• Sonia : Je voterai pour celui qui nous insultera le moins RTS - Feriel Mestiri - Vies Françaises
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    Sonia Nemer incarne une France multiculturelle, dans le Sud-Est _

    Marseille avec ses 855’000 habitants est la deuxième ville du pays. Les vagues migratoires successives ont construit l’identité de cette cité, considérée comme l’une des plus cosmopolites de toute la Méditerranée. La pluralité y est religieuse aussi, avec d’importantes populations chrétiennes, juives et musulmanes. Ces derniers représentent environ un quart de la population marseillaise.

    Fille d’immigrés Kabyles (nord de l’Algérie), Sonia Nemer est née à Marseille il y a 37 ans. Cette mère de deux enfants et épouse d’un Guadeloupéen se dit profondément Française dans sa culture et sa manière de vivre, tout en préservant aussi sa culture orientale à travers la danse. A la tête de trois compagnies, elle enseigne cet art depuis 11 ans. Un métier, dit-elle, où il n’existe aucun racisme. Ceux qui font appel à ses services cherchent justement une ouverture sur une autre culture.

    Au quotidien, Sonia Nemer déplore toutefois une ambiance devenue pesante pour les minorités arabo-musulmanes. « Je n’ai plus envie de me justifier face aux amalgames entre musulmans et terroristes. »
    Selon elle, il y a un avant et après 11 septembre 2001. Enfant, elle ne se souvient pas avoir connu de discrimination vis-à-vis de sa couleur ou de sa religion. Mais depuis les attentats contre le World Trade Center, la méfiance envers sa communauté se fait ressentir. Cette méfiance s’est accrue, précise-t-elle, depuis les attentats perpétrés en France. Selon SOS racisme, les actes antimusulmans ont bondi de 223% entre 2014 et 2015.

    Sonia Nemer accuse les politiques et les médias de véhiculer une image négative des arabes et des musulmans. « On ne parle jamais des arabes dans les médias, sauf quand ils font du trash. » Depuis deux ans, elle a d’ailleurs éteint sa télévision. « Je ne voulais plus payer une redevance pour me faire insulter. » Elle se renseigne désormais sur les réseaux sociaux.

    Outre le racisme, la danseuse reproche aussi aux autorités leur inaction face aux « vrais problèmes » de la population : la pauvreté extrême dans certains quartiers totalement délaissés. Une économie parallèle y a pris ses aises, entraînant dans son sillage une criminalité débridée. En 2016, Marseille détenait le triste record national du nombre de tués par balle : trente-quatre.

    Interrogée sur la campagne présidentielle et sur les différentes affaires qui entachent certains candidats, la danseuse dessine un sourire ricaneur, avant de répondre : « Je suis atterrée de voir que certains politiciens peuvent faire ce qu’ils veulent, alors que d’autres se font emprisonner parce qu’ils ont fraudé le bus. »

    Elle ne veut plus de président et souhaite voter ses propres lois. « Il faut arrêter de leur donner autant d’argent et autant de pouvoir. » A défaut, elle glissera le nom de Jean-Luc Mélenchon dans l’urne au premier tour. C’est selon elle le candidat qui « l’insulte le moins », en tant que musulmane.
    Feriel Mestiri

    #Présidentielles_2017 #Marseille