• La puissance insoupçonnée des travailleuses, par Pierre Rimbert (Le Monde diplomatique, janvier 2019)
    https://www.monde-diplomatique.fr/2019/01/RIMBERT/59406

    La présence sur les ronds-points d’une forte proportion de femmes des classes populaires a frappé les observateurs. Ces travailleuses font tourner les rouages des services essentiels : santé, éducation. Au-delà du soulèvement de cet automne, elles représentent le pouvoir ignoré du mouvement social.
    par Pierre Rimbert  

    Elles portent un gilet jaune, filtrent la circulation sur les ronds-points, parlent de leur #vie_quotidienne, se battent. Infirmières, auxiliaires de vie sociale, assistantes maternelles ont elles aussi endossé la parure fluorescente pour déchirer le voile qui d’ordinaire dérobe au regard extérieur les travailleuses des coulisses. Femmes et salariées, double journée de labeur et revenu modique, elles tiennent à bout de bras la charpente vermoulue de l’État social.

    Et pour cause : les secteurs majoritairement féminins de l’éducation, des soins, du travail social ou du nettoyage forment la clé de voûte invisible des sociétés libérales en même temps que leur voiture-balai. L’arrêt de ces services fondamentaux paralyserait un pays. Qui, alors, s’occuperait des personnes dépendantes, des nourrissons, du nettoyage, des enfants ? Cadres briseurs de grève et forces de l’ordre lancées à l’assaut des barrages cette fois n’y pourraient rien : à l’école de gendarmerie, on n’apprend pas à laver les vieillards. Transférées au siècle dernier de l’univers familial, religieux ou charitable à celui du #travail salarié, ces tâches ne sautent aux yeux que lorsqu’elles ne sont plus prises en charge. À force d’infliger à ces travailleuses réputées endurantes des réductions de moyens alors que la demande croît, ça craque. #Femmes de ménage dans les hôtels et dans les gares, employées des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), personnel hospitalier ont tour à tour mené depuis la fin de l’année 2017 des batailles âpres et souvent victorieuses.

    La figure du mineur ou du travailleur à la chaîne, père d’une famille dont il assurait le revenu unique, a si puissamment symbolisé la classe ouvrière au cours du xxe siècle qu’on associe encore les classes populaires aux hommes. Qui pense spontanément aux travailleuses quand on lui parle de prolétariat ? Certes, les ouvriers, depuis longtemps remisés par les médias dans la galerie des espèces sociales disparues, représentent encore à eux seuls plus d’un actif sur cinq. Mais la féminisation du monde du travail compte au nombre des bouleversements les plus radicaux du dernier demi-siècle, en particulier à la base de la pyramide sociale. En France, les travailleuses représentent 51 % du salariat populaire formé par les ouvriers et employés ; en 1968, la proportion était de 35 % (1). Depuis un demi-siècle, le nombre d’emplois masculins n’a guère varié : 13,3 millions en 1968, contre 13,7 millions en 2017 ; dans le même temps, les emplois occupés par des femmes passaient de 7,1 millions à 12,9 millions. En d’autres termes, la quasi-totalité de la force de travail enrôlée depuis cinquante ans est féminine — dans des conditions plus précaires et pour un salaire inférieur d’un quart. À elles seules, les salariées des activités médico-sociales et éducatives ont quadruplé leur effectif : de 500 000 à 2 millions entre 1968 et 2017 — sans compter les enseignantes du secondaire et du supérieur.

    Alors qu’au XIXe siècle la montée en puissance du prolétariat industriel avait déterminé la stratégie du mouvement ouvrier, le développement prodigieux des services vitaux à dominante féminine, leur pouvoir potentiel de blocage et l’apparition de conflits sociaux victorieux n’ont pas jusqu’ici connu de traduction politique ou syndicale. Mais, sous une telle poussée, la croûte se craquelle et deux questions s’imposent : à quelles conditions ces secteurs pourraient-ils déployer leur puissance insoupçonnée ? Peuvent-ils s’organiser en un groupe dont la force rejoigne le nombre, forger une alliance sociale capable de lancer des initiatives, d’imposer son rapport de forces et de mobiliser autour d’elle d’autres secteurs ? À première vue, l’hypothèse paraît extravagante. Les travailleuses des services vitaux forment une nébuleuse de statuts éparpillés, de conditions d’exercice et d’existence hétéroclites, de lieux de travail éloignés. Mais, de même que l’absence d’unité interne n’a pas empêché le mouvement des « #gilets_jaunes » de faire corps, ce qui divise le prolétariat féminin des services paraît à l’examen moins déterminant que les facteurs d’agrégation. À commencer par la force du nombre et par un adversaire commun.

    Des classes populaires aux classes moyennes, ces salariées chargées de l’entretien et de la #reproduction_de_la_force_de_travail (2) se distinguent par leurs effectifs massifs (voir l’infographie ci-dessous). On y trouve les #ouvrières des services aux entreprises (elles sont 182 000 à nettoyer les locaux), mais surtout le prolétariat des services directs aux particuliers. Cinq cent mille aides ménagères, 400 000 assistantes maternelles et plus de 115 000 domestiques interviennent le plus souvent à domicile. Un plus grand nombre encore exercent dans des institutions publiques : 400 000 aides-soignantes, 140 000 auxiliaires de puériculture et aides médico-psychologiques et plus d’un demi-million d’agents de service — sans compter le personnel administratif. À ces effectifs féminins s’ajoutent ceux des hommes, très minoritaires. Ce salariat populaire mal payé, aux horaires décalés, qui effectue dans des conditions difficiles des tâches peu valorisées, côtoie dans la production des services vitaux les professions dites « intermédiaires » de la santé, du social et de l’éducation. Mieux rémunérées, plus qualifiées, plus visibles, les 2 millions de travailleuses de ce groupe en croissance continue exercent comme infirmières (400 000), enseignantes en primaire (340 000), puéricultrices, animatrices socioculturelles, auxiliaires de vie scolaire, éducatrices spécialisées, techniciennes médicales, etc.

