#politesse

  • Instantané d’aire d’autoroute, quand la #classe_obscène (beau nom que Lordon a trouvé pour qualifier la #bourgeoisie triomphante) est bien obligée de se mêler, brièvement, aux #classes_populaires.

    L’autoroute est chargée, la station service fourmille. Comme d’habitude, les hommes entrent et sortent de leurs toilettes librement, tandis que côté femmes, une file d’une vingtaine de personnes patiente. Arrive une femme âgée, vêtue simplement d’une robe à fleurs défraîchie, marchant d’un pas lourd avec une canne. Elle tient deux enfants par la main. Elle observe la longue queue et s’avance pour voir où elle mène :
    « - C’est pour les toilettes tout ça ?
    – Eh oui... »
    Elle sourit, gênée, et continue à remonter lentement la queue. Elle arrive à l’entrée des WC. Dans ma nuque, une voix marmonne : « Non mais je rêve, elle va pas faire ça quand même ? » La vieille femme entre. De derrière moi surgit une passionnée de fitness et de cardio-training, 1m80, bronzée aux UV, mèches oxygénées et savamment coupées, tenue sport. Elle bondit après la vieille femme et hurle : « Il y a une file d’attente là ! La moindre des politesses ce serait de demander la permission de passer devant tout le monde ! C’est pas croyable ça ! » J’écarquille les yeux :
    « - Mais enfin madame, vous voyez bien que c’est une personne âgée qui se déplace difficilement !
    – Vous voulez que je vous pisse dessus, vous ?
    – Je vous demande pardon ? »
    Au même moment, la femme devant moi, corpulente, dreads approximatives sur la tête, réconforte doucement la vieille dame :
    « - Quand elle aura sa vieille maman avec une canne, elle comprendra. »
    La sportive jette ses phrases comme des couteaux :
    « - Ouais bah ma mère elle est morte, alors d’ici à ce qu’elle ressorte de sa tombe on a le temps. »
    L’ancienne, embarrassée, tente de se justifier :
    « - Vous comprenez, ce n’est pas un handicap, la canne me sert à...
    – Vous inquiétez pas, j’ai tout à fait compris la situation, je vois bien que c’est pas un handicap et que vous n’êtes pas prioritaire.
    – C’est un problème de hanche qui a...
    – Oh la la, me racontez pas votre vie, j’ai pas envie de vous entendre. Je suis médecin, les gens payent pour me parler. Y a un minimum de politesse à avoir. »
    Je fais remarquer que la courtoisie, c’est précisément à nous d’en faire preuve. M’ignorant superbement, la sportive reprend sa place dans le rang en jetant des « Avec sa canne, là, j’hallucine ! », tandis que la femme aux dreads et moi parlons à la vieille dame et lui signalons bientôt un WC qui se libère.
    L’épilogue n’est pas plus joyeux. Tandis que j’arrive moi-même dans les toilettes, j’entends dans celles d’à côté une voix d’ouvrière ou d’employée, expliquant à une petite fille : « Bah c’est vrai que maintenant la canne ça rend pas toujours prioritaire, parce que c’est pas forcément un handicap. En plus y a des handicaps, on les voit pas. Par exemple moi, si ça se trouve j’ai un handicap et personne le sait. On peut pas savoir. »

    #humiliation #priorité #handicap #vieillesse #pauvreté #judiciarisation #fascisme #mépris_de_classe #politesse

    https://seenthis.net/messages/717959 via intempestive


  • Les règles formelles de #politesse, expliquées comme une arme entre les mains de riches et des puissants, pour disqualifier leurs interlocuteurs, dans cette excellente vidéo d’#Arrêt_sur_Images. (Cela me rappelle une « charte d’utilisation des moyens informatiques » dans une entreprise qui impose de commencer les messages par Bonjour.)

    https://www.arretsurimages.net/chroniques/le-regard-oblique/serrez-moi-la-main-ou-larme-de-la-politesse

    #violence_de_classe

    https://seenthis.net/messages/691481 via Stéphane Bortzmeyer



  • Histoire de la Politesse de 1789 à nos jours

    http://www.canalacademie.com/ida1854-Histoire-de-la-Politesse-de-1789-a-nos-jours.html

    Histoire de la Politesse de 1789 à nos jours
    L’ouvrage de Frédéric Rouvillois plaide pour la civilité...

    Frédéric Rouvillois a publié une « Histoire de la politesse de 1789 à nos jours » aux éditions Flammarion qui donne les clés pour une histoire générale de la société. Cet ouvrage a pour ambition d’éclairer d’une certaine manière la réalité contemporaine et de mieux comprendre notre passé.

    Bookmark and Share

    L’ouvrage se découpe en quatre grandes périodes :

    – de 1789 à nos jours, elle correspond à la crise anti-royaliste des révolutionnaires : comme on éradique les attributs royaux des monuments, on tente de faire disparaître la vieille civilité.

    – de 1800 à 1914, c’est l’âge d’or de la politesse bourgeoise avec la réhabilitation des règles de savoir-vivre. Évidemment cette longue période n’est pas homogène et nous verrons qu’elle se découpe en plusieurs parties correspondant le plus souvent à des crises politiques : en 1814 avec la Restauration, en 1830 avec la flambée de l’anglomanie, en 1850 avec le début de l’embourgeoisement des campagnes, en 1890 avec la mode ’fin de siècle’...

    – de 1914 à la Libération, c’est le temps des ruptures, caractérisé par une simplification des usages.

    – enfin, à partir de 1950 s’ouvre l’ère des incertitudes : d’un côté se poursuit le mouvement de déconstruction initié durant l’entre-deux-guerres et le rétrécissement progressif des groupes sociaux respectueux des usages, du savoir-vivre traditionnel ; mais par ailleurs, semble aussi s’amorcer depuis le début des années 1990, une certaine prise de conscience de l’importance des règles de savoir-vivre.

    Frédéric Rouvillois est professeur de droit public à l’Université Paris V. Bibliophile, il collectionne depuis toujours les traités de savoir-vivre.

    #politesse

    https://seenthis.net/messages/507885 via Reka