• La pénalisation des clients de prostituées de retour à l’Assemblée nationale
    http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/06/12/prostitution-la-proposition-de-loi-revient-a-l-assemblee-nationale_4652633_3

    La proposition de loi renforçant la lutte contre la prostitution arrive vendredi 12 juin en seconde lecture à l’Assemblée nationale, où ses partisans entendent revenir au texte initial prévoyant la pénalisation des clients et la suppression du délit de racolage. Ils espèrent une adoption avant la fin de l’année. Notre journaliste, Julia Pascual, est sur place.

    Dans le Diplo de février 2003, Lilian Mathieu rappelait qu’on ne se prostitue pas par plaisir et qu’au-delà des approches juridiques, on sous-estime souvent la dimension sociale du phénomène.

    http://www.monde-diplomatique.fr/2003/02/MATHIEU/9954

    Le débat sur la prostitution transcende les clivages politiques. Certains militent pour la prohibition ; d’autres pour la sanction des prostitué(e)s et/ou des clients ; d’autres encore considèrent les prostitués comme des « travailleurs sexuels » à qui il faut reconnaître des droits ; d’autres, enfin, ne souhaitent que pénaliser les abus de ces activités - proxénétisme, réseaux mafieux, etc.

    • Lire aussi @monachollet, « Surprenante convergence sur la prostitution » (septembre 2014)
      http://www.monde-diplomatique.fr/2014/09/CHOLLET/50782

      Comme le remarque la journaliste suédoise Kajsa Ekis Ekman, le discours en faveur de la légalisation de la prostitution tient un argumentaire en réserve pour chaque tendance de l’opinion. Aux socialistes, on affirme que la prostituée est « une travailleuse qui s’organisera dans un syndicat ». Aux libéraux, on assure « que c’est une question de libre choix et que la prostituée n’est rien d’autre qu’une entrepreneuse du sexe ». Aux féministes, on dit que les femmes doivent pouvoir « disposer de leur corps ». « Mon corps m’appartient » : ce slogan prend désormais un sens très différent de celui qu’il revêtait dans les manifestations des années 1970. En février 2014, pour protester contre la remise en question du droit à l’avortement, des centaines d’Espagnoles sont allées enregistrer leur corps comme propriété privée au registre commercial des biens mobiliers de leur ville. Alors qu’auparavant le corps était revendiqué comme un lieu de liberté, il est ici réduit à un bien meuble permettant éventuellement des gains sur un marché.

      Ekman évoque un « pacte silencieux » conclu à propos de la prostitution entre « la gauche postmoderne et la droite néolibérale » (1). Posant le même constat, la féministe américaine Katha Pollitt, lassée d’entendre parler de « liberté » à ce sujet, objecte : « Et l’égalité ? Je croyais que c’était aussi cela, la gauche (2)... » Tourisme sexuel, migration volontaire ou forcée vers des pays plus riches : la prostitution cristallise en effet avec une crudité particulière les inégalités à l’œuvre tant entre le Nord et le Sud qu’au sein de chaque société. Au Portugal, avec la crise, des associations ont constaté l’arrivée sur le marché « de femmes de la classe moyenne qui n’avaient jamais pensé un jour se prostituer (3) ». En France, le site américain SeekingArrangement.com, lancé début 2014, met en relation des hommes fortunés et des jeunes femmes sans moyens désireuses de financer leurs études sans devoir emprunter (4). Certains hommes profitent également de la pénurie de logements abordables pour proposer une cohabitation ou un studio gratuits en échange de rapports sexuels. L’un d’eux, haut fonctionnaire, se vantait d’avoir « viré celles qui ne respectaient pas leurs engagements (5) ».