• « La #Grèce ne sera pas maîtresse de ses budgets » : malgré l’accord sur la dette grecque, le pays reste sous le contrôle de ses créanciers #UE #Austérité
    https://www.francetvinfo.fr/economie/crise/crise-europeenne/la-grece-ne-sera-pas-maitresse-de-ses-budgets-malgre-l-accord-sur-la-de

    « n’oublions pas que les privatisations vont se poursuivre : la quasi totalité des infrastructures de la Grèce ont été vendues. Les 15 meilleurs aéroports du pays ont été cédés à une société allemande, le port du Pirée a été vendu aux Chinois et maintenant c’est celui de Thessalonique qui est disputé entre les Chinois et d’autres. L’équivalent de la SNCF grecque a elle aussi été vendue à l’Italie et on assiste en ce moment à la vente à la découpe de DEI, l’EDF grec. »

    Accord sur la dette grecque : la fin d’un « long épisode dramatique » mais « encore des moments difficiles »
    https://mobile.francetvinfo.fr/economie/crise/crise-europeenne/accord-sur-la-dette-grecque-la-fin-d-un-long-episode-dramatique-

    Grèce : une annonce de réduction de dette en trompe-l’œil
    http://www.cadtm.org/Grece-une-annonce-de-reduction-de-dette-en-trompe-l-oeil

    Pourquoi le cauchemar grec est loin d’être terminé
    http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/08/24/31002-20180824ARTFIG00263-pourquoi-le-cauchemar-grec-est-loin-d-etre-termin

    "Comme l’explique le politologue belge François Foret, « l’euro constitue en lui-même un nouveau sacré européen justifiant tous les sacrifices économiques, sociaux et culturels »."

    "en quatre ans seulement, la BCE a réalisé 7,8 milliards de bénéfices sur les titres hellènes. Il est question depuis des années que ces sommes soient rétrocédées à la Grèce, mais on trouve toujours une excellente raison de ne pas le faire. L’Eurogroupe s’y est une nouvelle fois engagé au mois de juin de cette année, mais seulement pour les bénéfices sur les obligations grecques réalisées à partir de 2017, pas sur ceux réalisés les années précédentes. Par ailleurs, ces rétrocessions demeureront « conditionnées au maintien des réformes acceptées par la Grèce »"

    "insolvable, la Grèce l’est puisque son « stock de dette » n’a pas été allégé, contrairement à ce qui avait été promis à Tsipras en 2015 en échange de son acceptation du « troisième mémorandum »"

    "’est ce qu’expliquait Pierre Moscovici le 20 août : « La Grèce va pouvoir se financer seule sur les marchés et définir sa politique économique. C’est un pays totalement libre, mais il y a une surveillance renforcée ». Libre, mais sous surveillance renforcée ! « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force », écrivait Orwell dans 1984. Nous avons affaire à la même sémantique folle avec les dirigeants de l’Union européenne..."

    " comme le disait Klaus Regling, le patron allemand du MES dans une interview datée de juin 2018 au quotidien grec Ta Nea, un « système d’alerte précoce » demeurera en vigueur « jusqu’à ce que tout l’argent ait été remboursé », c’est-à-dire jusqu’en 2060. Il s’agira notamment de s’assurer de la poursuite de l’austérité car « la mise en œuvre des réformes est une tâche permanente. Ce n’est jamais fini. Et c’est vrai pour tous les pays du monde, pour tous les pays de l’Union européenne et, par conséquent, pour la Grèce »"

    "L’exemple grec témoigne du fait qu’on ne peut rompre avec l’austérité en demeurant dans le cadre supranational actuel. Celui qui essaie est immédiatement foudroyé et subit un sort proche de celui d’un pays vaincu et occupé."


  • Bataille d’Afrine : la trahison des Kurdes par les Occidentaux

    http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/02/09/31002-20180209ARTFIG00284-bataille-d-afrine-la-trahison-des-kurdes-par-les-

    Face à l’intervention turque et de ses alliés syriens, les Kurdes du canton d’Afrine qui résistent depuis plus de trois semaines, n’ont d’autre perspective que de vendre chèrement leur peau. En effet les forces russes, après négociations avec la Turquie, ont quitté l’enclave et les États Unis ne se sont pas opposés à l’offensive turque.

    http://i.f1g.fr/media/figaro/805x453_crop/2018/02/09/XVMde632bf8-0dbb-11e8-a078-08d943ba6803.jpg

    Les forces alliées syriennes de la Turquie ne sont, pour l’essentiel, rien d’autre que des djihadistes, soit de « l’État Islamique », soit d’autres organisations aux idéologies similaires. Ces alliés sont qualifiés d’« Armée Syrienne Libre », - une entité plus ou moins fantôme aujourd’hui - et l’intervention militaire turque s’appelle « rameau d’olivier ». On a beau être une dictature, les apparences sont respectées avec une pointe d’humour noir.

    Les Kurdes de Syrie constituent un mouvement politico-militaire, qui depuis plusieurs années s’est battu contre l’Organisation de l’État Islamique. Il est discipliné et hautement motivé (comme j’ai pu le constater sur le terrain en 2016), avec une importante participation de combattantes, à la fois par choix politique et sociétal mais aussi pour permettre de quasiment doubler les forces armées d’une communauté minoritaire. Leur efficacité est perçue haineusement par les mâles d’une société où la femme est considérée comme un objet, ainsi que le démontrent les exactions commises à l’encontre de cadavres féminins.

    Par Gérard Chaliand

    https://seenthis.net/messages/668749 via enuncombatdouteux


  • Les pourparlers de l’axe de paix (Russie, Syrie, Iran, Turquie) à Genève, boudés par le 20h des chaînes françaises, est-ce vraiment une désillusion ?

    http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2017/12/06/31002-20171206ARTFIG00145-syrie-la-desillusion-des-pourparlers-de-paix-a-ge

    Syrie : « Les négociations de Genève sont une comédie »
    Par une journaliste du Figaro Eugénie Bastié 06/12/2017

    FIGAROVOX/ENTRETIEN - Les pourparlers de Genève sur la Syrie, sous l’égide de l’ONU, ont commencé. Alors que l’engagement des Occidentaux recule dans la région, la Russie de Poutine occupe le premier plan des négociations diplomatiques. Le décryptage de Frédéric Pichon.

    Frédéric Pichon est un géopolitologue, spécialiste du Moyen-Orient. Auteur d’une thèse de doctorat sur la Syrie et

