Nous ne revendiquons rien, par Frédéric Lordon (Les blogs du Diplo, 29 mars 2016)

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  • Nous ne revendiquons rien, par Frédéric Lordon (Les blogs du Diplo, La pompe à phynance, 29 mars 2016)
    http://blog.mondediplo.net/2016-03-29-Nous-ne-revendiquons-rien
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    Au point où nous en sommes, il faut être épais pour ne pas voir qu’il en va dans les mouvements sociaux actuels de bien plus qu’une loi et ses barèmes d’indemnités. Mais l’épaisseur, en tout cas en ce sens, c’est bien ce qui manque le moins à ceux qui nous gouvernent et à leurs commentateurs embarqués. Aussi tout ce petit monde continue-t-il de s’agiter comme un théâtre d’ombres, et à jouer une comédie chaque jour plus absurde, les uns affairés à peser au trébuchet leurs concessions cosmétiques, les autres leurs gains dérisoires, les troisièmes à faire l’éloge du raisonnable ou à préparer gravement « la primaire ». Et tous se demandent quelle est la meilleure couleur pour repeindre la clôture du jardinet qu’ils continuent d’entretenir sur les flancs du volcan déjà secoué de grondements.

    • Ces images de violence et de répression policière vis à vis de notre jeunesse, avec un afflux parfois disproportionné de CRS, de la part d’un gouvernement « socialiste » qui voulait redonner espoir aux nouvelles générations , resteront à jamais gravées dans nos mémoires.

      Et alors au fond, qu’est ce que la loi travail ? Le prochain seau de merde versé sur ta tête, rien que pour voir si t’es vraiment aussi docile que ça. Une assurance de plus que nos vies ne valent à certains yeux presque rien. Et en effet, on peut difficilement appeler vivre, le fait de se maintenir dans un tel édifice social. (...)

      Le soir du 31 mars on restera dehors, et sans perspective de négociations. On prendra ce qui peut être occupé ...

      https://lundi.am/31-mars-tout-bloquer-occuper

      https://lundi.am/IMG/arton376.jpg

      Etudes médiocres, tafs de merde, chaos mondial, horizons apocalyptiques, l’ironie comme seule issue de secours. Mais rassurons nous, en 2016 on pourra remiser l’angoisse au placard, pour adopter la terreur comme mode de vie généralisée.

      C’est qu’en quelques mois, le quadrillage déjà morbide qu’on persiste à appeler le réel, s’est mis à jour de nouvelles saloperies : soumission obligatoire à l’état d’urgence, officialisation de la fin du monde par réchauffement climatique, omniprésence de débats de société puants sur la fermeture des frontières ou la déchéance de nationalité.

      Il fait bon vivre sous le soleil des sociétés avancées ...

      http://www.convergence-des-luttes.org/appel-du-31-mars-2016

      Ou comment éviter que la manifestation ne ressemble aux obsèques de ta vieille tante ...

    • Cher Clathrin, je comprends mieux votre réaction face à l’appel à tout bloquer. Pour eux, c’est peut-être la loi de trop, rien que pour vérifier jusqu’où ils peuvent encore aller dans l’assistanat du patronat et le maintien du système. Cela reste un cri de révolte. Ce que vous ressentez, vous l’avez très bien écrit et ce n’est pas en opposition avec cet appel à rester « debout ». Bravo


  • Retour vers le Futur :
    (Ne suivant pas « l’actu » à cette époque, je suis... sur le cul de voir à quel point les éléments de langages des gardiens du temple orthodoxe n’ont pas bougé d’un iota. Pour des gens qui se veulent modernes ça la fout mal quand même, c’en est presque gênant pour eux.)
    « Les médias et les gueux », par Serge Halimi (Le Monde diplomatique, janvier 1996)
    http://www.monde-diplomatique.fr/1996/01/HALIMI/5159
    #Discours_orthodoxes #Novlangue #Médias #Orthodoxie

    • Ces débats médiatiquement corrects, par Serge Halimi (Le Monde diplomatique, mars 1999)
      http://www.monde-diplomatique.fr/1999/03/HALIMI/2851

      -"La censure à laquelle ils s’adonnent, ce n’est plus le silence, mais la noyade de l’intelligence sous les flots de l’insignifiance." ;
      –"Il n’existe pas un espace ouvert à tous ceux qui le veulent, mais des agents qui décident en fonction des lois propres de fonctionnement du champ journalistique, ce qui mérite ou non d’être porté à la connaissance de publics" ;
      –"Admettons cependant que l’intervenant dissident consente au risque de caution démocratique d’un système journalistique moulé par l’arbitraire de quelques gardes-barrière. Comment pourra-t-il résumer une pensée non conforme s’il est interrompu par ceux-là mêmes qui bénéficient d’un accès permanent au forum médiatique ? Car, quand l’orthodoxie s’exprime, elle le fait sans vis-à-vis." ;
      –"Presque chaque matin, le directeur de la rédaction d’un grand quotidien parisien se croyait ainsi en mesure d’éditorialiser sur un sujet différent, comme s’il disposait d’une compétence sacrée lui permettant de dire le sage et le vrai." ;
      –"Quand, moins formés à l’art de contourner par des périphrases l’expression de la violence, certains manifestants pro-nucléaire de la Cogema, chasseurs et agriculteurs exprimèrent leur point de vue avec rudesse, ils établirent néanmoins que l’ère du débat décontracté n’avait pas sonné pour tout le monde. Et là les folliculaires marquèrent un dégoût unanime, une révulsion dont on eût cherché en vain la trace lorsque l’écrivain mondain précédemment évoqué aligna, mais avec une distinction prétendument littéraire, des injures que ne motivaient, dans son cas, ni la peur ni la colère." ;
      –" Son registre est celui des affrontements dérisoires, de l’impertinence onctueuse, des engagements sans risque."

