• En Grèce, des policiers impliqués dans la mort d’un activiste LGBT

    C’est un condensé de la Grèce éreintée par des années de crise et d’austérité. Un cocktail mortel de haine et d’intolérance, face à des passants silencieux. Mais c’est aussi une histoire qui montre les survivances, sous le pouvoir Syriza, des violences policières et d’une justice sélective qui ont longtemps caractérisé ce que l’on appelle en Grèce le parakratos, cet « État profond » qui s’est maintenu au sein de certaines autorités après la chute de la dictature des Colonels, en 1974.

    par Amélie Poinssot

    C’est un condensé de la Grèce éreintée par des années de crise et d’austérité. Un cocktail mortel de haine et d’intolérance, face à des passants silencieux. Mais c’est aussi une histoire qui montre les survivances, sous le pouvoir Syriza, des violences policières et d’une justice sélective qui ont longtemps caractérisé ce que l’on appelle en Grèce le parakratos, cet « État profond » qui s’est maintenu au sein de certaines autorités après la chute de la dictature des Colonels, en 1974.

    Cela se passe le 21 septembre dernier. Sur une vidéo, on voit un jeune homme coincé à l’intérieur d’une bijouterie, qui, pour s’en échapper, tape dans une vitre avec un extincteur. À l’extérieur de la boutique, deux autres hommes l’empêchent de sortir et le frappent violemment. Sur d’autres images, tournées quelque temps plus tard, on retrouve la victime dehors, gisant par terre, rouée de coups par des policiers. Autour de la scène, il y a des dizaines de témoins.

    Ce jeune homme, c’est Zak Kostopoulos – Zakie de son nom de scène –, une personne bien connue des milieux LGBTQI athéniens (voir sous l’onglet Prolonger). En quelques instants, tabassé sur la place publique et en plein jour, cet activiste gay et performeur drag queen de 33 ans a perdu la vie. Depuis, ses amis et sa famille se mobilisent pour faire établir la vérité et juger les coupables. Car, pour l’heure, tout indique que l’enquête n’a pas suivi un cours normal et que les auteurs des violences bénéficient d’étranges protections.

    https://www.youtube.com/watch?v=smRTYl2ygu8


    Les images de l’agression dont a été victime Zak Kostopoulos © Ert

    Plusieurs faits soulèvent en effet des interrogations. Tout d’abord, les huit policiers qui interviennent sur le lieu de l’altercation ne viennent en aucun cas porter secours à Zak. Au contraire : ils frappent à leur tour le jeune homme, puis le menottent alors qu’il est agonisant. La victime est ainsi emmenée, mains attachées, en ambulance à l’hôpital, où elle est déclarée morte à son arrivée. « C’est une pratique habituelle, que vous l’appréciiez ou non », dira, quelque temps plus tard, à propos de ces coups portés par les représentants de l’ordre, le porte-parole du syndicat de la police athénienne, Dimosthenis Pakos.

    Autre problème : les forces de police quittent aussitôt les lieux sans les sécuriser et sans faire de prélèvements. Pendant plus d’une heure, la bijouterie et ses alentours sont ouverts au tout-venant, le cordon sanitaire habituel n’est pas installé pour permettre l’enquête préliminaire, et le propriétaire du magasin qui a frappé Zak nettoie tranquillement sa boutique. « Il a eu assez de temps pour retirer les caméras de surveillance qui existent en principe dans toutes les bijouteries », souligne Stavroula Louzi, une amie de Zak, contactée par Mediapart. De fait, lorsque l’enquête commencera enfin, les premiers éléments indiqueront qu’il n’y avait pas de matériel vidéo dans la boutique. Or un enregistrement aurait été crucial pour reconstituer l’enchaînement des faits. Comment et pourquoi Zak s’est-il retrouvé tout seul coincé à l’intérieur du magasin ? La question pour l’instant est sans réponse.

