• Jean-Baptiste Fressoz, L’apocalypse joyeuse, 2013
    https://sniadecki.wordpress.com/2018/04/24/rmu-fressoz-apocalypse

    Ce livre étudie les racines historiques de la crise environnementale contemporaine. Il s’agit d’une enquête sur le passé de l’agir technique, sur les manières de le penser, de le questionner, de le réguler et, surtout, de l’imposer comme seule forme de vie légitime. Il décortique des pouvoirs, des torsions subtiles du réel et certaines dispositions morales qui, au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, nous ont fait prendre le chemin de l’abîme. Il démontre que le « siècle du progrès » n’a jamais été simplement technophile. L’histoire du risque technologique qu’il propose n’est pas l’histoire d’une prise de conscience, mais l’histoire de la production scientifique et politique d’une certaine inconscience modernisatrice.

    […]

    Dans le troisième volume du Capital, Marx critiquait les conséquences environnementales des grands domaines vides d’hommes de l’agriculture capitaliste qui rompaient les circulations matérielles entre société et nature. Selon Marx, il n’y avait pas « d’arrachement » possible vis-à-vis de la nature : quels que soient les modes de production, la société demeurait dans la dépendance d’un régime métabolique historiquement déterminé, la particularité du métabolisme capitaliste étant son caractère insoutenable 6.

    Il n’y a aucune raison de considérer ces théories avec condescendance, comme un « proto-environnementalisme » préfigurant notre souci écologique, car elles déterminaient des modes de production autrement plus respectueux de l’environnement que les nôtres.

    Par exemple, les historiens commencent à comprendre l’importance fondamentale du recyclage. Dans les années 1860, en France, le chiffonnage, c’est-à-dire la collecte des matières et des objets abandonnés occupait près de 100 000 personnes. Os, chiffons, métaux, tout était revendu et réutilisé. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les excreta urbains firent l’objet d’une valorisation agricole systématique

    […]

    Du point de vue de l’écriture historique, il apparaît donc trompeur de raconter la révolution industrielle comme l’histoire de sociétés modifiant de manière inconsciente leurs environnements et leurs formes de vie, et comprenant a posteriori les dangers et leurs erreurs. Les sociétés passées n’ont pas massivement altéré leurs environnements par inadvertance, ni sans considérer, parfois avec effroi, les conséquences de leurs décisions. La confiance n’allait pas de soi et il a fallu produire de manière calculée, sur chaque point stratégique et conflictuel de la modernité, de l’ignorance et/ou de la connaissance désinhibitrice.

    […]

    L’avantage du détour par l’indétermination est qu’en relativisant la supériorité intrinsèque de l’innovation en débat, il permet de détecter le pouvoir et les moyens de son exercice. Ce livre explicite en détail les forces qui assurent la victoire des systèmes techniques, malgré leurs dangers, malgré les oppositions et malgré la conscience que l’on avait de ces dangers. J’ai voulu comprendre pourquoi, pour qui et contre qui, en se fondant sur quels savoirs et en dépit de quels savoirs, sont advenues les techniques qui ont produit notre modernité et la crise environnementale contemporaine.

    https://archive.org/download/RMU043FressozApocalypseJoyeuse1/RMU_043_FressozApocalypseJoyeuse1.mp3

    #Jean-Baptiste_Fressoz #écologie #Histoire #environnementalisme #risque #société_du_risque #critique_techno #innovation #acceptabilité
    #audio #radio #Radio_Zinzine

    https://seenthis.net/messages/689609 via RastaPopoulos


  • « #Black_Mirror » ou l’ambiguïté du pire
    https://theconversation.com/black-mirror-ou-lambigu-te-du-pire-80027

    Chaque épisode semble en effet conduire à un avertissement moral simple et direct : abus du pouvoir des médias qui corrompent le politique (S01E01), totalitarisme des moyens de surveillance (épisode spécial Noël 2014), tyrannie mortifère des réseaux numériques (S03E01), cruauté des punitions que permet une technologie « neuronale » (S02E02), fabrication de combattants post-humains déshumanisés (S03E05), enfermement dans des vies numériques (S03E04), possibilités de chantage par le hacking de la vie numérique la plus intime (S03E03).

    Pourtant, les technologies et les situations humaines évoquées par ces épisodes conservent une certaine attractivité, et même une relative acceptabilité, en particulier aux yeux des étudiants avec lesquels il m’arrive de réfléchir sur ces fictions. Il en va de même dans les autres pays du monde, me confirment mes collègues. Une partie des spectateurs, surtout les jeunes, ne sont pas réellement effrayés, ou plus exactement pas seulement effrayés. Ils comprennent la volonté de leçon morale mais ils n’en concluent pas nécessairement qu’il faut changer de trajectoire.