    • Un débat intellectuel en trompe-l’œil, par Serge Halimi (Le Monde diplomatique, janvier 2003)
      http://www.monde-diplomatique.fr/2003/01/HALIMI/9807

      -"D’un côté, ceux qui, sous couvert de « réforme », d’« ouverture », de rupture avec les « tabous », saluent la marche du monde - et celle de la gauche quand elle y concourt. Ils disposent du soutien de la plupart des médias, toujours prompts à se mobiliser en faveur d’un « progrès » qui conforterait les structures économiques que leur pensée unique a popularisées. En face, ceux que cette « modernité » inquiète ou rebute, parce qu’ils y perçoivent une forme de régression dans l’organisation sociale. Les premiers les jugent « réactionnaires ». Nous sommes en 1995" ;
      –" En 1995, l’opposition entre « réformistes » partisans du plan Juppé et « gauche de gauche » appuyant les grévistes du service public avait pour pivot la question sociale, celle de l’égalité. Dans le débat intellectuel de 2002, qui déroule — de manière à la fois verbeuse, désincarnée et brouillonne — les thèmes de l’« identité », de la « nation », du « métissage », de l’« autorité », etc., les syndicalistes sont absents, le mouvement populaire également." ;
      –"la dénonciation de l’embardée à droite de certains intellectuels (les « nouveaux réactionnaires ») paraît avoir pour dessein de permettre aux sociaux-libéraux, pourtant balayés par les urnes, de revendiquer une place — voire la place — à gauche, en focalisant la querelle intellectuelle sur les seules questions « de société »." ;
      –"Un « pluralisme de l’information » demeure-t-il garanti par la pluralité des titres quand ceux-ci sont contrôlés par les mêmes groupes de presse ? L’« économie de marché » est-elle consubstantielle au « projet démocratique » ? Autant d’interrogations presque élémentaires et néanmoins proscrites puisque, nous dit-on, toute « ambiguïté », c’est-à-dire, au fond, tout questionnement, « nous ramène aux années 1930 »."

    • Nous ne revendiquons rien, par Frédéric Lordon (Les blogs du Diplo, 29 mars 2016)
      http://blog.mondediplo.net/2016-03-29-Nous-ne-revendiquons-rien

      -"c’est Bruno Le Roux, président du groupe « socialiste » à l’Assemblée, qui s’est chargé de lui enseigner à quels sommets on peut emmener le prodige du renversement des mots : « il faut que le CDI ne soit pas une prison pour le chef d’entreprise (1) »" ;
      –"Entendez qu’après quelques décennies à faire, vous et vos semblables, la démonstration de vos talents et de votre hauteur de vue, l’idée de négocier quoi que ce soit avec vous nous apparaît absolument sans objet. C’est que « revendiquer » n’a de sens que dans un certain cadre qu’on reconnaît par-là implicitement comme légitime" ;
      –"Dans une tentative de redéfinition performative des catégories politiques qui dit tout de la glissade à droite de ce personnel d’accompagnement (à la suite de leurs maîtres auxquels il s’agit de toujours bien coller), Wieviorka fait désormais représenter « la gauche de la gauche » par… Benoît Hamon et Arnaud Montebourg ! Manière d’indiquer où se situent à ses yeux les bords du monde fini — car par définition, à gauche de la gauche de la gauche… il n’y a plus rien. Ou plutôt si : il y a les fous. « La gauche folle », c’est l’expression préférée de tous les éberlués de gauche passés à droite qui n’en reviennent pas qu’on puisse ne pas se rendre à la simple raison qui donne à choisir entre « la gauche libérale-martiale de Manuel Valls » (sic), « la gauche sociale-libérale d’Emmanuel Macron », et donc « la gauche de la gauche, de Benoît Hamon à Arnaud Montebourg ». Et qui s’efforcent sans cesse, repliés dans leur peau de chagrin, de ramener toujours plus près d’eux le commencement du domaine de la folie. "

    • Florilège de leur #Novlangue, un jour sans fin...
      Les temps modernes (2/2), par Frédéric Lordon (Les blogs du Diplo, 17 avril 2016)
      http://blog.mondediplo.net/2016-04-17-Les-temps-modernes-2-2

      Tir groupé contre Bernie Sanders, par Thomas Frank (Le Monde diplomatique, décembre 2016)
      http://www.monde-diplomatique.fr/2016/12/FRANK/56895

      "Pour avoir leur appui, mieux vaut s’en tenir au consensus, à l’adoration du « pragmatisme », à l’amour du bipartisme, au mépris des « populistes ». Ces ingrédients composent l’idéologie de la classe dominante, ces travailleurs raisonnables de la Côte est"