    Une autre irrégularité est très vite constatée dans l’enquête : alors que les vidéos tournées à l’extérieur par des témoins de la scène font très rapidement le tour du Web, le procureur n’en tient pas compte dans le premier dossier judiciaire constitué. Circule alors dans les principaux médias grecs la version d’une tentative de vol. Selon ce scénario, la victime serait un toxicomane qui aurait voulu cambrioler la bijouterie et le propriétaire de la boutique aurait réagi en légitime défense. Ce scénario ne tient pas la route face aux vidéos amateurs, où l’on voit l’agresseur harceler une victime effrayée et paniquée. Mais il faudra attendre le 10 octobre – soit plus de deux semaines après le meurtre – pour que le procureur joigne ces éléments à l’enquête.

    Par ailleurs, regrette l’avocate de la famille de Zak, Anny Paparousou, les témoignages des très nombreuses personnes ayant assisté à la scène manquent à l’appel : « La police prétend que les personnes que l’on voit sur les vidéos ne sont pas identifiables. Elle n’a pas fait de recherche de témoins. Finalement, il nous manque donc deux matériaux importants : les caméras de surveillance et les témoignages. »

    Pourquoi de tels manquements ? D’après l’avocate, tout cela relève d’un « scénario de résistance », dont le but est de faire passer l’intervention de la police pour une simple interpellation et de minorer sa responsabilité dans la mort de Zak. Il faut dire que la Grèce a derrière elle une longue histoire de violences policières qui sont restées impunies ou n’ont été sanctionnées que très légèrement. La plus emblématique d’entre elles a été le meurtre de l’adolescent Alexis Grigoropoulos, tué par une balle de policier reçue dans le dos, il y a bientôt dix ans, le 6 décembre 2008. Ces violences ont par ailleurs émaillé les innombrables manifestations qui ont accompagné les cures d’austérité depuis 2010.

    Mais un autre élément intervient dans le tableau. L’endroit où s’est déroulée l’agression, près d’une des places centrales d’Athènes, Omonia, est un quartier depuis longtemps déshérité, où se croisent toxicomanes et petits trafics en tout genre. La crise économique et financière du pays a vu s’ouvrir là de nombreux petits magasins de rachat d’or, où les Grecs pouvaient vendre leurs bijoux de famille en échange d’argent liquide. De nombreux témoignages soulignent que ces « bijouteries » sont en réalité alimentées par des vols, et que tout cela se ferait en toute impunité devant les forces de police, qui sont présentes quotidiennement dans le quartier. On comprend bien, dès lors, pourquoi la police aurait tout intérêt à étouffer son rôle dans l’affaire.

    Le meurtre de Zak a donné lieu à des réactions officielles. Le ministre de la protection du citoyen (équivalent du ministre de l’intérieur, le ministère de tutelle de la police grecque) a exprimé ses regrets. « Il semble qu’il y ait une volonté politique, mais c’est comme si les services n’y obéissaient pas ou étaient totalement déconnectés entre eux, explique l’avocate Anny Paparousou à Mediapart. Il y a une distorsion entre les propos exprimés par les responsables politiques et la situation réelle des services chargés de l’enquête. Les deux agissent de façon asymétrique. »

    Les huit policiers qui ont participé au tabassage de Zak ont été suspendus jusqu’à nouvel ordre. Mais ils ne sont pas mis en cause dans l’enquête pour l’instant. De son côté, après avoir été placé en détention provisoire pendant 24 heures, le propriétaire du magasin a été remis en liberté. D’après des journalistes grecs, son complice – que l’on voit également frapper Zak sur les vidéos – continue, sous le nom de Snake (serpent), de répandre sur Twitter la thèse d’un cambrioleur drogué. Ils ont par ailleurs établi que cet homme était membre d’un groupuscule ultranationaliste grec, Front patriotique.

