#mépris_de_classe

  • Réponse au rapport Bergé sur la déconnexion des profs sur le terrain social
    https://twitter.com/Karenine2/status/958904083729051648

    Chère Aurore Bergé et chère autre rombière inconnue, qui avez commis ce Rapport Bergé.
    Pour vous et vos amis de la France 2.0, la petite chronique d’un #professeur déconnecté des réalités sociales vécues par ses #élèves.

    Lundi, il fallait faire cours pour la dernière fois à M. (6eB) sans pour autant lui dire au revoir. Sa mère et les gendarmes viendraient le chercher à l’interclasse.

    A l’interclasse, c’était mieux, cela éviterait des heurts à la sortie du collège : son père y est presque toujours posté, titubant.

    M. ne savait pas qu’il ne reverrait sans doute plus jamais ses copains ni ses professeurs et il levait la main pour participer, souriant comme d’habitude, ses lunettes de la sécurité sociale sur le nez.

    Je lui ai prêté un livre - Tom Sawyer - dont j’avais parlé en classe et qu’il voulait lire. Il l’a mis, tout content, comme un trésor, dans son cartable. Et puis la porte s’est refermé et il est parti.

    Mardi, on a fait un petit travail d’écriture avec les 4e, à partir de scènes de repas de la littérature. Ça marche toujours bien, on bosse notamment le vocabulaire des 5 sens.

    Je n’étais pas du tout satisfait du travail de R. Quelques lignes d’une extrême platitude. Je le convoque donc à la fin de l’heure pour lui passer un savon. Oui, c’est ma bienveillance à moi quand ils ne foutent rien.

    Il est venu vers mon bureau, avec sa maladroite carcasse, je voyais bien qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas. J’ai fait semblant de finir de corriger une copie avant de relever la tête et de m’intéresser à lui (un truc classique de prof un peu expérimenté).

    Le père de R. vient de perdre son boulot. Il touche le chômage mais il est terrifié. « Alors maintenant, on bouffe des pâtes. Ou du riz. »
    Ainsi, le festin de Babette ou les étals du Ventre de Paris, eh ben ça l’avait démoralisé, R.

    R. a aussi une grande soeur qui pleure pour 5 euros d’APL comme le dit votre distinguée grande gueule O’petit ; c’est pas sûr qu’elle puisse finir ses études. Pourtant, une élève très brillante.

    Bref, c’est pas la fête. Pas grand chose dans la copie mais pas grand chose dans l’assiette non plus et le moral dans les chaussettes. J’ai dit à R. que c’était très chic d’être vegan, très tendance, et ça l’a fait marrer.

    Il avait deux heures de permanence : « Je vous rapporte une bonne rédaction à 17h00, Monsieur ». A la récréation, je suis allé voir la PP de la classe. Pas de mauvaise surprise : l’assistante sociale suivait le dossier.

    J’ai lu la copie de R. à 17h10. C’était pas terrible. Je lui demanderai de refaire son travail. Mais sans l’aider plus que ça, parce que c’est un garçon qui écrit très bien.

    Mercredi (aujourd’hui), rien. Je ne travaille pas au collège. Je corrige des copies, installé dans ma véranda qui surplombe la vallée minière où s’entassent les pauvres gueux. Note : comme vous avez l’air un peu niaises, Mesdames, je précise que c’est une amère plaisanterie.

    Jeudi matin (tout à l’heure), semaine A ou B ? Je ne sais jamais, je sais juste que c’est jeudi et que c’est restitution des dictées. Et c’est, avec les 3eF, un moment que je déteste, quand je dois rendre sa copie à S.

    Pourtant, c’est très chouette les dictées. Ils aiment bien ça, je choisis de beaux textes, parfois on les prépare avant, parfois pas du tout, parfois un peu. Ils en bavent, c’est dur, mais ils progressent. Ils s’en sortent tous plus ou moins bien.

    Enfin pas tous. S. ne s’en sort pas bien du tout. Et elle me regarde un peu de travers quand je rends les résultats, un peu comme si c’était ma faute. Elle progresse aussi mais pas comme elle le voudrait. Elle est passée de 0 à 5. Moi je suis très content d’elle.

    S. est arrivée en France quand elle avait 6 ans. Dans une rédaction, l’an dernier (je l’avais aussi l’an dernier), elle avait écrit un très beau texte qui racontait sa bataille pour apprendre à lacer des chaussures. Avant son arrivée en France, elle n’en avait jamais porté.

