisme #critique_médias