    Population active par catégories socioprofessionnelles, Cécile Marin
    https://www.monde-diplomatique.fr/local/cache-vignettes/L890xH296/femmes-classes-sociales-8e078-2874d.png?1545824434
    Bien sûr, un fossé sépare l’infirmière d’un hôpital public et la nounou sans papiers employée chez un particulier. Mais cet ensemble disparate, qui, avec les hommes, regroupe plus du quart des actifs, concourt à la production d’une même ressource collective et présente plusieurs points communs. En premier lieu, la nature même des services à la personne, des soins, du travail social et de l’éducation rend ces emplois non seulement indispensables, mais aussi non délocalisables et peu automatisables, car ils exigent un contact humain prolongé ou une attention particulière portée à chaque cas. Ensuite, tous ces secteurs subissent les politiques d’#austérité ; de l’école à l’Ehpad, leurs conditions d’exercice se dégradent et les conflits couvent. Enfin, ils jouissent d’une bonne réputation auprès d’une population qui peut s’imaginer vivre sans hauts-fourneaux, mais pas sans écoles, hôpitaux, crèches ou maisons de retraite.

    Cette configuration unique dessine les contours d’une coalition sociale potentielle qui rassemblerait le prolétariat des services vitaux, les professions intermédiaires des secteurs médico-social et éducatif, ainsi qu’une petite fraction des professions intellectuelles, comme les enseignants du secondaire.

    Au cœur du conflit entre les besoins collectifs et l’exigence de profit

    Si la formation effective d’un tel bloc se heurte à quantité d’obstacles, c’est peut-être qu’on a rarement tenté de les surmonter. Malgré la crue entêtante des statistiques, aucun parti, syndicat ou organisation n’a jusqu’ici fait le choix de placer ce socle à dominante féminine et populaire au cœur de sa stratégie, de faire part systématiquement de ses préoccupations, de défendre prioritairement ses intérêts. Et pourtant, les acteurs les plus conscients et les mieux organisés du mouvement ouvrier regroupés autour du rail, des ports et des docks, de l’électricité et de la chimie savent que les luttes sociales décisives ne pourront éternellement reposer sur eux, comme l’a montré en 2018 le conflit sur la réforme des chemins de fer. Ils ont vu depuis quatre décennies le pouvoir politique détruire leurs bastions, briser les statuts, privatiser leurs entreprises, réduire leurs effectifs, tandis que les médias associaient leur univers à un passé dépassé. À l’opposé, les secteurs féminins des services à la personne et des services publics pâtissent d’une organisation souvent faible et de traditions de lutte encore récentes ; mais ils croissent et occupent dans l’imaginaire un espace dont les classes populaires ont été depuis longtemps chassées : l’avenir. Pendant que les réflexions sur les transformations contemporaines exaltent ou maudissent les multinationales de la Silicon Valley et les plates-formes numériques, la féminisation du salariat impose une modernité sans doute aussi « disruptive » que la faculté de tweeter des photographies de chatons.

    D’autant qu’elle pourrait encore s’amplifier. Aux États-Unis, la liste des métiers à forte perspective de croissance publiée par le service statistique du département du travail prédit, d’un côté, la création d’emplois typiquement masculins, tels qu’installateur de panneaux photovoltaïques ou d’éoliennes, technicien de plate-forme pétrolière, mathématicien, statisticien, programmateur ; de l’autre, une myriade de postes traditionnellement occupés par des femmes, tels qu’aide de soins à domicile, aide-soignante, assistante médicale, infirmière, physiothérapeute, ergothérapeute, massothérapeute. Pour un million d’emplois de développeur informatique prévus d’ici à 2026, on compte quatre millions d’aides à domicile et d’aides-soignantes — payées quatre fois moins (3).

    Deux raisons fondamentales empêchent l’ancien sidérurgiste de Pittsburgh dont l’activité a été délocalisée en Chine de se reconvertir en auxiliaire de puériculture. La frontière symbolique des préjugés, d’abord, si profondément inscrite dans les têtes, les corps et les institutions qu’elle dresse encore un mur entre la culture ouvrière virile et les rôles sociaux assignés par les clichés patriarcaux au genre féminin. Mais aussi le décrochage scolaire masculin, qui freine sensiblement les possibilités de reconversion professionnelle. « Les adolescents des pays riches courent une fois et demie plus de risques que les filles d’échouer dans les trois disciplines fondamentales : les mathématiques, la lecture et les sciences », notait l’hebdomadaire The Economist dans un dossier spécial consacré aux hommes et intitulé « Le sexe faible » (30 mai 2015). À cette déconfiture correspond une hausse spectaculaire du niveau d’instruction féminin qui, a contrario, facilite la mobilité professionnelle. Cette grande transformation passée inaperçue installe un peu plus les travailleuses au cœur du salariat. Depuis la fin du siècle dernier, la part des femmes parmi les diplômés du supérieur dépasse celle des hommes : 56 % en France, 58 % aux États-Unis, 66 % en Pologne, selon l’Agence des Nations unies pour l’éducation, les sciences et la culture (Unesco)... En 2016, 49 % des Françaises de 25 à 34 ans détenaient un diplôme des cycles courts — brevet de technicien supérieur (BTS), diplôme universitaire de technologie (DUT) — ou longs — licence, master, doctorat —, contre 38 % des hommes (4). Ces derniers dominent toujours la recherche, les filières de prestige, les postes de pouvoir et l’échelle des salaires. Mais l’université forme désormais une majorité de diplômées susceptibles d’occuper les emplois qualifiés mais peu prestigieux de l’économie dite des services.

    En effet, ce basculement ne remet pas en cause la prépondérance masculine dans les formations liées aux mathématiques, à l’ingénierie informatique et aux sciences fondamentales. Résultat : une opposition de genre et de classe s’accentue entre deux pôles du monde économique. D’un côté, l’univers féminin, de plus en plus qualifié mais précarisé, dont les services médico-socio-éducatifs constituent le centre de gravité. De l’autre, la bulle bourgeoise de la finance spéculative et des nouvelles technologies, qui domine l’économie mondiale et où le taux de testostérone bat des records : les jeunes entreprises de la Silicon Valley emploient comme ingénieurs informatiques 88 % d’hommes, et les salles de marché 82 % d’analystes masculins (5). De ces deux cosmos que tout oppose, l’un domine l’autre, l’écrase et le dépouille. Le chantage à l’austérité des « marchés » (6) et la prédation qu’exercent les géants du numérique sur les finances publiques à travers l’évasion fiscale se traduisent par des réductions d’effectifs ou de moyens dans les Ehpad, les crèches, les services sociaux. Avec des conséquences inégalement réparties : en même temps que leur activité affaiblit les services publics, banquiers, décideurs et développeurs emploient quantité d’aides à domicile, d’auxiliaires de vie, de professeurs particuliers.

