• Et donc, dégoûté de ne pas avoir pu publier les dégueulis antijuifs de Céline, Antoine Gallimard se rattrape avec une belle dégueulasserie anti-musulmans dans le Monde :
    http://www.lemonde.fr/livres/article/2018/01/12/gallimard-renonce-a-publier-les-pamphlets-de-celine_5240776_3260.html

    « Aujourd’hui, l’antisémitisme n’est plus du côté des chrétiens mais des musulmans, et ils ne vont pas lire des textes de Céline. »

    Mais apparemment, il ne faisait là que reprendre les préoccupations répugnantes du très officiel Dilcrah :
    https://www.lexpress.fr/actualite/pourquoi-gallimard-recule-sur-les-pamphlets-de-celine_1975326.html

    Selon nos informations, le 19 décembre, la rencontre entre le délégué interministériel, Frédéric Potier, et Antoine Gallimard (qui était accompagné par Pierre Assouline, pressenti pour écrire la préface de cette réédition) s’est déroulée dans un climat tendu. Cette publication ne risque-t-elle pas d’alimenter une forme d’antisémitisme chez les jeunes musulmans, a notamment relevé le délégué interministériel ? Pierre Assouline fait remarquer que Céline est peu lu dans les banlieues.

    Puisqu’on te dit qu’il n’y a pas de racisme d’État…

    https://seenthis.net/messages/660497 via A very stable genius


  • Jeanne Favret-Saada, l’irréligieuse

    http://www.lemonde.fr/livres/article/2017/10/26/jeanne-favret-saada-l-irreligieuse_5206072_3260.html

    L’anthropologue a signé en 1977 un grand livre sur la sorcellerie en Mayenne. Elle s’intéresse désormais aux questions de blasphème et aux «  cabales dévotes  » dans le monde contemporain. Son nouvel essai en témoigne

    http://img.lemde.fr/2017/10/24/576/0/4252/2121/644/322/60/0/abbff30_19567-1u7ue0n.j63r57y14i.jpg

    Une jeune agrégée de philosophie vite passée du côté des sciences sociales (qu’elle enseigna au début des années 1960 à l’université d’Alger, où elle succédait à Pierre Bourdieu) : le parcours de Jeanne Favret-Saada aurait pu être parfaitement rectiligne. Quand on s’étonne qu’elle n’ait pas soutenu de thèse et n’ait pas cherché dans quelque territoire inconnu l’initiation attendue de tout anthropologue, elle répond en souriant qu’en Mai 68, elle avait fait sa propre révolution.

    Nommée à Nanterre, la voici qui décide de choisir pour terrain d’exploration… la France : « Il fallait être là… » L’un de ses étudiants, pion dans un lycée de Laval, lui parle de l’atmosphère de violence qui régnait alors dans le bocage mayennais. En 1969, elle décide d’y mener une enquête sur la sorcellerie : « J’ai toujours abordé le social par sa mise en crise, confie-t-elle. Je suis arrivée sur place le jour de la Toussaint, et j’ai été saisie par l’atmosphère qui y régnait : toute une région célébrait la mort. »

    D’emblée, elle se heurte au silence : la sorcellerie, comme n’importe quelle superstition, ce sont les autres qui en sont victimes… Pour cette ethnographe formée à une stricte neutralité, impossible toutefois de s’en tenir à un rôle d’observatrice. C’est que, en sorcellerie, la parole ne se limite jamais à informer : elle est directement action, et action violente, devant entraîner la mort. Une fascinante révolution méthodologique survient alors, à la faveur d’un quiproquo : un jour, des paysans prennent la chercheuse pour une désensorceleuse ; la voici embarquée dans un incroyable « procès de parole », dont elle tirera Les Mots, la mort, les sorts (Gallimard, 1977), devenu un classique de l’anthropologie.

    Ces émotions individuelles ou collectives, un terrain d’études privilégié

    Affronter la part de violence qu’impliquent les rapports sociaux, c’est bien ce qui définit l’approche de Favret-Saada, dont la présence est pourtant faite d’écoute, de douceur, de retenue. Pour elle, qui a également exercé en tant que psychanalyste pendant près de vingt ans, ces émotions individuelles ou collectives que nous ignorons, parce que nous n’y voyons que superstitions ou bigoterie, sont un terrain privilégié.

    Rien d’étonnant donc à ce que, en 1989, Jeanne Favret-Saada ait choisi de consacrer un séminaire aux accusations de blasphème, premier jalon de l’essai qu’elle publie aujourd’hui : Les Sensibilités religieuses blessées. Longtemps, ses collègues jugeront son nouvel objet de recherche aux marges de la discipline, comme si les cabales religieuses récentes provenaient d’un monde encore plus éloigné que celui de la sorcellerie.

    « En octobre 1988, je logeais au-dessus du cinéma Espace Saint-Michel, à Paris, auquel des intégristes ont mis le feu pour protester contre La Dernière Tentation du Christ, de Scorsese. Très peu après, à Londres, c’était l’affaire Rushdie. J’ai immédiatement pensé : “Ces crises sont notre avenir pour longtemps.” J’ai donc enquêté sur ces deux affaires, à Paris et à Londres puis, en 2005, au Danemark, sur les visages de Mahomet publiés dans Jyllands-Posten. » Mais l’essai qu’elle en tire deux ans plus tard (Comment produire une crise mondiale avec douze petits dessins, Les Prairies ordinaires, 2007 ; rééd. Fayard, 2015) ne rencontre pas l’écho mérité. Idem pour Jeux d’ombres sur la scène de l’ONU ­ (L’Olivier, 2010), où elle détaille les manœuvres par lesquelles, à la fin des années 1990, l’Organisation de la conférence islamique (OCI) a opposé l’idée de « diffamation des religions » à la déclaration des droits de l’homme.

    Jeanne Favret-Saada se heurte alors à un déni paradoxal : la sorcellerie paraissait assez « exotique » pour éveiller notre curiosité ; mais sur l’activisme de groupes dévots que nous côtoyons sans les voir, nous préférons les discours sensationnalistes. « C’est pourtant une tâche de l’anthropologie : montrer des catégories de gens que nos préjugés nous ont rendus invisibles. Il existe parmi nous des croyants révulsés par le pluralisme des sociétés sécularisées, et certains parmi eux sont prêts à se mobiliser. Or nous les traitons comme des fantômes du Moyen Age. »

    Cabales chrétiennes

    Croyait-on, en effet, que le blasphème relevait des livres d’histoire ? Jeanne Favret-Saada montre qu’il n’en est rien. Son enquête a pour point d’arrivée les crises spectaculaires survenues dans le monde musulman depuis la parution, en 1988, des Versets sataniques, de Salman Rushdie (Christian Bourgois, 1989).

    Mais l’essentiel de sa démonstration porte sur une série de cabales chrétiennes que l’on croyait déjà bien connaître, de La Religieuse, de Jacques Rivette (1966), jusqu’à La Dernière Tentation du Christ, de Martin Scorsese. « Les musulmans ont hérité d’une stratégie mise en place depuis plus de vingt ans par des activistes chrétiens afin d’adapter l’accusation de blasphème à nos sociétés pluralistes, dit-elle. Car les dévots ont peu à peu compris qu’il ne fallait plus se présenter comme la majorité morale, mais au contraire comme une minorité discriminée, autrement dit retourner les droits de l’homme et l’antiracisme (qu’ils exècrent) à leur profit en se présentant comme des victimes, heurtées dans leur sensibilité religieuse. »

    Les attaques lancées contre Je vous salue Marie (version moderne de l’histoire de la Vierge, par Jean-Luc Godard), en 1985, en offrent un exemple. Comme Mgr Lefebvre peu de temps avant lui, Bernard Antony, figure du Front national, avait fustigé un « racisme antifrançais et antichrétien », et exploité la loi Pleven de 1972 qui sanctionnait l’hostilité envers un individu ou un groupe en raison de ses origines religieuses, ethniques ou raciales.

