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  • La nouvelle guerre du GPS et ses risques
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/05/02/la-nouvelle-guerre-du-gps-et-ses-risques_5457320_3232.html

    La manipulation des services de navigation par satellite est désormais utilisée à grande échelle. La Russie, notamment, qui en a fait une priorité, met en danger la navigation civile par des actions de brouillage. Analyse. Naviguer le long des côtes de la Syrie, au large des bases russes de Lattaquié, Khmeimim et Tartous installées dans ce pays, peut revenir à avancer les yeux bandés. « La zone est complètement brouillée », confiait récemment un officier français. Dans les zones de tension sévit la (...)

    #Galileo #GPS #géolocalisation #manipulation #militaire #Glonass_ #NaviC #Beidou_ #QZSS_

    https://img.lemde.fr/2007/03/07/83/0/667/334/1440/720/60/0/ill_880315_galileo_gstb-v2a_08185_h.jpg

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  • « Le boycott de Facebook par les annonceurs rebat les cartes de l’industrie publicitaire »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/07/02/le-boycott-de-facebook-par-les-annonceurs-rebat-les-cartes-de-l-industrie-pu

    L’économiste Rémi Devaux montre, dans une tribune au « Monde », que la suspension des publicités sur le réseau social signe la revanche du contenu des médias sur le ciblage et l’hyperpersonnalisation publicitaire. Tribune. Le 26 juin, dix-neuf annonceurs majeurs, dont Coca-Cola, Honda, Ben & Jerry’s et Verizon, ont suspendu leurs publicités Facebook. Derrière ces boycotts en chaîne se trouve #stophateforprofit : un mouvement d’annonceurs las du laisser-faire de Facebook vis-à-vis des contenus (...)

    #Coca-Cola #Google #Verizon #domination #élections #modération #violence #discrimination #microtargeting (...)

    ##publicité
    https://img.lemde.fr/2020/06/30/499/0/4000/1998/1440/720/60/0/f0008c9_5904775-01-06.jpg

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  • Isabelle Stengers : « La science est balbutiante face aux enchevêtrements du vivant »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/06/19/isabelle-stengers-la-science-est-balbutiante-face-aux-enchevetrements-du-viv
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    par Isabelle Stengers (je suis depuis longtemps membre du fan-club).

    Le premier trait de l’événement pandémique est le rapport étonnant qu’il établit entre le local et le global. Bien qu’il ait partie liée avec les désordres écologiques que provoque l’exploitation tous azimuts du vivant et de son milieu, cet événement a pour point de départ une affaire hyper-locale : un être, qui n’existe que pour cette éventualité rare, rencontre un hôte accueillant, avec lequel, grâce auquel, il pourra participer à l’aventure de la vie.

    Une telle rencontre est parfaitement contingente, même si les virus ne cessent de muter, c’est-à-dire d’en augmenter la probabilité. Mais elle a ouvert à celui-ci un destin étonnant, bien différent de celui de ses cousins, qui participent de manière plus ou moins pacifique à la vie de chauve-souris ou de pangolins. Ce qui, pour le virus, est l’accomplissement de sa vocation première et dernière, a réussi à susciter ce qu’a été incapable de provoquer une menace qui, elle, est globale et prévisible : celle du désastre climatique dont les signes avant-coureurs se multiplient aujourd’hui. Certes, des catastrophes se succèdent désormais, imposant le fait qu’il y a « comme un problème », mais il semble entendu que celui-ci devra se résoudre dans le respect de l’impératif de croissance. Quoi que ce soit d’autre est inconcevable. La réussite virale a pourtant provoqué l’inconcevable.

    Nos responsables nous disent qu’ils ont été surpris, qu’ils n’étaient pas préparés à cela. Mais cela veut dire qu’ils n’avaient pas pu ou pas su entendre les experts, pour qui ce monde écologiquement dévasté, où tout circule dans tous les sens (sauf les migrants), verra se succéder des pandémies. De même qu’ils n’entendent pas l’avertissement selon lequel nos monocultures clonées sont hautement vulnérables à des infections épidémiques. Cette incapacité à entendre est une forme d’« idéalisme », une incapacité inculquée de prendre au sérieux ce qui peut entraver, voire seulement compliquer, la logique de marché devenue aujourd’hui la seule source légitime de réponse à nos questions.

    Nos gouvernants demandent aujourd’hui aux Français d’être fiers d’avoir gagné sinon « la guerre » contre le virus, du moins cette bataille. C’est du plus haut comique quand on pense aux contrôles policiers tatillons, à une soumission exigée, faisant des habitants des enfants qui profiteraient de la moindre faille. Tolérance zéro. Mais c’est aussi sinistre quand on pense à l’angoisse et au désespoir des vieux qui sont morts seuls, à la souffrance de leurs proches. Non, il n’y a pas eu de « capacité commune ». Le virus n’a pas créé d’égalité, il a exacerbé les inégalités. Au nom de sa menace, ce sont les vulnérables, les encaqués, les précarisés, les racisés qui ont trinqué.

    La perte de confiance en ceux qui nous gouvernent n’est pas un phénomène sociologique sur lequel disserter. Elle est fondée. Mais ce qu’elle pourra engendrer, personne ne le sait. Les différentes manières de diviser seront utilisées. Les alternatives infernales seront brandies – choisissez entre baisse de salaire ou licenciement. La peur du désordre sera activée.

    Tout cela suffira-t-il à étouffer les pensées qui, peut-être, ont germé dans bien des cerveaux perplexes quant à l’avenir qui se prépare ? Nous vivons un moment d’incertitude radicale, mais l’affaire du Covid-19 nous aura avertis. Nous sommes gouvernés par des « idéalistes », incapables de penser avec ce qui, que nous le voulions ou non, nous attend.