    chercheur associé à l’Université de Tours, il a publié Syrie : Pourquoi l’Occident s’est trompé (éd. Éditions du Rocher, 2014) et Syrie, une guerre pour rien (éditions du Cerf, 2017)
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    FIGARO/VOX.- Les pourparlers de Genève ont commencé. Quel est l’objectif de ces négociations ? L’opposition syrienne a-t-elle encore du poids et de la crédibilité ? Le départ d’Assad est-il encore une priorité ?
    Frédéric PICHON.- Les négociations de Genève sont une comédie et pas seulement depuis cette session. D’un côté, les émissaires de Damas font du « tourisme politique » car ils savent que l’opposition est fragmentée, impuissante et n’a pas d’articulation militaire décisive sur le terrain. D’autre part, l’opposition continue de réclamer comme préalable le départ d’Assad. En 2012, on pouvait à la rigueur le comprendre. Mais en 2017, c’est un manque de réalisme confondant. Comment voulez-vous que cela aboutisse à quelque chose ? En réalité, tout cela s’est déjà joué en partie à Astana en décembre 2016 et à Sotchi en novembre 2017. Quand Poutine invite par surprise Assad à l’ouverture de sa rencontre avec les Présidents turcs et iraniens, le message est pourtant très clair : il fait partie de l’équation, qu’on le veuille ou non. Et tout le monde le sait, y compris en Arabie Saoudite et à Paris. C’est d’autant plus cruel et pathétique pour les opposants qui sont vraiment les acteurs d’une tragi-comédie.
    Nous actionnons les leviers émotionnels de la diabolisation de Bachar el Assad, tandis qu’il se promène entre Damas et Sotchi et que Poutine réunit Rohani et Erdogan et parle à Netanyahu.
    C’est d’un accord entre la Turquie, la Russie, l’Iran et la Syrie que sortira un cadre que l’on peut deviner à peu près : pas de départ d’Assad avant au moins 2021, date de la fin de son mandat (qu’il pourra renouveler théoriquement jusqu’en 2028) ; organisation d’élections incluant des listes d’ « opposants » (plus ou moins proches de Moscou) et promulgation d’une nouvelle constitution faisant davantage de place à une forme de décentralisation. Tout le reste n’est que spéculations destinées à combler par de l’activisme diplomatique l’impuissance totale des chancelleries occidentales. Nous voilà réduits à actionner les leviers émotionnels de la diabolisation de Bachar el Assad via Arte et Le Monde, tandis qu’il se promène tranquillement entre Damas et Sotchi et que Poutine réunit Rohani et Erdogan et parle à Netanyahu.
    Quelle est la situation sur le terrain en Syrie ? Le pays est-il en train de devenir un protectorat russe ou bien est-il de plus sous influence iranienne ?
    Si l’on regarde en termes de troupes et de matériels au sol, ce sont les Iraniens (Pasdarans) et leurs supplétifs (milices chiites irakiennes ou Hazaras afghans) qui sont les plus nombreux. Mais il n’y a pas -officiellement- de bases iraniennes en Syrie. Or les Russes ont la base navale de Tartous, celle de Mheimim et implantent une base d’écoute supplémentaire dans le désert syrien (en plus de celle de Kassab) : ils sont là pour un demi-siècle. Ils ont été les seuls à déployer leur aviation et leurs systèmes anti-aériens en Syrie. Politiquement, ils sont plus influents que l’Iran en Syrie, comme le reconnaissent certains responsables syriens qui s’en félicitent d’ailleurs. Je ne crois pas à un « grand remplacement » iranien ou chiite en Syrie comme le brandissent certains illuminés. Les Syriens restent nationalistes et ce ne sont pas les quelque 400 000 chiites syriens qui risquent de submerger la démographie syrienne, majoritairement sunnite. Cela dit, plus que jamais, la Syrie est un élément de continuité territoriale dans le dispositif iranien qui se déploie vers la Méditerranée. Téhéran cherche à en faire un élément de plus en plus imbriqué, y compris au niveau économique et énergétique.
    Autrefois, les guerres se décidaient à Washington, Paris ou Londres, les paix se signaient à Genève ou Camp David. Astana et Sotchi viennent d’entrer dans les annales diplomatiques.
    Les Occidentaux ont-ils défini perdu la main en Russie ?
    L’Occident est mort en Syrie. Si nous ne l’avons pas encore compris, les mois qui viennent vont se charger de nous l’apprendre. Nous n’avons su poser ni les mots ni les actes sur ce conflit inédit. Autrefois, les guerres se décidaient à Washington, Paris ou Londres, les paix se signaient à Genève ou Camp David. Astana et Sotchi viennent d’entrer dans les annales diplomatiques. Et pour longtemps.
    Les Etats-Unis sont-ils en train d’abandonner la région ?
    L’administration américaine a beaucoup reculé sur le dossier syrien depuis 2013. Les programmes d’aide aux rebelles ont été supprimés. Les Kurdes des Syrian Democratic Forces, armés et entraînés par Washington vont faire les frais de ce désengagement. Actuellement, Washington veut encore rester dans le Nord Est, jusqu’en 2021 au moins, pour être sûr qu’Assad partira bien et que la reconstruction n’aura pas lieu avec lui. Mais il peut arriver plein de choses d’ici là : on sait comment faire partir les petits contingents étrangers dans la région. Et puis Trump n’est pas à l’abri d’un départ précipité de la Maison Blanche… Quant à la France, elle ne pèse plus grand-chose faute de Realpolitik.
    La France a-t’elle encore une partition à jouer dans l’après-conflit et la reconstruction ou bien est-elle définitivement hors-jeu ?
    Le Président Macron a semblé montrer une forme de rupture avec ses prédécesseurs. Il n’a de cesse depuis son élection que de rappeler l’irresponsabilité des politiques néoconservatrices et le manque de prudence dans les dossiers libyen et syrien. Emmanuel Macron a utilisé des mots très forts comme par exemple lorsqu’il a déclaré : « On ne m’a pas encore présenté le successeur légitime de Bachar el Assad ». Mais ce ne sont que des mots.
    Via le Qatar, la France se rapproche de l’Iran et pourrait rééquilibrer sa relation avec l’Arabie.
    Sur le dossier syrien, de toute façon la France n’a quasiment aucun levier direct. En revanche, il semble que la politique française dans le Golfe soit en train d’évoluer et que cela pourrait avoir un impact sur la Syrie : via le Qatar, la France se rapproche de l’Iran et pourrait rééquilibrer sa relation avec l’Arabie qui après avoir détruit le Yémen et « kidnappé » le Premier ministre libanais, a terriblement perdu son crédit. Quant aux contrats d’armements français, peu ont été honorés et ce que Manuel Valls présentait comme mirifique s’avère très congru, depuis que Washington a tout raflé au printemps dernier.
    Des millions de réfugiés sont encore à l’extérieur de la Syrie, notamment au Liban. Leur retour en Syrie est-il envisageable ? Sous quelles conditions ?
    Beaucoup de Syriens commencent à revenir de Turquie et de Jordanie notamment. Au Liban, près d’1,5 millions attendent que la stabilité revienne. Mais ne nous faisons pas d’illusions : beaucoup ne sont pas les bienvenus et ne reviendront jamais. Même chez les loyalistes, la question du service militaire empêche encore des milliers de jeunes gens de revenir. La paix et la réconciliation ne sont pas pour demain. En tous les cas, il est évident que les Européens sont face à un dilemme : la position française officielle est d’empêcher que l’aide à la reconstruction ne transite par les organes du gouvernement syrien, afin de ne pas légitimer Bachar el Assad. Mais alors, c’est prendre le risque de ralentir le retour des réfugiés et même, par le biais du regroupement familial, c’est prendre le risque d’augmenter encore leurs effectifs en Europe. Or Federica Mogherini, encouragée par certains pays d’Europe centrale comme ceux du « groupe de Visegrad » ne tient à ce que la situation ne pourrisse. Les prochaines semaines seront déterminantes.


  • Seance déprogrammée. Merci Johnny !
    France 2 jeudi. 7 décembre : "Syriennes violées"
    ou comment saboter les pourparlers en cours à Genève

    http://www.telerama.fr/television/a-voir-sur-telerama.fr,-syrie-le-cri-etouffe,-un-documentaire-exceptionnel-

    En rappel
    Syrie : reprise mardi des pourparlers de Genève
    http://www.liberation.fr/planete/2017/12/01/syrie-t-mardi-des-pourparlers-de-geneve_1613897

    Une coïncidence qui fait réagir.
    https://www.legrandsoir.info/a-propos-des-50-000-syriennes-emprisonnees-et-violees-dans-syrie-le-cr

    Même le Monde se prête au jeu !
    Le contraire m’aurait d’ailleurs étonné ! Le Monde fidèle à lui-même. Sa kouchnerisation toujours d’actualité ! Je me souviens de ses positions extrêmes durant la guerre d’Irak. Une calamité ! Même posture en ce qui concerne la guerre en Syrie ! Let’s have a look.

    http://mobile.lemonde.fr/syrie/article/2017/12/05/en-syrie-le-viol-etait-le-maitre-mot_5224603_1618247.html

    Publié Le 05.12.2017 à 06h30
    « En Syrie, le viol était le maître mot »
    Avant la diffusion sur France 2 d’un documentaire sur les violences sexuelles perpétrées pendant la guerre civile syrienne, « Le Monde » publie le témoignage de Hasna Al-Hariri, 54 ans, victime de la folie du régime de Bachar Al-Assad.
    Par ANNICK COJEAN
    Temps de lecture : 11 min
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    EXTRAIT

    La prison centrale de la ville d’Alep (Syrie). SYRIAN PERSPECTIVE AD NETWORK
    C’est un crime silencieux. Un crime massif, fondé sur l’un des tabous les mieux ancrés dans la société traditionnelle syrienne. Un crime perpétré depuis les premiers mois de la révolution, au printemps 2011, et qui se perpétue dans les nombreux centres de détention gérés par le régime de Bachar Al-Assad : le viol, une arme de guerre. Le Monde avait publié, le 6 mars 2014, une enquête d’Annick Cojean, titrée « Le viol, arme de destruction massive », pour laquelle la journaliste avait collecté et croisé de nombreux témoignages de femmes ayant subi des sévices sexuels dans les geôles syriennes et s’exprimant pour la première fois.

    Cette fois, c’est un film, Syrie, le cri étouffé, réalisé par Manon Loizeau et coécrit avec Annick Cojean, avec l’aide de Souad Wheidi, diffusé en décembre sur France 2 dans le cadre d’une soirée consacrée à la Syrie, qui donne la parole à ces femmes doublement victimes : du régime, donc, mais aussi de leurs propres familles, prêtes à les bannir, voire à les tuer, lorsqu’elles sortent de détention. La culture et la tradition patriarcales sont implacables : le viol déshonore l’ensemble de la famille, voire le clan, le quartier, toute une communauté. L’injustice est ainsi à son comble : la femme est coupable d’être victime, ou supposée victime, puisque la simple détention dans un centre de « renseignement » équivaut aujourd’hui à une présomption de viol.

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  • http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/07/31/31002-20140731ARTFIG00381-dominique-de-villepin-lever-la...
    https://plus.google.com/102134628904684381650/posts/XY8TpYPh44S

    http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/07/31/31002-20140731ARTFIG00381-dominique-de-villepin-lever-la-voix-face-au-massa FIGAROVOX/EXCLUSIF- Dans une tribune publiée dans Le Figaro, l’ancien premier ministre s’inquiète du silence de la France face à l’escalade de la violence entre Israéliens et Palestiniens. Il appelle de ses vœux une interposition de l’ONU.