    Mais la réception du film de ­Godard montra également que les lignes commençaient à bouger : si les intégristes fustigèrent le film, le public catholique, lui, s’enthousiasma, et l’épiscopat se montra prudemment favorable. Ironie supplémentaire : c’est la presse de gauche qui éreinta Je vous salue Marie, que le cinéaste finit par retirer des écrans italiens lorsque Jean Paul II déclara que le film blessait les « sentiments religieux des croyants ». Ultime victoire des « croisés » : si le président du tribunal de grande instance de Paris, Pierre Drai, rejeta la demande d’interdiction du film, il introduisit néanmoins un droit au « respect des croyances », véritable cheval de Troie des cabales dévotes.

    Ce que notre « modernité » nous cache

    « Dans le christianisme, note Favret-Saada, le blasphème comme “traitement indu” infligé à une entité sacrée relève du juge religieux. Aujourd’hui, c’est un dévot (ou un groupe de dévots) qui porte ce jugement, mais devant l’opinion publique et une justice démocratique. Là encore, il existe une scène de parole, qui déclenche un dispositif contraignant tous les autres acteurs sociaux à prendre position, souvent malgré eux. » En particulier la hiérarchie catholique, adroitement mobilisée lors de l’affaire de La Religieuse mais beaucoup plus réticente par la suite, sous l’effet de l’aggiornamento post-Vatican II. Toute l’ironie de telles affaires est qu’aucun des cinéastes attaqués n’entendait tenir un propos antichrétien ou même anticlérical.

    De la sorcellerie aux dévots contemporains, Jeanne Favret-Saada est allée toujours plus loin dans son implication. Discrète comme elle, son œuvre est essentielle parce qu’elle fait apparaître ce que notre « modernité » nous cache. L’anthropologie n’y est plus simple observation, mais intervention. « Les Sensibilités religieuses blessées est un livre politique, oui, c’est vrai, conclut-elle, mais en tant que tout chercheur est engagé dans le parti de la liberté d’expression. »

    Si l’accusation de blasphème est devenue incompatible avec la liberté d’expression, les coalitions dévotes, chrétiennes depuis les années 1960, puis musulmanes à partir de la fin des années 1980, n’en sont pas moins parvenues à imposer l’idée que certaines œuvres blessaient les « sensibilités religieuses ».

    Il y a plus de vingt ans de cela, Jeanne Favret-Saada avait consacré un séminaire à la plus célèbre histoire de censure au cinéma : celle qui concerna le film que Jacques Rivette avait tiré, en 1966, de La ­Religieuse, de Diderot (1796). A l’époque toutefois, elle était guidée par l’historien Emile Poulat. Lequel (aveuglement ou respect d’une sorte d’omerta ?) avait formellement écarté l’hypothèse d’un complot décidé au plus haut niveau. Depuis, l’accès à plusieurs fonds d’archives a prouvé que, sans l’intervention secrète du cardinal Feltin auprès du président de Gaulle, jamais les quelques « croisés » à la manœuvre ne seraient parvenus à faire interdire un film – au demeurant fort respectueux – avant même son tournage…

    L’essai de Jeanne Favret-Saada prend lui-même une dimension épique lorsqu’il est question des mobilisations – dont l’ampleur stupéfie – contre La Dernière Tentation du Christ, de Martin Scorcese, de 1983 jusqu’à la sortie du film en France en 1988. Trois univers s’y heurtent violemment : les dévots, dont l’image rétrograde masque l’extrême détermination ; les autorités ecclésiastiques, prises entre l’activisme de ces minorités et l’adaptation au monde contemporain ; enfin le monde de la culture, à des années-lumière de religieux qui lui paraissent, à chaque affaire, venir droit du Moyen Age, et dont il sous-estime dès lors l’influence.

    https://seenthis.net/messages/640537 via enuncombatdouteux


  • Y aurait-il un nouveau Pascal Boniface ?

    https://www.youtube.com/watch?v=dcf1SzdICpU



    https://lh3.googleusercontent.com/L_bT-wc_5zlBgAeBPzZWKH-k85KC63_gsUG8pAXpFBTkVChgCy8UYoW9CGcly

    Celui qui a beaucoup de mal à s’intéresser à la guerre au Yémen menée par une coalition occidentalo-saoudienne plus que douteuse, alliée du milliardaire Hariri et autrefois des émirs du Qatar,
    Celui jadis qui dénonçait la Kouchnerisation et la BHLsation de la société française,
    Celui qui s’était tu depuis quelques années déjà sur les massacres et les horreurs au quotidien commis par l’Etat d’Israël en Palestine, à Gaza notamment,
    Celui dont j’ai lu avec beaucoup d’intérêt "Les intellectuels faussaires" puis "Les intellectuels intègres",
    Celui dont j’ai soutenu avec ferveur Les Géopolitiques de Nantes et à qui j’ai reproché le manque de débat contradictoire lors des conférences sur les questions se rapportant à la Russie et à l’OTAN ces dernières années ainsi que le conflit avec l’Ukraine,
    Celui qui se souvient évidemment de ce complot de la guerre menée en Irak en 2003 puisqu’il en parle sans complexe et sans être taxé de "complotiste" dans ses conférences à l’IRIS dont il est le Directeur, ou aux Géopolitiques de Nantes dont il est co-organisateur,
    Celui qui aurait été malmené par les lobbies sionistes en France pour avoir écrit un livre à charge contre l’Etat sioniste, sa politique de colonisation​ et d’apartheid en Palestine (1),
    Celui qui a contribué à l’essor de Radio Orient (excellente radio sauf sur les questions syrienne, libanaise et saoudienne. En effet, puisque rachetée par le milliardaire Saad Hariri, l’allié des saoudiens (2),

    Celui qui...
    ​....voilà que je l’entends soutenir dans l’émission "C’est dans l’air" du jeudi 6/4/2017​ (3) que c’est bien Assad qui est à l’origine des attaques à l’arme chimique sur son peuple, sans lui accorder le moindre bénéfice du doute et sans attendre les conclusions d’une enquête internationale libre et indépendante ! Il valide ainsi et sans attendre, l’action de Trump et son interventionisme démonstratif par une réplique ultra rapide et unilatérale en bombardant quelques bases militaires du "régime syrien" nous dit-on. C’est une imposture. ​Elle prend de nos jours des formes multiples que M. Boniface semble ne pas voir.

    Une émission, une fois de plus, de la pensée unique !

    Ce que j’en retiens et que je dénonce avec force :

    1. Absence de débat contradictoire.
    ​M. Boniface rejoindrait-il le clan des va-t-en-guerre qui évitent toujours les débats contradictoires ?
    Nous ​y étions habitués dans nos médias ​sous les règnes​ Sarkozy puis Hollande, que ce soit à l’émission "C’est dans l’air" ou ailleurs. Les anti-guerre, communément assimilés en ce moment à des"Pro-Assad","​Pro-russes", « complotistes » ou « conspirationistes » de tout poil, ​ceux qui sont en fait ​en faveur d’un changement radical de notre politique étrangère va-en-guerre, pro-sioniste, pro-américaine et ultralibérale, n’y sont que rarement Invités ("Ce soir ou jamais" fut une exception à la règle, hélas ballotée d’une chaîne à une autre, prélude à sa disparition programmée)​.