    #Covid-19 #Climat #Crise #Isabelle_Stengers

    https://seenthis.net/messages/862137 via Articles repérés par Hervé Le Crosnier


  • « L’expression de “privilège blanc” n’est pas dénuée de pertinence pour penser le contexte français », Claire Cosquer
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/06/16/l-expression-de-privilege-blanc-n-est-pas-denuee-de-pertinence-pour-penser-l

    La sociologue Claire Cosquer pense que le « privilège blanc », est inséparable du racisme, aux Etats-Unis comme en France.

    Tribune. Le racisme peut-il exister sans faire de « privilégiés » ? Le racisme est un système de hiérarchies sociales entre les personnes, positionnées selon la façon dont elles sont perçues et rattachées à une supposée hérédité. Il se traduit concrètement par un système d’avantages et de désavantages, formant un immense iceberg dont les discriminations, la violence physique et verbale à caractère racial ne sont que la partie émergée.

    L’expression « privilège blanc », propulsée de nouveau sur le devant de la scène médiatique par les manifestations récentes contre le racisme et les violences policières, désigne l’ensemble des avantages sociaux dont bénéficient les personnes qui ne sont pas les cibles du racisme. Elle souligne que le racisme relève d’un rapport social, c’est-à-dire d’une relation entre groupes sociaux : là où certains sont désavantagés, d’autres sont au contraire avantagés par les hiérarchies sociales. L’existence d’inégalités suppose donc, en toute logique, l’existence de privilèges. Dès lors, dire que le « privilège blanc » n’existe pas en France revient de façon rigoureusement identique à affirmer que le racisme n’existe pas en France. Prétendre que seul le second existe traduit soit une lecture très partiale de l’expression « privilège blanc », par exemple en la réduisant à un privilège en droit, soit une compréhension très restrictive du racisme, soit les deux.

    Trouvant son origine dans les luttes des militants antiracistes et anticolonialistes, l’expression de « privilège blanc » a été popularisée par le texte de la chercheuse étatsunienne Peggy McIntosh White Privilege. Unpacking the Invisible Knapsack, publié en 1989. McIntosh y énumère des « petites choses du quotidien » qui relèvent de l’évidence pour une personne blanche mais peuvent être problématiques, sinon impossibles, pour les autres : allumer la télévision et y voir des personnes auxquelles il est facile de s’identifier, déménager sans se soucier de l’accueil dans un nouveau quartier, ne pas avoir à éduquer ses enfants en leur apprenant à se protéger du racisme…

    Division raciale du monde

    Apparue outre-Atlantique, l’expression de « privilège blanc » n’est pas dénuée de pertinence pour penser le contexte français. Certes, les Etats-Unis et la France ont des histoires différentes. Les Etats-Unis forment une colonie de peuplement structurée sur son sol même par l’esclavage, où la ségrégation raciale n’a été abolie en droit qu’en 1968. Mais la France, détentrice de l’un des plus grands empires coloniaux au monde, dont l’« outre-mer » représente aujourd’hui les dernières miettes, a aussi construit sa richesse sur la division raciale du monde et des échanges.

    Napoléon, héros national acclamé, a rétabli l’esclavage en 1802 et une statue de Jean-Baptiste Colbert, auteur du Code noir, trône devant le Palais-Bourbon. L’encodage racial du patrimoine national n’est pas qu’un héritage symbolique rappelant une inégalité révolue : les violences policières, les discriminations à l’embauche, au logement ou devant la justice sont les expressions les mieux connues du racisme. Elles suffisent à définir un « privilège blanc » à la française : subir moins de contrôles policiers, par ailleurs moins violents, ne pas se voir refuser un emploi ou un logement en raison de sa couleur de peau ou de son origine, réelle ou supposée.

    Ces privilèges reposent, en France comme aux Etats-Unis, sur un continuum du racisme qui relève aussi de ces « petites choses du quotidien », des avantages parfois peu perceptibles qui vont des sous-vêtements couleur « chair » conçus pour des peaux peu pigmentées au fait de n’être que très rarement la seule personne blanche dans la salle.

    Domination et habitus

    L’expression « privilège blanc » a certes des limites. Elle tend à consolider une image très statique des positions sociales : on serait ainsi ce que l’on détient, en matière de ressources, de capitaux et d’avantages, moins ce que l’on fait et ce que l’on reproduit, d’une façon consciente ou inconsciente. L’approche en matière de privilèges est à bien des égards moins riche que l’approche en matière de domination. A titre de comparaison, on peut plus ou moins rapidement faire le tour des « privilèges » de classe en les définissant par les revenus, les patrimoines, les statuts socioprofessionnels.
    Article réservé à nos abonnés Lire aussi Thomas Piketty : face à notre passé colonial et esclavagiste, « affronter le racisme, réparer l’histoire »
    L’approche en matière de domination amène à explorer un niveau beaucoup plus fin des hiérarchies sociales : la notion devenue célèbre d’habitus, forgée par Pierre Bourdieu, permet de mettre en évidence que les inégalités de classe se reproduisent aussi au travers de pratiques, de goûts ou encore de comportements différenciés et inégalement valorisés. Les sciences sociales investissent aujourd’hui ce concept d’habitus, parmi d’autres outils analytiques, pour comprendre comment les inégalités raciales perdurent bien après leur abolition en droit. L’expression de « privilège blanc », finalement assez peu employée en sciences sociales, se révèle moins exigeante que les concepts de domination blanche ou d’habitus blanc, qui cristallisent les pistes de recherche les plus dynamiques.
    Loin de culpabiliser les personnes blanches, l’expression de « privilège blanc » permet plutôt de reconnaître à peu de frais certains avantages, sans engager d’introspection potentiellement plus douloureuse sur les comportements et les modes de pensée qui maintiennent le racisme contemporain. Si elle est imparfaite, elle contribue cependant à la compréhension du racisme comme une relation inégale entre groupes sociaux, là où le discours public est volontiers d’ordre humanitaire, identifiant des victimes et des discriminations mais passant sous silence les bénéfices et les bénéficiaires. Les réactions particulièrement défensives qu’elle suscite, méconnaissant souvent sa définition même, illustrent une réticence aiguë à penser les deux côtés de cette relation inégale.

    https://seenthis.net/messages/861042

    #privilège_blanc #racisme #rapports_sociaux #domination #domination_blanche #individualisation

    https://seenthis.net/messages/861443 via colporteur


  • « Facebook a-t-il basculé du “mauvais côté de l’histoire” ? »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/06/08/facebook-a-t-il-bascule-du-mauvais-cote-de-l-histoire_6042090_3232.html

    En refusant de modérer certains propos de Donald Trump, le réseau social ne combat pas les appels à la violence avec le même zèle que certaines « fake news », estime dans sa chronique Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde ». Chronique. Facebook a-t-il basculé du « mauvais côté de l’histoire » ? La question en forme d’accusation n’émane pas d’un utilisateur contrarié du réseau social, mais de l’un de ses ingénieurs, qui, dans un message publié il y a quelques jours reproche à son employeur d’être « une (...)

