NRobin

Chargée d’Etudes Nantes / AMD

  • C’est ce qu’on appelle une Girouette médiatique !
    Alexandre Adler : Russie, Syrie, Iran, Irak, Afghanistan, Palestine, Algérie, Tunisie, Maroc, ...

    D’origine russe, Alexandre Adler nous livre « ses » analyses sur la guerre en Syrie, la Russie de Poutine et l’élection de Trump, qui tranchent radicalement avec celle des médias courants du moment. Un point de vue tout de même intéressant même si le personnage est discutable.

    Ses aller-retour de la gauche extrême à la doite extrême, socialiste puis communiste avant d’être ultra - capitaliste, ses positions, un coup BHListe, glucksmaniste, kouchneriste, un coup chevènementiste, segainistes, chiraquiste puis max galloïste pour finir sarkoziste et bushiste après avoir été profondément hollandiste, son passage de Libération au Figaro, ses prises de position pro-guerres d’Irak, d’Afghanistan ou de Libye et ultra - sionistes sur la question palestinienne, son soutien à Israël et à la Tunisie de Ben Ali, ses vociférations contre l’Algerie et le Maroc avant quelques assouplissements, sa haine des frères musulmans et de l’Iran, du Hezbollah chiite libanais, on l’aura compris, font d’Alexandre Adler l’Internationale Girouette de la Géopolitique (IGG).

    Alexandre Adler est l’un des journalistes critiqués par le film documentaire français sorti en janvier 2012 : Les Nouveaux Chiens de garde, lui-même tiré de l’essai éponyme de Serge Halimi paru en 1997.

    Il vient à nouveau en éclaireur (ou falsificateur) sur l’actualité Poutine/Assad et la guerre en Syrie. Il n’aime pas Bachar El Assad alors qu’il avait plaidé quelques années auparavant pour sa sauvegarde.

    Il est l’Invité des Matins de France Culture à propos de son dernier livre le 17/01/17 :

    Peut -on le croire, vu le vide politique et la « Nakba » médiatique en France sur la question ?

    https://www.franceculture.fr/personne-alexandre-adler.html

    17.01.2017
    Donald Trump : il était une fois en Amérique

    Cf. deux liens le concernant dont Wikipedia et ACRIMED

    https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Adler

    http://www.acrimed.org/Les-faceties-d-Alexandre-Adler-un-historien-experimental-des-pays-arabes

    • https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Adler
      Alexandre Adler
      Naissance 23 septembre 1950
      ParisNationalitéfrançaiseProfessionjournalisteSpécialitérelations internationalesAutres activitéshistorienSite internetalexandreadler.commodifier 

      Alexandre Adler, né le 23 septembre 1950 à Paris, est un historien et journaliste français, spécialiste des relations internationales.

      Biographie

      D’origine juive allemande et russe[1], sa famille maternelle, les Bauer, réside en Turquiedepuis le début du xxe siècle et échappe ainsi aux persécutions nazies. En revanche, tous les membres de sa famille paternelle, à l’exception de son père Emeric, sont morts endéportation. Sa filiation paternelle est une filiation de Cohen, et de rabbins. Son père Emeric Adler, décédé en 2003 à l’âge de 95 ans, était un ingénieur constructeur de voies ferrées dans l’Empire ottoman, originaire de laBohême, actuelle République tchèque, parlant parfaitement sept langues étrangères, et qui s’était installé en France dans le courant desannées 1930. Il avait servi à la Légion étrangère entre 1939 et 1945[2].

      La langue maternelle d’Alexandre Adler est l’allemand. De parents laïcs et socialistes, il ne reçoit aucune éducation religieuse, aucune transmission de judéité « sauf l’humour » dit-il, mais il étudie en profondeur le judaïsme à l’âge adulte. En 1969, Alexandre Adler est reçu à l’École normale supérieure[3]. Il est ensuite reçu à l’agrégation d’histoire.

      Universitaire spécialiste de l’Union soviétiqueet de l’Europe de l’Est (il est cousin de l’ancien premier ministre roumain Petre Roman), Adler enseigne successivement à l’université Paris-VIII, à l’ESCP et est détaché par la suite auprès de l’enseignement militaire supérieur, notamment au Collège interarmées de défense jusqu’en 2000. Après cette date, il n’a plus qu’une activité journalistique.

      Alexandre Adler est marié à Blandine Kriegel, philosophe et historienne, fille du résistant, puis dirigeant communiste, Maurice Kriegel-Valrimont, et de Paulette Lesouëf-Brévillier[3].

      Chevalier de la Légion d’honneur en mai 2002[4], il est fait officier de l’ordre national du Mérite[5] le 19 janvier 2007, par le président de la République, Jacques Chirac. Franc-maçon, il a été initié à la Grande Loge nationale de France en 2000[6], l’a quittée et a rejoint laLoge nationale française.

      Carrière journalistiqueModifier

      Celle-ci commence en 1982, à Libération, où il suit les affaires soviétiques, avec un bref passage en 1983-1984 au quotidien, Le Matin de Paris.

      En 1992, il quitte Libération pour participer à la direction de Courrier international, pendant 10 ans[3]. Il sera successivement rédacteur en chef, puis directeur éditorial.

      Parallèlement, il collabore deux ans au magazine Le Point, deux ans à L’Express, où il tient une chronique de politique internationale, et enfin cinq ans au Monde comme conseiller proche de Jean-Marie Colombani.

      De 1994 à 2003, il présente l’émission Les mercredis de l’Histoire sur Arte[3].

      À partir du 11 septembre 2001, il prend un virage atlantiste et défend la politique deGeorge W. Bush[3].

      En désaccord avec la ligne éditoriale duMonde, il quitte le quotidien et Courrier international, devenu filiale à 100 % du Mondefin 2002.

      Il a quitté le groupe Le Monde à la suite du scandale suscité par une chronique dansCourrier international intitulée Tournant en Allemagne ?[7],[8].