    2. Une amnésie collective
    ​M. Boniface accepte-t-il​ les politiques de guerres menées par l’OTAN et ses supplétifs, validées très souvent par l’ONU à la solde des grandes puissances capitalistes militaro-industrialisées qui ont décidé de faire des pays non-alignés, riches en pétrole en gaz et en matières première, un enfer permanent et surtout le laboratoire de toutes les armes de pointes, y compris chimiques, celles-ci fabriquées au passage par ceux-là même qui diabolisent Assad et Poutine ?​

    3. La Diplomatie de connivence (parlons-en !)
    ​C’est celle qui consiste à dominer des peuples dignes, ​stables, dotés d’une grande culture, par l’argent roi, la Finance et le capital.
    ​Dans son livre La diplomatie de connivence (4 et 5), M Bertrand Badie décrit les instances internationales capitalistes qui ​sèment le chaos dans ce bas-monde et qui tentent de contrôler ses richesses. Il y pointe du doigt l’oligarchie diplomatique.
    M. Boniface se souvient-il encore du prix que les Géopolitiques de Nantes ont attribué à ce diplomate et analyste en 2014 pour son œuvre Le temps des humiliés-Pathologie des relations internationales (6) ?
    Ses analyses sont par ailleurs soigneusement rangées dans un placard par bon nombre d’intellectuels comme ceux de Mediapart, ​ou les journalistes du journal Le Monde ! Et Monsieur Boniface ?

    Aux oubliettes, les mensonges et les histoires des Armes de destruction massives et des Bébés-éprouvette de Saddam Hussein, qui ont permis l’invasion de l’Irak par les soldats américains et la destruction de toute une civilisation, la Mésopotamie ? (suivront un bon nombre de pays africains dont la Libye... puis le Yémen, la Syrie, des pays d’Amérique latine, bientôt la Turquie et l’Iran, quant à la Russie, nous y sommes déjà !)

    Jean de Gliniasty, directeur de recherche de l’IRIS, spécialisé dans les questions russes, y répond si bien dans la « La diplomatie au péril des valeurs » (7).
    « La diplomatie au péril des valeurs » – 3 questions à Jean de Gliniasty, par Pascal Boniface

    4. Assad mis au banc des accusés
    Assad serait-il suicidaire ?
    ​M. Boniface a-t-il été aveuglé au point de ne pas constater le succès grandissant de la diplomatie russe dans cette région mise à mal par les politiques de guerre du trio EU/France/GB, aidé en sous main par l’Allemagne​ ?
    Une diplomatie russe qui contrôle désormais des zones intégristes rebelles mettant fin à l’aventure de quelques mercenaires financés et sur-armés par les vassaux du Triplet alliés à l’Arabie Saoudite, à ​la Turquie, à ​Israël et autrefois au Qatar, a​lors qu’une coalition avec la Russie, pratiquement ignorée des médias,​ est menée par ailleurs étroitement avec l’Iran et ​la Turquie confrontée au risque de sécession kurde, et avec sur place ​les combattants Kurdes malmenés et bombardés par notre allié turc​ Erdogan quand il en a l’occasion et qui joue double jeu.

    Alors que des négociations de paix étaient en passe d’être signées en y intégrant le principal concerné, celui que les Syriens dans leur majorité ont choisi comme Président. Rappelons que 86% des votants ont confirmé leur Président le 2 juin 2014 à son poste, par delà toutes les accusations d’irrégularités proférées par les pays de l’OTAN. Au 2 juin 2014, la Syrie comptait environ 15 millions d’habitants sur les 22 que comptait le pays avant la campagne de déstabilisation.

    Pourquoi ce dernier larguerait-il des bombes chimiques, à ce moment précis ?
    Une question qui relève du bon sens,​ d’une évidence telle ​que n’importe quel citoyen ordinaire pourrait se la ​poser !
    ​Ceci alors que la coalition russo-syro-iranienne était en train de rétablir l’ordre et de contrôler les villes syriennes conquises par des groupuscules fanatiques, des recalés des temps modernes, lourdement armés par les industries pétrolières du Cac 40 et de Wall Street...​

    Pourquoi Assad ​irait-il se jeter dans la gueule du loup ?

    5- L’ingérence américaine et les manigances de Trump
    Gare aux armes chimiques !
    Le fait que le l’ultra-libéral, l’ultra-capitaliste, le populiste, le fasciste, le raciste anti-musulman, l’allié d’Israël et des Émirs et dernier Président des États-Unis d’Amérique ait retourné sa veste de milliardaire, qu’il ait déclaré avant son investiture que la paix en Syrie ne se fera pas sans Assad, qu’il ait trahi à son tour ses engagements avec le peuple qui l’a élu pour une autre politique étrangère, qu’il ait trahi son nouvel allié Poutine avec lequel il était sensé mener la guerre contre ce faux État qu’est Daech, ne pose pas de problème à Pascal Boniface qui soutient l’intervention de Trump contre une base militaire d’un État souverain, la Syrie d’Assad, me laisse perplexe !

    Le risque, à la suite de cette posture insupportable, n’est-il pas de donner carte blanche au complexe militaro-industriel occidental et Israélien pour l’utilisation de toute​s les ​autres armes de pointe et de destruction massives ?
    En clair, "ne nous préoccupons pas de qui a semé le chaos", mais "V​ous pouvez tout détruire avec des armes conventionnelles ou non, armes à Uranium appauvri, à phosphore, à fragmentation, au laser, etc., pourvu qu’elle​s ne soient pas chimiques ! Une​ limite à ne pas dépasser sous peine de bombardement intensif unilatéral dans les heures qui suivent !"

    Bien ! Il ne reste plus qu’à attendre qu’il soit démontré que les palestiniens soient victimes d’armes chimiques pour espérer l’intervention d’une coalition occidentale "démocratique" contre les bases militaires i​sraéliennes à haut risque, avec quelques bavures, pourquoi pas, sur des civils bien identifiés par les drones ! Une intervention qui serait "sans aucun doute" soutenue par les jubilateurs, BHL, Kouchner, Enselme, Barbier, Finkielkraut, Gluksmann fils, Fitoussi, Hollande, Sarkozy, Estrosi, Ménard et cie, Field, nos médias en général...​et maintenant Boniface, pour espérer enfin ​un arrêt total des crimes de guerre à Gaza, de la colonisation en Palestine, du pillage et de l’expropriation des paysans palestiniens, de la déportation de ces populations depuis la création de l’état sioniste et enfin le retour des réfugiés et expatriés, la restitution des territoires volés, du commerce des oliviers et l’application du droit international et de toute les résolutions de ce machin qu’est l’ONU.​ Kouchner pourrait enfin revendiquer son droit d’ingérence​ (8-9) pour la Palestine !

    ​Une mise en garde tout de même à M. Boniface : Dans les terres palestiniennes serait enfo​uie une arme d’une toute autre nature, la bombe H qui équivaudrait à 40 fois celles de Hiroshima et Nagasaki (10-11) .
    ​De Gaulle et JFK avant son assassinat, avaient dénoncé le programme nucléaire israélien.
    Il ne faut pas se tromper de priorité, la menace nucléaire israélienne est tout aussi condamnable que la détention d’armes chimiques, pour ne pas parler des dégâts occasionnés par leurs usages respectifs (12-13).
    Lire le livr​e Dénucléariser l’Iran et Israël, guide de l’AIEA

    6-La règle du​ "​deux poids deux mesures"​
    Le deux poids deux mesures dans le règlement des conflits des crises diplomatiques, et ​dans l’application du droit est tellement​ flagrante qu’elle semble ne même plus faire l’objet de débat parmi nos intellectuels, dont M. Boniface ?
    Ce qui s’applique aux pays pauvres ne s’applique pas aux pays riches, ce qui s’applique à l’Irak, la Syrie, le Yemen, l’Iran, les pays africains et d’Amérique latine, à la Yougoslavie, ne s’applique pas à Israël, à l’Arabie Saoudite et aux pays capitalistes destructeurs de civilisations.