    #Facebook #Snapchat #Twitter #manipulation #censure #violence #COVID-19 #santé #SocialNetwork

    ##santé
    https://img.lemde.fr/2020/06/08/432/0/5184/2592/1440/720/60/0/4bb1d4f_Q4MgMTz_xYWfDjNmVd24CzPF.JPG

    https://seenthis.net/messages/859345 via etraces


  • « La voiture autonome sert d’alibi pour renforcer la présence de la voiture tout court »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/06/04/la-voiture-autonome-sert-d-alibi-pour-renforcer-la-presence-de-la-voiture-to

    Il est probable que le « véhicule du futur » sous couvert d’écologie, renforce surtout les dynamiques d’extension urbaine, la bétonisation et ralentisse en réalité l’indispensable transition, analyse l’historien Jean-Baptiste Fressoz dans sa chronique. Chronique. Les vols spatiaux habités, les avions supersoniques ou les robots humanoïdes appartiennent à un futur qui, à force d’avoir été annoncé, paraît aujourd’hui terriblement démodé. Les critiques d’art ont un mot pour désigner cette nostalgie du futur des (...)

    #voiture #écologie #technologisme #urbanisme

    https://img.lemde.fr/2020/06/04/1592/0/4130/2065/1440/720/60/0/6c91867_xFXeGJlilEL7urRCrX2JzjV8.jpg

    https://seenthis.net/messages/858928 via etraces


  • Coronavirus : la troublante surmortalité des minorités ethniques au Royaume-Uni
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/29/coronavirus-la-troublante-surmortalite-des-minorites-ethniques-au-royaume-un
    https://img.lemde.fr/2020/05/23/435/0/4000/1997/1440/720/60/0/a321efd_Yc2XFMYM-w1ZMAse-w_Y71qA.jpg

    Le Covid-19 a bien davantage tué dans les zones les plus pauvres du pays et chez les « BAME » (« Black, Asian and Minority Ethnic »), populations fournissant de gros contingents de travailleurs essentiels, en première ligne pour maintenir l’activité, que dans les quartiers chics et blancs de la capitale. Le 7 mai, l’ONS publiait ainsi des données portant sur les morts en Angleterre et au Pays de Galles entre le 2 mars et le 10 avril. Il en ressortait que, pour une même classe d’âge et un même environnement socio-économique, les hommes et femmes noirs ont encore 1,9 fois plus de risques de mourir du Covid-19 que les Blancs. Le facteur de risque est de 1,8 pour les hommes d’origine bangladaise et pakistanaise, et de 1,6 pour les femmes de ces mêmes origines.
    Un constat corroboré par les résultats du projet Opensafely, se basant sur les données médicales de 17 millions de personnes résidant au Royaume-Uni (dont 5 683 sont décédées du Covid-19 dans des hôpitaux entre le 1er février et le 25 avril). Une fois écartés les facteurs de risque tels que l’âge, les maladies cardio-vasculaires, le diabète ou l’obésité, les personnes noires et d’origine asiatique ont encore 60 % à 70 % de risques de mourir en plus que les Blancs.

    #Covid-19#migrant#migration#GrandeBretagne#diaspora#ethnie#surmortalité#statistiques#données-médicales#santé#facteur-de-risque

    https://seenthis.net/messages/856986 via CEPED_MIGRINTER_ICMigrations_santé


  • Dominique Méda : « Les plus forts taux de surmortalité concernent les “travailleurs essentiels” »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/23/dominique-meda-les-plus-forts-taux-de-surmortalite-concernent-les-travailleu

    En revanche, l’équivalent britannique de l’Insee, l’Office for National Statistics (ONS), a exploité les données de mortalité par le Covid-19 (« Coronavirus (Covid-19) Roundup ») sous l’angle socioprofessionnel. L’une de ses études analyse les 2 494 décès impliquant le coronavirus intervenus entre le 9 mars et le 20 avril dans la population en âge de travailler (20-64 ans) en Angleterre et au Pays de Galles. La profession étant indiquée sur le certificat de décès, on peut comparer la composition socioprofessionnelle des personnes décédées du Covid-19 à celle de l’ensemble des personnes décédées du même âge et du même sexe.

    Les plus forts taux de surmortalité concernent en premier lieu les travailleurs des métiers du soin à la personne (hors travailleurs de la santé, car les médecins et infirmières n’ont pas enregistré de surmortalité), suivis des chauffeurs de taxi et d’autobus, des chefs cuisiniers et des assistants de vente et de détail ; autrement dit, ceux que l’ONS décrits comme les « key workers », les « travailleurs essentiels ». L’ONS a aussi montré la plus forte probabilité pour les non-Blancs de décéder du coronavirus, en partie explicable par des facteurs socio-économiques.

    L’étude :
    https://www.ons.gov.uk/peoplepopulationandcommunity/healthandsocialcare/conditionsanddiseases/articles/coronaviruscovid19roundup/2020-03-26

    https://seenthis.net/messages/855830 via ARNO*


  • « Avec le coronavirus, notre vision du monde s’est rétrécie comme jamais » - Didier Fassin
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/24/didier-fassin-avec-le-coronavirus-notre-vision-du-monde-s-est-retrecie-comme

    Alors que la crise sanitaire est un phénomène qui touche l’ensemble de la planète, l’anthropologue pointe, dans un entretien au « Monde », la myopie des médias et des politiques qui ont focalisé leur attention sur notre relation à la pandémie.