    Plus généralement, les ménages de cadres, professions intellectuelles supérieures et dirigeants d’entreprise recourent massivement aux services domestiques à la personne (7). Ils seraient les premiers touchés si les femmes souvent issues des classes populaires et, dans les métropoles, de l’immigration venaient à cesser le travail. Verrait-on alors professeurs d’université, notaires, médecins et sociologues féministes expliquer à leurs femmes de ménage qu’il faut continuer le travail au nom de l’obligation morale d’attention et de bienveillance, vertus que la domination masculine a érigées au cours des siècles en qualités spécifiquement féminines ? C’est pourquoi la coalition des services vitaux qui rassemblerait employées et ouvrières, professions intermédiaires et personnel de l’enseignement primaire et secondaire ne pourrait se constituer que par opposition aux classes supérieures qui les emploient.

    D’abord, le pourrait-elle, et à quelles conditions ? Isolées, parcellisées, peu organisées, plus souvent issues de l’immigration que la moyenne, les travailleuses des services à la personne ou du nettoyage cumulent les formes de domination. Mais surtout, leur addition ne forme pas un groupe. Transformer la coalition objective qui se lit dans les tableaux statistiques en un bloc mobilisé requerrait une conscience collective et un projet politique. Il incombe traditionnellement aux syndicats, partis, organisations et mouvements sociaux de formuler les intérêts communs qui, au-delà des différences de statut et de qualification, relient l’infirmière et la femme de ménage. De chanter aussi la geste d’un agent historique qui naît, sa mission, ses batailles, afin de ne laisser ni à BFM TV ni aux experts le monopole du récit. Deux thèmes pourraient y contribuer.

    Le premier est la centralité sociale et économique de ce groupe. De la statistique nationale aux médias, tout concourt à ce que le salariat féminin des services vitaux demeure invisible dans l’ordre de la production. Le discours politique renvoie les soins, la santé et l’éducation à la notion de dépense, tandis qu’on associe généralement ces métiers « relationnels » aux qualités supposément féminines de prévenance, de sollicitude et d’empathie. Que la soignante ou l’enseignante les engage nécessairement dans son travail n’implique pas qu’il faille l’y réduire. Assimiler les services vitaux à des coûts, évoquer ces bienfaits dispensés par des femmes dévouées plutôt que les richesses créées par des travailleuses permet d’éluder l’identité fondamentale des aides-soignantes, auxiliaires de vie ou institutrices : celle de productrices (8). Produire une richesse émancipatrice qui pave les fondements de la vie collective, voilà un germe autour duquel pourrait cristalliser une conscience sociale.

    Le second thème est celui d’une revendication commune à l’ensemble du salariat, mais qui s’exprime avec une intensité particulière aux urgences hospitalières, dans les Ehpad ou les écoles : obtenir les moyens de bien faire son travail. L’attention parfois distraite du grand public aux conditions de labeur des cheminots et des manutentionnaires se change en préoccupation, voire en révolte, lorsqu’il s’agit de réduire le temps de toilette d’un parent dépendant, de fermer une maternité en zone rurale ou de laisser des équipes sous-dimensionnées s’occuper de malades mentaux. Chacun le sait d’expérience : la qualité des soins croît en proportion de la quantité de travail investie dans leur production. D’apparence bonhomme, la revendication des moyens d’accomplir sa tâche dans de bonnes conditions se révèle très offensive. La satisfaire, c’est remettre en cause l’austérité, l’idée qu’on peut faire toujours plus avec toujours moins, les gains de productivité arrachés au prix de la santé des salariés. Et aussi les boniments culpabilisateurs qui reportent sur les agents la responsabilité de « prendre sur eux » pour atténuer les effets des restrictions budgétaires. Nombre d’Ehpad dispensent par exemple des formations « humanitude » — des techniques de « bientraitance » mobilisant le regard, la parole, le toucher, transformées en label dont se prévalent les établissements — à des employées qu’on prive simultanément des moyens de traiter les anciens avec l’humanité requise. Comme si la maltraitance dérivait non pas principalement d’une contrainte économique extérieure, mais d’une qualité individuelle qui manquerait au personnel...

    Que l’exigence de ressources allouées aux besoins collectifs contredise l’exigence de profit et d’austérité place les services vitaux et leurs agents au cœur d’un conflit irréductible. Depuis le tournant libéral des années 1980, et plus encore depuis la crise financière de 2008, dirigeants politiques, banquiers centraux, Commission européenne, patrons ingénieurs des nouvelles technologies, hauts fonctionnaires du Trésor, éditorialistes et économistes orthodoxes exigent la réduction du « coût » de ces activités. Et provoquent ce faisant leur dégradation intentionnelle au nom d’un bon sens des beaux quartiers : le bien-être général se mesure à la prospérité des premiers de cordée. Ce bloc conscient de ses intérêts a trouvé en M. Emmanuel Macron son chargé d’affaires.

    Un socialisme des services à dominante féminine contrôlé par les travailleurs eux-mêmes

    En face, la coalition potentielle dont les productrices de services vitaux forment le moyeu ne peut naître à sa propre conscience qu’en formulant explicitement la philosophie et le projet qu’elle porte en actes au quotidien sous les préaux, dans les chambres et les salles de soins. C’est l’idée qu’un financement collectif des besoins de santé, d’éducation, de propreté et, plus largement, de transports, de logement, de culture, d’énergie, de communication ne constitue pas un obstacle à la liberté, mais au contraire sa condition de possibilité. Le vieux paradoxe qui subordonne l’épanouissement individuel à la prise en charge commune des premières nécessités dessine une perspective politique de long terme susceptible de rassembler le salariat féminin et de le constituer en agent de l’intérêt général : un socialisme des services à la couverture étendue qui lui donnerait les moyens d’accomplir sa mission dans les meilleures conditions, prioritairement déployé auprès des classes populaires vivant dans les zones périurbaines frappées par le retrait de l’État social et contrôlé par les travailleurs eux-mêmes (9).

    Car, en plus d’accomplir le prodige de s’organiser, la coalition des services à dominante féminine aurait pour tâche historique, épaulée par le mouvement syndical, de rallier à elle l’ensemble des classes populaires, et notamment sa composante masculine décimée par la mondialisation et parfois tentée par le conservatisme. Ce dernier trait n’a rien d’une fatalité.