      Il rejoint Le Figaro en novembre 2002 en tant que « conseiller rédactionnel et éditorial »[7].

      Son livre J’ai vu finir les mondes anciens, s’est vendu à 140 000 exemplaires[3].

      Il est aujourd’hui membre du comité éditorial du Figaro.

      Figure bien connue des médias audiovisuels, Alexandre Adler est apparu souvent sur les écrans de la télévision et les antennes de la radio. En 1993-1995 il est chroniqueur àEurope 1. En 1995-1996 il chronique la politique étrangère sur RTL.

      Enfin en 1998, il a réalisé une série de chroniques historiques de 13 minutes sur lexxe siècle, intitulée Histoire de comprendre, initialement réalisée pour La Cinquième. Alexandre Adler a aussi collaboré à TV5 Monde et à Direct 8, la chaîne de la Télévision numérique terrestre qui appartenait à Vincent Bolloré (Le Monde d’Adler, présenté avecMikaël Guedj).

      De septembre 2002 à juillet 2011, il présente chaque matin une chronique dans Les Matins de France Culture.

      Alexandre Adler est réputé pour sa connaissance des différents acteurs internationaux de la géopolitique et d’événements locaux rarement évoqués dans l’ensemble des médias français. Comme il le rappelle fréquemment, par exemple dans ses chroniques sur France Culture, il était proche du bloc soviétique pendant les années 1970, tout en ayant une vision devenue progressivement critique après l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1968.

      Inspiré par l’intérêt pour la longue durée deFernand Braudel, Adler aime parfois se lancer dans des anticipations risquées, qualifiées ensuite d’audacieuses ou de douteuses selon qu’elles se révèlent exactes (chute de Mikhaïl Gorbatchev, trois mois avant le coup d’État de 1991[9], chute de Slobodan Milošević enSerbie deux mois avant qu’elle ne survienne, victoire du Parti des travailleurs brésilien, triomphe des idées de Deng Xiaoping en 1992-1993...) ou non (comme lorsqu’il misa sur la défaite de Barack Obama à l’élection présidentielle américaine de 2008). Il aime aussi émettre des interprétations très personnelles, comme lorsqu’il affirme, dansJ’ai vu finir le monde ancien, que lors de laguerre contre l’Angleterre en 1812, les États-Unis auraient renoncé assez vite à conquérir le Canada car ils ne voulaient pas intégrer un bloc de population francophone aussi important. La chance lui sourit parfois : lesaccords d’Oslo interviennent six mois après qu’il a consacré une couverture du Courrier international au dialogue israélo-palestinien, et les démêlés de l’UBS et du Crédit suisse sont révélés par les média peu après qu’il a, sur Les Matins de France Culture, commenté les pressions américaines contre le secret bancaire suisse[10] : dans sa stratégie de communication, les anticipations réussies et les coups de chance font figure d’une exceptionnelle compétence en prospective, notamment dans sa chronique quotidienne sur l’actualité internationale dans Europe 1 Matin (qu’il anime jusqu’au 23 novembre 2012), ce qui lui vaut d’être régulièrement moqué dans La revue de presque de Nicolas Canteloup qui l’imite en commençant chacune de ses interventions par « Bonjour Bruce »[11]. À partir du 26 novembre 2012, sa chronique change d’émission et de format et a lieu à18 h 30 dans Europe 1 soir[12].

      En mars 2012 il publie avec Vladimir Fédorovski Le Roman du siècle rouge sur l’histoire secrète du xxe siècle.

      Recherche universitaireModifier

      Alexandre Adler est le directeur scientifique de la chaire de géopolitique de l’université Paris-Dauphine créée en novembre 2009. La chaire comprend un volet enseignement et un volet recherche portant notamment sur les points suivants : mondialisation et gouvernance, géopolitique, énergie et matières premières et politique européenne.

      Engagement politiqueModifier

      Dès 1965, Alexandre Adler adhère à la SFIOpendant la campagne présidentielle deFrançois Mitterrand.

      Après 1968, il quitte le Parti socialiste pour lePCF dont il restera militant pendant onze ans. Il entretient également des rapports très étroits avec le Parti communiste italien à son apogée, ainsi qu’avec plusieurs de ses dirigeants dont Pietro Ingrao, Bruno Trentin,Giorgio Napolitano et, tout à la fin de sa vie,Enrico Berlinguer. Il aura été dans ces années professeur à l’École centrale du Parti et rédacteur en chef adjoint de la revue La Pensée. Il est le coauteur d’un ouvrage (très modérément) critique[13] sur l’Union soviétique, L’URSS et nous, paru en 1978[14].

      Après la rupture de l’Union de la gauche, il démissionne du Parti communiste en février 1980 et participe à la contestation externe aux côtés de son beau-père Maurice Kriegel-Valrimont et de l’ancien secrétaire de la Fédération de Paris, Henri Fiszbin. Il se montre malgré tout nuancé sur la guerre d’Afghanistan. Ainsi quelques mois après sa démission dans L’Internationale et le genre humain, il regrette l’alignement inconditionnel du Parti communiste sur la version soviétique, mais précise que « contrairement à une opinion fort répandue à gauche, le dossier de l’intervention soviétique en Afghanistan est plaidable, au moins en apparence »[15]. Et en un chapitre entier, il se livre à une analyse détaillée de l’histoire des relations entre les deux pays depuis 1917, l’Afghanistan ayant été le premier pays du monde à établir des relations diplomatiques avec l’Union soviétique en 1919.

      En 1984, il est recruté par le Parti socialistepour travailler à sa commission de politique extérieure. Il rejoint presque au même moment le mouvement des Transcourants créé par François Hollande et Jean-Pierre Jouyet. Après 1988, il s’éloigne du Parti socialiste, tout en restant proche de Jean-Pierre Chevènement et de Philippe Séguin, dont il souhaite la conjonction. Membre du club Phares et Balises de Régis Debray et Max Gallo, il soutient aux côtés de Philippe Séguin, la candidature de Jacques Chirac en 1995 et à nouveau en 2002. Proche de Jacques Chirac sur un plan personnel, il n’en a pas moins pris nettement position en faveur de la politique générale de George W. Bush au Moyen-Orient.

