Aux États-Unis, les opioïdes tuent plus que les armes à feu 

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  • Aux États-Unis, les opioïdes tuent plus que les armes à feu
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    INFOGRAPHIE - Près de 64.000 personnes ont fait une overdose en 2016 après avoir consommé des doses excessives de ces médicaments, obtenus pour la majorité sur prescription.
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    Les overdoses par opioïdes font plus de victimes que les accidents de la route ou les armes à feu aux États-Unis. En 2016, près de 64. 000 personnes ont perdu la vie après avoir consommé des doses excessives d’opioïdes obtenus pour la majorité sur prescription, soit 175 morts par jour. « Aucune région des États-Unis n’est épargnée par cette épidémie. Nous avons tous un proche, un membre de la famille, un être aimé détruit par les opioïdes », s’est émue Anne Schuchat, directrice des Centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC), en mars dernier en annonçant ce nouveau bilan dramatique en constante augmentation.

    Car la situation ne fait qu’empirer d’année en année. Depuis 1999, les prescriptions d’opioïdes forts (morphine, mais surtout oxycodone), les hospitalisations et les décès par overdose, ont été multipliés par quatre. Près de 11 millions de personnes souffriraient de dépendances à ces molécules. « Une urgence de santé publique », avait martelé Donald Trump fin 2017. Quelques mois plus tard, un plan était présenté pour lutter contre ce fléau. Centré sur la répression des dealers pour mettre un terme à la vente de Fentanyl fabriqué illégalement, ce plan promeut aussi l’accès à l’antidote aux opioïdes : la naloxone.

    En spray nasal ou sous forme de stylo injecteur, ce médicament permet de sauver les personnes en arrêt respiratoire. Une quarantaine d’États autorisent sa délivrance sans ordonnance, et certains ont équipé leurs forces de police. Tous les services d’urgence en sont également dotés. Et des nouvelles données du CDC montrent qu’ils n’hésitent pas à l’utiliser : entre 2012 et 2016, l’administration de naloxone aux urgences a augmenté de 75 %. En France, ce traitement est disponible à l’hôpital et dans les centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA). Il devrait prochainement être disponible en pharmacie. « Quand il le sera, je pense qu’il sera pertinent de prescrire un kit aux patients sous opioïdes, comme cela est recommandé aux États-Unis. Cela permet de sensibiliser les patients et de les responsabiliser face à leur traitement potentiellement dangereux », commente le Pr Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie médicale au CHU de Clermont-Ferrand.
    Des nourrissons en manque

    Mais l’overdose n’est pas la seule conséquence dramatique de cette crise des opioïdes. Les CDC rapportent que le nombre de femmes enceintes dépendantes à ces morphiniques explose. Elles seraient quatre fois plus nombreuses en 2014 qu’en 1999, d’après une étude réalisée à partir des données de toutes les maternités du pays. En conséquence, les cas de nourrissons atteints de syndrome d’abstinence se multiplient. Il existe pourtant des moyens thérapeutiques pour aider ces femmes à se sevrer et réduire les risques pour leurs bébés à naître. Il est notamment possible de mettre en place un traitement de substitution aux opioïdes avec de la méthadone ou de la buprénorphine. D’action lente, il permet d’espacer les doses, d’éviter les périodes de sevrage et l’envie irrépressible de la substance.

    Désormais au pied du mur, les États-Unis tentent de faire volte-face. « L’éducation des médecins et du grand public est un élément clé », assure Yasmin Hurd, directrice de l’Institut des addictions de l’hôpital Mount Sinai à New York. Elle semble d’autant plus indispensable que le durcissement des conditions de prescription ne semble avoir aucun effet sur les médecins américains. Pour sensibiliser les médecins aux risques des opioïdes, le Dr Jason Doctor, spécialiste de santé publique à l’université de Californie du Sud, a eu une idée simple : avertir par courrier les médecins lorsque l’un de leurs patients décède d’une overdose. Et il montre dans la revueScience que cela fonctionne. En moins de trois mois, les médecins ayant appris la mort de leur malade ont réduit de 10 % les doses d’opioïdes prescrites, et ont même rédigé moins d’ordonnances que les médecins laissés dans l’ignorance.

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