    Anthropologue, sociologue et médecin, Didier Fassin est professeur à l’Institut d’étude avancée de Princeton et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il est titulaire de la chaire annuelle de santé publique au Collège de France. Ses recherches ont été conduites dans plusieurs pays, notamment en Equateur sur la mortalité maternelle, en Afrique du Sud sur le sida, récemment aux Etats-Unis et en France sur la police, la justice et la prison. Récipiendaire en 2016 de la médaille d’or de l’anthropologie à l’Académie royale des sciences de Suède, il a été, en 2018, le premier chercheur en sciences sociales à recevoir la Nomis Distinguished Scientist Award.
    Ancien vice-président de Médecins sans frontières, il préside aujourd’hui le Comité pour la santé des exilés (Comede). Il a codirigé l’ouvrage Santé publique. L’Etat des savoirs, à La Découverte, et il est aussil’auteur, aux éditions du Seuil, de La Vie. Mode d’emploi critique (2018) et de Mort d’un voyageur. Une contre-enquête (2020).

    La plupart des gouvernements du monde ont choisi de mettre en œuvre des mesures draconiennes sans précédent pour éviter la progression de l’infection. Quel sens donner à ce choix ?

    Il faut noter que les mesures ont été d’autant plus draconiennes que les pouvoirs publics n’étaient pas préparés et que leurs réponses ont été tardives. On a alors fait rattraper aux citoyens le temps perdu par leurs gouvernants, et on a remplacé la prévention défaillante par une forme de police sanitaire avec un confinement rigoureusement contrôlé. C’est dans ces pays que l’interruption de l’activité économique et sociale a, en général, été la plus brutale et la plus radicale. Mais même là où l’épidémie a été mieux gérée, il y a eu une cessation de cette activité.

    Le phénomène est sans précédent. Il se paie d’un double sacrifice. Il y a d’abord une suspension partielle, et variable selon les contextes, de l’Etat de droit, qui va bien plus loin que les restrictions à la circulation, puisqu’elle touche l’équilibre entre les pouvoirs, la possibilité de manifester ou même de protester, le simple droit à mourir dans la dignité. Il y a ensuite une crise économique et sociale, qui se traduit par une récession, une montée du chômage, une austérité à venir et un très probable accroissement des inégalités qui vont laisser des traces d’autant plus profondes que les économies étaient fragiles et que l’Etat social était réduit.

    Or ce double sacrifice n’a qu’une raison d’être : sauver des vies, ou ce qui revient au même ici, éviter des morts. C’est une politique humanitaire. Conduite à l’échelle de la planète avec un coût aussi élevé, elle n’a pas d’équivalent dans l’histoire. Elle révèle la valeur supérieure accordée par nos sociétés à la vie, entendue comme vie simplement physique, ou même biologique. Que nous soyons prêts à tant de renoncements, imposés du reste de façon très inégale, devrait questionner.

    Dans « La Vie Mode d’emploi critique », vous vous demandez justement si toutes les vies ont la même valeur. Est-ce le cas dans le contexte présent ?

    Il est évident que non. On l’a vu avec la lenteur à réagir et, dans certains pays, l’absence même de réaction par rapport aux populations carcérales qui, dans de nombreuses prisons surpeuplées, se sont trouvées directement exposées au virus, de même que les surveillants qui en étaient souvent les vecteurs. L’empressement à protéger les vies des communs des mortels n’incluait pas les personnes détenues, comme si elles étaient moralement dépréciées, alors même que celles qui étaient les plus à risque, dans les institutions de court séjour comme nos maisons d’arrêt, étaient soit prévenues, donc présumées innocentes dans l’attente de leur jugement, soit condamnées, mais à des peines courtes pour des délits mineurs. Pourtant, il a fallu des mobilisations et des interventions fortes pour vaincre l’immobilisme des administrations et la réticence des politiques, et obtenir, ici ou là, des libérations anticipées, souvent en nombre insuffisant.

    On pourrait aussi évoquer les étrangers sans titre de séjour, voire les demandeurs d’asile, qu’on enferme dans des centres ou des camps sur les territoires nationaux ou dans des no man’s lands aux frontières. Les conditions d’entassement et d’insalubrité de ces sites rendent leurs occupants particulièrement vulnérables aux infections. Là encore, certains pays ont réduit le nombre de ces confinés de force dont le seul délit est de n’avoir pas de papiers, ou simplement d’attendre une décision concernant leur statut, mais sans aller jusqu’à fermer temporairement ces lieux dangereux.

    Qu’on ne considère pas indispensable de préserver ces vies montre qu’elles sont de moindre valeur. Il en est de même de celles des travailleurs migrants, dont beaucoup ont dû assurer sans protection des fonctions vitales pendant le confinement, et parmi lesquels certains, sans papiers, craignent de se faire tester ou soigner et ne peuvent pas compter sur un geste de reconnaissance des gouvernants.

    Les médias et les politiques se sont-ils trop focalisés sur la pandémie ?

    Nous nous sommes collectivement laissés entraîner dans une sorte de maelström présentiste et autocentré. Nous avons vécu au jour le jour l’aventure du coronavirus, nous racontant nos expériences du confinement, nos difficultés à rester à la maison, nos manières de nous occuper, entre amis, sur les chaînes de radio et de télévision, avec des responsables de la santé venant chaque soir nous entonner l’antienne des données épidémiologiques et des mesures à respecter.
    Nous avons eu l’impression, entretenue par les médias et les politiques, que la seule chose digne d’intérêt dans le monde était notre relation à la pandémie. Nous nous sommes donné des héros, les soignants, que nous avons applaudis. Nous avons élevé des statues aux Anthony Fauci, immunologue aux Etats-Unis, ou Anders Tegnell, épidémiologiste en chef de l’Agence de la santé publique suédoise.
    Mais pendant deux mois, nous n’avons pas entendu parler des guerres en Syrie et au Yémen, des famines annoncées en Afghanistan et au Congo, des musulmans réprimés en Inde, des Palestiniens agressés par des colons israéliens en Cisjordanie, des Rohingyas qui se noient dans le golfe du Bengale et des Ouïghours qu’on rééduque en Chine. Même les Africains périssent en Méditerranée, non secourus, à l’abri des regards.

