/2016


  • Madame la députée, votez contre la banalisation de l’état d’urgence
    https://reporterre.net/Madame-la-deputee-votez-contre-la-banalisation-de-l-etat-d-urgence

    L’Assemblée nationale va bientôt examiner le projet de loi antiterroriste du gouvernement Philippe. Il prévoit en fait d’intégrer dans le droit commun nombre des dispositions de l’état d’urgence. Les auteurs de cette #Tribune demandent à leur députée de faire preuve d’« indépendance d’esprit » et de « liberté de jugement face à une telle dérive du gouvernement ». Les auteurs de cette lettre ouverte sont des habitants et des élus de la 2e circonscription des Alpes-de-Haute-Provence, celle de Mme Emmanuelle (...)

    Tribune

    / #Libertés, #Politique

    « https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/120717/banalisation-de-l-etat-d-urgence-une-menace-pour-l-etat-de-droit »
    « https://www.publicsenat.fr/article/politique/loi-antiterroriste-une-pilule-empoisonnee-pour-la-republique-selon-le-de »
    « http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/03/luttons-contre-le-terrorisme-dans-le-respect-du-droit_4858281_3232.html »
    « https://urgencelibertes.wordpress.com/blog »
    « https://www.mesopinions.com/petition/politique/petition-appelant-aux-deputes-marche-alpes/33191 »
    « https://urgencelibertes.files.wordpress.com/2017/08/mediapart-christine-lazerges-loi-antiterroriste.pdf »
    « https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:%3D_L'%C3%A9tat_d'urgence_toujours_en_vigueur_dans_l'agglom%C3 »
    « https://www.facebook.com/christophe.castaner/photos/pcb.1150065441806476/1150064691806551/?type=3&theater »


  • Aux racines (vertes) de la « post-vérité »

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/12/26/aux-racines-vertes-de-la-post-verite_5053914_3232.html

    Le terme de « post-vérité », qui semble une notion nouvelle dont les médias parlent beaucoup, est en réalité une forme de mensonge à laquelle les climatologues sont confrontés depuis longtemps.

    http://s1.lemde.fr/image/2016/12/26/644x322/5053912_3_97bc_parce-qu-ils-sont-complexes-les-faits-d-e_8c2f908e2bf868b29ef12b7c6deeb710.jpg

    « Post-vérité » par ci, « post-vérité » par là… Depuis que l’hebdomadaire The Economist a mis, en septembre, cette expression à sa couverture (post-truth politics, dans le texte), il est fortement question de « post-vérité » ou d’« ère post-factuelle » dans les médias. Un peu partout, les commentateurs s’alarment de cet étrange climat – celui des débats préalables au Brexit ou de la campagne présidentielle américaine – dans lequel les faits n’ont plus de valeur argumentative particulière.

    Si le terme de « post-vérité » est assez difficile à définir, on comprend bien que l’expression décrit une situation où le fait de se livrer au mensonge, à la contrefaçon intellectuelle ou à la tromperie active n’est sanctionné par aucune conséquence négative ultérieure, en termes d’image, de crédibilité, d’accès aux médias, etc.

    Souvenez-vous : c’était il y a moins de dix ans

    Pourtant, ce qui semble une nouveauté à une majorité de professionnels du débat public est, de longue date, le pain quotidien des communautés intéressées aux questions environnementales et scientifiques. Ce n’est pas un hasard si l’inventeur du terme post-truth politics, David Roberts, est un ancien rédacteur du magazine environnementaliste Grist. Il n’est en réalité pas déraisonnable de penser que le relativisme qui a pris possession des consciences puise, en partie au moins, aux sources des polémiques récentes sur des sujets d’environnement, et sur le climat en particulier.

    Souvenez-vous : c’était il y a moins de dix ans. Quelques scientifiques climatosceptiques – tous étrangers aux sciences du climat – lançaient une virulente campagne contre leurs pairs travaillant sur la question. Le réchauffement anthropique, le sujet pourtant le plus minutieusement étudié de l’histoire des sciences, était selon eux une chimère, construite de toutes pièces par une clique pseudo-scientifique malfaisante, adoptant des méthodes mafieuses pour asseoir l’idée d’une influence humaine problématique sur le climat.

    Rien n’y fit

    Les livres soutenant la théorie d’un tel complot étaient farcis de calculs erronés, de courbes frauduleuses, parfois dessinées à main levée… Bon nombre de ces complotistes prédisaient un refroidissement imminent (qu’on attend toujours), se fondant sur des études qui – au choix – n’existaient pas, avaient été réfutées, disaient l’inverse. Tout cela en se prévalant du soutien de chercheurs qui, parfois, n’existaient pas non plus ou qui, lorsqu’ils existaient et que la question leur était posée, protestaient contre leur enrôlement dans cette croisade.

    Cette manipulation fut démontrée sans ambiguïté et publiquement exposée, la communauté des climatologues français ayant par exemple pris la peine de faire circuler des rectificatifs géants de plusieurs dizaines de pages. Mais rien n’y fit. La campagne se poursuivit sans encombre, ces quelques conjurés climatosceptiques continuant à avoir table ouverte dans la majorité des grands médias. Mentir était devenu un instrument rhétorique comme un autre.

    PARCE QU’ILS SONT COMPLEXES, LES FAITS D’ENVIRONNEMENT SONT, LORSQU’ILS SONT PLONGÉS DANS LE CHAUDRON DE LA CONVERSATION, PARMI LES PLUS VULNÉRABLES AU MENSONGE.

    L’une des personnalités à avoir perçu le caractère cardinal de ce qui était en train de se produire a été le biologiste Pierre Joliot. L’un de ces croisés climatosceptiques, disait-il en 2010, « déforme ouvertement les faits, tout en le reconnaissant », et ce au motif que son livre était « politique et non scientifique ». Il y avait là une nouveauté totale.

    « Les véritables fraudeurs, très minoritaires, savent qu’ils fraudent et ils le cachent, car ils se savent soumis aux mêmes règles que tous les autres, ajoutait Pierre Joliot. Ce qui se passe actuellement est une évolution sans précédent : nous avons désormais, en science, des manquements éthiques qui sont non seulement affichés mais aussi justifiés ! »

    Parce qu’ils sont complexes, les faits d’environnement sont, lorsqu’ils sont plongés dans le chaudron de la conversation, parmi les plus vulnérables au mensonge. « En matière de climat, a coutume de dire un chercheur français, il faut dix secondes pour dire une ânerie et dix minutes pour expliquer pourquoi c’est une ânerie. »

    Mithridatisés au mensonge

    Sur ce sujet, le contournement de la réalité ou sa simple négation ont donc été des armes systématiquement utilisées dans les arènes du débat public. Il ne se trouvera personne pour affirmer que le chômage a baissé de moitié au cours du quinquennat qui s’achève. A l’inverse, combien de fois avons-nous pu entendre, ou lire, que le changement climatique s’est arrêté en 1998, que les plantes transgéniques sont des poisons violents ou que les perturbateurs endocriniens ne posent aucun problème sanitaire ? Les polémiques sur l’environnement ont fait le lit du relativisme ; elles nous ont mithridatisés au mensonge.

    D’ailleurs, comment ne pas le remarquer : la « post-vérité » est un phénomène bien plus notable aux Etats-Unis, là où la propagande climatosceptique est née et a été, depuis une quinzaine d’années, une entreprise de nature et d’ampleur industrielles, avec sa chaîne de télévision en croisade, ses armadas de think tanks, de pseudo-experts, de blogs… Aujourd’hui, avec la montée en puissance des réseaux sociaux et des algorithmes de distribution de l’information, qui maintiennent les individus installés dans le cocon de leurs biais et de leurs préjugés, le phénomène est voué à prendre toujours plus d’ampleur.

    Et ce n’est pas fini. Ce ne sont plus seulement les discours qui sont contaminés, mais le processus législatif et réglementaire lui-même. Aux Etats-Unis, la fin annoncée des réglementations limitant les émissions des centrales à charbon est fondée sur la négation du réchauffement ; en Europe, Bruxelles veut laisser sur le marché la majorité des perturbateurs endocriniens et s’appuie pour cela sur des arguments piétinant le consensus scientifique. Là encore, tout commence par l’environnement ; le reste suivra.

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  • « Non condamnation de Christine Lagarde : quand la justice ignore le droit »

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/12/22/non-condamnation-de-christine-lagarde-quand-la-justice-ignore-le-droit_50529

    Christine Lagarde a été reconnue coupable de négligence dans l’affaire Tapie, mais pas condamnée. Ce verdict témoigne d’une justice à deux vitesses ; il est donc politiquement criticable. Mais il est aussi illégal du point de vue du droit pénal, estime le juriste Benjamin Fiorini.

    http://s1.lemde.fr/image/2016/12/22/644x322/5052939_3_35e8_nombreux-sont-ceux-a-deplorer-cette-dec_ff808074181f8f5559ace53250cfbea2.jpg

    Après le fameux « responsable, mais pas coupable », la Cour de la justice de la République innove avec un nouvel opus : « condamnée, mais pas condamnable »… Christine Lagarde, reconnue coupable d’une négligence ayant coûté plus de 400 millions d’euros à l’Etat, ne se plaindra certainement pas de cette inventivité judiciaire. En revanche, la crédibilité de la Cour a tout à y perdre.

    Nombreux sont ceux à déplorer cette décision qui symbolise l’existence d’une justice à deux vitesses, en ce qu’elle dispense de peine une personne ayant commis une négligence au coût exorbitant pour l’Etat, tandis que d’autres délinquants, dont les infractions sont moins préjudiciables à la société, ne bénéficient pas d’une telle faveur. Sans doute cet argument est-il suffisant en soi pour décrédibiliser le verdict rendu, et aussi pour faire réfléchir à l’abolition de cette Cour de justice de la République dont le passé était déjà peu glorieux.

    Des irrégularités dans la procédure

    Toutefois, outre cette critique politique, une autre donnée est passée presque totalement inaperçue : la dispense de peine octroyée à Christine Lagarde est tout simplement... illégale ! Pour préserver les intérêts de l’ex-ministre, pour prononcer cette condamnation neutre qui s’apparente à un éclair sans tonnerre, les juges — essentiellement des parlementaires — ont contorsionné le droit, au point de le rompre et de ne plus l’appliquer du tout. En voici la démonstration juridique, laquelle n’a rien de très technique.

    L’article 68-1 de la Constitution prévoit que « la Cour de justice de la République est liée par la définition des crimes et délits ainsi que par la détermination des peines telles qu’elles résultent de la loi ». Ainsi, ce sont les dispositions du droit commun qui s’appliquent quant à la détermination de la peine. Il s’ensuit que pour prononcer la peine applicable à Christine Lagarde, les juges avaient l’obligation de se rapporter aux dispositions du Code pénal.

    Or, la dispense de peine est prévue à l’article 132-59 de ce Code, lequel prévoit qu’elle est accordée « lorsqu’il apparaît que le reclassement du coupable est acquis, que le dommage causé est réparé et que le trouble résultant de l’infraction a cessé ». Trois conditions cumulatives sont donc nécessaires pour que les juges octroient une dispense de peine : le reclassement du coupable, la réparation du dommage, et la fin du trouble né de l’infraction.

    Dans le cas de Christine Lagarde, il est invraisemblable de considérer que les deux dernières conditions sont remplies. Certes, on peut admettre son « reclassement », sa promotion au Fonds monétaire international (FMI) étant sans doute un gage de bonne moralité. Mais comment considérer que « le dommage causé est réparé » et « que le trouble résultant de l’infraction a cessé », alors même que l’Etat n’a pas encore récupéré les sommes perdues à cause de l’arbitrage, et que de nombreuses procédures sont toujours en cours ?

    La motivation retenue par les juges pour expliquer la dispense de peine n’évoque d’ailleurs nullement cette question. Ils préfèrent se référer exclusivement à la personnalité de Christine Lagarde et aux difficiles fonctions qu’étaient les siennes à l’époque des faits. Pas un mot n’est dit sur la réparation du dommage et la fin de trouble causé par l’infraction (et pour cause !), ce qu’exige pourtant la loi.

    Un recours en cassation toujours possible

    Au regard de ces éléments, il est évident que l’arrêt rendu par la Cour de justice de la République est illégal, la dispense de peine ayant été accordée dans des conditions qui ne le permettaient pas. Dans un Etat de droit en bonne santé, cet arrêt devrait faire l’objet d’un recours par le Ministère public et être cassé par la Cour de cassation. C’est le juste sort qu’il mérite.

    Malheureusement, il n’aura échappé à personne que le ministère public, ayant plaidé la relaxe dans cette affaire, semble peu enclin à se pourvoir contre une décision somme toute très favorable à Christine Lagarde (aucune peine à purger ; aucune mention de la condamnation sur le casier judiciaire ; aucune conséquence sur ses fonctions au FMI). On se trouve donc dans la situation absolument ubuesque où le ministère public, pourtant chargé de faire respecter la loi, refuse de se pourvoir contre un arrêt manifestement illégal !