    Pour conclure,

    ​Il me semble que M. Boniface devrait revenir aux fondamentaux de la géopolitique au lieu d’en survoler les manifestations les plus grossières, d’autant plus qu’il va aux conclusions sans passer par les preuves dans le cas de l’attaque chimique à Khan Cheikhoun le 4 avril dernier, imputée aux forces gouvernementales syriennes sans aucune preuve de nature impossible à contredire à ce jour, autrement dit sans aucune chaîne causale opposable dans une cour de justice quelle qu’elle soit, comme toutes les attaques précédentes dont nos médias partiaux ont toujours passés sous silence les très nombreux indices qui pointent vers les "rebelles", dont le rapport Postol-Brown cité par LePoint.

    D’ailleurs les accusations contre "le régime syrien" lors de l’attaque de Khan Cheikroun ont été elles aussi invalidées par Le chercheur du MIT Theodor Postol dans son dernier rapport du 18 avril 2017 (14).

    Et parmi ces fondamentaux, comment dire stop à ce "​terrorisme d’Etat" ourdi par l’alliance des pays OTAN-Golfe,​ afin qu’il
    ​s​cessent​de financer et de sur-armer les groupuscules fanatiques sur place ? D’autant que ce n’est pas nouveau : Souvenons-nous des camps afghans américains qui ont formé et entraîné les premiers Émirs du GIA algérien (cf. le​ documentaire de "La Marche du Siècle",​ de Jean-Marie Cavada sur la guerre en Afghanistan), et comment libérer nos sociétés du diktat des industries de l’armement qui nous monte les uns contre les autres ?

    Il est temps que les intellectuels français approfondissent leurs analyses au delà du discours du quai d’Orsay, et renouent avec la tradition française de médiateur avec l’Orient et de défenseur des droits de l’homme en dénonçant au moins autant les massacres initiés par l’OTAN que les exactions de gouvernements forts contre des opposants dont nous ignorons tout des motifs, des financeurs et des actes commis ou planifiés. Ainsi, nous ne savons toujours pas qui sont les snipers qui ont tiré les premiers lors des marches pacifiques depuis la campagne syrienne vers les villes en 2011. Les intellectuels français doivent recoller avec la vérité, par delà les effets de sidération que les médias déclenchent à la suite des gouvernements des pays OTAN."

    Pour toutes ces raisons, il est grand temps de sortir de l’OTAN ! Il existe d’ailleurs en France des partis politiques qui appellent aussi à s’affranchir de l’Atlantisme comme l’UPR de François Asselineau (15) et la FI de Jean-Luc Mélenchon (16-17).

    Pour moi, la solution, celle qui consiste à "libérer" la parole des intellectuels français, pourrait passer par le ralliement progressif des français au parti anti-guerre de Jean-Luc Mélenchon, la seule opposition dans le paysage politique actuel ou à certains "petits candidats" à l’élection présidentielle 2017. C’est ainsi qu’ils sont désignés par les médias de la finance et les
    ​"​nouveaux chiens de garde"​, qui tentèrent de les dissimuler à la société civile française jusqu’à être obligés par le CSA à
    jouer le jeu démocratique en les invitant certes, mais​ à la dernière minute grâce à la loi Urvoas aussi minimaliste qu’inéquitable.

    Le cas Asselineau est flagrant ! Ce "petit candidat", pourtant issu du même sérail que ceux qui nous gouvernent aujourd’hui, ​serait-il devenu fou pour avoir dénoncé les guerres capitalistes menées par des coalitions fièrement revendiquées par MM. Sarkozy puis Hollande, et ​pour avoir refusé le diktat américain, au point d’être taxé de pro-Assad, pro-russe voire complotiste ?

    Je constate désormais que le camp des n​on-alignés sur l’OTAN n’a plus la cote ! Pas un film, pas un roman, pas une oeuvre française qui ne démonte les mécanismes de la machine de guerre des pays OTAN maquillée en défenseur des droits de l’homme ! Pas un artiste qui remette en question le chant monocorde des partisans de la guerre !

    ​Faut-il faire ressusciter De Gaulle pour que nous retournions enfin à une diplomatie du bon sens au service d’une
    ​p​aix mondiale durable ? J’y ai cru un instant en assistant à une conférence de M. ​Asselineau à la Cité des
    ​Congrès à Nantes (18) qui présentait son programme présidentiel digne d’un chef d’Etat.​ Etonnant qu’un tel grand "​petit candidat"​soit justement ​méconnu de la "société civile",​ dont pourtant le nouvel élu de l’Elysée nous vante désormais sans cesse les vertus.
    Je constate ça et là une envie partagée du retour à l’intégrité, à la Diplomatie du respect​ et aux vraies valeurs de l’humanité fondées sur une conscience collective guidée par "des intellectuels intègres".

    ​Que ce soit une envie du retour au gaullisme initial issu du CNR, ou une manifestation de plus d’une nostalgie pour un "mythe de l’âge d’or" ​de ma part, une chose est certaine en ce qui me concerne, il faut coûte que coûte que ses détracteurs messieurs Sarkozy et Hollande et leurs hommes-liges) disparaissent de notre paysage politique pour espérer enfin un avenir viable et prometteur, un retour à la paix des braves telle que le préconise le Général (18)

    N Robin


    (1) http://m.leplus.nouvelobs.com/contribution/1152118-conflit-israel-palestine-la-lache-censure-de-mon-livre-p
    Conflit Israël/Palestine : la lâche censure de mon livre par les éditions Robert Laffont - le Plus
    LE PLUS. Est-il possible de critiquer Israël sans être accusé d’antisémite ? C’est la question polémique posée par Pascal Boniface, dans un livre publié en 2003 aux éditions Robert Laffont. Plus de 10 ans après, il a souhaité en rédiger une nouvelle
    http://referentiel.nouvelobs.com/wsfile/9741329129100.jpg
    http://referentiel.nouvelobs.com/wsfile/5981393495092.jpg

    (2) Saad Hariri — Wikipédia
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Saad_Hariri

    (3) https://www.youtube.com/watch?v=dcf1SzdICpU



    (4) Diplomatie de connivence et ordre international
    https://www.monde-diplomatique.fr/2011/10/GRESH/21089
    Diplomatie de connivence et ordre international
    par Alain Gresh (Le Monde diplomatique, octobre 2011) // Il n’est pas facile de déchiffrer l’ordre in...

    (5) "La Diplomatie de connivence", de Bertrand Badie
    http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/04/26/la-diplomatie-de-connivence-de-bertrand-badie_1513006_3260.html
    https://s.yimg.com/nq/storm/assets/enhancrV2/23/logos/lemonde.png
    "La Diplomatie de connivence", de Bertrand Badie
    L’auteur signe ici en théoricien des relations internationales son ouvrage le plus abouti sur l’évolution des relations internationales...

    (6) Le temps des humiliés. Pathologie des relations internationales
    Le Monde diplomatique, Octobre 2014, page 25
    Le temps des humiliés. Pathologie des relations internationales
    Bertrand Badie
    https://www.monde-diplomatique.fr/2014/10/GALY/50898
    Le temps des humiliés. Pathologie des relations internationales
    par Michel Galy (Le Monde diplomatique, octobre 2014) // Le politologue Bertrand Badie articule avec bonheur ...

    (7) « La diplomatie au péril des valeurs » – 3 questions à Jean de Gliniasty, par Pascal Boniface
    http://www.les-crises.fr/la-diplomatie-au-peril-des-valeurs-3-questions-a-jean-de-gliniasty-par-pa

    (8) La nomination de Kouchner ulcère Alger - Prochoix, la revue pour le droit de choisir
    http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/05/19/1593-la-nomination-de-kouchner-ulcere-alger-le-soir
    La nomination de Kouchner ulcère Alger - Prochoix, la revue pour le droit ...
    Prochoix est est une revue d’investigation, de réflexion et d’analyse au service de la défense des liber...