    Lundi 19 novembre, les examens histologiques (c’est-à-dire des tissus biologiques) et toxicologiques effectués sur le corps de la victime ont établi formellement ce que disaient ses proches depuis le début : Zak n’était aucunement sous l’effet de drogues lorsqu’il s’est retrouvé dans le magasin. Ce n’était pas un toxicomane à la recherche d’argent. « Un pas a été fait vers la vérité », estime Stavroula Luzi. Mais le chemin est encore long. « Je n’ai pas seulement perdu un ami. Et ce n’est pas seulement un meurtre à caractère raciste et homophobe, poursuit la jeune femme. C’est une affaire politique. Car Zak représentait beaucoup de choses. Il avait fait partie des premiers en Grèce, il y a huit ans, à déclarer publiquement sa séropositivité. Pour lui, ce virus ne devait pas être une honte, et il encourageait les autres personnes touchées à faire de même. »

    Les associations liées aux communautés gay, lesbienne et trans d’Athènes, ainsi que les proches de Zak, ont organisé de nombreuses manifestations pour que justice soit faite sur le meurtre de leur ami. La prochaine, le 1er décembre, se déroulera sous les fenêtres du commissariat central d’Athènes.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/241118/en-grece-des-policiers-impliques-dans-la-mort-d-un-activiste-lgbt

    #Grèce #policiers #activiste #LGBT #crise #Syriza #violences_policières #justice #Zak #LGBTQI #gay #drag_queen # #vidéos #Grigoropoulos #lesbienne #trans #Athènes

    https://seenthis.net/messages/738367 via kaparia


  • #Athènes-Bruxelles, le conflit raconté de l’intérieur
    https://www.mediapart.fr/journal/economie/181017/athenes-bruxelles-le-conflit-raconte-de-linterieur

    Les éditions Les liens qui libèrent publient ce mois-ci la version française du livre de #Yanis_Varoufakis, Conversations entre adultes. Dans les coulisses secrètes de l’Europe. Retour sur le combat mené il y a deux ans par celui qui était alors ministre des finances de la #Grèce.

    #Economie #Alexis_Tsipras #Angela_Merkel #dette_publique #Eurogroupe #Jeroen_Dijsselbloem #Michel_Sapin #Syriza #Wolfgang_Schauble


  • #Athènes-Bruxelles, le bras de fer de 2015 revisité par Varoufakis
    https://www.mediapart.fr/journal/economie/220517/athenes-bruxelles-le-bras-de-fer-de-2015-revisite-par-varoufakis

    L’Eurogroupe se penchera lundi à nouveau sur le cas de la #Grèce. La question de la restructuration de la dette hellène, posée depuis l’arrivée au pouvoir de #Syriza, début 2015, devrait enfin être abordée. L’occasion de se replonger dans le combat mené il y a deux ans par #Yanis_Varoufakis, lequel vient de consacrer un livre à ce long bras de fer qui a opposé, six mois durant, Athènes et Bruxelles.

    #Economie #Alexis_Tsipras #Angela_Merkel #Dejoen_Dijsselbloem #dette_publique #Eurogroupe #Michel_Sapin #Wolfgang_Schauble


  • #Rhea_Galanaki : « Se promener dans #Athènes, c’est acquérir une conscience politique »
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/220916/rhea-galanaki-se-promener-dans-athenes-c-est-acquerir-une-conscience-polit

    Roman de la rentrée littéraire 2016, L’Ultime Humiliation met en scène deux retraitées errant dans la capitale grecque pendant l’un des moments clés de la #Crise : février 2012. Un #roman chargé de symboles sur une société – et une ville – qui ont alors brutalement changé de visage.

    #Culture-Idées #europe #Galaade #Grèce #Littérature


  • En #Grèce, « un peuple qui se sent coincé »
    https://www.mediapart.fr/journal/international/160616/en-grece-un-peuple-qui-se-sent-coince

    Dans #Athènes. © #Christos_Chryssopoulos / Athènes - Disjonctions L’écrivain Christos Chryssopoulos, figure émergente de la #Littérature grecque, décrit le « sentiment que les choses ne peuvent pas s’améliorer » qui parcourt son pays. Si le monde de l’édition est directement et sévèrement touché par l’étranglement financier, ce contexte oblige aussi tous les artistes à « se positionner » dans une société marquée désormais par une forte « polarisation ».