      Dénonçant régulièrement « le simplisme » dont les médias et certains intellectuels français font preuve à l’égard des États-Unis[16], il soutient la guerre en Afghanistan et la guerre en Irak en 2001 et 2003. Il regrette par la suite les erreurs commises dès les débuts de l’occupation américaine et en 2004apporte un soutien réticent à John Kerrycontre George W. Bush, saluant « le courage dont avait fait preuve ce dernier »[17]. Il affirme cependant « ne pas croire au choc des civilisations » entre le judéo-christianisme et le monde musulman[18].

      Alexandre Adler a participé à une réunion duBilderberg en mai 2003 à Versailles[19].

      Il soutient le oui au référendum de 2005 sur laconstitution européenne : « La bataille pour le “oui” sera dans ces conditions évidemment la grande bataille pour la liberté de notre continent, et je l’espère la grande défaite de tous ces altermondialistes qui ont tout à la fois la candeur et l’impudence de se déclarer “antilibéraux”, disons simplement ennemis de la liberté[20]. »

      Il est critique envers les altermondialistes en qui il voit des « illuminés communautaristes[21] ».

      En 2007, il appelle à voter Nicolas Sarkozydans sa chronique éditoriale au Figaro[22] et en 2008, soutient, avec des réserves, la candidature de Barack Obama contre celle deJohn McCain lors des élections présidentielles américaines.

      En 2013 et 2014, il participe pleinement au devoir de mémoire en militant notamment pour l’entrée de Pierre Brossolette[23] auPanthéon.

      Soutien à la politique de l’État d’IsraëlModifier

      Administrateur de l’Union libérale israélite de France (ULIF) et conseiller du précédent président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Roger Cukierman. Il figure aussi au comité éditorial de L’Arche et participe à de nombreuses activités de l’Appel unifié juif de France.

      Il est l’un des rares intellectuels français à souhaiter la victoire de George W. Bush contreAl Gore lors de la première candidature de Bush fils à la présidence des États-Unis. En 2004, il souhaite la victoire de John Kerry face au même George W. Bush[24].

      Il s’engage en 2002 au côté de l’avocat Gilles-William Goldnadel, ainsi que du philosopheAlain Finkielkraut, contre le journaliste deFrance Inter, Daniel Mermet, accusé de « provocation antisémite ». Celui-ci est cependant relaxé.

      Interrogé sur ses positions à l’endroit de l’intellectuel musulman Tariq Ramadan, il l’exonère pour partie de l’accusation courante d’antisémitisme et affirme le préférer aux « traîtres juifs[25] ». Quelques mois plus tard, il affirmera sur France Culture que la préface deRony Brauman au livre américain de Norman G. Finkelstein, dénonciateur du Shoah-business, et les positions convergentes d’Esther Benbassa[26], ont largement ouvert la voie aux « agressions verbales » d’unDieudonné, qu’il qualifie d’« ignoble personnage ».

      PolémiquesModifier

      Alexandre Adler, qui s’honore de l’amitié personnelle d’Henry Kissinger et qui a toujours défendu une politique d’ouverture des États-Unis et de l’Occident tant vis-à-vis de la Russie que de la Chine actuelle, ne se situe pas sur l’essentiel dans la ligne du courant néoconservateur, bien qu’il soit l’ami personnel de Richard Perle et plus lointainement de Paul Wolfowitz[27]. Adler est par exemple opposé au bombardement de l’Iran, pays chiite, considérant que le principal problème est le djihadisme sunnite d’Al Qaïda, hostile au régime de Téhéran.

      En avril 2011, Alexandre Adler s’est également prononcé pour le sauvetage du chef d’état syrien Bachar el-Assad, qui selon lui « ne mérite absolument pas d’être emporté par la vague de libération du printemps arabe[28]. »

      CritiquesModifier

      Alexandre Adler est une cible récurrente de l’association française de critique des médias, proche de la gauche antilibérale, Acrimed[29]. Sont notamment critiqués sa participation à l’unanimité des médias en faveur du « oui » auréférendum sur la constitution européenne de 2005[30],[31], ses propos vis-à-vis d’Hugo Chávez[32],[33] et Evo Morales[34], ses approximations[35],[36], ou encore sa complaisance vis-à-vis de Bernard-Henri Lévy[37].

      En juin 2005, le mensuel Le Monde diplomatique publie un portrait à charge d’Alexandre Adler, insistant particulièrement sur ses erreurs les plus évidentes, notamment à propos de la guerre anglo-américaine de 1812, d’Hugo Chávez, de la guerre d’Irak de 2003 ou encore de l’élection présidentielle américaine de 2004[38].

      Alexandre Adler est l’un des journalistes critiqués par le film documentaire français sorti en janvier 2012 : Les Nouveaux Chiens de garde, lui-même tiré de l’essai éponyme deSerge Halimi paru en 1997, qui explore lescollusions entre les médias français et lepouvoir politique et économique français.

