• Et l’équipe de Trump inventa la « réalité alternative » - Arrêt sur images
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    Et l’équipe de Trump inventa la "réalité alternative"
    Guerre d’images après l’investiture du président américain

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    Mots-clés : investiture, Kellyanne Conway, sean spicer, Trump

    A peine intronisé, et déjà une polémique. Depuis deux jours, Trump et ses équipes soutiennent que le nouveau président a rassemblé davantage de gens qu’Obama en 2009, pour son discours d’investiture, alors que les images semblent dire le contraire. Interrogé à ce sujet, l’une de ses attachées de presse préfère parler de "faits alternatifs".

    On savait les relations tendues entre Trump et les médias : elles ne se sont pas réchauffées depuis que le candidat républicain est devenu président des Etats-Unis. De passage au siège de la CIA samedi 21 janvier, au lendemain de son investiture, Trump a qualifié les journalistes d’"êtres humains les plus malhonnêtes de la terre". Dans son viseur : les médias qui, la veille, avaient osé dire ou écrire que la foule était plus importante pour l’investiture d’Obama en 2009, que pour la sienne en 2017.

    Comment les journalistes s’y sont-ils pris pour comparer ces deux foules, à huit ans d’intervalle, alors que les autorités de Washington ont pour règle de ne pas communiquer d’estimations de foules, afin d’éviter toute polémique ? En comparant plusieurs photos, prises en 2009 puis en 2017.

    C’est le cas du New York Times qui a comparé deux photos, toutes deux prises 45 minutes avant le serment des deux présidents. Sur ces images, le doute ne semble pas permis : il y avait beaucoup plus de monde en 2009 qu’en 2017, et l’investiture de Trump est un véritable bide.

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    Vue depuis le Washington Monument, l’obélisque qui fait face au Capitole des Etats-Unis

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    Vue depuis le Capitole

    La réalité semble, néammoins, un peu moins cruelle que les images. Il y a d’abord les chiffres : selon les différentes estimations, la cérémonie d’investiture de Trump a attiré près de 250 000 personnes, vendredi 20 janvier, à Washington. C’est loin, en effet, des quelques 1,8 millions de personnes qui sont venues écouter Obama en 2009. Mais en 2001, ils n’étaient "que" 300 000 autour du Capitole pour la première intronisation de George W. Bush, et 250 000 en 1997 pour la seconde de Bill Clinton (qui avait, en revanche, attiré 800 000 personnes en 1993). Pas si ridicule Trump donc, comme le note Le Monde.

    Et puis il semblerait que les pelouses du Capitole, recouvertes pour l’occasion de bâches blanches pour les protéger, n’aient pas toujours été aussi clairsemées que sur les photos du New York Times. Il y a d’abord cette photo (voir ci-dessous), publiée sur plusieurs sites pro-Trump, et reprise en France par le site d’extrême droite Dreuze.info, qui laisse planer le doute. Mais la perspective n’étant pas la même, impossible de comparer et d’affirmer, comme Dreuze le fait, que les médias ont menti.

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    Il faut aller sur le site de CNN pour se faire un avis plus tranché. Une photo interactive en très haute résolution a en effet été postée aujourd’hui sur le site de la chaîne. Elle permet à l’internaute (essayez !) de zoomer, avec la mollette de sa souris, sur chaque détail de l’image. De la cravate de Trump aux spectateurs qui écoutaient son discours, debout, quelques centaines de mètres plus loin. L’occasion de voir que, pendant son discours d’investiture, la foule n’était pas aussi clairsemée que sur les photos du Timesprises, rappellons-le, 45 minutes avant que Trump ne prête serment.

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    Excédé par cette comparaison peu flatteuse, Trump a répliqué le lendemain en affirmant qu’1,5 millions de personnes s’étaient déplacées pour le voir jurer sur la Bible. Ce n’est pas tout : dans la foulée, le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, a improvisé une conférence de presse pour déclarer que cette comparaison du Times était "honteuse et fausse", et que la foule de vendredi avait "été la plus importante à avoir jamais assisté à une prestation de serment, point final".

    Point final, vraiment ? "C’était la première fois dans l’histoire de notre nation que le sol avait été recouvert pour protéger l’herbe du Mall. Ce qui a eu pour effet de mettre en évidence les zones où les gens n’étaient pas debout, alors que lors des années précédentes, l’herbe permettait d’éviter cette impression", a bien tenté d’expliquer Spicer, mais c’est faux : l’herbe avait déjà été recouverte en 2013, pour la seconde investiture d’Obama, comme une simple recherche Google permet de le vérifier. Autre argument invoqué par Spicer. "Nous savons que 420 000 personnes ont utilisé le métro de Washington hier, alors qu’ils n’étaient que 317 000 à l’avoir utilisé le jour de l’investiture d’Obama en 2013". Là aussi, c’est faux : 782 000 personnes avaient utilisé le métro de Washington DC, le jour de la seconde investiture d’Obama.

    La réalité "alternative" de l’équipe de Trump

    Le nouveau porte-parole de la Maison Blanche s’arrangerait-il avec la réalité ? La question a été posée, dimanche 22 janvier, par le journaliste de NBC Chuck Todd à sa conseillère, Kellyanne Conway. Réponse de l’intéressée, qui venait de rappeler que la veille, un journaliste de Time magazine s’était trompé en écrivant que le buste de Martin Luther King avait été retiré du Bureau ovale ? "On ne peut jamais vraiment quantifier une foule. Nous savons tous cela. Vous pouvez vous moquer autant que vous voulez, je pense que cela symbolise la façon dont nous sommes traités par la presse (...) Ne surdramatisez pas, Chuck. Vous dites des choses fausses. Et notre porte-parole, Sean Spicer, a donné des faits alternatifs". Réponse du journaliste de NBC : "Attendez une minute. Des faits alternatifs ? Quatre des cinq faits qu’il a dits... sont tout simplement faux. Les faits alternatifs ne sont pas des faits, ce sont des mensonges".

    Des "faits alternatifs". L’expression est rapidement devenu un "meme" sur Twitter où plusieurs dizaines d’internautes ont détourné les propos de Spicer derrière les hashtags #alternativefacts ou #SpicerFacts.

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    Cet épisode a aussi inspiré à la médiatrice du Washington Post, Margaret Sullivan, anciennement médiatrice du Times, une tribune intitulée : "La façon traditionnelle de couvrir le président est mort. L’attaché de presse l’a tué". Sullivan estime que cette histoire de "faits alternatifs" est, en fait, ce qui pouvait arriver de mieux aux journalistes américains. "Les déclarations officielles comptent, mais les médias ne devraient pas y accorder autant d’importance", écrit-elle, avant d’ajouter : "Les briefings de la Maison Blanche, c’est du « journalisme d’accréditation », où les communiqués officiels sont souvent pris au pied de la lettre et transformés en toute hâte en infos. Tout cela est fini. Mort". Ou comme le dit la journaliste du site d’investigation ProPrublica, Jessica Huseman, citée dans la tribune de Sullivan : "Les journalistes n’obtiendront pas de réponse de la part de Spicer. Nos réponses, nous les aurons en creusant. En se retroussant les manches". Un mal pour un bien la "réalité alternative" ?