    De ce qui se passe sur la planète ne nous intéresse que ce qui nous parle du coronavirus, c’est-à-dire de nous. Toute l’économie de notre attention est absorbée. C’est là un remarquable paradoxe : au moment où un phénomène global touche l’ensemble de la planète, notre vision du monde s’est rétrécie comme jamais. Nous sommes devenus myopes.

    Cette myopie ne risque-t-elle pas de nous rendre le futur plus flou également, alors que l’on ne cesse d’imaginer « le monde d’après » ?

    On le constate sur un point précis : les conséquences délétères de la crise. Je pense aux vies perdues, c’est-à-dire aux morts, et aux vies gâchées, à cause des faillites d’entreprises, des pertes d’emploi, des expulsions de logement, des marques de la pauvreté. Des études récentes aux Etats-Unis ont montré que la récession de 2008 et 2009 s’était accompagnée d’un recul de l’espérance de vie, en grande partie due à une forte augmentation de la mortalité des adultes entre 25 et 64 ans.

    Dans les années qui viennent, les démographes et les épidémiologistes produiront des statistiques dans différents pays montrant des phénomènes comparables, peut-être plus intenses encore car la récession est plus profonde. Mais nous n’aurons pas le directeur général de la santé égrenant chaque soir les statistiques de l’excès de mortalité par suicide ou accident vasculaire cérébral, et nous n’aurons pas le président de la République déclarant à la télévision que nous sommes en guerre contre les inégalités et qu’il nous faut plus de justice sociale. Ces vies perdues et ces vies gâchées, personne, ou presque, ne les pleurera. Et nous ne verrons pas de statisticien mettre ces vies en regard de celles qu’on pensera avoir épargnées.

    Précisément, que savons-nous de ces vies épargnées ? Que disent les projections ?

    Nous ne savons pas et ne saurons jamais combien de vies ont été épargnées grâce aux mesures prises. Pas plus que nous n’avons et n’aurons jamais l’idée de combien de personnes sont décédées du fait de l’absence de préparation des autorités et de leurs erreurs dans la réponse initiale. La question des prédictions est cependant passionnante parce qu’elle ouvre sur la gestion de l’incertitude.
    Les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), principale institution de santé publique aux Etats-Unis, dénombrent une douzaine de modèles principaux développés dans autant d’institutions de recherche nord-américaines et européennes. Leurs résultats, même à des échéances très courtes, sont extraordinairement différents, variant du simple au quadruple. Dans ces conditions, pour des décideurs et pour celles et ceux qui les conseillent, le choix entre ces modèles est crucial, mais opaque.

    La Maison Blanche s’est surtout appuyée sur l’Institute for Health Metrics and Evaluation, financé par la Fondation Bill and Melinda Gates, qui donnait les projections les plus optimistes (fin mars, il prévoyait 81 000 morts aux Etats-Unis d’ici à juillet). L’Elysée a suivi les avis de son Conseil scientifique qui s’est notamment servi des calculs de l’Imperial College, dont les prédictions étaient les plus sombres (mi-mars, un scénario évoquait jusqu’à 500 000 décès en France en l’absence de mesures).

    Il y aurait ainsi une épistémologie politique à faire pour comprendre la manière dont, dans ce contexte d’incertitude, certains modèles ont été adoptés plutôt que d’autres. Une fois le choix fait, on s’est tenu à une vérité, comme si la croyance devait l’emporter sur le doute scientifique, et cette vérité a servi à justifier les décisions prises : relâchement précoce pour les uns, discipline stricte pour les autres.

    Le débat, en France, n’a-t-il pas été principalement de nature médicale au détriment de la santé publique ?

    Les autorités sanitaires n’ont pas entendu l’avis de pandémie annoncée que leur donnaient depuis plusieurs années les experts. Lorsqu’elles ont réalisé la gravité du problème, elles se sont tournées vers les cliniciens et les biologistes, ce qui se comprend car il y avait urgence à prendre en charge les cas dont le nombre augmentait très vite. Mais pour utiliser un langage sociologique, le cadrage du problème a été médical.

    On a parlé lits de réanimation, on a fait la « une » des médias avec des transferts de malades en train ou avion, on a eu comme nulle part ailleurs un interminable débat sur l’hydroxychloroquine. En revanche, on a négligé le dépistage par les tests, la protection par les masques, l’isolement des malades, la recherche des contacts, et les responsables sanitaires ont même expliqué l’inutilité des tests et des masques, qui sont pourtant désormais nos principales armes de prévention.
    Les outils théoriques et pratiques de la santé publique n’ont guère été mobilisés. Ils avaient d’ailleurs été délaissés depuis plusieurs années, et le principe de précaution, qui supposait notamment une capacité de production nationale pour les tests et le maintien de stocks pour les masques, avait été remplacé par une logique managériale visant à faire des économies par les délocalisations et le flux tendu. La même chose s’est passée pour certains médicaments essentiels.