      PublicationsModifier

      L’URSS et nous, Paris, Éditions Sociales,1978L’Internationale et le genre humain, avec Jean Rony, Paris, Mazarine, 1980.Pour l’amour du peuple : un officier de la Stasi parle, Paris, Albin Michel, 1999Le Communisme, Paris, PUF, coll. "Que sais-je ?", 2001J’ai vu finir le monde ancien, Paris, Grasset,2002 (Prix du livre politique 2003Au fil des jours cruels : 1992-2002, Paris, Grasset, 2003L’Odyssée américaine, Paris, Grasset, 2004Comment sera le monde en 2020 ? (Rapport de la CIARendez-vous avec l’Islam, 2005Sociétés secrètes, Paris, Grasset, 2007Comment sera le monde en 2025 ? (Le nouveau rapport de la CIA), Paris, Robert Laffont, 2009Le monde est un enfant qui joue, Paris, Grasset, 2009Berlin, 9 novembre 1989 : la chute, Paris, XO Éditions, 2009Le Big bang et après ?, avec Marc Fumaroli, Blandine Kriegel et Trinh Xuan Thuan, Paris, Albin Michel, 2010Le Peuple-monde : destins d’Israël, Paris, Albin Michel, 2011Le Monde après Ben Laden, Paris, Grasset,2011Où va l’Amérique d’Obama ?, avec Hervé de Carmoy, Paris, PUF, 2011Le Roman du siècle rouge, avec Vladimir Fédorovski, Paris, Le Rocher, 2012.Le Jour où l’histoire a recommencé, Paris, Grasset, 2012.Quand les Français faisaient l’histoire, Paris, Grasset, 2014.Le Califat du sang, Paris, Grasset, 2014.L’Invisible et la science avec Patricia Darré, Paris, Lafon, 2014.Daech : l’équation cachée avec Ardavan Amir-Aslani, Paris, Archipel, 2016La Chute de l’empire américain, Paris, Grasset, 2017

      Notes et référencesModifier

    • http://www.acrimed.org/Les-faceties-d-Alexandre-Adler-un-historien-experimental-des-pays-arabes

      Les facéties d’Alexandre Adler : un historien « expérimental » des pays arabespar Olivier Poche, Lundi 14 Mars 2011

      L’oligarchie des commentateurs multimédias confisque largement le débat public. Elle ne dispose d’aucune autre légitimité que celle qu’elle s’attribue. En son sein, la distribution des rôles tient souvent lieu de diversité des analyses et des positions. Dans le rôle de l’omniscient, Alexandre Adler. Une caricature. Ce n’est pas la seule, mais elle est exemplaire. C’est pourquoi une rubrique est ici dédiée aux facéties d’Alexandre. 

      Que les obsessions d’Alexandre Adler puissent s’exprimer dans un journal, et au sein de ce journal, dans un espace réservé à l’expression d’opinions personnelles, on ne saurait y trouver à redire. La liberté d’expression est indissociable du droit à l’erreur, voire à l’aberration. 

      Mais que ce personnage dispose d’une surface médiatique démesurée compte tenu de ses compétences approximatives, de ses connaissances sélectives, de ses ignorances opportunes et… de ses obsessions, voilà qui pose davantage problème. Une surface médiatique proportionnée à l’ampleur d’une imposture. Comme permet de le vérifier la géopolitique arabe de l’omniscient.

      Dans une interview publiée par Nice Matin, le 28 janvier 2011, Alexandre Adler était invité à revenir sur de précédentes déclarations, élogieuses, concernant Ben Ali et son régime.« Regrettez-vous d’avoir évoqué en 2009 les "acquis démocratiques″ de ce pays ? », lui demande ainsi le journaliste. « C’était peut-être excessif », admet le chroniqueur du Figaro – ce qui est en soi une petite « révolution ». Mais c’est pour bien vite se reprendre :« Je maintiens que la Tunisie qu’il incarnait bon an mal an était – et demeure – une expérience encourageante au Maghreb. Si cette société n’était pas une démocratie, elle n’était pas non plus son contraire. »

      « La captation des richesses par le clan Trabelsi ? L’emprisonnement des opposants ? » relance alors son interlocuteur, qui pousse ainsi notre omniscient à avouer une « ignorance » très opportune : « J’ignorais à quel point ces canailles se comportaient comme des doryphores ». « Comportements » relativisés aussitôt par une comparaison avec les Algériens spoliés par leurs« technocrates formés à l’énarchie française ». Dernière question : « Avez-vous de l’indulgence ? » Dernière réponse, en forme de faux-fuyant : « Même dans la pire période de Ben Ali, les Tunisiens ont toujours été plus libres que leurs voisins algériens ou marocains. »

      Dans sa livraison du 12 février 2011, notre éditocrate nous précise par ailleurs que« Moubarak n’était pas Ben Ali », et développe une comparaison cette fois défavorable au second. Que faut-il en conclure ? Que la situation en Égypte était plus heureuse que celle que connaissait la Tunisie, elle-même plus souhaitable que celle de l’Algérie et du Maroc ? Pour vérifier ce palmarès tout en nuances, remontons le fil, de mal en pire, en suivant la production éditoriale d’Adler sur les dix dernières années, et en commençant par le meilleur de tous : Moubarak.

      L’Égypte et son « régime débonnaire »

      Si « Moubarak n’est pas Ben Ali », la formule laisse tout de même à penser qu’on pourrait à bon droit adresser quelques reproches au président égyptien. Si Adler le concéderait peut-être – bien qu’il ne précise pas lesquels –, c’est que nous sommes à la veille de sa destitution. Car, depuis dix ans, qu’a-t-il dit à propos de ce dirigeant ?

      Pas grand-chose. En réalité, la pratique du pouvoir de Moubarak, le régime qu’il dirige, les trente années d’état d’urgence, la situation économique, sociale et politique de la population égyptienne – bref, tout ce qui fait la « une », ou du moins apparaît dans les journaux depuis peu –, tout cela est quasi absent des discours d’Alexandre Adler. Ce qui l’intéresse, ce qui l’inquiète, à propos de l’Égypte, c’est son basculement toujours prochain et toujours presque achevé dans « l’islamisme radical ». Ne rien savoir des peuples : c’est à cela qu’on reconnaît un expert en géopolitique, du moins dans le microcosme des éditocrates.