  • Très bien De Villepin.
    En 2014 déjà ! L’histoire se répète.
    NRobin

    http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/07/31/31002-20140731ARTFIG00381-dominique-de-villepin-lever-la-voix-face-au-massa

    Dominique de Villepin : « Lever la voix face au massacre perpétré à Gaza »
    Mis à jour le 01/08/2014
    http://www.atlasinfo.fr/photo/art/grande/7569176-11681680.jpg?v=1426357236
    FIGAROVOX/EXCLUSIF- Dans une tribune publiée dans
    Le Figaro, l’ancien premier ministre s’inquiète du silence de la France face à l’escalade de la violence entre Israéliens et Palestiniens. Il appelle de ses vœux une interposition de l’ONU.
    Dominique de Villepin est avocat. Il a été ministre des Affaires étrangères et premier ministre de Jacques Chirac.
    Lever la voix face au massacre qui est perpétré à Gaza, c’est aujourd’hui, je l’écris en conscience, un devoir pour la France, une France qui est attachée indéfectiblement à l’existence et à la sécurité d’Israël mais qui ne saurait oublier les droits et devoirs qui sont conférés à Israël en sa qualité d’État constitué. Je veux dire à tous ceux qui sont tentés par la résignation face à l’éternel retour de la guerre qu’il est temps de parler et d’agir. Il est temps de mesurer l’impasse d’une France alignée et si sûre du recours à la force. Pour lever le voile des mensonges, des omissions et des demi-vérités. Pour porter un espoir de changement. Par mauvaise conscience, par intérêt mal compris, par soumission à la voix du plus fort, la voix de la France s’est tue, celle qui faisait parler le général de Gaulle au lendemain de la guerre des Six-Jours, celle qui faisait parler Jacques Chirac après la deuxième intifada. Comment comprendre aujourd’hui que la France appelle à la « retenue » quand on tue des enfants en connaissance de cause ? Comment comprendre que la France s’abstienne lorsqu’il s’agit d’une enquête internationale sur les crimes de guerre commis des deux côtés ? Comment comprendre que la première réaction de la France, par la voix de son président, soit celle du soutien sans réserve à la politique de sécurité d’Israël ? Quelle impasse pour la France que cet esprit d’alignement et de soutien au recours à la force.
    Je crois que seule la vérité permet l’action. Nous ne construirons pas la paix sur des mensonges. C’est pour cela que nous avons un devoir de vérité face à un conflit où chaque mot est piégé, où les pires accusations sont instrumentalisées.
    L’État israélien se condamne à des opérations régulières à Gaza ou en Cisjordanie, cette stratégie terrifiante parce qu’elle condamne les Palestiniens au sous-développement et à la souffrance, terrifiante parce qu’elle condamne Israël peu à peu à devenir un État ségrégationniste, militariste et autoritaire.
    Ayons le courage de dire une première vérité : il n’y a pas en droit international de droit à la sécurité qui implique en retour un droit à l’occupation et encore moins un droit au massacre. Il y a un droit à la paix qui est le même pour tous les peuples. La sécurité telle que la recherche aujourd’hui Israël se fait contre la paix et contre le peuple palestinien. En lieu et place de la recherche de la paix, il n’y a plus que l’engrenage de la force qui conduit à la guerre perpétuelle à plus ou moins basse intensité. L’État israélien se condamne à des opérations régulières à Gaza ou en Cisjordanie, cette stratégie terrifiante parce qu’elle condamne les Palestiniens au sous-développement et à la souffrance, terrifiante parce qu’elle condamne Israël peu à peu à devenir un État ségrégationniste, militariste et autoritaire. C’est la spirale de l’Afrique du Sud de l’apartheid avant Frederik De Klerk et Nelson Mandela, faite de répression violente, d’iniquité et de bantoustans humiliants. C’est la spirale de l’Algérie française entre putsch des généraux et OAS face au camp de la paix incarné par de Gaulle.
    Il y a une deuxième vérité à dire haut et fort : il ne saurait y avoir de responsabilité collective d’un peuple pour les agissements de certains. Comment oublier le profond déséquilibre de la situation, qui oppose non deux États, mais un peuple sans terre et sans espoir à un État poussé par la peur ? On ne peut se prévaloir du fait que le Hamas instrumentalise les civils pour faire oublier qu’on assassine ces derniers, d’autant moins qu’on a refusé de croire et reconnaître en 2007 que ces civils aient voté pour le Hamas, du moins pour sa branche politique. Qu’on cite, outre les États-Unis, un seul pays au monde qui agirait de cette façon. Même si les situations sont, bien sûr, différentes, la France est-elle partie en guerre en Algérie en 1995-1996 après les attentats financés par le GIA ? Londres a-t-elle bombardé l’Irlande dans les années 1970 ?
    Troisième vérité qui brûle les lèvres et que je veux exprimer ici : oui il y a une terreur en Palestine et en
    Il n’y a pas de partenaire en Palestine car les partisans de la paix ont été méthodiquement marginalisés par la stratégie du gouvernement d’Israël. La logique de force a légitimisé hier le Hamas contre le Fatah. Elle légitime aujourd’hui les fanatiques les plus radicaux du Hamas voire le Djihad islamique.
    Cisjordanie, une terreur organisée et méthodique appliquée par les forces armées israéliennes, comme en ont témoigné de nombreux officiers et soldats israéliens écœurés par le rôle qu’on leur a fait jouer. Je ne peux accepter d’entendre que ce qui se passe en Palestine n’est pas si grave puisque ce serait pire ailleurs. Je ne peux accepter qu’on condamne un peuple entier à la peur des bombardements, à la puanteur des aspersions d’« eau sale » et à la misère du blocus. Car je ne peux accepter qu’on nie qu’il y a quelque chose qui dépasse nos différences et qui est notre humanité commune.
    Il n’y a aujourd’hui ni plan de paix, ni interlocuteur capable d’en proposer un. Il faut tout reprendre depuis le début. Le problème de la paix, comme en Algérie entre 1958 et 1962, ce n’est pas « comment ? », c’est « qui ? ».
    Il n’y a pas de partenaire en Palestine car les partisans de la paix ont été méthodiquement marginalisés par la stratégie du gouvernement d’Israël. La logique de force a légitimisé hier le Hamas contre le Fatah. Elle légitime aujourd’hui les fanatiques les plus radicaux du Hamas voire le Djihad islamique. Se passer de partenaire pour la paix, cela veut dire s’engager dans une logique où il n’y aurait plus que la soumission ou l’élimination.
    Il n’y a plus de partenaire pour la paix en Israël car le camp de la paix a été réduit au silence et marginalisé. Le peuple israélien est un peuple de mémoire, de fierté et de courage. Mais aujourd’hui c’est une logique folle qui s’est emparée de son État, une logique qui conduit à détruire la possibilité d’une solution à deux États, seule envisageable. La résignation d’une partie du peuple israélien est aujourd’hui le principal danger. Amos Oz, Zeev Sternhell ou Elie Barnavi sont de plus en plus seuls à crier dans le désert, la voix couverte par le vacarme des hélicoptères.
    Il n’y a plus non plus de partenaire sur la scène internationale, à force de lassitude et de résignation, à force de plans de paix enterrés. On s’interroge sur l’utilité du Quartette. On désespère de la diplomatie du carnet de chèques de l’Europe qui se borne à payer pour reconstruire les bâtiments palestiniens qui ont été bombardés hier et le seront à nouveau demain, quand les États-Unis dépensent deux milliards de dollars par an pour financer les bombes qui détruisent ces bâtiments.
    Face à l’absence de plan de paix, seules des mesures imposées et capables de changer la donne sont susceptibles de réveiller les partenaires de leur torpeur. C’est au premier chef la responsabilité de la France.
    Le deuxième outil, c’est la justice internationale. L’urgence aujourd’hui, c’est d’empêcher que des crimes de guerre soient commis. Pour cela, il est temps de donner droit aux demandes palestiniennes d’adhérer à la Cour pénale internationale, qui demeure aujourd’hui le meilleur garant de la loi internationale.
    Le premier outil pour réveiller la société israélienne, ce sont les sanctions. Il faut la placer devant ses responsabilités historiques avant qu’il ne soit trop tard, tout particulièrement à l’heure où il est question d’une opération terrestre de grande envergure à Gaza. Cela passe par un vote par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution condamnant l’action d’Israël, son non-respect des résolutions antérieures et son non-respect du droit humanitaire et du droit de la guerre. Cela signifie concrètement d’assumer des sanctions économiques ciblées et graduées, notamment pour des activités directement liées aux opérations à Gaza ou aux activités économiques dans les colonies. Je ne crois guère aux sanctions face à des États autoritaires qu’elles renforcent. Elles peuvent être utiles dans une société démocratique qui doit être mise face aux réalités.
    Le deuxième outil, c’est la justice internationale. L’urgence aujourd’hui, c’est d’empêcher que des crimes de guerre soient commis. Pour cela, il est temps de donner droit aux demandes palestiniennes d’adhérer à la Cour pénale internationale, qui demeure aujourd’hui le meilleur garant de la loi internationale. C’est une manière de mettre les Territoires palestiniens sous protection internationale.
    Le troisième outil à la disposition de la communauté internationale, c’est l’interposition. À défaut de pouvoir négocier une solution, il faut l’imposer par la mise sous mandat de l’ONU de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem Est, avec une administration et une force de paix internationales. Cette administration serait soumise à de grands périls, du côté de tous les extrémistes, nous le savons, mais la paix exige des sacrifices. Elle aurait vocation à redresser l’économie et la société sur ces territoires par un plan d’aide significatif et par la protection des civils. Elle aurait également pour but de renouer le dialogue interpalestinien et de garantir des élections libres sur l’ensemble de ces territoires. Forte de ces résultats, elle appuierait des pourparlers de paix avec Israël en en traçant les grandes lignes.
    Nous n’avons pas le droit de nous résigner à la guerre perpétuelle. Parce qu’elle continuera de contaminer toute la région. Parce que son poison ne cessera de briser l’espoir même d’un ordre mondial. Une seule injustice tolérée suffit à remettre en cause l’idée même de la justice.
    Dominique de Villepin