    Peut-être que la presse, en informant le public de l’irrégularité frappant cette décision, pourrait conduire le ministère public à réviser sa position ? Les choses pressent, le recours en cassation ne pouvant être déposé que cinq jours après le prononcé de la décision.
    Si rien n’était fait, si la décision était maintenue telle quelle, il faudrait en conclure que devant la Cour de justice, les dispenses de peine sont arbitraires en cette République...

    https://seenthis.net/messages/554280 via enuncombatdouteux


  • L’écart de voix entre Hillary Clinton et Donald Trump, une anomalie démocratique ?

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/12/15/le-casse-tete-de-l-oncle-sam_5049687_3232.html

    Malgré 2,7  millions de voix d’avance, Hillary Clinton ne sera pas présidente des Etats-Unis. Une anomalie qui relance le débat sur les grands électeurs.

    http://s1.lemde.fr/image/2016/12/15/644x322/5049686_3_7235_en-2000-alors-que-bill-clinton-s_9170f3f677ef1f4b3f95cdc2f4303fc2.jpg

    Le chiffre est historique. Le 8 novembre, la candidate démocrate à l’élection présidentielle américaine, Hillary Clinton, a engrangé 2,7 millions de voix de plus que son adversaire républicain Donald Trump.
    Mais la vie démocratique américaine est ainsi faite que Mme Clinton ne sera pas la future présidente des Etats-Unis. Elle-même, d’ailleurs, ne revendique rien. Elle connaît l’héritage de l’histoire et respecte la loi du « collège électoral » et de ses 538 grands électeurs chargés d’élire le président. Une spécificité américaine forgée dans la Constitution par les Pères fondateurs, mais qui, deux siècles plus tard, apparaît aux yeux de beaucoup comme une trahison du principe démocratique de l’élection au suffrage direct : « un homme, une voix ».

    Car si l’arithmétique prouve que Mme Clinton a gagné le vote populaire, elle n’a pas obtenu les bonnes voix aux bons endroits. En s’imposant dans une vingtaine d’Etats sur cinquante, la candidate démocrate n’a emporté que 232 des 270 grands électeurs qu’il lui fallait pour succéder à Barack Obama. Elle rejoint dans l’histoire récente le démocrate Al Gore : celui-ci avait dû s’incliner en 2000 face à George W. Bush, malgré un écart de 500 000 voix en sa faveur – soulevant, déjà, des questions sur l’équité de la procédure électorale.
    Seize ans plus tard, la victoire de l’imprévisible Donald Trump et l’avance sans appel de Mme Clinton en termes de voix ont suscité une émotion plus forte encore. Et relancé avec force le débat sur un système que beaucoup considèrent désormais comme une anomalie démocratique et historique.

    En un peu plus d’un mois, près de 5 millions de personnes ont signé une pétition demandant aux grands électeurs de donner leur voix à la candidate démocrate, le 19 décembre, lors de l’élection officielle du président des Etats-Unis.

    Cette requête a peu de chance d’être entendue. Seul un grand électeur républicain du Texas, Chris ­Suprun, a affirmé qu’il ne voterait pas pour M. Trump. Rejoignant ainsi les rares grands électeurs « déloyaux » (faithless) qui ont jalonné l’histoire de l’élection présidentielle – sans pour autant jamais en changer l’issue.

    Quelles raisons poussent donc l’une des plus solides démocraties du monde à élire son président au scrutin indirect, au cours d’une procédure à première vue injuste et dont une majorité de citoyens souhaiterait s’affranchir ? La réponse remonte à 1787 et a jailli lors d’âpres débats entre les rédacteurs de la Constitution américaine réunis à Philadelphie (Pennsylvanie).

    A l’époque, ces aristocrates éclairés, marqués par la brutalité des monarchies européennes, craignent l’émergence d’un dirigeant autoritaire, voire autocrate, à même de ruiner les apports de la révolution américaine. Leur confiance dans le jugement du peuple étant toute relative, la création d’un niveau intermédiaire d’électeurs jugés mieux informés s’impose pour éviter qu’un tyran ou qu’un démagogue ne se fraye un chemin par la voie démocratique.

    Le collège électoral est né. L’un de ses concepteurs, Alexander Hamilton, juriste influent dans les débats tenus à Philadelphie, défend cette conception contre ses collègues partisans d’un suffrage universel direct : « Un petit nombre de personnes, choisies par leurs concitoyens au sein de la population, sera plus à même de détenir les informations et le discernement requis. » En ajoutant qu’il était aussi « particulièrement souhaitable d’éviter au maximum tumulte et désordre ».

    Le poids démesuré de certains Etats

    Le poids respectif des grands électeurs selon les Etats, aujourd’hui remis en cause, remonte également à cette époque. Dans l’Amérique de la fin du XVIIIe siècle, les Etats du Sud, esclavagistes et moins peuplés que ceux du Nord, craignent que le système ne leur soit durablement défavorable.

    Un compromis est donc élaboré : quelle que soit son importance démographique, chacun des treize Etats initiaux enverra deux représentants au Sénat, tandis que la Chambre des représentants accueillera un nombre d’élus proportionnel à la population. Pour augmenter leur poids au Congrès, les Etats du Sud imposent l’idée qu’un esclave, même s’il n’a évidemment pas le droit de vote, compte pour trois cinquièmes d’un électeur blanc.

    Le vote d’un citoyen du Wyoming (586 000 habitants) compte quatre fois plus que celui d’un électeur du Michigan (9,9 millions).
    Conçu pour « protéger les minorités », ce principe donnera aux Etats du Sud la mainmise sur la présidence durant trente-deux des trente-six premières années qui suivent la rédaction de la Constitution, ainsi que l’a rappelé dans la presse américaine Akhil Reed Amar, spécialiste de droit constitutionnel. Aujourd’hui, la formation du collège électoral répond toujours à ces critères.

    Dans chaque Etat, le nombre des grands électeurs, désignés par les partis politiques, correspond au nombre de ses élus au Congrès, donnant à certains Etats ruraux ou peu peuplés un poids jugé disproportionné par les détracteurs du système : le vote d’un citoyen du Wyoming (586 000 habitants), dénoncent-ils, compte ainsi quatre fois plus que celui d’un électeur du Michigan (9,9 millions).

    Au lendemain de l’élection, l’écrivaine Joyce Carol Oates, suivie par d’autres critiques, s’inquiétait que ce déséquilibre favorise à jamais « les voix rurales, blanches, âgées et plus conservatrices ». Un sentiment d’injustice partagé en 2012 par un certain… Donald Trump. « Plus de voix égalent une défaite… Révolution ! », écrivait-il sur Twitter, alors que le décompte des voix de l’élection présidentielle se poursuivait. Il ajoutait quelques jours plus tard : « Le collège électoral est un désastre pour une démocratie. »

    Aujourd’hui, alors que ce système « honteux » lui est favorable, M. Trump juge que « le collège électoral est en fait génial car il met tous les Etats, y compris les petits, dans le jeu ». L’un des biais du système amène les candidats à rechercher les voix des grands électeurs dans des Etats stratégiques, délaissant durant leur campagne les Etats qu’ils savent, ou pensent, acquis à leur parti.

    « La tyrannie de la minorité »

    Quelques voix s’élèvent néanmoins pour défendre cette procédure. Ainsi, l’ancien directeur de campagne du candidat malheureux Al Gore, William M. Daley, estime que, si l’on réformait le collège électoral, « le remède pourrait être pire que le mal ».

    « Ce système, estime-t-il, favorise les deux grands partis, ce qui a permis une longue stabilité politique que beaucoup de pays envient. Un troisième parti en soi n’est pas une mauvaise chose, mais notre système fédéral n’est pas adapté aux partis de niche. »
    Des grands électeurs républicains, « harcelés » par des courriers leur demandant de changer leur vote pour faire barrage à M. Trump, montent aussi au créneau pour défendre le collège, qui assure, selon eux, « une représentation de l’ensemble du pays ».

    «  Plus de voix égalent une défaite… Révolution  !  », tweetait Donald Trump en 2012, avant d’ajouter  : «  Le collège électoral est un désastre pour une démocratie  »

    Mais les critiques, récurrentes, se multiplient. Concernée au premier chef, Mme Clinton ne s’est pas exprimée cette année sur le sujet. Mais, en 2000, alors que Bill Clinton s’apprêtait à terminer son deuxième mandat présidentiel, la First Lady de l’époque plaidait pour le suffrage universel direct et « la volonté du peuple ».

    « Ce système est intolérable dans une démocratie. Il viole l’égalité politique car toutes les voix ne sont pas égales », estime aussi George C. Edwards III, professeur de sciences politiques à l’université du Texas, auteur d’un ouvrage sur le sujet (Why the Electoral College Is Bad for America, « Pourquoi le collège électoral est mauvais pour l’Amérique », non traduit).

    En réponse aux Pères fondateurs, il juge que « le collège électoral ne protège pas de la tyrannie de la majorité. Au contraire, il fournit un potentiel pour la tyrannie de la minorité ». L’élection de M. Trump, acquise en grande partie grâce aux voix des électeurs blancs, ruraux et peu diplômés, tend à illustrer ce biais.

    Même si le caractère sacré de la Constitution aux Etats-Unis constitue un obstacle majeur à toute évolution, les propositions alternatives n’ont pas manqué depuis l’élection du 8 novembre. Au-delà de la pétition, sorte d’exutoire pour de nombreux électeurs sous le choc, d’autres initiatives ont vu le jour.

    Une élue démocrate de Californie, Barbara Boxer, a ainsi déposé une proposition de loi pour supprimer le collège électoral – texte qui n’a aucune chance d’être adopté. « La présidence est la seule fonction pour laquelle vous pouvez avoir plus de voix et perdre, déplore la sénatrice. Chaque Américain devrait être assuré que son vote compte. »

    Optimisme prudent

    Cet argument est repris par ceux qui s’inquiètent du faible taux de participation lors de l’élection (54 % cette année). De leur côté, deux grands électeurs démocrates du Colorado et de l’Etat de Washington ont lancé le mouvement des « Electeurs de Hamilton ».

    Sans réclamer la suppression du collège électoral, ils rappellent que les garde-fous défendus par le Père fondateur étaient conçus pour éviter la percée d’un ­ « démagogue » tel que M. Trump. Aussi demandent-ils à leurs pairs républicains non pas de voter pour Mme Clinton le 19 décembre, mais de choisir dans leur camp un candidat ayant « les qualifications requises », comme le souhaitait Alexandre Hamilton.
    Les inquiétudes actuelles ne sont pas nouvelles. Après la défaite de M. Gore, en 2000, plusieurs Etats avaient réfléchi à de nouvelles dispositions ne nécessitant pas un amendement constitutionnel. Il s’agissait d’abandonner la pratique bien ancrée du winner take all (« le gagnant remporte tout »), qui n’est pas inscrite dans la Constitution.
    Par ce biais, dans 48 des 50 Etats, le candidat arrivé en tête remporte la totalité des voix des grands électeurs en jeu. L’idée serait de partager les votes des grands électeurs de manière proportionnelle, en fonction du vote populaire.

    Une autre solution consisterait à suivre les recommandations du « National Popular Vote Interstate Compact ». Selon cet accord, signé par un groupe de dix Etats plus le district de Columbia (Washington, D.C.), les grands électeurs s’engageraient à donner leur voix au candidat qui aurait gagné le vote populaire, quelle que soit sa couleur politique. Un système qui ne fonctionnera que lorsque suffisamment d’Etats auront rejoint le mouvement pour délivrer 270 voix au « candidat du peuple ».

    Seize ans après ses propres déboires, Al Gore, quant à lui, fait preuve d’un optimisme prudent. « Cela prendra du temps, mais je ne serais pas surpris que finalement nous passions au vote populaire pour élire le président d’ici une décennie », commente-t-il. Mais, entre la tradition et le poids électoral que ce système octroie à certains Etats, le système des grands électeurs risque fort de dominer encore les prochaines élections.

    https://seenthis.net/messages/552976 via enuncombatdouteux


  • L’israélisation du monde (occidental)
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/12/01/l-israelisation-du-monde-occidental_5041187_3232.html
    LE MONDE | 01.12.2016 | Par Christophe Ayad
    http://s1.lemde.fr/image/2016/12/01/644x322/5041186_3_2fd6_un-soldat-israelien-le-24-aout-dans-le-v_5dbe231c70ebfec2f2baa3a6ad66e578.jpg

    Chronique. Tombant dans le piège tendu par Al-Qaida et l’EI, l’Occident s’est mis à ressembler à Israël : une forteresse assiégée, cherchant des réponses sécuritaires à ses problèmes politiques.

    https://seenthis.net/messages/547223 via Loutre


  • Le discours confus de Donald Trump sur le climat

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/11/28/donald-trump-et-le-climat-suite_5039359_3232.html

    Le président élu des Etats-Unis a accordé, la semaine dernière, un entretien au « New York Times » dont la lecture in extenso laisse perplexe quant à ses intentions réelles en matière de lutte contre le changement climatique.

    http://s1.lemde.fr/image/2016/11/28/644x322/5039588_3_8b65_donald-trump-sur-le-golf-de-turnberry-en_46b42539893bd89b0c196337aed3c4e8.jpg

    Tout le monde est rassuré : le président élu des Etats-Unis ne s’apprêterait pas à sortir de l’accord de Paris sur le climat. Il l’aurait dit au New York Times. Il serait même, en réalité, disposé à lutter contre le changement climatique. Pour le climat comme pour tant d’autres choses — les poursuites contre Hillary Clinton, la déportation de 11 millions d’immigrés sans papiers, la vaste fortification entre le Mexique et les Etats-Unis, etc. — Donald Trump semble donc avoir eu, pendant sa campagne, des mots en léger décalage avec ses intentions. En définitive, tout n’est pas si inquiétant. Après la rencontre, mardi 22 novembre, entre la rédaction du New York Times et le futur locataire de la Maison Blanche, cette petite musique tranquillisante a été jouée par de nombreux titres de la presse américaine. Hélas ! Pour qui prend la peine de lire ce qu’a réellement déclaré M. Trump sur le climat, la réalité n’est pas aussi rassurante.