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  • Coronavirus : ce que les grandes épidémies disent de notre manière d’habiter le monde
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/21/ce-que-les-grandes-epidemies-disent-de-notre-maniere-d-habiter-le-monde_6040
    https://img.lemde.fr/2020/05/21/339/0/3602/1801/1440/720/60/0/7747938_Z8exl-yP9KZpH5ukSfTddsMV.jpg

    C’est une carte animée de la Chine qui donne le vertige. On y voit d’immenses flux de petits points verts se déplacer en étoile autour des métropoles : fondés sur les données de géolocalisation des téléphones portables, ces mouvements enregistrés pendant le Nouvel An chinois retracent les centaines de millions de voyages qui ont permis au coronavirus de conquérir la Chine depuis la ville de Wuhan. Au milieu du nuage de points verts, figurent nombre de petits points rouges – ce sont, précise le New York Times, les personnes infectées par le SARS-CoV-2.
    Le graphique suivant n’est guère plus rassurant : cette fois, les dizaines de milliers de points se dirigent vers Tokyo, Manille, Milan, Dubaï, Athènes, Buenos Aires, Islamabad, Los Angeles, Moscou, Singapour et Hongkong. En ce mois de janvier 2020, le New York Times recense 900 trajets par mois vers New York, 2 000 vers Sydney, 15 000 vers Banghok. Lorsque les vols au départ de Wuhan sont suspendus, fin janvier, il est déjà trop tard : les liaisons aériennes qui quadrillent le monde ont permis au virus de s’implanter sur tous les continents. « Dès la fin janvier, l’épidémie est présente dans plus de 30 villes et 26 pays », précise le quotidien.
    Pour l’immunologue Norbert Gualde, professeur à l’université de Bordeaux, ces graphiques illustrent à merveille le mécanisme des épidémies. « Ce n’est pas le virus, c’est l’homme qui fait l’épidémie, rappelle-t-il. Le virus est sédentaire : il n’a aucun moyen de locomotion. Pour se déplacer, il lui faut passer de corps en corps. C’est ce qu’exprime l’étymologie du mot épidémie : le terme est emprunté au latin médical “epidemia”, lui-même issu de la racine grecque “epidemos” – “epi”, qui circule, “demos”, dans le peuple. »

    #Covid-19#migrant#migration#santé#épidémie#circulations#santé#transports

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  • Covid-19 : Boris Johnson, le contre-exemple
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/13/covid-19-boris-johnson-le-contre-exemple_6039529_3232.html
    https://img.lemde.fr/2020/05/11/831/0/6016/3008/1440/720/60/0/e68b2a6_5647939-01-06.jpg

    Editorial. Alors que Royaume-Uni enregistre la pire mortalité d’Europe, le premier ministre britannique jouit toujours d’une insolente popularité. Un paradoxe qui met en lumière la singularité de nos voisins d’outre-Manche.

    … et c’est là que tu trouves, écrit noir sur blanc, dans un édito du Monde : faire pire que la France, c’est dire !

    Pour les Britanniques, cela ne fait pas de doute : leur gouvernement a géré la crise plus mal que tous les gouvernements européens, France comprise, c’est dire. Seul les cousins américains ont fait pire.

    https://seenthis.net/messages/852808 via Simplicissimus


  • Manipulation mondiale des peuples : comment l’oligarchie mondiale veut faire de nous des esclaves
    https://www.crashdebug.fr/actualites-france/17194-manipulation-mondiale-des-peuples-comment-l-oligarchie-mondiale-veu

    On commence fort pour démarrer la journée, mais je n’ai envie de rien relayer dans la presse mainstream, aussi donnons la parole aux citoyens et prions pour que d’autres se réveillent, du reste je suis très content, car des micros communautés sont en train de se créer autour du blog sur les différents réseaux sociaux, et vous savez que c’est ce que j’ai toujours voulu, aussi on remercie Marianne42 pour cette vidéo.

    Rappel : EXCLUSIF - La thèse d’un virus manipulé échappé d’un laboratoire chinois : le pavé dans la mare du Pr Luc Montagnier (Pourquoidocteur.fr)

    Liens cités dans la vidéo :

    https://www.youtube.com/watch?v=LeVN3...

    https://www.lemonde.fr/idees/article...

    https://www.youtube.com/watch?v=qSWCL...

    https://www.youtube.com/watch?v=UjhdC... (...)


  • Déconfinement : « Il ne faudrait pas que les mesures d’urgence se muent par la suite en mesures ordinaires »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/24/deconfinement-il-ne-faudrait-pas-que-les-mesures-d-urgence-se-muent-par-la-s

    La consultante en communication Claire Gerardin pointe, dans une tribune au « Monde », le risque que la mise en place d’un tracage des citoyens à l’occasion de la crise sanitaire devienne pérenne. Tribune. En période de crise sanitaire, le gouvernement bénéficie de pouvoirs extraordinaires qui lui permettent de restreindre nos libertés personnelles. En ce moment, c’est le cas pour notre droit d’aller et venir. Et pour vérifier la bonne mise en application de ces restrictions, le gouvernement se dote, (...)

    #surveillance #santé #COVID-19 #BigData #métadonnées #consentement #[fr]Règlement_Général_sur_la_Protection_des_Données_(RGPD)[en]General_Data_Protection_Regulation_(GDPR)[nl]General_Data_Protection_Regulation_(GDPR) #technologisme #géolocalisation #smartphone #Bluetooth (...)

    ##santé ##[fr]Règlement_Général_sur_la_Protection_des_Données__RGPD_[en]General_Data_Protection_Regulation__GDPR_[nl]General_Data_Protection_Regulation__GDPR_ ##contactTracing ##algorithme ##Vodafone ##Telefonica ##Orange ##DeutscheTelekom
    https://img.lemde.fr/2020/04/17/324/0/3500/1750/1440/720/60/0/1e92245_NOR003_HEALTH-CORONAVIRUS-NORWAY_0417_11.JPG

    https://seenthis.net/messages/848988 via etraces


  • « StopCovid est un projet désastreux piloté par des apprentis sorciers »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/25/stopcovid-est-un-projet-desastreux-pilote-par-des-apprentis-sorciers_6037721
    https://img.lemde.fr/2020/04/21/291/0/3500/1750/1440/720/60/0/0a7b195_FW1_HEALTH-CORONAVIRUS-APPS_0421_1A.JPG

    Antonio Casilli, Sociologue
    Paul-Olivier Dehaye, Mathématicien
    Jean-Baptiste Soufron, Avocat

    Il faut renoncer à la mise en place d’un outil de surveillance enregistrant toutes nos interactions humaines et sur lequel pèse l’ombre d’intérêts privés et politiques, à l’instar du scandale Cambridge Analytica, plaide un collectif de trois spécialistes du numérique dans une tribune au « Monde ».