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    Dominique de Villepin


  • Quand le FN s’inspire d’un intellectuel édité par le libéral Marcel Gauchet
    https://reporterre.net/Quand-le-FN-s-inspire-d-un-intellectuel-edite-par-le-liberal-Marcel-Gauc

    Reporterre a découvert le nom de l’auteur du discours sur l’environnement prononcé par Marine Le Pen fin janvier. Il s’agit d’Hervé Juvin, essayiste édité par Marcel Gauchet, éminent intellectuel libéral. Qui se commet lui-même dans une revue d’extrême-droite. Quelle perméabilité y a-t-il entre l’intelligentsia et le parti d’extrême droite ? C’est ce que nous avons cherché à comprendre. C’est l’histoire de Reporterre qui va à la conférence de Marine Le Pen sur la « France durable », un soir d’hiver, le 26 (...)

    #Info

    / #Culture_et_idées, #Politique

    « https://www.lesechos.fr/14/04/2008/LesEchos/20151-061-ECH_pourquoi-il-faut-produire-le-monde.htm »
    « http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/07/04/31002-20140704ARTFIG00161-herve-juvin-le-malheur-identitaire-est-plus-grave »
    « http://www.lemonde.fr/recherche/?keywords=herv%C3%A9+juvin&page_num=1&operator=and&exclude_keywords=&qt=rech »
    « https://www.franceculture.fr/personne/herve-juvin »
    « http://www.francetvinfo.fr/replay-radio/un-monde-d-idees/herve-juvin-je-suis-un-decu-de-l-europe_1761893.html »
    « https://www.tvlibertes.com/2017/01/06/13116/zoom-juvin-revolution-desir »
    « http://cerclearistote.com/tag/herve-juvin »
    « http://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/nddl-marine-le-pen-est-contre-mais-respectera-le-oui-du-vote-4819659 »
    « https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_remplacement »
    « http://www.liberation.fr/debats/2016/03/23/l-insaisissable-monsieur-gauchet_1441543 »
    « http://www.tommydessine.com »


  • Donald Trump à la Maison-Blanche : pourquoi ce qui paraissait invraisemblable est arrivé
    http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2017/01/20/31002-20170120ARTFIG00220-donald-trump-a-la-maison-blanche-pourquoi-ce-qui-
    http://i.f1g.fr/media/figaro/orig/2017/01/20/XVMac36788a-df25-11e6-9208-249a9a26b21d.jpg

    Comme les #perdants de la #mondialisation sont majoritaires, il était vraisemblable que le Brexit et Trump puissent l’emporter. Il était d’autant plus vraisemblable que Trump l’emporte que l’électorat de H. Clinton était très concentré géographiquement (côte ouest et New-York) et que donc le mode de scrutin indirect favorisait Trump. Finalement (et malheureusement pour nous), c’est toujours le monde anglo-saxon qui est pionnier dans le monde occidental. En 1989, Thatcher et Reagan ouvraient le bal de la globalisation. Aujourd’hui, le Brexit, Theresa May et sa défense de l’industrie britannique, la percée de Sanders et la victoire de Trump sonnent la fin de la partie.

    #classes

    https://seenthis.net/messages/563414 via Agnès Maillard


  • http://tv-programme.telecablesat.fr/p/148668077/hier-aujourd-hui-demain.html
    Mercredi 16 novembre 2016 23h55 France 2
    Présenté par : Frédéric Taddeï.

    Invités : Dominique de Villepin, Claudine Cohen, Alain Corbin, Georges Vigarello, Catherine Larrère, Eloi Laurent, Julien Brygo, Olivier Cyran.

    Résumé : Sur Twitter via #HAD. Sur le plateau, Frédéric Taddeï reçoit l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin pour son livre « Mémoire de paix pour temps de guerre ». Et avec Claudine Cohen Alain Corbin, Georges Vigarello, Catherine Larrere, Eloi Laurent, Julien Brygo, Olivier Cyran, Thierry Aschrift et Hector Obalk.

    • http://i.f1g.fr/media/figaro/1280x580_crop/2016/11/13/XVM6ffb1f00-a9cf-11e6-a681-5cfa72a17503.jpg
      http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/11/13/31002-20161113ARTFIG00171-dominique-de-villepin-la-diplomatie-francaise-est
      Dominique de Villepin : « La diplomatie française est dans l’impasse »
      FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - L’ancien premier ministre publie un essai foisonnant où se mêlent l’expertise géopolitique et une méditation sur le pouvoir et son exercice. Pour lui, la dilution de l’État, l’économisme et le juridisme nous entraînent de plus en plus souvent à choisir la solution militaire. Il s’étonne de l’atonie de la diplomatie française et considère que l’élection de Donald Trump nous offre une chance historique de sursaut. Il plaide pour l’utilisation d’un outil trop souvent sacrifié : la politique.

      LE FIGARO. - Doit-on être inquiet de l’élection de Donald Trump ?

      Dominique DE VILLEPIN. - Nous entrons dans une période d’incertitude. La montée du populisme aux États-Unis comme en Europe porte la marque de la montée en puissance des passions politiques que sont la colère et la peur. Les États démocratiques sont soumis à cette pression extrêmement vive et ne parviennent pas y faire face. C’est le grand défi contemporain. C’est un défi que nous pouvons cependant relever. Les solutions existent et nous pouvons choisir le sursaut.

      Comment ?
      ...


  • A propos de la Syrie,
    L’ONU, ce "machin" selon De Gaulle et il a bien raison, joue encore aux bébés éprouvettes de Sadam Hussein
    http://tempsreel.nouvelobs.com/l-enquete-de-l-obs/20130308.OBS1260/l-incroyable-histoire-du-mensonge-qui-a-permis-la-guerre-en-ira

    La guerre en Syrie, selon Caroline Galactéros, un point de vue très intéressant.

    http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/10/11/31002-20161011ARTFIG00146-caroline-galacteros-la-decision-de-vladimir-pouti

    Caroline Galactéros : « La décision de Vladimir Poutine humilie la diplomatie française »

    Par
    Mis à jour le 11/10/2016 à 17:26
    Publié le 11/10/2016 à 13:09

    FIGAROVOX/TRIBUNE - Vladimir Poutine a annoncé qu’il reportait sa visite à Paris où il devait rencontrer François Hollande. Pour Caroline Galactéros, cette décision n’est que la suite logique d’un amateurisme complet de la France en Syrie et ailleurs dans le monde.

    Docteur en Science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros dirige le cabinet d’intelligence stratégique « Planeting ». Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a publié Manières du monde. Manières de guerre (Nuvis, 2013) et Guerre, Technologie et société (Nuvis, 2014).

    Découvrant, mais un peu tard, que la guerre tue, qu’elle est laide, injuste et sans pitié, et surtout que l’on pourrait un jour peut-être, au tribunal de l’Histoire, venir demander à Paris des comptes sur son inaction face au drame - à moins que ce ne soit sur ses actions et ses options politiques-, la France a pris les devants. Accusant avec l’ONU le régime syrien et la Russie de crimes de guerre à Alep, elle a déposé en hâte un projet de résolution au Conseil de Sécurité des Nations Unies demandant l’arrêt des combats et des bombardements sur l’est de la ville (dont elle feint de croire qu’il n’est peuplé que de civils innocents qui resteraient là de leur propre gré et que la Russie et le régime pilonneraient par pure cruauté), l’acheminement de l’aide humanitaire et la reprise du processus de négociation.

    Que dire de cette initiative, apparemment inspirée par une indignation vertueuse face au drame bien réel vécu par la population d’Alep-Est ?