      Ainsi, le 4 mai 2005, Alexandre Adler nous met en garde : « Plus gravement, la déstabilisation structurelle, tant de l’Égypte de Moubarak que de l’Arabie saoudite du prince Abdallah par leurs majorités islamistes respectives, ne laisse pas d’inquiéter pour l’avenir ». Le 30 décembre 2006, la « Songerie moyen-orientale » (c’est le titre) de notre chroniqueur prend fugitivement des allures de cauchemar quand il songe à la« crise intégriste lancinante en Arabie saoudite et en Égypte ». Et si, en juin 2007 [1], il fait mine d’évoquer enfin la« situation interne » de l’Égypte et les« préoccupations très grandes que donne l’état général » du pays, c’est pour ne rien en dire, sinon s’inquiéter du« renforcement du rôle des Frères musulmans égyptiens »et des élections législatives remportées à Gaza par le Hamas qui pourraient provoquer « l’implosion d’un État égyptien qui, du Darfour aux rues populeuses du Caire, est défié aujourd’hui sur tous les fronts ».

      En décembre 2008, il a encore un mot pour le peuple égyptien : « Le sacrifice des islamistes de Gaza devrait, dans l’esprit de ses instigateurs, tout à la fois vaincre sur le terrain les capitulards chiites de Téhéran et de Bagdad, qui ne rêvent que de dialogue avec Obama, et à déstabiliser pour de bon uneÉgypte de plus en plus intégriste Pour rendre compréhensible cet extrait de ce qu’au Figaro on nomme « chronique », mais que l’on pourrait tout aussi bien qualifier de bouffée délirante, il faut sans doute préciser qu’à la lecture de l’article il apparaît que l’expression« sacrifice des islamistes de Gaza » désigne l’opération israélienne « Plomb durci » qui se prépare, opération dont les « instigateurs » sont, évidemment, les “durs” de Téhéran. Et Adler de conclure, visionnaire : « L’impuissance de Moubarak pourrait fragiliser définitivement l’État et faire basculer toute la région vers une sorte de califat ». Adler, comme on le disait dans un bon livre – Les Éditocrates – récemment réédité en poche, c’est l’imagination au pouvoir.

      Une imagination, comme on le voit, échauffée par un prurit anti-islamiste faisant régulièrement verser la chronique dans le prêche enflammé ou la propagande hallucinée, qui n’ont rien à envier à d’autres fanatiques. Mais ce fanatisme-là ne mobilise guère les gardiens de l’ordre et de la raison médiatiques : ils en partagent généralement les présupposés et les méthodes.

      Ainsi, le 18 mai 2005, Alexandre Adler fustige la « vulgate démocratico-humanitaire » qu’il attribue à... l’administration Bush ! Cette « politique américaine de soutien énergique et intrusif en faveur de la démocratie dans le monde musulman » – c’est toujours du Adler dans le texte - est une politique vouée à l’échec, en raison de réalités naturellement« beaucoup plus complexes » : Adler prévient qu’« une révision sera inévitablement nécessaire ». En Égypte, par exemple, où « le régime Moubarak s’affaiblit chaque jour », déclare Adler pour déplorer, cela va sans dire, la mollesse de ce « pouvoir, qui n’est bien évidemment que semi-autoritaire face à l’islamisme.

      Le 15 août 2005, nouvelle appréciation dont les révoltés de la place Tahrir ne semblent pas avoir tenu compte : « Le régime débonnaire et affaibli du président Moubarak en Égypte est lui, de son côté, la moins mauvaise des solutions pour le grand voisin du Sud » [2].

      Six mois plus tard, ce pouvoir« débonnaire » et « semi-autoritaire » organise assez logiquement des « élections semi-libres » (selon la chronique du 26 janvier 2006) : des élections grâce auxquelles Moubarak sera tout de même réélu avec à un score semi-démocratique de 88,5 % des voix.

      Il faut attendre 2011 pour que le « printemps arabe » altère – un peu – la vision du grand Alexandre.

      Le 29 janvier, Adler nous avertit : « L’Égypte bouge [...]De là à penser que la chute de Moubarak est imminente, il n’y a qu’un pas à franchir, et certains – dont le président Obama, qui a appelé le raïs à des réformes démocratiques - le font de manière inconsidérée. Le départ de Moubarak une dizaine de jours plus tard, le 11 février montre à quel point la prudence intéressée d’Adler était… inconsidérée. Il n’empêche : pour justifier le désaveu d’Obama, notre expert en comparaisons farfelues invoque la différence entre Ben Ali et Moubarak. Un nouvel adjectif apparaît alors sous la plume du chroniqueur du Figaro. « À la différence de Ben Ali, Moubarak ne s’affaiblit pas du fait de son obstinationdictatoriale mais, tout au contraire, des nombreuses concessions sans principe qu’il aura été amené à consentir à son opposition islamiste ». La prose d’Adler est (volontairement ?) ambiguë. Faut-il comprendre qu’à l’instar de Ben Ali, Moubarak fait effectivement preuve d’une « obstination dictatoriale » ou que c’est seulement ce que prétendent ceux qui n’ont pas la clairvoyance d’Alexandre Adler ? Ceux qui ne voient pas que sa chute serait imputable à sa mollesse face aux islamistes, et non à son « obstination » à refuser des réformes démocratiques « inconsidérées » ?

      De l’Égypte vue d’Adler, tournons-nous maintenant vers la Tunisie, pour nous pencher sur le Ben Ali selon Alexandre, « dictatorial », lui, sans ambiguïté. Aujourd’hui du moins.

      La Tunisie et son « despotisme très relatif »

      Alexandre Adler parle rarement de la Tunisie. Mais, avant le 29 janvier 2011, toujours en bien. Deux chroniques lui sont spécifiquement consacrées, qui valent le détour.

      – La première, le 17 novembre 2005, célèbre « Le paradoxe tunisien ». On pourrait imaginer que ce paradoxe concerne la contradiction entre réussite économique et échec démocratique. Mais tout l’article tente précisément de convaincre son lecteur que ce prétendu échec est une« argutie » : celle-ci aurait pour fondement un « mélange de complaisance à l’égard de l’islamisme, de haine de soi et de trouille pure et simple » qui conduit indûment « à des condamnations sans appel ». Il faut donc se résoudre à comprendre que ce « paradoxe tunisien » oppose la réalité tunisienne à l’incrédulité des « idéologues de la capitulation face à l’islamisme » - comprenez : des droits-de-l’hommistes à l’entendement troublé.