    ​(9) http://www.madaniya.info/2016/12/07/ingerence-humanitaire-droit-ingerence-contre-devoir-ingerence-2-4
    De l’ingérence humanitaire : Droit d’ingérence contre devoir d’ingérence 2/4
    PAR RENÉ NABA DÉCEMBRE 7, 2016

    (10) La bombe israélienne n’est plus un sujet tabou
    http://clesnes.blog.lemonde.fr/2010/04/13/la-bombe-israelienne-nest-plus-un-sujet-tabou

    (11) La bombe H, 10 à 100 fois plus puissante que la bombe A
    http://www.lefigaro.fr/sciences/2016/01/06/01008-20160106ARTFIG00245-la-bombe-h-10-a-100-fois-plus-puissante-que-la-bo
    Les différences entre une bombe-A et une bombe-H sont profondes, et permettent surtout de gagner en puissance tout en réduisant l’encombrement.

    (12) http://orientxxi.info magazine/denucleariser-le- proche-orient-l-iran-d-abord- israel-ensuite,0517

    (13) http://www.france-palestine. org/Denucleariser-le-Moyen- Orient

    (14) Attaque chimique en Syrie : le rapport qui dérange
    http://www.lepoint.fr/monde/attaque-chimique-en-syrie-le-rapport-qui-derange-19-02-2014-1793755_24.php
    Attaque chimique en Syrie : le rapport qui dérange
    Par Armin Arefi
    Une étude du prestigieux MIT affirme que le massacre chimique d’août 2013 a été perpétré depuis une zone reb...

    (15) https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Luc_M%C3%A9lenchon
    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b8/Melenchon%2C_6%C3%A8me_R%C3%A9publique_-_MG_6513_%28cropped%29.jpg

    (16) http://www.lemonde.fr/personnalite/jean-luc-melenchon/programme
    http://s1.lemde.fr/mmpub/personalities/17.jpg

    (17) Meeting de François ASSELINEAU à Nantes le 19/04/2017
    https://www.youtube.com/watch?v=Pp1one2zTw8

    (18) De Gaulle - La paix des braves.MP4
    https://www.youtube.com/watch?v=YxLf-IKwmRs



    De Gaulle - La paix des braves 23 octobre 1958

    • Pascal Boniface, né le 25 février 1956 à Paris, est un géopolitologue français.
      Fondateur et directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, il a traité de l’arme nucléaire, du conflit israélo-palestinien, et de géopolitique du sport — notamment dans le domaine du football...
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Pascal_Boniface

      Pascal Boniface
      Pascal Boniface est Directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et enseignant à l’Institut d’Etudes européennes de l’Université de Paris 8.
      Pascal Boniface dirige également La Revue internationale et stratégique (parution trimestrielle depuis 1991) et L’Année stratégique (parution annuelle depuis 1985).
      Il a écrit ou dirigé la publication d’une soixantaine d’ouvrages ayant pour thème les relations internationales, les questions nucléaires et de désarmement, les rapports de force entre les puissances, la politique étrangère française, l’impact du sport dans les relations internationales (il a développé le concept de géopolitique du sport), le conflit du Proche-Orient et ses répercussions en France. Nombre d’entre eux sont devenus des classiques réédités régulièrement et traduits dans plusieurs langues...
      http://www.iris-france.org/chercheurs/pascal-boniface
      http://www.iris-france.org/wp-content/uploads/2014/09/BONIFACE-Pascal-2.jpg

    • Les Crises
      « La diplomatie au péril des valeurs » – 3 questions à Jean de Gliniasty, par Pascal Boniface
      Source : Le Blog Mediapart, Pascal Boniface, 18-05-2017
      http://www.les-crises.fr/la-diplomatie-au-peril-des-valeurs-3-questions-a-jean-de-gliniasty-par-pa

      Jean de Gliniasty est directeur de recherche à l’IRIS, spécialiste des questions russes. Ancien ambassadeur de France au Sénégal, au Brésil et en Russie, il répond à mes questions à l’occasion de la parution de l’ouvrage : « La diplomatie au péril des valeurs : pourquoi nous avons eu tout faux avec Trump, Poutine et d’autres », aux éditions l’Inventaire.

      En quoi l’invocation des valeurs est-elle incompatible avec la défense de nos intérêts géopolitiques ?

      Nos valeurs constituent le socle de la société française et une base, à peu près partagée par tous en Europe Occidentale, sur laquelle s’édifie l’Union européenne. Mais cet héritage commun, condition de la construction européenne (les principes de Copenhague), ne permet pas pour autant une action efficace pour la paix et la stabilité dans le monde et plus particulièrement dans notre voisinage. Au contraire l’invocation permanente de nos valeurs dans notre action extérieure est perçue comme une immense hypocrisie camouflant des intérêts de puissance et nous conduit souvent à des erreurs d’analyse, sources d’affaiblissement de notre politique étrangère et de nouveaux troubles dans notre environnement géopolitique (Libye, Syrie, Ukraine…). C’est une véritable idéologie des relations internationales que l’on a appelée « néo-conservatisme » aux États-Unis et qui s’oppose à une vision raisonnée des rapports de force internationaux, des buts que nous devons poursuivre et des moyens pour y parvenir. Le droit d’ingérence, devenu la responsabilité de protéger, est une invention française qui a souvent été perçue, dans le monde arabe notamment, comme un nouvel esprit de croisade dès lors qu’il court-circuitait les processus intergouvernementaux, à l’ONU ou ailleurs, communément admis comme le seul moyen légal de régler les problèmes internationaux. La méfiance qu’il suscite affaiblit le message et risque de discréditer notre politique extérieure car nous sommes souvent obligés d’agir selon l’adage « deux poids, deux mesures » et d’épargner les puissants.

      Cette invocation des valeurs peut-elle être le masque d’une politique de puissance ?

      C’était sans doute le cas des États-Unis sous Georges W. Bush en Irak, qui voulait remodeler le Moyen-Orient au profit de son pays. Cela a été aussi le cas pour la France sous Napoléon où l’idéologie révolutionnaire coïncidait presque totalement avec les intérêts de puissance de la France. À l’heure actuelle, c’est plus ambigu. L’idéologie de l’interventionnisme au nom des droits de l’homme et de la démocratie, exacerbée par l’immédiateté de l’information et par les réactions émotionnelles de l’opinion publique, peut inspirer des actions irréfléchies. C’est aussi que la notion d’intérêt national a perdu de sa clarté : doit-on raisonner en Occidentaux, en Européens, en Français ? Dans l’incertitude, les « valeurs » font office de boussole : la politique qu’elles induisent est défendable devant l’opinion et suscite le consensus auprès de nos alliés. Donc, paradoxalement, l’invocation des « valeurs » peut aussi camoufler une démission, une renonciation par le gouvernement à son autonomie d’analyse et d’action.

      Vous mettez en lumière un danger potentiel de la réintégration dans l’OTAN qui passe inaperçu, « distraire les meilleurs cadres de notre armée d’un théâtre majeur pour la France : l’Afrique ». Pouvez-vous développer ?

      L’Afrique est un des derniers théâtres où les intérêts spécifiques de la France sont évidents et où notre pays a encore les « moyens de sa politique ». La stabilité et le développement de ce continent sont des facteurs importants pour l’avenir de notre pays (terrorisme, francophonie, migrations, relations commerciales…). Nos meilleurs soldats y ont été formés sur le terrain dans la connaissance des réalités locales et souvent dans l’expérience du combat. Traditionnellement, ils constituaient les hauts cadres de l’armée française et le « cursus » africain se retrouvait dans les parcours de nos chefs d’État-Major et de la plupart des titulaires de grands commandements. Il est à craindre que l’immense machine bureaucratique de l’OTAN ne suscite une nouvelle génération de cadres, imprégnés d’une pensée militaire formatée, auréolés d’une prétendue technicité et d’une expérience multilatérale assez standardisée et promis aux carrières les plus brillantes. Cette situation que connaissent la plupart de nos alliés risque de se produire en France. Elle marquerait une étape supplémentaire dans l’uniformisation de notre armée et, contrairement à ce que pensent ceux qui se réjouissent de cette évolution, un obstacle à la construction d’une défense européenne autonome.