    On jugera volontiers irréaliste d’assigner à ces travailleuses qui cumulent toutes les dominations un rôle d’agent historique et une tâche universelle. Mais l’époque ne sourit décidément pas aux réalistes qui jugeaient en 2016 impossible l’élection de M. Donald Trump sur une stratégie symétriquement inverse : coaliser une fraction masculine des classes populaires frappées par la désindustrialisation avec la bourgeoisie conservatrice et les couches moyennes non diplômées. Ravis de cette capture, médias et politiques aimeraient réduire la vie des sociétés occidentales à l’antagonisme qui opposerait désormais les classes populaires conservatrices, masculines, dépassées, incultes et racistes qui votent en faveur de M. Trump, de M. Benyamin Netanyahou ou de M. Viktor Orbán à la bourgeoisie libérale cultivée, ouverte, distinguée, progressiste qui accorde ses suffrages aux formations centristes et centrales qu’incarne M. Macron. Contre cette opposition commode, qui occulte la passion commune aux dirigeants de ces deux pôles pour le capitalisme de marché (10), le salariat féminin des services vitaux met en avant un autre antagonisme. Celui-ci place d’un côté de la barrière sociale les patrons-informaticiens de la Silicon Valley et les cadres supérieurs de la finance, masculins, diplômés, libéraux. Pilleurs de ressources publiques et squatteurs de paradis fiscaux, ils créent et vendent des services qui, selon l’ancien vice-président chargé de la croissance de l’audience de Facebook, M. Chamath Palihapitiya, « déchirent le tissu social » et « détruisent le fonctionnement de la société » (11). De l’autre côté se regroupent les classes populaires à base féminine, fer de lance du salariat, productrices de services qui tissent la vie collective et appellent une socialisation croissante de la richesse.

    L’histoire de leur bataille commencerait ainsi :

    « Nous exigeons les moyens de bien faire notre travail ! » Depuis des semaines, les auxiliaires de vie, puéricultrices, aides-soignantes, infirmières, enseignantes, nettoyeuses, agentes administratives avaient prévenu : faute de voir leur revendication satisfaite, elles se mettraient en grève. Et ce fut comme si la face cachée du travail paraissait à la lumière. Les cadres et professions intellectuelles, les femmes d’abord puis les hommes, à contrecœur, durent à leur tour quitter leur poste pour s’occuper de leurs parents dépendants, de leurs nourrissons, de leurs enfants. Le chantage affectif échoua. Parlement, bureaux, rédactions se clairsemaient. En visite dans une maison de retraite, le premier ministre expliqua sentencieusement à une gréviste qu’une minute suffit bien à changer une couche ; des études d’ailleurs le démontraient. Au regard qu’elle lui lança, chacun comprit que deux mondes s’affrontaient. Après cinq jours de chaos, le gouvernement capitula. Les négociations sur la création du Service public universel s’engageaient avec un rapport de forces si puissant que le mouvement gagna le nom de « second front populaire » : celui de l’ère des services.

    Pierre Rimbert
    (1) Sources : « Enquête emploi 2017 », Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) ; Données sociales 1974, Paris (recodées conformément à la classification actuelle).

    (2) Cf. Siggie Vertommen, « Reproduction sociale et le féminisme des 99 %. Interview de Tithi Bhattacharya », Lava, no 5, Bruxelles, juillet 2018.

    (3) « Fastest growing occupations », Bureau of Labor Statistics, Washington, DC.

    (4) « Vers l’égalité femmes-hommes ? Chiffres-clés » (PDF), ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, Paris, 2018.

    (5) Kasee Bailey, « The state of women in tech 2018 », DreamHost, 26 juillet 2018. ; Renee Adams, Brad Barber et Terrance Odean, « Family, values, and women in finance » (PDF), SSRN, 1er septembre 2016.

    (6) Lire Renaud Lambert et Sylvain Leder, « L’investisseur ne vote pas », Le Monde diplomatique, juillet 2018.

    (7) François-Xavier Devetter, Florence Jany-Catrice et Thierry Ribault, Les Services à la personne, La Découverte, coll. « Repères », Paris, 2015.

    (8) Lire Bernard Friot, « En finir avec les luttes défensives », Le Monde diplomatique, novembre 2017.

    (9) Lire « Refonder plutôt que réformer », Le Monde diplomatique, avril 2018.

    (10) Lire Serge Halimi et Pierre Rimbert, « Libéraux contre populistes, un clivage trompeur », Le Monde diplomatique, septembre 2018.

    (11) James Vincent, « Former Facebook exec says social media is ripping apart society », The Verge, 11 décembre 2017.

    https://seenthis.net/messages/749529 via colporteur


  • Geodis Gennevilliers en grève ! - http://www.platenqmil.com/blog via @paris, Paris-luttes.info
    https://paris-luttes.info/geodis-en-greve-11381
    https://paris-luttes.info/home/chroot_ml/ml-paris/ml-paris/public_html/IMG/arton11381.jpg?1546000537

    Les camarades de Geodis sont en #grève depuis le 26 décembre. L’entrepôt est paralysé, aucun colis ne sort, besoin de soutien !

    Depuis quelques années, on a l’habitude de croiser les ouvriers Geodis Gennevilliers dans nos #luttes. Contre la Loi Travail, contre la casse du rail, dans les AG et les blocages de facs, avec les #gilets_jaunes...ils sont devenus des piliers du mouvement social en Île-de-France !

    Depuis le 26 décembre 2018, à 19H30, ils sont en grève ! Après des mois passés à préparer le terrain, ils parviennent à déjouer les difficultés d’un secteur - la #logistique - où les luttes sont cassées par la #précarité et la répression antisyndicale.

    Le mouvement est très suivi, avec plus de 90% de grévistes dans certaines équipes. Même les chefs d’équipe suivent la grève ! L’entrepôt est paralysé, plus aucun colis ne sort. Les #intérimaires suivent ce qui se passe et soutiennent les grévistes, qui se battent aussi contre la précarité.

    Les revendications sont les suivantes :

    Prime de fin d’année de 1000 euros
    Augmentation générale de 200 brut + 100 euros pour celles et ceux qui n’ont jamais été augmentés
    Revalorisation de la prime transport à 50 euros net
    Plan contre la précarité (embauche de 30 intérimaires) et pour faciliter l’évolution professionnelle

    Ils ont besoin de soutien pour tenir !
    La caisse de grève qui est en ligne
    https://www.lepotcommun.fr/pot/x6tt2a10
    servira à compenser les pertes de #salaire et à financer les attaques juridiques dont les patrons GEODIS sont des habitués.

