Vers un césarisme européen, par Cédric Durand et Razmig Keucheyan (Le Monde diplomatique, novembre 2012)

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  • Vers un césarisme européen, par Cédric Durand et Razmig Keucheyan (Le Monde diplomatique, novembre 2012)
    http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/DURAND/48383

    Ainsi, depuis le début de la crise, l’Union européenne n’a cessé de manifester les caractéristiques d’un régime autoritaire. Gouvernements élus contraints à la démission et remplacés par des technocrates sans légitimité démocratique ; prééminence d’institutions supposées « neutres », comme la BCE ; effacement du rôle du Parlement européen, dont le président social-démocrate allemand, M. Martin Schulz, essaie en vain de faire reconnaître le rôle (5) ; annulation de référendums ; intrusions du secteur privé dans la prise de décision politique… Pour comprendre cette dynamique antidémocratique, que seul pourrait renverser un mouvement social d’ampleur à l’échelle du continent, il n’est pas inutile de se tourner vers un contemporain de Freud, lui aussi observateur perspicace de la crise de civilisation des années 1930 : Antonio Gramsci.


  • –Suspension de la démocratie à la faveur de la crise
    Vers un césarisme européen"
    http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/DURAND/48383

    –"Contre une austérité à perpétuité
    Sortir de l’euro ?" (F.Lordon)
    http://www.monde-diplomatique.fr/2013/08/LORDON/49561

    –La Malfaçon
    http://boutique.monde-diplomatique.fr/la-malfacon.html

    –"L’économiste Frédéric Lordon : "Il faut sortir de l’euro""
    http://www.dailymotion.com/video/x1ozyjq_l-economiste-frederic-lordon-il-faut-sortir-de-l-euro_news

    Frédéric Lordon chez Médiapart
    “Pour une autre Europe, faut il-sortir de l’euro ?
    https://www.les-crises.fr/frederic-lordon-chez-mediapart

    –"Débat : et si la Grèce disait NON à l’Europe ?" sur i24news
    http://www.i24news.tv/fr/tv/revoir/i24newsfr/4338732333001

    –""L’échec de Syriza, c’est l’échec de l’idée d’une réforme de l’UE de l’intérieur"" (Aurélien Bernier)
    http://www.marianne.net/echec-syriza-c-est-echec-idee-reforme-ue-interieur-100235495.html
    #Grèce #UE

    –L’euro, ou la haine de la démocratie, par Frédéric Lordon (Les blogs du Diplo, 29 juin 2015)
    http://blog.mondediplo.net/2015-06-29-L-euro-ou-la-haine-de-la-democratie

    "Prononcer le mot « référendum », c’est en effet immanquablement faire resurgir le spectre du Traité constitutionnel de 2005, celui de l’acharnement jusqu’à ce que ça dise oui, ou du contournement si ça persiste à dire non. Celui du putsch également, à l’image du débarquement en 2011 de Georges Papandréou"

    "Appliquant une doctrine en fait formée de longue date puisqu’elle est intrinsèque à l’Union monétaire même, mais dont la formulation pleinement explicite attendra 2015 et l’inénarrable Juncker – « il n’y a pas de choix démocratiques contre les Traités européens »"

    "nommer directement le banquier central Papademos premier ministre ! – c’est tellement plus simple –, qui plus est à la tête d’une coalition faisant, pour la première fois depuis les colonels, entrer au gouvernement un parti ouvertement d’extrême-droite (Laos), particularité qui n’avait pas davantage ému le journalisme d’accompagnement à l’époque"

    "la Troïka ne se contente pas d’imposer un cadrage macroéconomique délirant, elle entend également en imposer le détail"

    "l’augmentation du taux d’imposition sur les sociétés de 26 % à 29 %, ainsi que la taxe exceptionnelle de 12 % sur les profits supérieurs à 500 000 euros ont été refusées par la Troïka au motif qu’elles étaient… de nature à tuer la croissance ! – ou quand l’étrangleur déconseille à ses victimes le port du foulard. En revanche la Troïka tient beaucoup à ce qu’on en finisse avec la petite allocation de solidarité servie sur les retraites les plus pauvres – le décile inférieur a perdu jusqu’à 86 % de revenu disponible de 2008 à 2012"

    "On peut le dire dès maintenant puisque la grande vidange est déjà à l’œuvre : l’oligarchie dégondée va montrer son vrai visage, et parler son vrai langage. Jean-Louis Bourlanges sur France Culture traite Tsipras de « terroriste révolutionnaire » (11) (sic), Quatremer relaie, écumant, les errances de Kathimerini, quotidien de droite qui qualifie le référendum de « coup d’Etat de bolcheviks », formidable moment de vérité où l’on va voir sans fard qui est qui et qui dit quoi."