    Il est toujours intéressant de se demander pourquoi une tentative de leçon de morale échoue : je propose ici plusieurs hypothèses.

    (…) Imaginons que ce qui est supposé inacceptable par un scénariste « moralement correct » ne corresponde pas aux intuitions morales d’une nouvelle génération, notamment parce que les intuitions morales des nouvelles générations ne se focalisent pas sur les mêmes points, mais s’appuient sur une vision plus large qui tient compte des risques mais aussi des opportunités, donc sans préjugé technophobe.

    #déterminisme #acceptabilité #critique_techno cc @mona @lucile

    https://seenthis.net/messages/610569 via tbn


  • « It’s not a game, for God’s sake! | «PrototypeKblog
    https://prototypekblog.wordpress.com/2016/10/21/its-not-a-game-for-gods-sake

    Tout est un #jeu. Tout n’est qu’un jeu. Tout est un sport. Tout est un #marché. Tout est cool. Tout est fun.

    L’#économie n’est qu’un jeu. Le #travail n’est qu’un jeu. La vie n’est qu’un jeu. C’est cool, non ?

    Il y a une très belle page Wikipedia sur le néologisme anglais « gamification » , mot que j’abhorre depuis longtemps. J’attends

    #Gamification is the application of game-design elements and game principles in non-game contexts. Gamification commonly employs game design elements which are used in so called non-game contexts in attempts to improve user engagement, organizational productivity, flow, learning, crowdsourcing, employee recruitment and evaluation, ease of use and usefulness of systems, physical exercise, traffic violations, and voter apathy, among others.

    J’ignorais qu’on dit « ludification » en français. Et je découvre que « disneyfication » existe aussi pour Wikipedia. On progresse.

    La #ludification, couramment désignée par l’anglicisme gamification, est le transfert des mécanismes du jeu dans d’autres domaines, en particulier des sites web, des situations d’apprentissage, des situations de travail ou des réseaux sociaux. Son objet est d’augmenter l’#acceptabilité et l’usage de ces applications en s’appuyant sur la prédisposition humaine au jeu.

    Le mot important est « acceptabilité ». L’idée du jeu permet de rendre acceptable quantités d’inacceptables.

    Je me souviens de cette perle d’étudiant en école de commerce, déjà citée dans ce blog il y a bien longtemps :

    L’Europe, je la vois comme un grand terrain de jeu. Ce sont plus d’employeurs potentiels, plus de possibilités de travailler dans le domaine qui me plaît. Et avec mon profil, je ne me sens pas menacé par la concurrence d’autres travailleurs moins chers.

    Ce n’est pas un jeu. Ce n’est pas un terrain de jeu ! It’s not a game, for God’s sake !

    Ou plutôt, c’est un jeu, oui, mais pour l’élite qui ne risque rien, qui n’a rien à perdre, qui ne perd jamais. « Ah Dieu ! que la #guerre économique est jolie ! » est le titre d’un livre de Philippe Labarde et Bernard Maris, contemporain des X-Files, en 1998, un livre que je n’ai jamais eu l’occasion de lire, mais dont je soupçonne qu’il n’a pas pris une ride.

    https://seenthis.net/messages/535611 via Agnès Maillard


  • La SNCF teste des #logiciels pour détecter les #comportements suspects - Ration
    http://www.liberation.fr/societe/2015/12/16/attentats-la-sncf-teste-des-logiciels-pour-detecter-les-comportements-sus

    La SNCF expérimente des nouvelles technologies pour détecter les comportements ou les bagages suspects, a t-elle expliqué mercredi à l’AFP, tout en appelant à confier de nouvelles prérogatives à ses agents de sécurité, comme le prévoit une proposition de loi en débat à l’Assemblée.

    Face au « caractère exceptionnel » de la menace terroriste après les attentats de Paris, la SNCF teste par exemple un #logiciel_d’analyse_comportementale qui pourrait être intégré à ses 40.000 caméras de surveillance,(...) fondé « sur le changement de température corporelle, le haussement de la voix ou le caractère saccadé de gestes qui peuvent montrer une certaine anxiété »(...). ... l’expérimentation en cours dans plusieurs gares est réalisée « en conformité avec la loi et sous le contrôle de la Commission nationale de l’information et des libertés (CNIL) ».

    « On teste pour savoir si ça n’identifie que les gens qui ont une intention négative, un agresseur, ou un +tripoteur+, mais aussi l’#acceptabilité_sociale », pour voir si les voyageurs sont prêts à accepter de telles technologies, une fois l’état d’urgence levé.

    Des caméras qui détectent des colis suspects car restés trop longtemps au sol sont aussi en cours d’expérimentation.

    #transports #contrôle_social

    http://seenthis.net/messages/440835 via colporteur