    Si par hasard vous n’avez pas encore entendu parler des Geodis, voir les articles sur les conditions de travail dans l’entrepôt
    http://www.platenqmil.com/blog/2018/04/18/geodis-cest-degueulasse
    ou sur le fameux blocage à 300 000 balles d’avril 2018
    http://www.platenqmil.com/blog/2018/06/18/une-soiree-a-300-000-balles

    Le mouvement des Gilets Jaunes maintien un climat de tension sur lequel ces grèves peuvent s’appuyer. Dans les boites, dans les facs et les lycées, sur les Champs, les ronds-points ou ailleurs...luttes partout !

    Je précise (contexte Gilets jaunes oblige...) que la plupart des #ouvriers de chez Géodis Genevilliers n’ont pas grand chose de Gaulois, contrairement aux contremaîtres de cette taule.

    https://seenthis.net/messages/747436 via colporteur


  • Dos de femme, dos de mulet, les oubliées du #Maroc profond

    « Si je me suis concentré sur le milieu rural, en particulier sur les régions montagneuses de l’#Atlas et sur les petites villes (#Berkane, #Midelt, #Kalaat_Sraghna), c’est parce que la #fragilité des femmes m’y a paru plus marquée, plus terrible qu’ailleurs. En 2015, dans différentes régions de ce pays, une fille qui n’est pas mariée à dix-huit ans est encore considérée comme une femme ratée, sans avenir… Dans les villages du Moyen et du Haut Atlas, comme dans de petites villes du Maroc profond, pères, mères, autorités locales et juges continuent à marier des filles, âgées de treize, quatorze ans, selon la coutume ou par contrat. Des enfants sont ainsi livrées aux familles de leurs époux. Elles y sont exploitées, martyrisées, violées… Dans les #mines de #Mibladen, mais aussi dans les #vergers de #clémentines de l’Oriental, les #ouvrières_saisonnières ont des conditions de vie dramatiques car elles subissent une double exploitation, économique et sexuelle. Ce travail démontre l’importance de réformer les lois. »

    http://www.etlettres.com/wp-content/uploads/2017/11/171127-COUVERTURE-DDFDDM-OP-e1511794651524.png
    http://www.etlettres.com/livre/dos-de-femme-dos-de-mulet-les-oubliees-du-maroc-profond
    #livre #femmes #montagne #mariage #enfants #enfance #mariage_forcé #coutume #exploitation #viol #violence #agriculture #travail #exploitation_économique #exploitation_sexuelle

    ping @daphne et @albertocampiphoto —> car on parle aussi des mines de Mibladen

    https://seenthis.net/messages/730492 via CDB_77


  • Nous sommes la #Classe_ouvrière #JRCF
    https://www.initiative-communiste.fr/jrcf/sommes-classe-ouvriere-jrcf

    Nous, des usines, des champs, du transport, du bâtiment, des ports, nous qui produisons biens et services, le matin, le soir, et la nuit. Nous qui faisons vivre notre pays, nous qui répondons présent pour le défendre, nous que l’on déconsidère néanmoins… Parce que la classe ouvrière est au front de l’économie, elle qui crée […]

    #1-PRCF #articles #JRCF #jeunes_communistes #Lutte_des_classes #ouvriers #PRCF ? #travaileurs


  • #toyota : A bas les menaces, les pressions et les sanctions -> signez la #Pétition
    https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/toyota-a-bas-menaces-pressions-sanctions-signez-petition

    Dans la vraie vie des salariés, des #ouvriers, il ne se passe pas un jour sans que la répression frappe, visant prioritairement ceux qui n’hésitent pas à sortir un peu du rang pour défendre tous les travailleurs, les syndicalistes. De Goodyear à Air France en passant par PSA, on pourrait multiplier les exemples de cette […]

    #2-lutte_des_classes_et_renaissance_communiste #articles #CGT #repression_anti_syndicale


  • Usul : la #sélection à l’université, coup double pour la bourgeoisie
    https://www.mediapart.fr/journal/france/271117/usul-la-selection-luniversite-coup-double-pour-la-bourgeoisie

    La question de la sélection à l’université fait son grand retour. Les arguments des réformateurs sont toujours les mêmes mais cette fois, la situation de crise provoquée par les ratés du logiciel d’admission post-bac semble être devenue une occasion en or pour faire advenir ce qui mûrit depuis longtemps dans les têtes.

    #France #jean-Michel_Blanquer #ouvriers #Paris_8 #Université


  • Le #travail, trop rarement incriminé dans les #cancers
    https://theconversation.com/le-travail-trop-rarement-incrimine-dans-les-cancers-84822
    https://images.theconversation.com/files/189037/original/file-20171005-9802-hpl3b8.jpg

    Enfin, le regard posé par les médecins sur les #corps #ouvriers abîmés hérite d’une longue tradition hygiéniste où les facteurs individuels du cancer comme le tabagisme ou l’alcool sont davantage pris en compte que les conditions de travail. Ainsi, aux yeux d’un certain nombre de médecins, l’ouvrier serait davantage responsable de sa maladie que victime, selon les témoignages de salariés recueillis lors de nos enquêtes. En revendiquant une reconnaissance en #maladie professionnelle, il provoque parfois chez son médecin la suspicion d’une démarche vénale, voire d’une tentative de fraude.

    Il peut s’y ajouter une tentative de #culpabilisation, avec une accusation de mise en péril de l’équilibre économique de l’entreprise. Monsieur T., par exemple, est un ancien ouvrier d’une entreprise de pneumatiques atteint d’un cancer broncho-pulmonaire. Il informe son généraliste de la déclaration en maladie professionnelle qu’il va réaliser avec l’aide d’une association. Réponse du médecin : « La maladie de l’amiante, c’est très bien, mais avec tous ces gens qui font des déclarations, ça peut couler des boites ».

    https://seenthis.net/messages/641458 via Agnès Maillard


  • SANS METTRE DE GANTS - Le dernier jour d’une technicienne de surface

    Elle a 65 ans, Jacqueline.
    Elle est « technicienne de #surface ». Ce qui veut dire ouvrière nettoyeuse.
    Mais ouvrière, ouvrier, ça ne se dit plus. Et surtout, ça ne se montre plus.
    Aujourd’hui, les femmes et les hommes au travail sont quasiment absents des écrans, du spectacle médiatique. Portés disparus de la modernité. Comme s’il fallait les rendre #invisibles, sans existence réelle, sans métier, sans œuvre, sans parole. Pour mieux taire l’#exploitation, la #précarité, l’aliénation ?
    Nous, on va faire exactement le contraire. On va vous emmener à la rencontre de Jacqueline. On va vous montrer son métier d’ouvrière nettoyeuse qu’elle exerce depuis 25 ans, à l’usine.
    Et vous allez vivre, avec elle, son dernier jour de travail avant la pension.