    Outre un compte rendu formel de la rencontre, publié dans son édition du 23 novembre, le Times a effet pris l’initiative salutaire de publier sur son site Web, in extenso, la retranscription de l’entretien, brut de décoffrage. Dans ce texte interminable, le quotidien n’a pas édité les propos de M. Trump, il ne les a pas soumis à la chirurgie lourde qui eût été nécessaire à la publication d’un entretien classique sous la forme de questions-réponses. Les propos de l’intéressé ont été laissés dans leur désarmante oralité, leur absence de structure et de sens, livrés dans leur vérité nue, offrant ainsi au lecteur un voyage fascinant au cœur des brumes sibyllines de la pensée trumpienne.

    Divagations

    Sur le climat, celle-ci est libellée en phrases qui semblent ne commencer ni ne finir nulle part, entrecoupées de digressions et de divagations, comme autant de parenthèses qui s’ouvrent et ne se referment jamais. Rendre en langue française l’échange, avec le juste niveau de langage, est une gageure. Mais tentons l’exercice. Question du chroniqueur Thomas Friedman : « Allez-vous retirer à l’Amérique son rôle moteur dans la lutte contre le changement climatique ? »

    Réponse : « Je regarde ça de très près, Tom. Je vais vous dire quoi. J’ai l’esprit ouvert là-dessus. On va regarder très soigneusement. C’est une question intéressante parce qu’il y a peu de choses où il y a plus de divisions que sur le changement climatique. Vous avez tendance à ne pas l’écouter, mais il y a des gens de l’autre côté de cette question qui ne sont, tenez, même pas… » Arthur Sulzberger, le patron du journal, relance la conversation. M. Trump poursuit : « Mais beaucoup de gens intelligents sont en désaccord avec vous. J’ai un esprit très ouvert. Et je vais étudier beaucoup de choses qui se sont produites là-dessus et nous allons les regarder très soigneusement. Mais j’ai un esprit très ouvert. »

    L’accord de Paris ? « Je vais y jeter un œil »

    Le président élu poursuit : « Vous savez, le jour le plus chaud, c’était en 1890 et quelque, en 1898. Vous savez, vous pouvez faire grand cas de différents points de vue. J’ai un esprit totalement ouvert. Mon oncle a été pendant trente-cinq ans professeur au MIT [Massachusetts Institute of Technology]. Il était un grand ingénieur et scientifique. C’était un type bien. Et il était… il y a longtemps, il avait son sentiment — c’était il y a longtemps —, il avait son sentiment à ce sujet. C’est un sujet très complexe. Je ne suis pas sûr que personne saura jamais. Je sais que nous avons, ils disent qu’ils ont la science d’un côté, mais ensuite ils ont aussi ces e-mails horribles qui ont été échangés entre scientifiques. C’était où donc, à Genève il y a cinq ans ? Terrible. Là où ils se sont fait prendre, vous savez, donc vous voyez cela et vous vous dites, à quoi ça rime ? »

    On reconnaît là une référence au piratage et à la divulgation, fin 2009, de courriels de climatologues britanniques. L’opération avait emballé la grande machine à propager la rumeur et la calomnie ; elle a porté ses fruits puisque l’épisode demeure gravé dans le cerveau de M. Trump. Celui-ci poursuit : « J’ai un esprit absolument ouvert. Je vais vous dire quoi : un air pur est extrêmement important. Une eau pure comme du cristal est extrêmement importante. La sécurité est extrêmement importante. »

    Les entreprises d’abord

    Les journalistes du Times persistent. Ils demandent à l’intéressé s’il pense que le réchauffement est lié aux activités humaines. « Maintenant, je pense… disons, je pense qu’il y a une connexion. Il y a quelque chose. Cela dépend à quel point. Cela dépend aussi de combien cela va coûter à nos entreprises. Vous devez bien comprendre, maintenant, nos entreprises ne sont pas compétitives. » La véracité d’un fait dépend donc, dans l’esprit de M. Trump, de son coût pour les entreprises américaines.

    Un journaliste insiste : les Etats-Unis vont-ils, oui ou non, se retirer de l’accord de Paris ? « Je vais y jeter un oeil », répond simplement M. Trump. Connaissant la passion du président élu pour le golf, Thomas Friedman tente : « Je détesterais voir [le parcours de] Royal Aberdeen [en Ecosse] sous l’eau. » A quoi répond un énigmatique : « La mer du Nord, ça se pourrait, ç’en est un bon celui-là, n’est-ce pas ? » (« The North Sea, that could be, that’s a good one, right ? », en version originale).

    Il faut donc une forte dose de méthode Coué pour se sentir rassuré par ces propos, tenus par le futur chef de la première puissance mondiale sur le plus grave problème environnemental de notre temps. D’autant que les intentions n’ont pas changé. Le lendemain de cet entretien au New York Times, l’un des conseillers de M. Trump annonçait le démantèlement, à la NASA, des activités d’observation de la Terre et de recherche climatique, qualifiées de « science politiquement correcte ». Assurément, l’esprit de M. Trump est « ouvert ». Aux quatre vents.

    https://seenthis.net/messages/546381 via enuncombatdouteux


  • L’écrasante responsabilité de la gauche dans la victoire de Donald Trump
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/11/13/l-ecrasante-responsabilite-de-la-gauche-dans-la-victoire-de-donald-trump_503
    http://s1.lemde.fr/image/2016/11/13/644x322/5030325_3_bd7e_il-ne-reste-plus-a-ceux-qui-votaient-tr_e420dc3b468a0d8d002b8732ed61cd52.jpg

    Les gauches se font tailler des croupières presque partout dans le monde par des partis qui prétendent mettre au cœur de leurs préoccupations les oubliés, les damnés de la mondialisation, les sans-grade, les déclassés, parce que la gauche a renoncé à mener une politique de gauche, explique la sociologue Dominique Méda.


  • Les limites du recyclage dans le domaine du high-tech

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/11/15/quand-recycler-pollue_5031211_3232.html

    En début d’année, Apple a dévoilé à grand renfort de publicité sa dernière prouesse technologique : Liam, un robot capable de démanteler un iPhone en onze secondes seulement, et donc de recycler 1,2 million d’unités par an. Sacrée performance pour qui voudrait briller lors de la Journée mondiale du recyclage, le 15 novembre… Mais une performance qui doit être relativisée : la firme à la pomme a écoulé 231 millions de modèles neufs en 2015 !

    http://s1.lemde.fr/image/2016/11/15/534x0/5031210_7_edf3_recyclage-de-composants-electroniques-a_9b4ee3d28a06066972e1106a873d8fa5.jpg

    Fièrement présenté comme la marque d’un engagement responsable, Liam est en réalité le parfait symbole du recyclage dans le domaine du high-tech : une goutte d’eau verte dans un océan de pollution, inévitable résultante du modèle productiviste en vigueur dans le secteur.

    En 2014, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) comptabilisait 633 millions de nouveaux appareils électriques et électroniques commercialisés en France, soit six fois plus qu’il y a vingt ans. Tandis qu’étaient ainsi mises en circulation 1,55 million de tonnes d’équipements neufs, les éco-organismes collectaient 526 855 tonnes de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE). Ce sont donc les deux tiers du volume mis sur le marché qui sont dans l’incapacité d’être absorbés.

    Passif accumulé

    Malgré la meilleure des volontés et les progrès réels de la filière (+ 9,8 % sur un an), et même en renforçant les incitations pour les enseignes et les particuliers – aujourd’hui bien maigres –, il est illusoire d’imaginer collecter 100 % des DEEE. Sans parler du passif accumulé dans les déchetteries et les décharges sauvages, mais aussi sous la poussière de nos caves, placards et greniers.

    Pire encore, quand bien même on s’approcherait de cet idéal, seulement 3 % des équipements aujourd’hui collectés sont réutilisés, tels quels ou sous forme de pièces détachées. Le reste est traité de façon grossière, selon des processus proches du recyclage du papier ou de l’aluminium. Quel que soit leur état ou leur sophistication, les appareils ne sont perçus que comme une source de matière première quasi brute, évaluée à la tonne.

    Les 50 milliards de dollars de matériaux ainsi récupérables annuellement dans le monde (or, cuivre, terres rares, plastiques…) représentent certes une valeur considérable, mais elle est bien mince par rapport à celle, ajoutée et résiduelle, qui disparaît chaque fois qu’un téléphone et ses composants sont démantelés et fondus aveuglément.

    Subterfuges techniques

    Au-delà des limites inhérentes aux processus de collecte et de valorisation, il faut rappeler que le recyclage, c’est d’abord une destruction, et donc une incitation implicite à produire et acheter neuf. Or, Apple le concède lui-même dans son rapport de développement durable, 88 % de l’empreinte carbone d’un iPhone 6, par exemple, provient de sa fabrication, contre 12 % seulement pour son utilisation. Le bilan environnemental d’un changement d’appareil, fût-il recyclé, est donc désastreux.

    Il y a par conséquent urgence à reconnaître les limites du recyclage en matière de DEEE. Malgré son intérêt en dernier recours, le recyclage ne doit plus être considéré comme la panacée et servir de bonne conscience commode à un modèle archaïque et excessivement polluant fondé sur l’obsolescence programmée. L’obsolescence programmée ne consiste (généralement) pas à introduire dans l’appareil une sorte de machiavélique mécanisme d’autodestruction planifiée, mais à inciter par toutes sortes de moyens le consommateur à se tourner vers un produit neuf.

    De la médiocrité plus ou moins volontaire de certains composants vitaux à l’indisponibilité des pièces détachées ou à la disqualification progressive du matériel par le logiciel, l’obsolescence programmée passe par d’innombrables subterfuges techniques, commerciaux mais aussi psychologiques.

    A l’image des batteries de téléphone, désormais inaccessibles, les constructeurs rendent, par exemple, les réparations si complexes et coûteuses que le propriétaire est en général découragé par avance d’y recourir. Et la valorisation et la mise en scène perpétuelle de l’innovation dans le discours marketing font déconsidérer des appareils âgés de quelques mois à peine, pourtant encore largement suffisants pour le commun des mortels.

    Bombe écologique à retardement

    Le résultat de l’obsolescence programmée est une boulimie de technologies qui constitue une aberration économique autant qu’une bombe écologique à retardement. Tant que le secteur des technologies n’aura pas procédé à une profonde remise en cause culturelle et que ses entreprises chercheront par tous les moyens à encourager l’achat perpétuel de produits neufs, tous les processus d’écoconception, tous les programmes de recyclage, tous les Liam, demeureront des alibis à l’impact limité qui, en outre, freineront l’émergence d’approches alternatives et complémentaires au recyclage.

    Seul l’allongement de la durée de vie des appareils, à travers leur réutilisation sous une forme ou sous une autre, sera en mesure de lisser l’impact environnemental de leur fabrication. Il existe pour cela plusieurs pistes, à commencer par la facilité de réparation, comme le propose le Fairphone, un téléphone socialement responsable d’origine néerlandaise.

    Autre solution, le reconditionnement, qui consiste à commercialiser au tarif de l’occasion des appareils usagés remis à neuf. Enfin, le téléphone modulaire, dont on choisirait et changerait les composants en fonction de ses besoins et de l’innovation, reste une perspective passionnante malgré l’abandon par Google de son projet « Ara », qui allait dans ce sens. Quel que soit le moyen, l’objectif doit rester le même : produire moins, et donc polluer moins, tout en préservant notre mode de vie moderne.

    https://seenthis.net/messages/542474 via enuncombatdouteux


  • Slavoj Žižek a au moins le mérite d’exhumer cette citation d’Orwell : « Nous daubons tous allègrement sur les particularismes de classe, mais bien peu nombreux sont ceux qui souhaitent vraiment les abolir. On en arrive ainsi à constater ce fait important que toute opinion révolutionnaire tire une partie de sa force de la secrète conviction que rien ne saurait être changé. »

    #Etats-Unis — « La chance d’une gauche plus radicale » (Le Monde, 12/10/2016)
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/11/12/une-chance-de-recreer-une-gauche-authentique_5029953_3232.html

    Dans La Lucidité (Point, 2007), José Saramago raconte d’étranges événements survenus dans la capitale sans nom d’un pays démocratique sans nom. Le matin des élections, il pleut à torrent et le faible taux de participation inquiète, mais, en milieu d’après-midi, le ciel se dégage enfin et la population se rend aux urnes en masse. Le soulagement du gouvernement est toutefois de courte durée : le décompte des voix révèle 70 % de bulletins blancs.

