Jack London ou la puissance indomptée

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  • Il entre dans la Pléiade : Jack London ou la puissance indomptée
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    Rien à voir avec un « appel de la forêt », comme le traduira la comtesse de Galard en 1906, titre lamentable qui traîne encore dans bien des éditions françaises — il est vrai qu’épouvantée par la teneur du livre elle le massacra allègrement, lui ôtant ses échardes, c’est-à-dire l’essentiel, faisant du loup Buck-London un caniche de salon. Rien à voir non plus avec un « hymne à la liberté », mais tout avec l’appel d’une puissance sauvage, à la fois de création et de destruction, indifférente, monstrueuse et splendide, tapie au cœur du monde et que l’on aura à découvrir en soi pour survivre. La loi du gourdin et des crocs tout d’abord pour Buck : « Tuer ou se faire tuer, manger ou se faire manger, telle était la loi, et il obéissait à ce commandement issu des profondeurs du temps... » Proposant à Phébus une nouvelle édition du livre, dans sa version enfin complète, j’avais suggéré comme titre L’Appel de la force ; mais, signe que London toujours dérange, l’éditeur de l’époque avait préféré L’Appel sauvage — mais c’est bien de #force qu’il s’agit. C’est à son appel que Buck, brisé, roué de coups, dépouillé de tout ce qui l’avait fait domestique jadis, morale, amour, pitié, dresse l’oreille en grondant — ce chant nocturne, mystérieux et sinistre, de ses frères loups qui le fait trembler d’excitation, « ce désir de sang, cette joie de massacrer (...), de tremper sa gueule dans du sang chaud », cette extase qui « saisit l’artiste élevé et emporté hors de lui-même dans un rideau de flammes ; saisit le soldat, fou de guerre sur un champ dévasté et refusant de faire quartier ; et s’empara de Buck, alors qu’il conduisait la meute, poussant l’antique cri du loup ».

    #violence #valeurs #animal cc @pguilli

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