    « Le rêve moderne du #capitalisme est celui d’une société débarrassée des #ouvriers, de leurs salaires, de leurs revendications, de leurs syndicats, des lois sociales, du code du travail… Une société de robots, un cauchemar climatisé. Cachez ces ouvriers que je ne saurais voir ! » Gérard Mordillat, écrivain et cinéaste.

    Un film à voir ici : https://www.youtube.com/watch?v=GYpjc7hrt74&t=863s

    https://seenthis.net/messages/639412 via kaparia



  • Les niveaux de vie en 2015

    En 2015, en France, le #niveau_de_vie médian de la population s’élève à 20 300 euros annuels, soit un montant légèrement plus élevé que celui de 2014 en euros constants. Dans le haut de la distribution, les niveaux de vie repartent à la hausse après plusieurs années de baisse, l’augmentation étant particulièrement marquée pour les plus aisés. Dans le bas de la distribution, les niveaux de vie stagnent à l’exception du premier décile dont l’augmentation compense le léger repli de l’année précédente. En 2015, les 10 % de personnes les plus modestes ont un niveau de vie inférieur à 10 860 euros. Les 10 % les plus aisées ont un niveau de vie au moins 3,5 fois supérieur, au-delà de 37 510 euros.

    Après une forte baisse en 2013, les #inégalités globales, mesurées par l’indice de Gini, restent stables depuis 2014.

    Le #seuil_de_pauvreté monétaire, qui correspond à 60 % du niveau de vie médian de la population, s’établit à 1 015 euros mensuels. La pauvreté ainsi définie touche 14,2 % de la population, proportion stable par rapport à 2014 ; cependant, l’intensité de la pauvreté diminue.

    La situation vis-à-vis de la pauvreté est très liée au statut d’activité. En 2015, 37,6 % des chômeurs vivent au-dessous du seuil de pauvreté contre 6,5 % des salariés. Pour les actifs, occupés ou au #chômage, le #taux_de_pauvreté varie fortement selon la catégorie socioprofessionnelle : 15,3 % des #ouvriers sont pauvres selon l’approche monétaire contre 3,1 % des cadres et professions intellectuelles supérieures.

    https://www.insee.fr/fr/statistiques/3055008#titre-bloc-16
    #pauvreté #France #statistiques #chiffres

    https://seenthis.net/messages/629655 via CDB_77


  • #Ardennes Forge : le patron condamné pour travail dissimulé, les #ouvriers doivent payer
    https://www.mediapart.fr/journal/france/070817/ardennes-forge-le-patron-condamne-pour-travail-dissimule-les-ouvriers-doiv

    Jean-Michel Prusinowski devant l’usine où il a été conducteur de fours pendant 33 ans. © C.A. Ils avaient été licenciés après la liquidation de l’entreprise #Ardennes_forge en 2008. Neuf ans plus tard, les anciens ouvriers métallurgistes du nord-est de la #France sont sommés par la Cour de cassation de rembourser une partie des indemnités obtenues. Une décision qui plonge dans la détresse les anciens salariés déjà fragilisés.

    #métallurgie


  • Cambodian female workers in Nike, Asics and Puma factories suffer mass faintings | Global development | The Guardian
    https://www.theguardian.com/business/2017/jun/25/female-cambodian-garment-workers-mass-fainting

    Over the past year more than 500 workers in four factories supplying to Nike, Puma, Asics and VF Corporation were hospitalised. The most serious episode, recorded over three days in November, saw 360 workers collapse. The brands confirmed the incidents, part of a pattern of faintings that has dogged the 600,000-strong mostly female garment workforce for years.

    The women who collapsed worked 10 hour days, six days a week and reported feeling exhausted and hungry. Excessive heat was also an issue in three factories, with temperatures of 37C. Unlike in neighbouring Vietnam, where factory temperatures must not exceed 32C, Cambodia sets no limit, though if temperatures reach a “very high level” causing difficulties for workers, employers must install fans or air conditioning.

    According to unions, short-term contracts – common for workers in three of the factories – were also a key source of stress and exhaustion.

    #chaleur #femmes #ouvrières #exploitation #chaussures

    https://seenthis.net/messages/609958 via Fil


  • Dans l’Aisne avec les ouvriers de #MATT en lutte pour défendre leur #usine. #vidéo #frontsocial
    https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/laisne-ouvriers-de-matt-lutte-defendre-usine-video-frontsocial

    Les ouvriers de la manufacture de textile MATT de Montcornet dans l’Aisne sont en résistance depuis plusieurs semaines pour sauver leur usine et le produire en France. Cette usine qui sous traite notamment pour les grands constructeurs automobiles est donc menacée de fermeture alors que le groupe Trèves a annoncer l’arrêt de la production en […]

    #2-lutte_des_classes_et_renaissance_communiste #articles #CGT #désindustrialisation #front_social #grève #Lutte_des_classes #ouvrier #PRCF ? #secteur_luttes


  • Chris #Hedges Interviews Noam #Chomsky (1/3)

    Pulitzer Prize-winning journalist Chris Hedges speaks with Professor Noam Chomsky about working-class resistance during the Industrial Revolution, propaganda, and the historical role played by intellectuals in times of war - June 17, 14

    https://www.youtube.com/watch?v=bwRf5HHm2Mo

    – chez TRNN avec une trace écrite: http://therealnews.com/t2/index.php?option=com_content&task=view&id=31&Itemid=74&jumival=12006

    [...]

    [I]n the early 19th century, the business world recognized, both in England and the United States, that sufficient freedom had been won so that they could no longer control people just by violence. They had to turn to new means of control. The obvious ones were control of opinions and attitudes. That’s the origins of the massive public relations industry, which is explicitly dedicated to controlling minds and attitudes.

    The first—it partly was government. The first government commission was the British Ministry of Information. This is long before Orwell—he didn’t have to invent it. So the Ministry of Information had as its goal to control the minds of the people of the world, but particularly the minds of American intellectuals, for a very good reason: they knew that if they can delude American intellectuals into supporting British policy, they could be very effective in imposing that on the population of the United States. The British, of course, were desperate to get the Americans into the war with a pacifist population. Woodrow Wilson won the 1916 election with the slogan “Peace without Victory”. And they had to drive a pacifist population into a population that bitterly hated all things German, wanted to tear the Germans apart. The Boston Symphony Orchestra couldn’t play Beethoven. You know. And they succeeded.