      Notre chroniqueur est cependant prêt à une fugitive concession, dont on appréciera la formulation prudente : « Non certes que la Tunisie soit un modèle achevé de participation démocratique. Car même si des partis et des mouvements d’opposition ont pignon sur rue, ils sont encore loin d’évoluer dans un cadre parfaitement démocratique. »Mais, nous rassure aussitôt Adler : « la démocratie peut aussi se mesurer à d’autres critères. Qui, dans le monde musulman […] préférerait aujourd’hui l’incontestable pluralisme politique iranien [...]au despotisme très relatif d’un État tunisien qui reste éclairé ?.

      – La seconde chronique est publiée le 31 octobre 2009, au lendemain de l’élection présidentielle, remportée par Zine El-Abidine Ben Ali avec un score très relativement despotique de 89,62 %. Chronique intitulée « Où en est la Tunisie ? » et selon laquelle la Tunisie est, à bien y regarder, en pleine forme démocratique.

      Certes, « un tel scrutin suscite évidemment les critiques les plus acerbes et les mises en cause les plus radicales ». Certes, on peut confraternellement regretter « les mauvais traitements infligés à notre consœur Florence Beaugé duMonde, lesquels ne s’imposaient pas : une délicate précision qui, en revanche, « s’imposait » manifestement. Mais ces deux légères concessions ne sauraient masquer l’essentiel : « Pourtant, il n’y a dans ces élections aucun élément qui devrait enflammer les esprits, si l’on a bien en tête la situation géopolitique de la Tunisie, les acquis démocratiques de sa société et surtout la nature des ennemis qui guettent son éventuelle faiblesse. »

      Des acquis démocratiques ? Mais oui, et Alexandre Adler le prouve : « Pour ce qui est du totalitarisme, le bilan du régime en matière de liberté civile et d’égalité des citoyens parle de lui-même. » Prudemment, Adler se tait sur les libertés politiques. Et puisque ce bilan parle de lui-même, Adler n’en dit pas un mot et enchaîne aussitôt : « La Tunisie atteint d’ailleurs, grâce à sa liberté d’entreprendre, un PIB par tête d’habitant à peu près double de celui de ses voisins pourtant mieux pourvus en ressources naturelles. » On se perd en conjectures sur le sens de l’adverbe« d’ailleurs »... Quoi qu’il en soit, ayant ainsi brillamment démontré l’étendue des « libertés civiles », Adler pointe le véritable ennemi : l’opposition prétendument« démocratique » : « Mais peut-on prétendre que l’opposition soit aussi “démocratique” qu’elle le proclame ? Ici, il faut lire l’ouvrage de l’un de ses principaux représentants ». Et après avoir résumé d’adlérienne façon un ouvrage de Moncef Marzouki [3], le grand Alexandre conclut sans faiblir : « Avec de tels démocrates en embuscade, on préférera la poursuite de l’expérience actuelle dont les succès économiques et humains ne sont plus à démontrerPuisqu’ils parlent d’eux-mêmes !

      Qu’est-ce qu’un éditocrate omniscient ? Un commentateur, souvent journaliste, qui fait parler les faits, le cas échéant sans rien en dire et compare des allusions. Comme on va le voir.

      Maroc, Algérie : de mal en pis ?

      Confronté, en 2011, à ses éloges passés du régime de Ben Ali, Adler, comme on l’a vu plus haut, avait au moins assumé partiellement ses propos, affirmant, avec simplement un peu moins d’aplomb, que la Tunisie de Ben Ali était une « expérience encourageante ». Il avait surtout botté en touche en évoquant la situation, bien pire, du Maroc et de l’Algérie. Mais qu’en disait-il avant d’être pris en faute ?

      Si le Maroc et l’Algérie font un peu moins bien en matière démocratique que le despotisme « très relatif » et très « éclairé » de Ben Ali, on peut supposer qu’aux yeux d’Alexandre Adler leur bilan n’est peut-être pas si négatif. Et de fait, selon des chroniques antérieures au « printemps arabe », on y assistait plutôt au « réveil de la démocratie "andalouse" ». C’est le titre d’une chronique surréaliste datée du 23 mars 2005, soit une semaine trop tôt pour un poisson d’avril.

      Tout commence par un« souvenir » : celui « du célèbre Secret de la Licorne », épisode de Tintin dans lequel, comme le rappelle notre expert et comme le sait tout spécialiste de géopolitique, le héros trouve l’emplacement d’un trésor en superposant trois cartes. Or l’astuce de Tintin fonctionne aussi avec le Maghreb : « Ce n’est qu’en superposant les trois cartes du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, que peuvent se révéler enfin les contours d’un bien plus grand trésor, celui de la démocratie “andalouse” ».

      Et Alexandre Adler de passer en revue les atouts démocratiques des trois pays, à l’abri de cet alibi grotesque : la démocratie n’est achevée dans aucun pays, mais la superposition des trois dessine un pays joyeux et merveilleux qui ressuscite la « démocratie andalouse ».

      – L’Algérie d’abord : « Il n’est pas douteux que l’Algérie n’ait pas pour l’instant franchi la barre fatidique d’élections, sincères et vérifiables. Il s’agit là d’une toiture qui ne manquera pas d’être posée en son temps.Mais tous les étages du bâtiment sont là. La liberté d’expression de la presse est considérable, la possibilité pour des partis politiques aux visions contradictoires d’avoir pignon sur rue est incontestée, la légitimité du pouvoir lui-même est de plus en plus descendue vers l’opinion publique ». Cette dernière phrase est à savourer à petits traits.