    Déconcerté par cette apparente erreur civique, le gouvernement veut donner aux citoyens une chance de se racheter et organise une nouvelle élection la semaine suivante. Mais c’est encore pire : c’est fois, on compte 83 % de votes blancs.

    S’agit-il d’un complot organisé pour renverser non seulement le gouvernement en place mais l’ensemble du système démocratique ? Si tel est le cas, qui se cache derrière tout ça et comment a-t-on pu convaincre, sans qu’on le remarque, des centaines de milliers de personnes de se révolter ainsi ? La ville a continué de fonctionner quasiment normalement, les gens parant tous les efforts du gouvernement dans un inexplicable unisson et dans une résistance non violente tout à fait gandhienne…

    La leçon à tirer de cette expérience de pensée est claire : le danger, aujourd’hui, ne réside pas dans la passivité, mais dans la pseudo-activité, l’envie d’être « actif », de « participer », pour masquer la vacuité de la situation. Nous ne cessons d’intervenir, de « faire quelque chose », les universitaires participent à des débats ineptes, etc. Le plus dur est de reculer, de se retirer.

    Ceux qui sont au pouvoir préfèrent souvent une participation, même « critique », un dialogue plutôt que le silence – juste pour nous forcer à « dialoguer », pour être sûr de briser notre toujours inquiétante passivité. L’abstention des électeurs est donc un véritable acte politique : elle confronte énergiquement à la vacuité des démocraties actuelles.

    C’est exactement ainsi qu’auraient dû réagir les citoyens qui avaient à choisir entre Hillary Clinton et Donald Trump. Quand, à la fin des années 1920, on a demandé à Staline quel penchant était le pire, la droite ou la gauche, il a répondu « les deux sont pires ! »

    L’élection présidentielle de 2016 n’a-t-elle pas confronté les Américains à la même situation ? Trump est de toute évidence le « pire », pour le tournant droitier qu’il nous réserve et la décomposition de la moralité publique qu’il engage. Mais au moins promet-il un changement. Tandis que Hillary est la « pire », parce que c’est le statu quo qu’elle rend désirable.

    Face à un choix pareil, il aurait fallu garder son calme et choisir le « pire » qui représentait un changement : même si c’est un changement dangereux, cela peut ouvrir la voie à un autre changement plus authentique. C’est pour cela qu’il ne fallait pas voter Trump – pas seulement parce qu’on ne devrait pas voter pour lui, mais parce qu’on ne devrait même pas participer à de telles élections. Il faut se demander froidement : quelle victoire sert au mieux un projet radical d’émancipation, celle de Clinton ou de Trump ?

    Les libéraux épouvantés par Trump excluent la possibilité que sa victoire puisse engager une dynamique qui fera émerger une véritable gauche – leur contre-argument se fondant sur la référence à Hitler. De nombreux communistes allemands avaient vu dans la prise de pouvoir des nazis une chance pour la gauche radicale, seule force capable de les battre. Leur appréciation d’alors fut, comme on sait, une terrible erreur.

    La question est de savoir s’il en va de même avec Trump. Celui-ci représente-t-il un danger face auquel il faudrait constituer un large front où conservateurs « raisonnables » et ultralibéraux se battraient ensemble, aux côtés des libéraux progressistes traditionnels et (de ce qui reste) de la gauche radicale ? Pas encore ! (Soit dit en passant, le terme de « fascisme », tel qu’on l’emploie aujourd’hui, n’est souvent plus qu’un mot vide que l’on agite quand quelque chose de manifestement dangereux surgit sur la scène politique. Mais nous ne savons plus vraiment ce qu’il recouvre. Non, les populistes d’aujourd’hui ne sont pas de simples fascistes !).

    Craindre qu’une victoire de Trump transforme les Etats-Unis en un Etat fasciste est une exagération ridicule. Les Etats-Unis ont tout un ensemble d’institutions politiques et civiques suffisamment contradictoires pour qu’une mise au pas (Gleichshaltung [euphémisme nazi désignant la suppression de toute vie démocratique après 1933]) si directe soit impossible.

    Alors, d’où vient cette #peur ? Elle sert clairement à nous unir tous contre Trump et à masquer ainsi les véritables divisions qui existent entre la gauche ressuscitée par Sanders et Hillary, qui était LA candidate de l’establishment, soutenue par une large coalition arc-en-ciel incluant les figures belliqueuses de l’ancienne administration Bush comme Paul Wolfowitz et l’Arabie saoudite.

    Le fait est que Trump a été porté par la même colère que celle où Bernie Sanders a puisé pour mobiliser les militants : il est perçu par la majeure partie de ses sympathisants comme LE candidat anti-establishment.

    N’oublions jamais en effet que la colère populaire est, par définition, flottante, et qu’elle peut être réorientée. Les libéraux, que la victoire de Trump effraie, n’ont pas vraiment peur d’un virage radical à droite. Ce qui les effraie, en réalité, c’est un changement social radical.

    Pour reprendre les mots de Robespierre, ils reconnaissent les injustices profondes de notre vie sociale (et s’en inquiètent sincèrement), mais ils veulent s’y attaquer par « une révolution sans révolution » (exactement de la même manière que le consumérisme actuel nous vend du café sans caféine, du chocolat sans sucre, de la bière sans alcool, du multiculturalisme sans conflits violents, etc.). C’est une vision du changement social sans vrai changement, un changement qui laisse tout le monde indemne, où les libéraux bien intentionnés restent bien à l’abri dans leur cocon.

    On imagine aisément, si Hillary avait gagné, le soulagement de l’élite libérale : « Merci mon Dieu, le cauchemar est terminé, nous avons frôlé la catastrophe ! » Mais un tel soulagement n’aurait fait que précipiter la véritable catastrophe parce qu’il aurait signifié : « Merci mon Dieu, la va-t-en-guerre de l’establishment politique qui représente les intérêts des grosses banques a gagné, le danger est derrière nous ! »

    En 1937, George Orwell écrivait : « Nous daubons tous allègrement sur les particularismes de classe, mais bien peu nombreux sont ceux qui souhaitent vraiment les abolir. On en arrive ainsi à constater ce fait important que toute opinion révolutionnaire tire une partie de sa force de la secrète conviction que rien ne saurait être changé. »

    Ce que veut dire Orwell, c’est que les radicaux brandissent la nécessité d’un changement révolutionnaire comme un gri-gri destiné à les en protéger et à faire advenir le contraire ; autrement dit, pour que le seul changement qui compte, le changement de ceux qui nous gouvernent, ne puisse pas voir le jour.

    La victoire d’Hillary aurait été la victoire du statu quo, assombri par la perspective d’une nouvelle guerre mondiale (elle est définitivement la démocrate belliqueuse type), statu quo dans une situation où nous nous enfonçons pourtant, peu à peu mais sûrement, dans d’innombrables catastrophes, écologiques, économiques, humanitaires, etc.

    Oui, la victoire de Trump représente un grand danger, mais la gauche a besoin de la menace de la catastrophe pour se mobiliser – dans l’inertie du statu quo actuel, jamais il n’y aura de mobilisation de gauche. Je suis tenté ici de citer Hölderlin : « Là où il y a péril croît aussi ce qui sauve. »

    Qu’est-ce que cela aurait changé qu’Hillary Clinton soit la première femme présidente des Etats-Unis ? Dans son nouveau livre, La Vraie Vie (Fayard, 128 pages, 14 euros), Alain Badiou met en garde contre les dangers que recèle le nouvel ordre nihiliste post-patriarcal, qui prétend être l’espace de nouvelles libertés.

    Nous vivons une époque inouïe, où il est devenu impossible de fonder notre identité sur une tradition, où aucun cadre de vie digne de ce nom ne nous permet plus d’accéder à une existence qui ne soit pas simple reproduction hédoniste.

    Ce nouveau désordre mondial, cette civilisation sans monde qui émerge peu à peu sous nos yeux, affecte en particulier la jeunesse, qui oscille entre l’intensité de l’épuisement total (jouissance sexuelle, drogue, alcool, jusqu’à la violence) et l’effort pour réussir (faire des études, faire carrière, gagner de l’argent… à l’intérieur de l’ordre capitaliste existant). L’unique échappatoire étant de se retirer violemment dans une « Tradition » artificiellement ressuscitée.

    Cette désintégration d’une substance éthique partagée affecte différemment les deux sexes. Les hommes deviennent progressivement d’éternels adolescents sans qu’un véritable rite d’initiation marque leur entrée dans la maturité (service militaire, apprentissage d’un métier – même l’éducation ne remplit plus cette fonction). Il n’est dès lors pas étonnant que prolifèrent, pour pallier ce manque, des gangs de jeunes offrant un ersatz d’initiation et d’identité sociale.

    A l’opposé, les #femmes aujourd’hui sont mûres de plus en plus tôt : traitées comme de jeunes adultes, on attend d’elles qu’elles contrôlent leur vie, qu’elles planifient leur carrière… Dans cette nouvelle version de la différence sexuelle, les hommes sont des adolescents ludiques, vivant en dehors des lois, tandis que les femmes semblent dures, mûres, sérieuses, soucieuses de la légalité et vindicatives.

    L’idéologie dominante ne demande plus aux femmes d’être des subordonnées ; elle les invite, leur enjoint de devenir juge, administrateur, ministre, PDG, professeur et même d’entrer en politique et dans l’armée. L’image paradigmatique que véhiculent quotidiennement nos institutions sécuritaires est celle d’une femme professeur/juge ou psychologue s’occupant d’un jeune homme délinquant, immature et asocial…

    Une nouvelle figure de l’Un est en train de s’imposer, celle d’un agent de pouvoir compétitif et froid, séduisant et manipulateur, qui atteste du paradoxe suivant : « Dans les conditions du capitalisme, les femmes peuvent faire mieux que les hommes. » (Badiou) Il ne s’agit en aucun cas de suspecter les femmes d’être des agents du capitalisme, mais simplement de montrer que le capitalisme contemporain a inventé sa propre image idéale de la femme.

    On retrouve exactement la situation décrite par Badiou dans cette triade politique : Hillary-Duterte-Trump. Hillary Clinton et Donald Trump représentent aujourd’hui le couple politique par excellence : Trump est l’éternel adolescent, un jouisseur irresponsable sujet à des accès violents qui peuvent lui jouer des tours, tandis que Hillary est le nouvel Un féminin, une redoutable manipulatrice, toujours dans le contrôle, qui ne cesse d’exploiter sa féminité pour se poser comme la seule capable de prendre soin des marginaux et des victimes – sa féminité rend la manipulation d’autant plus efficace.

    Il ne faut donc pas se laisser avoir par l’image qu’elle renvoie de victime d’un mari volage, flirtant à tout-va et ayant des relations sexuelles dans son bureau : Bill Clinton est un clown, c’est Hillary qui commande et concède à son serviteur de petits plaisirs insignifiants.

    Quant à Rodrigo Duterte, le président philippin qui appelle ouvertement au meurtre des toxicomanes et des dealers et n’hésite pas se comparer à Hitler, il incarne à lui seul le déclin de l’Etat de droit, ayant transformé la puissance étatique en une loi de la foule où l’emporte la loi de la jungle. Or il ne fait rien d’autre que ce qu’il n’est pas encore permis de faire ouvertement dans nos pays occidentaux « civilisés ».

    Si l’on rassemble ces trois figures en une, on obtient l’image idéale de l’homme politique d’aujourd’hui : Hillary Duterte Trump – « Hillary Trump », la principale opposition, plus « Duterte », le président philippin, l’intrus gênant qui révèle la violence sur laquelle les deux autres s’appuient.

    En conclusion, ne cédons pas à la fausse panique qui nous fait craindre la victoire de Trump comme l’horreur suprême, qui devrait nous forcer à soutenir Hillary malgré ses évidentes défaillances. La victoire de Trump a créé une situation politique totalement inédite, qui est la chance d’une gauche plus radicale.

