Escale chez les puissants, par Jack London (Le Monde diplomatique, juin 2008)

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  • Escale chez les puissants — Extrait de « Ce que la vie signifie pour moi », par Jack London (1909)
    https://www.monde-diplomatique.fr/mav/99/LONDON/18039 #st

    Je ne m’en suis pas mieux sorti avec les maîtres eux-mêmes. Je m’étais attendu à trouver des hommes propres, nobles et vivants, dont les idéaux seraient propres, nobles et vivants. Je me suis retrouvé au milieu d’hommes assis sur les plus hautes marches de la société — les prédicateurs, les politiciens, les hommes d’affaires, les professeurs, les hommes de presse. J’ai mangé de la viande avec eux, j’ai bu du vin avec eux, je me suis baladé en voiture avec eux, et je les ai étudiés.

    C’est vrai, j’en ai trouvé beaucoup qui étaient propres et nobles, mais, à de rares exceptions près, ils n’étaient pas VIVANTS. Et je crois vraiment que je pourrais compter ces exceptions sur les doigts des deux mains. Ceux qui ne tiraient pas leur vitalité de la pourriture, leur vivacité d’une vie malpropre, ressemblaient à des morts non enterrés — propres et nobles comme des momies bien préservées, mais pas vivants. Dans cette catégorie des morts vivants, je fais une place d’honneur aux professeurs que j’ai rencontrés, des hommes qui s’en remettaient à cet idéal universitaire décadent qu’est « la poursuite sans passion de l’intelligence sans passion » .

    • Ancien prof de français, cela a été mon choix. Je l’ai fait honorablement. Maintenant après des années cela m’a permis d’affronter une nouvelle réalité : développer « le relationnel » au sens large avec les élèves (de lycée) et je découvre une qualité d’échanges absolument incroyable. Pourquoi ? Par ce que j’ai cessé d’être prof : ma relation n’est plus de dire : ça c’est bien ou c’est mal, mais de proposer des jeux et de les jouer avec eux : résultat garanti.