• Pour un rétro-Design de l’attention | InternetActu.net
    http://www.internetactu.net/2017/10/18/pour-un-retro-design-de-lattention
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    Trop souvent, la seule réponse qu’obtiennent les utilisateurs à ces problèmes attentionnels est qu’elle relève de leur responsabilité, alors que des milliers de designers agencent toujours plus finement la frontière entre l’incitation et la manipulation, en façonnant chaque boucle de rétroaction du moindre de leurs outils. Les stratégies d’exploitation attentionnelle que produisent les concepteurs vont devenir de plus en plus visibles à mesure que de plus en plus d’outils vont les utiliser. Elles sont donc appelées à être de plus en plus critiquées, pointées du doigt… voire certainement régulées.

    Le problème est que ce qui est important pour l’utilisateur est lié à ce qui est important pour l’entreprise : « la machine sur laquelle vous perdez votre temps est aussi celle que vous utilisez pour savoir si votre enfant est malade, vous ne pouvez donc pas l’éteindre ou la laisser derrière vous ». Effectivement, c’est en cela que la réponse par la déconnexion, qui incite chacun à se doter de pratiques vertueuses, oublie que l’hyperconnexion à laquelle nous avons succombé, malgré ses défauts, permet d’abord de nous libérer, de nous mettre en capacité, d’élargir les formes d’interaction sociale auxquelles nous aspirons. Notre hyperconnexion n’est pas une faute morale, mais est d’abord et avant tout un moyen de gagner en autonomie.

    La fluidité des outils numériques permet de les adapter en permanence aux utilisateurs, de trouver les moyens de les « accrocher », de les « retenir »… d’exploiter et manipuler leurs comportements. « Il semblerait bien que la force de certains conditionnements invisibles logés au sein des programmes numériques soit de plus en plus puissante », comme le note le chercheur Anthony Masure dans sa thèse portant sur « le design des programmes ». Nous sommes désormais cernés de contraintes invisibles et qui s’imposent à nous, qui nous poussent à répondre, à interagir, à nous inscrire dans ce que l’anthropologue Natasha Schüll, l’auteur d’Addiction by Design, appelle « la zone de la machine », ce piège de la conception où le mécanisme lui-même devient le point, le coeur de son objet. Ce design de la dépendance qui nous rend toujours plus vulnérables à des formes de manipulation non conscientes.

    L’exploitation de notre anxiété, les pages sans fin, les flux infinis, les vidéos qui se lancent toutes seules… n’ont pas pour objectifs de vous fournir des informations qui collent à votre personnalité, mais de produire des calculs depuis notre personnalité pour mieux exploiter les contenus et les propositions que nous font ces services.

    #Attention #Design #Plateformes

    https://seenthis.net/messages/644346 via Articles repérés par Hervé Le Crosnier


  • affordance.info : Libérée, délivrée, harcelée : de la sagesse à la folie des foules.
    http://affordance.typepad.com//mon_weblog/2017/11/sagesse-ou-folie-des-foules.html
    http://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef01bb09d5cb54970d-600wi

    Pour le dire rapidement, dans les récentes affaires de harcèlement qui touchent des personnalités publiques ou des journalistes, la responsabilité, la seule, incombe entièrement aux plateformes. Toutes, je dis bien toutes, de Twitter à Facebook, sont parfaitement capables, quasiment en temps-réel, et sans n’utiliser rien d’autre que leurs algorithmes déjà disponibles, toutes sont parfaitement capables de repérer et de qualifier ces actions de harcèlement à grande échelle adressés à une personnalité publique. Et toutes ces plateformes sont de la même manière parfaitement capables de suspendre immédiatement les comptes harceleurs. Toutes sont par ailleurs libres de continuer d’externaliser leurs politiques de modération à des ouvriers et ouvrières sous-payées aux Phillippines parce que ce travail est trop « sale » ou trop mal payé ou trop violent psychologiquement pour l’installer aux Etats-Unis (siège social) ou en Irlande (siège fiscal), mais c’est (presque) un autre sujet.

    Mais oui, Twitter et Facebook sont capables de faire immédiatement cesser ces campagnes de harcèlement. Ils en sont « capables » au sens premier c’est à dire qu’ils en ont et la capacité et la compétence et le pouvoir. Et cela tout le monde le sait. Ceux qui feignent de l’ignorer, de le dissimuler ou d’affirmer l’inverse sont soit des incompétents soit des menteurs.