      – « Si l’on se tourne à présent vers le Maroc », poursuit le Tintin du Figaro, « on constate qu’il y existe à présent un développement là aussi tout à fait original, celui de l’État de droit. Et si « la monarchie marocaine, même modeste dans son expression, n’est toujours pas devenue une monarchie constitutionnelle, […] la Movida marocaine est bien là. Tintin se rapproche du trésor : « Le Maroc nous fournit ainsi le complément juridique et idéologique qui, combiné au pluralisme algérien authentique, semblerait nous conduire très directement à un modèle de démocratie andalouse. »

      – Ne manque plus que la Tunisie, « qui, seule, présente aujourd’hui dans la région unmodèle de société civile véritablement prédémocratique, croulant sous « des libertés encore inexistantes ailleurs [4]. Celle d’aller et de venir, de créer son entreprise sans être accablé par une parafiscalité politique écrasante. 

      Certes, cette dernière déclaration peut surprendre, aujourd’hui que toute la presse fait état de la corruption généralisée au profit de l’oligarchie au pouvoir. Mais Adler nous l’a dit : « J’ignorais à quel point ces canailles se comportaient comme des doryphores ». Et en bon éditocrate, quand on ignore ce que tous ceux qui voulaient savoir savaient depuis longtemps, on affirme bruyamment le contraire.

      En 2008, on prend les mêmes et on recommence [5]. À défaut de superposer des cartes, Adler opère des regroupements. Deux, pour être exact : « Un groupe d’États tournés vers l’Europe et implicitement vers la démocratie : Maroc, Tunisie, Jordanie, Autorité palestinienne et, de plus en plus, Syrie. Et de l’autre, un front du refus autoritaire comprenant, d’ores et déjà, l’Algérie, la Libye et, de façon plus discrète, l’Égypte, le Liban étant devenu de facto un condominium euro-iranien. » On recommence donc, mais en bousculant quelque peu la hiérarchie : le Maroc et la Tunisie adeptes de la démocratie implicite s’opposent cette fois à l’autoritarisme (discret) de l’Égypte et de l’Algérie.

      Pourtant, deux mois auparavant, dans une chronique intitulée « La coexistence pacifiée de deux Algérie », Adler se faisait une joie de s’arrêter pour une fois« sur ces trains qui arrivent à l’heure ». Il s’agissait en l’espèce de… l’Algérie stabilisée par « les deux mandats réparateurs de Bouteflika », à l’issue desquels « personne, à Alger comme à l’extérieur, n’est vraiment satisfait, mais personne non plus n’est vraiment mécontent ». Et Adler de conclure : « Certes, il s’agit d’un bilan encore modeste mais sans équivalent ailleurs dans le monde arabe, Maroc excepté.

      On l’aura compris : la cohérence, la pertinence ou la véracité importent peu à un médiacrate en roue libre. La réussite d’une chronique, pour le paraphraser, « peut aussi se mesurer à d’autres critères ».

      *

      Qu’Alexandre Adler ne soit qu’un idéologue, nul ne saurait en douter, et nul ne saurait reprocher au Figaro de lui offrir une tribune hebdomadaire. Que cette idéologie se propage à coups d’assertions péremptoires, de pétitions de principe, de considérations tintinophiles et de prophéties déguisées en déductions scientifiques, mais généralement démenties rapidement par les faits (voir en annexe, un exemple éclatant), voilà qui est plus difficile à défendre. Et le fait qu’elle passe par le soutien cynique à des régimes dictatoriaux, qu’on couvre d’éloges pour leurs acquis ou leurs conquêtes démocratiques... ne mérite guère de commentaires.

      La critique la plus cinglante de cette pratique éditocratique largement partagée, on la trouve étrangement sous la plume d’Alexandre Adler lui-même, à qui nous laisserons donc le dernier mot : « Ils savent, quand ils le veulent et avec une dextérité exemplaire, détourner le regard devant les meurtres et l’oppression la plus nue, pour ensuite se faire les procureurs vétilleux, là aussi quand ils le veulent » [6]. Il faut dire que le plus décomplexé des éditocrates parlait alors des…« idéologues de la capitulation face à l’islamisme ».

      Olivier Poche

      Annexe : Le « théorème égypto-iranien » – Un condensé d’éditocratie

      C’est en 2004 – du moins selon nos recherches – qu’Alexandre Adler invente ce qu’il appellera plus tard le « théorème égypto-iranien ». Dans un article rendant compte des « grandes conférences du Figaro », Olivier Zajec relate l’exposé du « spécialiste de géopolitique », qui a « fait observer que l’Iran et l’Égypte évoluaient sous nos yeux de façon parallèle mais néanmoins inversée ».

      C’est le 26 janvier 2008 qu’il baptise sa découverte. La chronique du Figaro s’intitule ce jour-là « Le théorème égypto-iranien », et développe cette « simple observation empirique, s’agissant du "Grand Moyen-Orient" : l’Égypte à l’ouest et l’Iran à l’est semblent y fonctionner comme deux pôles de charge électrique opposée […]Le Caire et Téhéran alternent depuis 1945 dans des postures toujours aussi symétriques ».

      Trois périodes se détachent :« De 1945 à 1953, l’Iran est en proie à une fièvre nationaliste et démocratique, dont la haute figure de Mossadegh domine le déroulement. À la même époque, l’Égypte du roi Farouk demeure une monarchie parlementaire débonnaire, bien que de plus en plus chaotique ». Deuxième étape : « À peine le cycle révolutionnaire iranien se ferme-t-il avec la contre-révolution pro-impériale organisée par les services secrets britannique et américain en 1953, et voici qu’en Égypte, après le coup d’État pacifique des “officiers libres” de 1952, l’ardent nationaliste révolutionnaire qu’est Nasser s’impose ». Troisième phase :« en 1978 le visionnaire Anouar el-Sadate impose, après sa visite prophétique à Jérusalem, un nouveau cours pro-occidental et réformiste en Égypte. Au même moment, le pouvoir du chah vacille ».

      Retour au présent : « Nous en sommes, en apparence, encore là avec Hosni Moubarak […] mais aussi avec Ahmadinejad […] ».

