• Les frontières vont contre les intérêts les plus évidents des peuples
    (L’Etat, Bernard Charbonneau, 1949)

    Un monde sans frontières nous est aujourd’hui inconcevable. A une époque où progrès et recul n’ont plus qu’une signification militaire, leur tracé répond à notre besoin de clarté. Et pourtant la frontière est un fait relativement récent, - même celles qui semblent le mieux marquées par la nature, comme la frontière des Pyrénées. [...] Pas plus que les marins les pasteurs pyrénéens ne connaissaient de #frontières, et les hauteurs maintenant jalonnées de bornes n’étaient que les estives où erraient les troupeaux. Alors Iraty n’était que la montagne d’Iraty : arraché aux forêts, un espace libre soulevé pour voir la mer. Il n’appartenait à personne sinon aux hommes du pays, aux puissances invisibles : au vent noir, au sapin foudroyé. [...]
    Vérité en deça des Pyrénées, erreur au delà, - mais seulement à une époque récente. Une #histoire de la frontière montrerait comment elle est devenue de plus en plus précise et hermétique avec le progrès de l’Etat, pour aboutir finalement à ces rideaux de fer derrière lesquels les peuples étouffent. L’#Europe était autrefois sillonnée par une multitude de limites invivisibles : religieuses, économiques ou mêmes politiques ; elles ne se juxtaposaient pas, et elles n’avaient rien d’absolu. Au Moyen Âge les limites du royaume de France ou celles de l’empire furent d’abord moins importantes que celles de tel fief ou de tel évêché. C’est le jour où l’#Etat a absorbé en lui toutes les activités que ses frontières ont résumé en elles toutes les limites. Le jour où il devient totalitaire la clôture devient totale : dans l’Europe de 1914 on voyageait encore sans #passeport, dans celle de 1939 seul le soldat pénètre en pays étranger. Sur les cols où fraternisaient les hommes des vallées sont montés les arpenteurs qui ont fixé les bornes. Puis sont venus les douaniers et les soldats, au fond des gorges et sur les cols ils ont bâti des postes. Là où soufflait le vent passe la patrouille, là où tremble la source claque le coup de feu. L’espace est clos, des fils électrisés le ferment.
    Il n’y a plus de Pyrénées, mais une frontière pyrénéenne, et la plaine du Nord et coupée par des barrières aussi hautes que la chaîne du Caucase : la #technique qui détruit les barrières naturelles permet aux gouvernements d’en établir d’artificielles. Dans un monde qui s’uniformise, qui passe la frontière change semble-t-il d’univers. Si pour quelques-uns elle est le mur d’une prison dont ils rêvent de s’évader, pour la plupart elle est la clôture rassurante qui borne le milieu où ils peuvent vivre ; l’écran qui leur dissimule les possibles vertigineux du dehors : à l’extrême une frontière bien défendue les dispense d’être et de penser. Seules les frontières peuvent donner une forme à des pays qui n’existent que par l’espace et la puissance. Quand elles se rétrécissent la #nation étouffe, et quand elles s’écartent elle respire. La frontière qui protège la nation l’enferme ; tôt ou tard elle l’enfonce pour déboucher sur le vide.
    Il n’y a pas de frontières naturelles ; les frontières sont trop minutieuses : avec leurs détours compliqués et leurs enclaves elles évoquent les hasards des avances et les reculs d’un front de tranchées. Le territoire qu’elles dessinent n’a rien de stable, ni d’éternel. Les unités géographiques les plus sûres sont partagées, par exemple la péninsule ibérique reste coupée en deux par une frontière qui tranche du nord au sud ses zones naturelles. Ailleurs, ce sont les limites de la nation qui débordent celles du pays ; la plus souvent elles sont à la fois en deçà et au delà. [...] Le sentiment national n’est que le sentiment (souvent provoqué) d’être lié à la grandeur d’un Etat ; c’est pourquoi le nationaliste, tout en souffrant comme d’une blessure des mutilations qui déforment la silhouette de son pays, est toujours prêt à accepter les accroissements qui la rendent méconnaissable : la Nation tend à se dégrader en Empire.
    Il n’y a pas de « pays », au sens national de ce mot ; il n’y a pas de territoire prédestiné, mais simplement le champ d’expansion d’un Etat, qui se rétrécit ou se distend avec ses forces. On dit souvent que la Pologne a succombé parce-qu’elle n’avait pas de frontières naturelles, - la principauté de Moscou non plus. Le Brandebourg, découpé arbitrairement dans une grande plaine, avait des frontières autrement impossibles que celles de la Pologne ; pourtant ces frontières durèrent parce-qu’elles délimitaient l’espace d’un Etat particulièrement dur. Les Etats forts trouvent toujours des historiens qui justifient par la géographie un tracé établi par la guerre : s’ils ne peuvent l’expliquer par la montagne ils l’expliqueront par le fleuve, et s’il n’y a qu’une plaine, par la forêt.
    [...]
    Les frontières vont contre les intérêts les plus évidents des peuples, et si à l’intérieur des nations il y a des intérêts communs, c’est le fait de l’Etat qui les impose.