    Wilson set up a counterpart to the Ministry of Information called the Committee on Public Information. You know, again, you can guess what it was. And they’ve at least felt, probably correctly, that they had succeeded in carrying out this massive change of opinion on the part of the population and driving the pacifist population into, you know, warmongering fanatics.

    And the people on the commission learned a lesson. One of them was Edward Bernays, who went on to found—the main guru of the public relations industry. Another one was Walter Lippman, who was the leading progressive intellectual of the 20th century. And they both drew the same lessons, and said so.

    The lessons were that we have what Lippmann called a “new art” in democracy, “manufacturing consent”. That’s where Ed Herman and I took the phrase from. For Bernays it was “engineering of consent”. The conception was that the intelligent minority, who of course is us, have to make sure that we can run the affairs of public affairs, affairs of state, the economy, and so on. We’re the only ones capable of doing it, of course. And we have to be—I’m quoting—"free of the trampling and the roar of the bewildered herd", the “ignorant and meddlesome outsiders”—the general public. They have a role. Their role is to be “spectators”, not participants. And every couple of years they’re permitted to choose among one of the “responsible men”, us.

    And the John Dewey circle took the same view. Dewey changed his mind a couple of years later, to his credit, but at that time, Dewey and his circle were writing that—speaking of the First World War, that this was the first war in history that was not organized and manipulated by the military and the political figures and so on, but rather it was carefully planned by rational calculation of “the intelligent men of the community”, namely us, and we thought it through carefully and decided that this is the reasonable thing to do, for all kind of benevolent reasons.

    And they were very proud of themselves.

    There were people who disagreed. Like, Randolph Bourne disagreed. He was kicked out. He couldn’t write in the Deweyite journals. He wasn’t killed, you know, but he was just excluded.

    And if you take a look around the world, it was pretty much the same. The intellectuals on all sides were passionately dedicated to the national cause—all sides, Germans, British, everywhere.

    There were a few, a fringe of dissenters, like Bertrand Russell, who was in jail; Karl Liebknecht and Rosa Luxemburg, in jail; Randolph Bourne, marginalized; Eugene Debs, in jail for daring to question the magnificence of the war. In fact, Wilson hated him with such passion that when he finally declared an amnesty, Debs was left out, you know, had to wait for Warren Harding to release him. And he was the leading labor figure in the country. He was a candidate for president, Socialist Party, and so on.

    But the lesson that came out is we believe you can and of course ought to control the public, and if we can’t do it by force, we’ll do it by manufacturing consent, by engineering of consent. Out of that comes the huge public relations industry, massive industry dedicated to this.

    Incidentally, it’s also dedicated to undermining markets, a fact that’s rarely noticed but is quite obvious. Business hates markets. They don’t want to—and you can see it very clearly. Markets, if you take an economics course, are based on rational, informed consumers making rational choices. Turn on the television set and look at the first ad you see. It’s trying to create uninformed consumers making irrational choices. That’s the whole point of the huge advertising industry. But also to try to control and manipulate thought. And it takes various forms in different institutions. The media do it one way, the academic institutions do it another way, and the educational system is a crucial part of it.

    This is not a new observation. There’s actually an interesting essay by—Orwell’s, which is not very well known because it wasn’t published. It’s the introduction to Animal Farm. In the introduction, he addresses himself to the people of England and he says, you shouldn’t feel too self-righteous reading this satire of the totalitarian enemy, because in free England, ideas can be suppressed without the use of force. And he doesn’t say much about it. He actually has two sentences. He says one reason is the press “is owned by wealthy men” who have every reason not to want certain ideas to be expressed.

    But the second reason, and the more important one in my view, is a good education, so that if you’ve gone to all the good schools, you know, Oxford, Cambridge, and so on, you have instilled into you the understanding that there are certain things it wouldn’t do to say—and I don’t think he went far enough: wouldn’t do to think. And that’s very broad among the educated classes. That’s why overwhelmingly they tend to support state power and state violence, and maybe with some qualifications, like, say, Obama is regarded as a critic of the invasion of Iraq. Why? Because he thought it was a strategic blunder. That puts him on the same moral level as some Nazi general who thought that the second front was a strategic blunder—you should knock off England first. That’s called criticism.

    [...]

    #industrialisation
    #media #histoire #Geschichte #institution
    #USA #England #Angleterre
    #Grande-Bretagne #Great_Britain #Großbritannien
    #Allemagne #Germany #Deutschland

    #contrôle #Kontrolle
    #résistance #Widerstand
    #working_class #ouvriers #Arbeiterklasse
    #éducation #Bildung
    #intellectuels

    https://seenthis.net/messages/268273 via oAnth


  • Dans le rétro du #FN : #1995, la percée dans l’électorat populaire
    https://www.mediapart.fr/journal/france/180417/dans-le-retro-du-fn-1995-la-percee-dans-l-electorat-populaire

    L’historienne Valérie Igounet revient sur la construction du #Front_national, né en 1972 aux marges de l’extrême droite, et sur la façon dont il s’est forgé un destin supposé incontournable pour le second tour 2017. Troisième volet : la #présidentielle de 1995 et l’émergence d’un « ouvriéro-lepénisme ».

    #France #Jean-Marie_Le_Pen #l'œil_des_chercheurs #ouvriers


  • De #créteil à #Martigues, il faut « faire redescendre le pouvoir vers les citoyens »
    https://www.mediapart.fr/journal/france/260317/de-creteil-martigues-il-faut-faire-redescendre-le-pouvoir-vers-les-citoyen

    Le quartier du Mont-Mesly, à Créteil © Patrick Artinian Fin de parcours auprès d’un électorat de #gauche désabusé. L’accumulation des pouvoirs, le clientélisme et la corruption de quelques-uns déconsidèrent l’ensemble de élus, quand les citoyens, eux, doivent se débattre avec des pouvoirs publics de plus en plus distants.

    #France #abstention #démocratie #élection_présidentielle_2017 #électorat_populaire #FN #Givors #ouvriers #Pétrochimie #Transparence


  • Quand les élites déconsidèrent le travail
    https://www.mediapart.fr/journal/france/220317/quand-les-elites-deconsiderent-le-travail

    © Patrick Artinian La désindustrialisation, puis la mondialisation, ont laissé sur le carreau des centaines de milliers de Français à qui l’on n’offre désormais que des “Mac jobs”. La #gauche au pouvoir a participé de ces transformations, sans rien proposer comme alternative.