    Le harcèlement est d’abord une question de contexte. Et de loi. Mais la loi, elle, ne varie pas. Le harcèlement dans un contexte scolaire doit être traité par les acteurs du système scolaire. En faisant appliquer la loi. Le harcèlement dans un contexte professionnel doit être traité devant les instances représentatives concernées. En faisant appliquer la loi. Et ainsi de suite. Le harcèlement dans l’espace public, dès lors qu’il prend la forme d’une manifestation publique, doit être traité par la puissance publique. En faisant appliquer la loi. Et le harcèlement dans le cadre de ces plateformes privées qui jouent et instrumentalisent en permanence des énoncés semi-publics (parce que plein de monde les voient) et semi-privés (parce que l’on n’est pas pour autant dans un espace public), le harcèlement dans le cadre de ces plateformes doit être, en priorité, traité par ces plateformes privées. En faisant appliquer la loi.

    Et l’autre argument qui consiste à indiquer qu’il est difficile de savoir où commence la qualification juridique du harcèlement est aussi inepte en droit qu’il est humiliant pour les victimes.

    Car enfin, pour mettre de l’intelligence artificielle dans des putains de frigos qui parlent alors là on a des algorithmes et des process hyper-méga compétitifs et des bataillons de start-ups en mode lean-management de mes burnes. Mais quand il s’agit de repérer et de bloquer des comptes appelant « à violer ou sodomiser cette nana » ou « à aller buter les enfants de ce fils de pute à la sortie de l’école », quand une personnalité publique est la cible d’insultes et de menaces répétées, quand il s’agit de repérer et de bloquer des comptes relayant ce genre de messages et s’en rendant donc complices, alors là ben l’algorithmie redevient compliquée et l’analyse du langage naturel n’a visiblement pas fait le moindre progrès depuis les années 20.

    Comment sommes-nous passés de la « sagesse des foules » à la « folie des foules » ?

    Comment ... et pourquoi ? Mon hypothèse est la suivante : les effort conjugués et systémiques d’un capitalisme de la surveillance et l’émergence là encore systémique de formes toujours plus aliénantes de Digital Labor ont facilité et peuvent permettre d’expliquer en partie cette bascule dans les représentations que nous avons de la « foule ». L’alliance du Digital Labor et du capitalisme de la surveillance ont en partie fabriqué ces foules haineuses, qui peuvent être perçues comme les stigmates inquiétants d’un totalitarisme annoncé.

    #Plateformes #Algorithmes #Olivier_Ertzscheid #Cyberharcèlement

    https://seenthis.net/messages/643894 via Articles repérés par Hervé Le Crosnier


  • « Sur Internet, nous travaillons tous, et la pénibilité de ce travail est invisible »
    http://abonnes.lemonde.fr/pixels/article/2017/03/11/sur-internet-nous-travaillons-tous-et-la-penibilite-de-ce-travail-es
    http://s1.lemde.fr/image/2017/03/11/644x322/5093122_3_5165_des-dizaines-de-millions-de-personnes_4ebde2812e3c97b305c7b8def1161ff7.jpg

    Quelles sont ces plates-formes, et comment nous font-elles travailler ?

    Il en existe quatre types. Le premier type, ce sont les plates-formes à la demande, comme Uber ou Airbnb, qui sous couvert d’une autre activité (transport, location, etc.) font de la production de données, enregistrent nos destinations, notre localisation, nos commentaires, notre réputation, nos évaluations, et qui revendent ensuite ces données.

    Du côté des chauffeurs du VTC, à lire : Uber crée « une nouvelle population de travailleurs pauvres et mal couverts »

    Le deuxième type, ce sont les plates-formes de microtravail comme Amazon Mechanical Turk, Upwork, l’application mCent… Des sites sur lesquels des millions de personnes dans le monde réalisent des tâches extrêmement simples [chercher sur Internet l’adresse d’un magasin, numériser les informations d’une carte de visite, décrire les éléments d’une image…] pour des rémunérations extrêmement faibles, de l’ordre de quelques centimes d’euros par minute.

    Le troisième type, ce sont les plates-formes de gestion de l’Internet des objets. Nos smartphones, nos montres connectées, mais aussi nos télévisions, nos ampoules ou nos thermostats connectés produisent de la donnée qui est ensuite exploitée. Nos maisons se transforment en usine à données, et cette production converge vers les immenses serveurs de Google ou d’Amazon.

    Le dernier type, enfin, ce sont les plates-formes sociales. Ecrire un post, formuler un tweet, filmer une vidéo pour la partager, mais aussi faire circuler des contenus, signaler ceux qui sont choquants ou inappropriés, c’est du travail, même s’il y a un côté jeu, un côté qui procure du plaisir.

    #digital_labor #plateformes #Antonio_Casilli

    https://seenthis.net/messages/577243 via Articles repérés par Hervé Le Crosnier