L’art de rue entre subversion et récupération, par Philippe Pataud Célérier (Le Monde diplomatique, septembre 2016)

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    « Enchanter la vulgaire réalité »
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    Transformées en images électroniques, ces œuvres éphémères ont la puissance des réseaux sociaux planétaires : Facebook, Snapchat, Instagram (JR affiche neuf cent mille abonnés). Mais, si la visibilité et la notoriété qu’elle permet s’élaborent là, la légitimité de l’artiste se fait à partir de la rue, dans sa confrontation au réel. « Une relation qui s’achève souvent par la gentrification des quartiers », déplore Kashink, l’une des rares artistes de rue féminines — qui arbore une fine moustache postiche. « La création attire. Mais transformer un mur en fresque avec la participation de ses habitants, c’est donner une nouvelle image du quartier, propice aux rénovations urbaines et à la spéculation. » Car pochoirs et fresques se substituent souvent aux graffitis et aux tags, synonymes pour beaucoup d’un sentiment d’insécurité. « Une imagerie servile composée par des poseurs d’affiches qui font le mur sans le faire », dénoncent de nombreux graffeurs. Aux antipodes de l’acte libertaire et libérateur qui est au fondement même du graffiti, et « dont l’esprit frondeur »,_ pensent-ils, ne peut que se renforcer face à une urbanisation croissante qui se densifie et déshumanise. La ville est saturée de signes pensés pour faire « dé-penser » (publicités), pour sécuriser (panneaux de signalisation, caméras), pour rentabiliser le rapport de l’habitant avec son espace. Beaucoup ressentent cette pression comme un enfermement. De ceux qui poussent un condamné à graffiter les murs de sa cellule.

    Quant au pénis peint sur le mur de la commune Saint-Gilles de Bruxelles, la mairie s’apprête à l’effacer.

    Une fois le pénis effacé, comme le mur est idéal pour les graffitis, le collège de Saint-Gilles va faire appel à un artiste local pour taguer la façade. Concernant le dessin rue des Poissonniers, représentant un acte de pénétration, la ville de Bruxelles a décidé de le laisser intact ! Ces œuvres, qui font tant polémique en Belgique, n’ont toujours pas été revendiquées.

    http://www.lefigaro.fr/culture/2016/09/26/03004-20160926ARTFIG00266-effacez-ce-penis-geant-que-bruxelles-ne-saurait-p


  • « Enchanter la vulgaire réalité » — L’art de rue entre subversion et récupération, par Philippe Pataud Célérier (septembre 2016)
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    Longtemps vilipendés, les graffs, tags et dessins au pochoir ont conquis leurs lettres de noblesse. En août, des communes de Seine-Saint-Denis, en région parisienne, organisaient même une visite guidée des « plus beaux graffs du 93 ». La reconnaissance a parfois conduit les artistes de rue à abandonner toute velléité de contestation, même si la plupart continuent à rejeter la récupération marchande.