BALLAST Gramsci & Pasolini : récit d’une fraternité

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    • Pier Paolo Pasolini : Le Ceneri di Gramsci
      Des cendres, un chiffon rouge

      L’ouvrage Le Ceneri di Gramsci parut treize années avant que le poète ne se fît photographier devant la tombe du philosophe marxiste. « Un chiffon rouge, comme celui / noué au cou des partisans / et, près de l’urne, sur le sol cendré, / deux géraniums, d’un rouge différent. / Te voici donc, banni, en ta grâce sévère, / non catholique, enregistré parmi ces morts / étrangers ». On aura reconnu la description de la tombe. L’esprit du philosophe, notait-il, demeure sur terre auprès des gens libres. Pasolini s’adressa directement à Gramsci, le tutoyant, lui confiant la tension qui l’habitait : l’amour de ce monde qu’il haïssait. La vie, dehors, à l’extérieur des enceintes de ce cimetière, n’était que « survie ». Dans d’autres vers qui composent ce recueil, Pasolini revint sur son enfance – les murs de chaux, les olives que l’on vendait, les gosses aux culottes abîmées, le bourg sous le vent. Plus loin, il avançait que Marx et Gramsci « vivaient dans le vif de [s]es expériences ». Paysages et sentiments se frottent, s’esquintent, s’enchâssent – joie et désert, rives et blessure. Et, pour clore le livre, il loro rosso straccio di speranza : « leur rouge chiffon d’espérance ». Dans un appendice, paru en guise d’introduction à son anthologie Poesie, il précisa : « Ce qui me poussa à devenir communiste, ce fut une lutte de journaliers frioulans contre de grands propriétaires terriens, sitôt la guerre achevée […]. Je fus du côté des journaliers. Puis je me mis à lire Marx et Gramsci. »

      Un article émouvant et poignant tout comme l’oeuvre de Pasolini.