    #paywall

    https://seenthis.net/messages/847433 via Simplicissimus


  • Déconfinement : « Il faut considérer les données de santé comme un bien commun »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/24/deconfinement-il-faut-considerer-les-donnees-de-sante-comme-un-bien-commun_6

    Un collectif de quatre experts de la gestion des données souligne dans une tribune au « Monde » le paradoxe de la plus grande confiance accordée par les citoyens aux Gafam qu’à l’Etat pour gérer leurs informations personnelles en matière de santé. Tribune. L’Etat souhaite mettre en ligne une application, Stop Covid, pour endiguer la diffusion de la pandémie. Elle a pour principe l’exploitation des données personnelles, en l’espèce des données de géolocalisation et de maladies (infection aux virus) et (...)

    #santé #surveillance #GAFAM #COVID-19 #BigData #géolocalisation #smartphone #StopCovid #contactTracing (...)

    ##santé ##algorithme
    https://img.lemde.fr/2020/04/22/745/0/5760/2880/1440/720/60/0/2cae159_xgm1E186T8cgYzTe0sOxR_DY.jpg

    https://seenthis.net/messages/847454 via etraces


  • « L’âpre combat d’une équipe médicale face à un virus indomptable » : quand un infectiologue raconte ses indignations
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/18/l-apre-combat-d-une-equipe-medicale-face-a-un-virus-indomptable-quand-un-inf

    Dans sa chronique, Frédéric Potet, journaliste au « Monde », revient sur le carnet de bord tenu au temps du Covid-19 par le professeur Louis Bernard, praticien au service des maladies infectieuses du CHU de Tours.

    Chronique. Le matin tôt, avant de partir sauver des vies à l’hôpital, le professeur Louis Bernard écrit. L’aube ne va pas tarder, le café coule dans la machine : stylo à la main, le praticien relate sa journée de la veille au service des maladies infectieuses du CHU de Tours, unité qu’il dirige depuis 2009. Publié sur le site Internet de France Bleu Touraine, son « Journal d’un médecin » n’est qu’un témoignage parmi d’autres au milieu du grand feuilleton national des ravages du Covid-19, qu’offrent à lire les médias depuis le début de l’épidémie. Celui-ci prend aux tripes, il émeut et bouscule. Louis Bernard a la plume aussi acérée que la lame d’un bistouri.

    Ecrits au présent, ses courts billets racontent l’âpre combat d’une équipe médicale face à un virus indomptable, qualifié, ici, d’ « araignée tissant inexorablement sa toile au milieu des poumons » , là de « loup » frappant aux portes des bergeries que sont les Ehpad. Agé de 57 ans, le professeur Bernard dépeint également une autre bataille, celle qu’il mène au jour le jour contre un ennemi de l’intérieur : les normes, ces « fichues normes » qui l’empêchent d’exercer la médecine comme il le souhaiterait, dans l’urgence d’une situation exceptionnelle.

    Alors le médecin s’indigne. Il s’indigne contre l’interdiction faite aux proches d’une malade, à l’article de la mort, de lui « tenir la main jusqu’au dernier souffle » . « Nous pouvions équiper la famille, l’habiller, la protéger de l’épidémie. Où était le problème ? » , s’offusque le praticien. La dame s’est éteinte dans la solitude : « Son corps a été mis dans un sac. Hermétique. Selon les normes. Une mise en bière immédiate. Selon les normes » , écrit-il.

    Découverte de « l’horreur »

    Louis Bernard s’indigne également d’ avoir dû attendre trois semaines, et la rédaction d’un décret ministériel , pour pouvoir monter une structure d’intervention dans un Ehpad situé à seulement 700 mètres de l’hôpital Bretonneau, où il exerce. Quand il finit par pénétrer dans le bâtiment avec une équipe de gériatres, d’infectiologues et de spécialistes en soins palliatifs, il découvre « l’horreur » : cinq morts, 26 retraités positifs, dont 10 graves, un tiers du personnel touché, des résidents ne pouvant « avoir accès à l’eau, aux soins, faute de professionnels pour les accompagner » , constate-t-il.

    « J’appelle les services de l’Etat pour expliquer et demander de l’aide. Réponse : “Oui, oui, nous sommes au courant, nous allons prendre des mesures.” Quand ? Où est la réserve sanitaire ? Pourquoi aucune prévention, aucune réaction ? » , fustige-t-il avant de dénoncer l’indifférence collective dans laquelle se déroulent de pareils drames. « Sur la route du retour, je repense à ces drones qui repèrent ceux qui trichent avec le confinement. Ces drones ne voient pas nos aînés qui tendent leur solitude oubliée vers un verre d’eau. Honte à nous » , assène-t-il dans son carnet de bord.

    Ancien chef de clinique à Paris, Louis Bernard incrimine surtout l’agence régionale de santé (ARS), située à Orléans, à 120 kilomètres de Tours, dont il dénonce, sans ambages, le « grand pouvoir de nuisance » à travers « ces fameuses procédures, totalement anachroniques » , qui « étouffent le bon sens et donc l’efficacité » . Peu importe que la raison impose l’envoi de renforts dans les Ehpad et de tests pour les personnels y travaillant : « La réponse de l’ARS (…) : nous allons évaluer la situation. Faites-nous l’inévitable “retex”. Le retour d’expérience. Encore une procédure » , se désespère l’infectiologue.