    Si vous aimez l’Amérique (comme je l’aime), c’est le moment de se battre par amour, de s’impliquer dans le long processus de formation d’une gauche politique radicale aux Etats-Unis… ou de conclure sur la version Mao du vers d’Hölderlin : « Sous le ciel tout est grand chaos, la situation est excellente. » (Traduit de l’anglais par Pauline Colonna d’Istria)

    via @didier2 & @opironet cc @mona (pour tes archives)

    https://seenthis.net/messages/542259 via tbn


  • L’écrasante responsabilité de la gauche dans la victoire de Donald Trump | Dominique Méda
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/11/13/l-ecrasante-responsabilite-de-la-gauche-dans-la-victoire-de-donald-trump_503

    Pourquoi les gauches se font-elles tailler des croupières presque partout dans le monde par des partis qui prétendent mettre au cœur de leurs préoccupations les oubliés, les invisibles, les damnés de la mondialisation, les sans-grade, les déclassés ? Source : Le Monde

    https://seenthis.net/messages/542017 via Rezo


  • Russel Banks : « Nous allons au désastre »

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/11/03/russel-banks-nous-allons-au-desastre_5024733_3232.html

    L’écrivain américain Russell Banks, 76 ans, est l’auteur d’une douzaine de romans. L’un d’eux, Continents à la dérive, paru pour la première fois en France en 1987 sous le titre Terminus Floride, vient d’être réédité chez Actes Sud dans une nouvelle traduction de Pierre Furlan. Il met en scène la rencontre dramatique de deux personnages, un Américain et une Haïtienne, sur fond de mondialisation. A la veille des élections américaines, cet auteur considéré comme de gauche commente la situation politique et constate que les problèmes décrits dans ce livre se sont aggravés en trente ans.

    http://s1.lemde.fr/image/2016/11/03/644x322/5024732_3_b38b_l-ecrivain-americain-russell-banks-a-pari_4a054df91cc52e6295df491e5352b14a.jpg

    Trump et Sanders, les deux faces d’une même médaille

    « Au départ, je me disais que Donald Trump voulait se faire de la pub, comme quand il met son nom sur ses immeubles… J’ai été stupéfait de le voir gagner les primaires les unes après les autres. Mais pour être honnête, il y a un an et demi, la candidature de Bernie Sanders ne me paraissait pas beaucoup plus crédible. Sanders est un homme respectable dont j’ai suivi la carrière depuis 1985 – j’ai même un peu fait campagne pour lui cette fois-ci –, mais quelqu’un qui se dit socialiste ne semblait pas pouvoir aller bien loin dans un pays comme les Etats-Unis.

    En fait, ces candidats correspondent aux deux faces d’une même médaille. Trump souffle sur les braises du sentiment d’abandon de la population, qui se sent lâchée par le gouvernement, les pouvoirs économiques et l’institution scolaire. Sanders, lui, répond aux mêmes peurs mais en fournissant une réponse de gauche, progressiste. Une part importante de la population américaine souffre des conséquences de la mondialisation économique et de la crise de 2008, du fossé de plus en plus profond qui sépare les plus riches du reste du pays, et a l’impression que le gouvernement est contrôlé par les grands groupes et les lobbys, que les politiques n’arrivent pas à faire face au terrorisme.

    A droite, les électeurs réagissent aussi aux changements sociaux considérables qui ont eu lieu dans les dernières décennies, notamment au fait que le peuple américain est de plus en plus métissé ou que les mœurs ont évolué avec l’extension du mariage gay. Mais ce qui m’étonne, c’est que Trump ait pu à ce point capitaliser là-dessus. Parce qu’il semble littéralement fou. Pas seulement incohérent, mais dingue. Incompétent, ignorant, paresseux. Nous n’avons jamais eu un candidat à la présidence aussi dangereux. »

    Une femme à la présidence

    « Je ne suis pas d’accord avec beaucoup des positions de Hillary Clinton, je la trouve trop prudente, conservatrice, complaisante envers les intérêts des grands groupes, mais elle, au moins, est rationnelle et pragmatique. De plus, la campagne lui aura sans doute été utile. Elle a vécu presque toute sa vie d’adulte à proximité du pouvoir, entourée d’amis riches, dans une bulle sans contact avec la réalité. Là, pendant un an et demi, elle a rencontré beaucoup de gens ordinaires. Ce qui m’ennuie, en revanche, c’est qu’elle est plus agressive qu’Obama en matière de politique extérieure. Peut-être parce qu’elle est une femme et qu’elle doit prouver qu’elle est plus coriace qu’un homme.

    D’une certaine manière, 2016 est l’année des femmes – ou disons qu’elle pourrait l’être si Hillary Clinton parvenait à mobiliser les électrices jeunes qui ont soutenu Bernie Sanders lors des primaires, ce dont elle n’a pas été capable jusqu’ici. Peut-être qu’elle leur rappelait un peu trop leur mère, alors que Bernie Sanders, lui, ne leur rappelle jamais leur père – plutôt le prof de philo qu’elles adoraient au lycée, avec ses charmants costumes froissés, son pull et ses cheveux blancs ébouriffés. Mais, ces dernières semaines, quelque chose a changé : il y a eu la diffusion de la vidéo dévastatrice dans laquelle Trump tient ce qu’il appelle des “propos de vestiaire”, le fait qu’un nombre croissant de femmes – jeunes, pour la plupart – ont raconté les agressions sexuelles dont elles ont été victimes de la part du candidat républicain et, enfin, les trois débats télévisés durant lesquels il a traité sa rivale de “méchante femme”.

    Au bout du compte, Trump pourrait bien avoir fait le boulot de Hillary Clinton à sa place. Une solidarité est née entre les femmes, jeunes et vieilles, blanches et noires. C’est une bonne nouvelle pour Hillary Clinton, et une douce ironie, mais n’oublions pas que tout se périme vite, ces temps-ci. Le 28 octobre, le directeur du FBI a annoncé qu’il relançait l’enquête sur les e-mails privés de la candidate démocrate. Or tout est parti des messages sexuels envoyés à une adolescente de Caroline du Nord par l’ex-mari d’une des plus proches conseillères de Hillary Clinton. Après cela, les jeunes électrices pourraient aussi bien décider de rester chez elles le 8 novembre.

    Si Hillary Clinton gagne, l’image d’une femme commandante en chef sera normalisée, comme l’a été celle d’un président noir avec Obama. Cette élection ne changera pas les mentalités ni les a priori des misogynes grand teint, pas plus que l’élection d’Obama n’a effacé les préjugés des racistes endurcis. Mais la vision du monde et les espoirs des plus jeunes s’en trouveront sûrement transformés. Ceux qui auront grandi avec l’image d’un Noir président puis d’une femme présidente ne comprendront pas pourquoi on a fait une telle histoire de ces questions. Ce sera le cas de ma petite-fille blanche et de mon petit-fils noir, qui sont l’avenir des Etats-Unis. Mais si Clinton perd cette élection, mes petits-enfants ne verront peut-être jamais une femme au poste de président, à moins qu’elle ne soit issue de l’extrême droite du Parti républicain. »

    Un roman prémonitoire

    « Continents à la dérive, écrit au tout début des années Reagan, décrit la situation actuelle, pas seulement dans un petit coin des Etats-Unis mais dans le monde entier. Aujourd’hui, non seulement la situation ne s’est pas améliorée, mais les choses ont encore empiré dans certains domaines : crise des réfugiés, mondialisation économique, dette, pauvreté, inégalités, facilité d’accès aux armes à feu, discrimination raciale… C’est très déprimant.

    Reagan avait joué sur la nostalgie d’un temps où les Américains étaient supposés être tous blancs, protestants, parlant anglais et vivant dans des maisons aux palissades blanches… A l’époque, déjà, ce tableau était en décalage avec la réalité, il l’est encore davantage de nos jours. La classe moyenne s’est appauvrie, les Américains ne croient plus que leurs enfants vivront mieux qu’eux, ni même aussi bien, mais la nostalgie est encore là. A sa manière tordue, Trump essaie de renouer avec un rêve américain prétendument menacé par des gens venus de l’extérieur, des musulmans, des Mexicains, des Chinois.

    Le roman permet de situer un destin individuel, avec tous ses détails, dans une réalité plus large. Je regarde mes personnages à la façon d’un anthropologue. Dans Continents à la dérive, on voit Bob Dubois, l’un des personnages principaux, quitter sa vie ordinaire, tomber amoureux, tenter de renouer avec son frère, mais on sent aussi qu’il se bat avec des forces supérieures, hors de son contrôle et dont il n’a pas conscience : la situation économique notamment, ou le fait qu’il vit dans un monde où les populations évoluent, deviennent différentes, plus sombres de peau… C’est la grande différence avec la pop fiction superficielle et les soap operas qui présentent des drames quotidiens hors contexte. Ils peuvent être attirants, émouvants, mais ils sont toujours un peu limités. »

    Vers le désastre

    « L’époque est intéressante, et l’endroit d’où je l’observe aussi. Comme écrivain, je suis chanceux. Mais comme citoyen américain, je suis pessimiste. La manière dont le pays abuse de l’énorme pouvoir acquis au sortir de la seconde guerre mondiale est devenue très destructrice. Je pense à la prolifération des bases militaires américaines ou au contrôle de l’économie internationale par les Etats-Unis à leur bénéfice exclusif. Je suis aussi catastrophé par notre manque de respect pour l’environnement. Nous allons au désastre.

    En tant qu’écrivain, le seul changement que je puisse espérer, c’est toucher le cœur d’un seul lecteur à la fois. Faire passer quelque chose de ma vie intérieure secrète à celle de quelqu’un d’autre. Je n’ai pas d’intention idéologique. Je me suis d’ailleurs toujours efforcé de séparer mon travail d’écriture de mes responsabilités de citoyen. Parfois, ça se recoupe un peu, mais je me bats pour que ces interférences soient le plus limitées possible. Et c’est difficile. Car dès qu’on est en colère, tracassé ou effrayé par une situation de la vie réelle, on est tenté d’utiliser l’écriture comme porte-voix, ce qui finit toujours par donner de mauvais livres. Les romans ne sont pas des messages. »

    https://seenthis.net/messages/539277 via enuncombatdouteux


  • La vaccination au cœur d’un thriller scientifique

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/10/24/la-vaccination-au-c-ur-d-un-thriller-scientifique_5019072_3232.html

    Romain Gherardi livre dans « Toxic Story » le récit de ses recherches sur les adjuvants vaccinaux, qui sont devenues l’enjeu d’un combat personnel.

    http://s1.lemde.fr/image/2016/10/24/534x0/5019071_3_99f0_2016-10-23-6b4f652-3522-hmv5go-c8kqehfr_4561fa83f06d0f2f0c344316ab2e8ecd.jpg

    C’est une discussion rarement sereine. En matière de vaccins et de politique vaccinale, l’expression de la moindre réserve ou de la moindre nuance est fréquemment saluée par l’injure ou l’anathème, enfermant celui qui la suggère dans – au choix – le camp des obscurantistes ou celui des suppôts de l’industrie pharmaceutique. Parler des vaccins, c’est forcément avancer sur un chemin étroit où le moindre faux pas, d’un côté comme de l’autre, peut valoir une durable disqualification.

    Chef de service au centre expert en pathologie musculaire de l’hôpital Henri-Mondor, à Créteil, Romain Gherardi arpente cette ligne de crète depuis deux décennies. Il livre dans Toxic Story le récit, mené tambour battant, de ses recherches sur les adjuvants vaccinaux. Recherches qui s’apparentent à une aventure aux multiples rebondissements et qui sont aussi devenues pour l’auteur – à mesure que les obstacles se sont dressés devant lui – l’enjeu d’un combat personnel.

    Vulgarisation scientifique

    Portée par une grande qualité d’écriture, un sens aigu de la narration et un talent indéniable pour la vulgarisation scientifique, l’histoire se lit comme un thriller. Elle commence au milieu des années 1990, avec la découverte d’une lésion musculaire discrète, retrouvée dans les biopsies de patients se plaignant de douleurs articulaires ou musculaires parfois vagues, parfois très invalidantes, d’un épuisement chronique que le sommeil ne répare pas, le tout souvent associé à des troubles cognitifs – confusion, altération de la mémoire immédiate, etc. La découverte de cette lésion – qui apparaît sous l’œil du microscope comme « de grandes nappes de cellules bleues tassées les unes contre les autres, dans l’enveloppe du muscle » – suscite d’abord, dans la communauté des spécialistes, un intérêt fébrile.

    Au point que l’acte de naissance de cette nouvelle entité pathologique, que Romain Gherardi et ses coauteurs baptiseront « myofasciite à macrophages », paraît sous forme d’un article publié en 1998 dans The Lancet, l’une des plus prestigieuses revues médicales. Il n’y a alors encore aucun lien avec les vaccins. Donc aucun problème.

    Mais fin 1998, les choses se gâtent. Des analyses demandées au centre d’études nucléaires de Bordeaux-Gradignan indiquent, de manière inattendue, que « les énormes cellules bleues » que l’on distingue au microscope contiennent… de l’aluminium. Dont il ne fait plus de doute qu’il provient des adjuvants utilisés dans certaines préparations vaccinales.

    Adjuvants aluminiques

    Romain Gherardi n’appartient à aucune « ligue antivaccinale ». Il ne cherche pas à remettre en cause les bénéfices, réels et considérables, de la vaccination : il suggère simplement l’existence possible d’une nouvelle voie de toxicité, et qui serait empruntée par les adjuvants aluminiques. Il ne prétend pas non plus que toute la population serait empoisonnée par l’aluminium ; il soupçonne seulement qu’une petite fraction des individus puissent ne pas le tolérer, présentant ainsi une réaction immunitaire et inflammatoire chronique.

    Mais le vaccin, médicament-totem de la médecine moderne, ne peut se discuter. Romain Gherardi raconte les regards qui se détournent, l’isolement, les objections des agences sanitaires, la violence surréaliste de certains colloques où lui et ses contradicteurs sont parfois à deux doigts d’en venir aux mains. Il raconte aussi le tarissement des financements et la difficulté à poursuivre ses travaux, à la recherche de preuves toujours plus solides à présenter aux autorités sanitaires.

    Quant à celles-ci, loin de pousser les investigations pour lever les doutes, elles ne semblent pas vouloir outre mesure que cette voie de recherche, aux résultats potentiellement incommodants, soit par trop explorée.

