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  • Marseille en guerre
    entre effondrements et coquilles vides

    Par Bruno Le Dantec
    https://vacarme.org/article3298.html

    Si le bazar de Belsunce n’a pas bénéficié des réseaux du clientélisme municipal, la place qu’il a occupée en ville est inestimable. Ce qu’on réduisait un peu vite à un « commerce arabe » était ni plus ni moins que la réinvention d’échanges transméditerranéens par des ex-colonisés s’appuyant sur des liens familiers avec l’autre rive. Cela au moment où, avec les indépendances, Marseille cessait d’être « la porte du Sud et de l’Orient ». Ce bazar avait donc une signification politique forte, en cheville avec l’histoire et les affaires de la cité. Mais on n’a pas voulu le laisser prospérer. À droite parce que racisme et « nostalgérie » étaient trop prégnants. À gauche, parce que ni la doxa marxiste, ni le clientélisme du PS ne permettaient d’apprécier la puissance culturelle, économique et sociale du bazar — comparable, à son apogée dans les années 1980, à celui d’Istanbul. Le commerce d’échoppes et l’artisanat qui gravitait autour (comme le cuir travaillé dans les ateliers arméniens de la porte d’Aix) étaient vus comme des archaïsmes. Pourtant, la dimension universelle de cette constellation trabendiste crevait les yeux : le commerce des voitures d’occasion, par exemple, couvrait une géographie mondiale, depuis l’Europe du Nord jusqu’aux ports du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest, en passant par les ateliers mécaniques qui turbinaient en guirlande de l’avenue Salengro jusqu’à la montée de la Viste.

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