    • https://www.facebook.com/atterres/posts/971081412943037
      http://www.lemonde.fr/crise-de-l-euro/article/2015/07/16/donald-tusk-l-accord-avec-la-grece-a-permis-d-eviter-le-risque-de-chaos-d-un
      –"INTERVIEW TUSK : POURQUOI LE MONDE A PUBLIÉ DEUX VERSIONS"
      http://www.arretsurimages.net/breves/2015-07-21/Interview-Tusk-pourquoi-Le-Monde-a-publie-deux-versions-id19091

      "Bel aveu du président du Conseil européen : « Je suis surtout inquiet des risques de contagion politique et idéologique. Avec ce qui se passe en Grèce, est apparue l’illusion idéologique qu’il est désormais possible de changer le cours de l’Europe, qu’on peut construire une alternative à la vision traditionnelle de l’Europe, au discours sur l’austérité. Je trouve l’atmosphère très similaire à celle de l’après 1968. Je sens un état d’esprit, peut-être pas révolutionnaire, mais un sentiment d’impatience en Europe »"

    • « L’Europe ne peut et ne devrait pas tenir très longtemps » (James K. Galbraith)
      http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20150731.OBS3541/l-europe-ne-peut-et-ne-devrait-pas-tenir-tres-longtemps.html

      -"les Allemands réaliseraient avec stupéfaction que les dettes considérables amassées afin de financer leurs exportations tout au long des quinze dernières années ne seront jamais remboursées."

      –"Le fait que Syriza y soit parvenu, éclipsant ainsi les nazis du parti Aube dorée, a été à sa manière un miracle démocratique. La destruction de Syriza conduira maintenant, partout sur le continent, à un réexamen du « projet européen ». Une Europe progressiste – l’Europe de la croissance durable et de la cohésion sociale – serait une chose. L’Europe bloquée dans l’impasse, réactionnaire, mesquine, et perverse, que nous observons à l’heure actuelle, en est une autre. Elle ne peut et ne devrait tenir très longtemps."

      –"Que va-t-il advenir de l’Europe ? Cela est très clair, il en est désormais fini des espoirs de la gauche pro-européenne et réformiste. Les partis qui incarnent un autre avenir sont les partis anti-européens, dont l’UKIP, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, le Front national en France, et Aube dorée en Grèce. Il s’agit de mouvances extrêmement antipathiques, racistes et xénophobes – Aube dorée a ainsi proposé dans sa plateforme électorale que des camps de concentration soient créés en Grèce afin qu’y soient regroupés les immigrés. Les forces progressistes et démocratiques n’ont désormais, pour les contrecarrer, qu’une seule chose à faire : se regrouper sous la bannière d’une réinstauration de la démocratie au niveau national. Ce qui signifie que la gauche en Europe devra également, désormais, se retourner contre l’euro."

      –"Pourquoi donc, dans ces conditions, l’euro – ce rêve qui, manifestement, va désormais en se flétrissant – devrait-il être soutenu ? Pour quelles raisons en sortir ne constituerait-il pas une option ?"

    • Leçon de Grèce : « La thérapie de choc exige l’opacité », par Philippe Lamberts (Le Monde diplomatique, octobre 2015)
      http://www.monde-diplomatique.fr/2015/10/LAMBERTS/53935
      http://www.monde-diplomatique.fr/IMG/arton53935.jpg

      -"Ce qui est en jeu ici est ni plus ni moins que l’affaiblissement, voire la suspension, de moins en moins dissimulée, de la légitimation démocratique de la politique économique et sociale."

      –"A la mi-février 2012, (...) les négociations entre Athènes et la « troïka » (Fonds monétaire international [FMI], Banque centrale européenne [BCE] et Commission européenne) butent sur un dernier effort budgétaire de 325 millions d’euros. Alors que le gouvernement grec de l’époque avait envisagé de les prélever sur les dépenses de fonctionnement du ministère de la défense, la « troïka » refusa ce choix et imposa des coupes dans le budget des pensions de retraite. Avant cela, en octobre 2010 puis en août 2011, M. Jean-Claude Trichet, alors patron de la BCE, avait écrit secrètement aux ministres des finances d’Irlande, puis d’Espagne et d’Italie, pour leur enjoindre de prendre des mesures précises, non seulement financières, mais aussi budgétaires et sociales."

      –"L’accord du 13 juillet 2015 fait tomber toute précaution oratoire et inscrit noir sur blanc la logique coloniale de la « troïka » en Grèce. Il précise en effet que « le gouvernement [grec] doit consulter et obtenir l’accord des Institutions [nouvelle appellation officielle de la « troïka »] sur tout projet législatif dans les domaines relevant de l’accord, avec un délai adéquat, avant de le soumettre à consultation publique ou au Parlement »."