    La culture en cause

    Tout au long de son récit, le professeur Gherardi met crûment en cause la culture qui prévaut dans nombre d’agences de sécurité sanitaire qui envisagent l’évaluation du risque comme une coproduction avec les industriels. Il en ressort, dit-il en substance, que le doute bénéficie plus fréquemment aux sociétés pharmaceutiques qu’à la santé publique.

    Et du doute, il en reste à foison. La recherche de Romain Gherardi est certes allée loin, jusqu’à caractériser, grâce à la cohorte de patients suivis à l’hôpital Henri-Mondor, des variants génétiques associés à la susceptibilité à l’aluminium vaccinal. Mais elle reste un travail en cours – et qui n’a pas, pour l’heure, convaincu l’ensemble de la communauté compétente. Comment d’aussi faibles doses d’aluminium particulaire injectées dans le muscle peuvent-elles, chez certains individus, conduire au tableau clinique décrit ? Comment être sûr du lien entre les microscopiques accumulations de cristaux d’aluminium dans les fibres musculaires de certaines personnes et les troubles dont elles se plaignent ?

    Témoignage personnel bien plus que traité scientifique, le livre de Romain Gherardi ne donne pas toutes les réponses. Précisément : pour que celles-ci puissent être apportées, il plaide pour une action urgente des pouvoirs publics en faveur de l’indépendance de la recherche et de l’expertise. Sans transparence du travail scientifique conduit sur les produits de santé en général et des vaccins en particulier, dit-il, la confiance de l’opinion s’érodera toujours plus. L’ouvrage montre aussi la difficulté des communautés savantes à remettre en cause des idées qui prévalent de longue date – et d’autant plus lorsqu’il s’agit de vaccins.

    Cette difficulté à débattre de la vaccination sera au cœur d’un colloque organisé par l’Institut des sciences de la communication du CNRS et l’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information et qui devait se tenir mardi 25 octobre au Palais du Luxembourg.

    https://seenthis.net/messages/536111 via enuncombatdouteux



  • Vers un racisme (vraiment) français ?

    Les politiciens de tous bords se ­livrent aujourd’hui une concurrence effrénée pour capter les pulsions sécuritaires et xénophobes qui traversent l’opinion. Ce phénomène n’est pas inédit. Il s’est déjà produit dans les années 1930.

    Dès le début de cette décennie, la droite et l’extrême droite rendent les immigrés responsables de la très grave dépression économique qui vient d’éclater. La France ferme ses frontières, mais des centaines de milliers de migrants fuyant les régimes totalitaires tentent de trouver refuge dans le pays des droits de l’homme. La crise sociale et les antagonismes politiques alimentent une violence dans laquelle sont impliqués parfois des étrangers.

    En 1932, le président de la République française, Paul Doumer, est assassiné par un réfugié russe ; en 1934, le ministre des affaires étrangères, Louis Barthou, périt dans un attentat commis par les membres d’une organisation terroriste originaire des Balkans.

    La même année, Alexandre Stavisky, fils d’un réfugié juif ukrainien, principal instigateur d’un immense scandale ­politico-financier, est retrouvé mort dans le chalet où il se cachait. C’est l’étincelle qui déclenche les émeutes antiparlementaires orchestrées par l’extrême droite le 6 février 1934. La fusillade fait plusieurs dizaines de morts et 2 000 blessés.

    Amalgame et surenchère

    Ces événements extérieurs et intérieurs alimentent un sentiment croissant d’insécurité, sentiment manipulé par les journalistes et les politiciens qui pratiquent l’amalgame en incriminant l’ensemble des étrangers vivant en France.

    Les élus de droite et d’extrême droite se lancent alors dans une surenchère de mesures xénophobes. La loi du 10 août 1932 autorise la mise en œuvre de quotas de travailleurs étrangers dans certaines branches d’activité. Pour satisfaire ceux qui ne veulent plus d’immigrés dans leur commune, on entrave ensuite leurs déplacements grâce à des cartes de séjour dont la validité est limitée à un seul département.

    En 1934, est adoptée une loi qui exclut les nouveaux naturalisés de la profession d’avocat, sous prétexte que « la culture française et le génie de la race [leur] sont inconnus ». L’année suivante, la mesure est étendue au corps médical.

    La victoire du Front populaire marque une pause dans ces dérives. Mais elle exacerbe les haines de l’extrême droite. Cette dernière s’attaque à ceux qui ne veulent pas s’assimiler, qui n’ont pas de beaux noms français, bref, qui ne sont pas de vrais descendants des Gaulois.

    Le fossé entre « eux » et « nous » se déplace de la nationalité (Français/étrangers) vers la religion (chrétiens/juifs). Le 6 juin 1936, Léon Blum, le nouveau chef du gouvernement du Front populaire, est insulté à la Chambre des députés par Xavier Vallat, l’un des leaders de la droite républicaine : « Pour gouverner cette nation paysanne qu’est la France, il vaut mieux avoir quelqu’un dont les origines, si modestes soient-elles, se perdent dans les entrailles de notre sol, qu’un talmudiste subtil. »

    « Français de fraîche date »

    La gauche au pouvoir n’étant pas parvenue à résoudre la crise, certains de ses plus éminents représentants finissent par se rallier aux positions de la droite national-sécuritaire. A la fin de l’année 1938, Edouard Daladier, dirigeant du Parti radical, qui avait été l’un des principaux artisans du rassemblement des forces du Front populaire (dont il a été lui-même ministre), promulgue des ­décrets-lois qui légalisent l’internement des « indésirables étrangers » dans des camps.

    Il s’attaque également aux Français naturalisés, qui sont désormais exclus de la fonction publique et du barreau pendant dix ans et privés du droit de vote pendant cinq ans. La loi de 1927 sur la déchéance de nationalité est aggravée pour atteindre tous ceux qui commettent des actes jugés « incompatibles avec la qualité de citoyens français ».

    Ces mesures créent une catégorie de citoyens de seconde zone (ceux que les journaux appellent les « Français de fraîche date »). Mais comme la menace et les discours sur la menace n’ont pas disparu pour autant, l’extrême droite a beau jeu de reprocher à Daladier son « laxisme ».

    Il faut aller encore plus loin. Après la nationalité, la religion, les racines, il ne reste plus qu’un échelon sur l’échelle des assignations identitaires, celui de la « race française ». C’est elle qu’il convient désormais de protéger.

    Défendre « l’identité nationale »

    Le mot « racisme » désignait, à cette époque, un programme (ou un projet) politique révolutionnaire, calqué sur le programme politique marxiste, sauf que la lutte des classes était remplacée par la lutte des races.

    Jusque-là, les politiciens français avaient toujours condam­né le racisme, car il était considéré comme une invention allemande. Se dire publiquement « raciste », c’était donc briser un tabou, franchir un palier, en prouvant ainsi à l’opinion qu’on allait enfin « nettoyer les écuries d’Augias ». Mais il fallait néanmoins éviter d’apparaître comme un émule d’Hitler. C’est pourquoi l’innovation consistera à revendiquer un « racisme français ».

    En mars 1939, l’avocat René Gontier est le premier à publier un livre exposant explicitement ce nouveau programme politique (Vers un racisme français, éd. Denoël). Il défend un racisme qu’il juge compatible avec les idéaux républicains des droits de l’homme. « Ce racisme français est un aspect de la défense nationale. Il diffère du racisme allemand car le Français est humaniste d’instinct. » (sic !) Il poursuit : « Racisme, je le répète, ne signifie pas asservissement d’une race par une autre, mais bien respect de toutes les races dont la fusion n’est pas à souhaiter. »

    Le racisme français prôné par Gontier vise à défendre « l’identité nationale » en prenant des mesures contre les deux menaces mortelles qui, selon lui, pèsent sur elle.

    Menace coloniale et juive

    La première concerne les migrations coloniales. « Nos sujets coloniaux viendront plus nombreux dans la métropole et seront tentés d’y rester. Alors on ne verra plus le vrai visage de la France, ­nation blanche, mais celui d’une France métisse. Que l’esprit le plus fermé à l’idée d’un tel péril évoque cette France future. Le poète noir de Champagne ressemblera-t-il à Racine ou à Molière ? Et le philo­sophe jaune rappellera-t-il Descartes ou Auguste Comte ? Si la France n’adopte pas un régime raciste sage, j’estime que le ­génie de notre peuple est gravement ­ menacé. »

    Il faut noter que, pour Gontier, la menace coloniale ne concerne pas les Arabes, car l’islam n’a pas encore été placé au centre du discours national-sécuritaire. « Parmi les sujets assimilables, on rangera les Arabes et les Berbères. Véritables Blancs, leur mélange avec les Français n’offre aucun danger. C’est donc les Jaunes et les Noirs qui devront être déclarés racialement inassimilables, leur intrusion dans le peuple français risquant d’en modifier la composition. »

    La seconde menace, la plus grave aux yeux de Gontier, ­concerne les juifs, présentés comme les ennemis de l’intérieur. Ce n’est pas leur religion qu’il incrimine, mais leurs caractéristiques raciales ainsi définies : « En leur qualité de Blancs métissés de sang nègre et jaune, le mélange des juifs avec les Français est à réprouver. Aucun lot de gènes inassimilables ne doit pénétrer dans le corps national. »

    Gontier relaye ainsi l’antisémitisme extrêmement répandu chez les médecins et les avocats, qui accusent les juifs d’avoir colonisé les professions libérales et la fonction publique.

    Machine infernale

    Gontier prône des solutions radicales afin d’anéantir définitivement les menaces qui pèsent sur l’identité française. Pour se protéger des migrants issus de l’empire colonial, il propose une loi rédigée ainsi : « La qualité de citoyen ne peut être accordée qu’aux personnes de race blanche. Elle ne le sera point aux personnes de couleur et aux métis ».

    Pour en finir avec les ennemis de l’intérieur, il ébauche un projet de statut excluant les juifs de la fonction publique.

    Le volet antisémite du « racisme français » défendu par Gontier sera appliqué par le gouvernement de Vichy. La loi sur le statut des juifs sera en effet adoptée le 3 octobre 1940. Son livre deviendra la référence privilégiée des francistes de Marcel Bucard, mouvement qui sombrera dans la collaboration active avec les nazis, et de Louis Darquier de Pellepoix, le sinistre directeur du Commissariat général aux questions juives. Il faudra une guerre mondiale et plusieurs dizaines de millions de morts pour enrayer cette machine infernale.

    Il ne s’agit pas d’affirmer ici que la France actuelle serait dans une situation comparable à celle des années 1930. Ce rappel historique met néanmoins en relief le danger mortel auquel sont exposées nos démocraties quand elles sont confrontées à d’incessantes surenchères sécuritaires et identitaires.

    A tous ceux (journalistes, politiciens, experts…) qui colonisent aujourd’hui l’espace public pour alimenter à nouveau ces discours, l’historien peut simplement répondre : « Vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous avait pas prévenus. »

    Gérard Noiriel

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/09/26/vers-un-racisme-vraiment-francais_5003205_3232.html#MpHK743bIUmZm10O.99

    https://seenthis.net/messages/528096 via Le Bougnoulosophe


  • Lutte contre le terrorisme : les dangers d’une « justice de précaution »

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/09/22/lutte-contre-le-terrorisme-les-dangers-d-une-justice-de-precaution_5002045_3

    L’idée, à première vue, pouvait sembler de bon sens. « Il y a, dans la Constitution, un principe de précaution, a expliqué Nicolas Sarkozy le 11 septembre au Journal du dimanche. Pourquoi la lutte contre le terrorisme, donc la sécurité des Français, serait le seul sujet sur lequel on ne l’appliquerait pas ? » Au nom de ce raisonnement, l’ancien chef de l’Etat suggère que « tout Français suspecté d’être lié au terrorisme [fasse] l’objet d’un placement préventif dans un centre de rétention fermé ». C’est, au fond, et pour la première fois, le principe même de l’Etat de droit qui est remis en cause : suppression de la présomption d’innocence, du droit à un procès équitable, et de la règle d’or qui veut que l’on ne puisse être condamné que pour un crime ou un délit explicitement prévu par la loi.

    http://s2.lemde.fr/image/2016/09/22/534x0/5002040_7_df88_a-paris-en-juillet-2016_82b98b6571e7503a645cca9be6c7989f.jpg

    Une justice de précaution, comme il existe pour l’environnement un principe de précaution, est-elle envisageable ? Le procureur de Paris – qui est aussi le chef du parquet antiterroriste – assure qu’il n’est pas question d’enfermer les personnes fichées « S » (pour « sûreté de l’Etat ») dans des camps. « Il ne peut y avoir de détention préventive en dehors d’une procédure pénale, a rappelé François Molins dans Le Monde. C’est le socle de l’Etat de droit. On ne peut pas détenir quelqu’un avant qu’il ait commis une infraction. » Nicolas Sarkozy, nullement convaincu, est revenu à la charge le 15 septembre sur France 2. « A quoi sert-il de faire des fichiers “S” si ces fichiers “S” qui portent atteinte à la sûreté de l’Etat on n’en fait rien, on ne les examine pas, on ne les met pas en rétention ? »

    Intellectuellement, l’idée de ces centres de détention pose évidemment problème. « Appliquer le principe de précaution à la justice, c’est une déshumanisation, souligne la professeure de droit Mireille Delmas-Marty. Cela consiste à transposer le principe appliqué aux produits dangereux aux personnes, et donc à traiter les individus comme des produits. Le principe de précaution permet de retirer des produits du marché, faut-il retirer des individus de l’humanité ? »

    Techniquement, ces camps seraient sans doute impossibles à gérer. Vingt mille personnes, des Français pour l’essentiel, font l’objet d’une fiche « S », a indiqué Manuel Valls, dont 10 500 pour leurs liens avec la mouvance islamique. « Certaines peuvent être créées sur la base d’un simple renseignement non recoupé, d’une première suspicion, a expliqué le premier ministre. C’est un élément, un outil de travail. » Ces camps immenses seraient en outre difficilement maîtrisables – et permettraient à de jeunes radicalisés, qui ne se connaissent que par Internet, de se rencontrer, de se former et de s’entraîner en créant une hiérarchie interne qui serait décidée, non à Paris, mais en Syrie.