      Mais, nouvel exemple des prophéties burlesques d’Adler, « le basculement est déjà visible à l’œil nu, en Iran à tout le moins. Tout indique qu’au lendemain des élections générales de mars, qui, à la différence des présidentielles de 2005, ne seront pas, cette fois-ci, truquées dans la même proportion, une offensive généralisée des conservateurs éclairés et des progressistes assagis cherchera à se débarrasser pour de bon de l’énergumène terroriste, négationniste et obscurantiste qui tient lieu de président à la grande nation iranienne ». Si le sort de l’Iran est écrit (dansLe Figaro), celui de Égypte est encore incertain : « l’Égypte demeurera-t-elle stable tandis que l’Iran entreprend son grand basculement vers l’Ouest ? Tout indique là aussi […] qu’une grande mutation politique se prépare aussi au Caire, et de toute évidence en sens opposé. L’agent de cette mutation n’est autre que le Hamas.

      Et Adler de conclure, sûr de son fait : « Décidément, le théorème égypto-iranien semble bien prêt de se réaliser une fois de plus... et l’histoire est bien une science expérimentale ».

      Trois ans plus tard, alors que « l’histoire » a infligé un triple camouflet à la « science expérimentale » d’Adler, ce dernier tente de persister, et signe cette chronique déjà évoquée : « Vers une dictature intégriste au Caire ? ». Déjà évoquée, et déjà lue, puisqu’au beau milieu de l’histoire en marche, le chroniqueur du Figaro, peut-être un peu secoué, demande qu’on lui « permette ici une considération tout à fait inactuelle » : une considération qui lui permet… de recopier sa chronique de janvier 2008. Et Adler de pontifier : « on observe depuis 1945 une sorte de corrélation troublante et inversée entre les deux seules grandes nations du Moyen-Orient que sont l’Iran et, précisément, l’Égypte ».

      Passons le développement, et allons jusqu’à la conclusion. Qui est la même. Mais pas tout à fait : « Nous en sommes en apparence toujours là. Mais pas tout à fait. En effet, « le trucage des élections iraniennes de 2009 [Adler prédisait le contraire…] et les gesticulations de plus en plus vaines du pseudo-président Ahmadinejad ne font pas oublier un seul instant aux Iraniens que la légitimité est d’ores et déjà du côté de la coalition informelle réformatrice qui se forge en ce moment même contre lui. En Égypte, en revanche, jusqu’à ces derniers jours, aucun mouvement parallèle, même si en pointillé on ressent une érosion de la légitimité du pouvoir de Hosni Moubarak.

      Lumineuse lecture de la situation égyptienne ! Mais pour conserver une apparence de crédibilité à son pseudo « théorème », Adler décide que le sort de l’Égypte repose entre les mains du cheikh Badie, leader des Frères musulmans : « Restera à savoir ce que le cheikh Badie aura lui-même décidé : se débarrasser tout de suite de Moubarak ou continuer à jouer la succession Souleïmane […]reste surtout à savoir si la corrélation Le Caire-Téhéran nous réserve encore une nouvelle et immense surprise : la liberté en Iran, et hélas la dictature intégriste en Égypte ». Dictature qui serait une immense « surprise » pour les Égyptiens, après les années de « liberté » sous Moubarak…

      Reste à préciser qu’entre la première formulation du théorème et son autoplagiat, une chronique datée du 26 janvier 2006 avait démontré le contraire : « Avec les élections palestiniennes nous arrivons au point extrême de l’offensive islamiste qui fait rage depuis plusieurs mois […] Nous aurions en parallèle, leredressement inattendu de l’islamisme iranien qui retrouve son intensité militante des premiers jours avec l’élection surprise d’Ahmadinejad,l’affirmation en force du courant islamiste égyptien. Offensive islamiste qui, autrement dit, réduisait à néant le théorème égypto-adléro-iranien, deux ans seulement après sa découverte, et deux ans avant sa démonstration officielle !

       

       

       

      [1] Dans deux chroniques successives, datées du 16 et du 23.

      [2] Replacée dans son contexte, la formule éclaire la vision adlérienne du monde, bien partagée au sein de l’éditocratie contemporaine : « Sur toutes ses frontières, Israël est à présent confronté à des régimes ou à des individualités qui représentent sans exception un très net progrès par rapport au monde arabe d’il y a quarante ans gangrené et tuméfié par la xénophobie nationaliste ». Vision du monde dans laquelle toute réalité politique est appréciée à l’aune de la sécurité supposée d’Israël – après tout, pourquoi pas ? Mais elle nous vaut une série d’hommages aux grands démocrates de la région qui mérite d’être signalée : « Le roi Abdallah de Jordanie est un souverain exemplaire de courage et de sensibilité démocratique, Bachar el-Assad lui-même est la meilleure incarnation possible de ce qu’il reste du Baas à la recherche de la modernité. Le régime débonnaire et affaibli du président Moubarak en Égypte est lui, de son côté, la moins mauvaise des solutions pour le grand voisin du Sud. L’accès au trône, avec le roi Abdallah d’Arabie saoudite, du premier membre de la dynastie qui ait accepté sans restriction mentale, l’existence d’Israël, pourrait aussi représenter un tournant géopolitique. En Abou Mazen enfin, Israël se trouve confronté à un interlocuteur courageux et loyal ». Fermez le ban !

      [3] Dictateurs en sursis, Éditions de l’Atelier, 2009.

      [4] Honnêteté intellectuelle oblige, Adler prend tout de même soin de préciser que « la liberté d’expression n’est pas parfaite ».

      [5] « L’Europe dans une zone de turbulences », Le Figaro, 14 juin 2008.

      [6] « Le paradoxe tunisien », Le Figaro, 17 novembre 2005.

      Voir aussi...Alexandre AdlerDepuis 2010-2011 : Révolutions arabes, guerre de Libye, guerre en Syrie

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