    #militarisation #totalitarisme
    cc @cdb_77 @reka @odilon @visionscarto

    http://seenthis.net/messages/412366 via koldobika


  • Small Arms Survey 2015
    http://www.smallarmssurvey.org/?small-arms-survey-2015

    The Small Arms Survey 2015: Weapons and the World examines the role of weapons and armed violence in humanity’s appropriation of the earth’s wildlife and mineral riches—in Africa, where the poaching of elephants and #rhinos is becoming increasingly militarized, and near resource #extraction sites around the world. In addition to presenting updates on the UN small arms process and the top arms importers and exporters, the volume assesses how recent technological developments affect weapons marking, record-keeping, and tracing; reviews small arms flows to Egypt, Libya, and Syria before and after the ‘Arab Spring’; and evaluates a stockpile management initiative in South-east Europe. The ‘armed actors’ section sheds light on the arms and ammunition used by insurgents in northern Mali, the decline of the Forces Démocratiques de Libération du Rwanda, and the use of #floating_armouries by private security companies in the Indian Ocean. This edition also analyses the conditions that are driving young people to adopt high-risk coping strategies in #Burundi.

    http://www.smallarmssurvey.org/typo3temp/pics/eb91efe55e.png

    #rapport #pdf #mines #militarisation #armes #ventes_d'armes #arsenaux_flottants (j’ai dû tagguer #armureries_flottantes à une époque ?)

    http://seenthis.net/messages/407292 via Fil


  • Taiwan and the Prospects for War Between China and America | The Diplomat
    http://thediplomat.com/2015/08/taiwan-and-the-prospects-for-war-between-china-and-america
    http://thediplomat.com/wp-content/uploads/2015/08/thediplomat_2015-08-11_06-49-21-553x360.jpg

    The textbook answer is straightforward. China seeks a secure second (retaliatory) strike capability that will serve to deter an American first strike. As China argues, it has a “no-nuclear-first policy” which makes its arsenal purely defensive – while its other capabilities such as cyber are offensive.

    Potential nuclear adversaries including Russia, India, and the United States are fully aware that China’s investment in advanced warheads and ballistic missile delivery systems bring Delhi, Moscow, and, soon, Washington within reach of the “East Wind.” While not a nuclear peer competitor to either Russia or the U.S., China is rapidly catching up as it builds an estimated 30-50 new nuclear warheads each year.

    While American leaders may find such a sentiment unfounded, the PRC has a strong fear that the United States will use its nuclear arsenal as a tool to blackmail (coerce) China into taking or not taking a number of actions that are against its interests. China’s fears are not unfounded. Unlike China, the United States maintains an ambiguous use-policy in order to provide maximum flexibility.

    As declassified government documents from the 1970s clearly show, the United States certainly planned to use overwhelming nuclear force early in a European conflict with the Soviet Union. Given American nuclear superiority and its positioning of ballistic missile defenses in Asia, ostensibly to defend against a North Korean attack, China sees its position and ability to deter the United States as vulnerable.

    #Chine #Etats-Unis #militarisation


  • The next step for the US-Japan alliance | East Asia Forum
    http://www.eastasiaforum.org/2015/08/04/the-next-step-for-the-us-japan-alliance
    http://www.eastasiaforum.org/wp-content/uploads/2015/08/20150721001158060396-minihighres.jpg

    US-Japan relations gained momentum with Prime Minister Shinzo Abe’s US visit in late April. Abe’s historic speech to a joint sitting of the Congress was well received. The two countries also announced the first revision of the US-Japan Defense Cooperation Guidelines since 1997, based on the understanding that the Japan Self-Defense Force (SDF) will take on a larger role and US-Japan security cooperation will be expanded.

    This evolution in US-Japan alliance relations has taken place as the regional balance of power shifts. Emerging economies such as China, India, and ASEAN countries are rising; Asia’s middle class is growing; and US defence spending shifting toward a more sustainable, ‘lean-but-mean’ posture. Thus as the Abe administration struggles over the next couple of months to pass legislation to expand Japan’s security role, structural shifts in East Asia are making it clear that the next step for Japan and the US must be to transform the alliance into a more multifaceted partnership.

    Japan must strengthen regional trust. The 70th anniversary of World War II offers an opportunity to affirm Japan’s peaceful postwar identity and to mend ties with South Korea and China. In his anticipated August statement, Abe must unequivocally face up to Japan’s historical wartime transgressions without dropping any of the key elements of the Murayama Statement. At the same time, Abe should set out Japan’s defence policy in a forward-looking way — clearly stating that it is aimed solely at defending Japan and contributing to the peaceful enhancement of the regional security environment — to dispel any misperceptions in China and South Korea that the revised US-Japan Defense Cooperation Guidelines or Japan’s new security legislation to allow limited forms of collective self-defence represent a return to a more aggressive regional posture.

    #Japon #Etats-Unis #militarisation