      Source : Le Blog Mediapart, Pascal Boniface, 18-05-2017


  • « Punir. Une passion contemporaine », audacieuse enquête sur l’emballement carcéral

    http://www.lemonde.fr/livres/article/2017/01/04/surveiller-et-faire-souffrir_5057711_3260.html

    Le sociologue Didier Fassin enquête sur « la passion du châtiment » qui touche le monde entier et sur ce qu’il révèle.

    http://s1.lemde.fr/image/2017/01/04/644x322/5057710_3_cdae_l-ancienne-prison-saint-paul-a-lyon-2012_58d04d5017399f1dd860ff26fc3555a8.jpg

    Voici un ouvrage qui arrive après dix ans de recherches menées sur la police, la justice et la prison, dix années d’études empiriques qui font de Didier Fassin l’un des sociologues les plus au fait du fonctionnement de ces institutions, capable de mener des comparaisons internationales (notamment entre la France et les Etats-Unis), d’analyser des évolutions globales et d’exhumer des logiques souterraines. Dans La Force de l’ordre. Une anthropologie de la police des quartiers, puis L’Ombre du monde. Une anthropologie de la condition carcérale (Seuil, 2011 et 2015), il avait mis au jour la réalité des pratiques masquée par les discours, débusqué les croyances cachées derrière les certitudes.

    Avec Punir. Une passion contemporaine, son nouvel essai, il quitte le genre de l’enquête ethnographique pour un livre d’une autre nature, dont l’ambition est d’« interroger les fondements de l’acte de punir ». Court, resserré, celui-ci manifeste une ambition théorique. Disons d’emblée qu’il faut saluer l’entreprise, tant pour son audace intellectuelle que pour sa portée politique.
    La prison ne sert à rien

    Tout commence par un constat. Celui de la « passion contemporaine » pour le châtiment. Il suffit de regarder les chiffres de l’emballement carcéral. Tous les continents sont touchés par une inflation sans précédent : à titre d’exemple, pendant la décennie 1990, le nombre de personnes sous écrous double en Italie et aux Pays-Bas. L’entrée dans le XXIe siècle change peu la donne : le nombre de prisonniers augmente de 145 % en Turquie, de 115 % au Brésil. A l’échelle planétaire, c’est un fait majeur. Or il y a là un mystère, du moins une inconséquence : la prison ne sert à rien. Pire, elle aggrave la situation. De solution qu’était le châtiment, il est devenu problème, remarque judicieusement Didier Fassin, « à cause du prix qu’il fait payer [aux] familles et [aux] communautés, à cause du coût économique et humain qu’il entraîne pour la collectivité, à cause de la production et la reproduction d’inégalités qu’il favorise, à cause de l’accroissement de la criminalité et de l’insécurité qu’il génère, à cause enfin de la perte de légitimité qui résulte de son application discriminatoire ou arbitraire ».

    Bref, nous traversons un « moment punitif », qui voit une rétorsion inappropriée tenue pour seule issue possible. De cette séquence paradoxale, ni le droit ni la philosophie, disciplines que l’on convoque quand il est question de penser la peine, ne nous disent rien. C’est donc avec elles que le sociologue va batailler. Lui dit « dialoguer » : c’est en effet par un « dialogue critique » avec les définitions juridiques et philosophiques de la juste peine que le livre progresse, en convoquant deux types d’approche. La première est anthropologique (elle consiste à montrer que bien souvent ce qui devrait être n’est pas et que la réalité dément les principes avancés) et la seconde généalogique (elle tente de comprendre « comment on en est venu à punir comme on le fait aujourd’hui »).

    Une cruauté presque archaïque

    Alors, qu’est-ce que punir ? Essentiellement une chose, démontre Didier Fassin : l’infliction d’une souffrance. Cela ne va pas de soi, puisque certaines sociétés ont préféré d’autres formes de réparation. Aujourd’hui, néanmoins, la souffrance est le seul élément de la conception classique de la peine qui résiste à « l’épreuve empirique ». Au lecteur de rentrer dans l’argumentation méticuleuse ici déployée. Nous dirons pour notre part ce qui frappe : cette façon inédite de dévoiler la cruauté. Car personne ne tient vraiment à dénuder le châtiment des justifications juridiques et philosophiques dont il est paré. Quand Didier Fassin le fait, c’est après avoir constaté que « la rationalité n’épuise pas les raisons qui poussent les agents à punir ». Il exhume donc, armé des réflexions de Durkheim et de Nietzsche sur la sanction comme vengeance, une cruauté presque archaïque, « une pulsion, plus ou moins refoulée, dont la société délègue les effets à certaines institutions et professions ». Ça déborde. Et en conséquence, pourrions-nous ajouter, les prisons aussi.

    Sans compter que l’on punit toujours davantage alors même que le nombre de crimes et délits est en baisse. C’est bien à tout cela que se heurte l’idéal de la peine : à son absence de lien avec le taux de criminalité, à sa corrélation (troublante) avec la montée des inégalités, à l’inégale distribution sociale des peines – qui n’est pas un mince chapitre. La prison touche de façon disproportionnée les catégories les plus dévalorisées de la population : « Selon que vous serez puissant ou misérable », selon que l’on cible la consommation de cannabis ou l’abus de biens sociaux… En somme, à l’épreuve de cette puissante lecture ethnographique et généalogique, la peine n’est rien de ce que l’on voudrait qu’elle soit. Elle apparaît comme une manifestation crue de la violence politique à l’œuvre dans nos sociétés inégalitaires.

    Extrait de « Punir »

    « “Celui d’entre nous qui dit qu’il juge uniquement en fonction des faits et du détenu ne dit pas la vérité.” Commentant une série de peines de quartier disciplinaire récemment décidées pour des fautes mineures qui se sont produites dans un contexte de tensions au sein de l’établissement [pénitentiaire], [le directeur adjoint] ajoute que punir les prisonniers, même lorsqu’il est évident qu’ils n’ont fait que répondre aux provocations d’un agent, permet de satisfaire et d’apaiser le personnel : “Ça évite aux surveillants de vouloir se venger sur les détenus”, conclut-il sans ambages. (…)

    En m’en tenant à ces brefs récits, je veux montrer la difficulté de répondre à la question “pourquoi ­punit-on ?” dès lors qu’on est confronté non pas à des dilemmes imaginaires mais à des faits réels. »

    Punir, pages 100-101

    https://seenthis.net/messages/557439 via enuncombatdouteux


  • Le réseau John le Carré

    http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/10/19/le-reseau-john-le-carre_5016609_3260.html

    Il y a quelques années, caressant l’idée d’écrire une autobiographie, David Cornwell, alias John le Carré, engagea deux détectives. « Dénichez les témoins vivants et les preuves écrites, leur dit-il. Remettez-moi un dossier détaillé sur moi, ma famille et mon père, et je vous récompenserai. Je suis un menteur. Né dans le mensonge, éduqué au mensonge, formé au mensonge par un service dont c’est la raison d’être, rompu au mensonge par mon métier d’écrivain. » L’expérience tourna court. 10 000 livres sterling et quelques somptueux repas plus tard, les limiers durent avouer leur échec. Ils n’avaient rien trouvé, ou si peu.

    http://s1.lemde.fr/image/2016/10/19/644x322/5016607_3_fc00_john-le-carre-en-2001_d84f4545a8a8e12064a645010b784064.jpg

    Après ces détectives, ce fut au tour d’Adam Sisman, un véritable spécialiste de la biographie, de se mettre au travail. Son ouvrage s’appelle John le Carré. The Biography (Bloomsbury, 2015, non traduit). Le résultat est passionnant. Manque simplement la voix de celui que ­Philip Roth et Ian McEwan, pour ne citer qu’eux, considèrent comme l’un des plus grands écrivains contemporains.