    La stratégie de la rupture

    « Ce serait une manière de créer des brigades de Daech, considère Antoine Garapon, le secrétaire général de l’Institut des hautes études sur la justice (IHEJ). Quand on parle de guerre, il faut trouver ce que le théoricien militaire Carl von Clausewitz appelait au début du XIXe siècle le centre de gravité, ce qui fait la force de l’ennemi. Ce qui fait la force des djihadistes, c’est qu’ils ont plus envie de se battre que nous, et que protéger leur vie n’est pas un élément régulateur, alors qu’il l’est dans un combat traditionnel où chacun cherche à limiter ses pertes. » On risquerait, dans ces camps, de créer de solides commandos, qui n’auraient rien à perdre et auraient eu le temps de nourrir une véritable haine de la France. « Plus on les gardera longtemps, plus ils seront organisés et moins on pourra les relâcher, résume Antoine Garapon. Aucun homme politique ne prendra ce risque. »

    La perspective d’une « justice de précaution » constitue ainsi un nouveau glissement, et sans doute le plus inquiétant, hors du droit commun. Depuis 1986, la lutte antiterroriste s’est construite en France sur un régime d’exception : les faits sont désormais jugés par une cour d’assises sans jurés et instruits par des magistrats spécialisés, appuyés par un parquet à compétence nationale et par des policiers qui sont à la fois spécialistes du renseignement et officiers de police judiciaire. Les procédures sont tout aussi spécifiques : la garde à vue commune, qui est en France de vingt-quatre heures renouvelables une fois, peut atteindre six jours en matière terroriste. Et, durant ces trente années – seize lois antiterroristes ont été adoptées entre 1986 et 2015 –, les mesures limitant les libertés publiques n’ont cessé de se durcir. En passant peu à peu d’une logique de répression à une logique de prévention.

    Une étape décisive est franchie en 1996 avec la création de l’« association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». La participation « à un groupement formé ou à une entente établie en vue de la préparation » d’un acte de terrorisme devient en soi un acte de terrorisme, puni de dix ans de prison – et ce avant même que des actes aient été commis. C’est la doctrine de la « neutralisation judiciaire préventive », selon le mot de Pierre de Bousquet de Florian, à l’époque patron de la Direction de la surveillance du territoire (DST).

    L’année 2008 est un tournant, avec l’adoption de la loi sur la rétention de sûreté – directement inspirée d’une loi nazie de 1933 . Elle permet de garder enfermés des condamnés considérés comme dangereux, même après l’exécution de leur peine, et pour une période indéfiniment renouvelable. Alors que l’association de malfaiteurs définie en 1996 devait être caractérisée par « des éléments matériels » et connaître un « commencement d’exécution » (parfois mince), la notion de dangerosité instaurée par la loi de 2008 va plus loin. « Au nom de la prévention, la réforme marque une rupture avec la vision légaliste et humaniste du droit pénal, au profit d’une conception qui légitime une extension de la surveillance à vocation illimitée dans le temps », indique Mireille Delmas-Marty, auteure d’Aux quatre vents du monde, (Seuil, 150 p., 17 €).

    Les incertitudes de la « préemption »

    Avec cette loi, la justice de précaution pointe déjà son nez, qui veut maintenant interner les personnes seulement susceptibles, un jour, de passer à l’acte. Si la rétention de sûreté garde un mince lien avec le droit pénal – l’existence antérieure d’un crime –, ce ne serait même plus le cas avec la création de centres de rétention des fichés « S », qui serait une manière de contourner l’Etat de droit. Or, ce dernier reste ce qui définit les démocraties, c’est-à-dire un attachement aux libertés fondamentales gravées dans le marbre de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), et partagées avec les quelque 800 millions de personnes de la zone de compétence du Conseil de l’Europe.

    Pourtant, pour Nicolas Sarkozy, l’Etat de droit est lui-même devenu un concept élastique. « Il n’a rien à voir avec les Tables de la Loi de Moïse », a déclaré l’ancien chef de l’Etat, qui ne cache pas qu’il entend « demander la réécriture » de certains articles de la CEDH. Guillaume Larrivé, député Les Républicains de l’Yonne et membre du Conseil d’Etat, assure lui aussi que l’Etat de droit « n’est pas une norme absolue et transcendante, détachée de l’Histoire. C’est une notion relative et vivante, qui peut être adaptée aux nécessités de l’époque, telles qu’elles sont comprises par le peuple souverain. Autrement dit, c’est à nous, Français de 2016, de dire quelles sont les normes de l’Etat de droit adaptées au temps présent ».

    Ces discours font frémir nombre de juristes. « Le vrai débat, qui est proprement stupéfiant et qui était encore inimaginable il y a quelques mois, c’est que, derrière ce principe de précaution, certains remettent en cause l’existence même de l’Etat de droit, s’alarme l’avocat Patrick Baudouin, président d’honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme. Le simple fait qu’on puisse penser qu’il faut s’en affranchir pour lutter contre le terrorisme prouve que le ver est dans le fruit. Et ce discours, au nom de la peur du terrorisme ou de la compassion avec les victimes, passe très bien dans l’opinion publique. On glisse peu à peu vers le règne de l’arbitraire. C’est effrayant. »

    Pour Antoine Garapon, le but désormais assigné à la justice n’est plus de condamner des coupables, mais d’écarter les suspects avant même qu’ils passent à l’acte. « Dans cette étrange guerre sans combattants, le pouvoir a bien conscience que si un attentat se produit, il aura déjà perdu la bataille, estime le magistrat. Le procès qui interviendra quelques mois, voire quelques années plus tard, n’y changera rien. » La justice doit donc intégrer une dimension plus incertaine, celle de la « préemption » : la prévention entendait agir sur les causes, la préemption, véritable utopie moderne, vise, par une interprétation du comportement, à supprimer l’événement. Faire des campagnes contre l’alcool au volant, c’est de la prévention ; interdire automatiquement à une voiture de démarrer quand le conducteur a une haleine chargée, c’est de la préemption.

    Dans cette conception, la figure de l’islamiste radicalisé, pour Antoine Garapon, se distingue de celle du suspect. « On est suspecté d’un fait qui a été commis, alors que le radicalisé est suspecté, non pas d’avoir accompli un acte terroriste, mais de pouvoir le commettre. On ne s’appuie plus sur le passé récent, on veut prévoir le futur proche. » Et l’on substitue à la notion d’activité celle de comportement : être terroriste, c’est désormais être un criminel en puissance. Finalement, le radicalisé « réactive et laïcise une théorie de la prédestination, amputée de la grâce qui sauve ».

    « Où va-t-on s’arrêter ? »

    Il s’agit ainsi pour l’Etat de mettre en place « une boucle automatique de rétroaction », à laquelle nous habitue le monde numérique, indique le magistrat, et ce sans passer par la justice – d’où l’idée de créer des camps pour les fichés « S ». « Cela veut dire qu’on va condamner des gens, parfois à des peines lourdes, sans trop savoir ce qu’ils ont fait, en Syrie ou ailleurs, poursuit Antoine Garapon. La garantie élémentaire de notre droit, c’est pourtant que le comportement répréhensible soit caractérisé par une loi préalable et qu’il y ait un fait délictuel. Or nous avons aujourd’hui des qualifications très floues qui n’exigent même plus qu’il y ait un fait. » Etre allé en Syrie ou avoir voulu y aller suffit. « Il y a une confusion entre la matérialité du fait et l’immatérialité du virtuel – il n’a rien fait, mais il aurait pu. » Même chose pour l’apologie du terrorisme. « On poursuit quelqu’un parce qu’il a regardé des vidéos de Daech. On confond le faire et le voir. Parce qu’il a vu, il a fait. La peur d’un fait et la réalité de ce fait se confondent. »

    Y a-t-il encore besoin de magistrats dans ce type de riposte ? « Nous sommes dans un temps nouveau qui consiste à conjurer ce qui pourrait se passer, mais qui ne s’est pas encore passé. Il n’y a plus de place pour la justice dans ce temps », estime Antoine Garapon, qui publie, le 5 octobre, Démocraties sous stress (avec Michel Rosenfeld, PUF, 217 p., 17 €). Il s’agit désormais de prévenir les risques et de montrer qu’on a tout fait, y compris ce qui n’est pas légal, pour empêcher les attentats. « Cette lutte exclut le contrôle de la justice, car il est impossible de condamner les gens avant qu’ils aient agi, conclut le secrétaire général de l’IHEJ. Son rapport au temps, sa distance, son souci de procédure sont autant de facteurs d’inefficacité qui sont qualifiés d’“arguties juridiques”. »

    Les lois sur le renseignement du 24 juin 2015, qui ont légalisé les pratiques clandestines des services, puis celle du 3 juin 2016, qui a écarté le juge judiciaire de nombre de procédures antiterroristes, sont cohérentes avec cette évolution : elles marginalisent le tribunal et concentrent davantage de pouvoirs dans les mains des procureurs. Et de leurs nouveaux rivaux, les préfets, par essence aux ordres du gouvernement. « S’il y a d’autres attentats, où va-t-on s’arrêter ? s’inquiète l’avocat Patrick Baudouin. On voit bien que l’accumulation des mesures répressives n’empêche pas le terrorisme, dont l’objectif reste la destruction de nos valeurs. Et on tombe à pieds joints dans le piège qui nous est tendu. » C’est aussi l’analyse d’Antoine Garapon : « L’Etat s’empoisonne lui-même par une réaction désordonnée et exagérée de ses défenses. »

    https://seenthis.net/messages/526927 via enuncombatdouteux


  • Pour Le vivre ensemble : Raphaël Liogier propose de créer un Observatoire des identités plurielles
    Pourquoi pas, il a bien raison notre directeur de l’Observatoire du religieux !
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/09/05/contre-les-idees-recues-sur-l-islam-creons-un-observatoire-des-identites-plu
    Contre les idées reçues sur l’islam, créons un « Observatoire des identités plurielles »
    LE MONDE | 05.09.2016 à 13h34 |
    http://s1.lemde.fr/image/2016/09/05/534x0/4992706_7_c480_2016-08-26-17140cf-66861e00ea6f4c90b60ee3e90e607_6bdb8962994765f03cb78efdea70f70b.jpg
    Par Raphaël Liogier (Professeur à Sciences Po - Aix-en-Provence, enseignant à Paris au Collège international de philosophie)
    Fin août, le Conseil d’Etat décidait de suspendre l’arrêté de Villeneuve-Loubet contre le « burkini ». Manuel Valls, qui avait soutenu les maires prenant ce type de dispositions, a alors réitéré son opposition à ce vêtement religieux. Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, à ma connaissance, un premier ministre remet en cause la décision de la plus haute instance administrative française, incitant ainsi les maires à la défiance contre les institutions républicaines légitimes.

    Rappelons que le premier ministre est le président du Conseil d’Etat, titre honorifique qui en fait le protecteur. La République est ainsi touchée en son cœur par ceux qui se sont engagés à la protéger, et cela au nom de la défense paradoxale… de la République ! Il est fascinant, pour nous autres Français encore attachés aux droits de l’homme, que le simple fait pour le Conseil d’Etat d’avoir rappelé un des principes de base au fondement de notre société provoque une telle réaction.

    Le principe rappelé dans ce climat hystérique de chasse au burkini est pourtant simple : on ne peut préventivement, sans preuves sérieuses d’un risque pour l’ordre public, interdire à quelqu’un de s’habiller comme il le désire dans l’espace public s’il respecte la loi.

    Au-delà de ce problème institutionnel préoccupant pour l’Etat de droit, la cacophonie qui règne au sommet de l’Etat à propos de l’islam est directement due...

    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/09/05/contre-les-idees-recues-sur-l-islam-creons-un-observatoire-des-identites-plu


  • « Les crânes de résistants algériens » n’ont rien à faire au Musée de l’homme
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/07/09/les-cranes-de-resistants-algeriens-n-ont-rien-a-faire-au-musee-de-l-homme_49

    Le 17 juillet 1849, les troupes françaises envoyées en hâte entament un siège, qui durera quatre mois. Après un premier assaut infructueux, l’état-major prend la mesure de la résistance et envoie une colonne de renfort de plus de 5 000 hommes, commandée par le général Émile Herbillon (1794-1866), commandant de la province de Constantine, suivie d’une autre, des zouaves dirigés par le colonel François Canrobert (1809-1895). Deux officiers supérieurs, plusieurs milliers d’hommes contre une localité du grand sud algérien, deux décennies après la prise d’Alger : la résistance algérienne était d’une ampleur et d’une efficacité exceptionnelles.

