• Chroniques de permanences 5
    http://marciawanders.tumblr.com/post/148832367573/chroniques-de-permanences-5

    Monsieur Uddin a 23 ans et de grosses cernes sous les yeux. Je le remarque, parce que ma collègue vient me chercher dans mon bureau pour me demander de m’occuper de lui. « Fais attention, il est fragile ». J’y vais tout en douceur. Il s’assoit, je lui explique le dossier d’assurance maladie qu’on est en train de remplir, les méandres de l’#OFII qui ne lui donne que 17€ par mois au lieu des 330€ prévus, le fonctionnement des hôpitaux qui pourraient soigner son hépatite gratuitement et sans attendre. J’écris des lettres, plein de lettres, qui ressemblent à celles que j’écris depuis deux ans. J’écris qu’il est vulnérable, #précaire, sans ressources, dans une situation compliquée. J’écris tous les synonymes de #pauvre que je connais. Il a le sourire, mon imprimante qui débite le rassure, ça veut dire qu’on fait des choses, que la situation va avancer.

    Deux semaines plus tard, je reçois une réponse de l’OFII, qui me dit que des ressources ont été inscrites dans son dossier, mais qu’elles vont être enlevées, et que tout ça va être réglé dans un mois.

    Monsieur Uddin revient me voir deux mois plus tard. Rien n’a avancé. Il n’y a pas de traces de son dossier à la sécurité sociale, qui me répond sans gêne qu’ils l’ont « sans doute perdu ». Ça me rappelle que l’année dernière, on avait appris que la #CPAM de Seine Saint Denis avait décidé de jeter les dossiers de demande d’Aide Médicale d’Etat reçus entre octobre et décembre. Pour #déstocker. C’est manifestement ce qui vient d’arriver au dossier de Mr Uddin. On recommence (...)

    #permanences #Accueil #santé #revenu #xénophobie_d'État #austérité
    #toctoc

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  • Le racisme comme création de l’Etat, Jacques Rancière, 2010 - Oeuvres Ouvertes
    http://oeuvresouvertes.net/spip.php?article2132

    Je voudrais proposer quelques réflexions autour de la notion de « racisme d’Etat » mise à l’ordre du jour de notre réunion. Ces réflexions s’opposent à une interprétation très répandue des mesures récemment prises par notre gouvernement, depuis la loi sur le voile jusqu’aux expulsions de roms. Cette interprétation y voit une attitude opportuniste visant à exploiter les thèmes racistes et xénophobes à des fins électoralistes. Cette prétendue critique reconduit ainsi la présupposition qui fait du racisme une passion populaire, la réaction apeurée et irrationnelle de couches rétrogrades de la population, incapables de s’adapter au nouveau monde mobile et cosmopolite. L’#Etat est accusé de manquer à son principe en se montrant complaisant à l’égard de ces populations. Mais il est par là conforté dans sa position de représentant de la rationalité face à l’irrationalité populaire.

    Or cette disposition du jeu, adoptée par la critique « de gauche », est exactement la même au nom de laquelle la droite a mis en oeuvre depuis une vingtaine d’années un certain nombre de lois et de décrets racistes. Toutes ces mesures ont été prises au nom de la même argumentation : il y a des problèmes de délinquances et nuisances diverses causés par les immigrés et les clandestins qui risquent de déclencher du racisme si on n’y met pas bon ordre. Il faut donc soumettre ces délinquances et nuisances à l’universalité de la loi pour qu’elles ne créent pas des troubles racistes.

    C’est un jeu qui se joue, à gauche comme à droite, depuis les lois Pasqua-Méhaignerie de 1993. Il consiste à opposer aux passions populaires la logique universaliste de l’Etat rationnel, c’est-à-dire à donner aux #politiques_racistes d’Etat un brevet d’antiracisme. Il serait temps de prendre l’argument à l’envers et de marquer la solidarité entre la « rationalité » étatique qui commande ces mesures et cet autre -cet adversaire complice- commode qu’elle se donne comme repoussoir, la passion populaire. En fait, ce n’est pas le gouvernement qui agit sous la pression du racisme populaire et en réaction aux passions dites populistes de l’extrême-droite. C’est la raison d’Etat qui entretient cet autre à qui il confie la gestion imaginaire de sa législation réelle.

    #xénophobie_d'état

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