Face aux créanciers, effronterie argentine et frilosité grecque, par Maurice Lemoine (Le Monde diplomatique, avril 2012)

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  • Quinze ans après, la crise grecque rappelle le précédent argentin
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/07/07/l-argentine-aussi-a-connu-comme-la-grece-un-defaut-souverain_4673779_3234.ht

    Difficile de ne pas faire le rapprochement. Ces derniers jours, politiques comme experts n’hésitent plus à comparer la crise grecque à celle traversée par l’Argentine il y a quinze ans. Le 6 juillet, la présidente de ce pays, Cristina Kirchner, a félicité Athènes pour la victoire du non au référendum qui s’était tenu la veille en Grèce. Elle soulignait que, comme en Argentine, les politiques d’austérité y ont eu des conséquences « terribles ».

    Acculé, Buenos Aires avait fait défaut sur sa dette publique en 2001. Athènes, de son côté, n’a pas pu rembourser à temps le Fonds monétaire international (FMI) le 30 juin 2015. Et va probablement faire défaut, aussi, auprès de la Banque centrale européenne (BCE), à qui elle doit verser 3,5 milliards d’euros le 20 juillet…

    Il est vrai qu’à première vue, les mécanismes qui ont conduit les deux pays au bord de la faillite présentent beaucoup de similitudes.

    Lire Maurice Lemoine, « Face aux créanciers, effronterie argentine et frilosité grecque » (avril 2012)
    http://www.monde-diplomatique.fr/2012/04/LEMOINE/47600

    Tout commence par une idée éblouissante. Pour mettre un terme à l’inflation qui ravage le pays à son arrivée au pouvoir en 1989 (1), le président péroniste Carlos Menem — flanqué de son superministre de l’économie Domingo Cavallo, formé à Harvard et ancien fonctionnaire de la dictature (1976-1983) — fixe le taux de change de la monnaie argentine de manière rigide : 1 peso pour 1 dollar. Il grave ce système dit du « currency board » dans la Constitution. Qualifiée de « big bang » et encouragée dès l’origine par le Fonds monétaire international (FMI), cette politique réussit dans un premier temps : l’inflation disparaît, la croissance s’affermit.

    Le 1er janvier 2001, la Grèce remplit les critères de Maastricht et rejoint la zone euro. Un an plus tard, les pièces frappées de la nouvelle devise remplacent la drachme, l’ancienne monnaie nationale.