      –"Quant à la motivation profonde de cette humiliation, je suis convaincu qu’elle relève avant tout de la volonté d’hégémonie des partis de ce qu’on appelle la « grande coalition » — conservateurs/chrétiens-démocrates (PPE), sociaux-démocrates (PSE) et libéraux (ALDE) — face à l’émergence de toute alternative à la pensée unique. Comment interpréter autrement la rhétorique de la « confiance perdue » à l’égard du gouvernement grec, exprimée dès la première ligne de l’accord politique du 13 juillet ? « Confiance perdue » en moins de cinq mois par un gouvernement de gauche radicale au motif qu’il n’avait pas su réformer dans cet infime laps de temps un pays gangrené par plus de quarante ans de clientélisme établi par le duopole Nouvelle Démocratie/Pasok, c’est-à-dire précisément par les chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates grecs. Que ceux-ci aient maquillé les comptes de la Grèce pour lui permettre d’accéder à l’euro, et maintenu en place l’essentiel du système clientéliste, non seulement avant 2010, mais pendant les cinq premières années des programmes d’assistance à la Grèce, n’avait pas suffi à ce que leurs amis politiques européens leur retirent leur confiance."

      –"On peut légitimement s’interroger sur les moyens que s’est donnés le gouvernement Tsipras au moment d’aller au bras de fer avec les créanciers."

      –"La priorité donnée au respect de l’orthodoxie économique sur celui des règles démocratiques se manifeste également dans l’attitude du Conseil européen, qui n’hésite pas à agiter la menace de sanctions à l’égard des Etats membres qui ne respecteraient pas leurs objectifs budgétaires, tout en laissant en paix ceux qui, comme la Hongrie — gouvernée par M. Viktor Orban, dont le parti reste envers et contre tout membre du PPE —, foulent aux pieds les valeurs démocratiques de l’Union européenne. Dans le cénacle des chefs d’Etat et de gouvernement européens, on ménage Orban et on écrase Tsipras."

    • Dans la même veine : « L’avenir de l’Europe se discute à huis clos », par Christophe Deloire & Christophe Dubois (Le Monde diplomatique, septembre 2012)
      http://www.monde-diplomatique.fr/2012/09/DELOIRE/48137

      En 2010, Sarkozy se rallie à l’idée de Merkel de sanctionner les pays ne respectant pas les critères financiers du Pacte de Stabilité et de Croissance de 1997 (Amsterdam) en suspendant leur droit de vote au Conseil de l’UE. Cette idée se fonde sur l’article 7 « du traité », qui prévoit cette sanction en cas de « violation grave et persistante » des valeurs de l’UE, relative au respect de la dignité humaine, à la liberté, la démocratie et l’égalité.

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    • Mettons ça ici...
      Le ministre allemand des Finances défend la formation d’une armée européenne
      http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/le-ministre-allemand-des-finances-defend-la-formation-d-une-armee-europeen

      « Les Grecs ne devraient pas rejeter uniquement la responsabilité des problèmes sur les autres, ils devraient également regarder ce qu’ils peuvent faire pour s’améliorer  »


  • Vers un césarisme européen, par Cédric Durand et Razmig Keucheyan (novembre 2012)
    http://www.monde-diplomatique.fr/2012/11/DURAND/48383

    Selon Antonio Gramsci, au cours des grandes crises du capitalisme, les institutions qui dépendent du suffrage universel, comme les Parlements, passent au second plan. A l’inverse, les circonstances consolident « la position relative du pouvoir de la bureaucratie (civile et militaire), de la haute finance, de l’Eglise, et en général de tous les organismes relativement indépendants des fluctuations de l’opinion publique ». En temps normal, toutes ces instances ne rechignent pas à laisser les institutions démocratiques aux commandes. Ce n’est plus le cas en situation de crise : d’une part, les contradictions inhérentes aux institutions légitimes sur le plan électoral s’approfondissent, affaiblissant leur capacité à prendre les décisions que requiert l’accélération du rythme de la politique ; d’autre part, l’opinion publique fluctue considérablement, menaçant de se tourner vers les solutions les plus radicales.

    L’intellectuel italien nomme « césarisme » cette propension des régimes démocratiques à manifester des penchants autoritaires en temps de crise. (…) Les dynamiques actuellement à l’œuvre au sein de l’Union européenne évoquent une forme de césarisme non pas militaire, mais financier et bureaucratique. Entité politique à la souveraineté fragmentée, l’Europe ne voit son unité garantie que par la bureaucratie bruxelloise et l’immixtion structurelle de la finance internationale dans son fonctionnement. [#st]