    #International #Création #Crise #écrivain #europe #Syriza #théâtre


  • Dette grecque : les négociations reprennent dans un contexte tendu
    https://www.mediapart.fr/journal/economie/220416/dette-grecque-les-negociations-reprennent-dans-un-contexte-tendu

    C’était l’une des promesses électorales d’Alexis Tsipras, juste avant la victoire de Syriza, en janvier 2015 : la dette publique grecque devait être restructurée. La négociation qui s’ouvre ce vendredi dans le cadre de l’Eurogroupe lui permettra-t-elle de tenir parole ? Pas sûr.

    #Economie #Alexis_Tsipras #Athènes #Bruxelles #Commission_européenne #Eurogroupe #europe #FMI #Grèce #Michel_Sapin #union_européenne


  • Dette grecque : les négociations (re)démarrent dans un contexte tendu
    https://www.mediapart.fr/journal/economie/220416/dette-grecque-les-negociations-redemarrent-dans-un-contexte-tendu

    C’était l’une des promesses électorales d’Alexis Tsipras, juste avant la victoire de Syriza, en janvier 2015 : la dette publique grecque devait être restructurée. Depuis, le bras de fer européen a conduit Tsipras à revenir sur la plupart de ses engagements. La négociation qui s’ouvre ce vendredi dans le cadre de l’Eurogroupe lui permettra-t-elle de tenir parole ? Pas sûr.

    #Economie #Alexis_Tsipras #Athènes #Bruxelles #Commission_européenne #Eurogroupe #europe #FMI #Grèce #Michel_Sapin #union_européenne


  • Les grandes #villes d’Europe veulent dire leur mot dans la crise des #réfugiés
    https://www.mediapart.fr/journal/international/070416/les-grandes-villes-d-europe-veulent-dire-leur-mot-dans-la-crise-des-refugi

    Elles sont aux premières loges de la crise migratoire qui bouscule l’Europe. Les grandes villes, d’Athènes à Amsterdam, réclament davantage de moyens. Sur le terrain, ce sont elles qui innovent, pour répondre à des défis techniques gigantesques. Exemples à #Barcelone (Espagne), Malmö (Suède) et Mannheim (Allemagne).

    #International #Ada_Colau #Athènes #Bruxelles #Commission_européenne #Dimitris_Avramopoulos #Eurocities #europe #Giorgos_Kaminis #migrants


  • La réforme des retraites, un double test pour le gouvernement Tsipras
    https://www.mediapart.fr/journal/international/150116/la-reforme-des-retraites-un-double-test-pour-le-gouvernement-tsipras

    Manifestation à #Athènes contre la réforme des retraites, jeudi 14 janvier 2016 © Reuters Pendant que l’Eurogroupe, à #Bruxelles, reprenait l’examen des réformes grecques ce jeudi 14 janvier, Mediapart a rencontré le ministre du #Travail du gouvernement Tsipras. Tenu par les créanciers sur la question des retraites, #Yorgos_Katrougalos assure qu’il préservera l’aspect redistributif des pensions hellènes. Il devra également convaincre à Athènes. Entretien.

    #International #Alexis_Tsipras #austérité #Eurogroupe #europe #Grèce #retraités #Syriza


  • Lundi matin ! C’est presque la rentrée !

    Alberto Campi @albertocampiphoto et Cristina Del Biaggio @cdb_77 présentent chez ce bon vieux visionscarto.net le quatrième volet de la série de reportages (effectués en 2012) qui nous mène d’Istanbul à Patras en passant par Alexandropouli, Athènes et la région de l’Evros.

    visionscarto.net/a-athenes-survivre

    « ...À Athènes et Patras, ces « ghettos », d’où les migrants n’osent pas sortir et où le contrôle s’effectue par la violence de la police et des escadrons néonazis, étaient plus ou moins permanents en 2012. Les quartiers du centre ville d’Athènes, notamment, étaient concernés, là où les migrants arrivent encore aujourd’hui tant bien que mal à se loger, ainsi que les zones traditionnellement investies par les nouveaux arrivants, telles que le pont situé entre la gare et le siège d’Aube dorée, qui abrite des Maghrébins sans domicile fixe.... »

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    #Migrations #Asile #Migrants #Réfugiés #Grèce #Ségrégation #Racisme #Extrême_droite #Athènes #Petrou_Ralli

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