• Le calvaire d’une musicienne palestinienne à l’aéroport de Tel Aviv
    Par Nai Bargouti (Traduit par Lionel R. pour CAPJPO-EuroPalestine)
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    (...) L’un des aspects les plus dangereux des régimes d’oppression coloniale est qu’ils s’efforcent d’occuper l’esprit des opprimés, pas seulement leur pays.
    Nous sommes arrivés à l’aéroport et j’essayais de convaincre ma mère de ne pas attendre que j’en aie fini avec le test de « sécurité » déshumanisant, comme elle le fait toujours. Bien que j’aime toujours voir son visage de loin, derrière l’épaisse vitre, je décidai de renoncer à sa main rassurante, car je ressens tant de peine et de rage en la voyant débordant de colère et si impuissante lorsqu’elle voit tous ces agents de sécurité israéliens racistes qui tentent de m’humilier juste à cause de qui je suis, de ce que je suis, une Palestinienne... Je l’ai suppliée de partir, mais elle a insisté : « Je ne peux pas te laisser dans cet endroit horrible. On ne sait jamais ce qui se passe. » Elle avait raison !
    Mon nom arabe sur mon passeport a immédiatement révélé mon identité, les invitant à me réserver leur traitement « royal ». Lorsque l’agent de sécurité m’a demandé si je parlais hébreu et que j’ai dit non, sa colère était visible. Quand elle m’a demandé ce que je faisais à Amsterdam et que j’ai répondu que j’y étudiais le jazz, elle ne pouvait plus retenir son racisme. Comment pouvais-je avoir l’outrecuidance de ne pas satisfaire point par point au stéréotype raciste de la « femme arabe » ? Elle m’a dit que je devais subir une « fouille corporelle ».
    Je l’ai immédiatement accusée de racisme, de profilage racial et de vengeance contre moi à cause de qui je suis, de ce que je suis et de ce que je fais. Elle a alors répondu en me criant qu’elle faisait son travail. Je lui ai rappelé que des réponses de ce genre avaient servi à excuser de nombreux crimes innommables de l’Histoire.
    Elle s’est vengée en affirmant que mon ordinateur portable n’avait pas passé son contrôle de sécurité et ne pouvait donc rester dans mes bagages. Ceci en dépit du fait qu’elle m’avait déjà demandé de l’ouvrir et de l’allumer. Elle a dit qu’ils me l’enverraient plus tard, par colis postal à mon adresse à Amsterdam. Je ris de son audace et objectai fortement. De par ma propre expérience comme celle d’autres Palestiniens, je sais que laisser son ordinateur portable à la sécurité de l’aéroport Ben Gourion signifie inévitablement qu’il sera piraté, endommagé, voire carrément "perdu".
    Je lui ai dit que je ne pouvais pas voyager sans mon ordinateur portable car toutes mes notes de musique et de cours y étaient, et qu’à défaut je ne pouvais assister à aucun de mes cours.
    Son supérieur hiérarchique sur place a soutenu sa décision vindicative, avec pour conséquence de me faire rater mon vol. J’ai pris mon ordinateur portable et me suis dirigée vers l’endroit où ma mère m’attendait avec anxiété. Elle m’a saluée avec le plus chaud des câlins et quelques larmes, puis m’ a dit : « Ne t’ inquiète pas, nous allons trouver une solution. Je suis si fière de toi !"
    Le lendemain, elle m’a conduite au poste frontière avec la Jordanie. Après avoir passé une nuit agréable en famille à Amman, savourant les fameuses tartes au fromage blanc et aux épinards de ma grand-tante, j’ai traversé l’aéroport accueillant d’Amman et suis arrivée à Amsterdam en toute sécurité, avec mon ordinateur portable et ma dignité intacte. (...)

    https://mondoweiss.net/2019/01/defying-palestinian-musicians
    #frontières #BenGourion #Israel

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