    #France #abstention #créteil #élection_présidentielle_2017 #électorat_populaire #FN #Givors #Martigues #ouvriers #Pétrochimie


  • Trois villes de #gauche et un sentiment d’abandon
    https://www.mediapart.fr/journal/france/190317/trois-villes-de-gauche-et-un-sentiment-dabandon

    Martigues, le chenal d’entrée dans l’étang de Berre © Patrick Artinian Au travers de trois villes françaises, #créteil, #Givors et #Martigues, nous sommes partis à la rencontre d’un électorat d’ouvriers, d’employés, de petits patrons d’industrie et de chômeurs, autrefois acquis à la gauche et qui, aujourd’hui, oscille entre l’abstention, la tentation des extrêmes et un rejet atterré de la politique.

    #France #abstention #élection_présidentielle_2017 #électorat_populaire #FN #ouvriers


  • #créteil, #Givors, #Martigues, trois villes de #gauche et un sentiment d’abandon
    https://www.mediapart.fr/journal/france/190317/creteil-givors-martigues-trois-villes-de-gauche-et-un-sentiment-dabandon

    Au travers de trois villes françaises, Créteil, Givors et Martigues, nous sommes partis à la rencontre d’un électorat d’ouvriers, d’employés, de petits patrons d’industrie et de chômeurs, autrefois acquis à la gauche et qui, aujourd’hui, oscille entre l’abstention, la tentation des extrêmes et un rejet atterré de la politique.

    #France #abstention #élection_présidentielle_2017 #électorat_populaire #FN #ouvriers



  • Dans l’Aube, le « sentiment d’abandon » de la population rurale
    https://www.mediapart.fr/journal/france/260217/dans-l-aube-le-sentiment-d-abandon-de-la-population-rurale

    Dans l’Aube, département #rural plutôt industrialisé, les échos de la campagne présidentielle sont faibles, hormis les remugles de l’affaire Fillon. Le #Front_national y avance ses pions, profitant de la relative indifférence des autres candidats pour les grands enjeux du territoire, notamment le maintien de l’emploi et l’agriculture.

    #France #agriculture #Aube #campagne_présidentielle_2017 #engagement #industrie #ouvriers #territoires


  • #William_Spriggs : « Les idées de Trump ne représentent pas les valeurs du mouvement ouvrier »
    https://www.mediapart.fr/journal/international/060217/william-spriggs-les-idees-de-trump-ne-representent-pas-les-valeurs-du-mouv

    Le nouveau président américain a promis de redonner du pouvoir d’achat aux classes moyennes et populaires, en dénonçant les accords de libre-échange et en promettant de placer « l’Amérique d’abord ». Les #syndicats américains achètent-ils ce discours ? Réponse (négative) avec William Spriggs, l’économiste en chef de la grande confédération syndicale américaine, l’AFL-CIO.

    #International #AFL-CIO #Donald_Trump #emplois #Etats-Unis #ouvriers #salaires #travailleurs


  • « Les idées de Trump ne représentent pas les valeurs du mouvement ouvrier »
    https://www.mediapart.fr/journal/international/060217/les-idees-de-trump-ne-representent-pas-les-valeurs-du-mouvement-ouvrier

    Le nouveau président américain a promis de redonner du pouvoir d’achat aux classes moyennes et populaires, en dénonçant les accords de libre-échange et en promettant de placer « l’Amérique d’abord ». Les #syndicats américains achètent-ils ce discours ? Réponse (négative) avec #William_Spriggs, l’économiste en chef de la grande confédération syndicale américaine, l’AFL-CIO.

    #International #AFL-CIO #Donald_Trump #emplois #Etats-Unis #ouvriers #salaires #travailleurs


  • Les 700.000 #ouvriers invisibles des #usines à #colis françaises | StreetPress
    http://www.streetpress.com/sujet/1484676734-ouvriers-invisibles-des-usines-colis-francaises
    http://www.streetpress.com/sites/default/files/field/image/photo_usine_a_colis_worklog_-_copie.jpg

    Taisez-vous et bossez !

    Ces grands hangars pourraient fonctionner de manière artisanale, mais les nouvelles technologies les ont transformés depuis une dizaine d’années. L’outil informatique organise, catégorise, contrôle et impose un scénario de travail aux ouvriers.

    C’est la même chose que dans les call centers où la personne suit tout le schéma de conversation sur son ordinateur, selon ce que lui répond le client.

    Un #taylorisme, version #numérique

    Le préparateur de commande reçoit les informations d’une voix numérique dans son casque qui lui dit point par point ce qu’il doit faire. C’est du taylorisme version numérique ! Il évolue dans une bulle au sein de son lieu de travail et n’a plus besoin de poser de question ou de discuter avec un collègue, encore moins de travailler en équipe. Dès qu’il prononce un mot, comme un « bonjour », la machine l’entend et rétorque : « Répétez, ce mot n’est pas compris »…

    https://seenthis.net/messages/561915 via Agnès Maillard


  • Premier bonheur… – Madjid Ben Chikh, Tokyo | Le Blog de Suppaiku
    http://madjidbenchikh.fr/premier-bonheur

    L’enfant pauvre, les regards de mes parents sont toujours là, mais de leur crainte je ne retiens plus que leur très grande tendresse, leur affection pour moi, leur confiance aussi, en ce que je saurais faire les bons choix dans un avenir dont ils savaient bien qu’il serait tumultueux. Comment cet avenir aurait-il pu être différent. Moins de 5% d’enfants d’ouvriers français ont eu leur #baccalauréat en 1983, papa n’était même plus #ouvrier, il était au #chômage, et il n’était même pas français. On était combien, comme moi, à avoir survécu au #filtrage. Souvenir de mes copains du cours d’#arabe qui année après année avaient été « réorientés ». J’étais délégué de classe, c’était un calvaire, ce sentiment de parler dans le vide pour les défendre en conseil de classe, et puis leur lassitude, leur résignation à ce que l’école ne soit pas faite pour eux, et puis souvenir de ce petit bout de bonne femme, Mademoiselle Cunin, toujours la même robe courte des années 60 rallongée par quelques rangs de broderie maison, les cheveux comme passés au lance-flammes, très « vieille fille », mais incroyablement batailleuse pour transmettre, sévère comme pas deux mais juste, et bataillant pour en sauver un, deux, trois parmi nous, au moins jusqu’à la troisième.

    https://seenthis.net/messages/560400 via Agnès Maillard