    Le 26 novembre, les assiégeants, exaspérés par la longueur du siège, voyant beaucoup de leurs camarades mourir (des combats et du choléra), informés du sort que les quelques Français prisonniers avaient subi (tortures, décapitations, émasculations…), s’élancent à l’assaut de la ville. Chaque maison devient un fortin, chaque terrasse un lieu d’embuscade contre les assaillants. Après d’âpres combats, au cours desquels les Français subissent de lourdes pertes, le drapeau tricolore flotte sur le point culminant de l’oasis.

    Deux ans plus tard, Charles Bourseul, un « ancien officier de l’armée d’Afrique » ayant participé à l’assaut, publiera son témoignage : « Les maisons, les terrasses sont partout envahies. Des feux de peloton couchent sur le sol tous les groupes d’Arabes que l’on rencontre. Tout ce qui reste debout dans ces groupes tombe immédiatement sous la baïonnette. Ce qui n’est pas atteint par le feu périt par le fer. Pas un seul des défenseurs de Zaâtcha ne cherche son salut dans la fuite, pas un seul n’implore la pitié du vainqueur, tous succombent les armes à la main, en vendant chèrement leur vie, et leurs bras ne cessent de combattre que lorsque la mort les a rendus immobiles. ». Il s’agissait là des combattants.
    Destruction méthodique

    Or, l’oasis abritait aussi des femmes, des vieillards, des enfants, des adolescents. La destruction de la ville fut totale, méthodique. Les maisons encore debout furent minées, toute la végétation arrachée. Les « indigènes » qui n’étaient pas ensevelis furent passés au fil de la baïonnette.

    Dans son livre La Guerre et le gouvernement de l’Algérie, le journaliste Louis de Baudicour racontera en 1853 avoir vu les zouaves « se précipiter avec fureur sur les malheureuses créatures qui n’avaient pu fuir », puis s’acharner : « Ici un soldat amputait, en plaisantant, le sein d’une pauvre femme qui demandait comme une grâce d’être achevée, et expirait quelques instants après dans les souffrances ; là, un autre soldat prenait par les jambes un petit enfant et lui brisait la cervelle contre une muraille ; ailleurs, c’étaient d’autres scènes qu’un être dégradé peut seul comprendre et qu’une bouche honnête ne peut raconter. Des procédés aussi barbares n’étaient pas nécessaires, et il est très fâcheux que nos officiers ne soient pas plus maîtres en expédition de leurs troupes d’élite, qu’un chasseur ne l’est d’une meute de chiens courants quand elle arrive avant lui sur sa proie. »

    D’après les estimations les plus basses, il y eut ce jour-là huit cents Algériens massacrés. Tous les habitants tués ? Non. Le général Herbillon se crut obligé de fournir cette précision : « Un aveugle et quelques femmes furent seuls épargnés ». Le pire est que la presse française d’alors reprit ce rapport cynique.

    Il y eut trois autres « épargnés »… provisoirement. Les Français voulurent capturer vivant – dans le but de faire un exemple – le chef de la résistance, le cheikh Bouziane. Au terme des combats, il fut fait prisonnier. Son fils, âgé de quinze ans, l’accompagna, ainsi que Si-Moussa, présenté comme un marabout. Que faire d’eux ? Ces « sauvages » n’eurent pas droit aux honneurs dus aux combattants.

    Le général Herbillon ordonna qu’ils soient fusillés sur place, puis décapités. Leurs têtes, au bout de piques, furent emmenées jusqu’à Biskra et exposées sur la place du marché, afin d’augmenter l’effroi de la population. Un observateur, le docteur Ferdinand Quesnoy, qui accompagnait la colonne, dessina cette macabre mise en scène qu’il publia en 1888 dans un livre, témoignage promis à un certain avenir…

    Que devinrent les têtes détachées des corps des combattants algériens ? Qui a eu l’idée de les conserver, pratique alors courante ? Où le furent-elles et dans quelles conditions ? Quand a eu lieu leur sordide transfert en « métropole » ? Cela reste à établir, même si certaines sources indiquent la date de 1874, d’autres la décennie 1880. Il semble certaines d’elles aient été d’abord exposées à la Société d’anthropologie de Paris, puis transférées au Musée de l’homme. Elles y sont encore aujourd’hui.

    Soutenir les appels de citoyens algériens à rapatrier ces dépouilles dans leur pays, pour leur donner une sépulture digne comme cela fut fait pour les rebelles maori ou les résistants kanak Ataï et ses compagnons (en 2014), ne revient aucunement pour nous à céder à un quelconque tropisme de « repentance » ou d’une supposée « guerre des mémoires », ce qui n’aurait strictement aucun sens. Il s’agit seulement de contribuer à sortir de l’oubli l’une des pages sombres de l’histoire de France, celles dont l’effacement participe aujourd’hui aux dérives xénophobes qui gangrènent la société française.

    #colonialisme #racisme #massacre #histoire #crane #trophée #restitution #déshumanisation

    https://seenthis.net/messages/507947 via mad meg


  • Laurent Wauquiez, le démagogue autoritaire qui déteste l’écologie
    https://reporterre.net/Laurent-Wauquiez-le-demagogue-autoritaire-qui-deteste-l-ecologie

    À 41 ans, Laurent Wauquiez cumule les rôles de numéro 2 de Les Républicains et de président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, dont il fait un laboratoire très droitier de ses ambitions. Pourfendeur autoritaire des « contraintes écologiques », il s’attaque aux associations, notamment paysannes, et soutient des projets destructeurs de la nature, comme l’autoroute A45 ou le Center Parcs de Roybon. Oui aux autoroutes, non aux parcs naturels : c’est une assemblée plénière somme toute ordinaire qu’a connue (...)

    Enquête

    / #Politique

    #Enquête_
    « http://www.rue89lyon.fr/2016/06/29/wauquiez-soppose-creation-dun-parc-naturel-regional »
    « http://www.actumontagne.com/economie/la-region-debloque-10-meu-pour-les-canons-des-2016_11438 »
    « http://www.ledauphine.com/drome/2016/01/05/la-gare-d-allan-comme-priorite-pour-nicolas-daragon »
    « http://www.agriculturepaysanne.org/rhone-alpes »
    « http://www.rue89lyon.fr/2016/05/25/amap-agro-ecologie-viseur-de-laurent-wauquiez »
    « http://www.inpact-rhonealpes.fr »
    « http://www.petitions24.net/pour_la_diversite_des_structures_daccompagnement_agricole »
    « http://www.ledauphine.com/politique/2016/01/28/laurent-wauquiez-met-la-region-a-la-diete »
    « http://www.liberation.fr/france/2016/04/14/le-cafouillage-de-wauquiez-sur-le-pass-contraception_1446238 »
    « http://www.rue89lyon.fr/2016/04/11/laurent-wauquiez-attribue-50000-euros-de-subventions-au-syndicat-etudiant- »
    « http://www.rue89lyon.fr/2016/04/04/pourquoi-laurent-wauquiez-double-t-il-la-subvention-de-jazz-vienne »
    « http://www.sinemensuel.com/societe/wauquiez-et-bertrand-ouvrent-la-chasse-aux-ecolos »
    « http://www.liberation.fr/france/2016/05/22/baisse-des-subventions-a-la-maison-d-izieu-wauquiez-retropedale_1454386 »
    « https://www.lyoncapitale.fr/Journal/Lyon/Politique/Region-rhone-alpes/Maison-d-Izieu-la-subvention-de-240-000-euros-maintenue »
    « http://www.placegrenet.fr/2016/05/27/passee-subvention-de-region-a-mountain-wilderness/91064 »
    « https://rcf.fr/actualite/politique/region-lopposition-denonce-la-mascarade-budgetaire-de-laurent-wauquiez »
    « http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/04/25/laurent-wauquiez-la-methode-choc-en-guise-de-rupture_4908045_823448.html »
    « http://www.lyon-entreprises.com/News/Carnet-dirigeants/Frederic-Poignard-delegue-general-du-Club-de-la-Presse-de-Lyon-rej »
    « https://www.lyonmag.com/article/79513/un-journaliste-du-progres-integre-le-cabinet-de-laurent-wauquiez-a-la-regio »
    « http://www.liberation.fr/france/2016/04/25/portiques-dans-les-lycees-le-retropedalage-de-wauquiez_1448523 »
    « http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/04/06/laurant-wauquiez-ou-le-populisme-de-droite-a-l-epreuve-du-pouvoir-regional_4 »
    « http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/loi-travail-quand-valls-insiste-sur-la-presence-de-wauquiez-a-l-assemblee-841 »
    « https://www.flickr.com/photos/ump-photos/17379852312

    Flickr
     »
    « https://fr.wikipedia.org/wiki/Canon_%C3%A0_neige#/media/File:Schneekanone.jpg »
    « https://www.flickr.com/photos/ump-photos/16988785341
    Flickr
     »
    « https://commons.wikimedia.org/wiki/File:M%C3%A9morial_des_Enfants_d%27Izieu_%C3%A0_Belley.JPG »
    « https://www.flickr.com/photos/ministere-du-travail/4687477563/in/photolist-89dxLF-89dwNT-89dvTz-83ipV8-9GvtFM-9GvtWX-9GynXC-9GyodG-9GynKj-9Gy
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    « https://www.flickr.com/photos/anfad/8871705346
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     »


  • Laurent Wauquiez, héraut populiste de l’anti-écologie
    https://reporterre.net/Laurent-Wauquiez-heraut-populiste-de-l-anti-ecologie

    À 41 ans, Laurent Wauquiez cumule les rôles de numéro 2 de Les Républicains et de président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, dont il fait un laboratoire très droitier de ses ambitions. Pourfendeur autoritaire des « contraintes écologiques », il s’attaque aux associations, notamment paysannes, et soutient des projets destructeurs de la nature, comme l’autoroute A45 ou le Center Parcs de Roybon. Oui aux autoroutes, non aux parcs naturels : c’est une assemblée plénière somme toute ordinaire qu’a connue (...)

    Enquête

    / #Politique

    #Enquête_
    « http://www.rue89lyon.fr/2016/06/29/wauquiez-soppose-creation-dun-parc-naturel-regional »
    « http://www.actumontagne.com/economie/la-region-debloque-10-meu-pour-les-canons-des-2016_11438 »
    « http://www.ledauphine.com/drome/2016/01/05/la-gare-d-allan-comme-priorite-pour-nicolas-daragon »
    « http://www.agriculturepaysanne.org/rhone-alpes »
    « http://www.rue89lyon.fr/2016/05/25/amap-agro-ecologie-viseur-de-laurent-wauquiez »
    « http://www.inpact-rhonealpes.fr »
    « http://www.petitions24.net/pour_la_diversite_des_structures_daccompagnement_agricole »
    « http://www.ledauphine.com/politique/2016/01/28/laurent-wauquiez-met-la-region-a-la-diete »
    « http://www.liberation.fr/france/2016/04/14/le-cafouillage-de-wauquiez-sur-le-pass-contraception_1446238 »
    « http://www.rue89lyon.fr/2016/04/11/laurent-wauquiez-attribue-50000-euros-de-subventions-au-syndicat-etudiant- »
    « http://www.rue89lyon.fr/2016/04/04/pourquoi-laurent-wauquiez-double-t-il-la-subvention-de-jazz-vienne »
    « http://www.sinemensuel.com/societe/wauquiez-et-bertrand-ouvrent-la-chasse-aux-ecolos »
    « http://www.liberation.fr/france/2016/05/22/baisse-des-subventions-a-la-maison-d-izieu-wauquiez-retropedale_1454386 »
    « https://www.lyoncapitale.fr/Journal/Lyon/Politique/Region-rhone-alpes/Maison-d-Izieu-la-subvention-de-240-000-euros-maintenue »
    « http://www.placegrenet.fr/2016/05/27/passee-subvention-de-region-a-mountain-wilderness/91064 »
    « https://rcf.fr/actualite/politique/region-lopposition-denonce-la-mascarade-budgetaire-de-laurent-wauquiez »
    « http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/04/25/laurent-wauquiez-la-methode-choc-en-guise-de-rupture_4908045_823448.html »
    « http://www.lyon-entreprises.com/News/Carnet-dirigeants/Frederic-Poignard-delegue-general-du-Club-de-la-Presse-de-Lyon-rej »
    « https://www.lyonmag.com/article/79513/un-journaliste-du-progres-integre-le-cabinet-de-laurent-wauquiez-a-la-regio »
    « http://www.liberation.fr/france/2016/04/25/portiques-dans-les-lycees-le-retropedalage-de-wauquiez_1448523 »
    « http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/04/06/laurant-wauquiez-ou-le-populisme-de-droite-a-l-epreuve-du-pouvoir-regional_4 »
    « http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/loi-travail-quand-valls-insiste-sur-la-presence-de-wauquiez-a-l-assemblee-841 »
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