    Que dire de cette initiative, apparemment inspirée par une indignation vertueuse face au drame bien réel vécu par la population d’Alep-Est, à un moment où la tension russo-américaine monte dangereusement et peut faire craindre un dérapage militaire sur le terrain que certains, à Washington et à l’OTAN, appellent ouvertement de leurs vœux ? S’agit-il d’une nouvelle salve d’irénisme aveugle et de « pensée magique », funeste version 2016 de « Boucle d’or au Pays des trois ours » découvrant une intrusion dans sa maisonnette idyllique ? Ou d’une gesticulation habile mais dangereuse qui n’a pour but, en prétendant débloquer la situation, que de jouer les utilités au profit de Washington en fossilisant un peu plus les positions des deux camps qui s’affrontent désormais ouvertement sur le corps exsangue de la nation syrienne ? Difficile de démêler la part de négation du réel de celle de l’alignement sur ce que l’on présente comme « le camp du Bien » …et de nos intérêts nationaux, si mal évalués pourtant.

    Ce cinéma diplomatique vient évidemment de se solder par un véto russe, attendu par Paris, Londres et Washington qui veulent faire basculer l’indignation internationale contre Moscou.

    Ce cinéma diplomatique vient évidemment de se solder par un véto russe, attendu par Paris, Londres et Washington qui veulent faire basculer l’indignation internationale contre Moscou à défaut de mettre en cohérence leurs objectifs politiques et militaires avec leur prétendue volonté de paix. Mais prendre la tête du chœur des vierges ne suffit pas et ne trompe plus personne. L’évidence crève l’écran. « L’Occident » ne mène pas la guerre contre l’islamisme sunnite ou alors de façon très résiduelle : il le nourrit, le conseille, l’entraine. DAECH, dont la barbarie spectaculaire des modes d’action sert d’épouvantail opportun et de catalyseur de la vindicte occidentale, permet de juger par contraste « respectable » l’avalanche de djihadistes sunnites d’obédience wahhabite ou Frères musulmans qui ne combattent d’ailleurs pas plus que nous l’Etat islamique mais s’acharnent sur le régime syrien. Et l’Amérique comme la France cherchent avec une folle complaisance, dans ce magma ultraviolent, des interlocuteurs susceptibles d’être intronisés comme « légitimes » et capables de remplacer un autocrate indocile qui a le mauvais goût de résister à la marche de l’Histoire version occidentale et à la vague démocratique censée inonder de ses bienfaits un Moyen-Orient politiquement arriéré.

    Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, cruels tyrans sans doute, n’ont pu y résister et croyaient encore pouvoir argumenter avec leurs adversaires occidentaux (longtemps leurs alliés) quand leur sort était en fait scellé depuis longtemps. Bachar el Assad a bien failli y passer lui aussi. Mais à notre grand dam, Moscou a vu dans cette nouvelle guerre occidentale de déstabilisation par procuration, une occasion inespérée de sécuriser ses bases militaires, de défier l’Amérique qui la méprisait trop ouvertement, de regagner une influence centrale dans la région et de traiter « à la source » le terrorisme qui menace son territoire et ses marges d’Asie centrale et du Caucase. Et l’a saisie.

    La France s’est trompée du tout au tout et démontre qu’elle pratique admirablement le grand écart stratégique... aux dépens toutefois, de nos concitoyens.

    Dans ce Grand jeu explosif de reconfiguration de l’équilibre du monde et notamment du nouveau duel cardinal, celui de Washington avec Pékin, la France, je le crains, s’est trompée du tout au tout et démontre à la face du monde mais surtout à l’ennemi - qui observe notre incohérence diplomatique et politique-, qu’elle pratique admirablement le grand écart stratégique... aux dépens toutefois, de nos concitoyens. Comment justifier en effet notre combat au Mali contre les djihadistes sunnites, notre soutien en Irak aux chiites contre les sunnites, et en Syrie notre appui aux groupuscules sunnites les plus extrémistes contre Bachar el Assad...tout en prétendant profiter du marché iranien entre ouvert ….et vendre des armes aux Saoudiens et Qataris sunnites qui sont by the way les financiers du djihadisme mondial dont nous subissons la haine et la violence terroriste sur notre sol désormais à un rythme soutenu ? C’est de l’opportunisme à très courte vue, mais plus encore un hiatus stratégique béant et la manifestation d’une totale incompréhension du réel.

    De telles contradictions ne peuvent s’expliquer que par notre entêtement à vouloir en finir avec le régime syrien dont nul n’imaginait qu’il résisterait si longtemps.

    De telles contradictions ne peuvent s’expliquer que par notre entêtement à vouloir en finir avec le régime syrien actuel dont nul n’imaginait qu’il résisterait si longtemps aux feux croisés de l’Amérique et de ses alliés sunnites. L’exigence américaine - reprise à son compte par Paris - d’une cessation des bombardements aériens sur Alep-Est « pour raisons humanitaires » aurait permis en fait de laisser les islamistes de la ville (soit rien moins qu’Al Nosra et consorts) se refaire une santé militaire en se servant des civils comme de boucliers humains, de poursuivre leurs tirs d’obus sur la partie ouest de la ville et d’empêcher Damas et Moscou de faire basculer décisivement le rapport de force militaire en faveur de l’Etat syrien dans le cadre d’une négociation ultime. Qui a d’ailleurs fait échouer le cessez le feu signé le 9 septembre dernier à Genève ? Les groupes terroristes qui n’en voulaient pas et les Etats-Unis qui ont bombardé les forces syriennes à Deir el Zor et ouvert la voie aux forces de l’Etat Islamique. Encore un accord de dupes.

    L‘action stratégique ne peut prendre en compte que des mouvements et des processus, quand toute l’attention médiatique et politicienne se concentre sur la souffrance et le sort des personnes.

    Temps court versus temps long, individu versus groupe, froideur politique versus empathie médiatique (sélective) : on se refuse à voir, dans nos démocraties molles, que la véritable action stratégique, pour être efficace, ne peut prendre en compte que des nombres, des masses, des ensembles, des mouvements, des processus, quand toute l’attention médiatique et la gestion politicienne des crises, elles, veulent faire croire que l’individu est central et se concentrent sur la souffrance et le sort des personnes, alors que celles-ci sont depuis toujours et sans doute pour encore longtemps sacrifiées à la confrontation globale et brutale entre Etats. Les images terrifiantes de la guerre au quotidien masquent la réalité d’un affrontement sans scrupules de part et d’autre, dont en l’espèce les malheureux Syriens ne sont même plus les enjeux mais de simples otages.

    Si Assad, « bourreau de son propre peuple » selon l’expression consacrée, était finalement militairement et politiquement mis hors-jeu, par qui compte-on le remplacer ?

    L’impensé du discours français n’en reste pas moins le suivant : si Assad, « bourreau de son propre peuple » selon l’expression consacrée, était finalement militairement et politiquement mis hors-jeu, par qui compte -on le remplacer ? A qui sera livrée la Syrie, « utile » ou pas, une fois que DAECH en aura été progressivement « exfiltré » vers d’autres macabres « territoires de jeu », en Libye par exemple ? Quelle alternative pour la survie des communautés, notamment chrétiennes, encore présentes dans le pays qui passe par la survie des structures laïques d’Etat ? Quels individus veut-on mettre au pouvoir ? Les pseudo « modérés » qui encombrent les couloirs des négociations en trompe l’œil de Genève ? Le Front al Nosra, sous son nouveau petit nom - Fateh al Sham -, que les Américains persistent à soutenir en dépit des objurgations russes et qui a fait exploser le cessez-le feu ? Ou peut-être certains groupuscules désormais armés de missiles américains TOW qui n’attendent qu’un « go » pour tenter de dézinguer un avion ou un hélico russe, « par erreur » naturellement ? Ou encore les représentants des Forces démocratiques syriennes, ou ceux de « l’Armée de la Conquête » qui renait opportunément de ses cendres… Ou un mixte de tous ces rebelles - apprentis démocrates férus de liberté et qui libèreront enfin le peuple syrien du sanglant dictateur qui le broyait sous sa férule depuis trop longtemps ?

    « Anne, ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ? je ne vois que l’herbe qui verdoie et la terre qui poudroie »

    Croit-on sérieusement que l’on pourra contrôler une seule minute ces nouveaux « patrons » du pays qui se financent dans le Golfe -dont nous sommes devenus les obligés silencieux-, et dont l’agenda politique et religieux est aux antipodes de la plus petite de nos exigences « démocratiques » ? Ne comprend-on pas qu’ils vont mettre le pays en coupe réglée, en finiront dans le sang avec toutes les minorités, placeront les populations sunnites sous leur contrôle terrifiant, et que tout processus électoral sera une mascarade et ne fera qu’entériner une domination communautaire et confessionnelle sans appel ? … « Anne, ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ? je ne vois que l’herbe qui verdoie et la terre qui poudroie » … Quelle naïveté, quelle ignorance, quelle indifférence en fait !

