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La sélection de Seenthis, maison-mère du Zinc. Une minute plus tard.

  • L’homme au goulot entre les dents
    le fil twitter de la conférence de Mathilde Larrere sur une #histoire #politique et #sociale de la #consommation de l’#alcool 19e-20e siècle
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    Sachez-le : 19e siècle est le siècle de démocratisation de la boisson alcoolisée ! Sacrée descente nos ancêtres : en 1900 les Français boivent en moyenne 162 litres de vin par an, et presque 5 litres d’alcool fort ; champion du monde qu’on était !

    Dans les pays de bière, ça y va aussi, 337 litres de bière en moyenne par Lillois/an.

    Et à chaque fois on compte tous les Français ! même les enfants (lesquels buvaient aussi, mais moins que leurs parents), même les femmes (qui elles aussi buvaient moins). Donc la consommation d’un homme adulte… comment dire…

    À titre de comparaison, aujourd’hui c’est 44 litres de vin /an/habitants. (en 1830 ça tournait autour de 70 litres de vin)

    Ce qui change au cours du 19e c’est que la consommation d’alcool qui au début était surtout le fait des classes les plus riches devient une pratique quotidienne des classes populaires, urbaines comme rurales. Une raison à cela, l’alcool avant, était cher !

    Or justement, ce qui change dans la deuxième moitié du 19e sc, c’est que le prix de l’alcool chute, et ce pour plusieurs raisons

    Déjà parce qu’on en produit plus ! c’est d’abord le fait de la spécialisation agricole. Pour faire vite, jusqu’au milieu du 19e, on pratiquait dans toutes les régions la polyculture vivrière. Mais avec le développement des transports (train, eau), on peut spécialiser.

    Or autant les petites vignes disséminées un peu partout ne produisaient pas beaucoup, autant quand on commence à faire des mers de vigne comme dans l’Hérault ou le Beaujolais, ça fait beaucoup plus de litres !

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    Évidemment ça pose aussi des problèmes de maladies de la vigne (oïdum (1845), Mildiou (1878) et la grosse catastrophe le phylloxéra 80ies) et de surproduction. Sans compter que c’est longtemps resté de la piquette.

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    Autre effet induit de la spécialisation agricole, la production de cidre. On en faisait pas trop avant… on préférait des champs de blé à des vergers de pommiers. Mais une fois que l’ouest devient une terre d’élevage, hop, on plante des arbres.

    S’imposent alors les paysages que l’on connait, herbe-pommiers-vaches (en plus ça marche bien ensemble, les pommiers assurent l’humidité des sols pour que l’herbe pousse et la vache bouffe l’herbe et s’abrite du soleil)

    En conséquence, le cidre qui était avant une boisson assez rare, une boisson de roi (François 1er, Louis XV connus comme consommateurs c’est peut-être pour ça qu’on en boit avec la galette des Rois ? ), se démocratise (du moins dans les régions productrices, on peine à le conserver)

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    On produit plus d’alcool aussi parce qu’on se met à en produire de façon industrielle, ce que diverses avancées techniques sur la fermentation et la distillation permettent

    Si l’on sait brasser la bière depuis 4000 ans av. J.-C., la production industrielle date du 19e grâce à des progrès scientifiques (à nouveau, maitrise de la fermentation)

    C’est net aussi pour les alcools forts. La distillation vient du IIIe siècle, d’Égypte, des Coptes, puis est passée aux Arabes vers 8e-9e sc. d’ailleurs le terme alcool vient de l’hispano-arabe.

    L’alambic est ensuite introduit en Europe, suivant les voies des retours de croisades. le procédé est perfectionné de siècle en siècle et devient courant dans les campagnes :

    les paysans distillaient les fruits invendus de leurs récoltes pour une auto consommation ou une petite commercialisation locale, des distillateurs ambulants parcourant les campagnes (on les appelle les bouilleurs de cru)

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    Déjà cette petite production paysanne augmente. Les bouilleurs de cru sont 500 000 au début IIIe répu, 1 M° à la veille de la guerre. mais // se développent des productions industrielles qui là encore bénéficient d’innovations techniques importantes

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    Je vous passe les détails, mais nait donc une industrie des alcools distillés à forte concentration de capitaux et de technologie la production explose ! et les grosses boites prennent le pas sur les petits bouilleurs de cru. D’autant que la publicité est mobilisée !