    « Mon autobiographie, je l’ai faite de façon codée, a dit un jour le Carré. Les épisodes de ma vie sont plus ennuyeux, plus monotones que ma fiction. » Si le maître du roman d’espionnage ne succombera sans doute jamais à l’exercice convenu des Mémoires, voici pourtant qu’à tout juste 85 ans – il est né le 19 octobre 1931 à Poole dans le Dorset – il décide de lever un coin du voile en publiant Le Tunnel aux pigeons. Trente-huit chapitres à l’écriture serrée et à la première personne du singulier, qui fournissent quelques clés indispensables pour qui s’intéresse à l’auteur de L’Espion qui venait du froid. En voici quatre.

    Philby

    L’espionnage et la littérature marchent de pair, écrit le Carré. « Tous deux exigent un œil prompt à repérer le potentiel transgressif des hommes et les multiples rondes menant à la trahison. » « J’ai toujours été obnubilé par Philby », ajoute-t-il. Rien qu’en Europe de l’Est, des dizaines, voire des centaines d’agents britanniques furent emprisonnés, torturés et exécutés à cause de lui. Pour quelles raisons Kim Philby (1912-1988), qui était le patron du contre-espionnage au MI6, accepta-t-il d’être enrôlé par le KGB ? « Il fut poussé à trahir son pays par une addiction à la duplicité, analyse le Carré. Ce qui a pu commencer comme un engagement idéologique est devenu une dépendance psychologique, puis un besoin pathologique. Un seul camp ne lui suffisait pas ; il avait besoin du monde comme terrain de jeu ».

    Dans Le Tunnel aux pigeons, le Carré rapporte les confidences en forme d’aveu que lui fit Nicholas ­Elliott, ami, confident et collègue de Philby, lorsqu’il le rencontra pour la dernière fois à Beyrouth. Plus tard, c’est sous le coup de ce récit pour le moins aseptisé et trompeur que le Carré entreprit d’écrire L’Espion qui venait du froid (Gallimard, 1964) et La Taupe (Robert Laffont, 1977).

    Ronnie

    « Il m’a fallu de longues années avant d’arriver à écrire sur Ronnie l’escroc, le mythomane, le repris de justice et par ailleurs mon père. » Pour la première fois, le Carré fait le portrait de ce personnage extraordinaire (1906-1975) dont, plus tard, il s’inspirera pour le personnage de Tiger Single, dans Single & Single (Seuil, 1999). Un chapitre entier, le plus long, joliment intitulé « Le fils du père de l’auteur », relégué à la toute fin du livre parce que, « ne lui en déplaise, je ne voulais pas qu’il s’impose en haut de l’affiche ». Ces quelques pages permettent de comprendre une des principales clés intimes de le Carré : « A l’adolescence, nous sommes tous plus ou moins des espions, mais moi, j’étais déjà surentraîné. Quand le monde du secret vint me chercher, j’eus l’impression de revenir chez moi. »

    Flamboyant, bienveillant, toxique et imprévisible, Ronnie connaissait toutes les astuces du monde pour gruger les financiers. Changeant de nom comme de femme, il pouvait, écrit le Carré, « vous inventer une histoire à partir de rien, y inclure un personnage qui n’existait pas en vrai et vous faire miroiter une occasion en or quand il n’y en avait pas ». Se souvenant de ce que disait Graham Greene – « L’enfance est le fonds de commerce du romancier » –, le Carré ajoute : « De ce point de vue-là, je suis né millionnaire ».

    Avec un père pareil, tout ne fut pas rose. Un jour qu’il était à New York sans le sou, Ronnie rejoignit son fils qui, dans un restaurant chic de la ville, fêtait l’accueil triomphal réservé à L’Espion qui venait du froid. Et que croyez-vous que fit ensuite Ronnie ? Il appela le service commercial de la maison d’édition américaine, commanda deux cents exemplaires du livre en les débitant sur le compte de l’auteur, et les signa de sa main avec son propre nom pour les distribuer en guise de carte de visite professionnelle !

    Smiley

    Amateurs de le Carré, passez votre chemin. Vous n’apprendrez pas grand chose dans Le Tunnel aux pigeons sur George Smiley, son plus célèbre personnage. Pour en retracer la biographie, il faudra vous replonger dans les huit romans où il apparaît, en particulier L’Appel du mort (Gallimard, 1963), où figure une courte biographie du maître espion anglais. « C’est un gentleman, a dit un jour le Carré de son héros. Un amateur de poésie allemande, cultivé, digne, humain. Exactement le personnage que j’aurais aimé être. Lorsque je l’ai créé, je me sentais socialement désorienté et privé de modèles parentaux auxquels me raccrocher. J’ai donc inventé ce père de substitution qui est aussi mon mentor secret. »

    Dans Chandelles noires (Gallimard, 1963), il décrit ainsi Smiley : « Il ressemble à un crapaud, s’habille comme un bookmaker et je donnerais mes deux yeux pour avoir un cerveau comme le sien. » Il faudra attendre la fabuleuse trilogie – La Taupe, Comme un collégien et Les Gens de Smiley (Robert Laffont, 1974, 1977, 1980) – pour que Smiley, tout à sa lutte contre Karla, le maître espion soviétique, son double antithétique, donne la pleine mesure de son génie.

    Pivot

    Surprise : le 31e chapitre s’appelle « La cravate de Pivot ». Récit d’un fameux numéro d’« Apostrophes », c’est avant tout un magnifique hommage à son animateur. « A voir Pivot faire son numéro en direct devant un public qui tombe en pâmoison, écrit le Carré, on comprend aisément comment il a réussi quelque chose qu’aucun autre homme de télévision sur cette planète n’est même vaguement parvenu à imiter. » Il ajoute : « De toutes les interviews que j’ai données, et que j’ai souvent regrettées, celle-ci restera à jamais gravée dans mon cœur. »
    Quant à la fameuse cravate dont l’histoire est narrée dans le livre, ­Pivot l’a toujours. » C’est ma plus ancienne et la plus précieuse, nous a-t-il confié. Elle est bleue avec de petits points rouges. Je la mets parfois. Elle me donne la sensation d’être un agent secret. »

    De fait : quel lecteur n’a pas, un jour, rêvé d’être l’espion d’un roman de John le Carré ?

    https://seenthis.net/messages/535060 via enuncombatdouteux


  • Dalva - Jim Harrison (1988)
    http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/03/30/jim-harrison-lu-par-maylis-de-kerangal_4892531_3260.html
    https://www.10-18.fr/wp-content/uploads/Catalogue/9782264016126.jpg

    Dalva est un grand #roman continental. Mieux, Harrison, amoureux de son héroïne, invente une figure de femme-continent, majestueuse et hantée que l’on veut approcher au plus près, que je veux suivre à la trace. Sourcée par le savoir historique tout autant que par l’expérience de la nature, Dalva crée la synthèse d’un territoire sous la forme d’une trajectoire merveilleusement libre parce que délestée de l’ignorance du passé, une trajectoire qui ramasse sur son passage « une pêche en albâtre qu’un Brésilien m’avait donnée ; un corbeau empaillé assez décrépit, hérité de mon père ; une crécelle yaquie fabriquée avec un sabot de sanglier ; un collier de vraies perles qui avait appartenue à ma grand-mère ; un papillon péruvien dans sa boîte en verre ; un crâne de coyote blanc comme neige (…) Enfin, il y avait le collier de Duane que j’avais récupéré pendant un cauchemar. »