    L’interview accordée le 5 octobre dernier par notre ministre des Affaires étrangères à la veille de son départ pour Moscou à Yves Calvi sur LCI est à cet égard, un morceau de bravoure édifiant, qui escamote la réalité et brosse un paysage surréaliste du conflit et de ce qu’il faudrait y comprendre et en attendre.

    Florilège et exégèse….

    « La guerre ne sert à rien. Elle ne fait que renforcer les djihadistes »
    Jean-Marc Ayrault

    « La guerre ne sert à rien. Elle ne fait que renforcer les djihadistes »

    Est-ce à dire qu’il faut les laisser faire, leur donner les clefs du pays et prier peut-être, pour qu’ils ne massacrent pas les minorités qui y demeurent encore et instaurent la démocratie ? Faut-il ne plus agir en espérant qu’ils vont s’arrêter ? De qui se moque-t-on ? Adieu Boucle d’Or. Nous sommes au Pays des rêves bleus de Oui-Oui…

    Les Russes, qui se disent satisfaits de l’efficacité de leurs frappes contre les terroristes d’Alep-Est « sont cyniques » … Qui est cynique ici ? Celui qui déforme la réalité d’un affrontement pour ne pas avouer qu’il est (avec d’autres) à la manœuvre d’une déstabilisation d’Etat par des groupuscules terroristes liés à Al-Qaïda (matrice de Daech) sous couvert d’aspiration à la démocratie ? Ou ceux qui cherchent à réduire l’emprise djihadiste et à renforcer des structures d’Etat laïques avec ou sans Bachar ?

    « La politique de la France est claire… Nous avons une stratégie, une vision. »
    Jean-Marc Ayrault

    « La politique de la France est claire… Nous avons une stratégie, une vision. »

    Ah ?! Laquelle ? Nous avons depuis 5 ans une politique étrangère à contre-emploi et à contre temps, réduite à deux volets : action humanitaire et diplomatie économique. En gros vendre des armes à tout prix aux pays sunnites, les aider à faire la guerre et à s’emparer du pouvoir à Damas… et porter des couvertures aux victimes de cet activisme économico-militaire : les Syriens.

    En dépit de l’excellence de nos forces armées, de la présence du Charles de Gaulle sur zone et de nos missions aériennes soutenues, Paris n’est diplomatiquement et stratégiquement plus nulle part en Syrie, et depuis longtemps. Par dogmatisme, par moralisme, par notre parti pris immodéré pour les puissances sunnites de la région, nous nous sommes engouffrés dans un alignement crédule sur la politique américaine qui s’est en plus retourné contre nous dès l’été 2013, lorsque Barack Obama a dû renoncer à frapper directement Damas au prétexte d’un usage d’armes chimiques qui n’a d’ailleurs jamais été confirmé. Un camouflet d’autant plus lourd à porter que notre ancien ministre des affaires étrangères avait jugé bon, dès août 2012, de dire que « Bachar el Assad ne méritait pas d’être sur terre » et, en décembre 2012, « qu’Al Nosra faisait du bon boulot ». L’Etat Français a d’ailleurs été poursuivi - en vain à ce jour -pour ces déclarations ministérielles qui ont de facto encouragé le prosélytisme islamiste et le terrorisme en présentant le départ pour la Syrie à des apprentis djihadistes français comme une œuvre politique salutaire, avec les résultats que l’on connait sur le territoire national. N’en déplaise à Monsieur Ayrault, la France n’est ni écoutée, ni considérée, ni attendue sur le dossier syrien. Elle en est réduite à servir de go between entre Washington et Moscou lorsque ceux-ci ne peuvent plus se parler et qu’il faut faire semblant, une fois encore, de rechercher un compromis et d’amener Moscou à lever le pied d’une implication trop efficace à notre goût.

    « Si le choix est entre Bachar et DAECH, il n’y a pas de choix. »
    Jean-Marc Ayrault

    « Si le choix est entre Bachar et Daech, il n’y a pas de choix. »

    Mais c’est pourtant le cas, ne nous en déplaise. Nous combattons l’Etat islamique pour la galerie, sans grande conviction ni détermination politique, de très haut, par des frappes qui sans présence terrestre demeurent symboliques. Pour Moscou, au contraire, il n’existe pas « d’islamistes modérés » ; combattre le terrorisme revient à combattre l’EI mais aussi ses avatars locaux innombrables à tout prix, y compris au prix de pertes civiles importantes. Et c’est aujourd’hui la Russie qui, dans les airs mais aussi au sol, avec l’Iran et le régime syrien, « fait la guerre », se bat contre le terrorisme islamiste qui menace tout l’Occident, gangrène nos vieilles sociétés repues et pacifiques et nous prend pour cible. Ils « font le job ». Un horrible job. Dans l’immédiat, il faut choisir entre le soutien à l’Etat syrien - que le régime d’Assad incarne-, et DAECH et Cie.

    Voici décrite…la Syrie d’avant la guerre ! Ce terrifiant carnage n’aurait-il donc été qu’un coup d’épée dans l’eau ?

    Le sommet est atteint à la fin de l’intervention ministérielle, lorsque l’on apprend que « la Syrie future devra être unitaire, avoir des structures étatiques stables, être protectrice de toutes ses minorités, mettre en place des institutions solides, contrôler son armée et ses Services… » (sic) ! Les bras nous en tombent. Voici décrite…la Syrie d’avant la guerre ! Ce terrifiant carnage n’aurait-il donc été qu’un coup d’épée dans l’eau ?

    François Hollandes’interroge publiquement dans une émission de divertissement, devant l’animateur Yann Barthes sur TMC, de l’opportunité de recevoir Vladimir Poutine à Paris.

    Mais le pire était à venir. Ce matin, nous avons franchi un nouveau seuil dans le ridicule et le suicide politique. Au moment où il est d’une extrême urgence de se parler enfin à cœur ouvert, de dire la vérité, d’abandonner les poses et les anathèmes, de ne plus se tromper d’ennemi, de faire front commun - comme l’ont proposé les Russes depuis des lustres -, contre l’islamisme qui a décidé notre perte et s’esclaffe de notre ahurissante naïveté et de notre faiblesse, le président de la République française s’interroge publiquement, de bon matin, dans une émission de divertissement, devant l’animateur Yann Barthes sur TMC, sur l’opportunité de recevoir Vladimir Poutine à Paris le 19 octobre prochain ! « P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non … » La réponse de Moscou à cette insulte ne s’est pas fait attendre : le Président russe ne viendra pas. Nous sommes au fond du fond du fond de l’impuissance politique et l’on se laisse couler, saisis par l’ivresse des profondeurs en croyant surnager.

    Hauteur de vue et profondeur de champ, véritable souci pour la souffrance humaine : la realpolitik est la solution, pas le mal. La confusion permanente entre l’Etat syrien et le régime syrien nourrit la guerre. C’est l’Etat qu’il faut aider à survivre à l’offensive islamiste au lieu d’encourager les mouvements terroristes à le déstructurer. Le sort de Bachar el Assad est à la fois central et accessoire. Si l’Etat syrien devait tomber sous la coupe de DAECH ou sous celle d’Al Nosra et de ses avatars, alors ce seront les massacres communautaires et le chaos. Qui aura alors des comptes à rendre pour les avoir laissé advenir ?

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    Caroline Galactéros

    • Cela n’excuse en rien les massacres en Syrie. Une diplomatie internationale honnête et sans connivence n’aurait pas permis de telles hécatombes dans le monde arabo-musulman.
      Un devoir de mémoire s’impose.
      L’incroyable histoire du mensonge qui a permis la guerre en Irak
      http://tempsreel.nouvelobs.com/l-enquete-de-l-obs/20130308.OBS1260/l-incroyable-histoire-du-mensonge-qui-a-permis-la-guerre-en-ira

      Rafid al-Janani
      ENQUÊTE. Les informations qui ont servi, il y a dix ans, de prétexte à l’invasion de l’Irak, sortaient de l’imagination d’un affabulateur.
      Vincent Jauvert Publié le 10 mars 2013 à 18h06

      C’est le plus grand mensonge de l’histoire de l’espionnage - le plus meurtrier aussi. Une mystification imaginée par un quidam qui a servi de prétexte principal à l’invasion de l’Irak, il y a dix ans. Cette extraordinaire affaire est apparue au grand jour le 5 février 2003, à l’ONU.