    Je me souviens que sa rédaction se terminait par « J’aimerais tant marcher de nouveau dans mes montagnes, sur un sol qui ne me serait pas étranger. » Elle avait souligné le mot étranger (qu’elle avait aussi orthographié « étrangé »)

    Les parents de S. ne savent ni lire ni écrire. Ils parlent à grand peine quelques mots de français. Quand ils viennent en réunion parents-profs, S. assure la traduction. Je la soupçonne de ne pas toujours restituer exactement ce que je dis (elle est maline) mais passons...

    Son père parvient quand même à me dire directement des trucs quand il évoque le petit frère de S. : « Si déconne, tu tapes. » Et je vois S. qui rigole, elle a sans doute en tête une scène où j’en colle une à son frangin. Elle se dit peut-être que ça ne lui ferait pas de mal.

    Bref, S. est une des élèves les plus intelligentes et persévérantes que je connaisse. Je pense qu’elle peut mener son projet au bout, elle veut être prof (bon, là elle est un peu stupide). Mais pour ça, il ne faudra plus faire de fautes.

    Alors, elle y travaille. Elle travaille même très dur et il faut mettre les bouchées doubles car le temps ridicule consacré à l’enseignement du français ne permet plus aux enfants nés en dehors de la langue d’espérer la maîtriser un jour.

    J’espère que demain, quand je vais lui rendre son 5, je pourrai passer 20 minutes avec elle pour reprendre 2 points précis. Mais elle a 27 condisciples : ce sont les budgets que vous votez.

    J’espère surtout qu’un jour, S., M. et R. auront été suffisamment instruits par mes soins et ceux de mes collègues pour vous cracher très convenablement à la gueule que la misère sociale, c’est vous, les politiques, qui la fabriquez.

    J’espère que vous descendrez alors de vos carrosses et que vous salirez vos jolies robes.

    Dans l’immédiat, gardez vos leçons de dame patronnesse pour vous et croyez bien que les enseignants, tout comme les policiers ou le personnel hospitalier, ont une parfaite conscience des réalités sociales vécues par ceux qu’ils instruisent, protègent ou soignent.

    Au sujet du rapport Bergé http://www.lcp.fr/actualites/les-enseignants-sont-ils-deconnectes-de-la-realite

    #éducation #instruction #mépris_de_classe

    https://seenthis.net/messages/665142 via Agnès Maillard



  • Un pur moment de rock and roll dialectique
    http://feusurlequartiergeneral.blogspot.com/2017/04/un-pu

    Je me demande, du coup, ce que ça leur fait, à la droite néo-réac et à l’extrême-droite xénophobe qui n’a pas de mots assez doux pour ce « peuple populiste », ce peuple qui dirait toujours la vérité contre les élites, ce peuple qui élit Trump, ce peuple qui brexite, ce peuple qui aimerait Le Pen, qui se vautrerait dans la panique identitaire, de se prendre un Poutou comme on se prend un missile tactique ?
    Un Poutou populiste, pour le coup, comme eux, mais un populiste cauchemardesque, un populiste avec une conscience de classe, une vraie conscience de classe velue et blindée, un Poutou qui capte le discours du tous pourris avec une légitimité en béton, un Poutou qui rappelle qu’il est le seul à être ouvrier et qui renvoie Fillon et Le Pen à ce qu’ils n’ont jamais cessé d’être : des aventuriers moyennement honnêtes, des bourgeois qui n’arrivent plus trop, tout à coup, à amuser le tapis avec le totalitarisme islamique ou ces salauds de bobos (même si les seconds sont les victimes du premier) et se retrouvent bien obligés de faire profil bas contre ce partageux qui met sous leurs yeux d’une part la contradiction entre leurs vertus publiques et leurs vices privés et d’autre part la vraie vie de ceux qui sont du mauvais côté des inégalités.
    Quand on joue avec les allumettes, un mauvais retour de vent, et c’est vous qui brûlez. C’est ce qui est arrivé à Fillon et Le Pen hier soir.
    Ils peuvent toujours appeler au secours Bouvet ou Zemmour, ou d’autres chiens de garde qui aiment les pauvres tant que les pauvres s’en prennent à l’Arabe, au pédé, aux avortées, (et surtout pas aux patrons), ils peuvent continuer de mal lire Orwell ou Pasolini. C’est pourtant eux, à la fin, qui se sont retrouvés tout seuls dans le noir et personne ne les a entendus crier.
    On ne votera probablement pas pour Poutou mais on lui doit, dans cette campagne, un pur moment de rock’and roll dialectique. Qu’il en soit remercié. Au nom du peuple, justement.

    Jérôme Leroy

    https://seenthis.net/messages/586269 via davidzentao

    lire aussi :
    Sur BFM TV, la percée « irrationnelle » de Mélenchon et l’« irrespect » de Poutou

    https://www.vivelacri.se/Sur-BFM-TV-la-percee-irrationnelle-de-Melenchon-et-l-irrespect-de-Poutou

    Bref, c’était le « débrief » de BFM TV... L’ouvrier est tenu de rester à sa place, et les électeurs de rester « réalistes ».