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    L’une des industries les plus connues est celle de l’absinthe ! Alcool prisé des peintres et des poètes (on pensera à Rimbaud), particulièrement fort et hallucinogène (en raison d’une substance particulière qu’elle contient)

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    On l’appelait la fée verte.

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    2e raison à la baisse du prix de l’alcool, la politique fiscale !

    l’alcool échappe de plus en plus à l’impôt.

    Déjà les bouilleurs de cru dont je vous parlais plus haut sont exonérés de taxe.

    C’est leur fameux « privilège »

    ensuite, les taxes indirectes sur les boissons alcoolisées sont progressivement allégées, notamment le fameux octroi qui grevait les produits à l’entrée des villes (et explique qu’il y avait tant de troquets en banlieue)

    en 1897, une loi supprime l’octroi sur les boissons alcoolisées.

    Ajoutez à cela que le discours général sur l’alcool n’était pas négatif. On disait que le vin c’était stimulant, nourrissant, ça fluidifiait le sang.

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    La bière, encore mieux, nourrissant, diurétique, limite détox ça fait monter le lait des femmes, cependant que la pub vantait les mille mérites du pastis, du ricard ou autre apéro ou digestifs (d’ailleurs, ça aide à digérer !)

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    Et quand en 1897 on a levé les taxes sur les boissons alcoolisées, c’est au motif qu’elles étaient """""hygiéniques"""""". Oui oui oui

    Résultat, les patrons donnaient du vin à leurs salariés, les gamins avaient un coup de gnole dans le biberon et de la bière ou un petit coup de pinard à la cantine !

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    Donc, les classes populaires se mettent à boire quotidiennement de l’alcool, du vin ou de la bière en ville (et dans les terres vigneronnes à la campagne), de l’alcool fort à la campagne

    Alors qu’en 1840 Villermé constatait que les ouvriers ne boivent du vin que 2 fois par mois, le lendemain de la paye, fin 19e, la consommation est quotidienne

    On boit d’autant plus que c’est hyper facile de trouver de l’alcool. Y’a des cafés partout ! Car en 1880 une loi très libérale permet la x° des débits de boissons (il suffisait de déclarer !) seuls les condamnés ou les mineurs n’avaient pas le droit d’en ouvrir.

    Ça s’explique entre autres, car les cafés étaient aussi des lieux de sociabilité populaire, de politisation. D’ailleurs, tout bon candidat se devait de payer la tournée x fois pendant la campagne (sinon on parle d’élection sèche, et souvent, le mec, il perd !!)
    Bon, comme la bourgeoisie aime bien marquer sa différence, elle se rabat sur les productions de qualité, d’autant que les AOC ont été inventées Médoc classé en 1855, Côte d’Or en 60 par exemple

    Les inventaires après décès témoignent du fait que la bourgeoisie aime à se constituer de jolies caves de grand cru, ce que ne peuvent s’offrir les classes populaires

    En ville, les bourgeois laissent les estaminets ou les cabarets aux classes populaires et se réfugient dans des cafés chicos, tables de marbre, dorures, miroir, comptoirs en étain et boissons à des prix prohibitifs

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    Bon, mais au final, ça faisait que les gens buvaient beaucoup, beaucoup, beaucoup et ça a fini par donner naissance à un mouvement antialcoolique, mais je vous en parlerai plus tard genre un matin pas à l’heure de l’apéro quoi !

    juste une rectification je me suis gourée, désolée, les AOC ne datent pas du 19e, mais du 20 les dates que j’ai données sont celles où les vins ont été classés sorry et merci à @ATERdeLuxe de me le signaler

    https://seenthis.net/messages/711749 via Agnès Maillard