      Ce soir-là, dans un discours resté célèbre, le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, lançait au monde : « Il ne peut faire aucun doute que Saddam Hussein a des armes biologiques » et « qu’il a la capacité d’en produire rapidement d’autres » en nombre suffisant pour « tuer des centaines de milliers de personnes ». Comment ? Grâce à des « laboratoires mobiles » clandestins qui fabriquent des agents atroces tels la « peste, la gangrène gazeuse, le bacille du charbon ou le virus de la variole ». Sûr de son fait, le puissant Américain ajoute : « Nous avons une description de première main » de ces installations de la mort. Du moins, le croit-il.
      Le menteur de Bagdad
      Colin Powell lors de son célèbre discours à l’ONU, le 5 février 2003, présente « les preuves » sur les armes de destruction massive. (Sipa)

      La source de cette information effrayante, pièce maîtresse du procès de l’administration Bush contre Saddam Hussein, est, assure Powell aux Nations unies, un « transfuge [qui] vit à l’heure actuelle dans un autre pays, dans la certitude que Saddam Hussein le tuera s’il le retrouve ». Il s’agit d’"un témoin direct, un ingénieur chimiste irakien qui a supervisé l’un de ces laboratoires", « un homme qui était présent lors des cycles de production d’agents biologiques ». La bonne blague...
      Son nom de code « Curveball »

      Qui est exactement cet informateur si important ? En février 2003, seule une poignée de personnes une dizaine tout au plus - connaît sa véritable identité, son parcours et son lieu de résidence. Même Colin Powell n’est pas dans la confidence. On ne lui a fourni que son nom de code, « Curveball », et celui de son service traitant, le BND allemand. "A l’époque, je n’avais pas besoin d’en savoir plus, dit aujourd’hui l’ancien secrétaire d’Etat au « Nouvel Observateur ». Je pensais qu’évidemment la CIA l’avait interrogé et avait vérifié toutes ses allégations." Quelle erreur !
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      Dix ans plus tard, on connaît l’identité de cet Irakien qui a fourni le prétexte idéal à ces néo-conservateurs américains obsédés par Saddam Hussein : il s’appelle Rafid al-Janabi. Aux dernières nouvelles, il vit dans un petit appartement avec sa femme et ses deux fils, près de Karlsruhe, en Allemagne. « Le Nouvel Observateur » a reconstitué son histoire hors du commun grâce aux témoignages de plusieurs responsables américains de l’époque, aux rapports de commissions du Congrès sur l’affaire et aux rares interviews que Rafid al-Janabi a accordées ces derniers mois dans quelques médias allemands et anglo-saxons (il n’a jamais répondu à nos multiples demandes d’entretien).
      Le menteur de Bagdad
      Rafid al-Janabi (Capture d’écran BBC)

      Rafid débarque à l’aéroport de Munich en novembre 1999, trois ans avant le discours de Powell. Sorti d’Irak grâce à un passeur, ce solide gaillard a 31 ans et un faux passeport acheté, assure-t-il, à Rabat, au Maroc, l’une des étapes de son long périple vers l’Europe. Arrêté par la police allemande, il est immédiatement envoyé dans un centre d’hébergement pour demandeurs d’asile à Zirndorf, près de Nuremberg.

      Le jeune homme devient l’un des 60 000 Irakiens anonymes qui, en Bavière, attendent un titre de séjour permanent. Il comprend vite qu’il a peu de chances (une sur cinq exactement) d’en obtenir un, et encore, pas avant plusieurs années. Entre-temps, il devra végéter dans ce centre surpeuplé. A moins qu’il ne parvienne à sortir du lot.
      Premières révélations du petit chimiste

      Comme chaque demandeur d’asile, Rafid doit, dès son arrivée, raconter sa vie à un fonctionnaire du centre. « Je suis ingénieur chimiste, diplômé de l’université de Bagdad, dit-il. Je travaillais dans une usine de semences agricoles à Djerf al-Nadaf à 70 kilomètres de Bagdad. » A première vue, donc, un jeune Irakien comme tant d’autres, qui étouffait dans un pays écrasé par la dictature et les sanctions internationales. Au bout de quelques jours, il exige de voir un supérieur. Il a des révélations à faire. En réalité, déclare-t-il, les semences ne sont qu’une couverture, le site de Djerf al-Nadaf dépend non du ministère de l’Agriculture, mais de celui de la Défense. L’usine fait partie d’un vaste programme clandestin d’armes biologiques dont il connaît, confie-t-il, tous les détails. Il est prêt à les livrer.

      A Zirndorf, c’est le branle-bas de combat. On contacte les services de renseignement, au plus haut niveau. Rafid n’est plus interrogé par un fonctionnaire lambda, mais par un certain Dr Paul, qui se présente comme inspecteur de l’ONU, spécialisé en armes de destruction massive. En fait, c’est le chef de la division contre-prolifération du BND - une huile de l’espionnage.
      Un officier « tombé amoureux de sa source »

      Au début, cet officier expérimenté est très dubitatif, mais, au bout de quelques jours, il se laisse amadouer par Rafid. Au point de ne plus se méfier, de « tomber amoureux de sa source », comme on dit dans le jargon du renseignement. Le jeune Irakien, qui parle avec enthousiasme, en agitant les bras et en fumant cigarette sur cigarette, est si convaincant ! D’autant plus convaincant que les Occidentaux ne reçoivent plus d’informations sur l’Irak depuis que Saddam Hussein a expulsé les inspecteurs de l’ONU un an auparavant.

      A son officier traitant, Rafid assure qu’il est sorti major de sa promotion à l’université de Bagdad en 1994 et que, de ce fait, il a été secrètement embauché, dès la fin de ses études, par la commission de l’industrie militaire, le saint des saints du pouvoir, dirigé par un gendre de Saddam Hussein. « J’ai d’abord travaillé au centre Al-Hakam », dit-il en passant. Al-Hakam ! Le nom fait sursauter Dr Paul. C’est là qu’une équipe des Nations unies chargée de traquer les armes interdites en Irak, l’Unscom, a découvert, quelques années plus tôt, des restes de poulets tués par l’injection de toxines.

      Le site était le principal centre clandestin de fabrication d’armes biologiques. Il a été détruit par l’Unscom en 1996. « A Al-Hakam, je me suis occupé pendant deux ans de l’achat des pièces de rechange, assure Rafd. Je peux décrire l’endroit et citer les noms des responsables. » On vérifie. Tout concorde.

      Le BND envoie un résumé des interrogatoires de la source miracle à son partenaire américain habituel, le service de renseignement de l’US Army, la DIA, qui a une importante base à Munich depuis les années 1950. Là, tout au long de la guerre froide, on a pris l’habitude d’attribuer aux informateurs sur les armes soviétiques un nom de code se terminant par « ball ». Comme le pli est pris, Rafid devient donc à la DIA « Curveball » - un surnom que les autres services adopteront sans trouver gênant qu’en argot anglais curveball signifie... « destiné à tromper ».
      Bel appartement, Mercedes et gardes du corps

      Du jour au lendemain, le petit chimiste change radicalement de statut. Fini Zirndorf, le centre d’hébergement surpeuplé. On lui fournit un bel appartement meublé, une télévision câblée, une assurance-maladie, une Mercedes (son rêve !), des gardes du corps et une carte de réfugié politique. Mieux : cinq officiers du BND à la retraite sont chargés de lui rendre la vie le plus agréable possible. Ils lui font visiter la ville et découvrir tous ses plaisirs, ils l’invitent dans les meilleurs restaurants, les boîtes de nuit les plus huppées. Seuls les transfuges de la plus haute importance ont droit à un tel traitement de faveur, à tant de « baby-sitters », comme on dit au BND. Selon le journaliste Bob Drogin, le tout coûtera au service allemand plus de 1 million d’euros en 2000 !

      En échange, « Curveball » parle. Beaucoup. Il dit que le projet de laboratoires mobiles est né en 1995. Quand il a compris que l’Unscom allait découvrir le centre d’Al-Hakam, raconte-t-il à Dr Paul, le gendre de Saddam Hussein a décidé de poursuivre le programme biologique dans des unités non repérables par l’Unscom : des camions réfrigérés qui circuleront en ville.
      Anthrax, botuline peste... tout y est

      Où a lieu l’assemblage de ces effrayants camions labos ? Justement dans la prétendue usine de semences, à Djerf al-Nadaf, dit Rafid. Comment le sait-il ? Parce que c’était lui le responsable du projet, pardi ! Les tests, précise-t-il, ont duré deux ans et les premiers labos sont devenus opérationnels en 1997. Il assure en avoir vu fonctionner sept, qui produisaient des agents létaux tels l’anthrax, la botuline ou la peste.

      Il affirme qu’outre Djerf al-Nadaf Saddam Hussein a ordonné la création de six autres sites clandestins de fabrication d’installations mobiles. Le jeune chimiste fournit un détail clé, qui achève de convaincre Dr Paul : avant que les inspecteurs de l’ONU ne soient expulsés d’Irak, les camions de la mort roulaient seulement le vendredi, jour de prière, quand l’Unscom tournait au ralenti.
      Première incohérence, « Curveball » s’énerve

      Rafid parle, parle... Il parle trop. Au bout de plusieurs mois d’interrogatoire, il confie que le patron de Djerf al-Nadaf, un certain Basil Latif, a un fils et que celui-ci est l’acheteur principal des produits destinés à la fabrication des agents toxiques. Mais Rafid ignore que ce Latif vit désormais à Dubai, où, en octobre 2000, des officiers du BND et du MI6 britannique vont l’interroger. Non seulement Latif dément que le centre qu’il dirigeait produisait des armes biologiques, mais les espions découvrent que son fils unique n’a que 16 ans. Confronté à cette incohérence, « Curveball » s’énerve, jure comme un charretier et refuse de répondre. Dr Paul a compris : sa source bien-aimée lui a probablement menti. En tout cas, il n’est pas fable.