    Frédéric Lemaire

    PS : En prime, ce commentaire de Luc Ferry qui donne le la du mépris de classe qui s’est exprimé contre Philippe Poutou depuis le débat d’hier :-)
    https://www.vivelacri.se/local/cache-vignettes/L480xH278/c8ptmydwsaaw2op_1_-5d8c4.jpg

    #mépris_de_classe #philippe_poutou


  • C’est ma période Arte radio…
    Celui-là dure 3 mn et je trouve la fin du laïus de la proviseur du lycée professionnel totalement dingue…
    L’éducation nationale est à brûler c’est certain, il n’y a rien de bon à en retirer.
    Voix de garage | ARTE Radio
    https://www.arteradio.com/son/616248/voix_de_garage
    https://www.arteradio.com/sites/all/themes/artenew/images/fb_default.jpg

    #racisme #éducation_nationale #audio #radio #orientation_scolaire #Marseille #mépris_de_classe #discrimination #violence_sociale

    https://seenthis.net/messages/581067 via ninachani


  • « Un nouveau #privilège est apparu : ne plus faire la queue »
    http://rue89.nouvelobs.com/2016/03/08/nouveau-privilege-est-apparu-plus-faire-queue-263391

    Le monde de la tech considère le fait de faire la queue comme l’une des dernières déficiences ayant besoin d’être solutionnée.

    (...) Il vous suffit d’appuyer sur une touche de votre téléphone pour qu’un employé du stade vous apporte un sweat-shirt de l’événement directement là où vous êtes assis pour la modique somme de 5 dollars la livraison (et hop, la file d’attente à la caisse du magasin de souvenirs disparaît).

    (...) Un collègue m’a raconté qu’il programme la livraison de son dîner chaud (pas de queue à faire au restaurant ou à l’épicerie) pour qu’elle arrive au moment où il sort de son Uber (il n’attend pas le bus).

    (...) Un extrait du portrait de Matt Damon par Tom Junod dans Esquire (http://www.esquire.com/entertainment/movies/interviews/a23291/matt-damon-interview-0813-full) me vient à l’esprit :

    « J’ai déjà évoqué une expérience que j’ai vécue cet été, lorsque j’ai emmené ma fille dans un parc d’attraction aquatique où nous avions déjà été plusieurs fois. Je l’ai trouvé transformé par l’apparition du “Fast Pass”, qui permet aux visiteurs de passer devant tout le monde moyennant la somme de 45 dollars supplémentaires sur le billet d’entrée. “Ça a tout changé”, me suis-je dit, “parce qu’à présent les gens paient pour ne pas faire la queue, et tout le monde sait que c’est injuste. Je le savais, ma fille le savait, et les gens qui le faisaient le savaient”. »

    Damon hoche la tête.

    « Si vous voulez vraiment savoir ce que ça fait d’être célèbre, tout ce que vous avez à faire, c’est d’aller dans ce parc aquatique et de payer les 45 dollars. Allez dans ce parc, c’est à ça que ça ressemble. Vous passez devant les gens dans la file. »

    La file d’attente est l’endroit où deux impulsions très américaines se rencontrent : celle, en perdition, d’un champ d’égalité, et celle de l’argent qui permet d’acheter de meilleurs services. (Qu’est-ce qu’être riche sinon éviter toutes les files d’attentes, physiques et métaphoriques, de la vie ?) Et si passer devant les gens dans la file est le meilleur moyen de provoquer une bagarre dans le monde physique, pourquoi acceptons-nous l’équivalent numérique sans broncher ? D’abord, parce que ça se voit moins. »

    (...) Clara Moskowitz est une journaliste scientifique basée à Brooklyn qui pratique les mathématiques éthiques lors de ses escapades annuelles à Orlando. Parfois, tous les FastPass pour certaines attractions sont déjà vendus pour la journée, réservés des semaines auparavant en ligne, note-t-elle. Ils ont été achetés par des gens qui, comme elle, planifient.

    « Les fans de Disney comme moi sont fiers de ne pas faire la queue », dit-elle.

    « Je regarde les gens qui patientent en file pendant une heure et demi comme des petits joueurs, et je me dis qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. »

    Elle raconte qu’elle entend tout le temps des enfants se plaindre à leurs parents d’être dans la file d’attente la plus lente alors qu’elle leur passe devant.

    Article source, en anglais
    https://backchannel.com/the-line-tamers-8a06ccda2089

    #riches #passe-droit #file_d'attente #mépris_de_classe

    http://seenthis.net/messages/468186 via intempestive