• Thomas #Ostermeier à #Avignon et sa conception du théâtre dans le @mdiplo :

    Du théâtre par gros temps (avril 2013)
    http://www.monde-diplomatique.fr/2013/04/OSTERMEIER/49009

    Au sein des prétendues démocraties occidentales, la préservation de l’intérêt général oblige chaque Etat à lever des impôts dont le produit sera réaffecté par diverses institutions au gré de ce qu’elles considèrent comme juste ou indispensable. Que l’on me pardonne la platitude de ce préambule, mais il paraît important de rappeler combien la notion de mission publique est inscrite au cœur même de nos sociétés, afin de permettre aux individus et aux groupes sociaux de… De quoi, au juste ? D’être heureux ? D’avoir du succès ? D’apprendre ? De s’ouvrir à d’autres idées, d’autres personnes, d’autres collectifs ?

    La marche triomphale du néolibéralisme, amorcée à Chicago dans les années 1970 et accélérée par l’effondrement du « socialisme réel », s’est traduite par la dérégulation des marchés financiers mais aussi par la privatisation de services et d’institutions qui relevaient jusque-là de la sphère publique. Ce changement de paradigme n’est pas étranger à la perte de légitimité du théâtre au cours de la même période. Une grande partie de la gauche ouest-européenne, traditionnellement sceptique vis-à-vis des institutions, pour ne pas dire antiétatiste, se retrouve donc dans la douloureuse obligation de défendre l’Etat contre l’offensive des nouveaux disciples du marché.

    Pour ma part, je rêve d’une société affranchie du joug de la propriété privée, où les biens et les richesses appartiendraient à part égale à chacun de ses membres. Nous sommes hélas à mille lieues d’une telle utopie. Pis, l’idéologie du marché fait peser le soupçon de totalitarisme sur toute réflexion à ce sujet. Même le principe d’une redistribution partielle des richesses, établi par la bourgeoisie conquérante aux XVIIIe et XIXe siècles, se trouve désormais en danger.