    L’inertie du mille-feuille

    A l’instar de son collègue neurochirurgien du CHU de Tours, Stéphane Velut, auteur d’un court essai (L’Hôpital, une nouvelle industrie, collection « Tracts », Gallimard) dans lequel il explique comment le langage des sphères de la communication et de l’économie s’est introduit dans le secteur hospitalier (Le Monde des 22-23 mars), Louis Bernard instruit le procès, plus large, d’une stratégie d’Etat, victime de l’inertie du mille-feuille : « Notre système de santé était déjà à genoux bien avant cette crise. Une restriction, drastique, quotidienne, depuis dix ans. Du pain sec et de l’eau. Une tarification à l’activité. Inadaptée, spéculative, qui s’alourdit encore face à un système pyramidal, amorphe ou peu réactif. Des formulaires à remplir pour tout et pour rien avec pour réponse l’attente. »

    Et le chef de service d’enfoncer le clou : « Jeter à la figure du personnel hospitalier, héroïque en ce moment plus encore que d’habitude, que l’on maintient des projets de fermeture de lits en pleine épidémie est vraiment incroyable. »

    Dans son Journal, Louis Bernard se fend aussi de considérations plus positives. Comme l’admiration qu’il porte aux infirmières, aides-soignantes et assistantes sociales de son service. Ou l’espoir qu’il nourrit dans la transfusion de plasma de patients immunisés, expérience testée à Paris : « Si cela fonctionne, l’histoire pourrait être alors très belle : des enfants porteurs de ce virus de mort le transmettent inconsciemment à leurs parents. Et c’est le sang de ces parents immunisés après avoir développé la maladie que l’on injecterait aux anciens pour les protéger et les sauver. Avec, au finish, une image nocturne souriante : celle de ces enfants, guérisseurs insouciants, courant librement dans un monde moins pollué et plus humain. »

    L’idée de consigner ainsi son ressenti est venue à Louis Bernard « par analogie » , explique-t-il lors d’un entretien téléphonique, en pensant à son grand-père maternel, qui tint un carnet sur le front de la première guerre mondiale. Comme pour Emmanuel Macron, la terminologie militaire fait sens, chez lui, pour combattre le nouveau coronavirus.
    Sa dénonciation « d’un commandement aléatoire possédant une connaissance du terrain médiocre » ne lui a pas valu de remontrances, pour l’heure, de la part de sa hiérarchie. « Je vis Covid. Personne ne va venir me chercher, là où je suis », dit-il en guise de plaisanterie.

    #CHU #Ehpad #ARS #normes #T2A #nuisibles

    https://seenthis.net/messages/844799 via colporteur


  • Bruno Latour : « La crise sanitaire incite à se préparer à la mutation climatique »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/25/la-crise-sanitaire-incite-a-se-preparer-a-la-mutation-climatique_6034312_323

    https://img.lemde.fr/2019/11/29/0/0/2400/1697/688/0/60/0/b2de76d_bkKSsGSm-5FLCtSYt2kmd9mQ.jpg

    Le philosophe explique que « l’exigence de protéger les Français pour leur propre bien contre la mort est infiniment plus justifiée dans le cas de la crise écologique que dans le cas de la crise sanitaire ».
    [...]
    Comme si l’intervention du virus pouvait servir de répétition générale pour la crise suivante, celle où la réorientation des conditions de vie va se poser à tout le monde et pour tous les détails de l’existence quotidienne qu’il va falloir apprendre à trier avec soin. Je fais l’hypothèse, comme beaucoup, que la crise sanitaire prépare, induit, incite à se préparer à la mutation climatique. Encore faut-il tester cette hypothèse.

    #Paywall : un.e abonné.e de ce formidable canard par ici ?
    #Latour #Covid-19 #Réchauffement-climatique

    https://seenthis.net/messages/834271 via Die Brücke


  • « L’urgence ne doit pas devenir pour les géants du numérique l’occasion de prendre un trop grand pouvoir »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/10/l-urgence-ne-doit-pas-devenir-pour-les-geants-du-numerique-l-occasion-de-pre

    Les chercheurs en informatique Laurence Devillers et Gilles Dowek regrettent, dans une tribune au « Monde », que les gouvernements fassent appel aux solutions numériques des entreprises américaines en matière de santé, au lieu de développer des solutions européennes. Le Covid-19, crise sans précédent, nous confronte à des réalités nouvelles. Nous nous rendons compte, par exemple, que nous sommes dépendants de l’industrie chinoise qui fabrique de nombreux médicaments que nous utilisons, ainsi que les (...)

    #santé #GAFAM #COVID-19 #CloudComputing #BigData #HealthDataHub #[fr]Règlement_Général_sur_la_Protection_des_Données_(RGPD)[en]General_Data_Protection_Regulation_(GDPR)[nl]General_Data_Protection_Regulation_(GDPR) #bot #algorithme #Facebook #Amazon #IBM #Palantir #Microsoft (...)

    ##santé ##[fr]Règlement_Général_sur_la_Protection_des_Données__RGPD_[en]General_Data_Protection_Regulation__GDPR_[nl]General_Data_Protection_Regulation__GDPR_ ##Google ##Apple
    https://img.lemde.fr/2020/04/09/0/0/8000/4000/1440/720/60/0/d05a5e4_kir5yCq_QsVgExSO8OJ-SXSf.jpg

    https://seenthis.net/messages/842296 via etraces


  • Coronavirus : « La deuxième réponse sera technologique », même « s’il ne s’agit pas d’imposer un contrôle numérique intensif des déplacements »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/01/coronavirus-la-deuxieme-reponse-sera-technologique-meme-s-il-ne-s-agit-pas-d

    Partout dans les médias de masse, on voit fleurir des discours technophiles qui vantent les bienfaits de la surveillance généralisée pour répondre à la crise sanitaire. Ne soyons pas dupes, ces technologies ne serviront en rien les malades atteints du coronavirus. Tout juste serviront-elles les fantasmes des malades atteint d’ordo-capitalisme aigu.

    Nous ne voulons pas de géolocalisation de données, de drones ou de caméras infra-rouges ou d’autres technologies issues tout droit de 1984. Nous, on veut juste des soignants, des lits, et des masques !

    https://seenthis.net/messages/837462 via yohooo