« Tous ensemble » contre la mondialisation, par Edgard Pisani (Le Monde diplomatique, janvier 1996)

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  • Edgard Pisani, ancien ministre de l’agriculture (1961-1967), ancien commissaire européen (1981-1985), auteur, notamment, d’Un vieil homme et la terre (Seuil, 2004), est mort.

    Il avait écrit plusieurs articles pour le @mdiplo http://www.monde-diplomatique.fr/recherche?auteurs%5B%5D=Edgard%20Pisani

    Et notamment « “Tous ensemble” contre la mondialisation » (janvier 1996)
    http://www.monde-diplomatique.fr/1996/01/PISANI/5167 #st
    http://www.monde-diplomatique.fr/IMG/png/selcuk-pisani.png

    Si la #mondialisation c’est la disparition de la capacité régulatrice, nous n’avons pas d’autre choix que de lutter contre elle : parce que nous sommes différents et que nous voulons le demeurer ; parce que nous sommes nés dans des lieux divers, avec des avantages et des insuffisances que vous voulons négocier ; parce que la diversité nous paraît être le ferment de cette recherche d’unité vraie qui constitue un idéal profond, à l’abri de l’uniformité.

    L’unité est une donnée naturelle. Elle est aussi la nécessaire réponse aux excès de la diversité ; elle serait moins désirée si n’existaient pas des différences potentiellement conflictuelles et dangereuses. Unité et diversité sont les pôles d’un jeu dialectique rigoureux. La mondialisation, pour être acceptable, doit se situer dans ce jeu dialectique, où elle a pour contrepoids la sauvegarde des diversités culturelles, la prise en compte des diversités naturelles.

    Seul manque le politique. Il faut peut-être le réinventer.

    Patrick Roger signe sa nécrologie dans Le Monde du jour
    http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2016/06/21/mort-d-edgard-pisani-resistant-et-ancien-ministre-de-de-gaulle-et-mitterrand
    http://s1.lemde.fr/image/2016/06/21/644x322/4955121_3_2093_edgard-pisani-en-fevrier-2004_8ddb4b82bc9ee593dacb7965602f08f1.jpg

    Avec la disparition d’Edgard Pisani, mort lundi 20 juin, à l’âge de 97 ans, c’est une page d’histoire de la République qui se tourne, un demi-siècle d’action au cœur de l’appareil d’Etat et des institutions. C’est aussi une haute silhouette, un légendaire collier de barbe, une voix puissante, un regard passionné pour l’Europe, l’agriculture, l’Afrique et son développement, et un homme resté libre de sa parole, un brin utopiste. Mais son caractère hautain, ses manières tranchées, ses jugements catégoriques et une carrière dans les marges lui attirèrent de nombreuses inimitiés.

    Né le 9 octobre 1918 à Tunis, d’origine maltaise et, donc, né « sujet britannique » – ce qui lui valut de subir une campagne nauséabonde lors de sa nomination comme préfet –, il fut un résistant de la première heure. Il a été proche de Charles de Gaulle jusqu’en 1967 et de François Mitterrand à partir de 1974, deux chefs d’Etat qu’il voyait comme « deux plasticiens ». Le premier, « un Rodin travaillant le marbre à grands coups de ciseau » ; le second « caressant indéfiniment la glaise ».

    Gaulliste devenu socialiste, européen et tiers-mondiste convaincu, c’était un homme qui avait une vision du monde et de véritables fulgurances. A la Libération, il annonce que va s’ouvrir la période de la décolonisation. En Nouvelle-Calédonie, lors de la violente crise des années 1980, il propose un concept inédit, qui sera repris par la suite, celui d’indépendance-association. L’agriculture, l’aménagement du territoire, les problèmes Nord-Sud, la question foncière, l’énergie, le commerce extérieur… autant de domaines où il a voulu, selon son expression, « inventer des idées » et « changer le paysage ».