      Le BND rompt tout contact avec Rafid pendant dix-huit mois. L’informateur vedette devient un modeste travailleur immigré comme les autres. Il trouve un job chez Burger King à Karlsruhe. En mars 2002, il se marie avec une jeune Marocaine, qui est très vite enceinte. L’affaire « Curveball » devrait s’arrêter là. Seulement voilà, depuis la rupture entre Rafid et le service secret allemand, il y a eu le 11-Septembre et la prise du pouvoir à Washington par les néo-conservateurs. Et ceux-là entendent se servir de son témoignage, quelle que soit sa valeur.
      Questionné de nouveau, Rafid change de version

      En mai 2002, la CIA demande au BND de reprendre contact avec le jeune Irakien. Elle a reçu copie de la centaine d’interrogatoires de « Curveball » ; elle veut en savoir davantage. Questionné de nouveau, Rafid change de version. Il dit qu’en fait il n’était pas le chef du projet des labos mobiles, seulement un assistant. Il n’a pas vu la production d’agents biologiques, il a quitté Djerf al-Nadaf avant. Puis il s’énerve et ne répond plus au téléphone. La CIA est mise au courant de ce comportement erratique.

      Pourtant, quelques semaines plus tard, en octobre 2002, dans un rapport au Congrès très médiatisé, l’agence affirme avec la « plus haute confiance » que l’Irak dispose d’unités mobiles de production d’armes biologiques. Devant une commission parlementaire, le patron de la CIA, George Tenet, précise que son service tient cela d’un « transfuge crédible ».
      Le menteur de Bagdad
      Nommé à la tête de la CIA par Bill Clinton en 1997, George Tenet a démissionné en juillet 2004. (Sipa)

      A l’intérieur de l’agence, des voix s’élèvent contre cette utilisation abusive de « Curveball ». Le chef de la division Europe, Tyler Drumheller, veut en avoir le cœur net. Il déjeune avec le chef de l’antenne du BND à Washington. Il lui demande que la source soit interrogée par des officiers de la CIA. A quoi bon, c’est un affabulateur, lui répond son interlocuteur. De toute façon, il refuse d’être questionné par des Américains ou des Israéliens. Donc c’est non. L’Allemand précise que son service a proposé à « Curveball », devenu dépressif, d’aller se faire oublier en Turquie, mais l’Irakien a refusé.
      La Maison Blanche veut croire que, malgré tout, « Curveball » a dit la vérité...

      L’affaire semble entendue. Pourtant, au bureau de la CIA chargé du dossier des armes de destruction massive, on veut croire que, malgré tout, « Curveball » a dit la vérité. Comment aurait-il pu connaître tant de détails ? George Tenet n’a pas le choix : le 18 décembre 2002, il écrit à son homologue allemand, August Hanning. Il lui demande officiellement si la CIA peut utiliser les informations de sa source. Il le prie également d’accepter que « Curveball » soit interrogé par un agent américain. Le patron du BND répond deux jours plus tard. Pour l’interrogatoire, c’est toujours non. Mais pour utiliser ce qu’il dit, c’est oui, à condition de ne pas mentionner le nom du service traitant et en n’oubliant pas que les dires de cette source n’ont pas été « confirmés ».

      Malgré ces mises en garde, la Maison-Blanche tient à utiliser les allégations de « Curveball » dans le discours sur l’état de l’Union que George Bush doit prononcer le 28 janvier 2003. « W » veut mobiliser les ardeurs guerrières du Congrès et de l’opinion. Washington demande le point de vue du chef de l’antenne de la CIA à Berlin. Celui-ci répond le 27 que « l’utilisation de cette source [serait] très problématique ».

      Pourtant, le président des Etats-Unis conservera le passage sur les laboratoires mobiles dans son discours. De même que Colin Powell, à l’ONU, quelques jours plus tard. "Tenet ne nous a pas dit qu’il y avait tant de réserves sur « Curveball », explique aujourd’hui le colonel Wilkerson, qui a aidé le secrétaire d’Etat à rédiger son discours. En fait, il était sûr qu’après la guerre l’armée américaine allait trouver des armes de destruction en Irak et que, du coup, ces histoires de source pas fable seraient oubliées."
      Le menteur de Bagdad
      Après le renversement de Saddam Hussein, le Pentagone a envoyé un équipe chargée de découvrir les armes de destruction massive en Irak. Ils n’ont trouvé aucune preuve... 100.000 civils tués en dix ans de guerre. (Sipa)

      Quelques mois après l’invasion de l’Irak, quand il est devenu évident que Saddam Hussein n’avait pas de telles armes, un groupe d’agents de la CIA a entrepris de comprendre l’affaire « Curveball ». Ils ont interrogé une soixantaine de personnes qui avaient connu Rafid de près ou de loin. Ils ont découvert que le jeune chimiste n’était pas sorti major de sa promotion mais dernier ; qu’il avait bien travaillé quelques mois à Djerf al-Nadaf mais en tant qu’assistant et non chef de projet ; et surtout que ce site n’était qu’une usine de semences agricoles et rien d’autre. De son plus proche ami d’enfance, ils ont appris aussi que Rafid était un « menteur congénital ».

      Enfin, il leur a été révélé qu’après Djerf al-Nadaf la source vedette du BND avait travaillé dans une maison de production de films dont il s’était fait licencier pour vol et que, par la suite, il était devenu chauffeur de taxi à Bagdad.
      Sa source : un gros rapport des inspecteurs de l’ONU

      Comment a-t-il pu berner si longtemps le BND et la CIA ? Comment a-t-il inventé et rendu crédible son histoire de laboratoires mobiles ? Une commission du Congrès a cherché à savoir si, comme d’autres transfuges, Rafid avait été briefé puis envoyé en Europe par Ahmed Chalabi, le chef d’un parti d’opposants à Saddam Hussein qui a réussi à intoxiquer une partie de la presse et des services américains. Bien que l’un de ses frères ait fait partie de ce groupe, il semble que Rafid lui-même n’ait eu aucun contact avec Chalabi et ses sbires.

      Les spécialistes pensent plutôt qu’il a agi seul, qu’avant de quitter l’Irak le jeune chimiste devenu chauffeur de taxi a lu sur internet le très gros rapport que les inspecteurs de l’ONU avaient publié après leur expulsion du pays. C’est là qu’il a pu mémoriser les noms des responsables du programme biologique avant son démantèlement et la description précise du site d’Al-Hakam. C’est là aussi qu’il a appris que les inspecteurs de l’ONU avaient mis la main sur une note écrite au début des années 1990, dans laquelle l’un des ingénieurs du programme biologique proposait à ses chefs de créer des laboratoires mobiles, plus faciles à cacher. Rafd ignorait que cette idée, jugée « trop compliquée », n’avait pas été retenue.
      Un « menteur » rémunéré par l’Etat

      Malgré ces découvertes embarrassantes, ou peut-être à cause d’elles, le BND accorde en 2004 à « Curveball » un salaire mensuel de 3 000 euros. C’est une compagnie bidon montée à Munich par le service secret qui le rémunère en tant que « spécialiste en marketing ». En échange, il lui est interdit de parler à la presse. Pourtant son nom est révélé pour la première fois en 2007 par la chaîne américaine CBS. Le public allemand apprend alors que Raifid, qualifié de « menteur » par la CIA en mai 2004, est rémunéré par l’Etat.

      Le scandale est tel que Rafid perd son salaire. Il tente alors sa chance en Irak et se présente aux élections législatives de mars 2010, où il ne recueille que 17 000 voix. Il revient, penaud, dans son pays d’adoption, dont il a acquis la nationalité, et accorde sa première interview en février 2011, au quotidien britannique « The Guardian ». Il y reconnaît avoir menti sur cette histoire de labos mobiles. « J’ai eu la chance, dit-il, d’avoir inventé quelque chose qui a fait tomber Saddam. » Depuis, lors de ses rares apparitions publiques, il se plaint de vivre du minimum social et, surtout, que le BND ne lui paie plus ses notes de téléphone.

      Article publié dans ’le Nouvel Observateur" du 7 mars.


  • #Syrie : l’incompréhensible #politique étrangère de la #France
    http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2015/08/17/31002-20150817ARTFIG00280-syrie-l-incomprehensible-politique-etrangere-de-l
    http://i.f1g.fr/media/figaro/orig/2015/08/17/XVMef8ddad6-4509-11e5-92e8-19c1da894782.jpg

    Il fut un temps, sous Mitterrand notamment, où la France suivait les Etats-Unis mais en gardant un profil assez bas pour sauver la mise. Avec Hollande, la France suit les Etats-Unis mais en tentant de faire de la surenchère : cela fut le cas avec l’Iran ; c’est toujours le cas avec la Syrie.

    http://seenthis.net/messages/399257 via Kassem