    Un #livre qui fait penser à L’art de la joie de Goliarda Sapienza (oui) [à la différence tout de même qu’il est écrit par un homme].

    https://seenthis.net/messages/510948 via Fil



  • "Le Vol de l’Histoire. Comment l’Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde", de Jack Goody : l’exception occidentale

    http://a.decitre.di-static.com/img/200x303/jack-goody-le-vol-de-l-histoire/9782070122387FS.gif

    Que s’est-il passé ? Depuis une dizaine d’années, la question du destin de l’Occident intéresse à nouveau les historiens, sur fond de « conflit des civilisations » et de montée des puissances asiatiques. Quels facteurs expliquent le développement exceptionnel de l’Europe au XVIe siècle ? Ces facteurs permettent-ils de prévoir un maintien de sa suprématie au moment où elle est contestée ?
    A l’instar de Bernard Lewis, qui a fait de cette question le titre d’un de ses ouvrages sur l’islam (Gallimard, 2002), les historiens montrent souvent que l’Europe possède quelque chose qui manque aux autres civilisations : la démocratie, l’individualisme, l’amour courtois. Ces valeurs éparses peuvent être réunies dans un ensemble cohérent, une « mentalité européenne », et liées au développement du capitalisme, dont l’esprit d’entreprise détache l’individu des liens traditionnels, comme l’ont illustré les travaux classiques de Max Weber, Karl Polanyi ou Fernand Braudel.
    En réaction à cette tendance, d’autres affirment que la supériorité de l’Occident est une invention qui a permis à l’Europe de justifier ses conquêtes. Ainsi de Martin Bernal rappelant les racines afro-asiatiques de la culture classique. Ou de Dipesh Chakrabarty, un des auteurs phares des études postcoloniales.
    L’anthropologue britannique Jack Goody renvoie dos à dos ces deux attitudes. S’il dénonce la justification de la guerre en Irak par l’introduction de la démocratie, il critique également les excès littéraires du postcolonialisme. Selon lui, la « supériorité » de l’Occident ne tient ni à une « mentalité européenne » qui résisterait à la contingence des événements, ni à un discours colonial que la globalisation effacerait comme une époque révolue. Elle tient plutôt à un ensemble de « technologies de l’intellect » que l’Europe a empruntées aux autres civilisations, et dont elle a fait un usage particulièrement retors : listes, catalogues, livres de comptes...

    L’oubli d’une dette

    D’où lui vient cette singularité ? La réponse de Goody peut s’énoncer ainsi : c’est parce qu’elle est intervenue au moment où l’Europe était en train de s’effondrer que la redécouverte des textes classiques a produit une « renaissance » ; cette effervescence a conduit à forger l’image d’une Antiquité idéale en occultant la conservation de ces mêmes textes en Orient.
    La Renaissance ne marque donc ni l’apparition d’une nouvelle mentalité ni l’invention d’un nouveau discours, mais un usage singulièrement intense des technologies d’information et d’échange. « Pourquoi ne pas reformuler la discussion sur l’avantage pris par l’Occident à l’époque moderne en des termes autres - ceux d’une intensification de l’activité économique et d’autres activités au sein d’un cadre à long terme qui serait celui du développement des villes et des activités de production et d’échange ? », demande-t-il. C’est ce que Goody appelle le « vol de l’Histoire », qui ne suppose pas une mauvaise intention mais plutôt l’oubli d’une dette.
    Cette méthode conduit l’anthropologue à regarder la « grande divergence » entre l’Orient et l’Occident - pour reprendre la formule de l’Américain Kenneth Pomeranz - depuis son expérience de terrain en Afrique. Au moment de l’indépendance du Ghana, Goody a pu observer l’effervescence qui accompagne l’appropriation des textes classiques. Il note que « lorsqu’en 1947 une université fut créée au Ghana - c’est-à-dire dans celui des Etats coloniaux africains qui sera le premier à accéder à l’indépendance - le premier département à employer un personnel entièrement africain fut celui des lettres classiques ».
    Une telle méthode doit beaucoup à l’héritage de Marx. Goody se réclame ici de deux historiens marxistes : Gordon Childe (1892- 1957), archéologue de « l’âge de bronze », et Perry Anderson, historien du féodalisme. Dans une telle optique, le « vol de l’Histoire » n’est ni le décollage d’une civilisation ni l’usurpation d’un pouvoir : c’est une série d’emprunts et de reprises dont l’issue reste imprévisible. Goody donne là une surprenante actualité à la phrase de Marx selon laquelle les hommes font l’histoire sans savoir qu’ils la font.

    Frédéric Keck

    http://www.lemonde.fr/livres/article/2010/10/14/le-vol-de-l-histoire-comment-l-europe-a-impose-le-recit-de-son-passe-au-rest

    http://seenthis.net/messages/481782 via Le Bougnoulosophe

    • La supériorité de l’occident ne serait-elle pas exclusivement militaire ? Car au niveau politique, le pouvoir est détenu par des multinationales éparpillées et pas forcément solidaires, sauf quand elle défendent des intérêts communs.
      On a d’ailleurs peut être tort de confondre ce pouvoir avec les fameux « intérêts américains ».


  • Mort du mangaka Shigeru Mizuki, raconteur de l’indéchiffrable
    http://www.lemonde.fr/livres/article/2015/11/30/mort-du-mangaka-shigeru-mizuki-raconteur-de-l-indechiffrable_4820781_3260.ht
    http://s1.lemde.fr/image/2015/11/30/644x322/4820775_3_9f97_2015-11-30-9360d4f-18111-1qive5x_63cacabc6448918deb85f828b6d4b2bf.jpg

    Le monde des yôkaï, ces petites créatures surnaturelles issues de l’imaginaire collectif nippon, est en deuil. Il vient de perdre l’un de ses principaux démiurges : Shigeru Mizuki, mort lundi 30 novembre, à l’âge de 93 ans. Il était l’un des auteurs de manga les plus vénérés au Japon. Son œuvre, d’une simplicité n’ayant d’égale que son exigence, mêle chronique familiale et histoire contemporaine, réflexions philosophiques et envolées fantastiques. Elle raconte également, en creux, les mutations du Japon au XXe siècle à travers une série d’albums autobiographiques où l’humour le dispute au tragique.

    #bande_dessinée #manga

    http://seenthis.net/messages/434621 via baroug


  • Bande dessinée : « Le Piano oriental »

    Musicien à ses heures dans le Beyrouth immuable de l’avant-guerre civile (1975-1990), Abdallah Kamanja vient d’apprendre que le fabricant autrichien de piano Hofmann est intéressé par l’invention qu’il vient de mettre au point : un instrument « bilingue » pouvant jouer des quarts de ton et faire ainsi le lien entre les musiques orientale et occidentale. Tarbouche sur la tête, Abdallah embarque sur le paquebot La Pierre de Rosette avec son ami Victor en direction de Marseille, puis Vienne. Une autre histoire démarre au même moment, toujours à Beyrouth, mais à l’époque actuelle : une jeune femme quitte son Liban natal pour s’installer en France, réalisant le rêve que son grand-père, ex-fonctionnaire de la République pendant le mandat français, n’a jamais pu accomplir. Récit-miroir sur le thème de la double culture, Le Piano oriental de l’illustratrice franco-libanaise Zeina Abirached sortira le 2 septembre chez Casterman. Nous prépublions ici les deux tiers de cet ouvrage au dessin foisonnant de signes et de symboles, lui aussi à la croisée des cultures.

    http://www.lemonde.fr/livres/visuel/2015/07/13/bande-dessine-le-piano-oriental-chapitre-1_4681238_3260.html#/chapters/02
    http://s1.lemde.fr/mmpub/edt/zip/20150720/102614/assets/images/planches/chapitre2/planche32.jpg

    #bande_dessinée #liban #immigration #double_culture